Et non vous ne rêvez pas! Un nouveau chapitre de Nsperis, qui sort un peu la tête hors de l'eau!
Aujourd'hui, au menu: un petit retour de cette chère Naminé et une petite scène en tête-à-tête entre Sora et Hayate.
Bonne lecture
Sora sursauta dans son sommeil, se sentant comme chuter en arrière.
Sauf qu'il ne se réveilla pas en bas de son lit, comme de coutume, mais en pleine lévitation dans le vide nébuleux de son propre esprit, dans cet étrange mais maintenant familier monde onirique qui semblait, d'une manière ou d'une autre, lié à son coeur. L'Elu se laissa donc doucement glisser vers le sol constitué de vitraux colorés à ses pieds. Néanmoins, lorsque la pointe de son pied effleura le palier sphérique, le jeune homme sursauta à la vue de centaines de colombes d'un blanc immaculé s'envoler avec panique. Ainsi, pour se protéger du nuages d'oiseaux ainsi que de la lumière aveuglante qui les accompagnait, Sora leva un bras protecteur devant son visage, et ferma les yeux. Lorsqu'il les rouvrit, quelle ne fut pas sa surprise de noter que le motif, sur la surface miroitante du vitrail de son coeur, avait changé: l'entier de la glace avait pris une teinte bleutée, légèrement violacée vers les bords qui étaient agrémentés de symboles couronnés. Au centre supérieur du cercle, se trouvaient six pendentifs représentant chacun un portrait d'une personne liée au jeune Élu: Riku, Iwako, Ventus, Aqua et Naminé. Le rond central lui semblait caché par une sorte de brume compacte. Désirant y trouver l'icône tant désirée de l'élue de son coeur, Sora se dirigea lentement vers le bord opposé du palier, dont il peinait à présent à voir l'ensemble dû à son imposante taille, chacun de ses pas se répercutant dans le silence de ce monde en de centaines de mélodieux tintements cristallins. Lorsque le jeune homme parvint à identifier les courbes de la silhouette armurée de Hayate, il fut rassuré et posa, quelques instants, ses yeux sur ce dessin paisible de la jeune femme dont les paupières étaient closes, comme si elle était endormie à ses côtés en ce moment-même. Puis, à nouveau dérouté par la présence de la défenseuse représentée ainsi sur le palier de son propre cœur, Sora fronça ses sourcils en V, tentant de déchiffrer le sens de cette étonnante énigme.
"Vos coeurs ont été connectés."
Sora fit volte-face, sa frange en dégradé lui giflant presque le visage à cause de la vélocité de son mouvement. Derrière lui, flottant à quelques centimètres au-dessus de la rosace colorée qui semblait être le seul sol solide de cet endroit, une jeune femme vêtue d'une courte robe blanche le regardait avec gentillesse, ses cheveux blonds mi-longs voletant doucement autour de son visage, comme si elle se trouvait actuellement sous l'eau.
"Naminé?!" s'exclama Sora surpris.
La Simili joignit ses mains devant elle et lui adressa un doux sourire, sans doute en guise de salutations. L'Elu de la Keyblade, quant à lui, ne savait plus trop quoi penser: d'abord Hayate, puis Naminé se retrouvaient à l'intérieur de son inconscient! Vivait-il du coup un véritable plongeon dans son être profond, ou un simple rêve particulièrement déroutant?
"Si Hayate a une si grande place dans ton coeur, reprit la jeune femme en ignorant la perplexité de son interlocuteur, ce n'est pas seulement parce que tu as des sentiments si forts à son égard: il s'est passé quelque chose le jour où elle a offert un peu de sa vie pour te sauver… elle a placé un peu d'elle, dans ton coeur."
Sora, après avoir repensé tout autrement le transfert de Lux qu'Hayate avait effectué en urgence sur lui durant leur combat contre Teka, se souvint alors brusquement de la fois où il lui avait semblé qu'elle lui avait "transmis" encore un peu de sa lumière, alors qu'il se remettait à peine de sa convalescence. Si, effectivement, Hayate et lui étaient à présent connectés, cela pouvait expliquer aussi pourquoi il se sentait souvent plus fort en sa présence…
"Mais alors... supposa Sora à mi-voix, en posant une de ses mains sur son buste. Si nos coeurs sont connectés, est-ce qu'elle…?"
Il ne termina pas sa phrase, gêné par la présence de Naminé à ses côtés. Néanmoins, Le fait qu'Hayate ait un accès à ses sentiments lui permettrait peut-être de se rappeler plus vite de ses souvenirs perdus? Profondément touché par cette révélation, Sora baissa la tête et serra les poings le long de son corps: la situation attristait toujours autant l'Élu au plus profond de lui-même, et réaffirmait en lui le désir de trouver un moyen de lui rendre la mémoire.
"Je suis certaine que son coeur s'en doute oui…" confirma finalement Naminé d'une voix cristalline.
Se remémorant soudain la présence de la Simili à ses côtés, Sora redressa brusquement la tête et observa les traits souriants et amicaux de la blondinette. Et une interrogation lui vint alors à l'esprit:
"Naminé…? Comment ça se fait que je te voie de plus en plus souvent ces temps-ci? Je veux dire… je croyais que tu vivais dans le coeur de Kairi à présent, alors comment tu fais pour être si souvent dans le mien?"
