[MaJ Août 2021]
Note de l'auteur : Bonjour à tous ! Aujourd'hui, la grande et majestueuse Narcissa nous fait entrer dans son univers... Vous vous doutez bien que ce ne sera pas tout rose... Vous en saurez plus sur elle, sa vie, son œuvre, ses aspirations... Brèfle... Narcissa vous ouvre sa porte... Enfin... Si vous rentrez dans les bonnes cases !
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Merci à tous ceux qui reviewent !Vos commentaires sont géniaux, je ne m'en lasse pas et j'espère que vous continuerez encore longtemps ! Pour les nouveaux de passages, pareil, n'hésitez pas à partager vos opinions, positives ou non !
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Bonne lecture et à très vite !
Chapitre 23 – Narcissa
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Trois ans à croupir dans cette prison. Trois longues années. Elle avait encore du mal à croire qu'elle était enfin rentrée chez elle. Enfin... Chez elle... Ce n'était plus réellement le cas. Tant de choses avaient changé en trois ans.
Le Manoir, terminé. Par Paracelse [1], Narcissa n'avait pas la moindre idée de ce qu'en avait fait le Ministère et pas plus de moyen de le savoir. Elle était Persona-Non-Grata dans tout le Wiltshire et, comme tous les autres condamnés, portait désormais une Trace à vie.
Ses déplacements autorisés ? De Lulworth Cove, où elle avait été assignée à résidence, au Ministère de la magie où elle s'était vue imposer un Labeur d'Accompagnement à la Réinsertion Diplomatique.
Elle était, en effet, obligée de pointer au Département des Jeux et Sports Magiques du lundi au vendredi. Elle était d'ailleurs horrifiée par cette nouvelle tâche de secrétaire au bureau des Brevets Saugrenus. Elle. Une secrétaire !
Si elle n'avait jamais travaillé de sa vie, c'était autant par choix que par nécessité. Une femme de sa condition avait trop à faire pour s'intéresser à ce genre de trivialités. Elle avait eu une maison à tenir, une réputation à préserver et une famille à entretenir.
Lucius avait le sens des affaires, c'était à lui de travailler. Il avait été éduqué pour cela. Elle, elle avait été formée pour être une maîtresse de maison exemplaire et elle avait tenu ce rôle à la perfection.
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Elle n'avait jamais prévu de se retrouver la cinquantaine passée à devoir travailler, encore qu'elle s'y fût préparée, justement, ces trois dernières années. Non, le pire était indubitablement d'avoir à exercer un métier subalterne dans de telles conditions.
Elle avait immédiatement su que rien ne lui serait épargné. Avec un passif tel que le sien, il était évident que le Magenmagot se réjouirait de la mettre à l'épreuve. Elle avait pressenti qu'ils feraient tout pour lui en faire baver.
Évidemment, elle se retrouvait sous les ordres d'un sang-mêlé. Au moins, on lui avait épargné l'opprobre d'avoir à obéir à un Sang-de-Bourbe. Maigre consolation.
Bien sûr, nul n'ignorait dans le bureau au sein duquel elle évoluait qui elle était. Son employeur – il était hors de question qu'elle l'affuble du statut de patron et encore moins de supérieur – s'en donnait à cœur joie.
Ce vil petit homme trapu et transpirant au sang-impur prenait un malin plaisir à lui faire effectuer les plus basses besognes. Préparer et servir le thé, se fouler le poignet à force de dupliquer des parchemins stupides sur des inventions tout aussi grotesques. Elle se pliait à chacune de ses exigences.
S'il le lui imposait, elle n'avait d'autre choix que de rester des heures debout derrière ce chefaillon de pacotille, sans ciller, notant scrupuleusement toutes les inepties qu'il désirait. Elle encaissait les petites humiliations les unes après les autres. Elle les enregistrait et faisait gonfler l'addition qu'un jour il aurait à payer. Elle n'oubliait rien. Jamais.
