Note de l'auteur : Bonjour vous,

On continue notre « petite » histoire avec Hannah, aujourd'hui !

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Dans les épisodes précédents : "A force de souffler le chaud et le froid avec Hannah, George avait fini par la faire craquer. Elle lui avait dit stop, qu'elle ne pouvait plus jouer à ce jeu avec lui et elle s'y était tenue. Pas lui. Dès qu'il recommençait à boire, il revenait crier sous ses fenêtres ou pleurer dans son giron. Jusqu'à sa lettre. Jusqu'à la visite de Molly".

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Bonne lecture et n'hésitez pas à laisser une trace de votre passage, petit mot, commentaire, critique !

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Chapitre 77 – Hannah

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- "Des jumeaux ?" demanda Hannah d'une voix cassée.

- "Des jumeaux." confirma Neville avant de souffler dans un sourire "Ou des jumelles…"

La blonde garda le silence et le dévisagea tandis qu'il la regardait avec sa sérénité habituelle. Elle trouvait qu'il prenait cette nouvelle étonnamment bien. Elle n'était pas sûre, dans la même situation, qu'elle aurait fait preuve d'autant de calme.

Elle reprit, incertaine de ce qu'il convenait ou non de dire.

- "Et… hum… Comment… enfin… que…" Elle ne savait définitivement pas comment réagir.

- "L'Office des Portoloins a donné son accord, Luna devrait arriver à Londres dans une quinzaine de jours.

- Oh, bien… C'est bien non ?

- Oui" confirma Neville dans un nouveau sourire.

Il tourna la tête vers un groupe d'adolescents qui gloussaient bêtement, quelques tables plus loin, sur leur droite.

- "Il va l'accompagner.

- Il ? Tu veux dire…

- Oui. Rolf Scamander. Il faut bien faire les présentations.

- Oh" s'exclama doucement Hannah en le dévisageant.

- "Oui…" confirma-t-il encore les yeux pétillants. "Il ne sert à rien de repousser l'échéance, tu sais."

Neville prenait clairement cette situation avec bien trop de distance au goût de la blonde. Elle se pencha en direction du bar et convoqua une bouteille de Téquila Morgana. Il n'était pas encore 16h mais son vis-à-vis approuva la démarche d'un rire contenu.

Elle leur servit un shot qu'ils engloutirent sans sourciller et relança une tournée.

- "Tu as vraiment envie de le rencontrer, Neville ?

- Très modérément, je le reconnais !" Répondit-il en ne cessant de sourire. "Tu sais, Luna et moi, on a beaucoup discuté de notre vision de la vie à deux et on a toujours été d'accord là-dessus. Tant qu'on est ensemble et qu'on ne s'ennuie pas, on est que tous les deux mais quand on est séparé… et bien, elle peut bien aller voir qui elle veut, ça m'indiffère, et la réciproque est tout aussi vraie.

- …

- Elle était même persuadée qu'il se passerait quelque chose entre toi et moi quand elle est partie en Inde" ajouta Neville amusé, levant les yeux au ciel.

Hannah ne put s'empêcher de rire avec lui. Et de constater, dans les secondes qui suivirent que, étonnamment, cette déclaration ne la faisait même pas rougir. Combien avait-elle pu changer, ces derniers mois !

- "Ceci dit," Reprit-il avec un certain sérieux, "si ça ne me gêne pas que Ma Douce continue à vivre quand je ne suis pas là, je n'ai pas une folle envie de rencontrer ses coups de coeur pour autant. Quand bien même il s'agit du petit-fils de Newt Scamander !" Il eut un nouveau rire. "J'imagine que c'est une des limites des unions libres, tu ne crois pas ?

- J'imagine", répéta-t-elle en écho, incertaine.

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Dire qu'elle avait du mal à définir son ressenti était un euphémisme ! Hannah se rappelait parfaitement que cette simplicité et cette maturité à toute épreuve qui se dégageaient de Neville était une des raisons qui l'avait fait tomber amoureuse de lui.

Aujourd'hui, elle se demandait, surtout, s'il faisait preuve d'une incroyable sagesse ou s'il s'était forgé des œillères tellement solides qu'elles l'aveuglaient. Elle n'en savait rien mais, quelque part, elle continuait à l'admirer pour cette force de conviction.

