[MaJ Août 2021]
Note de l'auteur : Bonjour à tous ! On continue notre petite histoire. Aujourd'hui, nous nous intéressons à un personnage secondaire que nous n'avons qu'entraperçus dans CQAP mais qui va nous apporter plein de nouveaux éléments... Je vous laisse seuls juges !
Au risque de me répéter, merci infiniment à ceux (celles surtout à priori) qui s'arrêtent pour commenter ma p'tite histoire ! Ça fait chaud au cœur de savoir qu'on n'écrit pas pour rien ! Merci également aux followers qui, j'espère, prendront également un jour le temps de laisser leur patte !
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Bonne lecture et à très vite !
Chapitre 12 – Hannah
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Rien ne destinait Hannah à devenir une gérante de Night-Club. Rien.
Déjà, quand elle était entrée à Poudlard, elle avait été répartie à Poufsouffle. Elle s'y trouvait très bien, vraiment, mais ce n'était clairement pas la Maison la plus remarquable de l'école. Les uns étaient dit Rusés, les autres Intelligents, il y avait les Courageux et puis il y avait eux. Les Poufsouffles.
Tout le monde oubliait qu'eux devaient être les Loyaux. La loyauté, chez les adolescents, semblait être un concept suranné et sans intérêt.
A elle et ses condisciples, étaient rapidement attribués toutes sortes de qualificatifs peu flatteurs. Ils étaient « mous », « niais », ou encore « faibles ». C'était parfaitement agaçant mais elle avait fait avec, le temps où elle y était restée. Pas longtemps, en fait.
Au début de sa sixième année, elle avait perdu sa mère et avait quitté l'école de sorcellerie. Elle avait dû encaisser le choc, survivre envers et contre tout, puis se cacher. Longtemps.
L'Ordre de Phœnix s'était occupé d'elle, l'avait entraînée. Le professeur Flitwick l'avait formé aux Sortilèges Avancés et aux duels sorciers.
Il l'avait poussée à apprendre encore et encore pendant tout ce qui aurait dû être sa sixième année, si bien qu'elle avait pu obtenir une dérogation pour passer ses ASPIC par correspondance, après la guerre.
Elle avait souhaité passer les épreuves de Sortilèges bien sûr, de Défense Contre les Forces du Mal et de Métamorphose. Et elle avait estimé que c'était largement suffisant.
Elle savait que ce bout de papier validant ces acquis ne lui servirait à rien. Ce n'était pas comme si elle avait un jour désiré entrer dans la Brigade de Police Magique mais c'était sa fierté personnelle. Son héritage de combattante à transmettre, elle qui, comme tant d'autres, avait lutté dans l'ombre.
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Son rêve, à Hannah, était parti d'un petit rien. De son amitié avec Mandy Brocklehurst, une Serdaigle de son année. Elles devaient avoir 13 ans quand elles avaient commencé à élucubrer sur leur petite entreprise et elles n'avaient plus cessé d'y penser jusqu'à ce que la guerre les sépare.
Quand elles s'étaient retrouvées, elles s'étaient promis de concrétiser ce rêve. Parce que la vie était trop courte et qu'il fallait la vivre pleinement.
Elles s'étaient formées, s'étaient préparées et avaient foncé tête baissée.
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Elles avaient ouvert le Puffapod's Grove depuis un an et deux mois. Le 13 novembre 1999, très exactement. Un jour à marquer d'un œuf de dragon !
Ce jour-là, elles n'avaient pas empoché un sou, ayant davantage dépensé en publicité que cherché à engranger des bénéfices. Elles avaient fait le plein grâce au bouche à oreille et s'étaient retrouvées sur un petit nuage.
Les six premiers mois avaient été extrêmement difficiles. Elles avaient eu grande peine à rentrer dans leurs frais et, plus d'une fois, avaient songé à mettre la clé sous la porte.
Elles avaient même eu à licencier leur serveuse et la voir pleurer en perdant son travail avait été un déchirement.
Avec Mandy, elles s'étaient tuées à la tâche, enchaînant les heures, ne prenant pas de vacances, se payant une misère, et certains mois pas du tout, pour garder leur boîte à flots.
L'arrivée de l'été leur avait sauvé la mise. Ne se limitant plus au seul Night-Club, elles avaient commencé à ouvrir le bar dès l'après-midi venue.