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Narcissa restait digne, toujours. La tête haute, les épaules droites. Ne jamais sembler atteinte. Jamais. Chaque jour, elle s'habillait et s'apprêtait, telle la Lady qu'elle était et resterait toujours. Qu'importait son corps amaigri par sa détention, qu'importaient ses cernes, qu'importait cette cicatrice de la guerre qui courait de son oreille à la base de son cou.
Elle commençait enfin à respirer, d'autant mieux désormais qu'elle avait fait entrer la petite Virginia dans son giron. Cette gamine était tellement manipulable ! Déjà, elle se déchargeait sans mal d'un certain nombre de tâches ingrates en les lui déléguant. Bientôt, elle n'aurait plus à bouger le petit doigt et retrouverait sa splendeur d'Antan.
En attendant, elle faisait ce qu'on attendait d'elle. Elle était une Malefoy. Aussi subtile qu'un roseau. S'ils souhaitaient la faire s'assujettir, ils n'y arriveraient pas.
Elle se pliait, s'il le fallait, arquait le dos si nécessaire, mais jamais ne se rompait. Jamais. Elle était un roseau et, forte de sa volonté, elle affrontait les aléas de sa réhabilitation la tête haute, avec patience.
Elle avait quitté la prison depuis à peine un mois. Elle avait le temps de tout reconstruire. Cela ne faisait qu'un mois. Un mois qu'elle réapprenait à vivre au grand jour. Un mois qu'elle avait rejoint le pavillon de bois en haut des falaises. Un mois qu'elle l'évitait, sans faillir.
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Il était l'amour de sa vie, pourtant. Son fils. Son seul fils. Narcissa avait toujours considéré Draco comme une merveille. Il était sa fierté. Il était son orgueil et sa gloire. Il était tout. Elle avait toujours eu de grands projets pour lui.
Elle lui avait tellement transmis. Elle espérait tant pour lui qu'elle n'avait finalement été que peu étonnée qu'il la déçoive autant. Elle aurait dû se douter, pourtant, qu'il était malvenu de placer tant d'espoir en lui, si jeune. Trop jeune, sûrement. Ses aspirations s'étaient écroulées tel un château de cartes.
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Oh, ce qu'elle avait été heureuse lors du procès de Draco, que le sort l'épargne. Il n'avait pas eu à connaître les affres de l'emprisonnement. Il avait gagné au bras de fer contre la fatalité. Elle avait tant prié depuis la disparition de Son Excellence pour qu'il s'en sorte droit dans ses bottes et pour qu'il continue à faire vivre le nom des Malefoy.
Elle n'aurait jamais pu supporter qu'on puisse toucher à un seul cheveu de son fils. Pas après qu'elle ait trahi le Lord Noir pour qu'il vive. Et Draco vivait. Mieux encore, la condamnation dont il avait écopé aurait dû lui permettre d'assurer sa propre sortie et de réhabiliter leur nom.
Son avenir, leur avenir, reposait entièrement sur ses épaules. Narcissa l'avait cru capable de porter ce poids. Elle l'avait éduqué pour. Ils l'avaient éduqué pour, avec Lucius, par la force de leurs convictions. Son vœu avait été exaucé avait-elle cru les premiers temps. Elle ne s'était seulement pas imaginé quel serait le prix à payer en retour.
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Jamais leur fils n'aurait dû tourner le dos à leurs valeurs. Mais elle avait oublié. Elle avait juste oublié que la jeunesse est fragile. Les âmes restent longtemps malléables. Elle n'avait pas pensé que son fils, que sa chair et son sang, se laisserait tellement facilement berner par de beaux discours.
Elle avait négligé le pouvoir que proférait un joli minois. Elle aurait dû se rappeler, pourtant, que l'homme est faible. Elle avait ignoré que Draco ne serait pas exempt de cette concupiscence typiquement masculine et que, face à une belle femme, il vendrait père et mère pour satisfaire à ses désirs. Et cette Granger avait définitivement un joli minois. Dans son genre.
