[MaJ Août 2021]

Note de l'auteur : Bonjour à tous ! Ayant passé ma journée sur la route hier, je n'ai pu poster ce nouveau chapitre à temps... Donc, sans plus de cérémonie, le voici.

Si ! Un dernier mot ! Encore merci aux followers et à ceux qui me mettent en fav' auteur ou histoire, ça fait toujours plaisir ! N'hésitez pas à laisser une trace de votre passage ;-) !

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Bonne lecture et à très vite !


Chapitre 6 – Blaise

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Blaise sourit en s'avançant dans le magasin. Il aimait bien cette boutique qui pétillait d'inventivité et de malices.

Il n'avait jamais été un grand farceur, préférant laisser ces jeux à d'autres, plus talentueux, plus insouciants aussi, mais il avouait sans difficulté qu'il y avait ici des créations exceptionnelles ayant bien d'autres utilités que des blagues puériles.

Il venait rarement mais repartait toujours les mains pleines et ce jour ne ferait pas exception en dépit du regard que le plus jeune Weasley portait sur lui à cet instant.

Celui-ci, il fallait bien reconnaître qu'il avait du mal à le supporter et l'inverse était tout aussi vrai. Droit comme un piquet, Blaise le salua d'une voix grave « Weasley ». Ron lui répondit, la tête haute, d'un désarticulé « Zabini ».

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Ils se fixaient en chien de faïence, comme aux plus beaux jours de leur adolescence, ignorant les autres clients s'égayant dans la boutique de farces et attrapes.

Blaise s'impatientait. Il avait autre chose à faire que de perdre son temps à ces enfantillages et il n'appréciait guère le regard dédaigneux de ce grand roux dégingandé, pas plus que son sourire en coin.

Il s'apprêtait à ouvrir la bouche quand l'autre, provocateur, avait levé un index entre leurs deux visages, lui faisant ravaler sa réplique de ce seul geste. Il vit Ron se pencher derrière le comptoir et se saisir d'une petite planche en bois qu'il posa entre eux. Levant un sourcil interrogateur, il l'observa y appliquer sa baguette, sans se départir de son sourire en coin.

Lorsqu'il la lui présenta à nouveau, la tournant avec une lenteur feinte vers lui, Blaise puis y lire s'inscrivant en lettres dorées agrémentées d'arabesques ridicules que « La direction se réserve le droit de refuser certains clients ».

Les yeux au ciel, Blaise soupira,

- « Weasley, sérieusement … ?

- Zabini, sérieusement. », le coupa Ron en pointant à nouveau l'écriteau.

- « Tu es ridicule !

- Tu n'es pas le bienvenu ici »

Le brun soupirait tragiquement quand une voix s'indigna derrière eux.

- « Ron ! A quoi est-ce que tu joues ? »

George roula des yeux, jouant du regard entre les deux protagonistes et le panneau de bois. Blaise eut un sourire railleur alors que le plus jeune Weasley se mettait à marmonner dans sa barbe inexistante.

L'aîné s'accrocha alors au bras du métis, le guidant à travers les allées, souriant, laissant son cadet maugréer derrière son comptoir, bras croisés sur le torse et tête rentrée dans les épaules.

- « Alors, jeune homme, que puis-je faire pour toi ?

- Comme d'habitude Weasley, comme d'habitude…

- Ah ! Zab, Zab, Zab ! Que ferais-tu si je n'étais pas là pour te sauver la mise ?

- Mim[1] seule le sait !

- Alors, laisse-moi deviner… nous dirons… Un lot de cinq Plumes à Vérificateur d'orthographe, une Animapotion, un nouveau lot de Chandelles infinies ?

- Oui. Quoique je devrais me plaindre au Ministère pour publicité mensongère. Si elles étaient réellement infinies, tes chandelles, je n'aurais pas besoin de les changer tous les quatre matins !

- Et te priver du plaisir ineffable de nos rencontres ? Je ne crois pas, non. Ensuite ?

- Je vais te prendre une Déflagration de Luxe.

- Comment ça ? Vous ? Mais qu'avez-vous fait de l'austère Zabini !

- …

- Lord Zabini qui m'achète un produit purement frivole ?! Mais où va le monde !

- … C'est pour Seams », répondit Blaise en levant les yeux au ciel. « On fête son anniversaire au Manoir…

- Tu sais dans quoi tu t'engages, Zab, en mettant un produit comme celui-là entre ses mains ?!

- A ton avis, Weasley, pourquoi c'est moi qui m'en charge et pas lui ? »

George continua à remplir un carton en riant, attirant à lui un produit ou un autre.

- « Ok, on a fait le tour, je pense. Autre chose ?

- … »

Il haussa un sourcil devant le silence soudain de Blaise

- « Hum… Tu te souviens des produits… spéciaux, disons, dont tu m'avais parlé ?...

- … Ceux de l'arrière-boutique ? » continua George avec un sourire en coin après une courte hésitation.

- « Hum… Ceux-là même, oui…

- Et bien ! Mon-Sieur Zabini ! Je ! Je n'en reviens pas ! Mais ! Mais que se passe-t-il ?!

