Tu m'apprendras… ?
Un chapitre un peu moins rose et mignon que le précédent… Pas pour nos deux tourtereaux qui roucoulent toujours dans leur coin, cependant. Ils ont le droit à un peu de répit. Mais les choses pourraient malgré tout virer au dilemme pour Brianna !
Merci à Macki, Ambrouille et Wizzette pour leurs reviews !
Macki : ahahah non, ne t'inquiète pas. Stephen n'est pas un homme facile à pardonner. Et si Brianna avance vers le pardon, c'est aussi et surtout un moyen pour elle de lâcher prise avec son passé et ses traumas. Prendre un nouveau départ. (Elle en a bien besoin…) Merci pour ta review !
Ambrouille : Dangereux mais aussi tellement doux… Après des années à vivre dans la peur, elle a besoin de cette douceur et de cette paix. Est-ce que cela va durer, en revanche… Héhé, vous verrez. Merci à toi !
oOo
25. He Hit Me (And It Felt Like A Kiss)
30 septembre 1774.
Après leur dernière discussion houleuse dans la chambre de Jeremiah, Brianna ne s'était pas attendue à entendre parler de Margaret Tryon avant plusieurs mois. La surprise fut donc totale lorsqu'en ce matin du dernier jour de septembre, Hennessy ramena avec l'habituel courrier du matin un message adressé à la jeune femme.
« De la part de Lady Margaret Tryon, pour Mrs. Bonnet », annonça le majordome en tapotant du doigt le message qu'il avait placé tout en haut de la pile.
Brianna haussa les sourcils, par-dessus la tartine dans laquelle elle était en train de mordre et tendit le bras gauche par-dessus la table pour saisir le message, mais Stephen s'en empara et brisa le cachet de cire.
« Hé ! », protesta Brianna, dix secondes avant que Stephen ne lui tende le message, qui ne contenait que quelques mots.
« Lady Tryon se repose dans sa maison de Cross Creek après une vilaine grippe, elle veut venir prendre le thé ici cet après-midi », résuma-t-il avec un sourire un peu trop large, comme pour faire oublier le fait qu'il avait encore versé dans sa vieille habitude de surveiller les rares lettres qu'elle recevait. Brianna ouvrit le message et constatant qu'il ne contenait pas plus d'informations que ce que Stephen venait de dire, jeta le papier à côté de son assiette d'un air le plus nonchalant possible. Elle ne voulait surtout pas que l'excitation se lise sur son visage ou bien Stephen essaierait de s'incruster pour écouter leur conversation.
« Vous vous entendez bien, toutes les deux ?... Quand vous n'êtes pas occupées à échanger des renseignements militaires », demanda-t-il avec une pointe de sarcasme, mais Brianna hocha la tête avec un sourire.
« Oui… c'est dommage que nous nous voyions si peu, d'ailleurs. J'aime beaucoup passer du temps avec elle. On ne s'ennuie jamais en sa compagnie… »
« Son mari ne serait certainement pas de ton avis… », railla Stephen en parcourant la Gazette du jour.
Brianna leva les yeux au ciel. Peut-être parce que son mari est un enfoiré de classe internationale ?
La porte de la salle à manger s'ouvrit de nouveau et ce fut au tour de Phèdre de s'avancer avec un petit plateau sur lequel reposait une tasse fumante, dont l'odeur fit immédiatement grimacer Stephen.
« Du café, encore ? » Il fusilla la tasse du regard, tandis que Brianna remerciait Phèdre avec un sourire beaucoup trop large. « Par Danu, quelle odeur infâme… Tu sais que si la rumeur se répandait que ma femme s'est découvert une passion pour ce breuvage, je pourrais avoir des problèmes… ? »
Brianna sourit en ajoutant un peu de sucre dans sa boisson. Depuis la Boston Tea Party de 1773, boire du café – nouveau rival du thé, très en vogue depuis quelques années – était presque un acte révolutionnaire, mais de là à ce qu'on perquisitionne River Run, il y avait de la marge. Stephen était simplement agacé qu'elle se soit mise à bouder ses tisanes de fertilité.
« J'en avais assez du trèfle rouge… Tu n'achetais plus que ça… »
Stephen se racla la gorge et déplia la Gazette pour disparaître derrière. « Oui, il y a eu… des problèmes d'approvisionnement. »
« Oh vraiment ? C'est terrible… Plus aucun autre thé sur le marché à part du trèfle rouge ? »
La voix de Brianna dégoulinait de sarcasme et elle capta un regard d'avertissement de la part de Hennessy. Contrairement à ce qu'elle avait imaginé quand le majordome avait entendu sa conversation avec le Dr. Kent, il ne s'était pas empressé de tout raconter à son patron, mais son expression actuelle lui hurlait de ne pas pousser le bouchon trop loin. Un long et bruyant soupir lui parvint de derrière la Gazette et Brianna étouffa un ricanement dans sa tasse de café. Avant de poser à nouveau son regard sur le message de Margaret. Peut-être Lady Tryon avait-elle changé d'avis et qu'elle consentait enfin à lui fournir des preuves ? Ou peut-être allait-elle encore essayer de la convaincre de tout laisser tomber ?