Elle savait tout autant qu'elle ne pourrait jamais supporter ce mode de vie. Elle, elle continuait à rêver d'amour inconditionnel. Pourtant, Merlin savait ce qu'elle supportait déjà depuis qu'elle s'était entichée de George Weasley !

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- "Luna en a parlé à son père ?" Demanda-t-elle en se reconcentrant sur leur conversation.

- Non !" s'exclama-t-il en se cachant les yeux. "Et ce n'est pas lui qui me fait le plus peur ! Imagine quand il faudra annoncer ça à ma Grand-Mère !" Il mima un frisson lui parcourir la colonne vertébrale. "Elle a déjà eu du mal à comprendre quand elle est partie seule en Inde, alors, la voir revenir enceinte…

- Ce ne sera pas la seule à poser des questions, tu sais.

- Je sais. On sait. On a le dos large, tu sais, depuis le temps qu'on entend chuchoter sur notre passage !

Hannah lui adressa un sourire indulgent et fit tourner le liquide ambré de son verre.

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- "Tiens, à propos de jumeaux…" relança Neville en baissant les yeux

- "Oui ?" Demanda-t-elle en tournant la tête de tous les côtés

- "Non" s'amusa-t-il alors. IL n'est pas là !... Il est venu me trouver à Poudlard il y a quelques semaines"

La blonde pencha la tête sur le côté, l'invitant à continuer.

- "George faisait de la peine à voir" souffla le jeune homme. "Je ne me rappelle pas l'avoir déjà vu aussi débraillé et aussi anxieux. Il est venu toquer à ma porte en pleine nuit et m'a asséné qu'il avait besoin de moi d'un ton sans appel ! "

Les yeux de Hannah s'agrandirent de stupeur. Elle invoqua, cette fois, une théière et deux tasses estampillées du P et du G imprimés dans une police alambiquée spécialement choisie par elle et Mandy.

Elle murmura un Assurdiato. D'un mouvement souple du poignet, Neville versa le breuvage dans les tasses. Il souffla doucement, éparpillant la fumée qui s'échappait du liquide avant de reprendre.

- "Je ne sais pas ce qui l'amène à ce désespoir intense mais, il fait peine à voir."

Hannah se perdit dans la contemplation de sa propre tasse, craignant probablement de se trahir, en faisant tinter la porcelaine sur la soucoupe, par les tremblements de ses mains. Elle inspira et se fit violence pour briser l'omerta qui s'installait, ayant l'impression que son chuchotement se répercutait comme un cri dans le silence.

- "Qu'est-ce qu'il voulait ?

- … un plant de Cocharbemar."

Les yeux de Hannah s'agrandirent encore. Ses notions de botanique étaient lointaines mais elle se souvenait parfaitement que l'usage de cette plante était particulièrement controversé. Les sorciers de l'antiquité en avaient découvert les propriétés médicinales et l'utilisaient principalement en cataplasmes. Cependant, il avait fallu attendre le 16ème siècle pour en comprendre l'intérêt réel.

Les feuilles, récoltées en automne et séchées pendant plusieurs mois, étaient fumées au moyen de longues pipes pour apaiser l'esprit tiraillé et accompagner la méditation. Elle avait fait fureur pendant plusieurs siècles dans les pays du Nord.

Le Cocharbemar était notamment connu pour repousser les mauvais rêves. Et, fut une époque lointaine où chaque maison possédait son propre plant en pot. Au fil des siècles, son usage s'était étendu à toutes les strates de la communauté sorcière et, de plante médicinale, elle avait progressivement acquis le statut de drogue douce.

La Grande Guerre des moldus de 1914-1918 avait tout changé. Les sorciers avaient eu beau être relativement épargnés par les horreurs de cette triste période, ils n'en avaient pas moins subi les bombardements.

Nombreux étaient les sorciers qui avaient investi des ruralités moldues au fil des siècles. Souvent, les enfants cauchemardaient et les adultes craignaient pour leur vie. Ils s'étaient à nouveau regroupés en villages sorciers, se sentant davantage protégés.

D'expérimentations en expérimentations, ils avaient redécouvert les vertus hypnotiques du Cocharbemar, faisant exploser son commerce. Pour répondre à la demande, des croisements avaient été entrepris par une poignée de cultivateurs peu scrupuleux.

