[MàJ : Juillet 2021]

Note de l'auteur : Bonsoir, bonsoir ! Bon, ce chapitre était insatisfaisant il y a quinze jours, il l'est toujours mais bon, quand ça veut pas... ça veut pas...

Du côté des nouvelles concernant les publis, je ne pense pas pouvoir faire mieux, désormais, qu'une publi tous les quinze jours... Entre le boulot et les problèmes d'écriture... Bref, je vous passe les détails... En tout cas, on continue… [Note 2021 : bon, 7 ans d'absence, c'est… comment dire… un beau syndrome de la page blanche...]

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Comme toujours, je vous remercie pour vos commentaires et j'vous invite à continuer à reviewer, en bien comme en mal ! D'ailleurs, je réponds à deux p'tites RAR (M Malfoy 34 et Guest) ici avant de passer à la suite… : https (deux points slash slash) www (point) fanfiction (point) net (slash) topic (slash) 237726 (slash) 186030960 (slash) 1 (slash dièse) 186030960

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Bonne lecture et à très vite !

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Chapitre 70 – Harry

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Harry avait vraiment eu peur que toute cette histoire avec Nott n'ait raison de sa relation avec Pansy mais finalement, la situation s'était bien vite calmée. L'ancien Mangemort était toujours sous la « protection » du CRS [1] et les Aurors avaient lâché du lest avec eux.

Rien n'assurait, bien sûr, qu'ils ne soient plus sous surveillance active mais, tant qu'ils évitaient d'aborder ce sujet précis lors de leurs conversations, ils se fichaient bien de ce que les agents pouvaient découvrir.

Ils n'avaient plus rien à cacher maintenant que leur liaison était reconnue publiquement et ils menaient leur petite barque tranquillement sans se poser plus de questions. Ils considéraient, l'un comme l'autre, n'avoir plus grand chose à perdre. L'essentiel était simplement de protéger Ashley et jusqu'ici ils ne s'en sortaient pas trop mal.

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Cependant, Harry était préoccupé ces dernières semaines. La situation de Hermione commençait à être vraiment inquiétante. Tout s'était mis à déraper après son rendez-vous avec Madisson, lorsqu'il lui avait fait perdre toutes ses illusions.

Elle avait d'abord appris que son sort de détection avait mal fonctionné et le célèbre Médicomage pour sorcières n'y avait pas été par quatre chemins. Elle s'était leurrée trop longtemps pour qu'il la laisse continuer dans cette voie.

Elle n'était pas enceinte et ne l'avait jamais été. Même si elle ne s'était nullement trompée en exécutant son geste et sa formule, le résultat qu'elle en avait obtenu n'avait été qu'un 'faux-positif', comme les Médicomages l'appelait dans leur jargon.

Hermione en avait pris un coup en l'apprenant et, pire encore, elle avait dû encaisser le choc seule, sans aucune présence rassurante à ses côtés. Elle avait juste eu l'impression de comprendre un peu mieux ce que Ginny avait pu ressentir à l'époque où, elle aussi, avait perdu un enfant...

Pourtant, elle n'avait pas eu le temps de s'apitoyer bien longtemps sur son sort. Madisson s'était immédiatement montré inquiet et avait pris un temps incroyable avec la brune pour retracer, jour après jour, la survenue de chaque symptôme incommodant l'ayant conduite à se croire enceinte. Chaque nausée, chaque malaise, chaque impression de ballonnement.

Il l'avait interrogée longuement mais ils n'avaient trouvé aucune explication rationnelle. A court d'idées, le Médicomage, sans même tenter d'en discuter davantage, avait alors envoyé Hermione manu militari au rez-de-chaussée, au Service de Diagnostic Hypothético-Déductible.

Quelques secondes à peine après que Madisson eut envoyé un avion en papier voler hors de son bureau, un Infirmier était venu récupérer la brune, sans qu'elle n'ait son mot à dire. Elle n'avait pu se contenter que de le suivre, sans avoir l'opportunité d'avertir Malefoy.