Narcissa ne pouvait nier qu'elle était bien faite. Elle aurait même osé la trouver jolie, si cette gamine avait un jour appris à se tenir comme une femme et non pas comme une enfant aux allures de garçon manqué. Non, Granger n'était pas laide. Simplement indigne.
Elle l'avait déjà entendu parler, sans aucune retenue. Cette fille disait ce qu'elle pensait, sans réfléchir aux conséquences, sans se soucier de ce qu'elle provoquait. Elle l'avait vue pleurer et crier sans raison, sur le quai du Poudlard Express, sauter dans les bras de filles et de garçons en riant bêtement à gorge déployée. Elle n'avait jamais su se tenir.
Oh, Narcissa savait qu'elle était également forte et puissante. Elle l'avait vue se faire torturer par sa sœur. Bella ne lui avait rien épargné, à celle-là.
Pendant ses heures sombres à Azkaban, Narcissa n'avait pu s'empêcher de regretter sa propre inertie. Si elle s'était doutée que son fils s'afficherait un jour à son bras... Si elle avait su qu'il s'enticherait d'elle... Peut-être que, ce jour-là, elle n'aurait pas serré son fils dans ses bras en le voyant frémir face aux tortures qu'endurait Granger.
Oui, peut-être que, si elle avait su que son fils se perdrait dans les bras de cette Sang-de-Bourbe, elle aurait elle-même abrégé les souffrances de cette gamine. Elle en avait déjà tué d'autres pour moins que ça. Peut-être l'aurait-elle fait.
Peut-être, alors, Draco se serait-il endurci. Peut-être aurait-il accepté de se battre, vraiment, aux côtés du Lord. Peut-être aurait-il compris l'importance de la famille, comme l'avait fait le petit Nott. Oh, oui, les parents de Théo, eux, pouvaient être fiers de lui, depuis leur tombeau.
Il n'avait jamais failli.
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Elle en avait voulu au jeune Théo quand, plus d'un an avant que la supercherie de son fils ne soit dévoilée, il lui avait fait part de ses doutes. Des rumeurs étaient nées rapidement à Azkaban, concernant le comportement de son fils.
Narcissa n'y avait pas cru. Elle avait ignoré les bruits de couloirs, les quolibets. Elle avait nié sa trahison. Elle soutenait, inflexible, à ses co-détenus railleurs que jamais il ne se laisserait avoir. Draco avait des convictions et ces convictions ne disparaissaient pas entre les bras de la première pécheresse venue.
Son fils n'avait rien laissé paraître dans ses lettres et, avec la surveillance de leurs correspondances, elle n'avait pu l'interroger frontalement. Elle s'était elle-même bernée, refusant de croire que la chair de sa chair se perdait déjà entre les cuisses de cette garce au sang impur.
Elle n'avait plus jamais accepté Théo à ses côtés quand elle l'avait soupçonné de faire circuler ces rumeurs au sein de la prison. Pourtant, même après qu'il ait été libéré, il avait continué à insister pour la voir. Elle avait fini par céder, s'arrangeant avec Alecto qui, dans la cellule à gauche de la sienne, prenait des cours de perfectionnement à la lecture avec le jeune homme.
Il lui avait ramené ces odieux articles et, comme si les ignominieuses lignes ne suffisaient pas, il fallait de surcroît qu'elles soient accompagnées de photographies on ne peut plus explicites. Narcissa aurait voulu que ce soit faux. Des mensonges, des fadaises, mais Théo lui en avait finalement apporté la preuve ultime, sans joie aucune. La bile lui était montée à la bouche.
A partir de cet instant et jusqu'à sa libération, elle n'avait plus pu nier l'évidence et le jeune Nott s'était montré d'un soutien indéfectible. La sœur Carrow était toujours une imbécile mais elle leur avait été utile. Ce n'était que grâce à elle qu'ils avaient pu si souvent échanger sans être soupçonnés de rien.
