[MaJ Août 2021]
Note de l'auteur : Bonjour à tous ! Après un chapitre du point de vue de Pansy, qui n'a pas soulevé les foules, on change d'angle et on s'intéresse à Ginny. Un chapitre qui, reconnaissons-le, ne va pas énormément faire avancer le schmilblick, mais il faut bien poser des bases...
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N'hésitez pas à me laisser un mot, il fait (presque) encore beau et vous êtes nombreux à passer, je reste donc curieuse d'avoir votre avis ^^.
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Bonne lecture et à très vite !
Chapitre 5 – Ginny
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En ce début octobre, Ginny jouait un match décisif pour sa carrière.
Elle tenait le poste de poursuiveuse depuis un peu plus d'un an au sein des Powy's Power [1], petite équipe régionale du Nord de l'Ecosse et, aujourd'hui, des recruteurs nationaux étaient présents pour découvrir les talents de demain.
Elle voulait à tout prix saisir sa chance. Sa vie personnelle allait partir à vau-l'eau si elle ne trouvait pas une solution rapidement.
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Avec Harry, ils avaient fêté leurs trois ans ensemble quelques mois auparavant. Elle avait pratiquement aménagé à Birmingham, bien qu'ils ne l'aient pas encore officialisé, et ils tentaient d'avoir un enfant. Le tableau pouvait paraître absolument idyllique !
Il aurait pu, mais elle sentait bien que le vernis commençait à s'écailler. Si elle vivait avec Harry, elle n'en vivait pas moins avec Hermione d'abord, et Draco ensuite. Et elle ne s'était pas imaginée, plus jeune, commencer sa vie de couple en colocation. Surtout pas avec cet autre couple là.
Il ne fallait pas, non plus, oublier que Harry était toujours une cible privilégiée pour les médias. Tout comme Hermione et son frère, Ron. Tous trois, personnages publics désormais adulés, devaient, de plus en plus, surveiller l'image qu'ils laissaient sur leurs passages.
Longtemps ils n'avaient pas fait attention mais, avec le temps, la vie politique liée à la reconstruction s'estompant, la morosité ambiante ayant besoin d'être jugulée, la presse médiatique était revenue au-devant de la scène.
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Des règles plus ou moins implicites avaient été établies. Un canal de transplanage avait été détourné à l'usage exclusif de Malefoy, lui permettant un accès direct dans l'appartement, empêchant les voyeurs malvenus de décompter ses allers et venues chez les héros de guerre.
Pour cela, il avait fallu que Harry graisse copieusement la patte de Turner [2], l'Auror en charge du traçage du blond [3]. Il avait déployé des trésors de persuasion pour lui faire accepter un Serment Inviolable concernant les visites répétées de Draco dans le quartier moldu.
De la même manière, à chacune de leurs sorties, il était devenu habituel de lancer un Assurdiato à la ronde. Ils avaient appris à sourire sur commande et à se disputer en se susurrant à l'oreille. Tout se devait d'être maîtrisé. Comme une partition sans fausse note.
Elle s'était facilement habituée à cette vie publique, finalement, et elle et Harry contrôlaient parfaitement leur image dans la presse. Ce qui n'avait pas été le cas de Hermione et Draco.
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Au début, ils s'étaient montrés discrets cependant, l'évolution de leur relation les avaient progressivement fait oublier les précautions d'usage. Ils étaient sous pression, dernièrement et, si la vie en communauté n'avait déjà pas été de tout repos jusque-là, la situation était invivable désormais.
Les disputes des uns engendraient celles des autres. L'intimité venait à manquer et le besoin de solitude se faisait ressentir amplement. Ils avaient tous besoin d'espace, de toute urgence.
Ginny n'en pouvait simplement plus. Elle arrivait à saturation. Depuis sa naissance, elle vivait en communauté. Avec son envahissante famille, avec ses camarades d'école, avec eux. Elle voulait autre chose. Elle voulait Harry, pour elle seule.
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Eux deux, et un enfant. Oh, comme elle le désirait cet enfant ! Depuis trop longtemps maintenant.
L'idée s'était insinuée en elle lorsque sa belle-sœur, Fleur, avait annoncé sa grossesse. Ginny s'était immédiatement imaginé le ventre rond, Harry l'enlaçant amoureusement. Et cette image ne l'avait plus quittée.
