Hello à tous, et joyeuse Pâques, ou Pessah, ou Ramadan à tous (tout tombe en même temps cette année). J'espère que l'attente n'a pas été trop longue ! C'est avec plaisir que je vous livre ce chapitre un peu plus long qu'à l'ordinaire.

J'espère qu'il vous plaira et comme d'habitude, petite ambiance musicale dispo sur mon profil.


Chapitre 7 : Echappatoire

La nouvelle de la mort de Lucius Malefoy se répandit comme une traînée de poudre dans l'école. L'article de la Gazette du Sorcier ne rentrait pas dans les détails concernant les circonstances du décès, se contentant de reprendre les grandes étapes de sa vie et surtout, de rappeler à tout le monde que les Malefoy s'étaient retrouvés du côté des perdants après la guerre. Évidemment, le journal ne faisait aucun commentaire sur ses propres actions durant le règne de Voldemort, cette hypocrisie de la part des grandes institutions sorcières dégoutait profondément Hermione, qui se félicitait de ne pas avoir intégré l'une d'entre elles.

Ce manque d'informations avait donné le champ libre aux rumeurs les plus folles chez les élèves : il se serait suicidé en apprenant que son fils travaillait à Poudlard, il aurait été abattu en tentant de s'échapper de l'île ou aurait été victime d'une embuscade de la part de ses codétenus.

Hermione pour sa part ne savait pas trop comment prendre la nouvelle : elle n'avait pas la moindre affection pour le patriarche, mais elle voyait bien que la nouvelle semblait avoir ébranlé les nouvelles convictions de son collègue. Ce dernier fuyait les rassemblements et passait la majeure partie de son temps dans son bureau. Si elle en croyait les brides de conversations qu'elle entendait dans les couloirs, il s'était refermé, il était devenu plus sec et prompt à la punition démesurée.

Elle l'avait laissé tranquille pendant plusieurs jours avant de le recontacter pour leurs leçons. Ils s'approchaient de la fin et l'élève-conducteur semblait avoir pris goût à la conduite. Il se débrouillait de mieux en mieux et pourrait passer l'examen d'ici peu. Elle avait eu une idée qui pourrait l'aider à se changer un peu les idées, mais cela demandait un peu d'organisation à laquelle elle s'attela. Le vendredi matin, elle griffonna simplement sur un parchemin :

« Dernière leçon de conduite demain, prends des affaires pour une nuit et rejoins-moi au portail à 8h tapante. »

D'un coup de baguette, son mot se plia comme un avion et prit la direction des cachots. Le lendemain matin, elle retrouva donc son collègue, qui avait l'air déjà moins fermé que lors de leur prise de tête dans la Tour, mais arborait encore son air impassible et hautain.

« Est-ce que tu peux m'expliquer ce qu'on va faire, Granger ? Pourquoi est-ce que je dois préparer un sac pour aller à Glasgow ? »

« Parce que nous n'allons pas à Glasgow. Que dirais-tu de tenter de rouler sur une autoroute sans limitation de vitesse ? »

Il croisa son regard et leva un sourcil interrogateur. Elle avait piqué son intérêt et Hermione sourit, satisfaite d'avoir une réaction.

« Pour ça, il faut quitter l'Angleterre. Est-ce que tu parlerais allemand à tout hasard ? »

« Je parle cinq langues, dont l'allemand » lui répondit-il sur un ton suffisant.

Son attitude arracha un rire sardonique à Hermione. Évidemment que l'aristocrate était polyglotte.

« J'aurais dû m'en douter, votre majesté »

Le sarcasme avait au moins le mérite de le dérider un peu, ce qui fit plaisir à Hermione. Elle lui tendit sa main pour transplaner au Ministère, où un Portoloin les attendait. Malgré les températures du début du mois de décembre, il ne portait pas de gants et même froides, ses mains laissaient un trainée brûlante sur la peau de la professeur de métamorphose.

Apparaissant au département des transports magiques du Ministère, elle dégagea rapidement sa main et se mit à chercher l'employé en charge des transports européens, en partie pour qu'il ne remarque pas le trouble sur son visage. Elle finit par trouver le guichet correspondant et l'employé lui tendit un vieux seau rouillé en lui indiquant d'une voix distraite que le départ se ferait dans cinq minutes.