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Son fils avait retourné sa veste et elle en avait ressenti une honte sans borne. Lorsqu'elle avait compris qu'elle était honteuse de son propre fils, son cœur s'était brisé en milliers de morceaux plus tranchants les uns que les autres.
Elle avait cherché à comprendre comment il avait pu rejeter tout ce qu'elle lui avait inculqué sans le moindre regret et, progressivement, s'était dit qu'elle aurait dû voir les signes.
Dès que Draco avait commencé à refuser certaines missions, elle aurait dû avoir la puce à l'oreille. Elle aurait dû.
Elle aurait dû comprendre quand elle l'avait vu détruire sa propre chambre, l'année où Dumbledore était mort de la main de Severus. Elle avait mis cet accès de rage sur le compte de la pression qui lui incombait. Peut-être aurait-elle dû y voir d'autres signes.
Elle aurait dû comprendre quand, plus jeune, il avait refusé de reconnaître que cette Granger, justement, qui le supplantait dans toutes les matières, était une Sang-de-Bourbe. C'était Lucius qui était allé à la recherche de la généalogie de cette enfant prodige et qui avait, alors, imposé à Draco de toujours refuser de se laisser distancer par cette moins que rien.
Même avant Poudlard, Narcissa aurait dû savoir. Elle aurait dû savoir que, dès que Draco s'était acoquiné du petit Zabini, il allait renier leur combat et suivrait ce vaurien n'importe où. Il en avait toujours été ainsi. Elle n'avait jamais compris l'amitié de ces deux enfants.
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Ils s'étaient connus au plus jeune âge et, bambins déjà, s'entraînaient mutuellement dans des comportements puérils. Elle avait laissé faire, ne s'imaginant pas qu'ils s'aimeraient autant.
Elle avait approuvé Lucius lorsqu'il avait pris la décision d'affermir l'éducation de Draco. Elle s'était dit qu'il comprendrait ce que son père lui inculquait par la force. Qu'il déduirait, de lui-même, que les bêtises de Blaise étaient la cause principale des châtiments qu'il subissait.
Elle avait cru que, alors, il s'éloignerait de ce gosse qui, déjà, n'était qu'un malandrin. Sa mère passait tout à cet enfant. Blaise n'avait jamais compris les règles. Il ne les acceptait pas et pire, en profitait pour provoquer Lucius.
Lady Zabini lui avait toujours tout laissé passer. Probablement trop préoccupée par son futur époux. Probablement trop concentrée sur son lucratif business de potions. Elle était, certes, douée en affaires et n'avait pas acquis sans raison sa réputation mais Lady Zabini faisait partie de ces femmes qui ruinaient, d'un revers de la main, des siècles et des siècles de Tradition Aristocrate.
Narcissa n'avait jamais apprécié cette femme, étrangère à leur monde. Le problème de ces nouveaux riches était qu'ils s'évertuaient à tenter d'intégrer un monde qui n'était pas le leur et accumulaient les impairs par ignorance. Blaise et sa mère n'étaient pas exempts de cette tare.
Année après année, pourtant, la mère de Draco n'avait pu que constater avec effarement que son fils ne se lassait pas de cet enfant turbulent. Ils n'avaient jamais cessé de se voir, ni même de créer l'anarchie dans leur petit monde.
Narcissa s'était résignée, à l'époque. Il y avait tant d'autres priorités. L'avènement de Son Excellence, notamment. Elle avait laissé faire. Parce qu'elle croyait en son fils. Avant.
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Jamais elle n'aurait imaginé Draco tomber si bas. Les ancêtres Malefoy devaient se retourner dans leurs tombes depuis le début de la liaison de son fils avec cette pauvre fille. Elle ne souhaitait même pas savoir ce que Druella, sa mère, aurait bien pu ressentir si elle était encore en vie. Sirius, son neveu par alliance, avait été sa première déception. Andromeda, sa propre fille, la suivante.