La terrasse privative sur le toit de l'immeuble avait un succès monstre et les jeunes adoraient ne plus avoir à se rabattre sur des salons de thés vieillots pour se retrouver entre amis.
Les étudiants de Poudlard, en vacances estivales, en avait fait leur nouveau QG. Les grands-frères et grandes-sœurs qui avaient ignoré l'existence du lieu s'étaient aussi mis à le fréquenter tout comme certains de leurs parents.
Depuis, leur affaire roulait mieux sans être encore complètement florissante. En tout cas, Hannah était heureuse malgré les galères quotidiennes qu'elle rencontrait.
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Installée derrière le bar, elle jeta un œil à la ronde. Elle venait de charger Mandy d'aller servir Neville et Loufoca, préférant s'épargner les élans nostalgiques qu'elle ressentait systématiquement en les voyant ensemble.
Ils avaient souvent flirté avec le Gryffondor lorsqu'elle était toujours à Poudlard, avant de vivre ensemble leur premier baiser. Juste avant le départ du Poudlard Express, à la fin de leur cinquième année.
C'était elle qui avait fait le premier pas, touchée par la timidité maladive du jeune homme. C'était un beau baiser, plein d'émotions et de sentiments.
Ils s'étaient écris tout l'été et avaient pu se voir, une ou deux fois, quand la grand-mère de Neville le lui avait permis. Trop peu de fois à leur goût !
Au décès de sa mère, il avait été d'un soutien indéfectible. Ses lettres étaient l'un des meilleurs remontant qu'elle n'ait jamais pu avoir. Elle les lisait encore, parfois, et souriait à chaque fois.
Seulement, elle n'était plus là physiquement avec lui à Poudlard et Luna était entrée dans sa vie progressivement. Par petites touches subtiles et vaporeuses, comme elle savait si bien le faire. Elle lui avait ravi Neville sans même qu'ils ne s'en aperçoivent.
Aujourd'hui encore elle gardait une correspondance résolument régulière avec lui. Elle ne pouvait envisager de couper définitivement les ponts avec son premier amour. Son seul amour, d'ailleurs.
A chaque lettre, elle ressentait sa patte, appréciait la complicité qu'il y instillait toujours, s'émerveillait de leurs centres d'intérêts communs et souffrait de ne pas partager avec lui ce que Luna pouvait.
Elle n'en disait rien. Ce n'était pas son rôle et encore moins sa place mais elle préférait de loin qu'ils vivent leur idylle à l'autre bout de la planète
Les lettres lui permettaient de rêver encore un peu, de se dire que Luna n'existait pas vraiment. C'était autre chose de les voir à quelques mètres de soi, se tenir la main, s'embrasser, alors qu'elle ne pourrait plus le faire.
Son sourire s'effaça. Tenir ce genre d'endroit n'aidait pas à consoler son marasme sentimental, finalement.
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Hannah était une romantique, depuis toujours. Elle n'était pas spécialement fleur bleue mais s'attachait aux sentiments. Elle se disait qu'aimer était une chose importante, qui méritait qu'on prenne le temps de s'y attarder.
Au fil des jours, au fil des soirs, elle en voyait défiler, des couples. Certains se formaient dans son bar, d'autres se séparaient et d'autres encore franchissaient allègrement les limites de la décence.
La première fois qu'elle avait surpris un couple en train de forniquer, il fallait bien dire les choses comme elles l'étaient, dans les toilettes du Puffapod's, elle avait été choquée et outrée alors que Mandy avait ri aux éclats.
Depuis, elle se formalisait moins mais restait tout de même étonnée de ces manifestations outrancières, souvent sans suite, d'ailleurs.
Elle aussi ressentait des besoins charnels, fantasmait et espérait mais, jamais au grand jamais elle ne pouvait s'imaginer franchir le cap du rêve à la réalité.
C'était peut-être pour cette raison qu'il n'y avait eu personne depuis Neville. Les seuls baisers qu'elle avait échangés étaient avec lui. Les seules mains qui s'étaient posées sur ses hanches étaient les siennes. Et ce n'était pas allé plus loin.
Après, ce qu'il s'était passé, elle ne savait pas trop. La guerre, les batailles, de nombreux autres apprentissages. Elle n'avait pas eu le temps de s'intéresser à d'autres garçons.