La matinée et le début de l'après-midi s'égrenèrent avec une lenteur insupportable pour Brianna, malgré deux heures de lecture et d'écriture avec Jeremiah, une balade d'une heure avec l'enfant et son chien, une demi-heure à folâtrer avec Stephen lorsqu'elle était montée changer de vêtements après que Blue ait posé ses pattes pleines de boue sur le bas de sa robe et une heure supplémentaire passée avec Phèdre à nettoyer à fond son armoire après la découverte d'une mite au milieu des jupons.
Enfin, à seize heures tapantes, une petite voiture tirée par deux chevaux s'avança dans l'allée et Brianna se posta sur le porche pour accueillir son invitée. Au loin, sous un grand saule pleureur, elle avait fait installer une petite table et deux chaises pour profiter de la douceur de l'automne et éviter les oreilles indiscrètes qui peuplaient l'intérieur de la maison. Stephen était dans son bureau, Hennessy allait avoir droit à un festival de mauvais tours assidûment préparés par Jeremiah en début d'après-midi, et avec un peu de chance, elles auraient la paix assez longtemps pour parler à cœur ouvert. C'est donc avec un sourire confiant que Brianna vit s'ouvrir la petite porte du carrosse de Margaret. Sourire qui se figea légèrement à la vue de la tenue étrange de la nouvelle-venue.
Malgré la température encore agréable, Margaret portait une robe d'hiver à manches longues et sombre, ainsi qu'un épais foulard drapé autour de son cou et une cape de voyage. Elle mourait visiblement de chaud, à en juger par son visage rouge et luisant, et Brianna fronça les sourcils. Était-elle toujours malade ? Non, elle n'aurait jamais pris le risque de venir contaminer toute la maisonnée, en particulier sachant qu'il y avait un jeune enfant avec eux. Le problème était donc tout autre, mais elle fit mine de ne rien remarquer.
« Margaret, quelle joie de vous revoir ! », la salua Brianna tandis qu'elle descendait le marchepied avec une certaine difficulté. Elle qui éblouissait habituellement par son port de reine et sa démarche fluide, quel que soit le poids de la robe qu'elle portait, semblait se mouvoir avec plus de raideur, comme si une douleur latente limitait ses gestes. Derrière Brianna, le bruit des bottes de Stephen se fit entendre et elle pria pour qu'il soit simplement descendu saluer Lady Tryon et non s'inviter à leur goûter.
« Lady Tryon, bienvenue à River Run », claironna Stephen en descendant les marches du porche pour lui offrir son bras, sa femme sur les talons. « Que nous vaut le plaisir de votre visite ? »
« Je n'étais pas loin, cela aurait été dommage de me priver de la compagnie de votre douce Brianna… »
Stephen darda ses yeux verts sur son épouse et lui adressa le plus doux des sourires. « Comme je vous comprends… »
Brianna sentit ses joues rosir tandis que le regard envoûtant de son mari lui faisait presque oublier qu'ils n'étaient pas seuls. « Es-tu venu prendre le thé avec nous ? », demanda-t-elle nonchalamment, tout en priant pour qu'il réponde par la négative. Ce qu'il fit, à son grand soulagement.
« Non, je suis simplement venu saluer Lady Tryon. J'ai de la paperasse à traiter… » Il se retourna une dernière fois vers l'Anglaise et exerça une légère pression amicale mais respectueuse sur son bras, sans remarquer la légère grimace de douleur que cela provoqua. « Je vous laisse entre femmes. Vous êtes ici chez vous, milady. » Puis il repassa devant Brianna, non sans déposer un baiser sur sa tempe au passage, et disparut de nouveau à l'intérieur de la maison.
Margaret avait observé cette scène avec une expression si attendrie que Brianna n'eut aucun mal à deviner ses pensées. Ne voyez-vous donc pas combien il vous aime ? Tels avaient été ses mots lors de leur dernière conversation et elle était presque sûre que ces mêmes mots résonnaient dans l'esprit de Margaret à cet instant précis.
Brianna s'approcha à son tour de son aînée et lui offrit son bras. « Venez, je nous ai fait installer une petite table sous le saule… »
Comme elle l'avait prévu, Hennessy s'éclipsa aussitôt en cuisine pour aller chercher le thé et les petits gâteaux et Brianna fit un signe de tête discret à l'attention de Jeremiah, qui jouait sous le porche. L'enfant sourit de toutes ses dents et reporta son attention sur ses jouets, attendant son heure de gloire. Le trajet jusqu'au saule fut beaucoup plus long que prévu. Margaret Tryon marchait effectivement plus lentement qu'à l'accoutumée, mais ce n'était peut-être pas étonnant si cette histoire de grippe était réelle et non une fausse excuse comme elle se l'était imaginé au départ. Elles étaient d'ailleurs si lentes, qu'Hennessy revenait déjà avec son plateau lorsqu'elles s'assirent enfin sur leurs chaises.
