Tu m'apprendras… ?
Ok, j'espère que vous êtes prêts, car les trois prochains chapitres vont être un véritable ascenseur émotionnel. Nous commencerons avec une note sensuelle, dans la lignée de la fin du précédent chapitre, avant de passer à l'action. Je préfère vous prévenir, le cliffhanger de fin de chapitre est rude. Ahah.
Merci à Macki, Wizzette, flolive et Ambrouille pour leurs reviews.
Macki : merci beaucoup, ahah ! C'est le meilleur compliment. J'avais très très peur en me lançant dans cette fic de ne pas arriver à rendre Bree crédible, de ne pas assez bien gérer son trauma et la façon dont ses sentiments vont évoluer, tout en faisant évoluer Stephen en parallèle. Bref, c'était très casse-gueule donc je suis ravie d'entendre que ça fonctionne !
Ambrouille : on ne peut pas dire que cet arc soit vraiment « morbide », bien au contraire. Il est difficile pour Bree, psychologiquement parlant car elle va vraiment passer par TOUTES les émotions, les pires comme les meilleures (et aussi les plus intenses hihihi). Mais cela va vraiment marquer un tournant dans leur relation car après ça… le pire sera derrière elle. Du moins pour ce qui est de Stephen… Bonne lecture !
~o~
15. The Wanderer
Février 1974.
Les yeux rivés sur la lumière blafarde de la lune qui filtrait à travers le rideau entrouvert, Brianna écoutait la respiration lente et régulière de Stephen endormi dans son dos, enviant la capacité de son mari à glisser dans les bras de Morphée sitôt son devoir conjugal accompli. De temps en temps, elle le sentait s'agiter, refermer ses doigts autour de son sein ou souffler un peu plus fort sur ses épaules nues. Ces gestes devenus habituels ne la réveillaient même plus ils n'étaient donc pas la cause de son insomnie. Non, ce qui la maintenait éveillée était bien plus personnel… plus intérieur.
Le comportement de Stephen avait changé depuis ce baiser fatidique, auquel elle s'était surprise à répondre avec empressement en cette mémorable nuit du vingt-cinq décembre. Stephen Bonnet savait parfaitement faire la différence entre un baiser arraché à des lèvres contraintes et un baiser (con-)sensuel, et celui-là n'avait laissé aucune place au doute, flattant son égo déjà démesuré. Brianna s'était attendue à ce qu'il lui en rebatte les oreilles pendant des semaines, mais il ne l'avait plus jamais mentionné. En revanche, ses caresses, ses sollicitations, ses gestes étaient devenus plus osés, plus intimes, mais aussi tellement plus doux que Brianna ne pouvait s'empêcher de tressaillir à chaque fois qu'un de ses doigts effleurait une partie sensible de son corps. Ces tressaillements n'étaient en rien semblables à ceux qui l'agitaient lors de leurs premières semaines de mariage, lorsqu'elle était encore réticente à tout contact physique entre eux… et il l'avait senti.
Comme si le cerveau endormi du pirate avait capté ses pensées, il remua dans son sommeil et sa main glissa le long de sa taille jusqu'à son bassin, le bout du majeur venant tout juste effleurer la naissance de son pubis.
… un besoin irrépressible de te posséder…
La jambe gauche de Bree tressauta et un frisson la parcourut des pieds à la tête. Elle s'en était rendu compte depuis leur retour de New Bern : les paroles de Stephen l'avaient troublée, assez pour qu'elles restent gravées dans son esprit au mot près. Il lui avait fallu des nuits entières à s'auto-psychanalyser pour comprendre pourquoi, et plusieurs autres pour accepter la conclusion qu'elle en avait tirée. Mais c'était la seule plausible…
Elle avait toujours reproché à Roger de la mettre sur un piédestal. Cela avait d'ailleurs failli réduire leur histoire d'amour à néant lorsqu'au festival écossais, il avait carrément déclenché une dispute rien qu'à l'idée qu'elle ne l'épouse pas après seulement deux jours de romance. Ou que leur histoire ne soit qu'un flirt et qu'elle rencontre hypothétiquement d'autres hommes. Brianna avait eu du mal à digérer de se faire gronder comme une adolescente et insulter pour quelque chose qu'elle n'avait même pas encore fait et qui aurait très bien pu ne jamais arriver. Mais elle avait passé l'éponge (une chose récurrente avec Roger) et leur avait donné une seconde chance. Seconde chance qu'il avait bien failli gâcher en apprenant la nouvelle de son viol et de sa grossesse… Et même s'il avait fini par revenir vers elle et l'épouser, le regard qu'il posait sur elle avait changé. Elle était 'endommagée', plus jamais pure à ses yeux, et elle en avait souffert. En silence.
Stephen, lui, l'avait brutalisée, souillée, s'était emparé de son corps et de son esprit sans même se soucier du traumatisme qu'il laisserait derrière lui. Des années plus tard, pourtant, il était revenu à la charge mais loin de la considérer comme impure, elle demeurait aussi belle et parfaite à ses yeux qu'au premier jour. Quels que soient les outrages qu'elle subissait, quel que soit son comportement ou son attitude, son regard sur elle ne changeait jamais. Il y a encore quelques mois, elle considérait cela comme une mauvaise chose, mais aujourd'hui… elle n'en était plus sûre.
Brianna avait parfaitement conscience du paradoxe : elle aimait que l'homme qu'elle haïssait la considère comme un joyau inestimable en toutes circonstances, et elle reprochait à l'homme qu'elle aimait de ne plus voir en elle un idéal de pureté. Idéal qu'elle avait toujours détesté, de surcroît ! Aucune logique dans tout ça juste un ressenti, brut et inexplicable.
