Tu m'apprendras… ?
Aaaah nous revoilà réunis ici aujourd'hui pour retrouver notre cher petit Stephen et sa tendre épouse dans une nouvelle aventure… Après des excuses et une soirée d'anniversaire de mariage plutôt réussie, je vous avais promis toujours plus d'émotion et vous allez être servis…
Merci à Wizzette, Ambrouille et Macki pour leurs reviews !
Ambrouille : merci pour toutes tes reviews ! Crois-moi, si tu détestes déjà Roger, tu vas avoir envie de le fusiller d'ici la fin de cette fiction ! mdr J'espère que ce chapitre te plaira ! Il y a des petits moments… coquins, dirons-nous ahah.
Macki : ahahahah as-tu mis ton téléphone dans du riz ? Blague à part, Stephen commence tout juste à réellement s'améliorer. Laisse-lui encore une petite chance de gagner ton cœur. Mdr. Bonne lecture !
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24. Drowning Lessons
Août 1774.
Lorsque Brianna ouvrit les yeux, le soleil matinal baignait déjà la pièce d'une vive lueur jaune. Par la fenêtre ouverte, le doux et régulier roucoulement d'une colombe lui parvenait, ainsi que la voix aiguë de Jeremiah qui jouait probablement sous la surveillance d'Hennessy ou de Phèdre dans le jardin. Et juste sous ses yeux, la tête bien calée au centre de son oreiller, Stephen était toujours plongé dans un sommeil profond, favorisé par l'agréable chaleur du corps de Bree contre son torse.
Depuis ses excuses, près de trois semaines plus tôt, Brianna avait retrouvé une tranquillité d'esprit qu'elle n'avait plus connue depuis des années. Une paix intérieure quasi-totale, de celle que tous les jeunes hippies de son époque recherchaient à grands coups de drogues et substances diverses sans jamais la trouver. D'une certaine manière, elle avait l'impression que le rapport de forces s'était équilibré et que pour la première fois en un an, Stephen et elle-même se trouvaient enfin sur un pied d'égalité. Certes, elle était en quelque sorte toujours prisonnière de River Run, mais elle avait réalisé que Stephen était lui aussi prisonnier. De sa fascination, de son amour dément pour elle, un amour qui le remplissait de joie autant qu'il le faisait souffrir au plus profond de son être. Par culpabilité. Tel était le fardeau qui avait autrefois pesé sur les épaules de Brianna et que Stephen venait tout naturellement de transférer sur les siennes. Mais quand ce sentiment provoquait le malheur chez l'une, l'autre redoublait quant à lui d'efforts pour se faire pardonner. Avec de la douceur, du respect, de la sincérité. Et du plaisir… plus intense que jamais.
Les doigts de Brianna glissèrent de quelques centimètres sur le torse quasi-imberbe de son mari, effleurant les rares poils blonds sur ses pectoraux massifs. Pour être tout à fait honnête, la culpabilité n'avait pas entièrement changé de camp. Un nouveau sentiment avait remplacé le mépris de Brianna à l'égard de ses propres mauvaises décisions une honte, fugace mais réelle, qui l'envahissait à chaque fois qu'ils avaient fait l'amour depuis leur premier anniversaire de mariage. Car oui, elle avait été forcée de le reconnaître : depuis trois semaines le sexe était devenu bien plus que de simples « rapports » à des fins reproductives. Faire la paix avec son passé avait eu un effet pervers : celui de lui donner envie de reprendre le contrôle de sa sexualité et de son corps. Laisser de côté l'horreur de ses souvenirs sordides pour s'abandonner corps et âme à quelque chose de plus sain, à la luxure et au réconfort.
D'abord prisonnière et jouet sexuel de l'homme allongé près d'elle, elle était aujourd'hui devenue une déesse qu'il vénérait sans relâche avec une dévotion dont elle ne l'aurait jamais cru capable. Ses baisers étaient devenus prières, ses caresses un rite sacré et chaque pénétration une communion qu'elle attendait avec toujours plus d'impatience.
Brianna savait d'où lui venait cette honte. Car bien qu'elle ait eu cruellement besoin d'entendre ses excuses maladroites, Stephen lui avait également avoué ne rien regretter (ou presque). Cela, elle ne pouvait pas le pardonner. Et le fait qu'elle se laisse peu à peu aller à apprécier leur ébats malgré cette absence de pardon était dangereux, malsain. Car s'il parvenait à la séduire dans ces conditions, ne serait-ce pas la porte ouverte à tout ? S'il la savait capable de l'aimer malgré tout ce qu'il lui avait fait et sans réelle absolution, n'essaierait-il pas de faire pire ? Brianna préférait ne pas le savoir.
Ses sombres pensées étaient sur le point de gâcher la plénitude de son réveil, lorsque les paupières de Stephen s'ouvrirent et qu'il darda son regard vert sur le sien. Un sourire se dessina lentement sur ses lèvres – agitant la cicatrice sur sa joue – et à son grand désarroi, tout sentiment négatif qui avait peu à peu colonisé le cœur de Bree depuis son réveil… s'envola instantanément.
« Bonjour… », murmura Stephen en la serrant paresseusement contre lui pour l'embrasser, Brianna accueillant ses lèvres avec délice. Le baiser fut lent, langoureux, et la jeune femme se haït de l'apprécier autant. Elle haïssait ses bras qui se glissaient dans le dos de son mari. Elle haïssait son corps qui se pressait contre le sien sans la permission de son cerveau. Mais ce qu'elle haïssait par-dessus tout, c'était l'idée que cette situation était préférable à toutes celles vécues auparavant auprès de Stephen Bonnet. Et qu'elle en veuille toujours plus.
