[MàJ Août 2021]

Note de l'autrice : Bonjour à tou•te•s ! Brrrrr... ça sent l'roussi du côté de Blaise, non ?! Mais comme il nous a (ré)conforter vis-à-vis de la situation de Draco, intéressons-nous maintenant au point de vue du blondinet... C'est pas tout ça mais, c't'histoire a quand même quelque peu changé son quotidien ! Voyons voir ça de plus près !

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Avant de passer à la suite, je vous remercie, encore et toujours pour vos reviews. C'est toujours un plaisir de lire vos messages, vos commentaires, vos critiques. N'arrêtez pas! ^^

Pour les p'tites RàR anonymes (Brenda, MMalfoy 34), rendez-vous ici : https (deux points slash slash) www (point) fanfiction (point) net (slash) topic (slash) 237726 (slash) 186030960 (slash) 1 (slash dièse) 186030960

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Bonne lecture !

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Chapitre 59 – Draco

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Draco étendit son bras en travers du matelas et ne rencontrant que le froid, ouvrit rapidement les yeux. Vide. Il sentit son cœur se serrer comme trop souvent ces deux derniers mois. C'était devenu une habitude. Se réveiller seul, écrasé par la solitude, avoir froid, malgré la chaleur étouffante de ce début juillet. Chaque jour ressemblait au précédent.

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Ce n'était que vers la fin du mois d'avril qu'il était sorti de l'hôpital. Isolé par sa quarantaine depuis une quinzaine de jours, tributaire d'une tutelle mise en place par le Magenmagot. Personne ne l'attendait à la sortie.

Il était passé par la petite porte, plus seul que jamais, encore un peu désorienté par tout ce qui s'était écoulé depuis un mois. Il avait toujours quelques difficultés à raccrocher tous les morceaux. Il se souvenait de tout ce qu'il avait ressenti sous l'effet du filtre qui coulait dans ses veines, cette passion qui le dévorait de l'intérieur au point de le faire souffrir mais il se rappelait beaucoup moins de ce qu'il avait pu dire aux uns et aux autres.

Il savait qu'il avait perdu tout contrôle, laissant sa bouche cracher tout ce qui lui passait à l'esprit, comme si son cerveau reptilien avait repris le dessus. Les concepts de morale et de bienséance, ses valeurs, son éducation, son sens des conventions, tout était passé à la trappe en un claquement de doigts.

Les mots s'étaient échappés en un flot intarissable, dépassant sa pensée, écrasant tout et tout le monde sur son passage. Seule Astoria passait entre les mailles du filet, heureux objet de sa factice affection.

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Quand il avait su qu'il pouvait sortir de Sainte-Mangouste et rejoindre son domicile, il n'avait pas réellement eu envie de se rappeler. Se rappeler signifiait prendre réellement conscience de tout ce qu'il avait dit et il était déjà assez difficile comme ça d'imaginer ce qu'il avait pu se passer durant ces quelques semaines.

Au cours de son hospitalisation, pris dans sa folie, à mi-chemin entre le désespoir intense et la rage extrême d'être enfermé loin d'Astoria, seule femme qui occupait alors ses pensées, il s'était enfoncé les ongles dans la peau jusqu'au sang certains jours.

Il avait cogné dans les murs et s'était brisé plusieurs fois les os de la main droite. Leurs reconstructions avait été une torture. Il s'en fichait. Trop régulièrement, il avait laissé sa magie exploser dans la chambre, hors de contrôle, et s'était reçu du verre en plein visage, brisant même, un jour, une fenêtre, par la seule force de sa colère.

Ce poison l'avait annihilé, complètement. Il ne voulait pas s'en rappeler pour ne pas penser à ce qui aurait pu se passer s'il n'avait pas été amené de force à l'hôpital par Blaise. Draco n'ignorait pas qu'il n'avait pas hésité une seconde à blesser son ami le plus proche et il était persuadé qu'il n'aurait suffi que de quelques jours supplémentaires pour qu'il tue quelqu'un.

L'emprise du poison était si forte qu'un seul regard d'un autre homme sur Astoria le rendait fou de rage. Il n'était plus lui-même, complètement harassé par le filtre qui avait été concocté à son égard et il haïssait ce dont il se souvenait, par flashs. Ce qu'il avait fait, ce qu'il avait dit, ce qu'il ressentait.

