Note de l'auteur : Bonjour à toutes et tous,
Bienvenue au Manoir Greengrass ! J'espère que ce petit détour du côté de chez Daphné vous plaira et il me tarde d'avoir vos retours !
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Dans les épisodes précédents : "Daphné et Ron se sont rapprochés tout au long de l'année 2004, d'abord contraints et forcés par leurs rôles respectifs de témoin du mariage de Terence et Ginny. Un peu par hasard, ils ont appris à se connaitre bibliquement, sans s'embarrasser de sentiments. Au milieu de l'été, la jeune femme est confrontée au décès de sa cadette, Astoria."
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Bonne lecture et à bientôt !
Chapitre 90 – Daphné
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Daphné se glissa derrière Ron qui paressait sur un banc du Parc du Manoir familial et glissa ses doigts dans ses cheveux roux distraitement. Les yeux fixés sur le paon blanc d'Astoria, elle ne fit pas même attention au regard curieux qu'il lui lança par en dessous.
Un frisson parcourut le jeune homme et, avec un sourire, elle se pencha en avant pour l'enlacer, lui soufflant au creux de la nuque qu'elle savait comment le réchauffer, provoquant à nouveau une chair de poule sur sa peau qui n'avait plus rien à voir avec la fraîcheur de ce début d'automne.
Elle posa doucement ses lèvres au bas de son oreille, en frôlant le lobe, appréciant chacune de ses réactions épidermiques. Ces deux derniers mois, Ron avait été d'un soutien indéfectible. Elle n'avait pourtant jamais envisagé de parier la moindre Mornille sur cette grande gigue.
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Lorsque Astoria avait été retrouvée inerte dans sa chambre au petit jour, Daphné avait cru voir son monde s'écrouler. Elle avait eu tellement de difficultés à y croire. Sa soeur, sa petite soeur, son bébé n'était plus là.
D'aussi loin qu'elle se souvenait, Daphné ne se rappelait de rien avant la naissance d'Astoria. Rien. Elle avait pourtant déjà deux ans lorsqu'elle était arrivée dans son monde mais, ses premières réminiscences comptaient toutes la présence de sa soeur.
Elle se rappelait parfaitement sa curiosité face à ce bébé qui pleurait souvent. Elle se souvenait de ses élans d'affection et autant de son incommensurable agacement. Elle n'avait pas oublié, non plus, la jalousie qui l'étreignait quand sa Nanny avait été accaparée par ce nouveau-né.
Ses caprices avaient été tels que sa mère avait finalement cédé et employé une seconde gouvernante, pour qu'elle n'ait pas à partager la sienne. Rapidement, en grandissant, les filles Greengrass avaient eu des envies et des désirs diamétralement opposés.
Elles ne voulaient pas de la même vie et ne plaçaient pas le curseur au même endroit. Pour autant, elles s'aimaient profondément et Daphné avait toujours considéré sa cadette comme une confidente.
Elle avait souvent regretté que sa soeur soit si discrète sur ses sentiments et ses ressentis mais, elle n'en savait pas moins qu'elle pensait se protéger ainsi. Elle l'avait laissé faire, avec bienveillance.
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Daphné avait dû user de toute sa diplomatie pour que leurs parents acceptent qu'Astoria vive sa grossesse et garde Scorpius. Quand la cadette n'avait plus pu leur cacher son état, leurs parents étaient entrés dans une colère noire.
Avec tout l'aplomb et la détermination qui la caractérisait, l'aînée avait longuement parlementé, surtout avec son père qui craignait le déshonneur. Elle savait qu'il n'avait été qu'à moitié convaincu mais cela avait été suffisant pour qu'il ne renie pas sa plus jeune fille.
Daphné avait beau y avoir mis tout son coeur, elle n'avait, par contre, pas réussi à convaincre sa petite soeur de lui révéler le nom du père. Astoria était restée secrète jusqu'au bout. Elle n'avait plus eu besoin de grande révélation quand elle avait finalement rencontré Scorpius.
Les suppliques de sa cadette l'avaient empêchée d'aller à la rencontre de Draco pour l'obliger à faire face à ses responsabilités. Aujourd'hui, ce n'était plus la peine. Dès qu'il avait eu la confirmation de sa paternité par Madisson [1], il avait lancé des procédures au Magenmagot.