« Comment vous sentez-vous ? Vous disiez dans votre lettre avoir été malade ? », demanda Brianna tandis que Hennessy versait le thé dans les tasses et y déposait des rondelles de citron. Finie la tisane au trèfle : l'odeur d'un bon vieux Earl Grey flottait dans l'air et Brianna se fit une note mentale de demander plus tard à Stephen si les 'problèmes d'approvisionnement' étaient enfin réglés.
« Oh, je me sens bien mieux, merci de demander. Encore un peu fatiguée, mais je crois que c'est tout à fait normal… »
Sa voix mourut progressivement dans sa gorge en voyant Jeremiah approcher à pas de loup derrière Hennessy, une courte épée en bois à la main. Brianna se mordit l'intérieur des joues pour s'empêcher de sourire et très vite, la pointe de l'épée se planta dans la fesse gauche du majordome, qui se retourna d'un bond avec un air outré.
« En garde, manant ! », vociféra Jeremiah en agitant l'épée en direction de Hennessy, qui lui jeta un regard courroucé.
« Veux-tu bien éloigner ça de nous, tu vas finir par blesser qu- »
Un nouveau coup d'épée dans son postérieur le fit taire et il tourna son visage rouge vers Brianna, en espérant qu'elle rappelle sa progéniture à l'ordre. Mais la jeune mère se contenta d'un sourire attendri.
« Nous avons lu un texte sur les chevaliers, ce matin… Jeremiah adore l'Histoire… »
« En garde, j'ai dit ! », râla Jemmy en piquant plusieurs fois Hennessy aux fesses et aux cuisses. Le majordome fit un pas menaçant dans sa direction et Jemmy détala à toutes jambes, pour s'arrêter quelques mètres plus loin et lui tirer la langue.
Avec toute la patience exigée par son poste, Hennessy réprima un long soupir sous le regard goguenard de Brianna et recommença son service, saisissant cette fois le pot de confiture pour l'étaler savamment sur les scones.
« Hmm, ça a l'air délicieux », le complimenta Bree en prenant sa serviette… qui tomba malencontreusement dans l'herbe. « Oh, zut, quelle maladroite je fais… »
« Laissez, Madame », fit Hennessy en reposant la confiture pour se baisser et ramasser la serviette. Mais avant qu'il n'ait eu le temps de se redresser, un « yaaaaa » sonore fit écho dans la plaine et Jeremiah sauta sur le dos de Hennessy pour s'agripper à ses vêtements.
« Allez, hue, bourrique ! », beugla l'enfant comme s'il tentait de chevaucher un âne récalcitrant.
« Mais, enfin ! » Hennessy se redressa à moitié, ne voulant pas risquer de faire tomber Jemmy de trop haut, mais celui-ci tenait bon.
« Fais du trot ! Fais du trot ! »
« Jeremiah est-il toujours aussi… énergique ? », demanda Margaret avec des yeux ronds, tandis que le majordome s'éloignait de quelques mètres pour tenter de se débarrasser de l'enfant sans retourner toute la table qu'il avait dressée. Avec un large sourire, Brianna saisit sa tasse entre ses doigts et fixa son invitée droit dans les yeux.
« Non. Juste aujourd'hui… »
Margaret fronça un instant les sourcils, avant de comprendre enfin ce qui était en train de se passer. Brianna s'assurait juste que son garde-chiourme soit occupé ailleurs pour qu'elles puissent parler en toute décontraction.
La jeune femme prit une gorgée de thé brûlant. « Et si vous me disiez maintenant pourquoi vous êtes ici ? Car j'imagine que ce n'était pas une simple visite de courtoisie… »
Margaret baissa les yeux sur son scone et pinça les lèvres. « J'ai ce que vous me demandiez… », murmura-t-elle et Brianna sentit son cœur s'accélérer dans sa poitrine.
« Vraiment ? »
« C'est l'un des carnets de comptes de l'année dernière. Normalement, William ne devrait pas en remarquer l'absence avant un bon bout de temps… » Margaret plongea une main à l'intérieur de sa cape et en ressortit un petit carnet à reliure en cuir rouge et aux liserés dorés, qu'elle posa sur la table. Après un bref coup d'œil en direction de Hennessy, toujours occupé à jouer au cheval, Brianna le feuilleta rapidement et le fit disparaître sous sa propre robe.
