[MaJ Août 2021]

Note de l'auteur : Bonjour, bonjour ! Et nous revoilà avec un nouveau chapitre ! Chapitre qui est un peu une transition... je n'en suis pas folle mais il a le mérite à la fois de faire un bilan et d'ouvrir vers la suite, donc je ne vais pas m'auto-flageller davantage ! Nous retrouvons donc Ginny que nous avions laissée au fond du trou suite à sa fausse-couche et à sa séparation avec Harry... Je vous laisse à votre lecture... Mais avant ça...

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A nouveau, un grand, gros et beau merci aux reviewers ! J'adore vos petits mots qui sont toujours comme de jolis cadeaux à déballer... ça tombe bien, c'est Noël, alors faites-vous plaisir en commentant ! ^-^-

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Bonne lecture, à très vite et je vous souhaite, à tous et à toutes, d'excellentes fêtes de Nowel !


Chapitre 25 – Ginny

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Allongée dans son lit, bras et jambes écartés, les yeux rivés au plafond, Ginny attendait. Elle ne savait pas elle-même ce qu'elle attendait mais elle refusait de bouger tant qu'elle n'avait pas vu un signe. N'importe lequel.

Elle ne savait toujours pas si quitter Harry avait été la pire ou la meilleure décision de sa vie mais elle ne regrettait pas de l'avoir fait. Pas réellement. Elle en avait eu besoin pour s'émanciper de tout ce qu'elle avait vécu.

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Après sa fausse-couche, elle avait passé quasiment deux mois enfermée. Deux mois de souffrance, de pleurs et de rage. Elle avait rejeté tout le monde, tant et si bien qu'à la fin, seuls sa mère et Ron acceptaient encore d'être à ses côtés, de subir ses foudres et de lui tenir tête.

Molly l'avait obligée à reprendre le travail, la menaçant de l'amener à Sainte-Mangouste avant même que novembre n'arrive. Les Médicomages avaient des méthodes particulièrement désagréables pour éradiquer les dépressions. Et il n'était pas question d'un simple petit sort d'euphorie. Elle avait abdiqué et repris l'entraînement.

Elle aurait préféré que ses proches acceptent de lui lancer un tout petit sort d'Oubliette, ne serait-ce que circonscrit à ces trois mois de grossesse mais, ils avaient refusé, à chaque fois. Ils tenaient tous le même discours. Que les épreuves endurées aidaient à avancer et à se construire.

Elle n'était pas d'accord. Elle avait déjà eu son lot d'épreuves. Bien plus que nombre de jeunes femmes de son âge. Expulser cet épisode de sa vie lui aurait semblé salvateur mais personne n'avait souhaité l'aider.

Elle avait bien tenté d'abandonner ses souvenirs dans une Pensine mais elle n'avait fait qu'agrandir le trou béant qu'elle ressentait en elle. Elle ne pouvait rien y faire si ce n'était observer ce vide croître chaque jour un peu plus.

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Elle avait rejoint les Harpies de Holyhead à nouveau à la fin du mois d'octobre et avait recommencé à vivoter. Elle refusait toujours de revoir Harry à ce moment-là et la vie au Terrier était rapidement devenue étouffante. Comme après la mort de Fred, quand cette grande bicoque était si triste, sans toute la vie que ses frères amenaient par leurs simples présences.

A peine quinze jours après avoir repris l'entraînement, elle avait demandé un entretien avec son entraîneur. Depuis qu'elle avait été engagée chez les Harpies, un logement de fonction l'attendait.

Elle l'avait refusé, trop heureuse d'emménager avec Harry à Birmingham mais dans le marasme qui l'engluait alors, elle y avait vu une porte de sortie. Elle avait rapidement intégré le petit village sorcier qui jouxtait Tynypystill Wood, à quelques kilomètres de la ville moldue de Rhayader et son entraîneur s'était montré ravi.

Il avait toujours préféré que ses joueuses restent à proximité les unes des autres. Le meilleur moyen de souder son équipe n'était-il pas d'arriver à faire en sorte qu'elles puissent anticiper leurs actions en toutes circonstances ?

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La presse s'était déchaînée en apprenant son aménagement au Pays de Galles. Harry s'était débrouillé jusque-là pour que les médias ignorent tout de leur séparation et un semblant de dignité semblait avoir retenu les journalistes de se repaître de leur perte dans une surenchère outrancière d'informations plus ou moins galvaudées.

Cependant, à peine avait-elle signé les papiers pour sa petite maisonnette que des dizaines de journalistes envahissaient le village, son stade d'entraînement, et harcelaient ses proches en quête de ragots croustillants. La fin de l'année avait été bien éprouvante.

