[MaJ Juillet 2021]

Note de l'auteur : J'ai oublié de préciser le rythme de publication, la dernière fois, qui sera d'un chapitre par semaine, le lundi. Ceux qui m'ont suivie sur mes autres fics savent déjà que je suis farpaitement ponctuelle !

Merci aux followers, n'hésitez pas à commenter, cela dit, hein ! Ça ne tombe jamais dans l'oreille d'un sourd !

Bien ! Après un prologue gentillet sur cette charmante Mathilda, passons à un rouquin qui nous avait diablement manqué sur la fin de CQAP...

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Bonne lecture et à très vite !


Chapitre 2 - Ron

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Lorsque Ron arriva chez ses parents avec une bonne demi-heure de retard, s'étant imposé comme nouvelle règle de vie de ne jamais être le premier à rejoindre le Terrier au risque d'avoir à supporter le harcèlement incessant de ses parents concernant le bien-être de leur bébé entré dans le monde adulte, il vit Molly Weasley replier précipitamment ce qui semblait être un journal et le froisser sur ses genoux, un sourire forcé aux lèvres.

Il se sentit immédiatement gêné, tant par les regards de son père, sa mère et sa jeune sœur, que par le silence inhabituel qui régnait dans la cuisine.

Faisant fi du léger malaise provoqué par son entrée, il les salua chaleureusement et s'assit à son tour autour de la table.

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Molly se leva, glissant le journal froissé sur les genoux de son mari et s'agita dans la cuisine, faisant voler assiettes et couverts et rallumant un feu doux sous la marmite.

Son père et Ginny, eux, continuaient à le regarder en souriant, de ces sourires crispés, semblant s'attendre à un éclat ou à une quelconque réaction impulsive et disproportionnée telle qu'il lui arrivait - rarement mais toujours spectaculairement - de démontrer publiquement.

De plus en plus mal à l'aise, il demanda où étaient George et Bill et fut informé, par des voix incertaines, qu'ils jouaient à l'étage avec Fleur et Victoire.

Harry avait offert, quelques semaines auparavant, de gros cubes encastrables à la petite, jeu moldu dont elle se désintéressait totalement, préférant s'adonner aux joies du rouler-bouler sur elle-même qu'elle commençait à exécuter avec brio.

Les adultes, eux, adoraient y jouer pendant des heures, construisant de petits forts biscornus dans de grands éclats de rires.

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Il soupira à l'évocation du Survivant. Ils ne se fréquentaient plus depuis de longs mois désormais. Évidemment, sa sœur ne semblait pas prête à se séparer de lui et il n'avait d'autre choix que de s'habituer à ce qu'ils agissent tels des étrangers lors des repas de familles mais, il gardait toujours une certaine rancœur.

Il ne lui en voulait pas vraiment. En tout cas, pas pour quelque chose de concret, il devait bien le reconnaître mais… Il n'avait plus envie. Il avait perdu Harry dès qu'il avait perdu Hermione, c'était aussi simple que ça. C'était un peu triste mais il s'y adaptait.

Sa relation avec le brun lui manquait parfois. On ne pouvait pas effacer une quasi décennie d'amitié d'un revers de la main ! Cela dit, et bien que qu'il continuait à en être régulièrement surpris, cette nouvelle situation lui convenait parfaitement.

Ce qui ne lui convenait pas, en revanche, était bien la gêne de sa famille, à cet instant précis.

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Ses proches, d'habitude si loquaces qu'ils pouvaient en devenir épuisants, avaient des difficultés à relancer la conversation, trop attentif à ses moindres réactions. Il commençait sérieusement à s'agacer de ce manque de naturel flagrant !

- « Bon, lâchez le morceau, qu'est-ce qu'il se passe ?

- Rien, voyons…

- Non, rien, je t'assure Ronnie… Et hum, comme ça va, à la boutique ?

