[MaJ Août 2021]
Note de l'auteur : Bonjour, bonjour ! Comme Demeter07 m'en a fait la remarque et que d'autres peuvent possiblement se poser la question, je m'explicationne un peu !
Cette suite reprend rapidement après le chapitre 18 de CQAP. Il y a, en fait, une ellipse de quelques mois entre le chapitre sur le toit (février 2000) et le prologue de Mathilda (août de la même année). Au fil des chapitres, on reprend tout le background initial et on suit l'histoire chronologiquement, parfois entrecoupée de retours sur des évènements passés lors de cette ellipse (comme sur ce nouveau chapitre). Du coup, des points abordés dans l'épilogue mais sans avoir été développés sont repris, précisés, racontés...
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Aujourd'hui, le chapitre prend le point de vue de Harry. J'espère qu'il ne tombera pas trop à plat… ^^
Un grand merci aux reviewers et aux followers et n'hésitez pas à commenter, que vous soyez convaincus ou non par l'histoire !
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Bonne lecture et à très vite !
Chapitre 3 – Harry
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Dix mois. Cela faisait dix mois que Harry et Ginny avaient évoqué pour la première fois la possibilité d'avoir un enfant. Presque autant de temps qu'ils s'y acharnaient.
Lors du trimestre précédent, ils s'étaient décidés à aller voir Simons, un Ferticomage[1], inquiétés par leurs six derniers mois d'essais infructueux.
Ils se posaient beaucoup de questions et n'avaient eu que peu d'interlocuteurs à qui s'adresser. Et ce n'était définitivement pas normal de ne pas encore y arriver, après autant de temps !
S'ils ne souhaitaient toujours pas se marier, ils n'en savaient pas moins que les parents Weasley refuseraient de les soutenir dans leur désir de parentalité sans cette condition [2].
Ils avaient longuement parlé avec le spécialiste qui les suivait désormais. Ensemble et séparément. Ils avaient également eu à subir toute une batterie de tests longs, fastidieux, et parfois douloureux. Rien n'avait été mis en évidence. Rien ne clochait. Ils n'auraient jamais dû avoir autant de difficulté à procréer.
Tout aurait dû être simple, limpide. Pourtant rien n'y faisait. Pas même cette potion dégoûtante qu'ils ingurgitaient désormais mensuellement, le premier jour du cycle de la rousse, à vingt-et-une heure pétante.
Harry se résignait tant bien que mal mais, force lui était de reconnaître qu'il supportait de moins en moins bien le découragement de Ginny. Les ébats délirants des tout débuts avaient rapidement laissé place à des rapports conjugaux mécaniques, millimétrés, calculés à la minute près. Ils ne s'amusaient plus vraiment. Il n'y avait plus ce grain de folie qui, avant, les faisait valser. C'était lourd. Très lourd.
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Depuis qu'ils étaient suivis par Simons, Harry se raccrochait à Hermione. Elle le comprenait, l'écoutait et l'épaulait mais il se demandait jusqu'à quand ce serait le cas.
Elle avait à gérer elle-même ses propres difficultés, encore davantage maintenant que plus personne n'ignorait qu'elle formait officiellement un couple avec Draco Malefoy. Il continuait, d'ailleurs, à être surpris par cette étrange association, encore aujourd'hui. Pourtant, il ne doutait ni de leurs sentiments, ni de la force qu'ils se portaient mais, leur équilibre était fragile.
Harry avait toujours l'impression qu'une seule brise pourrait suffire à les faire imploser. Comme au printemps dernier où il avait, lui-même, bien failli mettre leur tout jeune couple en péril.
A l'époque, il supportait encore difficilement Draco, épuisé par cette impression tenace de le voir partout, tout le temps. Le blond était entré dans son univers tel un ouragan, y imposant sa marque, lorsque sa relation avec Hermione s'était développée et il n'avait pas eu son mot à dire.
Le matin au petit déjeuner, le soir sur son canapé, l'après-midi dans sa bibliothèque. L'ombre de Malefoy le suivait où qu'il soit et il se disait, frustré, que jamais il n'arrivait à revoir sa meilleure amie sans voir le visage de l'autre surgir dans la minute. Et quand, par bonheur, le Serpentard n'était pas là, elle n'y était généralement pas non plus.