Maintenant qu'elles arrivaient à peu près à se sortir de leur infortune, avec Mandy, elle commençait à ressentir le manque. Elle supportait de plus en plus difficilement cette impression de stagner.
Elle avait besoin de rencontrer quelqu'un, de céder à certaines pulsions qui devenaient de plus en plus fréquentes, à force de voir les autres agir impunément dans son bar.
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- « Hannah Chorète [1] ! Ma toute belle ! Pourrais-tu avoir l'obligeance de m'offrir un Gin FizWizBiz ? »
Le sourire d'Hannah réapparu doucement
- « Hors de question que je t'offre le moindre verre, Georgie ! La maison courrait à sa perte si je commençais un jour !
- Tu me brises le cœur ! », lui répondit-il sans se déparer de son sourire.
Elle rit doucement avant de préparer le cocktail tout en l'écoutant lui raconter ses dernières mésaventures. George Weasley était ce qu'elle pouvait appeler un habitué.
Depuis qu'il avait repris le travail à la boutique, après la perte de son frère, le Chaudron Baveur l'avait accueilli chaque soir. Il y buvait un Whisky Pur Feu, rencontrait une femme ou une autre, liait des amitiés d'un soir, bien éphémères, avec d'autres piliers de bars, et repartait se coucher, la tête abrutie d'alcool.
Il n'avait commencé à venir au Puffapod's que cinq mois après l'ouverture.
Il ne l'avait pas reconnue. Ni elle, ni Mandy d'ailleurs. Ce n'était pas comme si il avait pu s'intéresser aux camarades de classe de son petit frère.
Elle, elle n'avait pas eu besoin de présentation. Avec son défunt jumeau, ils étaient des vedettes à Poudlard. Tous pouvaient se targuer d'avoir un jour été leur cible, elle y comprit.
Elle avait appris à le connaître, au fil des mois.
Au début, il était venu sporadiquement mais désormais elle le voyait plusieurs fois par semaine, en fin d'après-midi parfois ou tard le soir le plus souvent.
Autour du bar, ils avaient parlé maintes fois. Elle pouvait se targuer d'être une des personnes qui le connaissait le mieux. L'alcool levait pas mal de ses inhibitions et elle avait eu un sacré paquet de confidences sur les états d'âme du jeune homme.
Il n'était pas le seul, d'ailleurs. Elle s'était vite rendu compte que tenir un bar était le meilleur moyen d'obtenir des informations capitales sur tout et n'importe quoi.
Elle était l'amie de ses clients anonymes, leur oreille attentive, leur conseil avisé, mais, même quand elle semblait invisible à leurs yeux, elle n'en entendait pas moins.
Avec Mandy, elles se disaient souvent que si elles n'étaient pas aussi honnêtes qu'elles l'étaient, elles auraient pu se faire des millions de Gallions en revendant certaines informations. Elles avaient été tentées, d'ailleurs, quand elles étaient vraiment dans le rouge mais elles n'avaient pu réellement s'y résoudre.
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Hannah regarda George pointer une jeune fille du doigt.
- « Elle ! Qu'est-ce que tu en dis ?
- J'en dis que je vais peut-être arrêter de te servir plus vite que prévu, Georgie !
- Ooooh ! Hannah Logique ! T'es pas drôle, tu sais !
- Et toi tu es malhonnête avec ses pauvres filles ! » répondit-elle du tac au tac avec un sourire triste.
- « Tout de suite les grands mots ! Je ne leur promets rien, tu sais, ma grande !
- Je sais bien mais, tu ne les préviens pas, non plus, qu'une fois ta petite affaire conclue, tu les renverras aussitôt chez elle...
- Ce qui ne les empêche pas forcément d'en redemander, d'ailleurs !
- Qui ne rêve pas de réparer le cœur brisé de George Weasley, en même temps !
- … Tu rêves de réparer mon cœur brisé, Hannah More ? » Demanda-t-il en se penchant vers elle, levant un sourcil suggestif
- « Épargne-moi tes fantasmes, pervers ! », Répondit-elle en riant, lui assénant un coup de torchon sur l'épaule.
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Si elle avait dû être un tant soit peu honnête, Hannah lui aurait sûrement répondu que, oui, elle était de celles qui espéraient, un jour, réparer cette faille béante qu'il traînait derrière lui, inlassablement.
