[MaJ Août 2021]
Note de l'auteur : Bonjour, bonjour ! On continue avec un chapitre assez léger... Qui a dit « Le calme avant la tempête » ?! Ah, ah ! Vous verrez bien... En tout cas, n'hésitez pas à spéculer sur la suite des événements avec les éléments accumulés au cours des 18 chapitres précédents ! (Est-ce que je vais oser vous dire à combien de chapitres d'écriture j'en suis à ce stade... non, vous allez juste flipper...) En tout cas... J'adooooore savoir ce que vos esprits envisagent !
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D'ailleurs, je remercie une fois de plus ceux et celles qui prennent le temps de me donner leur avis et attends vos commentaires, bons comme mauvais, avec impatience ! Je ne vous embête pas plus !
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Bonne lecture et à très vite !
Chapitre 19 – Blaise
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Habituellement, Blaise adorait ces après-midis qu'il passait à Hyde Park en compagnie de Draco. Ils pouvaient rester des heures affalés sur une couverture, à regarder évoluer les moldus et à analyser leurs étranges modes de vies sans se lasser.
Des gosses jouaient à se renvoyer une balle en cuir blanche et noire avec les pieds et ils se disaient, depuis la première fois qu'ils les avaient vus faire, qu'il était fou qu'eux n'aient jamais pensé à en faire de même lorsqu'ils étaient gamins.
Des jeunes aux cheveux longs ou à l'air inspiré sortaient une guitare ou un djembé – Hermione leur avait donné le nom moldu savant pour ces instruments de musique – et jouaient, avec plus ou moins de talent, pendant des heures.
D'autres gens envoyaient des sortes d'assiettes, souvent de couleurs criardes, à des chiens qui s'élançaient à toute vitesse pour les saisir au vol. Dans leur conception de sorciers, avant, les chiens étaient utiles à la chasse mais ce n'étaient pas réellement des animaux de compagnie. Pas comme un chat ou un Boursouf.
Certains, souvent des femmes de tout âge, passaient des heures à cuire sous le soleil, dévoilant tant de chair qu'elles frôlaient l'indécence. S'il y avait bien quelque chose qui ne venait jamais à l'esprit des sorciers pure souche, c'était de faire la planche dans un parc sous le soleil sans autre but que de cuire. Vraiment, ce n'était pas dans leurs mœurs.
Tous les moldus non plus ne semblaient pas adeptes de cette pratique. Certains, notamment, s'enduisaient largement d'une crème qui sentait plutôt bon et qui faisait toujours sourire Hermione. Elle disait en riant que c'était sa Madeleine de Proust.
Draco n'avait pas réellement compris le rapport entre ces crèmes blanchâtres qui faisaient luire la peau et les gâteaux mais elle avait clos le débat en lui disant qu'elles sentaient comme un air de vacances de son enfance, du temps d'avant qu'elle ne devienne une sorcière.
Les moldus faisaient vraiment toute sorte de choses étranges, en fait, mais le plus distrayant était probablement ceux qui s'acharnaient à courir sans but. Ils arboraient des tenues plus ou moins dénudées, plus ou moins élaborées mais rarement élégantes, et ils couraient, encore et encore.
Parfois, Draco et Blaise pariaient sur l'endurance des uns ou des autres, surtout quand les coureurs se déplaçaient en groupes. Le mieux restait définitivement les couples.
Il y avait ces hommes qui faisaient les coqs, ceux qui couraient trop vite pour leurs copines, ralentissaient, râlaient, puis reprenaient de la distance pour recommencer aussitôt à se plaindre. Il y avait aussi ces femmes mieux entraînées que leurs conjoints et qui les battaient à plate couture alors qu'ils s'escrimaient à tenter de les rattraper en vain.
De leur coin préféré du parc, Blaise et le blond avaient fini par repérer quelques habitués et savaient presque déterminer quels coureurs ils verraient à quel moment. Les deux Serpentards adoraient ces moments d'oisiveté qui satisfaisaient leur curiosité. Jamais auparavant ils n'avaient pu observer des moldus de si près, ni même se fondre à eux.
