[MaJ Août 2021]

Note de l'auteur : Bonjour à tous ! Remis(e)s de vos émotions après le chapitre précédent ? J'suis navrée pour les adeptes du couple HP/GW mais c'est vrai que j'avais cette trame pour eux dès que j'ai commencé à écrire CQAP, il y a un an déjà... Je les voyais s'enfoncer toujours plus loin jusqu'à l'implosion et... bref... c'était inévitable, sans quoi ils ne formaient plus qu'un couple un peu trop lisse (et donc un peu insipide à mon goût mais, ce n'est qu'un jugement tout à fait personnel...)

Aujourd'hui, on revient à nos premiers amours, un court chapitre qui prend le point de vue de Hermione et qui va probablement paraître totalement anecdotique en comparaison... Mais comme toujours, ce sont les détails qui font le tout...

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Et pour ne pas changer, je vous remercie infiniment pour vos messages, reviews et MP ! Je ne m'en lasse pas, n'hésitez pas à continuer, que vous souhaitiez faire des réponses élaborées ou juste dire un mot, je prends toutes les critiques !

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Bonne lecture et à très vite !


Chapitre 21 – Hermione

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Hermione inspira lourdement avant de passer la porte. Elle était loin d'être sûre de faire ce qu'il fallait mais elle devait tenter le tout pour le tout. Elle franchit l'entrée, accompagnée d'un carillon joyeux et s'avança à grand pas à la recherche de celui qu'elle cherchait.

Elle avait volontairement choisi de venir tôt ce matin-là, pour s'épargner la foule des grands jours. Elle n'était même pas sûre d'arriver à le retenir assez longtemps pour lui parler mais si en plus il avait l'excuse des clients qui se bousculaient derrière elle, elle aurait définitivement perdu son temps.

Elle l'aperçut, posa une main sur sa gorge, resserrant son étole et s'éclaircissant la voix, comme pour se rassurer. Elle se lança d'une voix un peu éraillée et incertaine.

- « Ron ?

- Que ? Qu'est-ce que tu fais là ? » Demanda-t-il, interdit.

- « Bonjour, Ron », reprit-elle après avoir avalé sa salive.

C'était tellement étrange de le saluer. Elle ne l'avait pas fait depuis si longtemps qu'elle ne se rappelait même plus de la dernière fois. Ils s'étaient bien retrouvés, deux ou trois fois cette année, au même endroit, au même moment, mais jamais n'avaient-ils fait plus qu'esquisser un hochement de tête raide en guise de salutation.

Elle se sentait un peu mal à l'aise sous son regard scrutateur. Elle non plus ne pouvait s'empêcher de le dévisager. Il n'avait pas réellement changé mais elle avait vraiment perdu l'habitude de le voir d'aussi près.

Il était toujours aussi grand, toujours aussi dégingandé, et son visage toujours aussi constellé de taches de rousseurs. Ses grandes mains serraient des sortes de battes poilues et ses yeux, toujours aussi bleus, essayaient de la transpercer de part en part.

Elle eut envie de se gifler quand elle compara, inconsciemment, sa carrure à celle de Draco. C'était idiot, ils ne se ressemblaient en rien. Elle porta un pouce à sa bouche pour en martyriser une petite peau.

- « Qu'est-ce que tu veux, Hermione ? » L'interrogea-t-il à nouveau en lui tournant le dos pour installer les étranges bâtons sur un socle bordé de lumière verte.

- « Comment va Ginny ? »

Ron haussa les épaules.

- « A ton avis ?

- Ron...

- Pourquoi tu ne vas pas lui demander toi-même ? Tu es censée être son amie, non ?

- … elle ne veut pas me voir, Ron...

- Et alors ? Comme si tu écoutais toujours ce que tes amis te disent...

- Ron... »

Il soupira à son ton suppliant et leva les yeux au ciel.

- « Comment veux-tu qu'elle aille... Elle encaisse, c'est tout...

- …

- Elle a repris l'entraînement. Je ne sais pas ce que ma mère lui a dit mais, elle a fini par revenir dans l'équipe.

