Hey !
On se retrouve pour un chapitre bonus ! Vous n'êtes pas obligé de le lire pour suivre la trame principale. Vous y verrez le passé d'Alexander et Alyssa dans un moment clef de leur histoire respective.
Bonne lecture,
Aki.
Chapitre bonus 2 : Une main tendue.
L'enfant ne sut pas vraiment comment il était arrivé ici. Ses souvenirs étaient flous comme si son cerveau refusait d'enregistrer les mots et les images depuis la mort de ses parents. Mais là, devant cette devanture il se réveilla de sa profonde léthargie pour tomber dans une réalité dérangeante et terrifiante.
Orphelinat magique de Salem.
Ah oui… Il les avait perdus… Non… Plutôt arrachés avec cruauté. Il ne verrait plus leurs sourires, leurs regards qui le suivaient avec attention. Il n'entendrait plus leurs rires qui accompagnaient les siens, leurs voix qui résonnaient dans la maison et au creux de son oreille, ou leurs battements de cœurs quand il était dans leurs bras. Il ne sentirait plus l'odeur des repas alléchants préparés par sa mère ou les ratés culinaire de son père, il ne pourrait plus se gorger de leurs parfums.
Plus de câlins qui le baignaient d'amour. Plus de jeux qui faisaient passer des heures pour des secondes. Plus de balades dans les bois pour découvrir la vie y régnant. Plus de sieste sur des genoux confortables. Plus de discussions animées. Plus de mains tendues qui l'invitaient à grandir avec bienveillance.
Rien… Juste le néant.
- Alexander, l'interpella une voix masculine.
L'enfant leva la tête et remarqua la forme brouillée d'un homme. Il essuya les larmes coulant librement sur ses joues et sa vision devint plus claire. Alex, en bon fils d'aurors reconnut la tenue particulière de l'homme qui le regardait avec une chose qu'il qualifierait plus tard de pitié. Il semblait vouloir dire quelque chose, ouvrant et fermant succinctement la bouche sans qu'aucun mot ne sorte.
Son père trouvait toujours les bons mots…
Une main fine se posa sur son épaule comme pour le pousser à avancer, il regarda la personne à qui appartenait ce membre. Une femme habillée d'un tailleur à l'apparence stricte et froide. En général le petit albinos adorait le moindre contact tel un chaton affectueux se gorgeant de chaleur humaine. Mais ce contact-là -désagréable et sec- le fit frémir.
Le touché de sa mère était toujours doux et affectueux…
- Allons-y, dit-elle d'un ton pincée.
Alex se laissa mener, trimballer comme une marionnette. Dépossédé de son énergie il réagit à peine lorsqu'on le guida dans ce lieu infâme puant l'amertume et le regret. On lui présenta des visages, des noms et des lieux qu'il retint partiellement. Il comprit vaguement que la femme qui l'avait amené ici était une assistance sociale.
Il arriva dans une pièce contenant cinq lits. Ici tout était blanc et gris.
- C'est ta chambre Alexander, tu seras avec des garçons de ton âge. Le lit le plus au fond est le tien, tu peux mettre tes affaires dans la malle, présenta l'employé de l'orphelinat.
Alex se tourna vers l'assistante sociale qui les accompagnait et qui transportait son petit sac contenant tout ce qui lui restait. Elle le lui passa et machinalement il rangea ses affaires dans la malle devant son lit.
- Tes camarades de chambre sont en cours si tu souhaites les rejoindre.
Alex secoua la tête de gauche à droite.
- On attend de toi des réponses verbales, intervint l'assistance sociale agacée du mutisme d'Alex.
Depuis le tragique évènement il n'avait pas prononcé un mot, ce qui frustrait au plus haut point le personnel du MACUSA. L'auror en charge de l'affaire n'arrivait pas à l'interroger et les démarches avec l'assistance sociale devenaient compliquées.
Alex baissa les yeux, sa voix toujours aussi morte. Avant il ne pouvait s'empêcher de commenter tout, une vraie pipelette…
- Bien nous allons te laisser seul, n'oublie pas l'heure du repas, dit l'employé.
Seul ? Il l'était déjà…
Les adultes quittèrent la pièce de ce qui deviendrait son enfer personnel.