Les questions du jeune homme parurent mettre la Simili terriblement mal à l'aise. Ainsi, lorsqu'elle agrippa nerveusement son biceps gauche de sa main crispée, abaissant la tête, Sora crut qu'il l'avait blessée par ses propos et tenta maladroitement de se rattraper:
"Ce n'était pas un reproche hein! Enfin, ça me fait plaisir de pouvoir te revoir, et parler avec toi! Surtout que tu m'as beaucoup aidé avec les souvenirs de Ventus! C'est juste que… je comprends pas trop comment c'est possible…que tu puisses apparaître comme ça un peu tout le temps…"
Naminé sembla reprendre un peu de contenance et elle esquissa un timide sourire avant d'avouer:
"Ça me fait vraiment plaisir tu sais…? Que tu te souviennes de moi, à présent. J'ai pensé que ce ne serait jamais plus possible... "
"C'est pour ça que tu viens souvent me parler?"
"Entre autre…"
Naminé releva, derrière de longs cils dorés, deux grands yeux brillants qu'elle posa délicatement sur L'Élu de la Keyblade. Et Sora nota alors un détail qu'il n'avait jamais vu jusqu'alors: le regard que Naminé avait parfois pour lui… il le connaissait. De même que ce bleu cristallin si caractéristique… Le coeur du jeune homme, comme paniqué, commença à s'agiter dans sa poitrine alors que son esprit, comme aiguisé, remettait rapidement en place les pièces du puzzle dans sa tête: le carnet de croquis de Naminé, sa chevelure blonde, le flash qu'il avait eu dans le vaisseau juste avant de s'évanouir et de rêver de Ventus… Fébrile, car sentant qu'il était peut-être sur le point de résoudre une complexe énigme, Sora lâcha alors du bout des lèvres, incertain:
"Naminé est-ce… est-ce que tu es là grâce au cœur de Hayate?"
Comme si elle venait d'entendre la chose la plus effrayante du monde, la jeune Simili ouvrit lentement de grands yeux choqués, presque alarmés par les propos de l'Élu. En l'absence de réponses de sa part, le jeune homme tenta à nouveau, bien que peu sûr de lui:
"Naminé est-ce que toi et Haya vous êtes… reliées? Est-ce que…"
Il hésita avant de poursuivre, étonné lui-même par son raisonnement:
"Est-ce que tu es liée au passé de Hayate?"
Tout à fait déstabilisée cette fois-ci, Naminé baissa rapidement le regard et, embarrassée, jeta de rapides coups d'œil de droite et de gauche, comme si elle avait peur qu'on ne les ait entendus aborder un sujet tabou. Enfin, après avoir imperceptiblement fixé le motif en verre représentant Hayate, la jeune Simili ouvrit la bouche avant de se raviser. Et Sora comprit tout l'origine de son malaise:
"Tu n'as pas le droit de me répondre, c'est ça?"
Contre toute attente, Naminé fronça ses sourcils blonds de peine, et planta ses iris bleutés dans les siens, presque suppliante. Était-elle triste? Avait-elle mal?
"Un fragment… finit-elle par réussir à articuler. Je ne suis… qu'un fragment…"
"Tu l'as déjà dit ça mais je comprends plus rien… avoua pitoyablement Sora en se grattant la tête. Tu n'étais pas le Simili de Kairi?"
"Pas entièrement…"
Sora, bien qu'à moitié perdu face à toutes ses nouvelles données, était tout à fait conscient, en son fort intérieur, de l'importance des informations qu'il venait d'apprendre. S'il continuait à poser des questions à Naminé, peut-être pourrait-il apprendre quelque chose d'essentiel sur le passé si mystérieux de Hayate? Il s'apprêtait donc à continuer sa stratégie lorsqu'une vive lumière le surprit: une troisième personne venait de rejoindre les deux jeunes gens au centre du palier de l'Éveil. Après avoir cligné plusieurs fois des paupières, l'Élu de la Keyblade parvint à identifier la silhouette d'une toute jeune fille se découper au milieu du faisceau de particules qui se dispersait à la manière de papillons apeurés. La nouvelle venue portait une robe bleu lavande agrémentée de deux noeuds noirs, un dans le dos et un autre refermant son col blanc à la base de son cou. De plus, ses couettes de cheveux argentés étaient retenues par deux papillons en turquoise, faisant ressortir la belle couleur améthyste de ces yeux tombants. Sora ne l'avait encore jamais vue mais… quelque chose en elle lui rappelait quelqu'un…
"Naminé… appela la nouvelle arrivante en se tournant vers la Simili. Tu sais que tu n'as pas le droit de faire ça."
"Je suis désolée…" s'empressa de s'excuser la jeune femme blonde en s'inclinant respectueusement devant sa comparse.
"Même si le Monde des Rêves est mon domaine, ajouta encore la jeune fille moralisatrice, tu sais que tu y as accès sous certaines conditions… Si tu violes ton serment, je ne te laisserai plus venir ici."
"Oui je sais… avoua Naminé qui semblait sincèrement navrée. Je ne recommencerai pas, je te le promets! Mais je t'en prie, laisse-moi encore venir de temps en temps... Ce n'est que dans le Sommeil que… que je peux exister encore un peu."