Malheureusement, Stephen finit par se dégager et la dévisagea avec un sourire lubrique. « Je sais ce que tu es en train de faire, mon cœur… »
« Ah oui ? »
« Tu essaies de me retenir dans ce lit et me faire oublier que les Tryon viennent déjeuner dans quelques heures à peine… »
Brianna geignit comme une petite fille contrariée et afficha une moue boudeuse, arrachant un rire à son époux. « Et moi qui pensais que tu ne verrais rien venir… »
En vérité, elle n'avait aucunement l'intention de louper ce déjeuner et pendant que les hommes s'isoleraient pour parler affaires, elle comptait bien faire de même avec Margaret pour la convaincre de l'aider à dénicher des preuves sur les agissements de leurs maris respectifs. Les sentiments de Bree avaient trop évolué au cours des derniers mois et elle se sentait emprunter une pente glissante. L'isolement, la comédie qu'ils jouaient depuis trop longtemps, les excuses de Stephen, son comportement irréprochable à son égard… Malgré sa détermination à rendre justice, Brianna avait conscience de changer d'attitude. Il lui fallait donc sortir de ce mariage avant que le pire se produise. Le pire étant : réellement tomber amoureuse de Stephen Bonnet. Et pour cela, elle avait besoin de Margaret Tryon.
D'un coup de rein, Stephen la fit pivoter sur le dos pour se placer au-dessus d'elle et enfouit son visage dans le creux de son cou. Contre le bas-ventre de Brianna, son sexe était déjà raide et elle enroula aussitôt ses jambes autour du bassin du pirate, qui pressa son entrejambe entre ses cuisses pâles.
« J'ai dû gagner quelques points si tu préfères maintenant rester avec moi dans notre lit plutôt qu'aller déjeuner avec William… »
« Ou peut-être est-ce simplement William qui en a perdu… », feula-t-elle, essayant d'ignorer l'excitation de son propre corps au contact de celui de son mari.
« Ça me va aussi… »
Après avoir effleuré son entrée humide de ses doigts, Stephen se positionna entre les cuisses de Bree et s'enfonça en elle – avec tant de lenteur et de volupté que Brianna s'adapta naturellement à son intrusion, sans préparation aucune. La jeune femme gémit avec gourmandise lorsque le bassin de l'Irlandais entama une série de va-et-vient alanguis, chacun se glissant toujours plus profondément dans son intimité.
Brianna adorait autrefois les paresseux rapports matinaux avec Roger. C'étaient même ses préférés, et plusieurs années auparavant elle avait été naïvement convaincue que Roger était le seul homme à pouvoir la combler de cette manière. Mais lorsqu'un long soupir s'échappa d'entre ses lèvres après un énième lent et profond coup de bassin – et que ses doigts agrippèrent désespérément les épaules puissantes de Stephen pour l'accueillir toujours plus loin en elle – Brianna dut admettre qu'elle s'était trompée. Sur toute la ligne.
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« … essayer de faire entendre raison à ces péquenauds de Charlotte Town… Une dizaine de familles, tout au plus, mais qui répandent leurs idées indépendantistes dans toute la foutue Colonie… », pesta William Tryon, tout en avalant une bouchée de tarte aux myrtilles. Cela faisait bien dix minutes qu'il râlait à qui voulait l'entendre – soit uniquement Stephen – sur la raison de leur voyage jusqu'à Charlotte Town, mais les autres convives, à savoir Brianna, Margaret et Jeremiah, s'ennuyaient ferme.
« Chéri, ton langage… », le reprit gentiment Margaret en faisant un signe de tête en direction de Jeremiah, mais l'enfant avait totalement décroché de la conversation et ne cessait de jeter des regards boudeurs en direction de l'extérieur, où brillait un soleil de plomb. Tryon s'apprêtait à grogner mais Margaret eut certainement peur qu'il ne reprenne son discours assommant et décida discrètement de changer de sujet.
« Et voilà pourquoi nous sommes venus vous importuner aujourd'hui… Vous êtes tout juste à mi-chemin entre New Bern et Charlotte Town », conclut-elle avec un sourire, que Brianna lui rendit aussitôt. L'occasion d'échapper aux monologues du gouverneur était trop belle.
« Vous ne nous importunez pas du tout. Jeremiah avait justement quelque chose à vous dire… »
Jemmy leva les yeux et regarda sa mère avec une certaine inquiétude, avant de se rappeler la phrase qu'elle lui avait fait répéter dans la matinée, et il la récita d'un ton parfaitement monocorde accompagné d'une tête d'enterrement. « Merci, Lady Tryon, pour le manuel de grammaire. »
Margaret pouffa face à l'évident manque d'enthousiasme de l'enfant. « Eh bien, on voit que cela vient du cœur », se moqua-t-elle gentiment. « As-tu commencé à l'étudier, Jeremiah ? »
L'enfant regarda Brianna, demandant silencieusement la permission de mentir, puis se tourna de nouveau vers Margaret. « Oui, Lady Tryon. »
Brianna se racla la gorge pour ne pas rire. « Hum… Pour être honnête, je garde les leçons de grammaire pour cet automne, lorsque la pluie et le mauvais temps auront raison de son actuelle obsession pour la baignade. »
Comme elle l'avait prévu, William Tryon commençait à montrer des signes d'impatience, étant donné que la discussion ne tournait plus autour de sa petite personne ou de ses problèmes de révolutionnaires, et il s'employa à dévorer sa part de tarte à toute vitesse. Probablement pour pouvoir s'éclipser avec Stephen et parler affaires avant de reprendre la route avec son escorte stationnée à l'extérieur.
