Note de l'auteur : Bonjour à tout•e•s,

Je suis ravie de vous présenter ce chapitre qui continue à installer l'intrigue du moment… J'espère que vous apprécierez ce passage avec Narcissa même si, vous vous en doutez, avec elle, rien n'est jamais très simple…

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Avant toute chose, Abeille, je te réponds ici : https (deux points slash slash) www (point) fanfiction (point) net (slash) topic (slash) 237726 (slash) 186030960 (slash) 1 (slash dièse) 186030960

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Dans les épisodes précédents: "Suite à la tentative de suicide de Lucius, le père de Draco intègre la SPA, une plateforme de Soutien aux Prisonniers D'Azkaban. Ses proches bénéficient d'une autorisation exceptionnelle de visite, jusqu'à ce que Narcissa intervienne pour interdire à Draco de voir son père. Alors que le jeune homme tire un trait sur sa famille biologique, sa mère se trouve confrontée à un dilemme, face aux avances du jeune Théodore Nott. Elle s'escrime à ne pas plier sous le poids de son accablement."

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Bonne lecture et à bientôt !

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Chapitre 84 – Narcissa

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Narcissa rabattit la capuche de sa cape sur son visage. Elle n'était qu'une ombre qui se faufilait à travers les ruelles parallèles au Chemin de Traverse. Qu'il lui paraissait loin le temps où elle pouvait sans encombre se pavaner dans l'Allée des Embrumes et comploter sans même s'en cacher.

Cette maudite trace l'obligeait à davantage de prudence. Heureusement, elle continuait à tenir Dickens [1] dans le creux de sa main. Elle n'avait de cesse de lui rappeler, avec un plaisir pervers, que, s'il se défilait, cherchait à se faire remplacer par un de ses collègues, ou ne se pliait pas au moindre de ses caprices, elle n'aurait aucun mal à le détruire, ruiner sa carrière et l'envoyer directement rejoindre Lucius à Azkaban.

Et une fois là-bas, elle ne donnait pas cher de sa peau. Si son époux ne pouvait utiliser sa magie pour le faire souffrir, il n'aurait aucun mal à tant l'isoler qu'un tête à tête avec un Détraqueur serait, en comparaison, une douce promenade de santé.

Pour autant, il avait beau ne pas être un exemple de probité, il ne pouvait, non plus, systématiquement camoufler ses exactions. Elle était obligée d'oeuvrer avec parcimonie avec lui.

Elle n'avait pas besoin qu'il soit soupçonné de malversation par sa hiérarchie. L'avoir dans ses filets lui offrait quelques libertés bienvenues mais, si elle ne voulait pas que leur petit manège soit repéré, Narcissa devait continuer à éviter les lieux reconnus comme source de Magie Noire.

Elle ne doutait pas qu'en foulant du pied l'Allée des Embrumes, une alarme quelconque allait se déclencher aussitôt et que même Dickens ne pourrait rien faire pour empêcher une escouade d'Aurors de rameuter dans la seconde.

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Elle atteignit rapidement un immeuble en briques rouges et s'y appuya d'une main. Le mois de Juillet débutait et même la nuit, la chaleur ambiante restait étouffante. Pourtant, sous sa paume, le mur était glacé.

Elle parcourut quelques mètres, caressant la surface froide du bout des doigts jusqu'à tomber sur une pierre grise, pas plus grosse qu'un œuf, perdue dans les jointures des briques. Ourlant ses lèvres, elle souffla délicatement dessus. « Ma main est tienne, Seigneur et Maître ».

Une porte se découpa dans la pierre et Narcissa s'y faufila rapidement. Il était fou que cette planque n'ait jamais été repérée. En son temps, la bâtisse appartenait à Harpo l'Infâme mais peu de sorciers en étaient encore au fait.

Lucius avait acquis l'immeuble particulier pas loin de trois décennies en arrière et, lorsqu'il était à l'apogée de sa puissance pendant de la Première Guerre, il y avait établi le quartier général des Mangemorts.

Lorsque Son Excellence avait définitivement disparu en 1998, les Malefoy en avaient banni l'accès. Ils devaient coûte que coûte empêcher que leurs activités sombres soient découvertes. Ils avaient apposé un sort d'Oblitération sur la cachette et en avaient eux-mêmes occulté l'existence.

Narcissa avait forcé sa mémoire pendant des mois pour faire émerger les souvenirs liés à ce lieu à nouveau.

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Elle lança un Lumos en entrant et eut une grimace. Le bâtiment était à l'abandon depuis de trop nombreuses années. Son seul souffle envoyait voler des particules de poussières et une bestiole, probablement un rat ou un doxy, s'agitait quelque-part dans la pièce encombrée de toiles d'araignées.

Elle n'avait pas beaucoup de temps. D'un mouvement du poignet, elle envoya quatre boules de lumière rejoindre les coins du plafond et une dernière prit place au centre de la pièce. Elle la rejoignit sur la pointe de pied et s'attela à l'assainissement des lieux.