Sora, qui sentait l'irritation monter en lui à force d'être ignoré par les deux jeunes femmes, décida de signaler sa présence en apostrophant directement la fille aux papillons dans les cheveux:
"Hey! Je peux savoir qui tu es? Et comment ça se fait que tu es entrée si facilement dans mon coeur?"
Enfin, l'inconnue tourna ses yeux violets vers lui et le dévisagea longuement, comme si elle était somnolente. Il n'y avait aucune trace de jugement ni de méchanceté dans son regard cependant, juste une forme de curiosité.
"Oh Sora? Je suis ravie de te rencontrer... en personne. Même si tu me connais déjà d'une certaine manière, en réalité."
"Je… hésita l'Élu de la Keyblade. Excuse-moi, je ne me rappelle pas…Comment tu t'appelles?"
La jeune fille ouvrit de grands yeux tristes, avant d'admettre, avec le ton mélancolique des personnes habituées à admettre une terrible fatalité:
"Je ne m'en souviens pas… cela fait très longtemps que… j'ai oublié mon nom."
Il y eut un profond silence qui se répercuta dans l'intégralité du monde des Rêves, assourdissant l'esprit perplexe de Sora. La mystérieuse jeune fille décida néanmoins de briser toute potentielle demande de clarification de la part de l'Élu de la Keyblade en lâchant:
"Bon. Je pense que cela fait un peu trop longtemps que tu es ici, petit élu de Lumen. Il est plus que temps de te réveiller…"
Elle leva sa main gantée devant ses yeux violets et claqua des doigts.
Au même instant, Sora ouvrit brusquement les yeux, sursautant. Il lui fallut quelques instants pour sentir le poids de son corps à demi nu dans le chaud duvet de sa cabine du vaisseau gummi… C'était très clair à présent: il ne rêvait pas lorsqu'il se rendait dans ce monde constitué de paliers… ce "monde des Rêves". C'était sans aucun doute son esprit qui parvenait à s'y rendre seul, abandonnant un instant son enveloppe physique derrière lui. Mais tout ce qu'il y vivait était bien réel.
Le jeune homme se tourna dans son lit, tentant de graver dans sa mémoire ce qu'il avait vu et entendu dans ce "rêve"-ci… Qui était cette fille, à la fin? Elle avait l'air de connaître Naminé… mais où l'avait-il déjà vue? Il ne parvenait pas à s'en souvenir…
Alors qu'il se torturait les méninges en frappant doucement sa tête à l'aide de son poing (comme le faisait souvent son vieil ami Winnie), Sora entendit soudain un bruit dans le couloir.
De faibles sanglots.
Une voix de femme.
"Iwa? … Iwako…? Tu es là…?"
Reconnaissant enfin le timbre de l'élue de son coeur, Sora haussa la voix (et la faire paraître plus grave) pour signaler qu'il était réveillé:
"Haya? C'est toi?"
Les pleures cessèrent brusquement et il y eut un silence avant que le jeune homme n'entende à nouveau la voix de la défenseuse filtrer à travers la paroi métallique de sa chambre:
"Oui."
Étrangement, il avait semblé à Sora percevoir une note de résignation dans le ton qu'elle avait employé… De plus, ce fut avec une voix hésitante que la jeune femme reprit:
"J'ai… j'ai fait un terrible cauchemar…"
"Tu veux en parler? demanda l'Elu derechef, légèrement étonné qu'elle soit en train de pleurer. J'ai fait un rêve bizarre moi aussi… et de toute façon je suis réveillé, j'allais venir te chercher..."
Dans la pénombre de la chambre, Sora devina qu'elle avait dû passer le seuil quand il entendit un léger grincement mouvoir la porte à son entrée. Une ombre immobile lui signala que Hayate était restée debout devant le seuil, et ne bougeait pas. Surpris, Sora décida d'allumer sa lampe de chevet, se hissant sur un coude pour atteindre son interrupteur. Lorsque la lumière orangée de l'ampoule illumina la pièce, le jeune homme ouvrit de grands yeux inquiets en voyant le visage défait de Hayate: elle avait bien pleuré. Et pas qu'un peu. Elle leva son avant-bras devant ses yeux rougis et sans doute sensibles à la lumière, peut-être aussi pour cacher son apparence, honteuse. Sora s'assit dans ses draps défaits, qui glissèrent un peu sur ses reins. Comme il était torse nu, le mouvement de tissu découvrit son impressionnante cicatrice à l'épaule gauche, souvenir de leur combat contre Xemnas dans la Chambre du Sommeil. Une fois habitués à la lumière, les yeux de Hayate glissèrent alors dans leur orbite pour se poser, comme maladivement attirés, sur la vieille blessure. Contre toute attente, la jeune femme se précipita alors, avec une vélocité incroyable, droit sur Sora. Celui-ci, encore à moitié couché dans son lit, eut tout juste le temps d'entre-ouvrir un bras maladroit pour la recevoir, telle une balle lancée à pleine vitesse. Sans un seul mot explicatif et sous les yeux à la fois éberlués et agréablement étonnés de l'Élu de la Keyblade, Hayate lui enserra le buste, enfouissant son visage dans le cou du jeune homme. Sora resta un instant immobile, les pommettes rosées par la gêne, regardant, l'air paniqué, de droite et de gauche, attendant une explication ou un autre mouvement de la part de la jeune femme… mais rien ne vint, si ce n'est qu'il sentait que quelque chose clochait vraiment avec l'état de la défenseuse et qu'une vague odeur d'alcool se dégageait de son haleine. Délicatement et avec une certaine appréhension, le jeune homme posa son bras contre le dos de la jeune femme et demanda:
"...Haya ça va? Est-ce que tu as…bu?"