« Et il a absolument raison », pépia Margaret en tapotant les coins de sa bouche avec sa serviette. « Il fait bien trop lourd l'été pour étudier. Moi-même, je me demande comment William et ses conseillers arrivent à réfléchir à quoi que ce soit par cette chaleur. »
« En parlant de ça, Bonnet, je voudrais m'entretenir avec vous avant que nous ne repartions. En privé », la coupa son époux en se tournant vers l'Irlandais.
Stephen haussa les épaules. « Eh bien, nous pourrions aller dans mon bureau…. »
« Ne vous dérangez pas… Margaret et moi allons prendre le thé dans le petit salon bleu », l'interrompit Brianna, avant d'ajouter à l'attention de Margaret, « c'est la pièce la plus fraîche de la maison, nous y serons bien mieux pendant que ces messieurs parlent politique, argent ou tout autre sujet qui dépassent complètement d'humbles femmes telles que nous. »
Sa voix dégoulinait de sarcasme, mais Tryon ne se démonta pas et hocha la tête. « Enfin, vous l'admettez ! Comme quoi, tout arrive… il suffit d'être patient. »
Le sourire de Brianna se crispa légèrement et elle dût résister à l'envie de lui enfoncer sa fourchette à dessert au fond de la gorge.
« Mais t'avais dit qu'on irait à l'étang… », protesta Jeremiah d'une toute petite voix.
« Quand Lord et Lady Tryon seront partis », souffla Brianna avec un regard d'avertissement. « En attendant, tu restes ici avec papa. Regarde, tous tes jouets sont là. » Joignant le geste à la parole, elle pointa du doigt le coin de la salle à manger où se trouvait une partie des jouets de l'enfant. En vérité, elle ne voulait pas que les oreilles de Jeremiah traînent à proximité d'elle et de Margaret. Qui savait ce qu'il pouvait entendre et répéter ensuite involontairement à son père.
Il ne fallut pas longtemps à Brianna pour se lancer. Margaret venait de prendre place sur les anciens canapés de Jocasta, lissant sa robe volumineuse autour d'elle, et Hennessy de franchir la porte pour aller leur chercher du thé et des mignardises, lorsqu'elle se pencha vers son aînée pour chuchoter.
« Pardonnez-moi d'insister, Margaret… Mais j'ai réellement besoin de votre aide pour prouver que William et Stephen volent l'argent des taxes, les mois passent et j'en suis toujours au même point que- »
« Oh Seigneur, n'avez-vous donc pas cessé de penser à tout cela ? », gémit Margaret en jetant un coup d'œil inquiet en direction de la sortie, comme si elle s'attendait à tout moment à voir Hennessy, son mari ou l'intégralité de la garde leur sauter dessus et les enfermer pour haute trahison.
« Comment pourrais-je cesser d'y penser ? Je n'ai que ça à faire ici. Je ne vous demande pas grand-chose, Margaret. Simplement d'essayer de trouver un carnet, ou même une page, une demi-page, une note gribouillée sur un bout de papier, n'importe quoi. »
« Avez-vous fouillé le bureau de votre époux ? », demanda Mrs. Tryon en triturant nerveusement un frou-frou de sa robe.
Brianna soupira. « J'ai essayé d'y entrer au début, mais notre majordome a toujours un œil sur moi. De plus, j'essaie de gagner la confiance de Stephen : s'il me surprend en train de fouiller dans ses affaires… » Elle se tut. Il deviendrait fou de rage, pour sûr. Cela anéantirait tout ce qu'elle avait réussi à mettre en place depuis des mois et il ne lui accorderait plus aucun privilège. Peut-être même l'enfermerait-il dans leur chambre, jusqu'à ce qu'elle lui donne les enfants dont il rêvait avant de la vendre au plus offrant… Brianna secoua la tête pour chasser toutes les pensées sordides qui lui venaient à l'esprit. « Vous êtes moins surveillée que moi, je préfèrerais que vous essayiez d'abord et je ne tenterai le tout pour le tout que si je n'ai aucune autre solution. Je suis sur le fil du rasoir, vous comprenez ? »
Margaret baissa les yeux et se mordit la lèvre. « Je n'y connais rien… », murmura-t-elle, les sourcils froncés, « … mais je suppose que je pourrais demander de l'aide à Josiah… »
Josiah… Pas Mr. Martin, comme le voudrait la bienséance, nota Brianna en plissant les yeux. Elle avait déjà remarqué à plusieurs reprises une certaine proximité entre le premier conseiller de Lord Tryon et l'épouse de ce dernier, et il y avait également eu cette phrase au mois de mars, lorsque Margaret avait émis une hypothèse selon laquelle elle et une autre personne seraient surveillées par la maîtresse de Lord Tryon. Sans oublier la soirée où Josiah l'avait couverte lorsque Brianna s'était introduite dans le bureau du gouverneur.