Peu avant Noël, elle pensait avoir suffisamment pris de recul et avait décidé de revoir Harry dans un lieu neutre pour faire le point sur leur situation. Ils s'étaient retrouvés au Tricktrash, bénissant la discrétion du gérant.

Cette rencontre fut un échec. Comme les quelques autres qui suivirent fin décembre et courant janvier. A chaque fois, elle s'était donné l'impression d'être une de ces femmes fraîchement divorcée qu'elle avait vu dans ces films que Harry l'avait amenée voir.

Ils se montraient gênés, guindés et elle finissait inévitablement en larmes. Elle ne niait pas toujours aimer Harry, bien au contraire mais justement, elle se sentait foudroyée à chaque fois qu'elle le voyait.

Ce sentiment terrible la prenait au ventre et son cœur se serrait sous la douleur. Elle ne pouvait d'ailleurs pas s'empêcher de lier cette sensation dévorante à la perte de leur bébé. Leur bébé. Ce n'était même pas un bébé. A peine un foetus, en fait. Et, par Circé, que c'était douloureux.

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Le plus douloureux était peut-être cette impression de se sentir encore aujourd'hui en faute. Culpabilité, échec, chagrin. Elle n'était qu'une boule de souffrance inconsolable. Elle s'en voulait toujours et ne pouvait s'empêcher de penser que tout était de sa faute. Tout, depuis le début.

C'était elle qui avait pris la décision de se séparer de Harry. C'était son utérus qui était hostile. C'était son corps qui leur avait tant donné de difficulté pour faire un enfant. C'était elle qui avait provoqué le Survivant lors de cette soirée sordide au printemps dernier. Soirée qui, ironiquement, avait déclenché sa grossesse.

Et c'était elle qui avait perdu cet enfant. C'était elle, seulement elle, et par sa faute ils ne pourraient jamais revenir en arrière. Elle était persuadée que, même s'il n'en pipait mot, Harry lui en voulait et lui en voudrait toujours. Elle avait tout gâché.

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Pour oublier, elle naviguait à vue entre potions d'Amnésie et Vodka Trouillhic. Les deux se valaient bien et lui permettaient de s'abrutir quelques heures. Tout lui revenait, de plein fouet, chaque matin au réveil mais elle se contentait de ces quelques instants de quiétude en tête-à-tête avec elle-même le soir.

De toute façon, elle n'avait plus envie de rien. Tout l'ennuyait. Les gens l'ennuyaient, les hommes qui l'abordaient l'ennuyaient, son entraîneur et ses coéquipières l'ennuyaient, aller chez ses parents tous les dimanches, faire le ménage, faire les courses, sortir, manger, boire, ne rien faire. Tout.

Rien n'avait de saveur de toute façon. Juste les potions d'Amnésie et les Vodka Trouillhic. Son seul répit. Son seul vice qu'elle ne partageait même pas, lorsqu'elle rentrait chez elle. Elle savait que ce travers avait un prix.

Elle commençait à le payer et savait qu'elle devrait arrêter, très bientôt. Depuis un peu plus d'un mois, son entraîneur l'avait même reléguée au rang des joueuses de réserve. Elle n'était plus indispensable. Out, la jeune prodige. Elle devait laisser sa place aux femmes plus motivées. A celles qui avaient encore assez de hargne.

Elle arrêterait, un jour mais, d'ici-là, elle se laissait porter. Ses réflexes commençaient déjà à déchanter et elle n'arrivait plus à se concentrer réellement. Si on lui avait demandé son avis, elle se serait virée elle-même de l'équipe mais, non. Tout le monde compatissait. Elle endurait tellement.

Elle n'avait face à elle que des personnes compréhensives, attentives, empathiques. Tout le monde ne voulait que son bien et elle, elle en était excédée. Elle voulait qu'on la mette plus bas que terre, qu'on lui permette de s'enfoncer jusqu'au bout plutôt que de l'obliger à refaire surface.

Elle était dégoûtée. A quoi servait donc d'être une sorcière si elle n'avait aucun moyen de revenir en arrière et ramener son enfant à la vie. Les lois magiques étaient stupides. Tout bonnement stupides.

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Elle savait qu'un jour, elle s'en sortirait. Elle n'était simplement pas prête. Pas déjà. Elle ne voulait pas qu'on la tire vers le haut. Pourquoi personne n'acceptait de la laisser sombrer encore un peu ? Elle ne demandait pas grand-chose. Juste qu'on lui foute la paix. Qu'on la laisse faire son deuil tranquillement.