Comment aurait-elle pu digérer une trahison de plus ? Par Salazar ! Sa propre sœur avait déjà tourné le dos à toute sa famille et, désormais, Narcissa devait accepter que son fils en fasse de même ? Non. Il en était tout simplement hors de question ! Qu'Andromeda avait-elle gagné en reniant ses valeurs ?
Vivre comme une moldue ? Enfanter une erreur de la nature ? Devenir veuve avant de fêter son demi-siècle d'existence et perdre sa fille, fut-elle une sorte d'hybride, dans la foulée ? Et maintenant ? Élever un monstre ? Non, son fils ne subirait pas le même sort.
Et Narcissa tuerait quiconque oserait insinuer qu'il était inévitable que son fils dérive, vu la propension qu'avaient eu les Black sur les deux dernières générations, à cracher sur les tombes de leurs aïeux !
Ce ne pouvaient être ses gènes qui avaient amené Draco à suivre le pas d'Andromeda et de Sirius. Le sang de Narcissa n'était pas vicié contrairement à ce qu'osait sous-entendre MacNair. Ce n'était pas possible. Son sang était pur et noble.
Non, elle ne pouvait s'expliquer comment son propre fils acceptait de se plier à une Sang-de-Bourbe, une fille de rien sans condition sociale, acceptant une vie minable, s'amusant à changer les couches de fous mais ce n'était pas sa faute. Ce n'était pas sa faute !
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Elle ne comprenait pas comment Draco pouvait supporter de vivre sans le sous, sans ambition et en redemander mais une chose était sûre, par contre. Elle récupérerait son fils. Tôt au tard. Il reviendrait vers elle quand il comprendrait que cette vie n'était pas la sienne.
Il avait besoin d'exotisme ? De connaître les affres d'une vie de servitude, sans saveur. Qu'il explore et s'y casse les dents. Elle lui pardonnerait, quand il reviendrait. Et il reviendrait.
Déjà, la semaine dernière le Daily Sorcerer affichait en première page l'autre péronnelle. Sur une image de plain-pied, elle semblait quitter trop tendrement le jeune Weasley et nul n'ignorait la relation qu'ils avaient entretenue par le passé.
Son fils ne le supporterait pas. Il ne se laisserait pas rouler dans la fange comme un vulgaire pécore. La réputation de sa famille passait après son besoin d'expérience ? Qu'il en soit ainsi ! Draco n'accepterait pas que sa propre réputation pâtisse de la légèreté des mœurs de cette sotte.
Cette Granger ne connaissait rien de leur monde, de son monde. Rien. Ce n'était pas cette pauvre fille qui annihilerait d'un claquement de doigt dix-huit ans d'une noble éducation, dans le respect des valeurs familiales traditionnelles.
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Narcissa s'était tellement réjouie lorsque son fils s'était mis à fréquenter la cadette Greengrass. Si elle ne s'était pas retenue comme l'imposait son statut, elle en aurait bondi de joie à l'époque. Cette famille était puissante et, indubitablement, de sang noble. Elle les connaissait depuis si longtemps.
Ils n'avaient jamais été inquiétés lors des procès. Le couple, pas plus que les filles, ne s'était à aucun moment impliqué dans la Cause. Ce n'était pas important. Narcissa n'espérait pas que tout le monde soit aussi engagé qu'ils ne l'étaient, Lucius et elle.
La relation entre Draco et Astoria était arrivée à point nommé. Ils étaient parfaits, ensemble. Ils auraient dû être un couple invincible. Ils auraient redoré le blason des Malefoy. Son fils aurait pu rétablir la fortune et la puissance de leur famille en un clin d'œil.
Avec Lucius, ils avaient immédiatement commencé à dérouler leur plan d'action pour le futur. Ils avaient anticipé les difficultés liées à la dot, les discours à tenir, les anecdotes romancées à diffuser sur leur idylle, les étapes à respecter. Ils avaient poussé Draco, dans leurs lettres, à faire perdurer cette relation.