Harry avait souvent tenté de la prendre à part puis, parfois, à partie. Il disait avoir besoin d'elle, mais pas des oreilles d'un blond peroxydé et arrogant !
Sans sourire, bien que profondément satisfait en fait, il les voyait parfois se disputer par sa faute, arguer fermement, jusqu'à ce que l'un d'eux claque la porte. Lui, il la retrouvait comme au plus beau jour, ces fois-là.
Le plus paradoxal, rétrospectivement, était que, dès le début de leur histoire, Harry ne souhaitait absolument pas qu'ils se séparent. Dans ses confidences avec la brune, jamais il ne descendait Draco en flèche même s'il aurait refusé de le reconnaître devant lui. Il soutenait leur couple et apaisait les tensions que Hermione ressentait.
Il savait à quel point ce mec au nez pointu était important pour elle et il était heureux de la voir revivre un peu sereinement. Simplement, il n'arrivait pas à le voir en peinture, à l'époque. Comme s'il avait ressenti un relent de jalousie insidieuse, associé à tout le ressentiment qu'ils avaient l'un envers l'autre depuis trop longtemps.
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La goutte d'eau, dans le sacré marasme que représentait la vie du Survivant au printemps dernier, avait été cette soirée où Draco était rentré tardivement de son LARD [3] et avait trouvé sa petite amie en train de rire sur le lit de Harry, les deux Gryffondors emmitouflés dans des plaids, à refaire le monde, comme si souvent.
Il n'y avait rien de compromettant. Jamais. Juste l'énorme complicité de deux ados attardés mais... le Serpentard avait vu rouge ce soir-là ! La fatigue et la lassitude, certainement. Il s'était mis à gronder comme un mari jaloux et avait quitté l'appartement de Birmingham en claquant la porte, une nouvelle fois.
Hermione avait refusé de le voir pendant plus d'une semaine après cet épisode et Harry avait jubilé. Inconsciemment. Il s'en était aperçu plus tard, quelques jours après en fait, quand il avait justement revu Malefoy chez Blaise.
Ce soir-là, le métis les avait invités à une dégustation de vins italiens, autour d'un repas moldu traditionnel. Blaise adorait organiser ce genre de soirées élitistes et exotiques, selon ses propres termes.
Hermione avait refusé de venir, prétextant une réunion tardive chez 'Obscurus Book' [4] mais Draco était bien présent, lui.
Quand Harry et Ginny s'étaient présentés, sur leur trente-et-un, à la dépendance du Manoir Zabini, le blond était déjà nonchalamment installé sur un fauteuil en cuir rembourré. Le voir avait instantanément agacé le brun.
Il s'était senti revenir à l'époque de Poudlard et ses meilleures répliques passées lui avaient spontanément effleuré les lèvres qu'il avait eu de grandes difficultés à garder scellées.
Bien décidé à lui signifier son mécontentement, Harry l'avait ignoré royalement en arrivant, n'amorçant pas même un signe de tête pour le saluer. Draco ne fit pas plus d'effort et l'apéritif, servi avec un Valpolicella, un vin sec de couleur cerise légèrement amer, fut relativement tendu.
Les antipasto, accompagnés d'un Abbocato, furent déjà plus animés. Le vin, un mousseux demi-doux, glissait sur le palais des convives et permettait de délier les langues, faisant fi de l'humeur des deux ex-Nemesis. Plus très "ex" à cet instant-là, d'ailleurs.
Le primo corso, constitué de gnocchis à la romaine, assortis d'un Frascati secco, fut déjà plus bruyant. Harry avait rapidement cessé de déguster le vin et n'essayait même plus d'en apprécier le sapide moelleux. Son corps était plus léger et il s'était senti détendu, exception faite de la présence de Malefoy qui envahissait son champ de vision.
En haussant les épaules, il s'était versé un autre verre, sous le regard réprobateur de Ginny et Luigi [5] avait servi un osso-buco en secondo corso. Le Barbaresco qu'avait proposé Blaise était d'une belle robe rubis qui tendait vers l'orangé.
C'était un vin austère qui plaisait particulièrement à Draco qui se resservit deux fois, en lançant des regards furieux à Potter. Ce rustaud était bien incapable d'apprécier à sa juste valeur la finesse et l'élégance de ce cépage.