Ils les trouvaient drôles, tout de même, avec toutes leurs particularités et ils essayaient d'y consacrer un temps d'étude au moins une fois par semaine, entre eux où avec d'autres amis, depuis le retour des beaux jours. Un peu comme un nouveau rituel qui accompagnait leur nouvelle vie, leur curiosité laissant progressivement place à des habitudes qu'ils trouvaient on ne peut plus agréables.
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- « C'est la merde... »
Draco qui, allongé de tout son long, les bras croisés derrière la tête, regardait passer les nuages en cet instant, tourna un visage surpris vers Blaise. Le métis était allongé sur le ventre, les bras croisés sous le menton et regardait les groupes qui lui faisaient face.
Il marmonnait pour lui-même et n'avait pas prévu de laisser ces quelques mots s'échapper de sa bouche. N'ayant cependant pu manquer le mouvement de tête surpris du blond, il eut envie de se gifler et plissa fortement ses paupières.
- « Un problème, Blaise ? »
L'envie de s'expliquer semblait le tirailler mais il paraissait tout autant redouter la réaction qu'aurait Draco. Le métis crevait littéralement d'envie de lui parler en réalité. Il se retenait depuis trop longtemps maintenant pour faire machine arrière.
- « Quand tu seras décidé, n'hésite pas... » Continua le blond, flegmatique.
Lassé des pérégrinations particulièrement silencieuses de l'esprit de son ami, Draco reprit sa position initiale et ferma les yeux, profitant de la faible brise qui atténuait la chaleur du soleil d'août.
Blaise inspira profondément et observa le profil détendu de son complice. Il imaginait déjà des traits horrifiés se dessiner sur le visage fin de Draco, ses yeux s'ouvrir comme des soucoupes et ses sourcils disparaître sous les mèches qui coulaient sur son front.
Il avait peur, vraiment.
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Ce mec était son plus ancien repère. Ils avaient connu un coup de foudre amical alors qu'ils avaient à peine cinq ans et depuis, n'avaient jamais passé plus de quelques semaines l'un sans l'autre. Et encore, seulement quand leur vie de folie l'exigeait.
Sur qui aurait-il donc pu s'appuyer, sans lui ? Sa mère ? Il était incapable de lui parler et supportait à peine de la croiser au Manoir. Sa demi-sœur ? Ornella [1] était aux abonnés absents, comme son père. Il y avait bien Seamus désormais mais justement, Seamus était bien le nœud du problème.
Il soupira et observa Draco tourner son visage vers lui et lever, comme il savait si bien le faire, un sourcil expectatif. Blaise expira bruyamment avant de se tourner sur le côté, pour lui faire face.
- « Draco ?
- Hmm ?
- … Tu sais que je t'ai toujours soutenu, avec Granger ?
- Je ne dirais pas vraiment ça, Blaise », répondit-il dans un sourire « Je me souviens surtout que tu m'as dit qu'on faisait de la merde, que tout ce qu'on arriverait à faire, c'est se détruire... Tu as aussi dit qu'elle et moi, c'était voué à l'échec...
- Non mais, maintenant que vous faites un peu plus que coucher ensemble, je veux dire. Tu sais que tu as mon soutien ?
- Je suppose, oui...
- …
- … Blaise ? Où veux-tu en venir exactement ?
- Je crois que c'est à mon tour, d'avoir besoin de ton soutien... »
Draco se redressa légèrement en fronçant les sourcils. Il n'était pas habitué à le voir aussi peu sûr de lui. Il avait presque l'air paumé, ce mec baraqué qui passait son temps à rouler des mécaniques. Il le connaissait depuis bien trop longtemps pour douter une seule seconde du sérieux de la situation. Il lui laissa le temps de réfléchir, sans intervenir.
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- « … Dis ?... Tu l'aimes, Granger ?
- … On est vraiment en train d'avoir cette conversation ? » Répondit le blond, effaré.
Blaise ne put s'empêcher de sourire. Leur amitié avait vu défiler un nombre incalculable de conversations, des plus superficielles aux plus sérieuses. Les filles, leurs parents, leurs principes, les rêves, la mort, la vie... à peu près tous les sujets avaient déjà passés le filtre de leur moulinette commune. Mais l'amour... La question ne s'était encore jamais réellement posée. Trop jeunes, trop inconstants, trop futiles.