« Êtes-vous bien certaine qu'il s'agit des preuves que nous recherchons ? »
Lady Tryon hocha la tête. « Josiah me l'avait décrit… »
Bree fronça les sourcils. « Si vous lui faites confiance comme vous le prétendez et s'il est disposé à aider, pourquoi ne pas lui avoir donné le carnet à lui ? »
« Il est en déplacement… pour plusieurs semaines. » La voix de Lady Tryon se brisa légèrement. « Il m'a laissée seule avec William et… » Un reniflement. « Veuillez m'excuser », acheva-t-elle en sortant un mouchoir pour se tamponner le coin de l'œil.
Crache le morceau, allez…, s'impatienta Brianna, mais Jeremiah exécutait sa mission à la perfection et Hennessy ne semblait pas près de revenir les importuner. « Que s'est-il passé, Margaret ? »
La femme du gouverneur releva son regard empreint de détresse, ouvrit la bouche, sembla vouloir dire quelque chose, puis se ravisa. N'y tenant plus, la main de Brianna traversa la table et saisit celle de l'autre femme, tirant plus qu'elle ne l'aurait voulu sur le poignet et Margaret sursauta, réprimant un petit cri.
« Margaret, parlez-m… » La rousse se tut. Sous la manche de taffetas bleu nuit, une tache jaunâtre et légèrement violacée par endroits attira l'œil de son hôte. Sous le coup de la surprise, Brianna relâcha sa main, qui disparut aussitôt sous la table alors que les joues de Margaret rougissaient à vue d'œil. « Il… Il vous a fait du mal ? »
D'un geste machinal, l'autre rajusta son écharpe autour de son cou, mais ne répondit pas. Sa tenue bien trop couvrante pour la saison prenait enfin tout son sens. Elle est couverte d'ecchymoses…, réalisa Brianna, une colère sourde faisant bouillir ses veines.
« C'est de ma faute, je… j'ai provoqué une dispute. » Le visage impassible de Brianna était suffisamment éloquent pour que Margaret comprenne qu'elle ne croyait pas une seconde à sa culpabilité dans cette affaire. « C'est que… j'étais chez Mrs. Norrington… mais je ne me sentais pas très bien alors je suis rentrée plus tôt. » Le menton de Lady Tryon se mit à trembler et elle détourna le regard en direction des cultures qui entouraient la propriété. « Il était dans notre lit… avec elle. »
« Miss Scott ? », demanda Brianna pour avoir confirmation, et Margaret hocha la tête en reniflant. Visiblement, William Tryon ne s'était pas encore lassé de sa putain achetée à Noël.
« Savoir que mon mari est infidèle, c'est une chose… Mais le voir de mes propres yeux... Dans notre lit. Le lit où j'ai donné naissance à ma fille… »
« Je n'ose imaginer votre peine… »
« Je suis entrée dans une rage folle. Je serais mal placée de lui reprocher une infidélité, étant donné que j'ai moi-même une liaison… mais jamais je ne ferais cela avec Josiah sous notre toit. Et certainement pas dans une position aussi dégradante que cette… »
Pute, acheva Brianna intérieurement. Car bien qu'elle ait le plus grand respect pour les travailleuses du sexe, celle-là ne cherchait qu'à faire répudier Margaret pour prendre sa place. Une vraie briseuse de mariage… avec de l'ambition, donc.
« Il s'est jeté sur moi… Je crois qu'ils avaient bu, tous les deux. Son haleine empestait l'alcool… », reprit Lady Tryon, encore tremblante au seul souvenir de l'incident. « Jamais il ne m'avait frappée aussi longtemps… J'ai déjà reçu quelques gifles, et c'est normal… comme toutes les femmes. Mais ça… »
Brianna ne savait même plus quoi dire. Ce qui semblait normal aux yeux d'une femme en 1774 ne l'était pas pour elle, fille du vingtième siècle et élevée par un homme qui n'avait jamais fait plus qu'élever la voix sur sa propre mère. Ou cassé un peu de vaisselle. Et mis à part le soir où il l'avait violée pour la soumettre à sa volonté, Stephen non plus n'avait jamais levé la main sur elle. Même pas pour lui faire peur. Ils avaient eu leurs instants de violence psychologique, au début de leur mariage, mais la limite de la violence physique n'avait jamais été franchie. Du moins pas de cette manière.
« J'ai cru que je ne reverrais jamais ma fille… », souffla Margaret. « Mais vous savez le pire ? »
Parce qu'il y a pire ?, grinça intérieurement Brianna. Le niveau était déjà pourtant assez élevé.