Les premiers jours scellèrent son sort, un gamin muet et albinos était la cible idéale. Sa différence dégoûta ses camarades, héritant des surnoms monstre et mage noir et son silence les blessèrent dans leur petit égo.
Bousculades, insultes, coups, vols de repas, réveils musclés durant la nuit…
Mais Alex ne réagissait pas, emprisonné dans un chagrin si fort qu'il l'engourdissait.
Puis le déclic.
En revenant de la douche il vit un de ses camarades fouiller dans sa malle et s'approcha de lui. Ce gamin – Dan se souvint-t-il- ramassa une photographie celle représentant ses parents et lui fit face avec un sourire supérieur.
- Tiens mais voilà le monstre, j'ignorais que les horreurs de ton genre pouvaient avoir des parents.
Des ricanements accompagnèrent sa tirade. Encouragé, Dan commença à tordre le papier et le déchirer. Dans un hurlement de rage ou de désespoir Alex bondit sur le vandale et le renversa sur le sol. Il le frappa, le griffa, cherchant à l'atteindre par n'importe quel moyen. Les autres enfants intervinrent et l'agrippèrent.
- Lâchez moi, cria l'albinos.
Et sa magie répondit.
Une vague d'énergie les envoya voler sur plusieurs mètres mais Alex n'en prit pas conscience, continuant de s'acharner sur Dan qui tentait de se protéger de son mieux.
- Mais que se passe-t-il ici ?! s'écria une surveillante alertée par ce remue-ménage.
Elle ne mit que quelques minutes à les séparer puis à obtenir les informations. Bien sûr les autres enfants firent front contre Alex et défendirent Dan.
- C'est faux ! Dan a tenté de détruire la photo de mes parents, rétorqua Alex la rage au ventre.
Il lui tendit la photographie abimée et la surveillante soupira avant de la réparer d'un sort.
- Soit mais ce n'est pas une raison d'encourir à la violence. Tu seras puni.
Elle regarda ensuite Dan qui ricanait malgré ses blessures.
- Pareil pour toi et va à l'infirmerie.
Dan prit une expression offusquée.
- Mais c'est ce monstre qui-
- Je ne veux rien entendre, exécution !
Après cet évènement Alexander devint une boule de colère instable tel une bête sauvage acculée. Il réagissait avec violence à chacune des attaques et ses détracteurs le prirent comme un défi.
Si seulement ses parents étaient encore là… Il se sentait capable de vendre son âme au diable pour retourner chez lui…
Puis la lassitude, une profonde tristesse l'enveloppa alors qu'il était si fatigué de se battre. Les coups bas devenaient de plus en plus retors au fur et à mesure qu'il rétorquait. Et il n'était pas soutenu par les adultes, loin de là, car ils considéraient ça comme des jeux d'enfants.
Les rares fois où Alex avait demandé de l'aide ils avaient réussi à le faire culpabiliser.
Vint le jour de sa rencontre avec elle. Un dimanche, journée hebdomadaire de la sortie au parc en face de l'orphelinat. Les employés se débarrassaient ainsi des enfants pour faire le grand nettoyage et juste un surveillant les accompagnait.
Le parc était d'une taille moyenne avec une partie d'aire de jeux pour enfants et une autre partie nature avec de nombreux arbres, plantes et une mare aux nombreux poissons et canards avec un petit chemin en terre balisé.
Alex détestait cette journée : leur responsable s'installait sur un banc en se plongeant dans un livre, ses camarades en profitaient pour le passer à tabac et ses bleus devenaient des blessures de jeux intensives. A chaque fin de journée le responsable le grondait car il était incapable de « s'amuser correctement ».
Donc comme d'habitude l'albinos essaya de se protéger avec ses bras tout en recevant des insultes tout aussi douloureuses que les coups. Puis un grognement bestial.
Le monde se figea une fraction de seconde et une première brute hurla de terreur. Alex trembla et ouvrit les yeux pour voir ses harceleurs faire un bond en arrière, regardant avec une tension palpable un point derrière lui.
- Putain ! Barrons-nous !
- Ouais, laissons le monstre se faire dévorer !
Et ils l'abandonnèrent là, avec une créature dangereuse. Alexander n'osa pas tout de suite regarder le danger puis il se résigna. A quoi bon… S'il mourrait il les rejoindrait enfin… Alors l'enfant se redressa et se retourna. Il haleta de surprise, une panthère ? Noire, puissante, aux yeux bleus hypnotisants. Il se dégageait d'elle une beauté mortelle.