Elle partit rejoindre Malefoy et ils attendirent en silence, tenant chacun un bout de la hanse. Quelques secondes après leur départ, ils atterrissaient au ministère de la magie allemand de Berlin. Ils laissèrent le seau tomber par terre et Hermione se dirigea vers la sortie, son collègue sur les talons. Une fois dans les rues agitées de la capitale allemande, ils se dirigèrent vers l'enseigne d'un loueur de voiture, non loin de la gare. Hermione ne prêta pas grande attention à la file de petites voitures présentés à l'avant du bâtiment et se dirigea vers le guichet qui indiquait « Modèles sportifs : Mercedes, BMV, Audi ».

Ne parlant pas la langue, elle avait pris soin de se jeter un sortilège de traduction temporaire et s'adressa donc à l'employé dans sa langue en lui faisant part de sa réservation. L'employé parcourut rapidement le dossier portant son nom et releva soudainement la tête pour prendre un ton obséquieux. Dans de grands gestes, il les invita à se diriger vers une aire de parking adjacente au magasin.

Ils s'arrêtèrent devant une Mercedes noire rutilante qui semblait à peine sortie de l'usine. Visiblement excité, Drago voulut s'avancer du côté conducteur, qui se trouvait désormais à gauche, mais Hermione lui fit signe de s'arrêter. Elle sourit à l'employé qui vérifia le permis d'Hermione et lui confia les clefs en lui souhaitant bonne route. Ils s'installèrent et Hermione enclencha le moteur, tandis que Malefoy affichait une moue boudeuse, semblable à celle d'un enfant auquel on aurait retiré son jouet préféré :

« Arrête de bouder, tu n'as pas encore de permis, donc il faut que la société de location pense que c'est moi qui conduis. »

« Granger qui contourne la loi, ce voyage promet d'être intéressant. »

Après avoir quitté le parking, elle prit la direction de l'autoroute. Peu de temps avant de s'y engager, elle s'arrêta sur le parking d'un supermarché pour laisser sa place à Malefoy. Ce dernier ne se fit pas prier, son visage ressemblait à celui d'un enfant le matin de Noël et lorsqu'il s'assit place du conducteur, il prit quelques instants pour caresser le cuir du volant. Il fit un geste vers la clé de contact mais Hermione l'en empêcha.

« Fais attention, cette petite merveille est beaucoup plus sportive que les modèles que tu as déjà conduits, donc mollo sur la pédale d'accélération. La sécurité avant tout ! Avant de te lancer comme un dingue, tu vas chercher une voiture qui roule vite mais bien, qui ne fait pas de queue de poisson, qui signale ses dépassements et qui roule de manière fluide. Lorsque tu dépasses les 150 km/h, tu te rendras vite compte des vibrations de la voiture. Tes gestes doivent être méticuleux, le moindre faux pas peut nous envoyer dans le décor. Exceptionnellement, je me réserve le droit d'utiliser la magie s'il y a un problème, ou si on se fait contrôler par la police. »

« D'accord, mais on va où ? »

« Suis les indications pour aller vers München. »

La capitale bavaroise était la destination finale, à près de 600 kilomètres. Elle vit Malefoy sourire franchement pour la première fois depuis l'incident de la tour.

« Très bon choix Granger, je sais exactement où on pourra aller dîner à notre arrivée. »

Hermione gifla mentalement la partie de son esprit qui s'imaginait à la table d'un grand restaurant en compagnie du jeune homme. D'un hochement de la tête, elle lui donna l'autorisation de démarrer. Il émit un petit ricanement satisfait en entendant le moteur vrombir. Il avait pris goût à la vitesse et elle avait déjà dû le rappeler à l'ordre sur les routes écossaises.

Il dut cependant se contenir pour sortir de l'agglomération berlinoise, où la vitesse était encore contrôlée. Au bout d'une demi-heure à rouler le long de la banlieue, le panneau tant attendu indiquant la fin de toute limitation, fit son apparition. Elle jeta un coup d'œil rapide vers Malefoy, ses yeux étaient plissés dans une expression à la fois concentrée et extatique. Ses lèvres fendues par son éternelle sourire en coin, il ne lâchait pas la route des yeux à mesure qu'il accélérait.