La bataille juridique entre les parents Greengrass, Narcissa Malefoy et Draco faisait rage, chacun luttant pour obtenir la garde exclusive de Scorpius. Elle préférait se tenir éloignée de ces combats. L'absence de sa soeur était encore trop forte.
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Perdre Astoria avait un peu été comme perdre sa meilleure amie. Daphné avait cru voir le sol s'ouvrir en deux jusqu'à ce que Ron lui tienne la main. Elle n'avait même pas eu à lui demander quoi que ce soit.
Ce matin du deux août, quand elle avait été réveillée par les hurlements de sa mère, Daphné n'avait pas un seul instant pensé à son amant. Ce n'était qu'un gentil garçon avec qui elle prenait du bon temps, il n'avait aucune raison de lui traverser l'esprit.
Il avait fallu faire venir un Médicomage, confirmer le décès d'Astoria, prévenir la Brigade de Police Magique, accueillir les Aurors, faire des dépositions, voir son esprit sondé, plusieurs fois.
Elle avait à peine vu la journée se dérouler, totalement anesthésiée, ne ressentant rien. Elle avait eu l'impression d'être totalement dissociée, décorporée. Son corps avait agi de lui-même.
Vers 18h, elle avait suivi ses parents jusqu'à Sainte-Mangouste et, en arrivant, avait entendu les pleurs de sa mère redoubler, en réaction aux exclamations de bonheur d'un groupe joyeux, dans le hall de l'hôpital.
Sans sa mère, Daphné n'y aurait pas même prêté attention. Son désespoir assourdissant lui avait fait lever les yeux. Une bande de rouquins se congratulaient bruyamment. Ron s'était précipité sur elle, en la reconnaissant, pour lui annoncer la naissance du petit Louis.
Son immense sourire s'était tari aussitôt qu'il avait vu ses yeux éteints et son teint blafard. A l'instant où il lui avait demandé ce qu'il se passait, elle s'était effondrée, laissant filer les larmes qu'elle ne s'était pas aperçue avoir retenues depuis le petit jour.
De ses bras, il l'avait empêchée de glisser au sol et l'avait serrée étroitement contre lui. Elle continuait à être surprise de le trouver bien plus fort que ce que sa silhouette dégingandée laissait soupçonner. C'était son père qui l'avait alors informé du décès d'Astoria.
Ron n'avait rien dit. Juste le silence. Le silence, et ses bras serrés encore plus intimement autour d'elle. Ce silence avait été bien plus réconfortant que tous les mots stupides, banals, vides de sens, qu'elle avait entendu depuis.
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Elle avait mis plusieurs jours à s'apercevoir ne même pas avoir ressenti le besoin de solliciter Terence. Morgane pouvait pourtant en être témoin, il était son roc depuis de nombreuses années.
Leur amitié avait débuté à l'aube des quinze ans de Daphné. À cette époque, elle était follement amoureuse de Bryan. De six ans son aîné, ils ne se croisaient quasiment qu'aux Rallyes.
Ils s'y étaient rencontrés, s'y étaient découverts, s'y étaient aimés. Mal, mais aimés quand même. Pendant trois ans, elle avait cru qu'ils finiraient leurs jours ensemble. Elle pensait former un couple avec lui.
Dès qu'elle quittait Poudlard, à chaque période de vacances, ils reprenaient là où ils s'étaient arrêtés. Ils se glissaient des mots d'amour, des promesses chantantes. Elle y avait cru. Dur comme fer.
Terence l'avait pourtant prévenue qu'il n'était pas prêt à se poser. Qu'il comptait se marier à son travail et que jamais il ne voudrait partager sa vie. Qu'il n'était pas fait pour prendre femme.
Daphné n'avait pas voulu y croire. Elle n'avait jamais ressenti le besoin de promesse de mariage. Elle n'était pas comme Astoria. Elle n'avait pas d'attente à ce niveau-là. Elle voulait juste vivre une passion amoureuse.
Elle ne savait d'ailleurs pas bien ce que leurs parents avaient raté dans leur éducation pour qu'elle et sa petite soeur aient voué un tel culte pour les histoires d'amour impossibles à sens unique.