Ce n'était pas pour rien qu'elle avait arrêté de voir Hermione. La brune relativisait toujours tout. Elle se montrait attentionnée et comprenait ce qu'elle vivait. Ou elle pensait la comprendre.

Elle approuvait sa peine et l'encourageait à aller de l'avant. Hermione était probablement une des personnes qui l'agaçaient le plus, avec sa mère. Finalement, il n'y avait que Ron et George qu'elle supportait désormais.

Elle ne s'en était pas aperçue avant mais, maintenant qu'elle se laissait couler, elle voyait bien que leur aîné jouait au même jeu qu'elle. Elle voyait que, lui aussi, cherchait à toucher le fond. Elle ne s'en réjouissait pas, loin de là. Elle ne pouvait même pas le partager avec lui.

Le partager les aurait amenés à remonter vers le haut et ils ne le voulaient pas. Ni l'un, ni l'autre. Seul Ron semblait le comprendre. Il ne leur lançait pas de regard de pitié. Il ne disait rien. Il ne les forçait pas.

Il les laissait faire, les surveillait et les obligeait parfois à se mettre des limites. Il les protégeait comme il pouvait, de loin, sans trop intervenir. Un jour, elle le remercierait sûrement. Quand elle toucherait le fond et qu'elle commencerait à remonter. Mais pas tout de suite. Tout de suite, elle souhaitait surtout sortir Harry de sa tête.

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Il avait été étonnamment facile de le sortir de sa vie. Il avait finalement accepté qu'elle le rejette sans trop de difficulté. Il avait bien essayé de la convaincre de le laisser revenir, comme il est d'usage de le faire quand on a eu tant de projets avec quelqu'un mais pas tant que ça.

Il avait rapidement respecté son choix. Trop rapidement à son goût. C'était, semble-t-il, tout à son honneur. Les journaux parlaient tous de sa dignité dans cette séparation d'ailleurs. N'était-ce pas ce que sa mère avait toujours dit ? Que Harry était le gendre idéal.

Il était parfait. Parfait en tant que petit-ami de sa fille, parfait en tant que futur époux, parfait en tant qu'homme délaissé par la femme qu'il aimait. Bien sûr, ni sa mère, ni les journalistes ne connaissaient réellement Harry comme elle l'avait connu mais elle-même le trouvait parfait dans son imperfection.

Il retrouvait toujours tellement facilement son panache quand il faisait des erreurs. Elle ne lui en voulait même pas, d'être un héros. C'était ce qu'il était, non ? Un héros. Le Sauveur.

Elle-même n'avait pas le mauvais rôle, sous la plume des journalistes. Elle en avait presque été étonnée. Elle s'était dit qu'elle passerait pour la garce sans cœur, pour l'infâme ou l'in-femme, après ce qu'il s'était passé mais même ces sacrés médias compatissaient à leurs malheurs, sous des tartines de mièvreries.

Ils n'accusaient personne, à part peut-être la fatalité. Les héros sont faits pour être déchus et malheureux. Ils sont censés combattre l'adversité et se relever toujours plus forts. Harry était de cette trempe. Un héros. Il se relevait toujours. Pas elle.

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Oui, il avait été facile de le sortir de sa vie. Trop facile. Pourtant, elle ne pouvait s'empêcher de penser à lui chaque jour. Son homme. Si beau. Si tendre. Si violent. Si tout. Harry était un volcan. Son volcan.

Il l'avait brûlée, engloutie, illuminée. Qu'il était difficile de vivre aussi facilement sans lui. Enfin... Vivre... Survivre. Elle ne faisait que survivre. Et, en ce jour de février, elle en était à ce stade de ses réflexions, à attendre un signe.

Ce foutu signe qui lui indiquerait qu'il était temps. D'avancer ou de s'enfoncer, elle ne savait pas mais il fallait qu'il arrive quelque chose. Elle regardait son plafond blanc si fixement qu'elle en avait mal aux yeux et de petites taches blanches dansaient devant ses yeux.

Dehors, la pluie battait le tambour sur les tuiles du toit et la gouttière en tôle. Une chouette frappa à la vitre.

Ginny cligna rapidement des yeux trois fois, les tâches valsant devant ses yeux, avant de se relever les membres engourdis. La chouette d'Anthony, encore une fois. Elle pointa sa baguette sur la fenêtre et ouvrit le loquet, permettant à l'oiseau de nuit de s'abriter.