« Comment savez-vous si vous pouvez lui faire confiance ? » Les joues de Margaret virèrent instantanément au rouge écarlate, confirmant les soupçons de Bree. « Auriez-vous… une liaison ? »
De nouveau, Margaret balaya la pièce du regard, tous les sens en alerte. « Ne me jugez pas », déclara-t-elle d'un ton presque acerbe. « Personne ne juge mon époux quand il fait de même avec sa gourgandine ! »
« Je ne vous juge pas », la rassura Brianna en secouant la tête. « Si Mr. Martin vous rend heureuse, je ne saurais vous blâmer de trouver en lui un échappatoire… »
Une expression de profonde reconnaissance apparut sur les traits de Mrs. Tryon, au moment où les pas lourds de Hennessy se faisaient entendre dans le couloir. Les deux femmes se turent, souriant poliment lorsque le majordome déposa un plateau sur la petite table entre elles, et reprirent leur conversation sur un ton léger tandis que Hennessy se postait dans un coin de la pièce. Fin de la tranquillité.
« Eh bien, je verrai ce que je peux faire. Voulez-vous également que je contacte les anciens précepteurs de ma fille, afin de voir s'ils ont quelqu'un de disponible pour Jeremiah ? Ce sont d'excellents professeurs, qui font partie des premières générations à s'être installés ici. Ils connaissent la faune, la flore et la géographie des Colonies sur le bout des doigts. Et entre nous, ils sont bien moins chers que les précepteurs que certains font directement venir d'Angleterre… »
« Je vais y réfléchir… », la remercia Brianna d'un sourire. « Pour l'instant, j'aime assez lui apprendre à lire et à écrire. Et je veux garder mon bébé pour moi toute seule encore un peu. »
« Vous avez raison, ils grandissent si vite… »
Une vingtaine de minutes plus tard, alors qu'elles finissaient leurs tasses, la porte du petit salon s'ouvrit sur leurs époux et Lord Tryon tendit une main en direction de sa femme.
« Margaret, nous partons… »
Mrs. Tryon reposa précautionneusement sa tasse sur le plateau et se leva en même temps que Brianna. Elles échangèrent un sourire de connivence et Margaret prit les deux mains de la jeune femme entre les siennes. « À bientôt, je l'espère. »
« Je vous raccompagne », proposa Stephen en s'effaçant pour les laisser ressortir en direction du hall d'entrée. Brianna les suivit, le cœur à la fois lourd et plein d'espoir. Point positif, Margaret n'avait pas totalement refusé de l'aider mais la voir repartir sans savoir dans combien de mois elles se reverraient était quelque peu décourageant.
Alors qu'ils passaient devant les portes de la salle à manger, Brianna aperçut les jouets de Jeremiah éparpillés sur le sol mais l'enfant, lui, était introuvable. « Jemmy ? » La jeune femme s'avança dans la pièce. Vide. « Où est Jeremiah ? », demanda-t-elle à Stephen, qui haussa les épaules.
« Il m'a dit qu'il montait dans sa chambre… »
« JEM ? », s'égosilla Brianna depuis le rez-de-chaussée, mais comme personne ne lui répondait, elle monta les marches quatre à quatre, poussant la porte de la chambre comme une furie. Cette pièce aussi était vide et son inquiétude se mua en un véritable frisson de terreur lorsqu'elle vit les vêtements que le garçonnet portait au repas éparpillés sur le sol. Et ceux qu'il portait pour se baigner… manquaient à l'appel. Nom de Dieu…
« Il y a un problème, Madame ? », fit la voix de Phèdre dans son dos. Brianna se retourna et dévisagea la servante, ses bras pleins des draps sales qu'elle venait de retirer de la chambre parentale et qu'elle s'apprêtait certainement à descendre laver.
« Où est Jeremiah ? »
Les yeux de Phèdre balayèrent la pièce et Brianna comprit qu'elle s'attendait à le voir là où elle l'avait certainement laissé pour quelques minutes. La servante pâlit dangereusement et lâcha aussitôt sa pile de draps, que Brianna enjamba pour dévaler les escaliers dans l'autre sens.
« Tu ne l'as pas trouvé ? », fit Stephen en la voyant redescendre.
« Je crois qu'il est à l'étang. » La peur dans sa voix eut l'effet d'une décharge électrique dans le corps de l'Irlandais, qui abandonna aussitôt ses convives sur le départ pour se diriger vers la porte d'entrée, Brianna sur les talons.
« Jeremiah ! », aboya Stephen, d'une voix si forte que toute personne à une lieue à la ronde avait dû l'entendre.
Rien devant la maison ni sous le porche. Sans attendre, le couple se mit à courir pour contourner la demeure et prendre la direction du plan d'eau, tout en continuant de hurler le prénom de leur fils. Et lorsque la tête blonde de Jem apparut au loin sur le ponton, Brianna ne put s'empêcher de pousser un cri de soulagement. Ce dernier fut cependant de courte durée. Voyant ses parents approcher et sachant pertinemment qu'il allait se faire copieusement gronder, Jeremiah décida de tenter le tout pour le tout : quitte à se prendre une fessée, autant que ce soit pour une bonne raison. Prenant de l'élan sur le bois colonisé par la mousse et les algues, l'enfant courut pour réaliser le plus beau saut de sa courte existence mais à deux pas du bord, son pied gauche glissa sur l'une des planches humides. Le talon partit en avant, tandis que le reste de son corps tombait en arrière et son crâne heurta durement la surface du ponton avant que Jeremiah n'achève sa chute dans l'étang sous les yeux horrifiés de Brianna.
