[MaJ Août 2021]
Note de l'auteur : Bonjour à tous ! Cette fois-ci, Draco prend le relais pour ce nouveau chapitre ! Le tout début pourra sembler un peu redondant pour ceux qui ont lu récemment CQAP mais il me semblait inévitable de reprendre ces bases-là, pour la suite...
J'en profite pour dire un petit mot à Saejima ! Déjà, c'est un plaisir de te compter à nouveau parmi mes lecteurs et ensuite, je voulais te préciser que j'ai répondu à ta review sur ton compte. Si jamais tu n'arrives plus du tout à y accéder, fais-moi signe, je te répondrais par un autre biais ;-)
Encore une fois, un grand merci aux followers et à ceux qui me mettent en fav, auteur ou histoire. Et bien évidemment, aux reviewers mais vous, je vous le dis déjà assez dans mes RAR ^^ !
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Bonne lecture et à très vite !
Chapitre 7 – Draco
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Draco récupéra la lettre accrochée à la patte de la petite chouette hulotte qui voletait devant la porte de son pavillon à Lulworth Cove [1] en soupirant. Encore une relance d'une administration quelconque.
Il n'avait même pas besoin de l'ouvrir. Le papier était de mauvaise qualité, l'écriture typique d'une Plume à Inscription Automatique, le mois d'octobre s'écoulait tranquillement. C'était inévitable.
Et puis, ce n'était pas comme si beaucoup de monde avait, encore aujourd'hui, envie de lui écrire ou de l'inviter aux évènements de la Haute Société. Il n'en faisait plus partie, il s'était résigné.
Ses épaules s'affaissèrent. La dernière lettre de sa mère commençait à dater désormais. Elle lui avait pourtant toujours écrit avec la ponctualité d'un métronome et elle devait bien en être à trois rendez-vous épistolaires ratés. Elle n'avait même jamais répondu à son dernier courrier.
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Il avait essayé de ne pas s'inquiéter mais ce jour-là, c'était peine perdue. Il était fatigué.
Il venait d'entamer sa deuxième année à l'ANEM [2], continuait son LARD à raison de trois jours par semaine et, désormais, devait en plus suivre des stages auprès de Médicomages spécialisés dans diverses branches liées aux pathologies sorcières, naturelles ou artificielles.
Si il ajoutait ses rencontres avec son Mage d'Insertion, les négociations quasi quotidiennes avec les Gobelins qui refusaient toujours de lui débloquer ses avoirs personnels et la fâcheuse tendance d'un soi-disant Héros à s'accaparer sa petite amie pour régler ses conflits intérieurs, il se disait qu'il n'avait pas, en plus, besoin qu'un malheur supplémentaire s'abatte sur ses parents.
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Narcissa et Lucius Malefoy étaient ce qu'ils étaient, c'était indéniable. Sang-Purs, sûrs d'eux et de leurs bons droits, ils avaient longtemps eu les idées bien arrêtées, sur tout et sur tout le monde.
Draco n'avait pas eu une enfance heureuse, loin de là. Mais, d'aussi loin qu'il se souvenait, il n'avait pas non plus été foncièrement malheureux.
Les trois premières années de sa vie - peut-être un peu plus mais sûrement pas moins - il avait été confié aux bons soins d'une nourrice. Il n'en gardait aucun souvenir. Sa mère était apparue dans sa vie lorsqu'il s'était mis à parler et elle l'avait choyé, gâté.
Avec le recul, il se disait qu'elle l'avait un peu pourri aussi.
Il avait, très tôt, appris à obtenir ce qu'il désirait. Les cris, les larmes, la séduction. Tout y était passé.
Avec le temps, il avait compris comment faire varier les modalités et comment repérer ce qui la faisait craquer. Et elle craquait toujours devant sa bouille d'ange.
Narcissa était une mère aimante, chaleureuse et exaltée. Même si elle ne jouait pas vraiment avec lui. Jamais, en fait. Les elfes étaient là pour se salir à sa place et contenir ses bêtises.