Il s'était montré réticent au début. Trop jeunes, trop immatures, une vie encore instable… Elle avait repoussé l'idée loin derrière, tentant de se focaliser sur ses autres projets. Jusqu'à ce jour où il lui avait dit qu'il était prêt, lui aussi. Qu'il en crevait d'envie. Elle avait jubilé !
Ils s'en étaient donné à cœur joie au début, riant à chaque partie de jambe en l'air en se disant que « Peut-être que… », des étoiles dans les yeux. Ils s'étaient mis à garder Teddy ou Victoire plus souvent, « pour s'entraîner », pour faire semblant.
Ils s'y voyaient parfaitement. Elle trouvait même qu'ils étaient sacrément doués. Elle ne doutait pas que le rôle de parents était fait pour eux.
Pourtant, rien n'y faisait. Même Simons n'arrivait à aucun résultat avec eux.
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Tout allait bien, pourtant. Ils n'avaient aucun problème hormonal, tout était bien en place, tant chez elle que chez lui, ils suivaient son cycle de reproduction, prenaient des potions stimulantes… toutes les conditions étaient réunies pour arriver à concevoir. Pourtant, son ventre restait désespérément vide.
Tout ce qu'elle avait à l'esprit désormais, quand Harry la touchait, quand elle voyait Teddy jouer, quand elle y pensait, était cette petite phrase qui lui restait à l'esprit. « Vous avez probablement un utérus hostile… ». Le choc. L'horreur face au poids des mots.
Elle se sentait responsable, culpabilisait. Elle était gênée vis-à-vis de Harry. C'était elle qui était « hostile ». Malgré elle. Malgré son désir.
Depuis cette phrase, elle se sentait ballottée entre rage, frustration et dépression. Elle s'en prenait à Harry et à ses mots de compassion. Il aurait dû lui en vouloir mais, non, il était toujours un héros. Toujours parfait.
Elle en voulait à Hermione, aussi, d'être trop heureuse. Elle ne semblait pas atteinte, elle, par les épreuves qui se mettaient sur sa route.
Elle en voulait à sa mère, qui avait enchaîné les grossesses. Elle en voulait à Fleur, déjà enceinte d'un deuxième enfant, épanouie et ressassant le bonheur qu'avait été la naissance de Victoire.
Elle en voulait à la terre entière.
Ce n'était pas complètement vrai, elle le savait, mais il devenait toujours plus dur de passer à autre chose. Trop d'insatisfactions l'étreignaient. Elle avait besoin de nouvelles bases.
Elle voulait vraiment renouer avec Ron, notamment. C'était une de ses nouvelles lubies. Parce qu'ils s'étaient trop éloignés depuis qu'il ne parlait plus à Harry et Hermione.
C'était son frère, bon sang ! Ils n'échangeaient plus que des banalités qui se perdaient dans le fossé qu'ils avaient creusé malgré eux. Son frère lui manquait. Énormément.
Elle voulait son frère, un appartement pour elle et Harry et le meilleur moyen de commencer une nouvelle vie devait passer par de nouvelles perspectives professionnelles. C'était le seul moyen ! C'était nécessaire !
C'était son but ultime, ce jour-là. Intégrer une équipe nationale. Il le fallait, coûte que coûte.
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Ginny se reconcentra sur le jeu. La partie durait maintenant depuis plus de deux heures et une fine bruine tombait, sans se lasser, sur le terrain.
Elle n'avait réussi à marquer que deux buts, absolument pas décisifs qui plus est, mais il était indéniable que le gardien des Assaillants de la Canneberge, la petite équipe de l'île de Skye, était un adversaire redoutable.
C'était son premier match contre cette formation et elle savait qu'elle suerait sang et eau pour le disputer. Les joueurs étaient doués et retors. Il fallait absolument qu'elle se fasse remarquer. Il était hors de question qu'elle passe après eux !
Jusqu'à présent, elle avait réussi à éviter cinq Cognards avec brio mais, elle doutait que ces quelques acrobaties suffisent à satisfaire les recruteurs.
Repérant Gary, son capitaine, du coin de l'œil, fonçant vers elle batte à la main, elle se pencha sur son balai, prête à le joindre dans sa course folle.
Se maintenant à ses côtés, elle lui fit trois gestes qui suffirent à ce qu'il la comprenne. Ils devaient épater le public. Gary fit de grands signes à ses joueurs qui acquiescèrent à tour de rôle, toujours en vol.