« JEMMY ! »
Brianna se mit à courir à perdre haleine, soulevant sa robe encombrante pour tenter de gagner quelques précieuses secondes, mais Stephen l'avait déjà dépassée. Distancée, même. Le pirate courait comme si le Diable était après lui et après avoir traversé le ponton en quatre grandes enjambées, il plongea tête la première dans l'étang et disparut sous la surface au moment où Bree posait son premier pied sur les planches de bois. Elle était en train de se débarrasser de sa jupe lorsque Stephen émergea, tenant la tête de Jeremiah hors de l'eau. Voyant qu'il se dirigeait d'une brasse maladroite vers la petite plage près du ponton, Brianna descendit sur le sable et entra dans l'eau pour l'aider.
« Mon bébé ! Respire, mon cœur, respire ! », sanglotait Bree tout en allongeant le corps inerte de son fils sur le sable. Lui aussi sorti de l'eau, Stephen semblait dans un autre monde. Il fixait Jeremiah, le visage livide, complètement tétanisé. Probablement l'effet combiné d'avoir dû plonger lui-même dans l'eau malgré sa phobie et d'imaginer son fils mourir à cause d'elle.
Je ne peux pas le perdre… pas maintenant… pas comme ça…. Brianna tapotait d'une main tremblante les joues de son fils, dans une vaine tentative de le réveiller, lorsqu'un souvenir lointain s'imposa à son esprit. Celui d'une journée au lycée, entièrement dédiée aux mesures de premiers secours et notamment comment réagir en cas de noyade.
« Pouls… respiration… position de sécurité », murmura-t-elle en séchant ses larmes d'un revers de manche. D'une main, elle saisit le poignet de Jeremiah et se pencha sur son torse pour y coller l'oreille. Un léger ronronnement lui parvenait à travers la cage thoracique et le pouls, bien que faible, était bien là. Sans attendre, elle fit rouler Jeremiah sur son flanc gauche et positionna sa tête de manière à dégager le mieux possible les voies respiratoires, et alors qu'elle achevait son œuvre, Jemmy toussa, crachant toute l'eau que contenaient ses poumons… avant de se mettre à pleurer bruyamment.
« Oh mon amour… mon amour… », gémit Brianna en le redressant pour le prendre dans ses bras et c'est en le voyant s'agiter que Stephen sembla lui aussi reprendre vie. Sans un mot, il attira contre lui Brianna et l'enfant, comme s'ils étaient aussi légers que des fétus de paille et les serra de toutes ses forces dans ses bras.
« Jésus, Marie, Joseph… », fit la voix de Margaret un peu plus loin dans le jardin, avant de s'adresser à Hennessy qui approchait d'un air paniqué. « Vous, faites venir un médecin ! »
Bien calé entre Stephen et Bree, Jeremiah alternait entre gros sanglots et quintes de toux, les larmes se mêlant à l'eau du lac sur ses joues.
« C'est fini, mon bébé, c'est fini… », répétait-elle en le berçant doucement. Elle n'avait plus aucune intention de le gronder Jeremiah avait été bien assez puni comme ça et quelque chose lui disait qu'il ne retournerait pas seul à l'étang de sitôt. « Tout va bien… » La voix de Brianna se brisa mais personne ne s'en rendit compte, car celle de Stephen – sifflante et terrifiée – avait pris le relais.
« Ne refais plus jamais ça, mon fils… Plus jamais ça… »
Pleurant toujours, Jeremiah quitta le torse de Bree pour venir se blottir contre celui de son père et Stephen l'y accueillit avec fougue, collant sa bouche contre le front du petit et serrant son minuscule corps entre son torse et son bras droit. Le gauche, lui, restait désespérément accroché à la taille de Brianna, comme s'il avait décidé qu'il ne lâcherait plus jamais ni l'un ni l'autre. La descente après l'adrénaline fut brutale et Brianna se sentit soudain prise d'une grande lassitude. Incapable de se tenir droite, elle se laissa tomber contre Stephen et ferma les yeux pour reprendre le contrôle de ses battements cardiaques. La bouche de l'Irlandais quitta un instant le front de Jem pour embrasser celui de Brianna et un bref sourire triste se forma sur les lèvres de la jeune femme.
« Allons, allons, levez-vous », fit la voix rassurante de Margaret, « il faut lui enfiler des vêtements secs, le réchauffer et l'allonger au calme. »
Brianna hocha la tête et se leva péniblement du sol, tendant les bras pour récupérer son fils et permettre à Stephen de se lever à son tour mais l'Irlandais – toujours blanc comme un linge – mit un point d'honneur à se mettre debout tout en serrant Jemmy contre lui.
« Ah, les enfants… Leur seul but dans la vie semble être d'inquiéter les parents… », fit Tryon, les mains croisées derrière son dos. « J'en ai connu des champs de bataille… Mais jamais je n'ai eu aussi peur de ma vie que quand notre fille Maggie a frôlé la mort à cause de la scarlatine… »
Pour la première fois depuis qu'elle le côtoyait, Brianna ne perçut aucun sarcasme, aucune méchanceté ni aucun mépris dans la voix de Lord Tryon, et après la peur qu'elle venait de vivre, elle le crut sur parole. Le petit groupe regagna la maison presque dans le silence : Jeremiah sanglotait toujours, mais à un rythme et un volume moins soutenus. Et le temps qu'ils le montent à l'étage dans sa chambre, il avait totalement cessé, sa joue posée sur l'épaule de Stephen et son pouce bien calé dans la bouche. Phèdre les attendait déjà avec une serviette propre et des vêtements, mais il fallut d'abord quelques dizaines de secondes avant que Stephen ne consente à lâcher l'enfant pour le déshabiller. Brianna dut lui caresser le visage et lui murmurer une bonne douzaine de fois d'aller lui-même se changer avant qu'il ne quitte la pièce sans mot dire. Et il revint au chevet de Jemmy à la seconde où il fut prêt.