Elle, elle préférait de loin le couver du regard, exprimer sa fierté et ses ambitions pour son trésor. Son fils était un Dieu et elle ne pouvait le lui cacher.
Il y avait cru, longtemps.
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Les premiers souvenirs de son père dataient de ses cinq ans. Cinq ans, cet âge important. Il était un garçon, désormais ! Plus un bébé !
« Tu deviendras un homme, Draco ! Il n'est jamais trop tôt pour prendre tes responsabilités en main ». C'est étrange comme cette phrase l'avait marqué.
Dans son esprit, c'était les premiers mots qu'il avait entendus de la bouche de son père. Ce n'était peut-être ou sûrement pas la réalité mais, il en avait été persuadé longtemps.
Cette année-là, Lucius l'avait puni pour la première fois de son existence. Un sortilège de Bloclang pour avoir osé répondre à son père alors que celui-ci le rappelait à l'ordre. « Tes coudes ! Pas sur la table, Draco ! ».
Plus tard, il avait goûté à un Maléfice Cuisant pour avoir brisé la coupe en cristal de Baccarat de son grand-père Abraxas. Un trophée de chasse. Chasse au Moldu, avait-il appris plus tard mais à l'époque, il ne le savait pas encore.
Quand il avait essayé de faire le mur, un soir, autour de l'âge de treize ans, il avait eu droit à un sortilège de Pot-de-Colle.
Il avait alors passé la nuit et le jour suivant englué dans une patère de fleurs, sa mère lui apportant à boire et à manger en cachette, en le réprimandant doucement. En aucun cas elle ne l'aurait libéré.
Il était peut-être son petit Prince mais, justement, ce statut devait se mériter. Et Draco devait respecter les règles à la lettre pour être digne de son pedigree.
Il avait goûté au Maléfice de Flagrance le jour où il avait eu l'outrecuidance d'essayer d'emprunter le balai neuf de son père. Un Comète 206.
C'était l'été de ses quatorze ans. La brûlure cuisante de ses paumes avait duré trois jours. Il avait dû attendre trois jours avant que Lucius ne daigne autoriser son elfe, Dobby, à le soigner !
C'était là le sortilège le plus douloureux auquel il avait été soumis, dans son souvenir. Il en avait connu beaucoup, pourtant, des sortilèges punitifs. Souvent mineurs et la plupart du temps, surtout humiliants.
Lucius n'était pas bien différent de bien d'autres pères de ce monde-là mais lui, lui, il provoquait. Draco testait les limites. Les limites de l'amour de son père qu'il savait pourtant sincère. Les limites de son libre arbitre, aussi. Et il s'était vite aperçu qu'il était bien maigre.
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Il s'était fait plus discret, après le coup de la Flagrance. Il n'avait plus jamais contrevenu ouvertement aux règles de son père. C'était trop risqué pour son amour-propre et, il savait qu'il devait se montrer digne, s'il voulait être intégré au Cercle.
La bile lui montait à la bouche en y repensant. Il se demandait, désormais, comment il avait pu s'enticher d'un tel désir.
Il gardait un goût amer de tout ce qu'il s'était passé quand il avait été marqué. Et de tout ce qu'il s'était passé après. A partir de ce jour-là, il s'était presque mis à regretter les punitions de son père.
Celle que Lucius préférait était longtemps restée le Bloclang. Il en avait usé et abusé.
Il fallait bien reconnaître que Draco avait toujours eu la langue trop bien pendue. Et son père n'appréciait définitivement pas qu'il ait aussi rapidement maîtrisé l'art du langage !
Il l'appréciait encore moins depuis que son fils avait compris l'intérêt d'avoir du répondant et de provoquer par ses mots. Surtout quand il en usait avec ses parents.
Le jeune Malefoy n'imaginait même pas comment Lucius aurait réagi s'il avait su qu'en rencontrant Blaise pour la première fois, du haut de ses cinq ans et demi, le petit blondinet qu'il était à l'époque avait osé lui demander, avant même de le saluer, un inconvenant « Mais, pourquoi t'es noir ? ».
Son père en aurait probablement fait une syncope !