Le jeune homme ne pouvait s'empêcher de rougir: sa dulcinée, simplement vêtue de sa petite chemisette de nuit blanche, était toujours blottie contre lui. Il jeta un rapide coup d'œil à son lit, fort heureusement non encombré de sous-vêtements abandonnés, et se détendit quelque peu. Il était bien entendu inquiet: Hayate faisait rarement preuve de si peu de retenue et elle semblait vraiment en plein désarroi. Mais il ne pouvait pas non plus nier le fait que cette situation ne le dérangeait guère…La défenseuse, de son côté, mit quelques instants avant d'admettre:
"C'est un comportement indigne, j'en suis bien consciente… Je n'arrivais pas à me calmer alors je suis descendue en salle des machines et j'ai trouvé… le whisky que le père de Mérida nous avait offert..."
"Et pourquoi tu n'arrivais pas à te calmer…?" continua gentiment Sora qui posait à présent un bras réconfortant sur son dos, alors qu'elle s'asseyait à ses côtés, sur le bord du matelas.
La jeune femme renifla rapidement, avant de lâcher d'une voix blanche, presque sans émotions:
"Je t'ai vu mort."
Le coeur de Sora fit un saut périlleux dans sa poitrine à l'énonciation de ce fait: il repensa à ce que Riku lui avait dit de la prophétie de Enna Kros, et il lui sembla mieux comprendre la réaction ainsi que l'état actuel de la défenseuse.
"Dans ton rêve?" demanda-t-il à une masse de cheveux blonds, car elle refusait toujours de relever la tête.
"Je sais que c'était un cauchemar et pourtant… commença Hayate en reprenant un peu de constance dans la voix. C'était tellement douloureux... "
"Raconte-moi..."
Hayate prit une grande inspiration avant de commencer sa narration à la manière d'une conteuse énigmatique, sourcils froncés par la concentration, le regard fixe devant elle:
"Je me trouvais sous les feuilles de Grand-Mère Feuillage et elle me parlait… Une mise en garde, des mots inquiétants… Puis son visage s'est désagrégé, absorbé, comme effacé par sa propre écorce, et elle a disparu devant moi. C'est à ce moment que j'ai senti le vent se lever et siffler à mes oreilles un mauvais présage, mais j'étais incapable d'en comprendre le sens… J'ai rapidement tourné la tête et c'est là que je l'ai vu… Gisant au centre d'un étang sombre, immobile, colorant l'eau de son propre sang brillant... Je savais pertinemment ce que j'allais voir. Ou revoir… Je me suis donc approchée lentement, m'attendant à chaque pas à reconnaître les traits de Kocoum. Mais lorsque je suis parvenue assez près du corps, il n'y avait pas d'erreurs possibles…C'était toi."
Enfin, Hayate releva la tête et planta ses iris brillantes d'émotions dans celles de Sora, avant de reprendre, tout en observant ses paumes de main à demi-ouvertes devant son visage terrifié:
"Tes cheveux étaient collés par le sang sur ton visage, tes yeux bleus et ternes étaient grand ouverts… J'ai senti ton corps froid entre mes mains et j'ai littéralement vu la vie s'échapper de toi. J'ai tout tenté: potions, élixir, te réanimer de mes mains… mais rien ne marchait! Et rien n'a marché...alors j'ai eu mal… tellement mal…"
Hayate attrapa sa robe de chambre blanche au niveau du cœur. Elle fronça ses sourcils roses et une larme roula sur sa joue ronde, s'accrochant au passage dans sa cicatrice.
"J'ai crié à l'aide, couru en tous sens. Mais la forêt a changé de forme. Elle est devenue cette triste pièce blanche, aux froides chaînes murales. J'ai essayé de trouver une porte, une fenêtre, la moindre ouverture pour sortir de là et venir t'aider. Mais il n'y avait rien… Je me sentais tellement seule… tellement en colère… et je ressentais une telle douleur dans la poitrine que…"
La jeune femme avait prononcé les dernières phrases avec une once de panique dans la voix. Ce fut donc avec une peur non dissimulée qu'elle affirma encore, les yeux dans le vide, comme ayant perdus tout leur éclat de vie:
"...je me le suis arraché."
Sora fut parcouru d'un frisson. Au fond de lui, il savait de quoi elle voulait parler. Mais il tenta tout de même de lui poser la question, dans l'espoir d'infirmer ses craintes:
"...tu t'es arraché...quoi?"
"Le cœur, trancha Hayate d'une voix grave en le fixant de ses yeux vibrant d'émotions. Je me suis arraché le cœur…Je l'ai perdu…."