100 km/h, 120km/h, 130km/h. Elle commençait à sentir la voiture s'élancer. 140 km/h, Malefoy dépassa avec aisance un utilitaire qui semblait plein à craquer. 150 km/h, 160 km/h, il avait repéré une voiture qu'il pouvait suivre et s'y employait tout en restant à une distance de sécurité raisonnable.

170 km/h, Drago semblait se détendre à mesure qu'il se sentait de plus en plus à l'aise avec la vitesse, son sourire en coin s'étira dans une moue extatique.

180 km/h, le paysage semblait de plus en plus flou, Hermione sentait qu'elle était plaquée à son siège tandis que le rire exalté de Drago résonnait dans tout le l'habitacle. Hermione se perdit un instant dans la contemplation de ses mains sur le volant. Elles étaient fines et longues, avait-il fait du piano ? Pendant un instant, elle se surprit à se demander ce que ses mains pourraient faire sur son corps mais elle se reprit bien vite. Ils s'élançaient à pleine vitesse sur l'autoroute, ce n'était pas le moment de laisser son cerveau dérivé vers des pensées grivoises.

Arrivée au niveau de Bayreuth, Hermione lui proposa de s'arrêter pour faire une pause et manger quelque chose. Alors qu'ils dégustaient un sandwich en triangle dans une station-service, Drago ne semblait plus pouvoir se taire sur les sensations de la vitesse, les comparant avec celles qu'on pouvait ressentir sur un balai de course. Hermione l'écoutait simplement, un sourire sur le visage. Il semblait aller mieux et elle était heureuse de retrouver son … son quoi d'ailleurs ? Son ami ? Son collègue ?

« Merci pour cette expérience, Granger. La semaine passée a été … difficile. »

« Est-ce que tu veux en parler ? » demanda-t-elle, hésitante.

Le sourire de Drago diminua un peu et elle entendit un petit soupir sortir de sa bouche :

« J'ai du mal à savoir ce que je ressens. Évidemment, c'était mon père et pendant mon enfance nous étions proches. Mais dès que sa Marque a commencé à devenir de plus en plus apparente, il a complètement changé. Il est devenu froid, tendu et quand Potter est ressorti de ce foutu labyrinthe en s'accrochant au corps de Cédric comme si sa vie en dépendait, j'étais horrifié. Je savais bien que le temps de l'innocence était terminé pour l'intégralité de la communauté, mais pour moi ce changement avait un impact encore plus important. »

Il s'arrêta un moment, sondant Hermione du regard, cherchant une quelconque trace de gêne. Ils avaient toujours évité ces sujets, mais Hermione hocha la tête en lui adressant un sourire d'encouragement, sans piper mot.

« Potter savait ce qu'il avait à faire, il savait de quel côté il était, aucune hésitation à avoir. Pour moi, c'était différent, j'avais été élevé dans l'idée que la magie noire n'était pas quelque chose dont je devais me méfier, mais plutôt une carte de plus dans mon jeu. D'une certaine manière, je le pense encore même si j'ai revu ma position sur l'idée que la fin justifie toujours les moyens. Je savais que mon père s'engagerait à nouveau dans la cause du Seigneur des Ténèbres et maintenant, du haut de mes quatorze ans, je devais faire un choix. J'ai passé ma cinquième année à ruminer ce choix cornélien. Tu te rappelles quand j'ai fait remarquer à Potter la présence du chien sur le quai de la gare ? Vous avez interprété ça comme une menace, mais pour moi c'était une manière de tenter de sauver un membre de ma famille. Je ne savais toujours pas si je voulais complètement me vouer à la cause du « Maître » comme l'appelait désormais mon père. J'étais le descendant des deux familles les plus proches de Lui, mais je savais que chez les Black, l'allégeance n'était pas universellement partagée par tous les membres de la famille. Je connaissais l'existence de ma tante Andromeda et je savais de quel côté était Sirius. Même mon grand-père paternel n'était pas enchanté par les fréquentations de son fils, considérant qu'un Malefoy n'avait d'allégeance qu'envers sa famille. Cette cause semblait si honorable pour les Sang-Purs conservateurs, dont je faisais partie mais une autre voie était possible. Finalement, mon père a été assez stupide pour se faire arrêter et le choix que j'avais retardé pendant des mois s'est imposé à moi, par sa faute. »

Il s'arrêta un instant pour prendre sa tête dans ses mains, il semblait de plus en plus perturbé par sa propre honnêteté. Hermione resta silencieuse, elle craignait de briser ce moment irréel où Drago Malefoy s'ouvrait à quelqu'un en le coupant. Pour en avoir connu beaucoup pendant la guerre, elle savait que faire son deuil impliquait de parler de sa relation avec le défunt. De toute façon les émotions réprimées allaient refaire surface, tôt ou tard et c'était rarement joli.