D'un premier coup de batte, son capitaine désarçonna un poursuiveur adverse alors que Doris envoyait un Cognard d'une force folle sur un des batteurs des Assaillants de la Canneberge. Hector avait déjà le souafle en main quand il fut rejoint par Ginny et Huxley, le troisième poursuiveur de l'équipe.
D'un bel ensemble, ils se penchèrent tous trois en avant sur leur balai, augmentant leur vitesse. Leur attaque en faucon était impressionnante. Tellement impressionnante qu'une joueuse adverse, frôlée de près par Hector, sentit son balai descendre d'un bon mètre avant d'arriver à le stabiliser à nouveau.
Ils étaient presque aux buts lorsque les batteurs des Assaillants envoyèrent d'un même revers leurs Cognard sur Hector qui, sentant le vent tourner dans une belle intuition, passa le souafle à Ginny qui marqua de justesse, la balle ripant sur les doigts du gardien avant de foncer à travers l'anneau.
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Des cris de joie explosèrent bruyamment. Le score se portait désormais à 70 pour les Powy's contre 90. Ginny leva le poing au ciel, enthousiaste, avant de revenir au jeu.
Le souafle était désormais aux mains des Assaillants, leurs trois poursuiveurs s'échangeant rapidement la balle en se déplaçant avec adresse. Elle et ses coéquipiers prirent chacun l'un d'entre eux en chasse, prêt à leur chiper la balle à la première occasion. Ginny accélérait toujours plus, goûtant avec plaisir l'air vivifiant qui lui fouettait le visage.
Seulement, aucun d'eux n'avait pensé, en les poursuivant d'aussi près, à une stratégie et ils furent surpris du but marqué, n'arrivant pas à freiner et fonçant droit sur Alfred, leur gardien.
Elle fut tout aussi sidérée d'être aux prises d'une pince de Parkin peu de temps après et quand le poursuiveur adverse lui fonça dessus, elle plongea de deux mètres vers le sol, son sang battant sauvagement dans ses veines.
Le souafle lui échappa des mains. Elle vit Huxley se diriger toujours plus bas vers la balle qui chutait, la saisir et remonter en chandelle jusqu'aux buts. D'une feinte de Porskoff, il lança la balle à Hector qui marqua à son tour.
A cet instant, elle eut conscience qu'il fallait se méfier autant de ses coéquipiers que des Assaillants. Tous débordaient d'imagination pour montrer l'étendue de leur talent. Et elle devait bien reconnaître qu'ils en avaient à revendre !
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Une roulade paresseuse plus tard, elle entendit des exclamations provenant de la marée humaine en contrebas et vit les deux attrapeurs s'animer. Ils volaient à une telle vitesse qu'elle en restait époustouflée. Comme à Poudlard, lorsqu'elle observait Harry filer comme une flèche jusqu'au vif d'or.
Se reprenant, le jeu continuant malgré tout, elle saisit le souafle que Gary lui avait renvoyé d'un coup de batte. Ce n'était, certes, pas très orthodoxe mais, dans la confusion, l'arbitre n'en avait eu cure.
Balle sous le coude, elle se dirigea vivement vers les buts, essayant d'oublier la douleur qui cuisait ses paumes depuis la brusque réception du boulet de canon.
Elle évita sans difficulté un Croc-en-Manche, lança le souafle en l'air et le frappa des brindilles de son balai dans une pirouette.
La Fourberie de Finbourgh ! Elle l'avait fait ! La balle avait frôlé l'anneau, mais elle était passée ! Elle exultait ! C'était la première fois qu'elle marquait avec cette attaque !
Elle entendit un soupir généralisé dans le public. Les deux attrapeurs recommençaient à tourner lentement autour du terrain. Le vif s'était encore échappé.
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Le match continua, inlassablement. Deux heures supplémentaires. Ginny commençait à fatiguer. Ses jambes fourmillaient et elle avait soif. Elle fit un signe à Gary et se dirigea vers les gradins.
Approchant des joueurs remplaçants, elle saisit une gourde au vol avant de remonter comme une flèche, la lâchant ensuite sans même regarder où elle tombait, une fois sa soif étanchée.
Les buts s'enchaînaient, tout comme les coups bas. La fatigue, l'enjeu, les joueurs redoublaient de ruses.
Elle avait à nouveau le souafle en main quand un hurlement de terreur retentit. Surprise, elle ralentit instinctivement et, tournant la tête, elle ne put que voir Hector tomber inexorablement vers le sol.