Ils avaient tenté de lui faire comprendre que l'amour viendrait plus tard. Qu'il fallait assurer ses arrières. Que, si jamais il ne se sentait pas amplement satisfait par cette belle brune, il pourrait toujours aller voir ailleurs. Plus tard, lorsque leur engagement aurait été prononcé.
Là avait été leur erreur. Ils n'avaient pas été assez rigoureux. Ils lui avaient laissé entrevoir un autre avenir possible. Les rêves d'amour gâchaient tout. Toujours. Les coups de foudre n'existaient pas, pourtant. Narcissa savait que ce que les gens appelaient 'amour' n'étaient que des fantasmes adolescents.
Les couples se construisaient sur le partage, sur des valeurs communes, sur des principes. C'était leur force, à Lucius et elle. Ils avaient pris le temps, dès que leur union avait été décidée par leurs familles, de bâtir pierre par pierre leur histoire, de faire naître leur attachement. C'est ce qui les rendait indestructibles aujourd'hui.
Un mariage entre Draco et cette magnifique enfant aurait été merveilleux. Narcissa et son époux n'auraient plus eu, alors, à se soucier de rien en sortant de prison. Seulement, il y avait eu cette Granger.
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Narcissa n'avait aucun doute. Tout était de la faute de cette gamine trop effrontée, trop sauvage, trop libre. Elle était intelligente, c'était indéniable. Le jeune Potter n'aurait jamais survécu jusque-là si elle ne l'avait appuyé tout au long de sa scolarité mais, elle était peut-être trop intelligente.
Elle ne savait pas quel jeu jouait cette fille mais elle savait. Granger avait tout calculé pour arriver à ses fins, quelles qu'elles puissent être. Ce fut d'ailleurs ce que Narcissa dit à Lucius quand, probablement abruti par l'isolement, il osa suggérer que cette alliance pouvait servir à leur avenir.
La mère de Draco n'était pas idiote ! Évidemment qu'un lien avec les héros de cette génération leur assurait une meilleure porte de sortie. Bien sûr qu'il ne fallait, en aucun cas, leur déclarer une guerre ouverte mais entre une main tendue et une union charnelle, il y avait un monde.
Elle aurait accepté, facilement, que son fils sympathise avec cette fille, avec Potter ou même qu'il se souvienne subitement du lien de parenté qu'ils avaient avec la famille Weasley. Elle aurait même probablement applaudit des deux mains.
Cependant, jamais elle ne pourrait avaler que son fils se salisse, encore et encore en s'affichant au bras de cette gourgandine. Elle n'accepterait pas plus qu'il partage davantage encore avec... elle. Elle se sentait déjà assez horrifiée de savoir qu'il mélangeait leurs fluides corporels, elle n'imaginait même pas ce qu'elle ressentirait s'il osait mélanger leurs sangs et leurs gênes.
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Draco ne jetterait pas l'opprobre sur les Malefoy comme l'avait fait la petite Parkinson. Il pouvait se perdre entre les cuisses de n'importe quelle fille de petite vertu, ce n'était pas important, tant qu'elle était du bon rang et qu'elle avait le sang pur.
Dans le pire des cas, un homme pouvait toujours nier la paternité d'un bâtard. Il revenait aux mères d'assumer. Toujours. Narcissa serait déçue que son fils se permette un tel écart mais elle s'en relèverait, tant qu'il retrouvait la raison et revenait vers elle.
Mais, que Herpo [2] lui en soit témoin, si Draco, la chair de sa chair, le sang de son sang, s'abaissait un jour à se reproduire avec une Sang-de-Bourbe, avec cette Sang-de-Bourbe, elle n'hésiterait pas un instant à le renier définitivement.
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D'ici-là, elle savait ce qu'elle avait à faire. La marge de manœuvre était étroite mais, elle arriverait à faire retrouver la raison à son fils. Et la première étape était de lui faire entendre sa déception.