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Plus tard, ils eurent la surprise de découvrir un Lambrusco. Le vin frizzante pétillait sur leur palais et l'arôme de griottes contrastait agréablement avec la force des fromages italiens. Cependant, ils n'eurent pas le temps de passer au dessert que la voix de Draco s'était mise à tonner.
- « T'as un problème le balafré ?
- Comment tu m'as appelé ? »
Un silence lourd s'était installé autour de la table, seulement entrecoupé par le ricanement d'une Pansy éméchée pour la première fois depuis la naissance d'Ashley [6]. Le blond leur avait alors offert un de ses plus beaux sourires sardoniques.
- « Alors, il a plus envie de rire, le balafré ? Il a pas d'humour, peut-être ?!
- Parce que tu te trouves drôle ? Moi, je vois qu'un mec pathétique ! »
L'ambiance de la pièce s'était considérablement refroidie. Chaque convive lançait des regards tantôt goguenards, tantôt consternés, à la ronde, ce qui ne les empêchait d'ailleurs pas de se sentir presque impatient de connaître la suite de cette altercation. Comme au bon vieux temps.
Dans leurs yeux innocents, ils se disaient que cette querelle semblait un peu ridicule et arrivait comme un cheveu sur la soupe. Les deux jeunes hommes s'étaient toujours montrés si cordiaux devant eux ses derniers temps que ce retour aux piques d'Antan était particulièrement surprenant, même si, au moins, ils se sentaient en terrain connu !
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« Pathétique ! ». Piqué au vif à l'entente du qualificatif peu glorieux dont il venait d'être affublé, Draco s'était levé, impulsivement, faisant grincer sa chaise au sol. Un coup de chaud probablement autant dû à l'alcool qu'à l'agacement et au manque.
Il n'avait pas de nouvelles d'Hermione depuis plusieurs jours, Bon Sang de Troll des Montagnes ! Happé par une myriade d'émotions et de sensations bien contradictoires, il avait serré les poings, inconsciemment.
- « Bah alors, Malefoy, on est vexé ?
- C'est quoi ton problème, Par Salazar ?
- Mon problème, Malefoy ? Mon problème ? Mais, c'est toi, mon problème ! »
Le blond, le rouge aux joues, avait eu un hoquet de surprise. Le Survivant avait un sacré toupet pour s'en prendre à lui sans raison. Trois mois qu'il le supportait quotidiennement, sa mélancolie, ses sautes d'humeurs, sa possessivité.
Trois mois que Draco prenait sur lui, se taisait, pondérait. Et il osait s'en prendre à lui, lavant son linge sale en public ? Il n'avait même pas assez de mots pour exprimer à quel point il se sentait offusqué et regrettait amèrement d'avoir tant bu. Sinon, il lui aurait répondu du tac-au-tac, à ce trouble-fête qui continuait sur sa lancée.
- « Putain, mais t'es toujours fourré dans mes pattes ! C'est pas possible de passer une seule putain de journée sans voir ta gueule ?
- Tu te fous de qui, Potter ? Si t'arrivais à gérer ta vie tout seul comme un grand tu la verrais moins ma gueule mais non ! Non ! Le grand Potter ! Il peut même pas lâcher un vent sans en référer à la Terre entière ! »
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Il avait eu un sourire en coin, ravi d'avoir retrouvé sa verve. Les autres ? Consternés. Oui, c'était bien le seul mot qui pouvait qualifier ce qu'avaient ressenti Blaise et Ginny en suivant leurs échanges alors que Pansy, elle, continuait de pouffer, étouffant tant bien que mal ses rires sur l'épaule de Seamus.
Harry s'était levé à son tour, envoyant valser sa serviette satinée sur la table alors qu'une fourchette s'écrasait au sol dans un tintement clair.
- « T'es vraiment qu'un connard ! Mêle pas Hermione à ça ! Le problème c'est toi, Malefoy, pas elle !