« Alors que j'étais à terre et que William me bourrait de coups de pied… Miss Scott s'est tranquillement assise sur le lit. Elle sirotait son verre, sans même m'accorder un regard. Je hurlais pourtant, je suppliais… et elle buvait tranquillement son vin, comme si… je n'existais pas. »
Bree sentit un frisson la parcourir et elle se frotta machinalement les bras, comme pour se réchauffer. Une envie incompréhensible de se blottir contre un torse rassurant la saisit et elle s'imagina un instant faire cela, comme pour se protéger mentalement de la violence de la scène qu'on lui contait. Elle pouvait presque sentir la chaleur étouffante d'une peau masculine contre la sienne, et de doux mots murmurés à son oreille. Tout va bien, mo fhíorghra…
« Le lendemain, il a emmené cette fille à une soirée chez les Norrington… J'ai décidé de partir m'isoler à Cross Creek quelque temps et j'ai fait un petit tour par son bureau avant. Josiah étant parti, je ne savais pas à qui d'autre confier le carnet… »
« Et vous voilà… », acheva Brianna sombrement.
« Et me voilà. »
Il y eut un silence, pendant lequel Bree chercha quelques paroles réconfortantes, mais Margaret lui évita cette peine.
« Ne soyez pas désolée pour moi, je ne mérite aucunement votre compassion. Je ne suis qu'une égoïste… »
« Ne dites pas de bêtises, Margaret… »
« Jusque-là j'ai refusé de vous aider par peur de voir mon nom traîné dans la boue. Parce que j'avais peur de tout perdre : mon mari, ma fortune, ma réputation et celle de ma fille… » Elle secoua la tête, essuyant de nouveau quelques larmes. « Mais j'en ai assez. Je sais que Josiah m'épousera pour me préserver de la disgrâce et que ma fille pourra trouver un mari acceptable même si son père finit pendu au bout d'une corde. Je m'en veux simplement de vous avoir fait perdre de précieux mois… mais je comprendrais parfaitement si, à ce stade, vous décidiez de ne rien faire de ce carnet et de donner une chance à votre mariage. Car mon opinion n'a pas changé concernant votre époux. La façon dont il vous regarde… Dont il vous enlace, vous ou Jeremiah… Je sais que vous allez me dire que votre union n'était pas un mariage d'amour, mais très peu le sont. Pourtant, il arrive que de l'attachement naisse entre deux personnes à première vue très mal assorties. Et une affection qui dure ensuite toute la vie… »
Brianna prit une grande inspiration et se racla la gorge, avant de plonger le nez dans sa tasse de thé – et Margaret comprit le message.
« Veuillez m'excuser, Brianna. William dit sans arrêt que je parle trop, et je crois qu'il a raison sur ce point-là. »
« Non », fit sèchement Brianna, si bien que Margaret sursauta légèrement sur sa chaise. « Je veux dire… C'est très bien de donner votre opinion. Ne cessez jamais de le faire. C'est simplement que… »
Mais la jeune femme n'acheva pas sa phrase. Aucun mot ne lui venait à l'esprit, pour tout dire, mais un sourire triste se profila sur les lèvres de son amie.
« Vous commencez à l'aimer, n'est-ce pas… ? »
Bree fronça les sourcils et dans une vaine tentative de cacher sa nervosité, elle se mit à tourner sa cuillère dans sa tasse, mais la main de Margaret vint doucement se poser sur la sienne et la forcer à reposer le couvert. Et lorsque Brianna releva le nez vers elle, ses yeux rougissaient déjà. Lady Tryon venait de lui confier probablement l'un des plus grands traumatismes de sa vie, elle n'avait donc aucune raison de ne pas faire de même.
« Ça me terrifie… », siffla Brianna d'une voix tremblante. « Je l'ai haï et craint pendant si longtemps, et maintenant… Parfois, quand je me regarde dans un miroir, je me revois avec mon nez en sang, mes cheveux en bataille et mon jupon taché de sang après qu'il m'ait violée… et… c'est comme si la Brianna d'aujourd'hui, celle qui soupire entre ses bras et qui se laisse séduire… c'est comme si elle lui crachait au visage. »
Margaret se mordit la lèvre et ce fut elle qui cette fois laissa un blanc dans la conversation pour mettre des mots sur ses pensées. « N'avez-vous pas changé depuis la première fois que vous avez rencontré Mr. Bonnet ? »
Brianna fronça les sourcils. « Bien sûr que si. J'étais naïve et pas méfiante pour deux sous… on peut dire que ça a changé par la suite… »
« Et de ce que m'en a dit Jocasta dans la lettre où elle m'expliquait votre situation… lui aussi a beaucoup changé après vous avoir rencontrée. Il n'était qu'un vulgaire pirate à l'époque. »
« Où voulez-vous en venir ? »
Margaret soupira et saisit sa tasse entre ses doigts. « Eh bien… Qu'est-ce qui serait le plus judicieux selon vous ? Baser toute votre réflexion sur un événement qui s'est produit il y a plusieurs années, lorsque vous étiez tous deux des personnes totalement différentes… ou bien sur la situation et vos personnalités actuelles, avec tout ce qui vous unit l'un à l'autre aujourd'hui ? »
Brianna la dévisagea un moment, interdite, avant d'éclater d'un rire nerveux. « Vous avez conscience que vous ne m'aidez pas du tout, Margaret ? »
L'autre sourit avec douceur, mais ne dit rien et elles restèrent toutes deux un moment silencieuses, apaisées d'avoir pu se confier l'une à l'autre.