Six jours de procès à bâtons rompus avaient été nécessaires pour qu'elle obtienne la grâce du Magenmagot. Comme elle l'avait supposé, Draco était venu assister aux audiences.
Qu'il avait été difficile de l'ignorer totalement ! Elle avait ressenti comme un déchirement. Ce même déchirement qu'elle subissait depuis plus d'un an maintenant. Ce déchirement qui avait commencé lorsqu'elle avait posé ses yeux sur cet article et qui avait enflé encore et encore lorsqu'elle avait pris la décision de couper tout contact, s'empêchant de répondre à ses lettres.
Il restait son fils. Son beau, son magnifique fils, mais elle n'avait pas eu le choix. C'était nécessaire. C'était la règle. Ce qu'ils avaient décidé, Lucius et elle. Pour son propre bien. Il fallait qu'il comprenne qu'il agissait mal. Qu'il la décevait. Qu'il les décevait.
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Prendre cette décision avait autant été un combat qu'une torture. Les Gardabans [3] faisaient tout pour empêcher Narcissa et Lucius de se voir depuis que son époux avait pris la tête du Réseau Clandestin de la prison.
Ils avaient dû ruser, passer par des relais, graisser des pattes avec leurs réserves personnelles de potions abrutissantes mais ils avaient fini par se voir. Et la décision était presque venue d'elle-même, comme une évidence.
Draco avait passé l'âge de recevoir des sorts punitifs. Le temps où Lucius pouvait obliger son fils à étudier en lui jetant un sort de Glu Perpétuelle était révolu. Ce n'était plus un Bloclang ou un sortilège Cuisant qui lui feraient comprendre la portée de ses actes.
Il devait assimiler, de lui-même, que cette indigne liaison serait sa perte. En tant que parents ils l'y aideraient, d'une manière ou d'une autre, mais ils devaient se montrer aussi fermes que subtils dans leur intervention.
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Si Narcissa avait dû se montrer inébranlable pour ignorer les courriers de son fils, elle avait eu à se montrer encore plus forte pour ne pas courir serrer Draco dans ses bras lorsqu'il s'était présenté dans sa salle d'audience.
Éviter ses regards avait été un supplice. Ignorer ses appels avait littéralement crevé son cœur. Mais elle avait tenu bon. Pour elle. Pour Lucius. Pour Draco, surtout.
Depuis, il avait essayé à plusieurs reprises de venir la voir à Lulworth Cove mais, elle avait entravé l'accès de la maison dès qu'elle en avait repris possession. Elle avait pleuré, en apposant les sorts repoussant son propre fils du domicile familial. Elle avait fondu en larmes mais elle n'avait pas d'autre choix.
Il était passé, quelques fois, au Ministère, mais ses cheveux de ce blond si clair, sa stature, toujours aussi princière quoi qu'il arrive, étaient tellement reconnaissables. Il était presque trop aisément repérable. Elle l'évitait et n'avait aucun mérite à esquiver leurs rencontres. Il lui facilitait la tâche.
Verdict ? Que pensez-vous de cette Narcissa ?
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Paracelse [1] : Sorcier célèbre, génie de son temps qui a remis en cause la pensée médiévale. Il aurait découvert le Fourchelang. Paracelse a réellement existé (1493-1541). Médecin, il fait reposer sa pratique sur quatre piliers : la philosophie, l'astronomie, l'alchimie et la vertu du médecin. [source : WikiHP]
Herpo [2] : Herpo l'Infâme est un sorcier grec adepte de Magie Noire qui a découvert le moyen de donner naissance au basilic, ce serpent gigantesque aux puissants pouvoirs maléfiques. Sa capacité à parler Fourchelang lui permet de dresser et d'élever le premier basilic de l'histoire. Herpo est également le premier sorcier à créer un Horcruxe. [source : WikiHP]
Les Gardabans [3] : CQAP – Sorciers gardiens d'Azkaban qui remplacent les Détraqueurs.