- Non, le problème c'est toi ! Toujours à lui courir après ! »
Toute la tablée s'était figée. Ce que la brune venait faire dans cette affaire, ils n'en savaient rien mais, tous attendaient, pendus aux lèvres de Draco, tout en observant du coin de l'œil les réactions de Ginny. La rousse était connue pour sa jalousie quasi maladive et, si on accusait son prince charmant d'adultère, Merlin seul savait quelles pourraient être ses réactions.
- « Hey mais c'est trop tard là ! Fallait te la taper avant parce que c'est avec moi qu'elle est, pas avec toi ! », avait continué le blond d'un ton impérieux, posant ses poings sur la table en se penchant en avant.
Harry, lui, avait souri de toutes ses dents. C'était mesquin, il le savait mais, à cet instant, il n'avait eu qu'une envie, lui faire savoir que c'était lui qui avait défloré la brune, et personne d'autre. Aujourd'hui encore, il remerciait Godric, Morgane, Circé et les autres pour avoir retenu sa langue.
Il s'en était fallu de peu, l'alcool aidant, mais il avait finalement eu assez de jugeote pour se taire. Cependant, son sourire avait paru si incongru, si éclatant et surtout si moqueur que Draco s'était tendu instantanément.
Les deux jeunes hommes, seulement séparés par cette table sur laquelle ils étaient appuyés, s'étaient jaugés d'un regard, ironique pour l'un et menaçant pour l'autre.
- « Enlève-moi ce sourire, bordel ! Je peux savoir ce que ça veut dire ?!
- Tu veux pas savoir !
- Harry ! Ça suffit ! »
Tous les regards s'étaient alors portés sur Ginny qui avait jeté d'un geste rageur sa serviette sur la table pour accompagner sa sèche intervention.
- « Oh mais c'est que le petit Potty se fait rabrouer par sa maman !
- Connard !
- Tu tournes en rond Potter ! J'savais bien que c'était illusoire d'attendre que tu aies plus de trois mots de vocabulaire !
- Venant d'un mec qui passe les trois quarts de son temps muré dans le silence, autant dire que ça m'en touche une sans faire bouger l'autre !
- Très drôle, venant d'un mec qui bande mou !
Harry s'était littéralement jeté sur Draco dans un cri de rage, se précipitant à travers la table pour l'agripper. A cette seconde, il n'avait eu qu'une envie, lui fracasser la tête le plus violemment possible sur le bois massif.
Stupéfaits. Oui, c'était bien le seul mot qui pouvait qualifier ce qu'avaient ressenti les témoins de cette crise clastique, avant qu'ils ne réagissent comme un seul homme, s'éveillant d'un même mouvement, pour séparer les deux chiffonniers qui hurlaient de fureur.
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L'attaque de Draco avait été déloyale, violente dans sa verve, et particulièrement agressive. La première chose intelligible qu'ils avaient pu entendre sortir de la bouche du brun, en retour, avait à peu près été un « Va te faire foutre ! », suivi d'un :
- « Retire ce que tu viens de dire ! Retire ça ou je te
- Tu quoi ? Qu'est-ce que tu vas faire, hein ? Te réfugier dans les jupes de Weaslette ? A moins que tu préfères celles de Granger ?! »
Draco, excédé, avait essayé de se dégager de la poigne de Blaise qui le retenait, en faisant de grands gestes. Déjà qu'il avait à subir la relation particulière que le brun entretenait avec Hermione, il avait encore eu plus de mal à la supporter ce soir-là alors que la brune n'avait toujours pas amorcé le moindre geste pour revenir vers lui, refusant de céder, aussi fière qu'il l'était. Les sourires du Survivant avaient fait déborder la coupe.
Il n'était pas un jouvenceau. Il n'avait eu aucune difficulté à déceler les sous-entendus derrière sa mimique ravie. Il n'en avait pas moins su, tout aussi rapidement, que c'était un peu de sa faute s'ils en étaient arrivés là. C'est lui qui avait parlé de Hermione. Parce qu'elle lui manquait. Et qu'il avait trop bu.
Il n'avait pas réussi à s'arrêter à temps, comme souvent, et il avait voulu le provoquer. Le pousser à bout. Foutu pour foutu, il refusait également de reculer et n'hésitait pas à le lui démontrer ouvertement.
- « Ça suffit maintenant ! » avait coupé Ginny d'une voix forte, les sourcils froncés. « Non mais vous vous prenez pour qui ? Ça ne va pas de faire des histoires comme ça sans raison ?!