Les yeux de Sora s'ouvrirent d'abord de panique, avant qu'il ne se reprennent et attrape les bras d'Hayate pour plonger son regard chaleureusement bleu dans les yeux glacés de la jeune femme, la forçant à se placer face à lui:
"Ecoute-moi Haya: c'était un cauchemar. Aussi réaliste qu'il paraisse, toi, actuellement, ici et maintenant, tu AS un cœur. Sinon, je ne l'aurai pas senti durant nos Fusions, qui auraient été impossibles. Et tu ne pourrais pas manier une Keyblade: il te faut un cœur pour pouvoir en posséder une!"
"Pourtant Roxas était un Simili et pouvait manier Chaîne Royale…" tenta Hayate les yeux toujours perdus dans le vague.
"Roxas avait apparemment le cœur de Ven en lui, rétorqua Sora. Ce qui explique un paquet de trucs bizarres qu'il pouvait faire…"
La jeune femme reprit quelques couleurs faciales, cependant elle semblait encore chercher une faille dans la théorie de Sora qui puisse démontrer la sienne. Le jeune homme, comprenant la nature de son questionnement, ajouta:
"Tu n'es PAS un Simili Haya… Sinon le moindre coup de Keyblade te ferait du mal."
"Et si j'étais comme Roxas…? reprit-elle avec inquiétude, plongeant ses yeux redevenus azurés dans les iris océan de Sora. Un simple fragment… d'une autre personne?"
Sora haussa ses sourcils en V, ne pouvant s'empêcher de ré-entendre les mots que Naminé avait prononcés tantôt:
"Un fragment… je ne suis...qu'un fragment…"
Le fait qu'Hayate utilise exactement le même terme pour parler d'elle-même ne pouvait être une coïncidence…
"Pourquoi tu sembles si soucieux tout-à-coup? s'inquiéta la jeune femme en le dévisageant. Ça ne te ressemble pas…"
"Dans mon rêve, clarifia l'Elu, j'ai parlé à Naminé."
"Encore?", lâcha la défenseuse, interloquée.
"Oui et… hésita Sora, cherchant ses mots. C'était pas très clair mais… elle avait l'air de dire que toi et elle étiez reliées... "
"Et comme elle est une Simili, mes paroles t'ont fait faire le lien… en déduisit Hayate quelque peu sur la défensive. Toi aussi tu penses que je suis un Simili."
"J'ai jamais dit ça, corrigea rapidement Sora. Je sais pas quoi penser de tout ça… mais y a peut-être vraiment un lien entre vous deux… que j'arrive pas à expliquer."
"Qu'est-ce qu'elle a dit d'autre dans ton rêve?"
Le ton de Hayate était redevenu plus posé, et cela retint Sora de parler du palier de vitraux, figuration de son propre coeur, où la jeune femme était peinte à présent. Il ne savait pas non plus comment aborder la présence de la mystérieuse jeune fille aux papillons dans les cheveux. Le silence réflexif de Sora parut perturber Hayate néanmoins, car elle finit par lâcher:
"...tu ne me dis pas tout n'est-ce pas?"
Le ton qu'elle avait utilisé était clairement celui du regret. Or, Sora ne voulait pas la blesser. Ainsi, ce fut avec une certaine délicatesse dans la voix que le jeune homme se défendit:
"Je suis pas tout à fait au clair avec ce que j'ai vu…"
L'explication sembla légèrement calmer Hayate, qui baissa un regard attristé sur la cicatrice de Sora avant de murmurer, avec mélancolie:
"Tu sais… Tu le caches très bien. Mais je sens que parfois, lorsque nous parlons tous les deux, tu es si triste… Tu te retiens de faire, ou de dire certaines choses. Ma perte de mémoire a brisé quelque chose entre nous, n'est-ce pas?"
Une vague de peine submergea soudain Sora: comment faire? Comment ne pas tout lui avouer, là, maintenant, tout de suite. Mais les paroles d'Iwako lui revinrent en mémoire et il se ravisa, admettant seulement dans un murmure:
"Naminé a dit que ton coeur se souviendrait… Laisse-lui juste un peu de temps... "
Le visage de Hayate ne tarda pas à reprendre un masque de froide mélancolie et elle baissa lentement les yeux, de regrets mais sans doute aussi de douleur face à toute cette situation, qui finalement la faisait souffrir autant que lui.
"Tu as raison… souffla-t-elle, lasse, en s'éloignant de Sora... Tout cela aurait été plus simple si je n'avais pas de cœur, au final… quelle ironie."
Elle s'assit sur le bord du lit, prête à quitter la pièce, et dit encore de dos:
"... Je suis désolée de t'avoir dérangé et merci de m'avoir écoutée… Je vais regagner ma chambre..."
La jeune femme se leva et s'apprêtait à partir quand Sora se jeta hors du lit, le coeur pincé par le remords, et attrapa vivement le poignet de la défenseuse en s'exclamant:
"Haya je suis désolé! J'aimerais pouvoir tout te raconter, si seulement je savais tout ce que tu as oublié! Et même, ce serait juste des mots, et ce serait seulement ma vision des choses: ça ne remplacera pas tes propres émotions, liées à ces souvenirs! Je sais… je sais juste pas quoi faire, moi non plus…A part être là pour toi et tenir ma promesse: te donner pleins de nouveaux souvenirs, pour remplacer les anciens….S'il te plaît, reste!"