En quelques minutes, le parquet retrouvait son aspect patiné, le mobilier était dépoussiéré et elle n'avait plus l'envie constante d'éternuer. Elle se tourna vers la cheminée, en retira cinq bûchettes qu'elle métamorphosa en candélabres et les répartit dans la pièce pour augmenter la luminosité ambiante.

Elle alluma ensuite un feu froid afin que les murs conservent une fraîcheur soutenable. Narcissa détestait avoir chaud. Avoir chaud signifiait transpirer et elle se refusait à transpirer. Jamais et en aucune circonstance.

Elle n'y faisait aucune exception. Même une nuit de débauche ne justifiait pas vraiment la moiteur de son corps. La simple idée de sentir des gouttes de sueurs roulant sur sa peau diaphane la dégoûtait et lui donnait envie de courir prendre une douche.

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Elle fit le tour de la pièce, austère. Elle était parfaite. Tant que la formule pour y entrer ou en sortir n'était pas prononcée, elle ne comportait ni porte, ni fenêtre. C'était une prison dont elle seule avait la clé et pouvait jouir à sa guise. Il n'y avait pas de meilleur endroit pour régler ses affaires personnelles.

Le décor était sommaire, tout comme le mobilier. Le long du mur ouest, la large cheminée prenait place, permettant des communications limitées à un cercle restreint d'interlocuteurs mais totalement indétectables.

La création des canaux datait d'une autre époque et tous les documents avaient été détruits des décennies en arrière. Il était vraiment dommage que la majeure partie des sorciers et sorcières qui y étaient reliées aient été des Mangemorts, désormais enfermés à Azkaban au mieux, morts au pire.

Au-dessus de la cheminée, un immense miroir mâtiné couvrait quasiment la largeur du mur. Avec lui, il était impossible de se défiler discrètement. Lorsqu'on s'asseyait face à la glace, les moindres mouvements de la pièce étaient perceptibles.

Les autres murs étaient nus, à l'exception du pan nord qui ne comportait qu'une seule et unique gravure animée. Une reproduction de Salazar Serpentard lui-même qui était toujours restée immobile et muette comme une tombe.

Dans un angle de la pièce, une armure était revêtue de la cape et du masque qu'offrait Son Excellence à ses fidèles. Elle lui jeta un sort de Désillusion rapidement. Ses invités n'avaient pas nécessairement besoin de voir ça.

Au centre de la pièce, une table en bois et ses chaises assorties pouvait s'étendre à l'infini, en fonction du nombre de personnes présentes. A cet instant, elle était carrée et permettait à peine de contenir l'un des candélabres invoqués par Narcissa.

Enfin, le parquet au sol était nu, simplement vitrifié, et le plafond, blanc, était pourvu de moulures qui faisaient la fierté de la blonde. Tout était parfait. Une pièce froide - glaciale même - anonyme, et qu'elle maîtrisait totalement.

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Elle retira sa cape rafraîchissante, la faisant claquer dans l'air, et la plia sur le dossier de l'unique chaise présente. Glissant une main dans la doublure de sa robe, elle en ressortit une montre à gousset finement ouvragée. Vingt-trois heures douze.

Il lui restait largement assez de temps. Elle se dirigea vers le mur ouest et repéra à nouveau l'unique petite pierre grise. Elle la caressa et souffla une fois de plus sur sa surface. Il était nécessaire qu'elle en change le mot de passe avant l'arrivée de ses invités.

Elle trouvait dommage de changer la formule mais elle ne pouvait autoriser n'importe qui à jurer son allégeance à Lucius comme elle le faisait. Il était son Seigneur et Maître. Le sien. À elle seule. Elle refusait de le partager avec quiconque.

Des années en arrière, quand ils en avaient choisi la formule, la même pour les deux époux, ils s'étaient sentis grisés. Les fidèles de Voldemort qui avaient utilisé ce mot de passe ne s'en étaient pas formalisés, bien au contraire. Ils avaient cru que la phrase était destinée à Son Excellence alors qu'elle était un symbole écrasant de l'engagement mutuel de Narcissa et son époux.

Quand elle s'était unie à Lucius, elle s'était imaginé qu'il n'aurait de cesse de la tromper en batifolant avec toutes les sorcières au pedigree un tant soit peu satisfaisant qui passeraient à côté de lui. Il n'en avait rien fait.

Ils avaient, l'un comme l'autre, été d'une fidélité sans faille. Ils avaient mis un peu de temps à apprendre à s'aimer mais, finalement, s'étaient parfaitement complétés pendant toutes ses années, se satisfaisant l'un de l'autre sans aucune difficulté. Jamais ils n'avaient totalement cédé aux appels des sirènes.

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Elle écarta la fugace pensée d'un jeune homme brun, soupira doucement, pointa sa baguette sur la pierre grise de la taille d'un œuf et y apposa le sort de modification. Elle observa des volutes vertes s'enrouler les unes aux autres, se tressant lentement et, secouant la tête, se dirigea vers le grand miroir.

Narcissa enleva de son épaule une poussière imaginaire et réajusta sa coiffure. Satisfaite de l'aura de puissance qu'elle semblait dégager, elle s'installa à table, face au miroir, et continua à travailler son attitude.