Elle n'était pas bête. Elle aussi avait saisi les non-dits. Mais... il existait des questions dont elle n'avait jamais voulu avoir les réponses. Et elle préférait, de loin, que certaines choses restent terrées profondément. Frustrée, agacée, elle n'avait eu qu'un seul désir, qu'ils cessent leurs enfantillages.
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Harry s'était défendu d'un ignoble « Mais c'est pas moi ! C'est lui ! » qui avait fait exploser de rire Draco, rire auquel il avait réagi d'une réplique toujours aussi mature :
- « Quoi ? Qu'est-ce que t'as toi ?
- « C'est pas moi, c'est lui », avait aussitôt imité Draco, d'une voix ridicule, en se tenant les côtes. Il avait alors levé l'index, lui imprimant un mouvement de balancier, « Attention ! Maman va te priver de dessert !
- T'as vu comment il est ? C'est toujours pareil. C'est qu'un con ! »
Ginny s'était placée devant Harry pour l'empêcher d'avancer. Blaise retenait toujours Draco, tant bien que mal. Pansy s'était remise à rire, passée leur première empoignade et, les autres... les autres étaient affligés. Ridicule.
Ils étaient ridicules. Si, plus jeunes, ils donnaient l'impression d'être féroces et mordants dans leurs légendaires disputes, ce jour-là, leurs mots sonnaient d'une tessiture particulièrement affligeante.
D'un mouvement vif, Draco avait finalement réussi à se dégager de la poigne qui l'enserrait. Il s'était avancé vers Harry le dos voûté, la tête rentrée dans les épaules, l'index pointé en avant, tel un chat feulant. Sans même s'en apercevoir, Ginny avait reculé.
- « Retire ça !
- Non !
- Si !
- Non !
- Si !
- Non ! T'es qu'un con, t'es qu'un con !
- Tu sais quoi ? Le con, il en a plein le dos du Survivant ! »
Draco, à seulement quelques centimètres de Harry, l'avait poussé à l'épaule, le déséquilibrant, avant de continuer :
- « Toujours à geindre ! Hermione, comment je vais faire ? Hermione, est-ce que ça va aller ? Hermione, ça va pas ! Hermione, j'ai pas de maman ! Hermione, tout le monde m'aime et c'est trop dur ! Hermione, tu peux me torcher le cul ? »
Harry, marmonnant des insultes inaudibles, l'avait bousculé à son tour, chaque témoin reculant d'un pas, surpris et gênés.
- « T'es jaloux parce que t'as pas d'amis, Malefoy ? Tu sais pas ce que c'est ?! »
Le blond l'avait repoussé des deux mains alors que le brun s'était accroché à ses poignets.
- « Et eux, Potter, tu crois que c'est quoi ? » Il s'était dégagé et avait désigné, d'un grand geste du bras, l'assemblée les entourant. « Hein ? C'est quoi ? Des bibelots pour faire joli ? »
Les dits bibelots avaient tenté de ne pas se vexer pour simplement retenir l'idée que oui, ils étaient probablement ses amis.
- « Oh ! Plaignez-moi, pauvre Malefoy seul et taciturne ! Oh ! Je porte le poids du monde sur mes frêles épaules ! Oh ! Je suis une dépression ambulante qui fait toujours la gueule ! Pauvre, pauvre de moi ! »
Ce disant, Harry avait porté une main à son front dans un geste mélodramatique, usant de trémolos dans sa voix.
- « Moi ? Moi ? C'est Sainte-Mangouste qui se fout des Bonnes Œuvres, c'est ça ? C'est qui qui passe ses journées à râler parce qu'un journaliste a malencontreusement croisé sa route ? C'est qui qui pleure à chaque invitation du Ministère ? C'est qui qui geint parce qu'il y a plus de café ? »
Draco, toujours dans de grands gestes frénétiques, s'était tourné vers Blaise, le prenant à partie.
- « Non mais sérieusement ! Le mec, j'ai entendu ses jérémiades pendant deux heures parce que j'avais osé manger la dernière biscotte ! Et c'est moi le dépressif bêlant ?!