« Pourquoi me livrer le carnet si vous m'encouragez juste après à donner sa chance à Stephen ? », demanda soudain Brianna et contre toute attente, Margaret sourit, hochant la tête comme si elle s'attendait à ce genre de question.
« Ma vie est un désastre et je paierais cher pour la fuir… mais elle est en grande partie derrière moi aujourd'hui et à mon âge, je n'ai de toute façon pas la moitié de votre bravoure pour oser changer quoi que ce soit. » Lady Tryon se pencha en avant et pendant un instant, Brianna eut l'impression d'avoir en face d'elle Claire, lorsqu'elle prodiguait ses meilleurs conseils en ouvrant grand ses yeux de biche et en affichant son petit sourire discret. « Mais vous êtes jeune, Brianna. Et courageuse. Vous méritez d'avoir le choix. On ne vous l'a pas laissé quand vous avez été violée. Puis mariée pour préserver votre honneur. Puis encore mariée à un autre pour protéger votre enfant. Systématiquement, des hommes ont pris ces décisions à votre place. Il est temps que vous seule décidiez à nouveau ce qui est bon pour vous. Et que vous utilisiez ce carnet ou que vous le jetiez au feu, je sais que vous ferez ce qu'il y a de mieux pour vous et pour Jeremiah. »
~o~
Au départ de Margaret, Brianna avait dû se faire violence pour ne pas la serrer de toutes ses forces dans ses bras, ce qui aurait été parfaitement inconvenant, mais leur discussion à cœur ouvert ainsi que les sévices dont cette pauvre femme avait été victime avaient déclenché en elle un besoin maladif de contact physique. C'est pourquoi en croisant Stephen alors qu'elle remontait dans leur chambre, et malgré le carnet discrètement coincé sous son corset, elle ne tenta pas de se soustraire à ses bras lorsqu'il l'attira à lui.
« Est-ce que ça va ? »
Brianna ne fut pas étonnée qu'il pose la question – elle devait avoir l'air bien morose – et posa la tête sur son épaule avant de se blottir contre son torse. Elle attendit quelques secondes, pesant le pour et le contre de ce qu'elle s'apprêtait à dire puis se lança.
« Il la bat, tu le savais ? »
Elle entendit Stephen expirer longuement par le nez et sut quelle réponse il allait lui donner avant même qu'il n'ouvre la bouche. « Il lui arrive de s'en vanter, oui… » Pour toute réponse, elle resserra un peu plus ses doigts sur sa chemise et il laissa échapper un rire. « C'est donc cela que vous avez fait pendant deux heures ? Un concours de qui de vous deux a le pire mari ? »
Brianna gloussa et leva les yeux vers lui. « Eh bien, aussi surprenant que cela puisse paraître… ce n'est définitivement pas moi. »
Stephen sembla réfléchir un instant et ses yeux se dirigèrent vers la porte de leur chambre, tandis que sa femme passait rapidement en revue les différents moyens de ne pas laisser tomber le carnet quand il lui arracherait ses vêtements. Mais heureusement, l'univers avait d'autres plans pour elle.
« Hmm, j'ai promis à Jeremiah de l'emmener monter son poney avant le dîner », murmura-t-il en empoignant ses fesses à travers la robe. « Tu devras donc attendre après le dîner pour monter le tien… »
« Le mien ? », répéta Brianna avant de voir son regard rieur animé d'une étincelle de lubricité. « Je vois… Monsieur Bonnet est un poète. »
Stephen s'esclaffa et après avoir lâché ses fesses, il se détourna pour rejoindre Jeremiah au rez-de-chaussée. « Disons que Madame Bonnet est une excellente muse… »
Brianna leva les yeux au ciel et attendit qu'il ait disparu dans le salon pour pousser un soupir de soulagement. Sans attendre, elle s'engouffra dans sa chambre, où Phèdre achevait de nettoyer l'armoire de Stephen à la recherche d'autres mites, et se contorsionna un moment pour déloger le carnet de sa cachette. Phèdre s'approcha, les sourcils froncés, et regarda ce que sa maîtresse tenait dans ses mains.
« Qu'est-ce que cela ? », demanda-t-elle lorsque Brianna le lui tendit.