Toujours était-il que la récente authenticité de leurs échanges, conjuguée à la douceur de leurs ébats et à l'absence de nouveaux événements mondains insupportables, avaient plongé River Run (et Brianna) dans une routine confortable, sécurisante – lui faisant presque oublier l'échec de sa dernière pêche aux informations. La culpabilité d'apprécier ce répit bienvenu était toujours là, mais elle l'avait atténuée en se disant que plus Stephen la croirait résignée et peu à peu séduite, plus il lui accorderait de libertés et de confiance. Et donc de marge de manœuvre.
Deux mois plus tard, cependant, elle devait se rendre à l'évidence : elle n'était pas plus libre de ses mouvements – bien au contraire, puisque Bonnet semblait soudain bien plus intéressé à l'idée de rester à la maison que d'aller vaquer à ses occupations diverses – et le sexe, autrefois source de détresse et de dégoût, devenait de plus en plus… normal. Plaisant, même, à l'occasion.
Comme à chaque fois qu'elle tentait quelque chose pour retourner la situation à son avantage, le piège se refermait un peu plus sur elle. Bonnet contrecarrait le moindre de ses plans – parfois même sans le vouloir – ou bien quelque chose se produisait et les rapprochait l'un de l'autre au lieu de les éloigner. Sa 'faussefausse-couche' en était d'ailleurs un exemple flagrant. Elle avait voulu éviter de se retrouver définitivement piégée auprès de Bonnet en mettant un terme à sa grossesse… et ils n'avaient jamais été plus intimes que depuis ce jour-là. Aussi bien psychologiquement que physiquement – lorsqu'elle évacuait sa colère par les coups et qu'il répliquait par de longues étreintes, ou plus encore plus récemment lorsqu'ils faisaient l'amour. Et surtout depuis qu'il l'autorisait à être honnête et authentique en sa seule présence.
Stephen s'agita de nouveau dans son dos, plus violemment cette fois, et elle se retourna pour l'observer. Les premiers temps, après avoir appris la nature de ses cauchemars, elle avait pris un malin plaisir à le regarder se tortiller, transpirer, grimacer tout en l'imaginant en train de se noyer dans une eau sombre et sale. Puis elle avait traversé une phase de lassitude, agacée d'être réveillée chaque nuit ou presque par les mouvements erratiques de l'Irlandais. Mais depuis quelques semaines, elle se surprenait à attendre impatiemment que les paupières de Bonnet s'ouvrent, dévoilant deux yeux apeurés qui balayaient frénétiquement les environs… avant de se poser sur elle. Tout comme la détresse qu'elle lisait dans les yeux de Jemmy s'évanouissait à la seconde où elle passait le seuil de sa chambre pour le consoler, celle de Bonnet se muait en un profond apaisement ou en un désir ardent dès qu'il entrevoyait son regard interrogateur, ses lèvres entrouvertes, ou une épaule nue sous l'épais édredon. Et elle mettait un point d'honneur à soigner le moindre de ses gestes à ce moment-là : un sourire doux, rassurant, une main fraîche sur son front moite, une mèche blonde délicatement repoussée en arrière. Peu importait qu'ils aient passé la journée précédente à faire semblant ou qu'elle l'ait au contraire blâmé pour tous ses malheurs, tant qu'elle était là pour le rassurer à cet instant précis où il était le plus vulnérable.
Toutefois, Bonnet ne se réveilla pas cette nuit-là et ce ne fut que tard dans la nuit que Brianna sombra à son tour dans le sommeil. Si profondément que le soleil était déjà levé depuis un moment lorsqu'elle rouvrit les yeux, dans un lit conjugal vide et froid. Compte tenu du boucan que produisait la literie au moindre mouvement brusque, cela ne pouvait signifier qu'une seule chose : Stephen avait fait preuve de la plus grande délicatesse pour s'extirper des couvertures, s'habiller et quitter la pièce sans la réveiller. Il y a quelques mois encore, elle aurait soupçonné un rendez-vous avec un partenaire de crime dont il ne voulait pas qu'elle connaisse l'existence, mais plus maintenant. Depuis sa grossesse et la fin de celle-ci, il n'était pas rare qu'il la laisse dormir tout son soûl, quitte à prendre le petit-déjeuner seul dans la salle à manger. Quelque chose qu'il n'aurait pas accepté avant novembre dernier…
Après avoir enfilé une jupe simple, une blouse et une ceinture, Brianna remonta le couloir du premier étage et constatant que la chambre de Jem était vide, jeta un œil par la fenêtre. Son fils était déjà dehors, courant après son chien et surveillé de près par Hennessy. Rassurée, elle descendit aux cuisines, où Phèdre s'empressa de lui servir une tasse de thé et quelques pâtisseries qu'elles partagèrent avec gourmandise. Ce genre de matinée faisait définitivement partie des préférées de Brianna : pas de mari, du calme, une conversation agréable avec une amie et un petit-déjeuner gourmand, tout en sachant son fils en train de s'amuser au grand air. Les deux jeunes femmes venaient d'engloutir un dernier scone luisant de confiture lorsque Joyeux fit irruption dans la cuisine pour se servir un verre d'eau, avec toute la bonne humeur dont il était capable. Phèdre bondit aussitôt hors de sa chaise pour débarrasser les vestiges de leur repas et alors que Hennessy engloutissait son verre d'un trait, Brianna fronça les sourcils.