Une fois au rez-de-chaussée, elle avait subi toute une batterie de tests qu'elle n'avait pas eu le courage de décrire à Harry lorsqu'ils en avaient reparlé. Elle avait juste passé de trop longues heures en examens en tous genres mais les résultats n'avaient donné que peu d'indications sur la source de ses maux.

Le Chef du Service de Diagnostic lui avait simplement expliqué que sa méprise était due à l'interaction de Livèche et de feuilles de Framboisiers qui provoquait souvent des effets secondaires similaires aux symptômes qu'elle avait ressentis.

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Hermione avait acquiescé, un peu hébétée, mais elle avait surtout été incapable de comprendre quand est-ce qu'elle avait bien pu consommer de tels plants. Évidemment, aucun de ces deux produits n'était rare ou précieux mais, finalement, les sorciers ne les utilisaient pas si fréquemment que cela.

Ils n'avaient aucun intérêt gustatif et ne servaient qu'aux potions amaigrissantes ou diurétiques. La brune n'avait réellement aucune raison d'en avoir ingéré et ce n'était sûrement pas Malefoy qui aurait utilisé ces produits de « bonne femme » comme il se plaisait à les qualifier !

Le Chef du Service de Diagnostic avait simplement haussé les épaules et l'avait laissée sortir le soir même. Il disait que, quelle qu'ait été la cause de ses symptômes, son corps l'avait finalement expulsée et que son hospitalisation coûtait inutilement au Gouvernement Sorcier. Tout était censé rentrer dans l'ordre avec un suivi à distance.

Un peu lasse, Hermione était repartie, trouvant un Draco excédé à la porte du Service. Le personnel, probablement briefé sur la conduite à tenir avec les proches des patients, avait refusé de le laisser entrer. Encore plus lorsqu'il s'était présenté comme son conjoint officiel.

Il avait eu beau se montrer courtois et poli, gronder et menacer, il avait été laissé à la porte dans l'ignorance. Il n'avait eu d'autre choix que de finir sa journée de travail dans une distractibilité extrême, évitant de justesse des erreurs aussi grosses que la Tante Marge. Dès qu'il l'avait pu, il s'était précipité à nouveau au rez-de-chaussée, attendre sa belle, en faisant les cent pas.

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Malefoy avait eu l'impression d'avoir été traité comme un moins que rien, à s'être vu interdit de séjour. Il avait eu beaucoup de mal à s'en remettre. Il avait même déposé une plainte au BDP, le Bureau des Pleurs de l'Hôpital, lui qui tentait coûte que coûte de ne pas faire de vagues depuis sa réintégration à Sainte-Mangouste.

Cependant, Harry comprenait parfaitement ce qu'il avait pu ressentir. Il était déjà assez difficile de savoir sa compagne hospitalisée pour ne pas, en plus, se voir rejeté sur le bord de la route. Le Survivant savait qu'il n'aurait pu garder son calme s'il avait été à sa place. Encore moins si, en récompense de sa patience, il n'avait pu apprendre, qu'après des heures d'inquiétude, la fin de ses rêves de paternité !

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C'est un couple triste et maussade qui était rentré à Kensal Road tout prêt à s'apitoyer sur son sort, ce qui était, bien entendu, sans compter sur le caractère borné du Survivant. Refusant de les laisser se morfondre une minute de plus, il avait traîné Pansy jusqu'à chez eux.

Force était de constater que Harry avait eu une bonne idée, pour une fois, en débarquant à l'insu de leur plein gré. Il savait que Hermione et Draco étaient assez forts pour rebondir et aller de l'avant et, une fois qu'ils avaient pu vomir tous leur malheur et leur rancœur, les bêtises de l'Élu et l'humour pince-sans-rire de sa compagne Serpentard leur avait remonté le moral.

Ils avaient repris leur train-train, bon-en, mal-en... Jusqu'à ce qu'Hermione ait à nouveau une nausée fulgurante, en plein cours d'Épistémologie...