La supplique était clairement audible dans sa voix et ce fut peut-être cela qui fit tourner la tête de Hayate en sa direction. Sora l'observa, respirant avec difficulté et complètement perdu: il sentait, au fond de lui, qu'elle allait très mal. Et il pressentait que si elle repartait, là, maintenant, errer seule dans ce vaisseau abandonné au milieu de l'espace glacial, son esprit allait la tourmenter toute la nuit encore. Elle avait une personnalité complexe et sensible… mais Sora savait être patient et compréhensif. Il la connaissait assez maintenant. La brusquer ne servait à rien. Il fallait la rassurer. Et il ne supportait pas de la voir dans cet état. Il parvint donc juste encore à répéter:
"...reste…"
La jeune femme, derrière sa mèche blonde, l'observa longuement, ses yeux remontant de sa grande main qui la tenait toujours jusqu'à son visage, plongeant ses iris cristallins dans ceux de Sora. Elle semblait y chercher quelque chose, comme un indice. Lorsqu'elle l'eut trouvé, quoi que ce fut, ses sourcils roses s'abaissèrent de soulagement et les traits de son faciès rond se détendirent perceptiblement. Une larme roula sur sa joue, qu'elle chassa vivement en lâchant d'un air interrogateur:
"Cette lueur dans tes yeux…elle est encore là…?"
"...quelle lueur?"
La jeune femme abaissa lentement ses yeux bleu azuré vers lui et, prenant un tout autre ton que le précédent, elle lui sourit timidement et confirma:
"Rien, oublie...Mais tu m'as convaincue: je reste."
Balancé entre deux émotions contraires, le cœur de Sora bondit dans sa poitrine à la réalisation soudaine que Hayate allait, contre toute attente, rester dans sa chambre pour dormir. Perturbé, il demeura pétrifié quelques instants, maladroitement statique, ne sachant plus que faire. Enfin, rassemblant son courage, il prit d'une main tremblante celle de la jeune femme et la reconduisit jusqu'à son lit défait. Elle se laissa guider sans rien dire, mais Sora, alors qu'il se calait le plus possible contre la paroi murale pour lui laisser la place de le rejoindre, ne put s'empêcher de dire une bêtise, afin de relâcher un peu le stress qui commençait à lui nouer l'estomac:
"Je suis désolé, ce lit est vraiment petit….Riku est vraiment un être cruel…"
Sora eut soudain l'envie de se frapper la face de la paume sous le coup de la honte, mais fort heureusement Hayate se retint de rire et dit seulement:
"Ça ira très bien."
Et, sans crier gare, la jeune femme se pelotonna contre lui, se cachant sous le grand duvet moutonneux et enfouissant son visage dans le grand coussin moelleux. Remerciant la semi-obscurité qui le cachait, Sora sentit son visage prendre feu et la nervosité lui nouer le bas du ventre. Enfin, la voix chuchotante de Hayate souffla vers lui:
"Tu la sens toi aussi…?"
"De quoi?!" s'étrangla le jeune homme, ne sachant pas très bien de quoi lui parlait la jeune femme.
"La fin de notre périple…reformula-t-elle. Tu sens aussi qu'elle approche?"
Mal à l'aise, pour différentes raisons, Sora s'enfonça dans le lit, se couchant le plus agréablement possible sur le dos, et fixa quelques instants les ombres projetées par sa lampe de chevet danser sur le plafond métallique de sa cabine.
"Je me réjouis que cette quête des Souvenirs soit derrière… avoua-t-il en fixant un boulon ombrageux. Et en même temps, comme je sais pas ce qu'on va y trouver, je suis un peu stressé… J'espère juste que Kros ne nous mène pas par le bout du nez…"
Il réfléchit encore un instant avant d'ajouter:
"Pour être honnête, c'est pour Iwako et toi que ça me stress le plus… j'espère que ce que vous allez apprendre là-bas va pas trop vous mettre sans-dessus-dessous… Pour moi, toute cette histoire, elle me sort par les oreilles: j'y comprends de moins en moins quoi que ce soit, et je m'en fiche pas mal de savoir qui vous étiez au final…"
Il se tourna vers Hayate et sursauta imperceptiblement en notant que la jeune femme s'était rapprochée de lui, l'observant avec un mélange de curiosité et d'attente.
"Et ça ne t'effraie pas? demanda-t-elle avec intérêt. De n'y rien comprendre? Que le sens de toute notre quête t'échappe complètement?"
Sora plia son avant-bras sous sa mâchoire pour se faire un appui et lui sourit en lâchant, avec une pointe d'humour dans la voix:
"Depuis que j'ai la Keyblade, j'ai jamais vraiment tout compris de toute manière… et j'ai pas envie de me rendre malade avec ça. En plus, on s'en est toujours sorti jusque là, tous les quatre! Des fois plus facilement que d'autres, c'est tout. Tant qu'on reste tous ensemble, on peut venir à bout de n'importe quoi…"
Enfin, les traits tirés de Hayate se déridèrent et elle se permit un franc sourire avant de commenter la tirade de Sora:
"Ça a l'air tellement plus simple de penser comme ça... "
"C'est ça qui te met dans cet état? supposa Sora. De ne pas savoir ce qu'il va nous arriver à la Tour de Cristal?"