- Arrêtez, George a déjà dû vous raconter tout ce qu'i savoir ! Pourquoi est-ce que vous êtes aussi bizarres ? »

Arthur et Ginny se retournèrent vers Molly qui souriait, pincée, à Ron, s'apprêtant à le gratifier d'un « Mais non, mon chéri, voyons ! Qu'est-ce que tu racontes ?! ».

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Expirant fortement par le nez, il se releva à moitié de table et saisit prestement le journal qui reposait toujours sur les genoux de son père face à lui, ce qui fit lâcher une petite exclamation à sa sœur.

Ron fronça les sourcils en posant l'objet du délit sur la table, lisant les gros titres en aplatissant les pages froissées du plat de la main.

« La rentrée de tous les dangers ! » énonçait gravement, en lettres capitales, le bandeau de tête. Relevant son visage, les sourcils toujours froncés, il expira fortement.

- « A quoi est-ce que vous jouez ? Il n'y a rien que je ne sache déjà dans ce journal ! »

Les trois autres se regardaient dans un mélange de malaise et d'étonnement.

- « Mon chéri » commença Molly, « tu as lu la Gazette aujourd'hui ? »

Ron l'incita à poursuivre d'un regard.

- « Je ne pensais pas que tu prendrais ça aussi bien, après tout ce qu'il s'est passé. »

Il baissa à nouveau les yeux sur le journal et parcourut les titres en première page encore une fois.

Son regard s'arrêta une seconde sur la manchette relatant l'arrestation de Victor Krum par la police moldue pour détournement de mineur et la gestion du Gouvernement Magique Bulgare de cette affaire.

- « Vous faites toute une histoire pour pas grand-chose. Même si à une époque… enfin, vous voyez quoi, avec Hermione, tout ça… Mais c'est de l'histoire ancienne. Ça ne me concerne pas, je le connais à peine ce type. On n'a pas les mêmes valeurs, c'est tout. C'est pas comme si on était proches, quoi… »

Décidément, il ne comprenait vraiment pas pourquoi ils faisaient tant de mystères et prenaient tant de précautions depuis qu'il était arrivé !

- « Ron, tu me surprendras toujours ! » lança Ginny dans un sourire. « Je ne pensais pas que tu le prendrais aussi bien !

- Pourquoi veux-tu que je le prenne autrement ? Ça ne me concerne pas.

- Quand même avec tout ce qu'il s'est passé avec Hermione… »

Il essaya de ne pas sourire au petit son dédaigneux qu'émettait Molly à chaque fois qu'elle entendait le prénom de son ancienne petite amie.

Elle avait beau être agaçante à bien trop couver ses enfants, il était toujours plaisant de se savoir soutenu par sa mère après avoir senti son cœur meurtri par l'amour.

- « … et le fils Malefoy !

- Hein ? » Ron fronça les sourcils sans comprendre et laissa à nouveau filer son regard sur la première page « Qu'est-ce qu'il a Malefoy ?

- Eh bien, elle et lui » relança Arthur doucement « … l'article en page 8 »

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Ron senti sa respiration s'arrêter et ouvrit le plus doucement possible le journal, tournant les pages en sentant ses mains trembler, jusqu'à ce que son regard s'ancre sur des boucles brunes qu'il aurait reconnues entre mille.

Sur la photo en noir et blanc, la femme à l'épaisse chevelure et un homme aux cheveux trop clairs se tenaient par la taille, appuyés à la balustrade d'un pont, de trois-quarts dos.

Ils tournaient leurs visages en souriant amoureusement bien que Ron aurait dit niaisement, puis figeaient un regard agacé au spectateur malvenu, suivi de la légende « Un amour de Mangemort ? ».

Il ne lut pas l'article, relevant les yeux vers ses parents, restés prostrés, attentifs à ses réactions.

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Comment Ron avait-il pu passer à travers ? Lire le Chicaneur, en vente à la boutique, et les gros titres de la Gazette lorsqu'il passait devant un kiosque lui avait semblé amplement suffisant pour se tenir au courant des nouvelles.

De toute façon, il n'avait jamais aimé lire les pages 'people' et s'en était totalement désintéressé depuis qu'il était devenu une de leur cible favorite.