Des Médicomages, qui ressemblaient à de petites fourmis depuis son poste élevé, s'agitaient tout en bas. Ils tentaient de ralentir la chute de son coéquipier et étaient prêts à le réceptionner à son arrivée. Tout le monde retint son souffle jusqu'à ce que les fourmis s'agitent à nouveau, vers l'extérieur du terrain.
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On ne pouvait arrêter le match, quoi qu'il arrive, alors, elle aussi reprit son vol. Elle fit une passe arrière à Huxley, regrettant qu'ils ne soient plus que deux poursuiveurs désormais.
Il rata son but. L'arbitre siffla une fois avant qu'une voix n'annonce un Penalty en faveur des Powy's Powers pour faute, sûrement à cause du Boutenchoc sur Hector mais, elle n'entendait pas bien. Ginny le joua mais le rata.
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Quand Doris fit un Croc-en-Manche à un poursuiveur des Assaillants, Gary demanda un arrêt de jeu. Le match durait depuis six heures et vingt-sept minutes, ils étaient tous crevés, assoiffés, affamés, la vessie pleine.
Ils eurent quinze minutes pour profiter du sol, soulager leurs besoins et revoir la stratégie. Le score était désormais de 180 à 130. Ils étaient en train de perdre et l'absence d'Hector se faisait largement ressentir. Tom, leur attrapeur, avait tout intérêt à ne pas les décevoir !
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Lorsque le match reprit, l'arbitre releva encore quatre fautes chez eux et six chez l'adversaire. Aucun autre penalty ne fut tiré.
Ginny ajouta trois nouvelles jolies figures à son palmarès et fut incapable de compter celles des autres. Elle esquiva neuf Cognards avec l'horrible impression que les batteurs adverses s'acharnaient sur elle.
Les Powy's marquèrent encore sept buts avant que le vif d'or ne soit attrapé. Par l'attrapeur des Assaillants. Score final, 230 à 200. Elle était déçue.
Elle atterrit sans souplesse sur le terrain, les jambes flageolantes et le visage fermé.
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Gary réunit son équipe d'un mouvement de tête, les félicitant pour leur jeu et les enlaçant à tour de rôle. Ce mec, il savait indéniablement comment fédérer un groupe aussi disparate.
Ils se dirigèrent d'un même pas vers les vestiaires alors que leur capitaine partait s'enquérir des nouvelles d'Hector.
Elle resta longtemps sous la douche, essayant de relâcher ses muscles endoloris, le fessier souffreteux d'avoir passé tant d'heures sur un balai.
Elle s'habilla en soupirant, puis démêla consciencieusement ses longs cheveux avant de les rouler sur une épaule et de les égoutter, trempant son pull et son jean.
Les épaules affaissées, elle se saisit de son équipement qu'elle fourra en vrac dans son sac avant de sortir en traînant des pieds.
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En rejoignant le terrain, elle afficha un sourire de circonstance, le « Ginny Weasley numéro quatre », celui destiné aux fans. Parce que, des fans, elle en avait. Ceux qui suivaient inlassablement son équipe. Et ceux de Harry qui la suivait, elle.
Alors qu'elle se laissait prendre en photo en compagnie d'un adolescent extatique, un homme en robe sombre et solennelle se dirigea vers elle.
Il la dévisagea de bas en haut, avant de hausser un sourcil.
- « Ginny Weasley ?
- Oui ?
- …
- …
- Auriez-vous déjà envisagé d'intégrer les Harpies de Holyhead ? »
Vous avez vu ? Je suis devenue incollable en Quidditch ! Verdict ? Un avis, une opinion à partager ?
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Powy's Power [1] : CQAP - Au sein de l'équipe Ginny, Huxley et Hector sont les trois poursuiveurs titulaires, Doris est au poste de batteur, tout comme Gary, celui-ci étant également capitaine de l'équipe, Tom est attrapeur et Alfred, gardien (et vous pouvez aussitôt oublier leurs noms...).
Turner [2] : CQAP - Auror taciturne assigné à la surveillance de Draco après son procès. Il travaille à la Brigade de Police Magique dont un des bureaux se trouve à Picadilly Circus.
traçage du blond [3] : CQAP – en novembre 1999, le Magenmagot a levé la surveillance du courrier de Draco lors de la révision de son procès mais il porte toujours la Trace. L'ensemble de ses déplacements sont connus des Aurors chargés de sa surveillance. Il n'a toujours pas l'autorisation de rendre visite à ses parents, enfermés à Azkaban.