« Une minute. S'il est ici, lui, qui surveille Jeremiah ? », demanda-t-elle soudain, en dirigeant un regard inquiet en direction de Phèdre. La question était adressée à son garde, mais comme il ne lui répondait jamais, elle ne s'attendait pas vraiment à une quelconque explication de sa part. Phèdre commençait à hausser les épaules mais, à leur grande surprise, un grognement s'échappa de la bouche de Hennessy.
« Je l'ai laissé sous la surveillance d'un des valets de pied. »
Brianna tourna la tête vivement, les sourcils formant deux accents circonflexes étonnés sur son front.
« Qu'ouïs-je ? Qu'entends-je ? M'auriez-vous… ? Mais oui, vous m'avez adressé la parole ? », railla-t-elle, tandis que Hennessy levait ostensiblement les yeux au ciel.
L'homme reposa son verre sur l'un des plans de travail de la cuisine avec un claquement sec. « Les ordres ont changé. »
Oh, voilà qui est intéressant…, pensa Bree, les yeux brillants. Elle aurait pu en rester là, mais la tentation de titiller son garde du corps muet était trop forte. « Fabuleux. La prisonnière, enfin autorisée à converser avec son geôlier… Quelle est la prochaine étape ? On se boit un verre tous les trois en échangeant nos petits secrets ? »
Près du seau d'eau claire où elle rinçait la vaisselle du petit-déjeuner, Phèdre pouffa tandis que Brianna décochait un sourire éclatant à Hennessy, qui restait de marbre. « Mesurez vos paroles, Madame. Je n'aimerais pas devoir faire part de votre insolence à Monsieur Bonnet. »
« Bien sûr, bien sûr… Où est-il, d'ailleurs, mon cher et tendre époux… la prunelle de mes yeux… le soleil de ma vie… »
Cette fois, Phèdre laissa carrément échapper un gloussement aigu qui lui valut un regard meurtrier du majordome, mais celui-ci consentit malgré tout à répondre.
« Un acheteur potentiel est venu visiter une partie des terres à l'ouest… »
Il n'eut pas le temps de finir sa phrase. La porte des cuisines venait de s'ouvrir à la volée sur un Jeremiah écarlate, les joues baignées de larmes, suivi de près par le valet qui en avait la garde. Tenant l'un de ses bras contre lui, l'enfant fila droit sur Brianna, qui sentit toute envie de rire la quitter.
« Qu'y a-t-il, Jem ? Tu t'es fait mal ? »
L'enfant ne répondit pas, se contentant de sucer frénétiquement son pouce, le visage enfoui dans les jupes de sa mère. Celle-ci releva la tête pour interroger le valet du regard, presque en même temps que Hennessy – lequel devait avoir l'air bien plus menaçant que la jeune femme. Le valet pâlit et fit un pas en arrière.
« Je ne sais pas ce qu'il s'est passé, Madame. Il a voulu jouer à cache-cache et alors que je m'employais à le chercher… il a surgi en pleurant hors des écuries. »
Brianna se détacha doucement de Jeremiah pour s'accroupir et se mettre à sa hauteur, ses yeux passant en revue chaque centimètre de l'enfant à la recherche d'un détail, un bleu, une bosse ou une marque quelconque pouvant indiquer le mal qui le rongeait. C'est alors qu'elle repéra une rougeur au niveau du poignet, en-dessous de la manche de sa veste. « Est-ce que je peux regarder ton bras, Jem ? », demanda-t-elle en saisissant doucement le poignet de l'enfant. Brianna palpa le membre avec d'infinies précautions, mais rien ne semblait cassé car Jeremiah ne broncha pas. Elle fit ensuite légèrement bouger la main, qui était parfaitement mobile, et poussa un soupir de soulagement. « Je vais remonter ta manche, d'accord ? » Il était à présent temps d'investiguer cette rougeur…
Le cœur battant, elle ouvrit les deux petits boutons de manchette qui serraient le poignet de Jeremiah et retroussa le tissu jusqu'au coude, réprimant un hoquet de surprise. Là, sur la peau pâle de Jeremiah, était imprimée la forme caractéristique de cinq doigts et d'une paume tout autour de son bras frêle. Quelqu'un avait manifestement saisi l'enfant avec violence. Mais qui ? Et pourquoi ? Brianna fit mentalement l'inventaire des potentiels coupables et de leurs mobiles. Stephen ? Non, malgré tous les griefs qu'elle-même pouvait avoir contre l'Irlandais, elle savait au plus profond d'elle-même qu'il n'aurait jamais levé la main sur Jemmy. Pas sans une excellente raison (comme l'empêcher de se blesser ou autre) et surtout, il aurait ramené lui-même l'enfant à la maison. Hennessy était avec elle et Phèdre dans la cuisine, et les valets n'auraient jamais commis un tel acte, bien conscients qu'ils risquaient leur poste (voire leur peau) s'ils osaient toucher un seul cheveu de Jeremiah Bonnet.
L'enfant se trouvait dans l'écurie, lorsque l'incident s'était produit. Peut-être le palefrenier l'avait-il attrapé un peu trop durement pour l'écarter des dangereux sabots de l'un des chevaux ? Mais dans ce cas, pourquoi n'avait-il pas raccompagné l'enfant à l'intérieur pour s'expliquer ? Non, aucune des personnes qui vivaient à River Run ne pouvait être responsable. Cela ne pouvait signifier qu'une chose. Un intrus s'était introduit dans l'écurie, quelqu'un qui avait voulu emporter Jeremiah contre son gré. Brianna se redressa et se dirigea aussitôt vers la porte de service qui menait à l'arrière-cour.