- Épargne-moi ça, s'il te plait !

- …

- Et ne ris pas !

- Je ne ris pas ! », s'indigna George en se retenant difficilement.

- « J'y crois pas » marmonna Blaise avant de reprendre d'une voix basse mais plus maîtrisée. « Tu m'avais promis une totale discrétion, je te rappelle ! N'oublie pas qu'un Oubliette est vite arrivé et que j'ai la baguette facile !

- J'aurais plutôt dis que tu as la baguette qui frétille, vu les circonstances », ne put s'empêcher de lancer le rouquin en riant avant de se reprendre, levant les mains entre eux, paumes ouvertes « mais je t'assure, discrétion assurée ! »

Blaise n'était pas convaincu. Absolument pas. Il se sentait gêné pour la première fois depuis des années. C'était vraiment étrange et déstabilisant, cette situation. Il s'apprêtait à faire marche arrière. C'était bien plus difficile à assumer qu'il ne l'avait cru.

- « Écoute, Zab, ces produits sont en vente confidentielle depuis presque un an et, à part de ma bouche, en as-tu déjà entendu parler ?

- ...Non. » Répondit-il, boudeur.

- « Non, et il y a une raison à cela. J'en prends la charge totalement et personnellement, de la fabrication à la gestion du stock en passant par la vente. La liste de clients est seulement dans ma tête et aucun de mes associés n'est informé de leur identité. Discrétion totale.

- Hmhmm… »

Pensif, il se laissa docilement guider jusqu'à la lourde tenture qui séparait le magasin des parties privées du local. Ce n'est qu'une fois dans la pénombre d'une des pièces de l'arrière-boutique qu'il osa poser la question qui lui brûlait les lèvres

- « Et… tu les as testés ?

- Hum... Non, je le reconnais. Ça ne fait pas vraiment partie de mes… pratiques, je dirais… Mais, je t'assure, la qualité est assurée ! Je n'ai jamais eu aucune plainte !... Au contraire ! » ajouta-t-il dans un clin d'œil.

- « … Et ça t'es sorti d'où, cette idée ? » murmura Blaise « Ce n'est pas vraiment… naturel… »

Le dernier mot n'était qu'un souffle. Le sourire en coin de George ne le quittait plus. La réaction de son client était typique. Systématique. Ou presque. Lui, il trouvait ça drôle. Toujours.

- « Disons que l'idée m'est venue après avoir été le témoin malheureux des confidences éthyliques d'une personne chère à mon cœur » dit-il en croisant ses mains sur son pectoral gauche, joignant le geste à la parole. « Il est devenu mon testeur, à son insu, dans un premier temps mais, je peux t'assurer qu'il en est extrêmement satisfait maintenant ! »

Blaise sourit à son tour. Peu importait qui avait soufflé l'idée à Weasley, lui, ça le laissait rêveur. Un sentiment d'anticipation l'étreignait, malgré cette légère de honte qu'il continuait à ressentir.

Il n'avait rien à perdre à essayer, en fait. Et il était déjà trop tard pour faire machine arrière.

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Il saisit, entre le pouce et l'index, la fiole au liquide rosâtre que lui tendait George et observa le rayon lumineux qui le traversait de part en part.

Ses yeux pétillèrent malgré lui, faisant rire son vis-à-vis qui se crut un instant face au Roi Arthur découvrant le Saint Graal.

Il la lui retira des mains doucement et la rangea dans une petite boite carrée, au creux d'un écrin de velours noir, puis ferma le tout d'un sort.

La boite était en bois de pin, brute, sans fioriture. Au contraire des autres emballages criards des produits Weasley's, celui-ci ne comportait aucune appellation fanfaronne. Nul ornement ne venait en polluer la surface non plus.

Quatre lettres minuscules pyrogravées se tenaient à chaque coin. En plissant les yeux et rapprochant la boîte de son visage, Blaise distingua un G calligraphié, en haut à gauche. Un F lui faisait face sur la droite, alors qu'en dessous se trouvait un R. Dans le coin inférieur droit, un W.

Il n'était pas difficile de déduire leurs significations. Les initiales de chacun des frères impliqués dans ce business lucratif. Présent ou absent, la marque de Fred continuait à s'inscrire dans chaque produit.

George se pencha à son oreille et lui murmura le contre-sort avant de le pousser doucement vers le comptoir et d'encaisser ses achats alors que Ron s'enfonçait dans les rayonnages de la boutique, mettant le plus de distance possible entre le Serpentard et lui.

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Blaise, son carton sous le bras, rejoignit Luigi qui l'attendait presque au garde à vous, devant la vitrine du magasin. Laissant ses achats à l'Elfe qui disparut aussitôt dans un craquement court et sec, il flâna quelque temps sur le Chemin de Traverse, perdu dans ses pensées.

La boite, il l'avait gardée dans la poche de sa veste. Il ne savait pas encore quand il l'utiliserait ni si seulement il le ferait mais il se sentait rassuré, maintenant qu'il l'avait.

Elle ne le protégerait pas mais l'avoir était une disposition nécessaire. Il sentait que les choses s'accéléraient. Et on ne prenait jamais trop de précautions. Peu importait quand, peu importait comment. Il finirait tôt ou tard par en avoir besoin.