« Ma mère était complètement détruite. Elle avait perdu son mari, sa réputation et il y avait de fortes chances qu'elle perde son fils unique ainsi que sa propre vie. Quand Rogue m'a parlé du Serment qu'elle et ma tante lui avaient imposé, j'ai compris le degré de détresse de ma mère. Être confronté à la forte probabilité de ma mort était en soit terrifiant, mais l'idée que ma mère pourrait subir les conséquences de mon échec m'était intolérable. En haut de la Tour, quand Dumbledore m'a proposé de nous protéger, ma mère et moi, j'étais sur le point d'accepter… et tout s'est précipité. Je n'ai pas tué Albus Dumbledore moi-même, mais je me suis toujours considéré comme responsable. »

Hermione se rendit compte qu'il ne connaissait pas l'état de santé du directeur au moment de sa mort, qu'il était condamné et qu'il avait préparé sa mort avec Rogue, justement pour lui éviter ces souffrances. L'âme de Drago était restée entière mais cette épreuve semblait l'avoir ébranlé au point d'inciter un changement profond dans ses valeurs.

« Dumbledore serait mort quoi qu'il arrive, il était condamné. »

Bien qu'ils soient en extérieur, la voix d'Hermione sembla résonner dans l'espace qui les séparait. Le jeune homme, qui regardait partout sauf dans ses yeux pendant tout son récit, finit par croiser son regard. Son expression semblait être un mélange de surprise et de compréhension soudaine mêlé à une forme de soulagement. Il n'avait jamais eu l'air aussi bouleversé.

« Je ne savais pas tout ça, mais ce qui est fait est fait. Après sa mort, mon univers qui ne tenait déjà qu'à un fil s'est complètement effondré. Le manoir qui avait été le théâtre de mes jeux d'enfants était désormais l'antre du Seigneur des Ténèbres et ma famille était constamment tournée en ridicule. Je pensais trouver un certain répit en retournant à Poudlard, mais les Carrow faisaient régner la terreur. J'avais beau faire partie des privilégiés du régime, j'avais en horreur la vie au château. Quand vous avez été amené au Manoir, je vous ai immédiatement reconnu. Si je vous dénonçais, je savais que ma famille serait récompensée et que notre rang serait restauré, mais je savais aussi que s'il mettait la main sur vous, ce serait la fin de tout espoir de paix. J'avais fini par comprendre que ses prétentions de créer une société où les Sang-Purs domineraient était un mensonge. Le seul et unique maître, ce serait Lui. Alors pour la première fois de ma vie, j'ai fait preuve de courage. Je pensais vous sauver en vous faisant gagner du temps et d'une certaine manière ça a été le cas, mais jamais je n'aurais pensé que ma tante déverserait sa rage sur toi. »

Ses yeux s'étaient mis à briller et son expression se fit douloureuse, comme s'il revoyait la scène dans sa tête. Instinctivement, Hermione toucha son bras où l'on pouvait encore apercevoir les traces du Sang-de-Bourbe, gravé à jamais dans sa chair.

« Mon cerveau me hurlait de faire quelque chose, j'avais déjà assisté et participé à des choses innommables, mais jamais sur quelqu'un d'aussi jeune et surtout sur quelqu'un que je connaissais. Quand j'ai croisé le regard de mon père, j'ai compris qu'il n'avait plus aucun contrôle, plus aucun pouvoir, plus aucune fierté. Les leçons de mon grand-père résonnaient dans mon esprit : « un Malefoy n'a comme arme que son nom et tout ce qui s'y rattache ». En la personne de mon père, le nom de Malefoy ne signifiait plus rien. La prestance, la fierté, la noblesse, tout avait disparu pour laisser place à un homme brisé. Si mon nom a encore une quelconque importance aujourd'hui, ce n'est ni grâce à lui ni grâce à moi, mais grâce à ma mère, qui n'est pourtant pas une Malefoy de naissance. Ironique que la fin du Seigneur des Ténèbres ait été accélérée une Black, la famille qui se considérait comme l'incarnation de la pureté du sang. »

Il émit un petit rire sans joie tout en se massant l'arête du nez.