- « Sérieusement Blaise, si tu me dis que tu craques pour Granger, je crois que je vais vraiment t'éclater la tête, cette fois !
- Non, c'est pas ça », répondit le métis en levant les yeux au ciel. « … Tu l'aimes ?
- Tu te rends compte que c'est une conversation que je n'ai même pas encore eu avec elle, quand même ? »
Draco avait baissé d'un ton. Il ne savait pas s'il était réellement amoureux. Ou, si. Il le savait très bien en fait, mais il n'en avait jamais ouvertement parlé. À quiconque. Ni à Hermione, ni à ses proches, et surtout pas à lui-même.
Il n'avait pas envie de poser des mots sur ce qu'il ressentait. L'éprouver était une chose mais poser des mots dessus, c'était le rendre encore plus réel. Lui se contentait parfaitement de ce qu'il vivait en l'état.
Il n'avait jamais appris à parler de ces choses-là. Ce n'était pas un sujet très prisé, dans le monde qui l'avait vu grandir. Sa vie lui convenait telle qu'elle était, les beaux moments comme les coups durs. Il était bien, avec Hermione. Il se sentait même heureux, souvent.
Elle était belle et excitante, intelligente et pas trop chiante et, pour tout dire, il ne se voyait plus avoir une autre vie que celle qu'il menait actuellement avec elle. Pour autant, il ne se sentait réellement pas prêt à dire que, oui, effectivement, il ressentait un amour sincère pour cette fille.
- « Qu'est-ce que tu veux savoir, vraiment ?
- … Je ne sais pas Dray. Ce que tu ressens ? Comment tu sais que tu n'es pas en train de te planter, avec elle ?
- Ah mais, ça, j'en ai pas la moindre idée, tu sais ! » ricana-t-il, presque avec fierté.
- … Ah » ce n'était qu'un murmure, dans la bouche de Blaise.
- « Franchement, si on se plante, elle et moi, on est sûrement en train de faire la plus grosse connerie de notre vie mais... c'est le jeu, non ? T'es obligé de vivre le truc pour savoir si c'était la bonne chose à faire, non ? »
Le métis hocha lentement la tête et roula sur le dos en croisant les bras sur son torse. Il ne se sentait pas vraiment rassuré et ce que Draco disait ne l'avançait guère plus.
- « T'as jamais peur de regretter, un jour ?
- Par Salazar, Blaise, tu veux que je me suicide à coup d'Avada-Kedavra ce soir ou quoi ? »
Il lui offrit un sourire d'excuse, reconnaissant en silence qu'il n'avait peut-être pas choisi la meilleure méthode pour soulager sa conscience. Ils gardèrent un instant le silence, l'un ne sachant pas par où commencer, l'autre curieux et attentif.
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- « … J'ai rencontré quelqu'un, Dray...
- Je m'en doutais depuis un moment, oui...
- … C'est...quelqu'un de particulier, je... »
Le blond l'incita à poursuivre d'un regard. Il ne savait vraiment pas à quoi s'attendre mais le métis semblait beaucoup trop sérieux, comme si le poids du monde pouvait à tout instant s'abattre sur ses épaules.
- « ...si ça se sait, Dray, ça va être un scandale. Un vrai putain de scandale, tu sais !
- Je crois que tu oublies à qui tu t'adresses, là. Tu sais, le Mangemort qui se tape la Sainte des Saintes ?!... Je ne suis pas sûre que tu arrives à nous détrôner aussi facilement !
- Non, c'est pire ! Je t'assure, c'est pire. Oh, putain ! J'arrive pas à croire que je suis en train de te dire ça !
- Bon, tu veux bien arrêter de tourner autour et me le dire une bonne fois pour toute ? Je ne suis pas en sucre, je peux tout encaisser ! »
Il gardait une voix maîtrisée mais il commençait à ne plus en être aussi sûr. Il n'arrivait réellement pas à voir de qui Blaise pouvait bien parler pour qu'il ait tellement peur des conséquences qui en découlaient.
Le blond s'imagina furtivement - s'empêchant de sourire à cette pensée - que pour que son compère prenne autant de précaution, son idylle du moment devait au moins être une Troll des Cavernes et que, s'il craignait à ce point sa réaction, il devait déjà l'avoir mise enceinte ! Deux fois !