Quand il lui prenait l'envie de savoir ce que les journaux disaient de lui, il lui suffisait de contacter sa mère ou sa sœur et elles lui faisaient un rapport complet, agrémenté de photos et d'articles découpés dans diverses feuilles de chou.

Il se dit furtivement que Hermione aurait ri aux éclats qu'il apprenne la pire des nouvelles de la pire des manières. Elle lui avait toujours reproché de ne pas s'attacher aux détails, de tout survoler.

Il avait là la preuve ultime que cette fille, elle avait réellement toujours raison.

Il encaissa la nouvelle tant bien que mal dans ce silence toujours pesant. Il se racla la gorge et leur indiqua qu'il allait saluer le reste de sa famille. Tout pour éviter leurs œillades lourdes et curieuses.

Le regard inquiet de Molly le couva alors qu'il grimpait les marches deux à deux. Son fils, son bébé, était devenu un tout autre homme que ce à quoi elle s'était attendue.

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Charlie et Bill étaient devenus des hommes très tôt. Ils avaient tout de suite endossé leurs rôles d'aînés, de mâles alpha. Ils étaient forts et intelligents, elle n'avait jamais eu peur qu'ils échouent. Et ils n'avaient pas échoué.

Le plus âgé était maintenant un père épanoui, un briseur de sort de talent, marié à une femme aimante et dévouée. Il avait réussi à trouver un équilibre et une stabilité qui les émerveillaient, elle et Arthur.

Charlie, lui, était un globe-trotter, un aventurier solitaire. Elle aurait préféré qu'il soit moins indépendant mais elle ne pouvait que l'admirer pour cela.

Il s'en sortait toujours, quoi qu'il en coûte et elle ne doutait pas ne pas connaître la moitié des épreuves qu'il pouvait réellement rencontrer sur son parcours. Et si son célibat pesait à son envie de dizaines de petits-enfants chahuteurs, elle ne pouvait nier que c'était une condition inévitable des choix de vie de son grand gaillard.

Percy, lui, l'effrayait un peu. Il n'en avait pas toujours été ainsi, c'était vrai. Plus jeune, ses notes et sa discipline la rendait seulement fière comme un Hippogriffe puis, il y avait eu toute cette époque de rupture.

Elle avait eu le cœur meurtri, plus d'une fois et, finalement, il était revenu. C'était peut-être un des instants les plus heureux de sa vie.

Seulement, Perce' était ambitieux depuis toujours. Parfois trop ambitieux. Cela lui causait des torts. Elle en avait conscience et lui aussi.

Elle avait toujours su qu'il irait loin et elle ne pouvait que constater qu'effectivement, à force de persévérance, il grimpait inexorablement les échelons qui se plaçaient sur son chemin.

Elle savait aussi qu'elle continuerait, jusqu'à la fin de ses jours, à avoir peur pour lui. Peur qu'il ne se maîtrise pas et qu'il s'aperçoive, trop tard cette fois, de ses erreurs. Peur qu'un jour, il s'écroule et perde tout ce qu'il avait bâti.

Bien sûr, il ne ferait jamais de mal à une mouche. Perce' était trop pur pour ça. Mais, elle n'était pas sûre qu'il ne se détruirait pas lui-même un jour. Pour lui, elle se ferait éternellement un sang d'encre.

Les jumeaux… Elle ne s'était pas attendue à perdre un fils si jeune. Jamais. Ce n'était pas normal. Aucun parent ne devrait connaître l'épreuve de survivre à son enfant. Jamais. Mais George…

George s'était relevé avec cette force si extraordinaire qui l'avait toujours caractérisé. La force dont il avait fait preuve lui en avait donné, à elle. La fierté de voir son fils dépasser et transcender la perte d'une partie de lui-même l'avait fait revivre un peu, elle aussi. Il l'épatait. Comme toujours.

Ginny, elle n'en parlait même pas. C'était sa huitième merveille du monde à elle et elle ne pouvait qu'être parfaite.