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Quand il était sorti de l'hôpital, un mercredi en fin de matinée, Draco était rentré chez lui espérant, autant qu'il le redoutait, y trouver Hermione. Il ne savait pas réellement ce qu'il souhaitait. Il n'avait pas la moindre idée de ce qu'il devait lui dire ou faire pour qu'ils puissent laisser cet épisode malheureux derrière eux.

Il s'était passé tant d'événements en si peu de temps ! Il ne se souvenait pas du déroulé exact. Tout était arrivé insidieusement, sans qu'il ne s'en aperçoive. Presque naturellement. Il ne savait plus quand tout avait commencé.

Il avait l'impression qu'il s'était levé un jour en se disant qu'il n'aimait plus Hermione et, comme la vie était bien faite, Astoria était dans les parages et s'était mise à être de plus en plus présente. Il en gardait un souvenir de perfection absolu.

Les premiers temps, il avait trouvé étrange de perdre son amour pour Hermione mais il ne s'en était pas formalisé. Il se sentait bizarre parce qu'il l'aimait encore parfois, le matin surtout, mais plus du tout le soir venu. Plus du tout quand il avait eu l'occasion de passer un moment avec Astoria, en tout cas.

De ces soirs-là, il se souvenait de cette sensation de coup de foudre pour la cadette Greengrass autant que de son dégoût pour Hermione. Parfois, sa conscience tentait de lui rappeler qu'il se fourvoyait, qu'il n'aimait pas la jeune aristocrate mais, comme elle était là, il la voyait, il avalait une nouvelle gorgée de thé, et il était à nouveau frappé en plein cœur.

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Draco avait raconté tout ce qu'il avait pu aux Aurors, dans les moindres détails, sans fard et sans complexe mais ils étaient restés dubitatifs. Il ne se souvenait finalement que de peu de choses.

- « Il arrive souvent de recréer les événements, Mr Malefoy. Vous manquez d'objectivité ! »

- « Ce n'est pas parce que l'amour éperdu créé s'est porté sur Miss Greengrass qu'elle est votre empoisonneuse ! »

- « C'est une loterie, Mr Malefoy, rien de plus ! Et puis, nous n'avons aucune preuve circonstancielle contre elle ! »

- « Vous savez aussi bien que moi qu'elle n'est pas venue vous apporter le poison à l'hôpital ! Personne ne l'y a vu! Et pourtant, pendant plusieurs jours vous avez continué à absorber ce filtre dans ces murs ! »

Draco les avait écoutés, ravalant ses remarques acerbes. Il savait qu'elle était responsable. Il ne pouvait en être autrement. Elle voulait simplement lui gâcher la vie et y avait réussi. Tout comme elle avait détruit l'avenir de Miss Jenny Moore, une jeune apprentie en Médicomagie qui, sous Imperium, avait fourni le poison au blond pendant son hospitalisation.

Sa jeune collègue venait de rejoindre une cellule à Azkaban et Astoria passait à travers les mailles du filet. Encore une fois. À chaque fois. Elle était vraiment plus douée que ce qu'il n'avait jamais pu soupçonner.

A part Draco, et peut-être Blaise, rien ni personne ne l'accusait. Aucun témoin ne l'avait vue ensorceler son thé, l'analyse de sa baguette n'avait rien donné et elle continuait à montrer patte blanche, exhibant des sourires contrits.

Rien ne permettait de prouver que Jenny était sous Imperium et Astoria, elle, s'amusait à se faire plaindre dans tous les journaux du pays ! Elle avait poussé le vice jusqu'à déposer plainte à la Brigade de Police Magique pour la nuisance personnelle subie !

Elle s'en sortait la tête haute, elle, la princesse bafouée et doublement abusée par l'homme qu'elle aimait depuis toujours mais qui n'avait fait que la trahir, d'abord en s'acoquinant avec le Mage Noir des années en amont puis en la trompant avec une femme d'un rang inférieur et enfin, en lui faisant miroiter un mariage magique pour à nouveau la fourvoyer !

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Quand Esther avait tenté d'avertir Draco sur les ragots diffusés dans la presse, avant qu'il ne sorte de l'hôpital, il ne n'avait pas écouté, refusant de croire que de telles salades aient pu être gobées par quiconque.