Elle appréciait réellement le jeune homme. Aussi touchant que facétieux, il avait une répartie inimitable. Il jouait et s'amusait de tout mais, derrière ses airs rieurs, son regard restait vide, toujours.
Il était encore incapable de parler de Fred ou alors seulement quand il avait tellement bu qu'il en oubliait tout. C'était arrivé deux fois depuis qu'il venait au Puffapod's.
La première fois, elle était allée le réveiller, à la fermeture du bar, alors qu'il était effondré sur une table, particulièrement disgracieusement.
Il avait braillé « Où est Fred ?! » quand elle lui avait touché l'épaule et, quand elle n'avait rien répondu, trop abrutie par la question, il le lui avait redemandé en criant et la secouant, ses mains sur les épaules de la jeune femme.
Elle n'avait pu s'empêcher de s'exclamer à son tour « Mais il est mort ! Fred est mort ! » le figeant sur place. Il s'était effondré, avait pleuré et hurlé comme un loup à la lune.
Elle n'avait pas su quoi faire, elle avait posé une main sur son bras, lui avait chuchoté que ça irait, qu'il irait bien, que... elle n'avait pas su quoi dire et l'avait écouté quand il avait confié sa détresse, lui pressant l'épaule en guise de soutien et lui promettant de ne plus jamais le laisser boire autant.
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La seconde fois, elle avait anticipé, elle ne savait pas trop comment, qu'il craquerait. Peut-être parce qu'il avait tout de suite enchaîné deux Whisky en arrivant au bar, moins joyeux que d'habitude, plus taciturne.
Il s'était ensuite fait envoyer sur les roses par chaque femme qu'il avait abordée et avait à nouveau commandé un alcool fort quelconque. Trop fort pour l'heure qu'il était. Elle avait demandé à sa serveuse de refuser de le resservir et il s'était énervé.
Il lui avait crié dessus et elle lui avait simplement proposé de le ramener chez lui. Il avait refusé et était reparti sur la piste de danse. Quarante-cinq minutes plus tard, il s'était laissé docilement guider jusqu'à chez lui, en silence.
Elle l'avait déposé sur le canapé de son salon et s'apprêtait à refermer la porte d'entrée derrière elle, le laissant cuver tranquillement chez lui, quand il l'avait appelée. Elle était restée plus de trois heures avec lui, cette nuit-là, à l'écouter parler de son frère et de son absence.
Elle avait pleuré avec lui, cette fois-là. Depuis, elle ne pouvait s'empêcher de le materner. Elle le surveillait du coin de l'œil quand il venait au bar seul.
Elle le convainquait de boire moins, de s'amuser plus. Elle le laissait danser et amener des filles chez lui. Elle le regardait embrasser celle-là ou une autre et tenter de les débaucher dans un coin sombre.
Dans ces moments-là, elle s'arrangeait pour qu'elle ou un de ses employées, sa serveuse ou son vigile, passe à leurs côtés et les fasse fuir d'un « Hum, hum » appuyé.
Elle préférait de loin qu'ils aillent chez lui, ou chez elle, ou même dans une ruelle éloignée, que de les voir faire de son bar un lupanar. Surtout qu'elle n'aimait pas voir ce George-là. L'inconstant qui prenait les femmes pour des objets.
Elle se disait qu'il ne faisait cela que parce qu'il était blessé, sûrement même un peu mort à l'intérieur. Elle savait qu'il avait un vide à remplir mais elle avait des difficultés à l'accepter. Parce que ce n'était pas sa vision, à elle.
Elle, elle pensait que c'était l'amour qui permettait de combler les trous dans l'âme, de sublimer la folie du monde mais, lui, il n'y croyait pas. Ou il ne voulait pas y croire.
Oui, elle aurait bien tenté de réparer le cœur blessé de George Weasley mais, lui, il n'était pas prêt à la laisser faire. Alors elle dédaignait ses remarques suggestives, le laissait rire et continuait à guetter du coin de l'œil ce Georgie dépravé mais tellement attachant.
Verdict ? Cette petite incursion dans la tête d'une blonde vous a-t-elle intéressé ? Envie d'en savoir plus ?
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Hannah Chorète [1] : Un anachorète est un religieux qui se retire dans le désert pour se consacrer à la prière et à des exercices de pénitence. Un ermite, en somme. Je vous laisse chercher et trouver vous-même les autres jeux de mot ;-)