Toujours était-il que Daphné avait commencé à déchanter après avoir passé ses ASPIC et était tombée de haut l'année suivante, quand Bryan avait terminé sa formation d'Auror. Il s'était effectivement marié à son travail et avait disparu de son monde. Il était là sans y être. Devenu Arlésienne, il n'avait quasiment plus participé à une seule soirée.
Terence l'avait finalement ramassée à la petite cuillère, quand, à l'aube de ses dix-neuf ans, elle l'avait tout simplement vu embrasser Pérégrin Derrick à pleine bouche derrière un bosquet, pendant le mariage d'Alice [2].
Son ami avait beau ne pas lui avoir épargné un "Je t'avais prévenue !", seriné d'une voix paternaliste, elle ne lui en avait pas tenu rigueur. Il avait été une oreille attentive et d'excellents conseils.
Pour ne rien gâcher, il n'y avait jamais eu aucune ambiguïté entre Daphné et Terence. Aucune tension passionnée. Ils n'avaient jamais cherché à se séduire, d'aucune manière. Elle aimait à croire que leur amitié était aussi solide qu'indéfectible.
Pourtant, grâce à Ron, elle n'avait pas eu besoin de lui, cette fois. Le grand roux avait accepté avec une incroyable sérénité qu'elle vienne lui gâcher ses soirées, simplement pour s'asseoir dans ses bras sur son canapé, murée dans le silence.
Il s'était tu quand elle en avait exprimé l'envie et l'avait abreuvée de babillages lorsqu'elle avait bien voulu l'écouter. Quand elle s'était sentie prête, elle lui avait demandé de lui expliquer ce que ça signifiait, de perdre son frère. Elle voulait qu'il lui raconte comment il l'avait vécu.
Depuis, elle avait appris qu'il avait eu des difficultés à se sentir légitime dans sa peine. A cause du jumeau qui avait survécu, il avait cru avoir moins le droit de souffrir. Elle s'était dit que c'était tellement plus triste que ce qu'elle vivait, elle.
Daphné était accablée et pas bien sûre de comprendre comment il était possible de mourir aussi jeune, sans préavis, sans qu'aucun signe précurseur n'ait pu préparer à ce vide que laissait la mort d'Astoria.
Elle savait, tout autant, qu'elle allait se remettre de cette perte, une fois ses larmes taries. Elle en était persuadée. Elle était suffisamment aimée pour ne pas se laisser submerger. Elle allait rebondir. Après.
D'ici-là, savoir que Ron était là était particulièrement réconfortant. Tellement réconfortant qu'elle n'avait même pas eu envie de se moquer de lui quand, la semaine précédente, il lui avait proposé de venir dîner au Terrier.
Elle n'avait jamais rencontré officiellement les parents de ses prétendants. Bien sûr, elle les connaissait tous, pour les avoir côtoyés aux Rallyes ou en Gala, ou, concernant les parents de Ron, au mariage de leur fille. Pour autant, jamais elle n'avait été présentée de cette manière-là et, elle en était presque émue.
Elle ne se sentait nullement impressionnée à l'idée d'être présentée aux Weasley mais elle se rendait bien compte qu'elle franchissait une nouvelle étape avec leur fils. Elle n'en savait pas moins qu'en acceptant, elle devait aussi admettre qu'IL était important. Que la Belette était importante.
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Daphné ne put retenir un éclat de rire clair, appuyant sa caresse dans la tignasse rousse. Ron pencha la tête en arrière pour voir le visage de la brune et leva un énième regard curieux vers elle.
- Weasley est mon Roi, conclut-elle dans un baiser en ne pouvant s'empêcher de pouffer contre ses lèvres.
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Alors, verdict ? Cette virée dans la tête et la vie de Daphné ? Son histoire avec Ron ? Et puis… Dites donc ! Mais… On en apprend aussi de belles sur d'autres personnage ! Alors, alors ? ^^
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[1] Madisson : Vieux Médicomage spécialisé en gynécologie, le meilleur dans son domaine malgré son air bourru ! Il apparaît pour la première fois dans le chapitre 68.
[2] Alice Derrick : l'anecdote qui ne sert à rien (comme souvent !)… Vous vous souvenez ? C'est Alice qui a dépucelé Draco à l'aube de ses quinze ans ^^