Une fois l'enfant couché entre ses deux parents assis sur son lit, les Tryon jugèrent qu'ils pouvaient les laisser en famille et signifièrent discrètement leur désir de prendre congé.
« Je vous raccompagne… », marmonna Stephen en quittant la pièce derrière le gouverneur, tandis que Margaret restait un peu en arrière avec Brianna, toujours assise sur le lit à caresser la tête de son fils. La femme du gouverneur attendit quelques secondes que les deux hommes soient arrivés en bas de l'escalier pour s'avancer dans la pièce.
« Vous devriez cesser cette folie, Brianna… »
L'interpellée leva les yeux et fronça les sourcils. De quelle folie parlait-elle exactement ?
« Votre vengeance n'a plus lieu d'être. Ne voyez-vous donc rien ? »
« Quoi donc ? », demanda sèchement la jeune femme.
« Combien il vous aime… Vous et Jeremiah. »
Un frisson glacé parcourut le corps de Brianna en voyant où son aînée voulait en venir. « Vous n'avez rien vu du tout… », protesta Brianna en serrant les poings.
« Ce que je vois, c'est que vous vous accrochez à votre haine comme un naufragé à son canot… mais cette haine… elle vous aveugle. Vous ne réalisez pas la chance que vous avez… »
« La chance ? » Brianna devait se contenir pour ne pas hurler et alerter toute la maisonnée. Fort heureusement, Jeremiah était bien trop sonné par sa mésaventure pour se préoccuper des conversations d'adultes. « Avez-vous perdu la tête, Margaret ? »
Une expression douloureuse se forma sur les traits de Mrs. Tryon et Brianna sut qu'elle l'avait perdue à la seconde où l'Anglaise secoua la tête, les yeux larmoyants. Son ton acerbe devait résonner aux oreilles de Lady Tryon comme les incessantes remarques humiliantes de son propre mari et Brianna regretta aussitôt ses paroles, mais il était trop tard.
« Ouvrez les yeux, Brianna… Je vous en conjure. Cet homme vous aime de tout son cœur… »
Si tant est qu'il en ait un…, pensa Brianna, mais au fond d'elle-même, elle savait que c'était le cas. Sombre, torturé et probablement atrophié par un cruel manque d'amour tout au long de sa vie, mais un cœur malgré tout. Un cœur qu'elle avait réussi peu à peu à ouvrir aux autres. À moi…
« Il m'a forcée à l'épouser… », fit-elle d'une voix à peine audible.
« Comme tant d'autres femmes… Elles ne cherchent pas à faire condamner leurs époux à mort pour autant. » La voix de Lord Tryon l'appelant depuis le rez-de-chaussée lui fit tourner la tête un instant, avant de reporter son attention sur la jeune femme. « Je suis prête à vous aider, Brianna, si vous le souhaitez réellement. Mais réfléchissez bien aux conséquences. Pour vous, mais aussi pour Jeremiah. Mr. Bonnet est un bon père et, j'en suis maintenant persuadée, un bon époux également. »
« Ça suffit… »
Margaret pinça les lèvres et alors que son prénom retentissait pour la deuxième fois dans l'escalier, elle se détourna. « Réfléchissez, Brianna. »
La lèvre inférieure de Bree se mit à trembler tandis qu'elle peinait à refouler ses larmes. Margaret n'avait fait que prononcer à haute voix ce que l'esprit de Brianna lui soufflait depuis un moment déjà. Réfléchir… elle ne faisait que ça. À sa situation, aux avantages et aux inconvénients, à sa vie avec Roger et enfin celle avec Stephen. À la déception immense qu'avait été le premier et à l'espoir inavouable qu'elle nourrissait de voir le second s'améliorer. Et au milieu de tout ça, deux autres facteurs en conflit : Jeremiah et son désir de vengeance. Plantés tels deux piliers branlants au milieu du chantier qu'était sa vie, entre ruine et reconstruction.
« Ma-man… », geignit Jeremiah dans son dos et Brianna se recomposa un sourire avant de se retourner vers son fils. Tendrement, elle s'allongea à ses côtés pour le serrer contre elle et l'enfant se laissa faire en reniflant, tandis qu'au rez-de-chaussée, la porte d'entrée se refermait derrière sa seule et unique alliée.
~o~
« … repose-toi bien et essaie de ne plus faire de frayeurs à tes pauvres parents jusqu'à la fin de l'été, d'accord ? »
Le Dr. Kent quitta la chambre de Jeremiah avec un sourire rassurant et Brianna eut l'impression de respirer convenablement pour la première fois depuis des heures. À ses côtés, Stephen se détendit lui aussi et interrogea le médecin du regard.