« Des preuves que Stephen et Lord Tryon trafiquent et détournent l'argent des taxes à leur profit… J'ai besoin que vous le cachiez pour moi. Personne ne fouille jamais votre chambre, n'est-ce pas ? »
Phèdre secoua la tête. « Pas que je sache, non. Mais qu'allez-vous en faire, Madame ? »
« Dans l'idéal, il faudrait que je le transmette à ma famille. Ils se débrouilleraient ensuite pour l'envoyer à qui de droit, mais… »
« Pourquoi ne pas repasser par l'intermédiaire de l'apothicaire ? », proposa Phèdre à qui Brianna avait raconté l'épopée du message peu de temps après avoir reçu la réponse de ses parents cachée dans Hamlet. « Il s'est avéré un homme de confiance. »
« Oui… mais glisser un bout de papier entre deux doigts, c'était faisable. Donner un carnet sous les yeux de Stephen sera bien plus périlleux… »
« Pas si c'est moi qui y vais… En octobre, il y a toujours cette grande foire aux tissus à Wilmington. Madame Cameron m'y envoyait chaque année pour y acheter de quoi lui faire faire de nouvelles robes… On y trouve les tissus les plus fins et les plus délicats qui existent. Je pourrais demander à y aller seule, passer chez l'apothicaire pour ramener des plantes pour les savons de Jeremiah, et revenir ni vue ni connue. »
Brianna hocha la tête, pensive. « Ça pourrait fonctionner, oui… »
« Toutefois… si je peux me permettre… », commença la jeune servante et Brianna sut d'avance ce qu'elle allait lui demander. « Êtes-vous bien sûre de vouloir faire cela, Madame ? »
Pourquoi est-ce que tout le monde me pose cette question ?, geignit intérieurement la jeune femme. Mais elle savait pertinemment pourquoi car même si elle s'évertuait à les ignorer, elle-même nourrissait de sérieux doutes. Abattue, elle poussa un soupir et se laissa tomber sur le lit conjugal. « J'attends ça depuis des mois… »
« M'autorisez-vous à vous parler en toute honnêteté ? »
« Évidemment, Phèdre… »
La servante pinça les lèvres et s'assit à côté de Brianna, tournée vers elle. « Si vous aviez eu ce carnet l'année dernière à la même période, nous n'aurions pas eu une once d'hésitation, c'est certain… Mais aujourd'hui… ? »
« Rien n'a changé, pourtant. »
« Tout. Tout a changé… », rétorqua Phèdre en secouant la tête. « Et je sais que vous en avez conscience. Monsieur Bonnet a changé. Vous avez changé. Jeremiah… a enfin un père digne de ce nom… » Brianna s'apprêtait à protester mais Phèdre leva une main pour ne pas qu'elle l'interrompe. « Inutile d'essayer de me convaincre du contraire. Vous le savez, je le sais, Monsieur le sait, tout le monde le sait. »
« Stephen m'a fait souffrir… »
« Tout comme Mr. MacKenzie… Avez-vous oublié ce qui vous est arrivé lorsque vos parents sont rentrés sans lui, après la naissance de Jeremiah ? »
Brianna se renfrogna. « J'ai fait quelques crises de larmes, rien d'alarmant… »
« Rien d'alarmant ? », s'offusqua la jeune servante avant de retrouver un ton de voix plus respectueux. « Vous avez passé trois jours entiers au lit, dans un état second… Nous avons dû temporairement trouver une nourrice au village pour Jeremiah car vous oubliiez même de l'allaiter. »
Les yeux de Brianna se remplirent de larmes. Elle n'avait que peu de souvenirs de cette période et n'avait pas franchement cherché à en savoir plus lorsqu'elle avait repris ses esprits. Roger était rentré peu après et c'était tout ce qui avait compté à ses yeux.
« Mais je ne suis pas là pour classer vos maris selon le niveau de souffrance que chacun vous a fait subir… », reprit Phèdre posément. « Ce que je voulais dire, c'est que depuis quelques mois… vous resplendissez. »
« Comme vous y allez ! » Brianna roula des yeux avec agacement. « Je vois mal comment je pourrais ne pas resplendir alors qu'il me couvre de bijoux et de robes ridiculement chères. »
Phèdre plissa les yeux, consciente que sa maîtresse faisait exprès de ne pas comprendre là où elle voulait en venir. Brianna elle-même n'aurait su expliquer pourquoi il lui avait été si facile d'avouer à Margaret de possibles sentiments naissants à l'égard de Stephen, quand elle s'évertuait à le nier en bloc avec Phèdre. Peut-être parce qu'elles étaient justement plus proches, depuis plus longtemps, et que la peur du jugement était davantage présente. La jeune métisse se releva, le carnet dans une main, et posa l'autre sur le bras de Bree.
« Je vous aiderai sans hésiter, Madame, mais je veux d'abord être certaine que vous ne le regretterez pas. Pour vous et pour Jeremiah… La foire aux tissus se tient la dernière semaine d'octobre, il vous reste donc un peu moins d'un mois pour réfléchir. Vous avez encore le temps… »
Comme Brianna ne répondait pas, Phèdre se détourna en silence et s'apprêtait à quitter la pièce lorsque la jeune femme lui posa une question d'une voix faible, presque honteuse.