En moins de vingt ans, les mésusages avaient été légion, conduisant la plante à sa perte, multipliant les boutures, croisant les plants originaux avec d'autres boutures plus faciles à cultiver, dégénérant complètement son essence intrinsèque, seulement pour répondre à la demande croissante.

L'Aristocratie sorcière s'en était exclusivement appropriée la culture et des razzias avaient fait disparaître les plants des chaumières. Des champs entiers avaient été incendiés à grande-échelle partout en Europe.

La culture avait seulement repris dans ce milieu d'initié, réservé à l'élite. Et comme pour tout ce qui n'est réservé qu'à une caste en faisant mauvais usage, ses valeurs originelles avaient été oubliées.

A la fin de la Première Guerre contre Voldemort, le Cocharbemar n'avait déjà plus rien d'un Passe-Rêve. Ce n'était plus qu'une drogue permettant de créer des hallucinations. Le trafic avait tout gâché et les plants en circulation étaient totalement viciés, croisés et inefficaces.

Il était désormais quasiment impossible de trouver des pieds sains et intègres. Les rares chanceux bénéficiant de vrais plants de Cocharbemar et non pas d'un sous-produit dérivé se gardaient d'ailleurs bien de le crier sur tous les toits.

Cette plante était devenue extrêmement rare. Quasiment en voie d'extinction. Neville, lui-même, n'avait jamais eu l'occasion d'en voir une de ses propres yeux. Il avait tout lu à leur sujet, avait observé les iconographies mais, jamais au grand jamais n'avait réellement été en contact avec du Cocharbemar.

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- "Mais. Pourquoi ? Pourquoi Neville ? Tu lui as demandé ?

- Il disait qu'il avait juste besoin de dormir et.

- Pourquoi il ne prend pas des potions de Sommeil-Sans-Rêve ?

- Tu te doutes que je lui ai posé la question ! Je crois que s'il avait pu m'étrangler à ce moment-là, il l'aurait fait" précisa le botaniste dans un sourire triste. Il reprit rapidement son sérieux. "Elles ne lui font plus d'effet.

- Mais... comment ?! » s'exclama la blonde. « Il faut en prendre de sacrées doses avant qu'elles soient inefficaces ! »

Neville se racla la gorge.

- "Il en a pris quotidiennement pendant presque 2 ans après la mort de Fred. Les cauchemars avaient fini par se calmer et il arrivait à n'en prendre que ponctuellement jusqu'à il y a quelques mois. Je ne sais pas ce qui l'a fait replonger. Il s'est juste gavé de potions jusqu'à ne plus ressentir de souffrance. Sauf que tu sais comment ça fonctionne…

- Tu ne peux pas toujours occulter tes souvenirs au lieu de les affronter.

- C'est ça. Tout ce qu'il a enfoui s'est déversé. Sa souffrance a débordé et il n'arrive plus à fermer les vannes."

Hannah souffla sur sa tasse en fermant les yeux. Elle aurait préféré ne pas savoir que George allait si mal. Neville posa sa main sur son bras et le serra doucement.

- "Tu… tu as pu faire quelque chose pour lui ?

- Même si j'en avais eu les moyens, tu te doutes bien que j'aurais refusé de lui procurer du Cocharbemar. Trop de risques qu'il succombe à l'appel de l'inhalation des feuilles séchées… Par contre… J'ai eu une idée un peu bête

- Ce sont généralement les meilleures" chuchota Hannah en l'invitant à poursuivre.

- Tu sais qu'on fait des expérimentations avec Ron sur mes plants d'Eschscholtzia ? Il a réussi à distiller les fleurs et à les texturer suffisamment pour en faire une sorte d'onguent.

- Et ça l'aide à dormir ?

- Non" sourit encore Neville. "Non, ça ne le fait pas dormir. Mais ça lui apporte quand même un certain apaisement. Une sorte d'effet myorelaxant. A priori, ces muscles se détendent et son rythme cardiaque ralentit suffisamment pour lui permettre de passer des nuits à peu près calmes. Il doit encore économiser pour s'acheter une Pensine par contre mais, il va un peu mieux".

Elle hocha mécaniquement la tête. Oui, déposer ses souvenirs douloureux pourrait sûrement l'aider. Elle, elle ne pouvait plus grand chose pour lui. Elle ne pouvait pas le laisser écraser son pauvre coeur pour qu'il se sente mieux.

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Alors, verdict ?