Elle ne lut pas la lettre. Ce n'était pas la peine. Elles se ressemblaient toutes. Anthony lui proposait depuis plusieurs semaines de prendre un verre avec lui. Elle refusait poliment, encore et encore, mais il persistait à la courtiser.

Peut-être était-il là, ce signe qu'elle attendait. Peut-être qu'il était temps qu'elle accepte de le voir, d'apprendre à le connaître et, peut-être qu'elle commencerait à oublier Harry.

Harry qui, lui, semblait avoir une vie d'ascète. La presse ne lui prêtait aucune liaison et on ne le voyait quasiment plus au Puffapod's. S'il sortait, ce n'était qu'en groupe. Jamais de tête à tête. D'après la presse.

Il semblait avoir une vie on ne peut plus cadrée. Lorsqu'il devait traiter les affaires courantes liées à ses actions dans la boutique Weasley's, il passait aux heures d'ouvertures et ne s'éternisait jamais.

Il ne venait plus prendre un Whisky Pur Feu chez George pour refaire le monde comme il en avait eu l'habitude. Dans le Londres Sorcier, on le voyait aller de la banque au Ministère, du Ministère à l'orphelinat, de l'orphelinat à Sainte-Mangouste. Rarement plus.

Il se laissait prendre en photos avec tel ou tel grand ponte, discourait çà et là pour la promotion de la Réforme de la Justice Magique, signait des pétitions pour les droits sociaux de diverses créatures magiques, apportait son soutien à des œuvres de charité. Rien d'autre.

La presse se détournait de lui et s'intéressait à d'autres célébrités, au quotidien plus dissolu. Ginny ne pouvait s'empêcher de penser que, si la vie de Harry ressemblait réellement à ce qu'il laissait paraître, il devait incroyablement s'ennuyer.

Il n'avait jamais aimé être un personnage public et les mondanités étaient toujours un supplice. Il était un homme d'action et, bien qu'il en ait trop vécu avec cette guerre, il n'était pas fait pour parader. Il ne pouvait pas se contenter de si peu. Il avait besoin de bouger, de voir du monde, de s'amuser.

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Ginny s'était persuadée ces dernières semaines qu'il avait rencontré quelqu'un. Il était trop discret pour que ce soit honnête. Elle savait comment il fonctionnait. Elle l'avait vécu. Il ne pouvait qu'avoir quelque chose à cacher. Elle le sentait, dans sa chair.

Si Harry avait rencontré quelqu'un, elle ne pouvait pas rester sans rien faire. Il allait l'oublier et refaire sa vie. Elle devait le devancer. Pour une fois. Pour lui faire mal, aussi.

S'il avait mal, il réagirait. Il arrêterait de la protéger et de faire comme s'il ne lui en voulait pas de tout ce qui était arrivé.

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Elle se dirigea vers la salle de bain et décida de se regarder, pour de vrai, dans le miroir en pied accolé à la porte, pour la première fois depuis des mois.

Les yeux fermés, elle ôta un à un ses vêtements. Elle eut besoin d'un certain temps pour se rendre compte des changements survenus sur son corps.

Bien sûr, elle avait remarqué que ses vêtements étaient trop grands mais, elle les avait tellement réajustés à coups de baguette qu'elle n'y avait pas prêté attention.

Elle n'avait jamais été bien épaisse mais, là, à observer ses côtes qui saillaient sous sa peau, elle se trouvait trop maigre.

Son ventre n'avait plus ce petit bombé qu'elle avait adoré ces quelques semaines où elle avait été enceinte. Il était plat et mince.

Elle était stupéfaite par ce creux qui s'était accentué entre ses cuisses. Elle avait beau les serrer l'une contre l'autre, un filet de lumière persistait à passer entre ses jambes.

Ses joues aussi s'étaient creusées et ses yeux étaient tellement cernés qu'ils juraient fortement avec le reste de son visage, si pâle. Oui, elle avait changé. Elle se sentait terne et sans éclat.

Il fallait absolument qu'elle y remédie si elle voulait voir Anthony. Elle avait besoin d'être aussi sûre d'elle que possible et ce ne serait pas le cas tant qu'elle garderait cette vision-là d'elle.

Pas que cet homme ne l'intéressait réellement. Il n'était personne. Juste un fan des Harpies un peu plus assidu que les autres. Mais Anthony était sa porte de sortie.

Il était son signe, le renouveau qu'elle attendait.


Verdict ? Je sais, je sais, ce n'était pas la fête du slip mais, que voulez-vous... Ce n'est pas comme si notre petite Ginny vivait le printemps sous des arcs-en-ciel, entourée de licornes, dernièrement...