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Il avait été sévère avec lui, lui inculquant ses valeurs et ses aspirations. Draco, lui, avait appris, intégré et assimilé. L'apprentissage par la crainte !
Jusqu'à ce qu'il le voie tomber de son piédestal. Ce n'est qu'après qu'il avait compris avoir le droit de faire des choix, petit à petit.
Sa mère, elle, lui avait tout donné. Et comme une évidence, il avait pensé que tout lui était acquis.
Jusqu'à ce qu'il la perde et qu'il comprenne devoir se battre pour les choses qui comptaient vraiment. Quand elle avait été emprisonnée à Azkaban, il avait senti son corps se fêler un peu plus.
Oui, ses parents étaient ce qu'ils étaient, avec leurs qualités, leurs torts et leurs défauts. Ils n'en restaient pas moins ses parents, pour lesquels il ressentait un attachement indéfectible.
Ne plus avoir de nouvelles directes de Lucius était une chose mais le silence de sa mère en était une autre. C'était une situation clairement anormale.
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Murmurant un Incendio, il fit apparaître un feu froid dans la cheminée du salon. Il prit une poignée de poudre de Cheminette et s'avança. « Ministère de la Magie ! ».
L'agent d'accueil de la section sept du Département de Justice Magique le reçut avec un rire gras. Le jeune Malefoy déchu s'inquiétait pour sa maman !
L'homme se dit furtivement qu'il devrait en parler à sa cousine, Mathilda ! Ils pourraient en rire et elle aurait peut-être là un sujet palpitant à se mettre sous la dent pour son prochain article !
Frustré malgré la promesse de nouvelles rapides de la part de l'Auror qui avait accepté de le recevoir, Draco se dirigea vers la sortie moins d'une demi-heure plus tard.
Il n'avait aucune envie de retourner chez lui pour passer une soirée morne à ressasser. Il préférait de loin rejoindre une petite brune aux grands yeux chocolat.
Il invoqua son Patronus, un furet à la queue touffue qui le faisait toujours soupirer et, après lui avoir délivré son message, le regarda s'éloigner souplement.
Un furet. C'était ridicule. C'était bien la seule et unique raison qui le rebutait à l'idée de devenir un Animagus !
Hermione arrivait maintenant à se transformer en loutre à joue blanche et même Potter avait réussi sa première transformation en cerf, récemment [3].
Il avait été tellement surpris par l'apparition de ses bois et de ses sabots qu'il avait brisé la table basse du salon et détruit la peinture d'un pan du mur à coup de cornes.
Les deux acolytes s'étaient transformés en leur Patronus et Draco était persuadé que ce n'était pas un hasard. Si un seul d'entre eux l'avait fait, il aurait pu avoir des doutes mais, les deux ? Deux, c'était une preuve ! Une certitude !
Et, foi de Malefoy, il n'avait définitivement pas envie de se transformer en furet ! L'expérience de la fouine en cinquième année avait été largement suffisante.
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Après s'être jeté un sort de désillusion, il transplana tranquillement dans le quartier de Moseley dans une allée sombre à quelques pas de chez Hermione. Il flâna tranquillement le long d'un canal jusqu'à la ruelle pavée qui accueillait le Tricktrash [4].
Ce pub éclectique était devenu leur nouveau Quartier Général. Étrangement, tout ce qui se passait dans ce lieu ne sortait pas de ce lieu. Ils soupçonnaient des protections magiques particulières, sûrement des sorts de brouillages, tant pour protéger les moldus marginaux, ignares du monde magique, qui s'y rendaient, que les sorciers de tous poils.
Ils aimaient bien se dire que le propriétaire avait créé un puissant sort de "Repousse-Journaleux" mais, jusqu'à présent, ils n'avaient jamais pu lui soutirer d'information confirmant leurs supputations, si ce n'était ses sourires énigmatiques.
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Lorsque Hermione entra, se désillusionnant aussi vite, il était installé sur une banquette veloutée de noir et faisait tourner un bâtonnet d'un rouge criard dans son verre. Elle se dirigea droit sur lui et s'affala à ses côtés en soupirant.
- « J'en peux plus Malefoy !