- « Je suis pas sûr que tu peux encaisser, là, Draco...
- …
- C'est pas vraiment... normal...
- Bon, c'est quoi, si c'est pire qu'une Sang-de-Bourbe ? » S'agaça-t-il faussement, avec une moue compatissante. « Une Métamorphe ? Une Géante ? Une Elfe de Maison ? »
Draco rit, espérant dédramatiser la situation mais il se sentit bien seul, son vis-à-vis se mettant à grimacer fortement alors que sa peau chocolat pâlissait à vue d'œil.
- « Blaise ?!
- C'est... oh putain Draco... C'est la merde !... C'est vraiment... C'est… un mec. Voilà, c'est dit. C'est un putain de mec ! »
Draco s'étouffa avec sa propre salive et regarda le métis avec stupeur. Ce dernier, presque recroquevillé sur lui-même, avait probablement baissé les yeux de gêne. Il ne pouvait en avoir la confirmation puisque Blaise se cachait cette partie du visage d'une main, l'autre arrachant scrupuleusement une poignée d'herbe à ses côtés.
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Le temps s'était comme arrêté autour d'eux et ils eurent besoin d'un certain temps pour que leurs regards se croisent de nouveau. Là encore, ils eurent besoin de se sonder quelques secondes avant de se reprendre.
- « Euh... Un mec ?! » Commença Draco, d'une voix surprise.
Hochement de la tête d'un Blaise ayant subitement des bouffées de chaleur.
- « Tu... tu te fais un mec ?
Nouvel hochement de tête, assorti de l'inspiration d'une longue goulée d'air, d'un Blaise aux paupières closes.
- « Mais euh... Tu es, enfin, je veux dire... Tu es… hum... Tu aimes les hommes ?
- Non ! » s'indigna le métis. « Enfin, je veux dire, non » reprit-il un ton plus bas. « C'est juste ce mec en fait.
- Oh, je vois »
Draco ne voyait pas du tout en fait. Il avait du mal à concevoir l'homosexualité en règle générale. Il aimait trop les femmes, leurs formes, leurs rondeurs et leur grâce pour comprendre qu'un homme puisse en désirer un autre.
Pour tout arranger, Blaise, qui s'était toujours fait un devoir de sacraliser les femmes, ne semblait pas avoir un nouveau penchant pour les hommes en général mais un seul en particulier. Le blond se sentait très légèrement dépassé.
- « Et, euh... ça fait longtemps, ce mec ?
- Non, non, pas trop...
- D'accord. » Énonça-il simplement d'une voix monocorde, comme s'il enregistrait une nouvelle donnée.
- « Enfin, un peu quand même...
- C'est-à-dire ?
- On est plus ou moins... ensemble depuis... septembre dernier, en fait
- Oh, je vois »
Là encore, Draco ne voyait rien du tout. Il était même un peu vexé de n'en avoir rien su avant. Il s'était bien douté tout ce temps que Blaise n'était pas resté seul chaque nuit. Les origines latines du métis faisaient qu'il n'avait jamais été un adepte de l'abstinence mais apprendre qu'il fréquentait quelqu'un depuis presque un an – quoique à un mois près, il pouvait bien dire depuis un an – dans le plus grand secret était au-delà de ce qu'il s'était imaginé.
Sans parler du fait que le quelqu'un en question était un homme ! Selon Draco, cette information était presque négligeable en comparaison avec le temps qu'il avait mis pour reconnaître avoir une liaison, apparemment sérieuse !
Il était supposé être son meilleur ami ! Lui n'avait pas tenu plus de quelques semaines sans lui parler de Hermione ! Le blond en était presque à se dire qu'ils devaient, de toute urgence, travailler sur la question de la confiance dans la relation amicale qui les liait tous deux.
- « Mais euh... pourquoi tu m'en as pas parlé avant ?
- … A ton avis ?
- Ouais, mais non ! » S'agaça-t-il très justement. « Enfin, t'as eu vachement de temps pour m'en parler, là. C'est pas rien, quand même !
- C'est justement parce que ce n'est pas rien que je ne pouvais pas en parler. C'est... Enfin, tu te rends compte ?! C'est trop bizarre ce truc c'est pas...