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Il s'emballait, un peu. Trop. Il s'en rendait compte. Il n'avait plus ressenti de telles émotions depuis si longtemps.

Il n'avait jamais imaginé que les choses prendraient cette tournure. A l'époque, il était tellement loin de ces considérations. Cette pensée ne lui avait même pas effleuré l'esprit. Comment aurait-il pu en être autrement ?

Et puis, il y avait eu cette sorte de jeu. C'était innocent au début. Il avait joué sans réfléchir. Un bon mot là, un geste ici, une provocation bien sentie et…

Et il s'était perdu en chemin. Pris à son propre piège.

Une étreinte un peu trop appuyée et sa bouche avait frôlé ses lèvres. C'était léger. Presque irréel et, les yeux grands ouverts, son regard s'était accroché au sien.

Son air choqué n'était rien à côté du feu qui brûlait sur ses joues et malgré cela, il n'avait pas pu louper l'éclat de ses iris qui criait en vouloir plus.

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Blaise avait trouvé ça étonnamment normal. Il avait voulu recommencer, dans la seconde mais, il n'en savait pas moins que cela aurait été bien trop précipité.

Il avait tourné ce « non-événement » en dérision, lui caressant la joue de l'index et soupirant un « Oups » coquin qui les avait faits sourire, malgré la gêne.

Il l'avait provoqué, depuis, plusieurs fois et, s'il n'obtenait pas de réponse positive ou explicite, jamais il n'avait été rembarré. Pas. Une. Fois.

Ce jeu avait duré pendant plus d'un mois. Jusqu'à ce que Blaise craque littéralement. Un soir de septembre. Le 12, pour être précis. Blaise avait décidé de ne pas oublier cette date. Jamais.

Il avait craqué, assis sur le patio de sa dépendance. Le soleil était bas et chauffait encore doucement l'air. Il y avait eu cette brise qui l'avait fait frissonner, dans leur silence apaisé. Et il avait déconnecté. Totalement.

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Il s'était redressé sur sa chaise, avait fait pivoter son corps rapidement et, après une lourde inspiration, avait saisi sa nuque sans douceur.

Ils avaient eu trois secondes d'hésitation. Trois secondes qui auraient été suffisantes pour qu'il soit repoussé et vilipendé. Trois secondes pendant lesquelles il aurait pu se prendre une gifle monumentale. Trois secondes après lesquelles ils écrasèrent complètement et violemment leurs bouches.

Le geste était maladroit, mal maîtrisé. Les doigts de Blaise étaient tellement crispés sur la base de son cou qu'il lui avait sûrement fait mal.

Et il avait senti ses lèvres frémir sous l'assaut. Alors, seulement, il avait réussi à reprendre le contrôle de lui-même. Il avait relâché ses muscles et s'était éloigné d'un demi-millimètre. Pas plus.

Les lèvres qu'il avait quitté un instant plus tôt l'avaient cherché dans la seconde. Doucement, incertaines.

Ils les avaient caressées de sa langue, légèrement, puis il avait senti des dents mordiller sa bouche. Il avait souri avant de jouer, encore.

Il avait soupiré d'aise puis exploré l'antre humide qui lui faisait face. Il s'était laissé faire, aussi, appréciant leur curiosité mutuelle.

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C'était un long baiser. Des baisers en fait. Une multitude. Une découverte. Un ballet de baisers inattendus, impatients, étonnés. De baisers voulus, aussi.

Ils s'étaient séparés, un peu groggy, comme en manque d'oxygène. Il faisait presque nuit. Blaise ne s'était pas rendu compte du temps qui passait.

Ils ne s'étaient même pas réellement touchés ou il ne s'en était pas rendu compte. Juste des baisers un peu fous, un peu trop affamés. Qui ne lui ressemblait pas vraiment, en fait.

Pour Blaise, un tel baiser n'avait habituellement qu'une seule conclusion. La fille dans son lit. C'était inévitable, indéniable, incontournable.

Pourtant, c'était différent, là.

Il ne voulait pas que ça finisse dans son lit ce soir-là. Pas comme ça, pas déjà. Il voulait juste recommencer. Goûter et savourer ces baisers.

Il avait envie de se mettre des gifles, aussi. Il n'était pas romantique. Il n'était pas éperdu. Blaise était un séducteur. Il ne faisait pas dans la dentelle. Jamais. Il se pensait trop vieux pour commencer maintenant.

Ils s'étaient souris et, à peine quelques minutes plus tard, il s'était retrouvé seul, au même endroit, toujours le sourire aux lèvres, à fixer la progression de la lune.

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Si on lui avait dit, il n'y avait pas si longtemps, qu'il s'amouracherait d'un Irlandais au sang chaud !


Alors, verdict ? Vous avez deviné, en cours de lecture, cette tournure des événements ? Qu'en pensez-vous ?

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Mim [1] : célèbre sorcière, cela va sans dire. Elle est magnifique, merveilleuse, Madame Mim. C'est fou ! (Merlin l'enchanteur, Disney - qui ne m'appartient pas - tout ça…)