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Elle avait pris peur et, sans même réfléchir, avait filé directement à Sainte-Mangouste, abandonnant ses livres et ses plumes à une camarade de la PapyruScribere, bien décidée à comprendre ce qui clochait chez elle !

Refusant de passer par le Service de Diagnostic, elle était entrée directement aux Pathologies Sorcières. Elle n'y était restée que quelques jours avant d'être envoyée ailleurs, les pistes d'un sort ou d'un enchantement ayant rapidement été écartées.

Elle était ressortie de l'Hôpital, puis re-rentrée. Puis ressortie. Elle avait fait tant d'allers-retours qu'Harry lui avait proposé de demander au Directeur de Sainte-Mangouste de lui créer une carte de fidélité !

A ce moment-là, ils rationnalisaient un tant soit peu la situation et arrivaient encore à en rire. Chacun d'eux avait tenté de ne pas faire cas de ces hospitalisations répétées. Elles étaient certes, un peu inquiétantes mais, ils n'avaient aucun doute dans les compétences des Médicomages. Il n'y avait aucune raison pour qu'ils restent impuissants.

A vrai dire, Harry aurait tout donné pour qu'elle soit enceinte, quand bien même c'eût été d'une fouine. Au moins, ils auraient su ce qu'il se passait, plutôt que d'être dans cette profonde incertitude. Il osait à peine imaginer l'état dans lequel pouvait réellement se trouver Malefoy !

Le Serpentard s'était rapidement fait à l'idée d'avoir un enfant et, si Harry avait plaisanté, un soir, au creux de l'oreille de Pansy, en pariant sur le temps que Draco mettrait avant de prendre ses jambes à son cou, le blond avait largement démenti sa réputation de couard.

Seulement, aujourd'hui que la femme qui partageait sa vie était malade et affaiblie, il avait beaucoup plus de difficultés à gérer la situation. Quant à l'accepter, ce n'était même pas envisageable.

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Cependant, rendre visite à Hermione restait toujours une petite aventure en soi. Comme elle ne supportait pas de rester au lit, Harry trouvait quasi systématiquement la chambre de son amie vide. Elle partait constamment en vadrouille, partant à droite à gauche, discutant ci et là.

Le personnel de l'hôpital en était même arrivé à lui donner le sobriquet de « La Fugueuse » et, dans chaque Service dans lequel elle atterrissait, les Infirmiers et les Médicomages finissaient par la fuir comme la peste !

En effet, Hermione ne supportant pas d'ignorer ce qui lui arrivait et ne sachant plus vers quel Mage se vouer se lançait régulièrement à la poursuite de l'un ou l'autre des membres du personnel pour obtenir des réponses. Qu'il pouvait être drôle de la voir trottiner, mains en l'air, en interpellant un honorable Guérisseur !

Un jour, elle avait même coincé Rockfeller en personne, le Chef de Service des Empoisonnements, en l'acculant contre un mur. Harry, témoin de la scène, avait presque eu envie d'hurler de rire. Le vénérable bonhomme avait tenté, vaille que vaille, d'ignorer les appels de sa patiente, continuant d'avancer coûte que coûte loin d'elle mais, il avait fini par céder, craignant probablement qu'elle ne se mette à courir en hurlant pour le rattraper.

Dans un soupir à fendre l'âme, il s'était résigné puis stoppé, se permettant tout de même de lui faire la leçon !

- « Miss Granger ! Ne devriez-vous pas être dans votre chambre ? » avait-il feint de s'enquérir d'un ton plus ou moins affable.

Hermione, égale à elle-même, avait forcé un sourire et s'était exclamée qu'elle s'ennuyait à mourir et que, puisqu'elle n'avait plus aucun symptôme, il n'y avait aucune raison à son isolement. Elle s'était apprêtée à lui énumérer sa longue liste d'arguments, index pointé en l'air, quand elle s'était vu vertement contrée.