- … normal ? » proposa obligeamment Draco.
- « Non, c'est pas normal !
- Ouais, enfin, je sais pas, si c'est pas normal... Ce n'est pas banal, c'est sûr mais... T'es bien avec ce type ?
- Ouais...
- Vous... enfin... vous... je... tu sais ? »
Blaise ricana. Il n'avait pas l'habitude de voir Draco perdre autant contenance. Il pouvait au moins se targuer de lui avoir cloué le bec ! Enfin… il pensait pouvoir le faire le jour où ils arriveraient à dépasser leur gêne présente.
- « Je le connais ?
- Je préfère pas répondre » souffla le métis.
- « Ok, je le connais.
- Draco, s'il te plaît, je ne préfère pas en parler !
- Comment t'as réussi à cacher ça aussi longtemps ?
- On est... discrets... On ne fait pas de sorties romantiques tu vois et, même si on est ensemble en public, on est juste deux potes aux yeux de tout le monde... Le reste du temps, on se voit chez lui ou chez moi. Parfois on vient chez les moldus mais on flippe trop de se faire surprendre, en fait.
- C'est arrivé comment ? Toi et lui je veux dire ?
- Je sais pas trop... Je crois que c'était à la fois un défi et de la curiosité. C'est arrivé tout seul, on n'a pas trop réfléchi en fait. Et puis on est allé de plus en plus loin et,
- Je veux pas de détails scabreux, hein ! »
Blaise leva les yeux au ciel devant la grimace exagérée de Draco. Il ne le prenait pas trop mal, finalement.
- « Pour faire court, quand les choses ont évolué, on a continué à pas trop réfléchir je crois et c'était marrant de découvrir de nouveaux trucs. Lui non plus, il n'avait jamais rien fait avec un autre mec et... je ne sais pas, on trouvait ça chouette, tu vois ?
- Je suppose...
- Lui et moi, on était d'accord. On se disait qu'on ne se voyait pas avec un autre mec et qu'on aimait quand même les femmes, tu vois ?
- Hmm » approuva Draco, à moitié convaincu.
- « Mais, maintenant, je me rends compte que je ne me vois toujours pas avec un autre mec mais pas avec une femme non plus... et ça m'inquiète... parce qu'on s'était posés des règles, tu vois ?
- Quel genre de règles ?
- Des règles pour que ça ne se sache pas, genre j'avais pas le droit de t'en parler, ni à quiconque d'ailleurs et lui, pareil, il ne devait en parler à personne. On se réservait l'exclusivité et si jamais on voulait faire un écart, fallait s'en parler avant. On faisait en sorte d'être sur un pied d'égalité pour les trucs euh... intimes, ce genre de choses...
- C'est plutôt bien, non ? » Demanda Draco, retenant une grimace à l'évocation d'une possible intimité entre deux hommes.
- « Oui, oui, c'était bien mais... Je me disais que ce n'était qu'un coup de folie, tu vois ?
Draco leva les yeux à cet énième tic de langage. Il essayait effectivement d'y voir, d'y voir clair, même. Il comprenait les mots et leurs sens mais ça lui semblait malgré tout inconcevable, de craquer sur un homme. Il écouta la suite, avide.
- « … je pensais que ça me passerait une fois l'attrait de la nouveauté éventé, comme d'habitude, mais maintenant je me prends à avoir envie de t'en parler et de le présenter à ma mère. Tu te rends compte ?
- Hum... ça ne me semble pas exactement être une excellente idée, en effet...
- Non mais tu m'imagines présenter le mec qui partage mes nuits à ma mère ? »
Ils rirent doucement, imaginant effectivement la scène.
- « Je m'y vois déjà ! Mère, Seamus Finnigan, sang-mêlé irlandais et accessoirement mon amant, Seams, je te présente Lady Zabini, ma mère, l'empoisonneuse et accessoirement croqueuse de diamants invétérée !
- Pardon ?! »
Draco fut heureux de n'avoir pas succombé à son envie de se désaltérer, sinon, il n'était pas sûr qu'il aurait pu se retenir de recracher son eau sur Blaise qui, s'adressant presque davantage à lui-même qu'à son ami, venait de lui révéler sans précaution aucune le nom de son amant.