« Est-ce que c'est mal de penser que tout serait bien plus simple si je pouvais lui pardonner ce qu'il m'a fait ? »
La main sur la poignée de la porte, Phèdre se figea et lui jeta un regard plein de compassion. « Non, Madame. Bien sûr que non. Au contraire. Il n'y a pas de règle pour ces choses-là, chaque personne fait comme elle peut et comme elle veut. Vous avez souffert plus longtemps que certaines femmes, moins longtemps que d'autres. Si vous voulez pardonner, c'est très bien. Si vous ne le voulez pas, c'est bien aussi. C'est à vous de faire ce dont vous vous sentez capable. »
« L'auriez-vous fait, à ma place ? »
À en juger par l'expression perdue de Brianna, c'était une vraie question et Phèdre réfléchit intensément pendant quelques secondes. « Lorsque Monsieur Bonnet est devenu votre mari, j'étais terrorisée. Pour vous. Pour Jeremiah. J'attendais désespérément que quelqu'un enfonce la porte et vous arrache à ses griffes… Je ne suis pas l'un de ses hommes : ce n'est pas parce qu'il me verse un salaire que je cautionne tous ses actes… »
« Il vous paie ? », s'étonna Brianna en clignant des yeux. Elle n'avait jamais vraiment réfléchi à la question. Il était vrai que Stephen avait prétendu dès le premier jour ne faire confiance qu'aux employés qu'il payait grassement, mais elle n'avait pas envisagé que Phèdre fasse aussi partie du lot.
« Oui… Je ne m'y attendais pas non plus quand il m'a autorisée à rester, mais dès le lendemain il m'a versé une première somme, puis une livre chaque semaine. Ce qui est plus que ce que je ne pourrais en dire des Cameron… »
« Pourquoi ne me l'avez-vous jamais dit ? »
Phèdre baissa le nez, visiblement gênée. « Je craignais… que vous ne me fassiez plus confiance. Que cela change nos relations… »
« Bien sûr que non… », la rassura Brianna avec un sourire, mais dans l'état de paranoïa et de panique qui l'habitait au tout début de son mariage, peut-être était-ce effectivement une bonne chose que Phèdre ait passé ce détail sous silence. « Au contraire, je suis plutôt agréablement surprise… et heureuse pour vous. »
« Je ne suis pas libre pour autant… », tempéra Phèdre avec une grimace. « Je veux dire que je n'ai aucun document prouvant que je suis une employée et non une esclave… Monsieur Bonnet n'a jamais abordé le sujet avec moi. »
Brianna leva les yeux au ciel. « Il doit se dire que l'argent remplit la paperasse comme par magie… »
« Peut-être bien, oui… », gloussa Phèdre avant de reprendre son sérieux. « En tous cas, tout comme vous, j'ai appris à le connaître. Je l'ai vu évoluer. Il n'est pas parfait, et d'ailleurs aucun homme sur cette Terre ne l'est… mais… »
« Il essaie… », acheva Brianna d'un air triste.
Phèdre hocha la tête. « Il fait beaucoup d'efforts pour vous rendre heureuse. Et il est normal que vous ayez envie d'en tenir compte pour prendre votre décision. »
Brianna prit une profonde inspiration, tandis que Phèdre glissait le carnet d'une poche de son tablier. « Trois semaines, hein… ? »
La servante sourit. « Ce n'est pas une obligation. Je peux trouver une excuse pour aller à Wilmington un autre jour. »
« Non, c'est très bien… Si je n'ai pas d'échéance, je ne me lancerai jamais… », soupira Brianna avant de lui sourire gentiment. « Merci. »
Esquissant une brève révérence, Phèdre ouvrit la porte et se glissa hors de la pièce, laissant Brianna seule avec ses pensées.
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Bien, j'ai une question pour vous… Si vous étiez Bree à cet instant : que feriez-VOUS ? Vous utiliseriez le carnet sans hésitation ? Ou bien laisseriez-vous à Stephen une chance de prouver qu'il a changé ? Je suis assez curieuse d'avoir votre avis ahahah
Est-ce que le sort de cette pauvre Margaret vous a surpris ? J'avais déjà glissé quelques indices (oh pas beaucoup, un ou deux, lol) trahissant que Tryon était un enfoiré de première, mais on ne sait jamais…
J'espère que vous avez apprécié ce chapitre et que vous avez hâte de lire ce qu'il va se passer jusqu'à la foire aux tissus de Wilmington. Croyez-moi, ça va être les montagnes russes pour votre petit cœur. xD
Le prochain chapitre sera posté le 2 avril. D'ici là je vous souhaite une belle Saint-Patrick (et n'oubliez pas de faire un bisou à un beau pirate irlandais pour l'occasion…).
Xérès