Pourtant, il n'avait pu qu'en faire l'amère constatation lorsqu'il était rentré chez lui. Dans son appartement, trop vide et trop silencieux, Draco était tout de suite tombé sur une haute pile de journaux qui s'entassaient sur le comptoir de la cuisine.

Il les avait parcourus et la bile lui était montée à la bouche. Astoria avait droit à du soutien et de l'affection et lui, personne ne le plaignait. Au contraire. Il n'avait, semblait-il, que ce qu'il méritait et pas une âme n'était prête à compatir pour lui.

Il n'avait pas eu le courage de tout lire, trop affligé par la teneur des articles auxquels il était confronté. D'un geste rageur, il avait balayé les journaux du comptoir, les envoyant valser sur le plancher.

Il s'était dirigé vers la chambre et y avait trouvé le lit parfaitement bordé, au carré. Hermione laissait toujours le lit défait quand elle se levait le matin. Elle n'avait pas dû y dormir depuis des lustres, ce dont il eut la confirmation en retournant au salon.

Une couverture était roulée en boule sur le canapé et un oreiller prenait une forme bizarrement étranglée. La vaisselle s'entassait dans l'évier et placards et frigo étaient quasiment vides. La pièce était triste, sans vie, malgré les rayons du soleil qui perçaient la baie vitrée.

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Secouant la tête comme pour se réveiller d'un cauchemar, écœuré par l'amer constat de sa situation, il avait envoyé une chouette à Blaise mais, elle était revenue sans réponse. Draco ne s'en étonnait même pas. Il avait anticipé que le métis resterait en retrait.

Il ne pouvait pas lui en vouloir d'avoir eu besoin de temps. Draco l'avait attaqué, le blessant aussi bien physiquement que moralement. Le pire était probablement qu'il ne se souvenait que vaguement de ce qu'il s'était passé.

Ils s'étaient battus et le blond avait craché sur le métis, le traitant de monstre, d'erreur de la nature, utilisant les mêmes mots que leurs mères. Des mots abjects et insultants. Il en était horrifié. Il ne le pensait pas. Ne l'avait jamais pensé.

Blaise savait que ce n'était qu'un effet secondaire à l'empoisonnement mais, ça n'allégeait pas réellement la peine qu'il avait ressentie. Draco avait touché pour faire mal, il avait réussi et ils n'étaient dupes ni l'un ni l'autre, cet épisode avait porté un coup à leur amitié.

Depuis, ils avaient fini par retrouver un équilibre mais il restait encore un peu précaire. La situation avait été plus compliquée avec Hermione. Les blessures étaient plus profondes, la déception plus intense.

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Ne sachant comment s'y prendre, ni à quoi s'attendre à sa sortie de Sainte-Mangouste, Draco avait passé l'après-midi à redonner de la vie à leur appartement. Comme si cela pouvait suffire à leur permettre de repartir sur de bonnes bases, sans fantôme pour les hanter.

La brune était rentrée tard. Il était peut-être vingt-deux heures quand il avait entendu le son de sa clé tourner dans la serrure. Il s'était senti si bien en rencontrant son visage surpris. Toute la pression qu'il ressentait depuis qu'il reprenait le contrôle de lui-même, qui n'avait fait que gonfler jusqu'à ce moment précis, se relâchait enfin.

Elle s'était appuyée contre la porte, comme sous le choc, absolument pas préparée à le revoir et avait laissé son sac tomber bruyamment au sol. Il avait ressenti le besoin de la serrer contre lui, de sentir son corps l'épouser et il s'était rapproché à pas rapides.

Il l'avait embrassée à en perdre haleine et elle s'était accrochée à sa chemise comme à une bouée de sauvetage, dans un baiser presque trop violent, trop empressé. Sans abandonner sa bouche, il avait pris son visage en coupe et elle avait rapproché leur corps étroitement.

Ils avaient eu besoin de respirer et, éloignant son visage, Draco lui avait souri, presque rassuré. Il n'était alors tombé que sur des larmes qui commençaient à s'échapper des yeux trop brillants de Hermione.