« Je vais aux écuries, peut-être quelqu'un pourra-t-il m'expliquer ce qu'il s'est passé là-bas… »
« Je vais aller chercher Monsieur… », rétorqua Hennessy, mais Brianna avait déjà quitté les lieux et ne l'entendit pas.
Traversant la cour au pas de course, elle s'engouffra dans les écuries – vides, à l'exception des chevaux dans leurs box. Ceux-ci semblaient quelque peu nerveux et elle s'approcha du premier box pour poser une main apaisante sur le museau de son habitant.
« Il y a quelqu'un ? », appela-t-elle en plissant les yeux pour les habituer à la semi-obscurité. Seul le renâclement d'un des chevaux lui répondit et elle ne put s'empêcher de paniquer. L'ambiance était lugubre. Elle s'était précipitée ici en pensant y trouver quelqu'un de sa famille, ce qui expliquerait la tentative d'enlèvement de Jemmy, mais la sensation de s'être trompée et d'avoir en réalité affaire avec un détraqué faisait doucement son chemin le long de son échine, provoquant de désagréables frissons. Délaissant le cheval, elle faisait quelques pas dans l'écurie, aux aguets lorsque une silhouette sombre surgit soudain hors d'un box pour plaquer une main sale sur sa bouche. Brianna poussa un cri étouffé, tandis que l'autre bras de son assaillant enserrait violemment sa taille, et se débattit comme un beau diable... jusqu'à ce que la voix de l'inconnu s'élève, avec une pointe d'agacement et un fort accent écossais.
« Bon sang, Brianna, c'est moi ! »
La jeune femme s'immobilisa et tourna deux yeux interrogateurs en direction de l'intrus, identifiant bientôt les traits de Roger malgré la barbe hirsute qui assombrissait son visage. Son ex-mari avait maigri, semblait porter les mêmes vêtements depuis un bon mois et n'avait probablement pas vu un peigne depuis aussi longtemps. La main crasseuse quitta sa bouche et elle recula d'un pas pour avoir une meilleure vue d'ensemble de l'Ecossais. « Roger ? Qu'est-ce que tu fais ici ? »
« Je suis venu te chercher ! »
Brianna cligna des yeux plusieurs fois, partagée entre le soulagement – de savoir que Roger ne l'avait pas abandonnée au dix-huitième siècle – et la colère. Non seulement parce qu'il était totalement stupide de tenter un sauvetage sans prévenir, mais aussi parce que Jemmy semblait plus traumatisé qu'autre chose par leurs retrouvailles. Roger s'avança soudain, les bras tendus mais elle recula de nouveau hors de sa portée.
« C'est toi qui a blessé Jeremiah au bras ? », cracha-t-elle avec colère.
Roger grogna et leva les yeux au ciel. « Il ne m'a pas reconnu, j'ai essayé de l'emmener pour le mettre en sécurité mais il m'a bourré de coups de pied… »
« Si tu lui as sauté dessus sans prévenir et par derrière, comme tu viens de le faire, ce n'est pas étonnant ! », siffla-t-elle, avant d'ajouter face à l'expression vexée de Roger : « Il ne t'a pas vu depuis une éternité et tu es méconnaissable… Tu t'attendais à quoi ? »
Roger ne répondit pas et balaya les environs du regard d'un air nerveux, avant de lui saisir le bras. « On n'a pas de temps à perdre, il faut partir… »
« Et Jem ? Il est dans la maison et avec la frousse qu'il a eue, je doute qu'il en ressorte de sitôt… »
« Je reviendrai le chercher un autre jour, la priorité c'est de gagner le cercle de pierres et de te faire traverser-
« C'est hors de question ! » D'un geste brusque, elle se libéra de l'emprise de Roger et lui décocha un regard venimeux. « Tu n'as donc pas retenu la leçon, au tribunal ? Je. N'abandonnerai pas. Mon. Fils », articula-t-elle avec hargne. « Je partirai avec lui ou je ne partirai pas. Fin de la discussion. »
« Par le Christ, toi et Jamie vous faites la paire… Lui aussi veut passer par la voie légale, vous sauver tous les deux en même temps… ça fait sept mois, Brianna, et on est toujours à la case départ ! »
Le silence retomba dans l'écurie et les deux ex-époux se mesurèrent du regard. Brianna croisa les bras et pinça les lèvres. « Tu as quitté le Ridge, n'est-ce pas ? C'est pour ça que tu ressembles à un vagabond. Tu voulais te pointer ici sans prévenir, au risque d'empirer la situation… et mon père n'était pas d'accord. C'est bien ça, Roger ? » Comme il restait silencieux, elle secoua la tête. « As-tu la moindre idée de tout ce que je fais pour que mon quotidien ne soit pas un Enfer, ici ? Imagines-tu seulement à quel point l'équilibre entre danger et sécurité est fragile dans cette maison ? Et toi, tu débarques, la fleur au fusil… Tu mets Jeremiah en danger ? Tu me mets en danger, moi ? Et tu oses… tu OSES me demander encore une fois de te suivre en abandonnant mon bébé ici ? »
Elle vit les narines de Roger se dilater il n'aimait pas se faire sermonner de la sorte, à fortiori lorsqu'il savait être en tort. Mais faute de trouver les mots, il empoigna de nouveau Brianna par le bras et la tira en direction de la sortie.