- Justement ! Parlons-en de ça ! T'as pas de quoi à te payer tes propres biscottes ? T'es obligé de toujours finir MA bouffe ?
- Merlin ! Dites-moi que je rêve ! Je paye autant la bouffe que toi à ce que je sais ! Tu veux qu'on tienne les comptes, c'est ça ? Qu'on grave nos noms dessus ?
- « Je veux que tu arrêtes de squatter chez MOI ! »
Progressivement, ils s'étaient remis à crier, continuant à se pousser et à jouer des poings sur les bras de l'autre. Puis Draco avait à nouveau bousculé Harry, de ses deux mains posées sur son torse, en grondant, l'obligeant à reculer de deux pas.
- « C'est pas chez TOI que je squatte mais chez Granger et elle, ça lui pose pas de problème, à ce que je sache !
- Parce qu'elle au moins, elle a des avantages en nature » avait repris Harry en le chassant à son tour « et putain mais tu pourrais pas faire moins de bruit ?!
- Oh ! Mais c'est ça ! » avait enchaîné Draco goguenard « Tu veux aussi que je te fasse bénéficier des avantages en nature ?
- Non mais ça va pas, oui ?! »
Harry et Draco étaient rouges de rage, tendus par la colère. Ils étaient prêts à se jeter l'un sur l'autre pour en découdre. Les autres les entourant, toujours incrédules, avaient continué d'hésiter entre rire et pleurer de l'absurde de cette situation, de leurs propos incongrus.
Ginny avait alors poussé un soupir à fendre l'âme, les yeux clos, rassemblant son Self-Control du mieux qu'elle avait pu, pour couper court à ce déplorable spectacle.
- « Bon ! Ça suffit les mecs ! Vous êtes ridicules ! Si vous voulez vous battre, sortez, faites un duel digne de ce nom ou lâchez l'affaire ! »
Ils l'avaient regardée, elle, ses bras croisés et son regard sévère, avant de se jauger une fois de plus.
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Touchés dans leur fierté, conscients du burlesque de leur attitude mais, portés par l'adrénaline et l'abus des vins italiens, ils avaient accepté d'une seule voix, provocateurs. Aucun d'eux ne voulait être le premier à faire machine arrière et encore moins à s'excuser.
Ils s'étaient avancés tant bien que mal jusqu'à la terrasse, s'apercevant que c'était un exploit qu'ils n'aient pas pensé à sortir leur baguette avant, d'eux-mêmes.
Il n'y avait que quelques mètres à franchir mais Draco avait eu le temps de remarquer que, si le simple fait de rester debout tout au long de son empoignade avec Harry n'avait déjà pas été évident, lorsqu'il s'était agi d'avancer, le monde s'était bien davantage mis à tanguer.
Il avait difficilement titubé jusqu'au muret de pierres encerclant le patio, arrivant à ne pas tomber en ripant sur les pavés mal équilibrés du dallage, et s'était immédiatement effondré dessus, épuisé de s'être tant maîtrisé.
Harry n'en menait pas plus large et il avait trébuché sur le montant de la porte vitrée, se rattrapant au citronnier et manquant de peu d'en renverser le pot au sol. Il s'était approché en chancelant, en cherchant sa baguette dans les poches de son pantalon en toile.
- « J'trouve pas ma baguette.
- C'est fréquent en ce moment, d'après ce que je t'ai entendu dire à Granger ! » avait répondu Draco en riant bêtement.
- « Ah, ah, ah, qu'est-ce que je me marre ! » avait répondu le brun, le visage las.
- « En même temps, normal que tu rigoles pas tous les jours… elle est pas commode ta copine ! Elle m'a presque fait peur là, avec ses gros yeux !
- On dirait sa mère, c'est flippant.
- J'comprends que ton inconscient il veut pas faire de gosses. T'imagines, si t'as une fille ? C'est fini, elles vont te castrer »
Harry aurait pu être vexé. Un quart d'heure avant, il l'aurait probablement été en réalité mais, à la place, il avait ri. Il avait ri parce que le ton de Draco n'était plus aussi provocateur. Et puis, il n'y avait plus de témoins. Enfin, c'est ce qu'il s'était dit, à tête reposée.