- C'est plutôt bien, non ? » Avança doucement la brune.

- « Ouais, je suppose... Elle ne va pas bien, Hermione.

- Je m'en doute, oui... Elle... elle n'est toujours pas décidée à revoir Harry ? »

Ron secoua la tête, négativement. Il finit d'installer une énième batte dont Hermione ignorait l'utilité et fit disparaître la grande boîte en carton qui les avait accueillies quelques minutes auparavant. D'un signe de tête, il invita la brune à le suivre dans l'arrière-boutique.

- « Comment va-t-il ?

- Je crois qu'il accuse à peu près le coup pour la fausse-couche mais... Il est paumé, Ron »

Il hocha la tête. Il voyait difficilement comment ne pas se sentir perdu après avoir vu disparaître tout ce qu'on considérait comme acquis. Il en avait fait lui-même l'amère expérience bien que les circonstances aient été complètement différentes.

- « Ron ?

- Oui ?

- Il aurait besoin d'un ami...

- Tu es là pour lui, non ? » Demanda-t-il, non sans un soupir dédaigneux.

- « Oui mais... c'est différent. Je reste une femme et, ça ne suffit pas, je crois. Je pense comme une femme, je ne suis pas sûre de pouvoir comprendre tout ce qu'il traverse... Tu étais son meilleur ami.

- Oui, j'étais.

- Avec les autres, c'est différent. Ils n'ont pas vécu tout ce qu'on a vécu et...

- Et quoi, Hermione ? Qu'est-ce que tu me demandes ? On était amis, on ne l'est plus. On ne peut pas revenir en arrière.

- Je... écoute, Ron, je me disais que... peut-être que c'est l'occasion de.

- C'est ma sœur, Hermione ! » La coupa-t-il avec humeur. « Je peux pas dire que je me fiche qu'il aille mal mais c'est ma sœur. Tu comprends ce que ça signifie ?

- Oui, bien sûr, ce n'est pas ce que je voulais dire.

- Je suis désolé pour Harry, vraiment, mais ma sœur passera toujours avant les autres, Mione, toujours ! »

Le surnom lui avait échappé. Il était fou de voir à quel point les habitudes revenaient au grand galop. Il avait presque envie de glisser son bras sous celui de la brune pour lui apporter un peu de chaleur comme il le faisait lorsqu'ils étaient plus jeunes et qu'elle se posait mille questions.

Il se doutait qu'elle avait dû réfléchir longtemps avant d'oser pousser la porte de la boutique et de venir à sa rencontre. Il savait, aussi, qu'elle se mordillait la lèvre parce qu'elle n'était pas sûre de ce qu'elle faisait. Il avait presque envie de la rassurer.

Il voulait lui dire que tout irait bien, qu'elle n'avait pas à s'en faire. Il voulait lui assurer que, d'ici quelques jours, quelques semaines, Harry et Ginny arriveraient à dépasser tout ce bourbier et qu'ils seraient heureux comme avant. Il le souhaitait, même.

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- « Oui, je sais, Ron. Tu as raison. Je ne sais même pas pourquoi je t'ai demandé ça...

- …

Il préféra ne rien répondre. Il ne pouvait pas se permettre de craquer maintenant et de courir la prendre dans ses bras. Il se sentait stupide de continuer à éprouver tant de sentiments pour elle. Silencieux, il l'écouta continuer.

- « Je voulais juste avoir des nouvelles de Gin' et... je ne sais pas, je ne voyais pas vers qui me tourner...

- Ils vont s'en sortir, Hermione. » Ne put-il s'empêcher de rebondir.

- « …

- …

- Ron ?... On devait rester amis, tu te rappelles ? »

Il ferma les paupières et déglutit. Évidemment, il se rappelait. Il s'en souvenait même parfaitement. Il n'en redoutait pas moins la conversation qui allait inévitablement suivre. Cette conversation qu'ils n'avaient encore jamais eue.

Il ne s'y était jamais préparé, finalement.

- « Tu crois qu'on pourrait... je ne sais pas...