« Lâche-moi… Lâche-moi, espèce d'égoïste ! Lâche mon foutu bras ! », grinça-t-elle, tout en plongeant ses ongles dans le moindre centimètre de peau accessible. Mais Roger semblait ne pas sentir la douleur et continuait de la traîner sur la paille humide. Après un coup un peu plus fort que les autres sur son nez, il immobilisa le second bras de Bree et l'attira contre lui pour la maîtriser.
« Nom de Dieu, Bree, arrête ton cirque. Tu vas nous faire repérer ! »
La porte principale des écuries s'ouvrit toute grande, inondant l'intérieur des box de lumière et faisant plisser les yeux de ses occupants. Stephen, accompagné de Hennessy et de deux autres hommes habituellement chargés de la surveillance des terres, venaient de pénétrer dans le bâtiment et malgré le contre-jour, Brianna discernait parfaitement l'expression plaquée sur les traits de Bonnet. Furieux, il l'était sans aucun doute, mais un éclair de pure déception mêlée de tristesse passa dans son regard et elle se demanda pendant un instant quelle en était la cause. Avant de comprendre.
Baissant les yeux, elle prit soudain conscience de la position dans laquelle elle se trouvait, prisonnière des bras de Roger, dans une écurie sombre et certainement les joues rosies par leur échange houleux. Mais si Stephen n'avait rien entendu de leur dispute, le tableau pouvait être interprété d'une manière bien différente. En voyant Bonnet et ses sbires, Roger relâcha instinctivement son emprise et Bree se dégagea vivement, implorant Stephen du regard. « Ce n'est pas ce que tu- »
« Saisissez-le », la coupa abruptement l'Irlandais en désignant Roger d'un hochement de tête.
Ce dernier fit volte-face pour prendre ses jambes à son cou par la petite porte, mais l'un des hommes de main dégaina un pistolet à silex et le pointa sur son crâne, obligeant Roger à renoncer à toute tentative d'évasion pendant que son comparse lui tordait les deux bras dans le dos. Sentant la situation déraper, Brianna se précipita vers Stephen. « Arrête, je vais t'expliquer- »
La main de Stephen saisit durement son bras droit et il l'attira violemment à lui. « M'expliquer quoi, exactement ? Que tout ceci n'est qu'un malentendu ? Que MacKenzie n'est pas dans mon écurie, sur ma propriété, avec ses mains sur ma femme ? Après avoir blessé mon fils ? » Sa voix devenait plus rauque et plus menaçante à chaque nouveau pronom possessif et Brianna se surprit à paniquer. « Est-ce qu'il vient souvent ? », feula-t-il en approchant son visage du sien. Comme elle le dévisageait sans comprendre, il la secoua légèrement et répéta, un peu plus fort : « Combien de fois est-il venu te voir, Brianna ? »
« Jamais ! », hurla-t-elle en secouant la tête. « Je… je ne savais même pas qu'il était là quand je suis entrée… »
« Foutaises… » Avec un grognement de dépit, il la repoussa en arrière, préférant reporter son attention sur ses hommes qui bâillonnaient et ficelaient à présent Roger comme un gros rôti.
« C'est la vérité ! C'est la première fois que je le vois depuis le procès ! » Comme il ne la regardait toujours pas, elle saisit son visage à deux mains et le força à plonger son regard dans le sien. « Stephen- »
« Quel était le plan, hein ? Fuir en emportant mon fils ?... Non, ça ne peut être ça. Il s'en fiche comme d'une guigne de Jeremiah… », ajouta-t-il avec un mépris presque palpable. Une nouvelle lueur de tristesse passa dans son regard et dans d'autres circonstances, si un homme n'avait pas eu une arme pointée sur le crâne de Roger, Bree en aurait été émue. « Non, il est là pour toi… Dieu sait que je ne saurais l'en blâmer. »
« Monsieur… ? », fit Hennessy, interrogeant Stephen du regard. Les yeux de l'Irlandais allèrent de son majordome au pistolet que tenait toujours son sbire, puis de nouveau à Brianna. Saisissant avec douceur les mains glacées de sa femme, il les détacha de son visage et avant qu'elle n'ait pu réagir, arracha l'arme des mains de son employé pour en coller le canon sur la tempe de Roger, qui se tendit comme un arc entre les cordes qui le maintenaient attaché.
« Arrête ! Ne fais pas ça ! », l'implora Brianna en tendant les mains.
Les deux iris glaciaires du pirate se tournèrent vers elle. « Pourquoi ? »
« Si tu le tues… je ne te le pardonnerai jamais. »
La main de Stephen se crispa autour de la crosse. « Donc tu l'aimes toujours… »
Brianna secoua la tête et s'approcha à nouveau de lui, jusqu'à poser les mains sur son torse, essayant de ne pas accorder le moindre regard à Roger. « Non, ça n'a rien à voir. Il a perdu mon amour le jour où il a voulu que j'abandonne Jemmy… », souffla-t-elle, le regard larmoyant, mais le pirate ne semblait pas le moins du monde impressionné. « Crois-moi, tu as été bien plus un père pour lui en quelques mois qu'il ne l'a été en trois ans… »
Roger ne semblait pas en croire ses yeux ni ses oreilles et il dévisageait Brianna avec tant d'incrédulité et de colère, qu'il valait mieux pour elle qu'elle ne le voie pas. La jeune femme jouait son rôle à la perfection, mêlant vérités et persuasion il le fallait si elle voulait sauver sa peau, celle de Roger… et préserver – même si elle ne l'aurait pas avoué sous la torture – la tranquillité si durement gagnée ces dernières semaines. Tremblante, elle leva une main pour caresser la joue du pirate avec tendresse.