- « C'est non, Miss Granger ! » Et il avait encore repris, avant qu'elle n'ait pu se défendre. « Vous avez beau gambader dans tout l'hôpital en dépit de mes recommandations, vous êtes toujours en observation, jeune fille. Vous restez jusqu'à ce que je vous dise le contraire. »

L'envie de rire de Harry s'était coupée aussi vite qu'elle était venue, comme trop souvent depuis.

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Le jour où elle était rentrée dans ce fameux service des empoisonnements avait vraiment signé la fin des haricots. Elle avait d'abord été interdite de restaurants puis s'était vue privée de sortie. Terminés les petits extras, finies les livraisons des bons petits plats d'Abraxas... Quand elle avait intégré sa chambre de manière permanente, son staff Médicomagique s'était mis à surveiller tout ce qu'elle ingérait.

Depuis, les rares Guérisseurs qui acceptaient de parler de son cas s'appliquaient systématiquement à répéter qu'elle était « convalescente ». Convalescente, et pratiquement rien de plus.

Confinée dans ce Service, Hermione avait été attentive à respecter les préconisations qui lui avaient été proposées mais, puisque ces restrictions avaient été insuffisantes, elle s'était progressivement vue spoliée de tous ces droits.

D'abord, ses visiteurs avaient eu interdiction de lui apporter des présents, quels qu'ils soient. Ni fleurs, ni chocolats, ni magazines. Les ordres de Rockfeller étaient limpides. Tout ce qu'elle touchait, tout ce qui la touchait, devait être vérifié par le Staff qui en analysait et en examinait le moindre élément.

Il avait même été question, quelques semaines en arrière, que lui soient interdits tous contacts physiques. Elle n'aurait plus eu le droit ni de serrer une main, ni de toucher une épaule et encore moins d'embrasser qui que ce soit.

Cette possibilité avait fait l'objet d'un débat houleux dans l'équipe du Service mais, les plus modérés avaient eu gain de cause. Jusque-là. En attendant, elle s'était tout de même vue confisquer tous ses effets personnels. Malefoy avait dû remporter chez eux vêtements, livres et produits de toilette.

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La situation du blond, justement, était loin d'être idyllique. Si encore il n'avait eu qu'à s'occuper d'elle et de sa convalescence, il aurait peut-être réussi à gérer la situation mais, étrangement, il avait été aussi mal accueilli au Service des Empoisonnements que dans celui de Diagnostic.

Rockfeller préférait encore discuter de la santé de Hermione avec Harry qu'avec Malefoy. Pourtant, le brun n'était pas de sa famille, n'avait aucune connaissance Médicomagique et était loin de pouvoir se targuer d'apporter la moindre contribution scientifique mais, il était vrai qu'à Sainte-Mangouste, il était auréolé d'une sorte d'aura qui lui ouvrait certains passe-droits.

Il avait eu du mal à comprendre pourquoi et comment autant de sorciers pourtant instruits pouvaient le trouver aussi charismatique mais, à force de traîner dans les couloirs de l'Hôpital, il s'était résigné.

Peut-être était-ce la fin du règne de Voldemort et de tous les maux qu'il avait engendrés qui avaient amené plus de la moitié du personnel à l'aduler. Il n'en savait rien mais ne se privait plus pour s'en servir. Il n'y avait vraiment pas que des désavantages à compter la moitié de son fan-club au sein de l'hôpital !

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L'autre jour, justement, Rockfeller l'avait coincé au détour d'un couloir.

- « Monsieur Potter ! Monsieur Potter ! Ah ! Bien ! Tant que je vous ai sous la main, Monsieur Potter, il faut que je vous dise... Il faut absolument que vous convainquiez votre amie de se contenir ! Je sais que la situation est difficile pour elle et que l'inactivité imposée monterait à la tête de n'importe qui mais si elle ne coopère pas totalement avec nous, c'est sa vie qui entre en jeu ! »

Harry lui avait lancé un regard désabusé de plus, lui assurant qu'il ferait son possible pour la convaincre d'arrêter de s'échapper du Service mais, il savait que la cause était perdue d'avance.