- Tais-toi » souffla-t-il tellement bas qu'elle ne put l'entendre vraiment.

- « Peut-être qu'on pourrait, maintenant. Tu sais, se revoir. Ce serait bien, non ?

- Je ne crois pas que ce serait une bonne idée, Hermione. » Prononcer son prénom lui arrachait littéralement la gorge.

- « Mais... Ron... Pourquoi pas ?

- On... on n'est plus ceux qu'on était avant, Hermione. J'ai ma vie et tu as la tienne et... c'est bien comme ça. » Il inspira fortement pour se donner du courage. « On ne ferait que tout compliquer en essayant de reconstruire un truc qui a disparu.

- Mais ne pourrait-on pas... ? Je ne sais pas, juste essayer, pour voir. Tu dis que ça compliquera tout mais tu n'en sais rien. On a grandi, on a mûri, il n'y a pas de raison que.

- Non Mione. On ne retrouvera pas ce qu'on a eu et, ce n'est peut-être même pas souhaitable.

- … C'est à cause de Draco ? »

Ron leva les yeux au ciel avec un nouveau rictus dédaigneux. Évidemment, elle l'appelait par son prénom, à quoi s'attendait-il ? Merlin ce qu'il détestait ce type avec ses grands airs et son arrogance.

Il détestait encore plus les voir évoluer ensemble. Ces quelques soirées qu'ils avaient eues à passer dans la même pièce lui avaient systématiquement laissé un goût amer dans la bouche. Il se souvenait parfaitement de l'anniversaire de Ginny, en juillet dernier.

Ron n'était venu que pour faire plaisir à sa sœur et, ce soir-là, il n'avait pas pu rater les regards pleins de mépris du blond. Lui-même n'en ressentait d'ailleurs pas moins et ne s'en était pas caché.

Au fil de la soirée, la morgue des deux garçons s'était accentuée et le rouquin était persuadé qu'ils se seraient écharpés d'un seul coup d'œil, s'ils en avaient eu la possibilité. A un moment, Malefoy avait même eu le culot d'embrasser Hermione à pleine bouche en lui lançant, à lui, un regard de défi.

Elle l'avait repoussé en riant, probablement ignorante de l'affront, lui demandant de calmer ses ardeurs et s'était éloignée mais ce sale type n'avait rien trouvé de mieux que de lui adresser un geste grossier avant de mimer de ses lèvres qu'elle était sienne.

Dire que Ron avait marché dans cette énième provocation était un euphémisme. Il était parti particulièrement énervé bien que le comportement de Malefoy n'ait pas le moins du monde constitué une surprise pour lui. Un enfoiré restait toujours un enfoiré, qu'importe qu'il fasse semblant d'essayer de se racheter, non ?

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Le rouquin, on ne peut plus d'accord avec lui-même, se reconcentra sur la conversation présente et fit l'effort de ne pas s'offusquer de la question d'Hermione. Sa naïveté n'était pas une nouveauté, selon Ron.

Il regrettait simplement qu'elle continue à s'aveugler, refusant toujours de voir la vérité en face, à savoir que ce mec avec qui elle se roulait dans le stupre était en train de l'avoir dans les grandes largeurs.

- « Je ne peux pas nier qu'il fasse partie du problème, Hermione... » souffla-t-il avec une grande maîtrise de lui-même.

- « Je t'assure qu'il.

- Écoute, Hermione, je n'ai aucune envie de parler de lui. De toute façon, même sans lui, on n'aurait pas davantage pu rester amis.

- Je ne comprends pas, Ron, pourquoi ? Pourquoi ce ne serait pas possible ?

- Mione... » murmura-t-il dans une supplique.

- « Pourquoi Ron ?

- … »

Le silence s'éternisait, ce qui horripilait Hermione. Elle voulait juste savoir ce qu'il lui reprochait, pourquoi il était tellement braqué. Elle trouvait injuste qu'il la rejette encore. Ron représentait un pan entier de sa vie.