"Entre autre… soupira la jeune femme. Depuis le monde des Powhatan et le Manoir Oblivion, j'ai l'impression de ne plus rien maîtriser… moi-même y compris. C'est déroutant. Et effrayant. De même que les bribes de mon passé qui me reviennent petit à petit… Et si je me berçais d'illusions? Et si finalement, je n'étais vraiment rien d'autre qu'un pantin créé par Enna Kros, ayant commis des actes impardonnables? Si elle devait être horrible, je ne...Je ne veux pas que vous la connaissiez. Ma véritable nature…"
Elle hésita quelques secondes avant de fuir le regard de Sora en murmurant:
"Surtout toi…"
La gorge de Sora s'assécha subitement, réalisant l'opportunité qui s'offrait peut-être à lui de manière inespérée. Il devait essayer de lui dire! Un mot, une phrase, quelque chose ! Le jeune homme ouvrit donc la bouche… au moment où Hayate tenta de cacher ses pommettes rougissantes, le fixant de ses yeux ronds célestine avec gêne tout en essayant de se camoufler sous le duvet qu'elle partageait avec le garçon. Sora, la sentant étrangement vulnérable et aussi en proie à un profond doute, trouva alors les mots. Ce n'était pas exactement ce qu'il avait prévu de lui révéler à la base. Mais il les jugea suffisamment opportuns dans cette situation. Avec un timbre doux mais néanmoins sûr de lui, l'Élu de la Keyblade déclara:
"Je serai toujours à tes côtés... quoi qu'il arrive. Je trouverai toujours un moyen de te rejoindre, peu importe où tu te trouveras.''
Hayate l'observa avec hésitation et attention, comme si elle essayait de détecter en lui un quelconque mensonge.
« Tu...commença-t-elle d'une voix murmurante. Tu me le promets ? »
Sora, dont le coeur battait la fanfare dans ses oreilles, hocha la tête avant de répondre :
« Je te le promets.»
Comme elle savait si bien le faire, Hayate prit Sora par surprise: elle se lança en avant, atterrissant dans les bras du jeune homme qui, n'ayant pas anticipé l'impact, tomba en arrière sur le lit.
« Reste toujours comme tu es, Sora... » lui murmura-t-elle dans l'oreille, avant d'enfouir son visage dans le cou du jeune homme et de le serrer puissamment contre elle.
Sora venait de faire l'équivalent d'une mort cérébrale : son cerveau ne captait plus qu'une seule information ; Hayate était collée contre lui et tous deux étaient couchés dans son lit. Son coeur martelait sa poitrine alors qu'il sentait les cheveux blonds de la jeune femme lui chatouiller la joue et son bras entourer son torse nu. Le visage du jeune homme était littéralement en feu. Dans son ventre, il sentait comme des milliers de petites fourmis brûlantes parcourir ses entrailles. Dans le doute, il passa un bras hésitant autour de la taille de Hayate, l'étreignant à son tour avec émotion. Le cœur de l'Élu de la Keyblade menaçait d'exploser. Sa respiration se bloquait à chaque mouvement de la jeune femme et son front commençait à perler de transpiration anxieuse.
Sora ne savait pas s'il était en train de vivre le pire moment de sa vie, ou le meilleur.
Après un moment qui lui parut une éternité, Hayate expira tranquillement et murmura un simple :
« Bonne nuit... »
« B...déglutit le jeune homme avec difficulté. Bonne nuit.»
Sora éteignit sa lampe de chevet et elle sembla s'endormir presque instantanément, exténuée. L'adolescent expira profondément: il ne pouvait pas dormir. Hayate, LA Hayate (celle qui avait un caractère bien trempé avait cinq ans de plus que lui au moins) dormait paisiblement contre lui. Son cerveau malade (il en était sûr maintenant) fonctionnait à mille à l'heure : est-ce que le fait qu'elle dormait contre lui signifiait: « j'ai de nouveau des sentiments pour toi » ou juste «merci de m'avoir remonté le moral» ? Mais est-ce que vraiment des meilleurs amis dormaient ensemble à moitié nus (Sora était tout de même en simple caleçon) ?
Il soupira à nouveau. Il ne savait pas quoi faire.
« T'es un crétin », s'insulta-t-il en fixant le plafond du vaisseau.
Il dut attendre à peu près une heure dans cet état: chaque mouvement ou bruit de Hayate le rendait nerveux. Son parfum lui chatouillait les narines. La peau de ses bras, douce et fraîche, touchant son torse brûlant lui donnait des frissons. Et les satanées fourmis diaboliques dans son ventre ne voulaient que rarement le laisser en paix.
Sora l'observa bientôt dormir: elle avait utilisé le bras gauche du jeune homme comme coussin, son visage serein caché par de longues mèches roses et blondes. Ses lèvres rouges en forme de pomme bougeaient parfois, mues par les aléas d'un rêve. Le jeune homme, dans un geste protecteur, remonta délicatement le duvet sur son épaule découverte. Puis, n'y tenant plus, Sora se redressa légèrement sur son coude et apposa un baiser, lent et doux, sur le haut de la tête de Hayate. La jeune femme émit un bruit dans son sommeil et se blottit contre le jeune homme. Ce dernier la serra contre lui avec force et enfouit son visage dans ses doux cheveux en bataille tout en souriant.
