[MàJ Août 2021]

Note de l'autrice : Bonsoir vous ! On continue notre petite histoire avec un « nouveau » personnage qui, je crois, sera peut-être un peu différent de ce à quoi vous pourriez vous attendre... Je n'en dis pas plus, je vous laisse à votre lecture d'un chapitre probablement un peu court, mais intense ! Oui Mesdames, oui Messieurs !

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Comme toujours, je vous remercie pour vos reviews (bien que, snif, snif, il n'y en ait eu qu'une seule sur le chapitre précédent... Pauvre Théo) et vous invite à continuer à commenter, envoyer vos avis positifs, comme négatifs.

Un petit mot pour (MMalfoy 34) ici https (deux points slash slash) www (point) fanfiction (point) net (slash) topic (slash) 237726 (slash) 186030960 (slash) 1 (slash dièse) 186030960

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Bonne lecture et à très vite !

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Chapitre 64 – Lucius

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Lucius le regardait depuis cinq bonnes minutes, dans un silence de plomb. Il aurait pu croire être dans une mauvaise pièce de théâtre. La porte de sa cellule s'était ouverte dans un grincement strident qui lui avait donné envie de grimacer.

Une ombre s'était découpée dans la lumière trop vive qui avait pénétré cette pièce trop humide. Une ombre grande, fière, sombre. Une ombre qui s'était légèrement rétrécie à mesure qu'elle avançait dans la pièce et, quand elle en avait franchi le seuil, il avait enfin pu voir qui lui faisait face.

Cinq ans qu'ils ne s'étaient pas revus. Presque autant qu'ils n'avaient pu communiquer, encore moins s'adresser le moindre mot. Cinq années de vide. Lucius ne pensait pas qu'il se sentirait si... si... il ne savait pas. Il se sentait perturbé. Déstabilisé.

- « Tu es vraiment devenu un homme, finalement. » Constat-il simplement d'une voix un peu cassée. Il se racla la gorge. « Où sont passées tes bonnes manières Draco, tu pourrais au moins saluer ton père ! »

Le jeune homme s'avança, hésitant et lui tendit la main. Si l'envie avait pu lui traverser l'esprit de le serrer dans ses bras, elle avait dû s'évaporer quand il avait vu son père. Lucius savait qu'il faisait peine à voir.

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Dès les deux premières années qu'il avait passées à Azkaban, il avait perdu cinq kilos. Ce n'était pas catastrophique encore, à cette époque-là, et son poids s'était stabilisé pendant plusieurs mois. Il n'y avait pas eu de problème.

Puis il y avait eu l'hiver 2001 et l'épidémie de Lyminouille. Il avait mis plusieurs semaines à guérir, supportant les rashs, la fièvre, la fatigue, les hallucinations. Il s'était remis sur pieds mais il ne s'était pas rendu compte avoir arrêté de manger.

Il n'avait jamais faim et, à vrai dire, la simple vue de toute nourriture le dégoûtait. Parfois, il ressentait le besoin de s'alimenter. Il se forçait à ingurgiter son plateau repas mais, une fois sur deux, il le rendait dans la demi-heure.

Pour subvenir à ses besoins physiologiques, il s'était procuré des potions. Il avait rapidement abandonné le deal d'autres produits. Il n'était plus intéressé. Son marché parallèle l'avait amusé, au début mais, après tout ce temps, il ne lui apportait plus rien.

Son fils et sa femme vivaient sans lui et, enfermé dans cette prison, il s'était finalement lassé de ce simulacre de pouvoir. Ce n'était pas une vie. Il n'avait plus d'espoir en l'avenir. Le monde n'avait plus rien à lui offrir, si ce n'était des déceptions.

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Lucius se voyait tous les mercredis et les dimanches dans le miroir des douches communes. Les autres jours, il n'avait droit qu'à une toilette au lavabo, dans sa cellule qu'il portait en horreur. Au moins, cette régularité lui permettait de se situer à peu près dans la semaine et de se souvenir du défilé des jours.