« Mon père a été condamné, ma mère et moi avons été sauvés par vos témoignages à Potter et toi mais il s'en est fallu de peu. Lorsqu'elle a été acquittée, ma mère est partie pour la France y retrouver des cousins éloignés, mais elle a toujours gardé contact avec moi et elle est souvent venu me voir au Japon. Mon père quant à lui… Ses lettres étaient emplies de ressentiment et de haine. Pour lui, la défaite de Voldemort n'avait pas altéré ses positions sur les moldus et les nés-moldus. Il n'avait toujours pas ouvert les yeux et il nous en voulait, à Mère et moi. Nous étions libres et nous embrassions une vision beaucoup trop tolérante à son goût, même si ma mère a toujours des idéaux plutôt conservateurs, elle ne voit plus les nés-moldus comme inférieurs. Je ne suis allé le voir qu'une fois à Azkaban, juste avant de quitter le pays et nos échanges furent emplis d'un ressentiment mutuel. Petit à petit, les lettres ont cessé, jusqu'à la semaine dernière. Quand j'ai vu le seau d'Azkaban, je pensais y trouver une lettre incendiaire concernant mon nouveau poste à Poudlard. Au lieu de ça, j'ai découvert une lettre standard annonçant son décès ainsi qu'une convocation au département de la justice magique pour le lundi suivant. Il a été empoisonné, les Aurors cherchent encore la personne qui a fourni le produit. Un ancien Mangemort zélé a réussi à empoisonner son repas. D'après ce qui est ressorti de son interrogatoire, il voulait venger la trahison des Malefoy et comme ma mère est inatteignable, c'est mon père qui a été tué. »

Hermione plaqua sa main sur sa bouche, une expression d'horreur sur le visage. Malefoy s'était tut et Hermione avait le sentiment qu'il n'en dirait pas plus, c'était déjà un miracle qu'il se soit autant confié. Il semblait lui-même surpris de s'être autant livré et Hermione se demandait s'il avait déjà eu une conversation aussi ouverte sur ses sentiments avec quiconque. Dans ses yeux toujours brillants, elle vit couler une unique larme que Malefoy ne sembla pas remarquer. Mue par un élan d'empathie, elle le prit dans ses bras, faisant beaucoup d'efforts pour mettre de côté ses frissons qui s'intensifièrent lorsqu'il resserra son étreinte sur elle.

oOo

Le silence accompagna le reste du trajet. Hermione gardait les yeux fixés sur la route et ressassait tout ce que Drago lui avait dit. Les paysages défilaient mais elle n'y prêtait aucune attention. L'idée que quelqu'un – probablement un Mangemort en cavale – soit prêt à tout pour exercer sa vengeance la transit d'effroi. Elle pensait naïvement que la fin de Voldemort signifiait la fin de la terreur. Elle pensait que tous les Mangemorts étaient morts ou en prison. Son inquiétude pour Harry redoubla soudainement, avec son travail il était en première ligne, s'ils arrivaient à s'en prendre à un des leurs en prison, que feraient-ils à Harry s'ils mettaient la main sur lui ?! Elle tenta de se rassurer en se rappelant les innombrables protections qui entouraient la maison des Potter ainsi que les excellentes capacités magiques de son meilleur ami. Elle ne reprit contact avec la réalité qu'aux abords de l'agglomération munichoise, quand elle sentit la voiture ralentir.

Elle indiqua à Malefoy le chemin au cœur du centre historique. Il faisait déjà nuit mais les lumières que la ville installait pour les fêtes de fin d'année étaient magnifiques. La ville était en ébullition et des foules denses remplissaient les rues du centre. Hermione lui indiqua le chemin de la succursale munichoise du loueur de voitures pour rendre le véhicule. Lorsqu'il fut le moment de rendre le volant à Hermione, elle remarqua l'expression déçue de Malefoy.

Elle leur avait loué deux chambres dans un hôtel moldu non loin du centre et ils se frayèrent un chemin parmi les foules de touristes. Une fois seule dans sa chambre, Hermione soupira longuement en s'affaissant sur le lit. Cette journée avait été beaucoup plus riche en émotions qu'elle n'avait anticipé. Elle était encore en train de digérer les confessions de son collègue, mais ces dernières avaient au moins le mérite d'éclairer un peu les changements dans la personnalité du Serpentard.