« Jeremiah se porte bien, mise à part une grosse bosse à l'arrière du crâne… », commença Kent, brièvement interrompu par un soupir de soulagement en provenance du pirate, « toutefois… il vaut mieux surveiller son état au cours des prochains jours. Si vous observez quoi que ce soit d'anormal – des vomissements, des diarrhées, une toux persistante ou même une simple pâleur inhabituelle du teint – n'hésitez pas à me faire revenir. Mais je pense sincèrement que tout ira bien. »
Brianna hocha la tête, mais alors qu'elle lui adressait un large sourire, le Dr. Kent la dévisagea des pieds à la tête et haussa un sourcil. « Madame Bonnet, auriez-vous la gentillesse de me raccompagner vers la sortie ? »
« Je viens avec vous », répondit Stephen, mais Kent secoua la tête.
« Non, non, Monsieur Bonnet. J'ai quelques questions d'ordre médical à poser à votre épouse, je ne voulais simplement pas l'embarrasser devant vous. Venez, ma chère… », lui ordonna-t-il gentiment avant de récupérer sa veste sur la balustrade de l'escalier.
Ils descendirent en silence, laissant Phèdre et Stephen seuls avec Jeremiah et Brianna sentit son pouls s'accélérer. Le médecin soupçonnait-il le caractère volontaire de son interruption de grossesse ? Allait-il lui annoncer qu'une enquête allait être ouverte ? Non, elle se faisait des idées. Il était impossible que quiconque la soupçonne de quoi que ce soit. À moins que l'apothicaire ait parlé. Ou Phèdre. Impossible… Vraiment impossible ?, grinça-t-elle intérieurement, mais avant que l'angoisse ait eu le temps de la saisir, le médecin reprit la parole d'un ton bienveillant.
« Comment vous sentez-vous, Madame Bonnet ? »
« Moi ? », fit-elle, avant de sentir les yeux du médecin se porter sur son bas-ventre.
« Avez-vous de nouveau des menstruations régulières depuis votre fausse couche ? »
Oh par le Christ, fichez la paix à mon utérus…, jura-t-elle intérieurement avant d'émettre un « hm-hm » affirmatif.
Kent hocha la tête d'un air satisfait. « Bien. Pas de douleurs, ni de saignements anormaux… ? »
« Non, rien de tout cela. »
« Parfait. Prenez-vous toujours vos tisanes de trèfle rouge ? »
Il y eut un silence pendant lequel Brianna se demanda bêtement comment le Dr. Kent pouvait-il être au courant du type de tisane que Stephen lui préparait, avant que son cerveau ne fasse le rapprochement.
« Vous savez… les tisanes pour la fertilité… », jugea bon d'ajouter le médecin devant son absence de réaction.
C'est de bonne guerre…, pensa Brianna sans prêter attention au regard interrogateur du médecin. J'ai bu une tisane à son insu pour tuer son enfant… et il me fait avaler à mon insu d'autres tisanes pour en faire un autre. Elle n'était même pas en colère. Presque plus rien ne la surprenait venant de Stephen Bonnet et cette action était loin d'être la pire qu'il ait commise. Elle n'aurait plus qu'à préparer son propre thé à partir de maintenant.
« Oui, oui, évidemment… », se reprit-elle en secouant la tête. « J'avais la tête ailleurs, excusez-moi… L'émotion de la journée. »
« Je comprends. » Kent lui sourit une dernière fois et la salua d'un hochement de tête. « Je m'attends à vous revoir très vite, dans ce cas. Dans de plus heureuses circonstances, je l'espère. »
« C'est ça. Bonne route, Docteur », rétorqua Brianna avec un sourire faux, avant de claquer la porte de River Run derrière lui. Stationné à deux mètres de la porte qu'il aurait dû normalement fermer lui-même, Hennessy haussa un sourcil et toisa Brianna de toute sa hauteur. Ce sale cafard dirait probablement à Stephen à la première occasion que le pot-aux-roses (ou aux trèfles) avait été découvert, et elle le fusilla du regard avant de remonter les escaliers en prenant de profondes inspirations. Non, elle ne se fâcherait pas. Non, elle ne lui dirait rien. Elle n'avait pas la force de provoquer une dispute ce soir et tout ce qui l'importait, c'était que Jeremiah soit en vie.
Et de toute façon, lorsqu'elle atteignit le palier et que ses yeux se posèrent sur la silhouette de Stephen, assis sur le lit près de Jeremiah qui s'endormait sous ses caresses, tout l'agacement qu'elle avait ressenti face au médecin s'envola instantanément. En l'entendant approcher, Stephen se leva avec précaution et la rejoignit dans le couloir. Une détresse rare se lisait dans ses yeux verts et lorsqu'il les plongea dans les siens, Brianna ne put empêcher son cœur de s'emballer.
Ne voyez-vous donc pas… combien il vous aime ?
Les mots de Margaret lui revinrent à l'esprit et si elle lui avait reposé cette question à ce moment précis, Brianna aurait certainement répondit « si ». Les mains de Stephen s'accrochèrent à la taille de Bree et l'attirèrent contre ses hanches, avant de poser son front contre le sien, les yeux clos.
« Je n'arrive pas à croire que nous aurions pu le perdre, aujourd'hui… », souffla l'Irlandais contre son visage.
Brianna ravala une boule douloureuse dans sa gorge elle refusait d'envisager cette possibilité et tenta donc de détendre l'atmosphère. « Et moi, je n'arrive pas à croire que tu aies si aisément sauté dans l'étang pour le sauver. »
« Jamais je n'aurais laissé l'eau me le prendre… »
« Je sais… », murmura-t-elle en caressant sa joue.