Il n'aimait pas se voir dans cette glace. Il ressemblait à un sac d'os trop grand. Ses joues étaient creuses, son visage émacié, ses bras amaigris semblaient flasques d'avoir perdu leur musculature et il pouvait compter ses côtes juste en regardant son torse toujours imberbe.

Il n'avait plus que la peau sur les os. Forcément, il traînait toujours un air maladif. Les cernes sous ses yeux contrastaient horriblement avec sa peau qui aurait dû être d'une blancheur immaculée mais qui n'était finalement plus que jaunâtre. Même ses cheveux viraient de couleur.

Il ne savait pas trop. Ils étaient juste ternes, laids et emmêlés. Il aurait souhaité les couper mais on ne l'avait jamais autorisé à tenir un ciseau ou un couteau. Ce n'était pas maintenant que... qu'on lui laisserait encore l'occasion d'avoir un objet tranchant entre les mains. Pas après son dernier coup d'éclat...

A une période indéfinissable, quelques mois en arrière, il s'était mis à arracher ses cheveux un à un. Compulsivement. La petite douleur que procurait leur déracinement de son crâne le satisfaisait presque. Mais ça n'avait duré qu'un temps. Rapidement, ça n'avait plus été suffisant. Et il s'était trouvé ridicule.

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Lucius savait qu'il faisait peine à voir et le regard de son fils, empli d'une pitié qu'il n'aurait jamais imaginé y voir, était encore pire. Il osait à peine imaginer la réaction qu'aurait Narcissa quand elle le reverrait. Elle n'avait pas la moindre idée de l'effet qu'avait eu sur lui leur séparation forcée.

Finalement, ce n'était que quelques semaines après la libération de son épouse qu'il avait lui-même été atteint par la Lyminouille qui sévissait à Azkaban. Et après, tout était allé de mal en pis.

Au début, il n'avait pas été difficile de communiquer avec sa femme. Le petit Théodore et son business de bénévolat à Azkaban était une aubaine. Le couple Malfoy pouvait se passer des petits mots, des informations d'importance, se faire des cadeaux par procuration mais, cela aussi n'avait duré qu'un temps.

Les Gardabans avaient dû comprendre quelque chose parce que, outre les privations qui accablaient Lucius, ils s'étaient mis à fouiller le jeune Nott systématiquement à ses entrées et sorties de la prison. Les messages entre Narcissa et son époux ne pouvaient plus qu'être oraux et ils devaient nécessairement passer par le biais de l'un ou l'autre des co-détenus du prisonnier. Co-détenus qui n'avaient pas toujours envie d'être compliants avec le Lord déchu.

L'apothéose était arrivée six mois plus tôt. Théodore avait encore espacé ses visites et, parfois, il n'avait simplement aucun message à lui transmettre. C'était peut-être ce qui avait conduit Lucius à cet acte.

On lui avait pris sa Narcissa. Sa femme. La seule bribe d'espoir qu'il gardait encore. Sans elle, il n'était plus rien.

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Il avait de la chance, quelque part. Il allait la revoir et il ne doutait pas qu'elle serait resplendissante. Elle l'avait toujours été et elle était tellement plus forte que lui. Il avait été puissant, elle avait été un roc. Toujours.

Elle ne se laissait jamais affecter. Toujours droite dans ses bottes. Il pensait être comme elle mais il s'était bien rendu compte que, si elle n'était plus là pour lui servir de béquille, il vacillait. Finalement, ce n'était pas si surprenant que Draco ait aussi mal tourné.

Affranchis de leur tuteur, les mâles Malefoy n'étaient bons à rien. Il y avait de l'ironie là-dedans mais Lucius ne riait pas. Loin de là. Il savait qu'il la décevrait. Ce ne serait pas de la pitié qu'il y aurait dans son regard mais de la déception... Et probablement même un profond dégoût.