Libéré de l'emprise de son père et - dans une certaine mesure – du poids attaché à son nom de famille, il pouvait désormais explorer qui il était vraiment. Elle appréciait de plus en plus sa compagnie, même si beaucoup de ces nouveaux aspects de sa personnalité l'étonnaient toujours autant.

Elle continua à ruminer ses réflexions tandis qu'elle se glissait sous la douche et elle en était toujours à penser au blond quand elle remit ses vêtements. En sortant du bâtiment, elle suivit Drago dans la foule. Il semblait bien connaître la ville et finit par s'arrêter devant une église, dans une ruelle adjacente à la Marienplatz, qui semblait fermée pour travaux. Elle jeta un regard interrogateur au Serpentard qui lui répondit par un sourire complice avant d'entrer dans l'édifice sacrée.

Derrière la porte, point d'autel ou de bancs pour accueillir des fidèles mais une rue ressemblant au Chemin de Traverse. Malgré l'heure tardive, de nombreuses personnes flânaient devant les boutiques.

Ils s'arrêtèrent devant une auberge bruyante d'où s'échappait des mélodies folkloriques. Lorsque la tenancière s'aperçut de leur entrée, elle lâcha un cri de surprise et se précipita sur eux. Sans prêter grande attention à Hermione, elle serra Malefoy dans ses bras et se mit à parler dans un allemand rapide teinté d'un fort accent bavarois auquel Hermione – dont le sort de traduction s'était atténué – ne comprenait absolument rien. Drago lui répondit dans sa langue et Hermione comprit le mot reise (voyage) et les villes de Berlin et Munich. La matrone finit par se tourner vers Hermione et lui adresser un sourire chaleureux avant de leur faire signe de la suivre.

La décoration donnait à l'endroit des airs de taverne tout droit sortie d'un univers de fantaisie médiévale et se sentiment n'était que renforcé par les clients : Hermione aperçu une grande tablé de gobelins mélangés à des sorciers vêtus de la tenue traditionnelle bavaroise. Leurs rires gras et leur rythme de paroles attestaient de leur état d'ébriété avancé, confirmé par les immenses choppes à moitié vides qui trônaient sur la table.

Les deux Anglais s'installèrent dans un recoin de la salle de pierre et la tenancière revint quelques instants plus tard avec des choppes similaires à celle de la grande tablée. Le blond se mit à rire devant l'air surpris d'Hermione :

« C'est une tradition locale, Granger ! Ne fais pas cette tête, je lui ai demandé de te servir une bière light, sinon tu risquerais de te retrouver dans le même état qu'après tes soirées aux Trois Balais en un seul verre. »

« Tu n'étais pas obligé » répondit-elle, les joues rosies par l'attention de son collègue mais également par le souvenir de leur conversation dans les couloirs de Poudlard.

« C'est ma façon te remercier pour ce voyage et aussi de m'avoir écouté, il est très rare que je me sente assez en confiance pour faire ça. »

En guise de réponse, Hermione hocha la tête et lui offrit un sourire timide.

« Maintenant que je t'ai dévoilé une partie de moi que je me montre qu'à peu de gens, tu ne crois pas qu'il serait temps de passer aux prénoms ? »

« Je vais essayer, mais je ne te promets rien, Drago. »

Il lui décrocha son meilleur sourire en coin avant de soulever sa choppe :

« À ta santé, Hermione. »


J'espère que cette immersion dans la psyché de Drago vous aura plus. Mais que lui arrive-t-il décidémment ? C'est là que l'utilisation du PDV d'Hermione devient plus difficile parce que sa confession semble quand même étrange pour lui, mais vous inquiétez pas, vous aurez des réponses… un jour héhé. Les PDV Drago c'est pas pour tout de suite, mais j'espère tout de même que ce petit road-trip vous aura plus. Évidemment l'éloignement joue un rôle important dans le fait que Drago s'ouvre, loin de toutes leurs connaissances. Et des anciens Mangemorts qui font du grabuge, quand est ce que les sorciers seront tranquilles ?!

Je vous dis à dans deux semaines pour soit un chapitre très long, soit un plus petit (j'ai pas encore décidé si je scindais ce prochain chapitre en 2)