Peut-être commençait-elle vraiment à se souvenir, conclut-il en s'endormant enfin...
Sora bailla à s'en décrocher la mâchoire et étira ses jambes dans le fond de sa couette. Il devait être le matin déjà (si matin il pouvait y avoir dans l'espace), mais quelque chose ne lui donnait aucune envie de sortir du lit. En voulant se retourner pour trouver une position plus douillette encore, le corps du jeune homme rencontra alors une autre présence contre lui…
Et il se souvint de ce qui lui donnait tant envie de rester au lit.
Hayate était toujours là. Sagement emmitouflée dans le duvet, dont elle s'était accaparée la majeure partie, son épaule gauche se levait et s'abaissait lentement au rythme de sa respiration calme. Sora sentit son coeur recommencer à s'agiter dans sa poitrine: c'était non seulement la première fois qu'il avait dormi avec une fille dans son lit (Hayate de surcroît) mais c'était aussi la première fois qu'il avait une si grande proximité physique avec la défenseuse (si on ne comptait pas les Fusions, bien entendu). Galvanisé par ces pensées victorieuses, le jeune homme empli d'une fougue nouvelle osa jouer avec quelques mèches rosées, les ré-ajustant derrière une oreille. Le mouvement dut cependant la réveiller, car Hayate laissa échapper une sorte de râle tout en faisant pivoter tout son corps vers lui, froissant le duvet plumeux dans la manœuvre. Du bout des doigts, Sora releva précautionneusement la mèche blonde qui lui cachait le visage de la belle endormie et ne put alors s'empêcher de dévisager avec une certaine envie cette bouche vermeille tant désirée…
Ce fut à ce moment que la jeune femme entrouvrit lentement deux yeux cristallins et posa sur lui un regard embrumé.
Le cœur du jeune homme s'arrêta net. Les mots moururent dans sa gorge et ses pensées se désagrégèrent dans son esprit. Par pulsion plus que par réflexion, Sora se pencha vivement en avant et déposa un baiser furtif sur la joue de la jeune femme.
Puis, comme revenant à la réalité, il se rétracta en arrière et se mit à rougir violemment. Hayate, à l'inverse, perdit progressivement toutes ses couleurs faciales et ouvrit brusquement de grands yeux étonnés. Lentement, elle posa une main hésitante sur sa joue, à l'endroit du baiser. Puis elle observa l'Élu torse nu de bas en haut avec une claire gradation de panique dans le regard.
"Que… que s'est-il passé... hier soir?" lâcha-t-elle en regardant autour d'elle avec un malaise grandissant.
"R… hésita Sora dont le visage devait à présent commencer une combustion spontanée alors qu'il commençait à comprendre ce qu'elle imaginait. Rien…?"
La réponse ne parut pas satisfaire Hayate qui se jeta d'un bond hors du lit de jeune homme avant de s'enfuir précipitamment de la chambre en marmonnant quelque chose comme:
"Je… je ne sais pas ce qu'il m'a pris… je suis désolée…"
Ce fut à cet instant que la porte de la chambre s'ouvrit en grand sur un Riku un peu débraillé qui demanda, en baillant:
"Sora? T'es réveillé?"
Le jeune Maître de la Keyblade reçut une Hayate fuyante en pleine épaule. Il la regarda disparaître dans le couloir en lançant un "HEY!" outré.
Puis le jeune homme argenté tourna lentement son visage altier pour observer attentivement l'intérieur de la chambre de l'Elu et notamment le lit défait à l'intérieur duquel le jeune homme se trouvait encore. Sora ouvrait la bouche, le visage rouge comme une tomate, pour s'expliquer lorsque Riku l'arrêta net en déclarant vivement:
"Je ne veux rien savoir."
Les joues toujours brûlantes, Sora s'extirpa de son lit alors que son meilleur ami fermait la porte métallique de la cabine dans son dos. Le jeune homme soupira longuement avant de lâcher:
"Je tâcherai d'effacer cette scène de mon esprit… Mais bref. Je te cherchais parce que je me demandais ce qui t'avait fait oublier l'heure…Et j'ai malheureusement eu la réponse, semble-t-il."
Le garçon aux cheveux en pics tourna la tête vers son réveil rouge et jaune et réalisa alors avec effroi que la visite impromptue d'Hayate lui avait totalement fait oublier leur "mission".
"Meeeerde!" s'exclama-t-il dans un brame matinal éraillé.
"Je vais faire diversion, décida Riku avant de rouvrir la cloison à l'aide de l'interrupteur mural. Tout est prêt. Mais grouille-toi, espèce de flemmard."
Avant de quitter la salle, le jeune homme aux cheveux argentés s'arrêta sur le pas de porte et hésita avant de jeter un dernier coup d'oeil à l'Élu de la Keyblade en lâchant, avec une voix sans émotions:
"Au fait, félicitations...Je crois."
Chapitre qui finit en total malentendus... On espère que vous avez apprécié.
Et qu'avez-vous pensé de la discussion avec Naminé?
Et arrivez-vous à deviner ce qu'est la fameuse "mission" des garçons?
Réponse au prochain chapitre!