Il lui avait chuchoté de ne pas pleurer, embrassant ses joues et les pleurs de la brune avaient redoublé. Elle l'avait repoussé et s'était réfugiée sur le canapé où il l'avait rejoint et tout avait dérapé.

Elle avait séché ses pleurs et avait eu besoin de lui dire. Tout ce qu'elle avait ressenti. Ce qu'elle avait vécu. La souffrance qui l'étreignait depuis plus d'un mois, depuis qu'il avait arrêté de la regarder pour en choisir une autre.

Elle savait qu'il n'était pas totalement fautif. Qu'il n'avait pas voulu être empoisonné. Elle ne pouvait pas s'empêcher pour autant de le voir entre les bras de l'autre. Elle s'était vue rejetée, insultée et, si cela n'avait pas suffi, elle en avait eu un aperçu en images.

Il y avait d'abord eu les différents articles qui s'étaient enchaînés dans la presse et, surtout, un mystérieux correspondant qui s'était amusé à lui laisser de grandes enveloppes blanches, serties d'un sceau à l'effigie d'une hirondelle, laissant ces courriers à son travail ou à la PapyruScribere.

A chaque fois, les photographies contenues étaient plus explicites. Draco et Astoria se croisaient ici ou là. Se souriaient. Flirtaient. Se volaient un baiser. Enlaçaient leurs mains. Mais ce n'était pas le pire. Non, le pire, elle l'avait subi avec les images animées qui retraçaient leurs quelques jours de fugue.

Elle aurait préféré ignorer ce qu'il s'était passé. Elle avait refusé d'envisager cette possibilité avant de le voir de ses propres yeux. Il ne pouvait pas s'être perdu dans des draps de soie avec une autre. Encore moins avec elle.

Elle avait refusé de le concevoir. Jusqu'à ce qu'elle voit ces photographies s'étaler devant ses yeux. Elle n'avait pu le supporter. Draco avait encaissé mais n'avait rien eu de mieux à lui offrir que des excuses. Comment aurait-il pu en être autrement ?

Hermione avait tenté de passer l'éponge, lui avait affirmé qu'elle dépasserait sa déception, qu'ils arriveraient à aller de l'avant mais, elle avait beau avoir essayé d'y croire, elle n'y était pas réellement arrivée. En quelques jours, pas même quelques semaines, tout avait dégringolé.

Elle n'avait pas pu faire semblant. Faire comme si leur histoire était inébranlable et qu'elle croyait en eux. Ce n'était plus le cas. Elle se crispait quand Draco la touchait et elle se forçait à sourire. Elle était éteinte et ne lui parlait plus spontanément comme elle le faisait sans cesse, avant.

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Un matin de mai, peu après la PCHIT, elle lui avait dit vouloir prendre du recul et avait fourré la moitié de ses affaires dans un sac. Elle était repartie vivre chez Harry et n'avait plus mis les pieds dans leur appartement en présence de Draco.

Il avait eu l'impression de prendre un coup sur la tête, se sentant victime de trop d'injustices. Puis, tout aussi vite, il avait été happé par une idée fixe qu'il n'arrivait à ôter de son esprit. La communauté sorcière avait raison. Il n'avait que ce qu'il méritait.

Il payait pour toutes ses erreurs de jeunesse. L'addition était beaucoup plus salée qu'il ne s'y était attendu mais il payait finalement sa dette. Et elle était lourde. Trop lourde. Il avait mal, prisonnier de cette impression d'avoir perdu ce qui comptait.

Tout ce qui lui restait désormais était cette odieuse marque, gravée à jamais sur son avant-bras. Avec les années, il l'avait presque oubliée pourtant. Elle était là sans être là, il n'y faisait plus vraiment attention.

Sauf que, en se retrouvant seul, réellement seul, face à lui-même, il ne pouvait plus la manquer. Elle était là, bien-là, présente et imposante. Elle était là pour lui rappeler qu'il ne pourrait jamais être considéré comme un homme fiable.

Jamais on ne se rappellerait qu'il pouvait être quelqu'un de bien. Hermione pas plus que les autres. Il se disait qu'il était seul et qu'il devait faire avec. Sa vie était ainsi faite, il n'avait pas le droit de gâcher celle des autres.

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Verdict ?! Non ! Non ! Pas les pierres, ça fait mal ! Ouch !