Après quelques secondes, Stephen rouvrit les paupières et la dévisagea avec gravité. « Toute ma vie, j'ai cru que je ne connaîtrais jamais pire peur que celle de me noyer. Mais j'avais tort… Ce n'est pas l'eau qui me terrifiait quand j'ai plongé, Brianna. Mais l'idée de perdre Jeremiah. »
Jamais Bree n'aurait imaginé qu'avec de simples mots, Stephen Bonnet pouvait la faire larmoyer, mais c'était pourtant le cas et avant qu'il n'ait eu le temps d'ajouter quoi que ce soit, elle plaqua ses deux mains sur les joues de l'Irlandais pour l'embrasser. Un baiser empressé, avide, dans lequel il puisait autant de réconfort qu'elle après les événements terribles de cette journée.
Vous ne réalisez pas la chance que vous avez…
« Merci de l'avoir sauvé… », haleta-t-elle contre ses lèvres.
« Et je recommencerai autant de fois qu'il le faudra, mo fhíorghra… »
À nouveau, leurs bouches se percutèrent, comme si tout le stress, la peur, l'angoisse accumulés depuis que Jeremiah avait chuté du ponton, avaient trouvé le moyen de s'évacuer par l'intermédiaire de leurs lèvres, de leurs langues et de leurs mains qui caressaient et empoignaient le corps de l'autre sans relâche. Et ce n'est que lorsque Phèdre – un sourire gêné aux lèvres – ferma doucement la porte de la chambre de Jeremiah pour leur laisser de l'intimité et ne pas réveiller l'enfant, que le couple prit conscience qu'ils étaient toujours dans le couloir. Ni une ni deux, Stephen souleva Brianna et la transporta dans leur chambre, refermant la porte d'un coup de pied avant de plaquer son dos contre le mur.
Stephen plongea la tête dans son décolleté, embrassant la partie supérieure des seins de Brianna tandis qu'il se débattait avec les liens qui retenaient son corsage, puis avec ceux de ses propres braies. Libérée de son carcan, elle prit une profonde inspiration, littéralement droguée par la sensation exquise de sa bouche sur sa poitrine et des mains de Stephen retroussant ses jupes avant de la soulever à nouveau à la force des bras.
Cet homme vous aime de tout son cœur…
Il s'apprêtait à la pénétrer, lorsque Brianna rouvrit les yeux, les mots de Margaret impossibles à ignorer. Il fallait qu'elle sache. Si Margaret se faisait des idées ou si elle avait effectivement compris quelque chose que Brianna refusait de voir.
« Est-ce que tu m'aimes ? »
Interdit, Stephen leva les yeux vers elle, totalement pris au dépourvu. Dans son regard, la surprise se mua cependant bientôt en compréhension et Brianna haleta bruyamment lorsqu'il s'enfonça en elle, ses iris verts rivés dans les siens.
« Oui, je vous aime… Jeremiah et toi… plus que tout au monde… »
Stephen entama de brutaux va-et-vient, tout en enfonçant ses doigts dans la chair tendre et chaude de ses fesses, et Brianna agrippa ses épaules avec délice.
« Dis-le-moi encore… »
Stephen s'exécuta, ponctuant ses coups de reins de « je t'aime » toujours plus rauques les uns que les autres et Brianna se surprit… à le croire. Au plus profond d'elle-même, elle était certaine qu'il disait la vérité et un plaisir d'un autre genre se mit à faire son chemin depuis son ventre. Rouvrant les yeux, elle capta soudain son reflet dans le miroir de sa coiffeuse et le souvenir de leur catastrophique premier rapport sexuel – le soir de la mort de Forbes un an plus tôt – lui revint en mémoire. Même mur, même position, mais quelque chose d'important avait changé.
Elle se souvenait de son regard vide et inexpressif alors que Stephen se vidait en elle comme un animal. Elle se rappelait précisément du dégoût qu'elle avait éprouvé à l'idée de le sentir à nouveau en elle après quatre ans de cauchemars et de traumatisme. Du sarcasme avec lequel elle avait jugé sa prestation rapide et décevante.
Mais du dégoût, il n'y en avait plus aucun. Le sarcasme lui aussi était aux abonnés absents. La Brianna qui la regardait dans ce même miroir n'avait plus rien d'une poupée de chiffon qui attend sagement qu'on ait fini d'abuser d'elle. Ses joues rouges, son regard enfiévré et sa bouche entrouverte – d'où s'échappaient de délicieux gémissements – trahissaient son désir. Le plaisir se lisait sur son visage aussi nettement que si le mot était gravé dans sa chair.
Et alors que Stephen scandait une nouvelle fois son amour pour elle, les yeux de Brianna s'écarquillèrent d'horreur face à l'évidence.
Et merde.
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Heheheheheheh on dirait bien que notre petite Brianna est en train de basculer du côté obscur.
Alors dites-moi, qu'avez-vous pensé de ce chapitre ? La petite matinée crapuleuse entre nos deux tourtereaux, la grosse bêtise de Jeremiah, Stephen qui vole (ou plutôt nage) à son secours… Brianna opposait encore une résistance, mais après un tel événement, après avoir réalisé combien Stephen était sincère dans ses sentiments envers elle et Jeremiah… cela va être de plus en plus difficile. Le temps des grandes décisions approche pour Brianna.
J'ai hâte de lire vos réactions à ce chapitre ! Le prochain sera publié le 12 mars et d'ici là, je vous fais de gros bisous !
Xérès