Un pan où elle avait été, malgré tout, heureuse. C'était lui qui lui avait donné ses premières émotions. Elle l'avait attendu, elle l'avait espéré, elle l'avait rêvé. Elle trouvait tellement bête, aujourd'hui, de ne plus pouvoir rire avec lui de ses blagues.

Elle aurait aimé pouvoir à nouveau soupirer de le voir se goinfrer comme un affamé. Elle aurait aimé l'entendre encore se moquer d'elle quand elle se mettait de l'encre jusque sur les joues. Il lui manquait. Ron lui manquait.

- « Ron ? Dis-moi pourquoi…

- ... Ce n'est pas possible parce que je t'aimais, Mione. » lança-t-il simplement en lui tournant presque le dos.

- « …

- Je t'aimais et tu m'as quitté et je ne peux pas... Tu comprends ? Je ne peux pas continuer à te voir et faire comme si ça n'avait jamais existé.

- Je...

- Non, ne dis rien, s'il te plaît... Toi, ça ne te fait peut-être rien mais moi, je ne peux pas. Quand je te vois, je ne peux pas m'empêcher de penser à nous. A ce qu'on pourrait être en train de faire si... » Il marqua une pause. « Je... je me rappelle de ton odeur, Mione. » sa voix n'était plus qu'un chuchotement. « Je me souviens de tes frissons et de tes regards… Comme celui-là Mione. »

Elle se mordit la lèvre, sentant son cœur battre à mille à l'heure. Il allait la faire pleurer s'il continuait ainsi. Elle le savait sincère et c'est peut-être ce qui lui faisait ressentir autant de peine.

- « Je n'ai oublié aucun de tes regards. Je t'aimais, Mione. Et ce serait juste trop dur de faire comme si je ne t'aimais plus. Ce n'est simplement pas possible. Tu comprends ? »

Elle hocha la tête, tristement. Elle avait du mal à croire cette déclaration. Ils étaient séparés depuis si longtemps. Ne s'étaient pas parlé depuis tant de temps. C'était comme faire un bond en arrière.

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Elle aussi pouvait reconnaître chaque mimique du roux. Elle pouvait anticiper ses gestes. Elle savait quand il se frotterait la mâchoire, mal à l'aise, quand il se gratterait derrière l'oreille en fixant un point dans le mur.

Elle savait quand sa jambe droite se remettrait à remuer, impatiente et elle savait qu'il ne la regarderait plus à la fin de sa tirade. Elle anticipait, encore aujourd'hui, tous ses gestes avec justesse.

« Tu comprends ? », Là encore, elle avait su, à l'avance, que son regard azuré se planterait droit dans ses yeux et lui crierait à l'aide, chercherait une parade pour s'échapper de cette discussion. Elle ne s'était pas trompée. Elle le connaissait trop.

« Tu comprends ? », elle ne put que hocher la tête en acquiesçant. Lui demander plus aurait été illusoire. Elle sentait que si elle ouvrait la bouche, sa voix serait cassée, comme éraillée par l'émotion. Elle eut besoin d'un temps pour réussir à chuchoter.

- « Je suis désolée, Ron. Je vais y aller ?

- Ce serait mieux, oui. » Il la fixa un instant. « Je te raccompagne.

- Tu n'es pas obligé. Je connais la sortie.

- Dis-toi que c'est ma façon de te dire au revoir, Mione. »

Elle lui adressa un sourire en coin, un peu désabusé. Il la précéda jusqu'au rideau qui séparait l'arrière-boutique du magasin principal et tint la lourde tenture pour elle. Elle le remercia doucement et ce fut lui qui la suivit jusqu'à la porte d'entrée.

Il passa devant elle pour la lui ouvrir, faisant à nouveau tinter le carillon et l'invita à passer d'une révérence. Elle s'inclina légèrement et passa le pas avant de se retourner. Elle ne put s'empêcher d'embrasser furtivement sa joue en soufflant,

- « Au revoir, Ron.

- Adieu, Mione. »


Verdict ? Des pistes pour les prochains chapitres (en général, hein, pas spécialement par rapport à ce chapitre !) ?