Mais lui, Ronnie, il n'avait rien de celui qu'elle avait imaginé. Ronnie, elle l'avait toujours vu comme son bébé. Elle avait eu l'impression que son chemin était tout tracé, depuis toujours.

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Quand elle l'avait vu, avec Hermione, au Chaudron Baveur, cette fois où Harry avait failli être renvoyé de Poudlard, elle avait tout de suite vu qu'il y avait un Dragon sous le Dolmen [1]. Pourtant, ils ne devaient pas avoir plus de treize ans à l'époque. Non, pas plus !

Elle les avait surveillés. Elle avait guetté les gestes amicaux se transformer en autre chose. Elle avait saisi les regards et quand, enfin, elle les avait vu franchir le pas, elle s'était imaginé leur union dans l'année et l'entrée de son plus jeune fils, sans vague, au Ministère.

Elle n'avait, en fait, jamais envisagé qu'il puisse faire autre chose que d'y prendre un poste sans grand intérêt. Un peu neutre.

Elle s'était toujours dit que Ron privilégierait sa vie personnelle à sa vie professionnelle. Comme lorsqu'il était plus jeune. Qu'il n'aurait pas la présomption d'aller aussi loin que possible... Pas comme Perce' ou Bill.

Elle avait presque honte d'avoir pensé, si longtemps, que son petit n'aurait pas l'ambition ou même la possibilité de faire quelque chose de grand.

Elle le savait intelligent, pourtant, mais elle le connaissait surtout feignant. Il avait toujours été plus prompt à s'amuser qu'à travailler. Et Hermione l'avait quitté.

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Alors que son fils aurait dû couler des jours paisibles, un poste d'assistant quelconque dans un bureau encore plus quelconque, marié à son amie d'enfance, leur premier enfant en route, il l'avait surprise comme aucun autre de ses fils ne l'avait fait jusqu'alors.

Il avait fait sauter toutes les barrières qui le limitaient. Là où certains pouvaient voir du dépit, dans sa décision de travailler à la boutique Weasley's, elle, elle y voyait une révélation.

Aujourd'hui, Ron finissait sa première année à l'ASAP [2] et était un des majors de sa promotion. En potions !

Il était doué. Très doué. Il se démenait comme un beau diable pour rendre fier son frère et lui faire oublier, un peu, l'absence de Fred. Il créait avec une finesse qui ne lui ressemblait pas, des élixirs compliqués. Il avait des idées qui arrivaient même à épater George !

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Molly savait que son fils n'était pas très heureux, malgré tout. Qu'il ressentait des manques, qu'il avait du mal à comprendre où il en était aujourd'hui.

Mais elle, même si elle en voudrait toujours à Hermione d'avoir rejeté son fils, elle savait également qu'elle la remercierait éternellement de lui avoir permis de se révéler avant qu'il ne soit trop tard.

En mettant fin à leur relation, elle avait également fait exploser son amitié avec Harry et bien que Molly aimait son gendre presque autant que ses propres fils, Ron était plus lumineux sans lui.

Elle n'avait pas d'œillères. Elle voyait les choses. Elle savait parfaitement que son cadet avait toujours été dans l'ombre. Dans l'ombre de ses frères, puis de Harry et même de Hermione. Aujourd'hui, ce n'était plus le cas. Il s'affirmait. Il devenait quelqu'un et, ce quelqu'un, elle l'aimait encore davantage.

Bien évidemment, il était toujours immature, impétueux, caractériel et avec tout un tas de défauts plus agaçants les uns que les autres mais… C'était son fils et elle commençait enfin à voir que, lui aussi, il était un génie, dans son genre.

Ils avaient fait du beau boulot, avec Arthur ! Vraiment ! Leurs gosses étaient parfaits !


Verdict ? Ce petit tableau Weasleyien vous a plu ?

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Un Dragon sous le Dolmen [1] : « Anguille sous roche », donc !

ASAP [2] : CQAP - Académie Supérieure d'Apprentissage en Potion qui est également un jeu de mot avec le terme anglo-saxon ASAP, As Soon As Possible.