« Mais quels que soient mes sentiments à son égard aujourd'hui, il a compté pour moi autrefois. Il fait partie de ma famille, que tu le veuilles ou non. Alors je t'en supplie, ne le tue pas. »
Stephen la regardait fixement dans le plus grand silence. Rien ne bougeait à part sa cage thoracique qui s'élevait et s'abaissait au rythme de sa respiration. Brianna se pressa un peu plus contre lui, suppliante mais rassurante aussi, ponctuant ses mots doux de caresses. Elle tenta de ne pas avoir l'air trop soulagée lorsqu'elle vit son bras se baisser et le canon de l'arme se diriger vers le sol de l'écurie. D'une main délicate et prudente, elle attrapa le pistolet et sentit aussitôt Bonnet se tendre, méfiant. Il devait s'attendre à ce qu'elle tente de retourner l'arme contre lui, mais Brianna n'en avait aucunement l'intention. Elle n'était pas si stupide. Avec des gestes mesurés, elle le désarma et déposa le pistolet sur le rebord d'un box à sa droite avant de revenir se presser contre l'Irlandais, sans jamais esquisser le moindre regard en direction de Roger.
« Il ne m'a pas touchée, c'est promis… Je ne l'aurais pas laissé », murmura-t-elle tout contre ses lèvres. « Il voulait encore une fois me forcer à abandonner Jemmy… »
Les iris verts fusillèrent brièvement du regard Roger, sa tenue crasseuse, son allure hirsute… Rien ne laissait effectivement présager d'un rendez-vous galant entre eux, mais plutôt d'une tentative de MacKenzie de récupérer ce qu'il avait été assez idiot de laisser échapper.
« Régler les choses par la violence, c'était l'ancien Stephen Bonnet », chuchota-t-elle, toujours suppliante. Comme à chaque fois que le sujet de sa transformation était abordé, Brianna sut qu'elle avait capté son attention lorsqu'il ramena ses iris verts vers les siens. « Je sais que tu ne veux plus être cet homme-là, aujourd'hui. Laisse-le partir, il a retenu la leçon. »
Une dizaine de centimètres au-dessus d'elle, elle vit les yeux de son mari se plisser légèrement comme à chaque fois qu'il semblait l'analyser pour déterminer son degré de sincérité. Mais Bree était rôdée à l'exercice à présent, et elle concentra dans son regard bleu toute l'affection dont elle était capable. Se laissait-il réellement convaincre ou bien cédait-il seulement par manipulation, elle n'en savait rien, mais elle retint un soupir de soulagement lorsqu'il fit un pas en arrière. Plaquant ses deux mains sur son torse, Brianna lui adressa un sourire enjôleur et le poussa doucement en direction de la sortie. C'est à cet instant précis que Roger parvint à expulser le mouchoir qui avait été fourré entre ses dents.
« Je peux savoir à quoi tu joues, Brianna ? Tu es devenue complètement folle ? »
Il fallut moins d'une demi-seconde à la jeune femme pour faire demi-tour et envoyer la paume de sa main claquer sur la joue de Roger. Pour le faire taire, d'une part, car ce n'était pas en ouvrant sa grande bouche qu'il allait convaincre Bonnet de l'épargner. Et d'autre part…
« Je t'interdis… de me traiter de folle », gronda-t-elle, tandis que tous les autres hommes autour d'eux échangeaient des regards narquois. Tu n'as aucune idée de tout ce que j'ai dû faire… Aucune…, ajouta-t-elle dans sa tête. Tournant le dos à l'Ecossais, elle reporta son attention sur Stephen. Celui-ci avait plissé les yeux et dévisageait Roger avec un sourire imperceptible, à peine trahi par le tressaillement de sa cicatrice. Qu'est-ce qu'il mijote encore ? Désireuse de l'éloigner le plus possible de Roger, elle saisit son bras. « Viens, laissons ces messieurs le raccompagner vers la sortie. »
« Pars devant, je te rejoins… »
Brianna déglutit. Il avait dit cela sur un ton affable, beaucoup trop affable, et elle craignit un instant qu'il ne la fasse sortir que pour lui épargner la vue d'une balle traversant le crâne de son ex-mari. Mais il dut sentir sa peur, car il ajouta aussitôt :
« N'aie crainte, mon cœur, je voudrais seulement dire un mot à Mr. Hennessy. »
Le majordome se raidit quelque peu, ne sachant pas si Bonnet allait le tenir pour responsable de l'incident, ou s'il avait réellement des instructions à lui donner – et Brianna ne put s'empêcher d'apprécier qu'il perde un peu de sa superbe. La peur au ventre, elle hocha malgré tout la tête et sortit lentement de l'écurie, s'attendant à tout moment à entendre le claquement du pistolet. Mais après moins d'une minute, Bonnet apparut à son tour – ses hommes traînant toujours Roger avec eux – et elle retint un cri de soulagement.
« Je dois achever la visite des terres avec mon acheteur… Je ne rentrerai que dans l'après-midi », fit-il avec un sourire un peu trop réjoui pour la situation.