Il ne voulait pas lire cette émotion dans ses yeux. Dans les yeux de sa femme, il n'y avait jamais lu que de la fierté, de l'espoir, de l'estime. Il ne voulait pas perdre ce réconfort. Il se mésestimait assez sans qu'elle ne lui renvoie son échec en pleine face.

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- « Père... » le coupa son fils dans ses pensées obscures. « Pourquoi avez-vous fait... ça...

- Que suis-je supposé avoir fait, Draco ?

- Vous... Je viens de passer une heure avec l'administration, Père. Ils m'ont tout raconté.

- Je ne vois pas de quoi tu parles. » Maintint Lucius avec aplomb.

Il sentit son appendice nasal le démanger à la vue de son fils secouant tristement la tête. La moutarde lui montait littéralement au nez. Il n'avait aucune envie de supporter ses jugements, ses regards apitoyés. Il avait fait ce qu'il avait fait. C'était tout.

Il n'y avait rien à discuter, rien à débattre. Il aurait seulement souhaité ne pas avoir échoué une fois de plus, il se serait évité ce spectacle désolant dont il était l'unique objet.

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- « Tu n'aurais pas dû venir, Draco. » lâcha finalement Lucius, avant de s'énerver. « J'espère qu'au moins ça t'amuse, de me voir ainsi !

- Je n'ai pas vraiment eu le choix mais... Je ne suis pas venu pour... Je suis venu parce que le Ministère m'a convoqué. Je n'avais pas la moindre idée de...

- Et tu n'as jamais cherché à savoir » asséna-t-il encore. « Tu te fichais éperdument de savoir ce que je vivais !

- Je n'avais aucun moyen de le savoir ! » se défendit Draco. « C'est vous qui avez accumulé les privations et n'avez pu continuer à écrire et Mère refuse de.

- Ne critique pas ta mère ! » s'emporta le patriarche.

Le jeune homme soupira, tentant d'évacuer toute la tension qui s'accumulait en lui.

- « Je ne m'attendais pas à être accueilli les bras ouverts, Père, mais... J'espérais... Vous venez de tenter de.

- Tais- toi, Draco !

- Et pourquoi devrais-je me taire ? Ce n'est pas rien, ce qu'il vient de se passer ! Je ne peux pas... vous ne pouvez... Par Salazard ! Vous et Mère faites de ma vie un enfer ! Vous ne pourriez pas être un peu normaux ?

- Normaux ? Qu'est-ce que tu veux dire ? » S'offusqua Lucius avant de cracher d'un air hautain. « Nous sommes des Malefoy, nous sommes exceptionnels, nous ne sommes pas normaux.

- Exceptionnels, oui... » ricana Draco. « C'est une évidence... A tel point que Mère m'a renié et que vous, vous essayez de vous tuer !

- Je n'ai pas essayé de me tuer, Draco !

- Ah bon ? » s'étonna-t-il faussement. « Que s'est-il passé, alors ?

- C'était un... un accident.

- Oh, vous êtes tombé dans le coma par accident » Continua-il de le provoquer en riant jaune. « Vous oubliez que je suis un cursus de Médicomagie, Père ! Vous ne pouvez pas vous en sortir avec une pirouette, cette fois. Je sais que vous saviez exactement ce que vous faisiez en ingérant ces produits !

- Penses ce que tu veux, Draco » Abandonna Lucius. « Ton opinion n'a plus la moindre importance ! »

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Le jeune homme croisa les bras sous sa poitrine et réprima un long frisson. Son père s'allongea sur le lit de fortune gris et grinçant, croisant les bras derrière la tête. Dix minutes d'un trop long silence s'écoulèrent, le fils ancré sur la silhouette de son aîné fixant obstinément le plafond.