Il était nécessaire qu'elle en impose, qu'elle se montre digne, majestueuse et inflexible au premier coup d'œil. Elle se devait de maîtriser l'entretien qui allait suivre de bout en bout.

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Perdue dans ses pensées, le bruit sourd qui accompagnait l'apparition de la porte la surprit légèrement. Elle leva son visage vers le miroir et reprenant totalement contenance, adressa un sourire aux nouveaux arrivants à travers la glace.

La femme entra la première, suivi du jeune Higgs, toujours aussi charmant et doté d'excellentes manières. Ils passèrent quelques minutes à échanger des cordialités protocolaires comme si leur rencontre avait été fortuite, au détour d'un bal ou d'un thé estival.

D'autres que ces trois-là auraient été surpris de leurs formalités mais, dans leur monde, ce cérémonial était un passage obligé. Quelles que soient les circonstances, ils se devaient de respecter les traditions dues à leur rang.

Lui, elle avait tendance à lui accorder sa confiance mais elle ne devait rien laisser passer à Astoria. La cadette Greengrass avait déjà bien trop confiance en elle pour son propre bien.

Les sentiments de Narcissa à son égard étaient ambivalents. A chacune de leurs rencontres, elle finissait toujours par se dire qu'elle ne manquait pas d'air, cette fille-là !

Elle était encore jeune et, si l'imagination et la créativité lui faisaient encore souvent défaut, elle n'avait plus besoin de grand-chose pour arriver à mener complètement le bal.

Narcissa ne savait si c'était le poids des années ou les déceptions successives que lui faisaient subir Draco qui la déstabilisaient tant mais elle n'appréciait définitivement pas se voir supplantée par cette jeune arriviste.

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Flowy, la petite elfe de Narcissa qui était apparue à son claquement de doigt, disparut aussitôt après avoir rempli trois verres Napoléon de Cognac aux Groseilles, sous le regard déjà amusé d'Astoria.

Terence, quant à lui, n'avait pas lâché des yeux la matriarche Malefoy, les sourcils froncés. L'aînée se fit la réflexion qu'une expression aussi sombre ne lui seyait en aucune façon et se retint d'en frémir d'appréhension. Il se racla doucement la gorge.

- "Narcissa, je vous remercie de nous avoir accordé cet entretien".

Elle hocha la tête et laissa son propre regard balayer les deux jeunes gens, lui et sa mine sombre, elle et son sourire discret.

- "Je vous avais informé, il y a environ un an, que Miss Greengrass ici présente se retirait en Suisse."

Narcissa opina à nouveau du chef, tentant d'ignorer le sourire d'Astoria qui grandissait à vue d'oeil.

- "Nous pensions tous que ses parents avaient pris cette décision pour calmer les rumeurs après son escapade avec votre fils mais…

- Mais ?" demanda sèchement Narcissa

- "Mais, la situation était un peu plus complexe que cela" termina simplement Terence en se tournant vers la plus jeune des femmes qui minauda une fois de plus. Il reprit en levant les yeux au ciel. "Narcissa, je vous conjure de me croire, je ne l'ai appris moi-même que très récemment.

- Si vous alliez droit au but, Astoria ? Nous gagnerions un temps précieux." répondit simplement la blonde d'une voix ferme.

La brune baissa les yeux sur son verre et fit tournoyer le liquide rougeâtre, ses lèvres toujours étirées en un sourire discret. Elle ménageait son effet, agaçant prodigieusement son aînée.

- "Mes parents m'ont envoyé en Suisse l'été dernier lorsque nous avons compris que je terminais mon premier trimestre" souffla-t-elle enfin doucement.

- "Votre ? Comment ça, votre premier trimestre ?" Demanda stupidement Narcissa, amenant un ricanement moqueur sur les lèvres de la brune.

- "J'étais enceinte." s'exclama Astoria. "De Draco."

La blonde avala son verre d'une traite, hocha la tête quand Terence entama un geste pour la resservir et, pour faire bonne mesure, prit une nouvelle lampée de Cognac aux Groseilles.

- "Scorpius est né en janvier. Le 10 janvier. On est revenus en Grande-Bretagne il y a quelques semaines." expliqua encore la brune, un immense sourire aux lèvres.

Narcissa en était désormais convaincue. Elle détestait Astoria. Viscéralement. Depuis le fond de ses tripes. Et pourtant, elle ne niait pas que tous les éléments qui l'amenaient à la détester en auraient également fait la bru idéale.

Dans d'autres circonstances, elle aurait pu s'imposer en tant que Lady et Narcissa n'aurait plus eu qu'à laisser son nom partir dans l'oubli. Elle ne se sentait pourtant pas encore prête à laisser sa place.

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Alors ? Verdict ?

Je crois que vous n'imaginez pas à quel point je suis impatiente de vous présenter le prochain chapitre ! Qui n'aura rien à voir avec celui-là ! Alors, à votre avis, à qui le tour ? ;-)

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[1] Dickens : Auror et ripou, à la solde de Lucius Malefoy depuis une vingtaine d'année, accepte d'aider Narcissa, à sa sortie d'Azkaban, en lui rendant service pour effacer certaines traces de ses activités un peu louches (CQAS, chapitre 60).