Il avait déjà essayé, pressé par les Infirmiers inquiets mais presque un jour sur deux, elle continuait à parcourir les étages de l'hôpital. Elle allait voir le môme à la peau violette, les parents de Neville ou des patients rencontrés au hasard de ses pérégrinations. Elle discutait avec eux ou les réconfortait.

Harry l'avait même surprise, un jour, en train de tailler la bavette avec Gilderoy Lockhart en personne. Leur ancien professeur s'était extasié des connaissances historiques de la brune, lui posant encore et encore des questions. Il l'avait écoutée passionnément, la bouche entrouverte, comme un gamin à qui on racontait des contes de fées.

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Harry ne pouvait pas jeter la pierre à Hermione. Lui aussi aurait eu envie de hurler et de tout exploser autour de lui s'il s'était retrouvé dans sa situation. Elle se sentait prisonnière. Isolée et infantilisée. Cette quarantaine forcée ne lui réussissait absolument pas !

Elle était comme une lionne en cage et n'importe qui, à sa place, aurait été incapable d'endurer ce qu'elle endurait ! On ne pouvait que comprendre ce besoin qu'elle ressentait à fuir sa chambre trop blanche, quitte à aggraver un peu son état. Elle avait envie de sortir, de voir d'autres personnes, de les toucher...

Malefoy lui manquait, aussi, et il lui était presque plus difficile de le voir, lui. Avant que les visiteurs de Hermione ne puissent entrer dans sa chambre, ils devaient montrer patte blanche. Leurs affaires étaient déposées dans un coffre sécurisé et ils passaient tous sous la baguette experte de Philibert ou de Nicolas [2].

L'ancien Serpentard, lui, était inspecté sous toutes les coutures. Il avait presque systématiquement droit à une vraie bonne demi-heure de fouille au corps, de filtres magiques et autres joyeusetés. Personne n'en avait rien dit à Hermione mais il fallait reconnaître que les rumeurs à son sujet couraient bon train, dans les couloirs de l'hôpital.

Harry avait cru Malefoy paranoïaque lorsqu'il s'était plaint pour la première fois de ces chuchotements sur son passage cependant, il avait eu trop de preuves du contraire. L'attitude de Rockfeller, déjà, et de son équipe, était loin d'être cordiale. Plus désagréable encore, il avait vu, de ses propres yeux, des collègues du blond le pointer du doigt en se murmurant à l'oreille.

Rien ne lui était épargné et Harry n'avait pas longtemps tergiversé avant de s'accorder avec lui. Il fallait épargner Hermione le plus longtemps possible de ces « on-dit » qui ne pouvaient que l'affliger davantage. Malgré toutes leurs attentions, elle ne pouvait rater leurs airs gênés et s'en agaçait énormément, évidemment convaincue que tout le monde n'avait de cesse de lui cacher des choses.

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Jusqu'à ce jour de fin novembre, rien de néfaste n'avait encore été détecté ni chez Hermione, ni sur Malefoy, ni rien du tout. La situation stagnait et ils finissaient tous par être au bord de la crise de nerf, à rester dans le flou. Ce devait être pour cette raison que Harry osa finalement aller si loin avec Rockfeller.

Hermione était encore restée introuvable une bonne partie de l'après-midi et croisant le Guérisseur en Chef au détour d'un couloir, il l'interpella. L'homme accepta de le recevoir et l'invita dans son bureau mais, il tournait et tournait autour du pot, éludant les questions du brun et ne lui apprenant rien.

Harry, agacé, se redressa brusquement, sans trop réfléchir, et pointa le bout de l'index sur le bureau qui les séparait.

- « Est-ce qu'au moins vos recherches avancent ?! »

Rockfeller le dévisagea longuement tout en se caressant la mâchoire d'une main ennuyée. Le brun ignorait si le Guérisseur était en proie à une intense réflexion ou s' il cherchait encore à le faire mariner mais, il trépignait d'impatience.