Brianna jeta un coup d'œil inquiet en direction de ses sbires et de Roger, toujours attaché. « Tu me jures qu'il ne lui arrivera rien ? »
L'Irlandais gloussa, son regard malicieux allant brièvement dans la direction de son rival avant de se reposer sur elle. « Je ne dis pas qu'il ne se prendra pas quelques mauvais coups bien placés sur le chemin du retour… », ironisa-t-il en caressant le menton de sa femme, « mais il n'est pas question de le faire 'attaquer par des sauvages', si telle est ta question. » L'allusion à la manière dont il avait maquillé le meurtre de Forbes n'était même pas subtile, mais Brianna ne releva pas. « J'aimerais trouver le moyen de lui faire du mal sans t'en faire à toi… mais j'ai peur que cela soit impossible. »
Les yeux brillant toujours d'une lueur calculatrice, il lui sourit et Bree choisit de l'imiter avant de déposer un rapide baiser au coin de ses lèvres. Derrière eux, Roger émit un juron sonore en la voyant faire et elle dut se retenir de lever les yeux au ciel. Idiot, tu croyais vraiment qu'après tout ce temps j'en serais encore au stade de hurler de terreur à chaque contact physique ? Elle valait mieux que ça. Mais lui semblait penser qu'elle était restée plantée là, à pleurnicher et attendre qu'un prince charmant vole à son secours…
« Est-ce que ça ira si je te laisse seule ? Enfin, seule… Mr. Hennessy sera avec toi. »
Fidèle comme une ombre, pensa-t-elle avant de hocher la tête. « Tout ira bien. Je vais aller retrouver Jeremiah. Le pauvre a eu une peur bleue ! »
Les traits de Stephen se durcirent légèrement à ces mots et il opina du chef sèchement avant de repartir à cheval là où il avait dû abandonner son invité. Lorsque Bree pénétra à nouveau dans le bâtiment, escortée par Hennessy, le valet de pied qui avait raccompagné Jeremiah les attendait avec une pointe d'angoisse.
« Mademoiselle Phèdre est montée avec Jeremiah, Madame… Il est un peu secoué, mais plus de peur que de mal, je l'espère… », balbutia le valet, qui triturait nerveusement l'un des boutons de sa manchette. « Je… Je ne suis pas renvoyé, n'est-ce pas, Madame ? »
Brianna ouvrit la bouche, interrogea rapidement du regard Hennessy qui semblait prêt à répondre que c'était effectivement une possibilité, et secoua la tête avec un sourire rassurant. « Non, absolument pas. Rien de ce qui est arrivé n'est de votre faute. »
Le soulagement du valet était palpable et elle lui adressa un dernier signe de tête encourageant avant de prendre la direction des escaliers, Hennessy se postant sur le palier, comme à son habitude. Dans sa chambre, Jeremiah était recroquevillé sur son lit, la main serrée sur le foulard de Stephen. En la voyant approcher, Phèdre – qui caressait jusque-là les cheveux de Jem – se leva avec précaution.
« Il s'est endormi… », chuchota-t-elle tandis que Brianna s'étendait sur le lit à côté de lui. « Qu'y avait-il dans l'écurie ? »
Bree fronça les sourcils, une soudaine envie de pleurer déclenchant de désagréables picotis dans son nez. Maintenant que son stress retombait, les autres émotions reprenaient le dessus. « Roger… », dit-elle simplement alors que Phèdre portait une main à sa bouche, retenant une exclamation. « Jeremiah ne l'a pas identifié, il s'est débattu. Il a encore voulu me convaincre de fuir avec lui… »
« Mais… Jeremiah était rentré… », fit Phèdre avant de remarquer la mine sombre de la jeune femme. « Il voulait que vous partiez sans lui ?! »
« Est-ce vraiment étonnant… ? » Phèdre ne répondit pas et Brianna posa la tête sur l'oreiller, ses doigts venant doucement caresser les mèches blondes de son fils. « Si seulement Jeremiah l'avait reconnu, nous aurions pu… » Elle ne finit pas sa phrase. Même si l'enfant avait compris qu'il s'agissait de Roger, les options demeuraient limitées.
« Il aurait fallu ensuite vous faire sortir, les rejoindre, quitter la propriété en évitant les gardes et voyager des jours et pour quoi, au juste ? Retomber dans les griffes des soldats de Lord Tryon et perdre votre fils ? Avec tout le respect que je dois à Mr. MacKenzie, Madame, ce qu'il a fait est stupide », assena la jeune fille avec véhémence. « Il aurait pu vous mettre dans une situation plus que précaire. Plus qu'elle ne l'est déjà, en tous cas. »
Brianna ne prit pas la peine de répondre. Elle savait déjà tout cela et c'était précisément la raison pour laquelle elle s'était mise en colère dans l'écurie. Avec une grimace, elle se recroquevilla elle aussi autour du petit corps de son fils et comprenant qu'elle avait besoin d'être seule, Phèdre s'éclipsa. Bree ferma les yeux, s'enfermant dans un reposant cocon d'obscurité et de silence, et ne réalisa qu'elle s'était assoupie que lorsqu'une petite main moite de salive se posa sur sa joue, la réveillant en sursaut. Ravi de la voir ouvrir les yeux, Jeremiah retira sa main et remit aussitôt son pouce et son foulard dans sa bouche. Combien de temps avait-elle dormi ? A en juger par le temps incroyablement long qu'elle mettait à émerger, certainement plusieurs heures.
« Comment tu te sens, Jem ? », ânonna-t-elle en se redressant sur le matelas.
« Ça va… On a fait un gros dodo ! »
Bree sourit. L'envie de lui parler de l'incident la taraudait : lui expliquer qu'il n'aurait pas dû avoir peur, que l'homme qui l'avait saisi n'était pas un inconnu et ne lui voulait aucun mal… Mais alors qu'elle s'apprêtait à lancer le sujet, la tête de Hennessy apparut par la porte entrouverte.