Le rire du métis se coinça dans sa gorge soudainement. Arrêtant de respirer sans même s'en apercevoir, il dévisagea le blond. Son regard criait sa panique d'avoir lâché ce qu'il considérait comme une bombe.
- « Seamus ?
- …
- Blaise ! Seamus ? Le Seamus ?
- …
- Range cette baguette, imbécile ! On est au milieu des moldus ! T'espères quoi ? Me lancer un Oubliette ? Salazar, je t'en supplie, explique-moi ce qui m'a pris de prendre cet imbécile pour ami ?!
- …
- Tu te rends compte que tu vas bien être obligé de dire quelque chose à un moment ou à un autre ? Prends ton temps, j'ai l'après-midi devant moi !
- …
- …
- …
- …
- Draco ?... Tu diras rien ?
- Comme si j'allais m'empresser de raconter à tout va que tu es une tapette qui se fait un Leprechaun... » Pesta-t-il, dédaigneux.
Blaise se rendit bien compte que le blond, qui levait les yeux au ciel en secouant la tête, essayait de dédramatiser la situation mais il n'en menait pas large à cet instant et n'arrivait pas à sourire. Tout ce qu'il voyait était que sa vie ressemblait à un sacré foutoir et qu'il était loin d'être près d'arriver à la réorganiser dignement
- « Promets-le moi. Tu ne diras rien, à personne.
- … Je te le promets » répondit l'autre en soupirant.
- « Même à Granger, Draco !
- Je peux pas te promettre qu'elle ne va pas le deviner dans les cinq minutes, Blaise. » soupira le blond aussi ironiquement que dramatiquement. « Elle a un radar, cette fille. Tu ne peux rien lui cacher...
- Non, tu ne dois rien dire ! Si elle le sait, elle le dira à Potter qui le dira à sa Belette et en deux jours ça aura fait le tour de la terre. S'il sait que ça se sait, c'est fini. Il... C'est contre nos règles Draco.
- Tu dramatises, Blaise... Oui, je ne dirais rien à Granger mais, si elle comprend toute seule, je ne lui mentirais pas...
- …
- Fais pas cette tête, Blaise. On n'est plus à un secret près, maintenant.
- …
- Blaise ?
- Hmmmpf ? » Grogna-t-il avec une grande maturité.
- « Vous allez faire quoi, maintenant ?
- Comment ça ?
- Vous n'allez pas pouvoir vous cacher éternellement. C'est pas une vie.» Il en savait quelque chose, étant lui-même passé par cette phase.
- Tant que ça fonctionne comme ça, on changera rien... » Affirma-t-il sûr de lui avant de reprendre d'un ton presque hautain. « Je suppose que faudra bien que je finisse par lui dire que y'a comme un déséquilibre, maintenant... Si je ne lui dis rien, je bafoue les règles, non ?
- Je ne suis pas sûr que ce soit ça le plus important »
La bouche du métis se tordit légèrement. Effectivement, Draco avait raison. Le plus important était que, pour la première fois de sa vie, Blaise ressentait des émotions particulièrement bouleversantes, que ces émotions étaient toutes dirigées vers un homme et surtout, surtout, qu'il avait envie de se projeter avec lui, qu'il fasse intégralement partie de son avenir.
Il restait absolument hors de question qu'il en parle au premier concerné mais, au moins, il était soulagé d'un poids maintenant qu'il lui avait avoué à lui.
- « Tu crois que je pourrais dormir chez vous cette nuit ?
- Allez, viens, bougre d'imbécile. Je peux pas t'assurer, par contre, que t'auras pas à partager le canapé avec Potter... »
Verdict ? Toujours adepte des relations entre Serpentards ? Pas de grandes révélations ici mais, j'aime bien leur amitié à ces deux-là... encore plus quand ils subissent leur parachutage dans le monde étrange des moldus...
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Ornella [1] CQAP - Ornella est la demi-sœur de Blaise. C'est elle qui habitait la Dépendance du Manoir Zabini avant que Blaise y aménage à l'âge de 15 ans. Le père d'Ornella est décédé d'un "accident de tapis volant" au début des années soixante-dix, peu de temps après sa naissance. Elle a sept ans de plus que Blaise et vivrait à Florence, en Italie, depuis la fin de ses études.