Le blond était cynique, c'était évident mais finalement, il avait trouvé l'image amusante. Parce qu'il y avait déjà lui-même pensé. Il avait ri sous cape et, la terre tournant un peu trop vite à son goût, il avait eu envie de s'asseoir. L'herbe avait eu l'air confortable, alors, il s'y était installé, prenant le muret sur lequel Draco s'accrochait désespérément comme dossier.
Ils avaient continué à se moquer des traits de caractère de Ginny, la qualifiant de dragon despotique. Harry avait culpabilisé, alors il avait chambré Hermione. Ils avaient passé en revue ses tics, sa manie de donner des leçons, son incapacité à saisir le second degré quand elle s'emballait, sa propension au désordre organisé ou encore son habileté à faire régulièrement cramer tout ce qu'elle cuisinait, se perdant dans une lecture ou une analyse point par point d'une recette au lieu d'en surveiller la cuisson, ce qui était étrange vu son talent dans l'élaboration de potions.
Ils avaient fini par s'apercevoir que les autres convives les observaient, éberlués, derrière la baie vitrée et ils avaient ri comme des mômes. Ils s'étaient imaginés ce qui pouvait leur passer par la tête et avaient élaboré une quantité astronomique de scénarii, tous plus stupides les uns que les autres à la fin de la soirée.
Ils s'étaient finalement promis en les rejoignant de ne jamais, au grand jamais, parler à quiconque de ce qu'ils s'étaient dit sur ce muret. Surtout pas à leurs compagnes.
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Ils avaient dû s'excuser longtemps, surtout auprès de Blaise en fait, qui avait vu sa soirée raffinée tourner court.
Draco avait finalement pris le parti d'aller chercher Hermione à la sortie de ses cours le lendemain et l'orage était passé aussi vite qu'il avait commencé sans qu'ils n'aient besoin d'analyser les tenants et les aboutissants du silence-radio des derniers jours.
Il n'avait, pas plus, expliqué à la lionne ce qu'il s'était passé la veille et chaque témoin malheureux, sans même s'être concerté, avait décidé d'en faire autant, désireux d'oublier l'esclandre des deux ivrognes qui, eux, bien qu'ils ne le reconnussent jamais ouvertement, s'étaient follement amusés à déblatérer à tout-va dans le patio. Ils n'auraient, quoi qu'il soit arrivé, jamais réussi à se battre correctement s'il avait encore été nécessaire de se tenir debout une minute de plus.
Harry avait finalement fait la paix avec Draco ce printemps-là, et inversement. D'un accord tacite, ils se supportaient mieux et n'hésitaient plus à se dire, ouvertement mais poliment désormais, lorsqu'ils s'agaçaient mutuellement.
Harry restait moins longtemps sous la douche quand Draco devait aller travailler et le blond acceptait de s'effacer parfois, le temps d'une soirée ou d'un week-end, permettant au brun d'accaparer Hermione pour quelques heures.
Bien sûr, ça ne réglait en rien le problème « bébé » qu'il avait avec Ginny mais il avait étonnamment trouvé un nouveau soutien
Si vous n'êtes pas encore amateurs de vins, il est temps d'entrer du côté obscur de la force ! Verdict ?
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Ferticomage [1] : Terme inventé - Médicomage spécialisé dans l'aide à la procréation et aux grossesses à risques.
Sans cette condition [2] : Se référer à CQAP (comme pour d'autres points du chapitre, notamment concernant la relation entre Harry et Hermione)
LARD [3] : CQAP - Labeur d'Accompagnement à la Réinsertion Diplomatique ; sorte de TIG - Travaux d'Intérêt Général moldu, créé dans le cadre de la réforme de la Justice Magique.
'Obscurus Book' [4] : Maison d'édition dont les bureaux se situent au 18a Chemin de Traverse [WikiHP]. CQAP - Hermione y travaille en dilettante après avoir été recommandée à Sir Swiftlith, l'homme qui en a la direction.
Luigi [5] : CQAP - Un Elfe de Maison du Manoir Zabini. Le plus ancien et le préféré de Blaise, d'ailleurs.
La naissance d'Ashley [6] : CQAP - Pansy a accouché d'un fils prénommé Ashley dans la nuit du 9 au 10 février 2000. Personne, sauf elle, ne sait qui est le père.