« Monsieur Bonnet vient de rentrer, Madame. »
« Papaaaaaaaaa ! », hurla aussitôt Jeremiah en sautant à bas du lit pour se précipiter dans le couloir.
Bree se passa une main lasse sur le visage, grommelant à haute voix un « Génial », qui ne tomba pas dans les oreilles d'un sourd.
« Un problème, Madame ? », demanda Hennessy avec froideur.
La jeune femme se leva, lissant les plis de sa robe avec agacement. « Un seul ? Je pourrais vous en faire toute une liste… »
Le majordome lui jeta un regard lourd de sarcasme et emboîta le pas à Jeremiah, qui s'employait à descendre les escaliers aussi vite que ses jambes lui permettaient, sans pour autant lâcher les balustres de la rampe. Bree apparut en haut des marches au moment où son fils se laissait soulever du sol par Stephen, un large sourire aux lèvres.
« Alors, mon grand, comment va ce bras ? Faut-il faire venir le docteur ? »
Jeremiah secoua la tête avec un sourire coquin. « J'ai p'us mal. L'est parti le méchant monsieur ? »
« Oui, il est parti. Papa s'en est débarrassé… », assura-t-il en jetant un regard en direction de Brianna, qui approchait, « … dans le plus pur respect des convenances, assurément. »
« Est-ce que ça veut dir' que tu lui as botté les fesses ? »
« Oui, c'est exactement ça », renchérit Bonnet avant de croiser le regard furieux de Brianna. « …Mais j'ai choisi d'être un peu plus poli. »
« Est-ce qu'il va bien ? », fit Brianna, d'une voix malheureusement trop faible et qui fut couverte par celle de Jeremiah.
« Je peux avoir du gâteau comme quand je tombe ? »
Stephen pouffa. Phèdre avait pour habitude de consoler le garçonnet avec une solide part de tarte lorsqu'il s'écorchait les genoux ou les mains en jouant, et elle suspectait parfois qu'il faisait exprès de se blesser pour se régaler.
« Tu ne perds pas le Nord, toi… Le gâteau, c'est quand on a mal. Je croyais que ton bras ne te faisait plus souffrir… »
« Si, un tout petit peu », mentit Jeremiah en se frottant le bras.
« Est-ce qu'il va bien, Stephen ? » Brianna avait haussé le ton, ne supportant pas qu'il élude sa question. L'Irlandais dirigea son regard dans sa direction et elle vit ses traits se durcir.
« Plus tu poses la question et plus je regrette que ce soit le cas… Oui, il se porte comme un charme. »
Brianna prit une longue inspiration et hocha la tête.
« Il voulait quoi le monsieur ? »
De nouveau, l'envie de lui raconter toute la vérité se fit sentir, mais outre les problèmes que cela risquait de lui causer avec Stephen, rappeler à Jemmy son autre vie, son autre père – qu'il avait manifestement sorti de son esprit – ne ferait que le troubler davantage. Elle allait se contenter d'une réponse vague ou d'un simple « Je ne sais pas », lorsque Stephen prit la parole.
« Que penses-tu de ta maman, Jeremiah ? Elle est très belle, n'est-ce pas ? »
Le petit hocha la tête avec un large sourire. « La plus belle maman du monde. »
« C'est vrai… Papa aussi la trouve magnifique… », approuva l'Irlandais avec un sourire. Avant de continuer sur un ton glacial : « Le seul problème, c'est que papa n'est pas le seul. »
Bree ouvrit la bouche, outrée par ses remarques qu'elle sentait presque accusatrices. Elle n'était en rien responsable des idioties de Roger, encore moins d'avoir été surprise dans ses bras, qu'elle avait repoussés à de multiples reprises. « Pourrait-on éviter d'avoir ce genre de conversation devant Jeremiah ? »
La mâchoire de Stephen se tendit légèrement, mais la même lueur étrange qu'à la sortie de l'écurie éclaira furtivement son regard. « Tu as raison… Va donc trouver Mr. Fitzpatrick en cuisine, il te donnera une part de tarte », ajouta-t-il à l'attention de Jeremiah, qui détala aussitôt que ses deux pieds touchèrent le sol. Sans un mot de plus, Stephen se dirigea vers les escaliers et si Brianna avait immédiatement pivoté pour le suivre, elle aurait sans doute vu le bref signe de tête entendu qu'il adressa à Hennessy. Mais ce ne fut pas le cas. Elle entendit ses lourdes bottes de cheval écraser chaque marche, puis la porte de leur chambre claquer. Et ce n'est qu'après avoir pris une longue – très longue – inspiration, qu'elle se décida à le rejoindre.
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Hum, il semblerait que la déclaration de Stephen ait éveillé quelques petits fantasmes chez Brianna, ahahaha. Mais parlons peu, parlons bien : Roger. Normalement, à ce stade la seule lecture de son prénom devrait vous donner des envies de défoncer des murs à coups de masse, et si ce n'est pas le cas, c'est que j'ai échoué dans ma mission. Mais d'après vous, qu'est-ce que Stephen en a fait ? Il prépare un mauvais coup, c'est évident, mais quoi ? Quelles sont vos théories ?
Le prochain chapitre sera publié le 4 septembre et je vous conseille vivement de prévoir un ventilateur, un éventail ou quoi que ce soit pour vous rafraîchir un peu car vous allez avoir chaud… très chaud…
J'ai hâte de lire vos commentaires sur ce chapitre et d'ici le prochain, je vous fais plein de gros bisous !
Xérès