- Bonjour à toi aussi » sourit-il en levant un sourcil.
Elle répondit à son sourire d'un air penaud avant d'emmêler leurs doigts et d'embrasser sa paume. L'instant suivant, elle faisait un signe au barman qui, d'un hochement de tête, acquiesça. Il connaissait ses habitudes.
Draco passa un bras autour de ses épaules et ils attendirent que le garçon pose la commande d'Hermione sur la table et tourne les talons.
- « Qu'est-ce que c'est, cette fois ?
- A ton avis ?
- 'J'ai mes règles, le monde est injuste' ?
- Quelque chose comme ça… C'est infernal ! Même si j'insonorise la bibliothèque, je sais que ça peut exploser à tout moment à côté. Ils passent leur temps à se disputer…
- J'ai cru remarquer, oui...
- Et je dois ramasser les pots cassés… Vivement que Ginny commence son entraînement avec les Harpies, ça va lui changer les idées parce que là, vraiment !
- …
- Je n'arrive même plus à me concentrer sur mes cours !
- … Tu veux venir chez moi ?
- Oui, évidemment mais ce n'est pas une solution définitive…
- … Viens chez moi…
- … Hmmhm… » approuva-t-elle les yeux dans le vague. « Oui, oui, bien sûr… Tu crois que c'est le bon moment pour que j'investisse dans l'immobilier ? On est en plein boom économique, c'est peut être l'occasion…
- ...
- J'y connais rien à tout ça… tu as encore des contacts dans le milieu, toi ?
- … Peut-être » soupira-t-il « … mais… Granger... Tu ne veux pas venir chez moi ?
- Si, bien sûr… mais il faut vraiment que je me trouve un appart !
- Par Salazar, Hermione ! Je te demande de venir vivre avec moi, là ! Tu es bouchée ou tu le fais exprès ?! »
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Draco ne pouvait pas se targuer bien souvent d'arriver à la faire taire. Là, pour une fois, c'était réussi. Sa petite Miss Je-Sais-Tout était bouche-bée, les yeux grands ouverts et les sourcils froncés.
Il n'était pas bien sûr que ce soit bon signe, en fait.
C'était bien la première fois qu'il faisait une demande de ce type à une femme et, il devait reconnaître qu'il était loin d'avoir été subtil ou romantique.
Il avait même été limite agressif, en fait.
Il haussa les sourcils dans l'espoir de la faire réagir, ce qui eut l'effet escompté.
- « Je refuse de vivre à Lulworth Cove ! ».
Il s'apprêtait à encaisser dignement, ou presque, quand la brune reprit précipitamment, pour l'empêcher de dire une bêtise, en comprenant la portée de ce qu'elle venait de sous-entendre.
- « Je veux dire que je veux vivre avec toi, mais pas chez toi. Il faut qu'on trouve un chez nous ! »
Un sourire en coin naquit sur ses lèvres. Un « chez-nous ». C'était étrangement réconfortant, comme idée.
Alors, verdict ? Sont-ils point mignon tout plein quand ils sont spontanés ?!
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Lulworth Cove [1] : CQAP – Draco vit à flanc de falaises, dans un pavillon en bois situé à côté du village de Lulworth Cove, dans le Comté de Dorset. Ce lieu est la seule résidence secondaire des Malefoy n'ayant pas été réquisitionnée par le Ministère de la Magie, lors de l'arrestation de ses parents. Son existence reste encore à ce jour un secret bien préservé, seulement connu de ses plus proches amis et des Aurors chargés de sa surveillance.
ANEM [2] : CQAP - Académie Nationale d'Etude en Médicomagie
Transformation en Animagus [3] : Dans CQAP, Hermione et Harry travaillent d'arrache-pied (et difficilement) à devenir des Animagus non-déclarés.
Tricktrash [4] : CQAP - Pub, mi-sorcier, mi-moldu, du quartier de Moseley à Birmingham, proche de chez Hermione et Harry, enfoncé dans une ruelle pavée. Le décor est éclectique, mêlant crépi tagué aux couleurs vives à des poutres apparentes.