Draco fit un pas de côté, prêt à faire demi-tour et à fuir cette cellule oppressante. Adviendrait ce qu'il adviendrait.

- « Tu fricotes toujours avec la Sang-de-Bourbe ?

- Hermione. Elle s'appelle Hermione... » soupira-t-il. « Vous pensez réellement qu'il est nécessaire de me le reprocher encore ? Maintenant ?

- A quoi bon ? Je me fiche d'où tu peux bien fourrer ta.

- Père !

- Ne fais pas la vierge effarouchée Draco. » Lucius se redressa et regarda son fils d'un air dédaigneux. « J'ai cessé d'avoir tout espoir te concernant. Je ne sais pas pourquoi ta mère refuse de lâcher prise mais je ne me fais plus d'illusions. »

Il regarda les mains du jeune homme, plaquées contre ses cuisses, tentant de rester impassible, et retint un sourire. Draco n'avait jamais réussi à le duper. Jamais. Il était trop émotif, trop survolté. Parfois, Lucius aurait aimé être aussi passionné mais il n'avait pas été éduqué ainsi. Il reprit, un air résigné mais sincère sur son visage émacié.

- « Le monde a changé. Les règles ont changé. Tu te moques de tout ce qu'on a construit pour toi, je ne vois plus l'intérêt de me battre. »

Draco ne répliqua pas. Il avait souvent souhaité entendre ses parents accepter que Hermione fasse partie de sa vie ou, tout au moins, qu'ils adhèrent à son libre arbitre. Il aurait aimé que ces choix ne soient pas constamment contestés mais voir son père aussi détaché était un peu comme un coup de poignard.

Il avait l'impression d'être abandonné, considéré comme inférieur à un Elfe de Maison. Une limace qu'on pouvait rouler dans la boue et écraser. Il était douloureux d'avoir cette impression de n'être plus personne dans son regard. Désabusé, il souffla,

- « Au moins, vous m'épargnez le couplet où elle souille notre Sang...

- Oh, mais elle le souille, Draco. » lui confirma Lucius. « Elle souille notre Magie. Elle nous conduit à notre perte mais que veux-tu que j'y fasse. Nous sommes perdus... Ta mère ne peut pas se battre seule, pas dans le contexte politique actuel et moi... il n'y a plus rien à faire.

- C'est ce que vous pensez maintenant mais ce n'est pas vrai. Ce n'est pas vrai. Vous sortirez d'ici un jour et vous pourriez avoir une vie normale. Je sais bien que ce ne sera pas facile mais c'est possible. La repentance est encore possible.

- La repentance ? » ricana Lucius. « Je ne veux pas d'une repentance et encore moins d'une vie normale, Draco. Je n'en ai jamais voulu. Je veux tout. Et si je ne peux pas tout avoir, autant ne pas perdre mon temps à me battre. Si ça ne sert à rien, à quoi bon ?

- Et vous abandonneriez Mère, comme ça, d'un claquement de doigts ?

- Je n'aurais pas à le faire. Elle comprendra ce qui est le mieux pour elle. »

Draco se massa les temps, ayant l'impression d'avoir la tête prise dans un étau. Il rouvrit les yeux, écrasé par l'absence de lumière de la cellule.

- « Tu devrais y aller, Draco. Je n'ai rien de plus à te dire et... ta mère ne devrait plus tarder. »

Son fils hocha la tête, raide, et se détourna. Lucius était satisfait. C'était une bonne chose de faite. Peut-être pas les plus beaux adieux qu'il ait pu espérer ni les plus déchirants mais, au moins, les choses étaient claires entre eux.

Adviendrait ce qu'il adviendrait. Tout dépendait maintenant de Narcissa. Soit elle déciderait de relever ses manches et de reconstruire Lucius pierre par pierre, soit elle abandonnerait, elle aussi, perdant tout espoir.

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Voilà, voilà, voilà... C'était gai, léger, toussa toussa... Non ?! Verdict ?!