Dans un soupir, le Guérisseur attira à lui un gros dossier orange qu'il ouvrit avec lenteur. Prenant toujours autant de temps, il consulta quelques pages parcheminées au hasard.

- « Monsieur Potter, je ne peux que vous dire que nous faisons tout ce qui est en notre pouvoir. Vous savez comme moi que nous ne sommes pas tout puissants ici-bas. Nous avons des lois qu.

- Oui, je connais les lois de Golpalott [3] » le coupa Harry, se surprenant lui-même.

- « Je ne vous apprendrais donc rien en vous précisant que la détection des composants toxiques est longue et fastidieuse. Ce n'est d'ailleurs pas toujours une science exacte »

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Au départ, lorsque Hermione avait été admise dans ce Service, ses Guérisseurs avaient tenté de lui faire avaler l'hypothèse d'une allergie quelconque. Elle n'était pas stupide. Elle avait rapidement écarté cette possibilité et avait été immédiatement convaincue que quelqu'un lui en voulait personnellement. Elle avait été la seule, d'ailleurs, à y croire.

Depuis, elle avait régulièrement fait la leçon à Harry. Tant que son équipe Médicomagique ne connaissait pas l'ensemble des éléments qui composaient le poison qui l'affectait, ils ne pouvaient lui proposer un antidote efficace. Tout juste lui offraient-ils des palliatifs permettant d'atténuer les symptômes les plus contraignants.

Et encore ! Quand les nausées s'apaisaient, de disgracieuses plaques rouges apparaissaient. Quand les plaques disparaissaient, des convulsions la prenaient subitement. Quand ce n'était pas des convulsions, elle se sentait barbouillée ou avait des hauts-le-cœur.

Bourrée de potions, elle subissait inlassablement des effets secondaires, devant supporter des désagréments de plus en plus aliénants. Quelques jours en amont, après avoir pris une nouvelle potion aussi verte que gluante, c'était ses mains qui s'étaient mises à trembler inopinément.

Dans cet état, elle n'avait pas même réussi à boire un simple verre d'eau. Elle en avait d'abord renversé la moitié à côté, trempant son maillot et avait même fini par casser le gobelet, n'arrivant plus à le garder entre ses mains.

Les Médicomages avaient rapidement réussi à trouver une solution à cette nouvelle contrainte mais ce n'était pas toujours le cas, surtout pour les effets les plus pernicieux. Les produits qu'elle prenait, toujours plus lourds et toujours plus forts, jouaient sur son comportement.

Hermione s'était d'abord mise à passer du rire aux larmes sans raison apparente. Elle donnait la désagréable impression d'avoir ses hormones qui jouaient au yoyo et en était parfois difficile à suivre.

Ensuite, elle s'était mise à sursauter au moindre bruit, comme atteinte d'hypervigilance puis, elle était devenue suspicieuse. En plus de ses sautes d'humeurs, elle se montait la tête pour un rien et en devenait capricieuse, ce qui restait probablement le plus difficile à gérer.

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Harry tenta d'interroger Rockfeller sur ces crises de paranoïa qui la prenait de plus en plus souvent mais, il ne put que s'agacer de son air professoral, le haut du corps légèrement penché sur son bureau et les mains croisées sous son menton. Il ne lui apprit rien de plus.

- « Nous pouvons déjà nous réjouir d'avoir réussi à créer un nouveau cocktail. Je crois savoir que Miss Granger n'a plus eu de nouvelle crise de spasmophilie depuis qu'elle le prend.

- Aux dernières nouvelles elle n'avait plus de symptômes physiques mais...

- Bien. Je peux également vous dire que les intoxications successives dont elle a été victime semblent diminuer et qu'elle commence à reprendre un bon tonus musculaire. Mrs Fowley, notre Infirmière en Chef m'a également assuré, ce matin même, qu'elle reprenait un peu de poids ».

Le Survivant hocha la tête mécaniquement. Il se demandait encore comment il était humainement possible qu'elle reprenne des forces avec ce qu'elle était autorisée à manger. Elle n'était vraiment pas prête à reprendre ses formes habituelles, à ce rythme !

Perdu dans ses pensées, Harry s'appuya, sans élégance aucune, au bureau pour prendre congé mais, Rockfeller l'empêcha de poursuivre son geste.

- « Monsieur Potter. Il y a un autre élément dont j'aurais souhaité vous parler.

- Oui ? » Demanda-t-il en s'interrompant, surpris.

- « Asseyez-vous, s'il vous plaît... Bien. Comme vous le savez, des règles de sécurité ont été mises en place progressivement... Je peux également vous dire que nous avons récemment écarté les pistes d'un empoisonnement accidentel.

- ... Oui ? » Il était curieux. Vraiment curieux. Bien que Harry n'ait plus eu aucun doute depuis quelques semaines, Rockfeller n'avait encore jamais employé ce terme d'empoisonnement ouvertement. Il parlait de réaction allergique, d'intoxication, de désagrément, de pollution... Mais pas d'empoissonnement.

- « Nous en avons longuement discuté en équipe et nous en revenons toujours au même point... »

Harry opina de la tête, avide de savoir où il voulait en venir.

- « Nous craignons que votre amie ne soit en proie à ce que nous nommons communément un empoisonnement domestique. »

Il fronça les sourcils, incertain de saisir les subtilités de langage de son interlocuteur.

- « Comprenez-vous ce que cela signifie, Monsieur Potter ? » Rockfeller marqua dramatiquement une pause tandis que le brun hochait la tête négativement. « Nous avons des raisons de soupçonner que son empoisonnement est lié à sa vie quotidienne... »

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Harry sentit ses muscles se tendre. Il devait bien reconnaître qu'il n'avait eu de cesse d'y penser et même d'en discuter avec Hermione d'un côté et Malefoy, de l'autre, mais rien à faire, aucun d'eux n'arrivaient à trouver par quel moyen la brune avait bien pu être atteinte.

Pansy n'avait pas plus d'idées et, à part pester contre l'absence de Blaise, elle ne permettait pas de faire avancer leurs réflexions. Mieux valait, d'ailleurs, ne pas réunir les deux anciens Serpentards, dernièrement. Ensemble, Parkinson et Malefoy montaient si haut dans les aigus, lorsqu'ils parlaient de Zabini, que Harry en avait encore mal aux tympans !

Il était vrai que le métis aurait indéniablement pu leur être utile dans cette situation ubuesque mais la question ne posait plus. Il était aux abonnés absents. Personne n'avait de ses nouvelles. Ni de lui, ni de Seamus. Et puis, avec ou sans Blaise, Rockfeller restait une pointure dans son domaine. La crème des crèmes. Si même lui, avec son équipe plus que compétente, n'arrivait à rien la situation était plus que dramatique.

Tout était surveillé. Tout. Ce que Hermione mangeait, ce qu'elle buvait, son savon, son dentifrice, son parfum, ses vêtements et même ses draps. Tout et, pourtant, ils n'avaient toujours rien trouvé. Il fallait voir les choses en face ! Si ce sacré poison s'était trouvé chez elle, Malefoy aurait également dû être atteint, d'une manière ou d'une autre. Or, il n'avait aucun symptôme. Aucun.

- « Ce qui signifie... » Reprit Rockfeller après un certain temps de réflexion,

- … que vous soupçonnez un proche » Souffla Harry en retour.

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CRS [1] : Centre de Rétention Sorcière (cf chap 63)

Philibert ou de Nicolas [2] : Y'a des Bretons parmi vous ?

Les lois de Golpalott [3] : Selon la troisième loi de Golpalott, l'antidote d'un poison se doit d'être au moins égal à plus que la somme des antidotes de chacun de ses composants.