Puis le félin se modifia pour devenir un être humain. Cette personne le considéra puis s'approcha et se mit à sa hauteur.
Une main douce se posa sur sa joue tuméfiée, de longs doigts effaçant des sillons de larmes, et un doux sourire se forma sur les lèvres d'une jeune femme magnifique.
- Tes yeux ont la teinte des rubis et tes cheveux me rappellent la neige fraichement tombée. Tu es magnifique.
Son cœur d'enfant se gonfla d'un sentiment doux et chaud.
- Viens avec moi trésor, tu ne mérites pas de vivre ici !
Elle lui tendit une main et Alex s'y accrocha instinctivement. Elle se redressa.
- Qui es-tu ? demanda-t-il.
- Alyssa Laurel, enchantée et toi ?
- Alexander Lowell.
- Bien, allons-y.
La jeune femme commença à se diriger vers l'orphelinat et l'enfant stoppa net, la peur au ventre.
- Non ! Je ne veux pas y retourner !
- Il faut bien que je rencontre la direction pour t'adopter.
Et ce même sentiment revint avec force, réchauffant son petit corps. Comment s'appelait-il ? Il l'avait déjà ressenti avant mais il l'avait oublié…
Ils rentrèrent dans l'orphelinat sans se faire remarquer par le surveillant démissionnaire.
- Guide-moi jusqu'à son bureau s'il te plaît, demanda-t-elle chaleureusement.
Lors de leur ascension une employée qui nettoyait des vitres les arrêtèrent.
- Alexander, qui est cette femme ?
Il se mordilla la lèvre inférieure.
- Elle veut m'adopter, répondit-il en s'accrochant plus fermement à sa sauveuse.
L'interlocutrice fronça des sourcils et se tourna vers la visiteuse importune.
- Madame, je n'ai pas été informée de votre venue et… hum… êtes-vous sûre de votre choix ? Enfin le cas d'Alexander est complexe, il y a d'autres enfants…
Un regard glacial la stoppa net. L'employée se sentit frémir.
- Je n'ai guère demandé votre avis. Je dois voir votre direction, maintenant.
Finalement ils arrivèrent devant le bureau de E. Proctor –d'après le panneau en bronze sur la porte- et l'employée frappa avant d'entrouvrir la porte pour annoncer « C'est pour une adoption ».
Alyssa et Alex entrèrent sur invitation de monsieur Proctor et s'installèrent sur les sièges en bois inconfortables.
- Bonjour madame, je n'ai pas été prévenu par le service de l'enfance magique de votre visite.
- C'est normal, je n'ai pas de dossier, ni d'agrément. Mais je ne partirai pas sans lui.
L'enfant sentit son cœur se glacer, oh non… Monsieur Proctor les jugea un moment avant de se pencher vers eux comme pour leur confier un secret important.
- Cependant… je pense qu'on peut s'arranger… Si vous tenez tant que ça à partir avec le jeune Lowell je pourrais, contre une certaine somme, vous créer un dossier solide.
La jeune femme eut un rictus et déboutonna les premiers boutons de sa chemisette blanche. Le regard de l'homme se remplit de concupiscence puis il pâlit drastiquement lorsqu'elle tira un pan du vêtement, révélant un tatouage bien connu.
- Monsieur Proctor, il me suffit d'une lettre pour fermer cet orphelinat pour maltraitances et négligence. Ensuite je prendrai un grand plaisir à détruire chaque parcelle de votre vie et personne ne se mettra sur mon chemin. Compris ?
« J'espère que Mentor ne va pas me tuer pour ça » pensa-t-elle ne laissant pas transparaître sa crainte.
Le directeur hocha la tête. Alex sentit des larmes d'émotions venir et Alyssa passa une main dans sa chevelure.
Les détails se réglèrent rapidement et Alyssa récupéra les maigres affaires de son désormais protégé. Ils quittèrent l'orphelinat et alors qu'Alex regardait pour la dernière fois la façade il se souvint du nom de ce sentiment qui l'avait envahi en saisissant cette main tendue. L'espoir.
- Comment je dois t'appeler ?
- Comme tu veux, je ne connais pas tes parents et je ne vais pas m'imposer en mère si tu ne le souhaites pas. Je peux être une tante ou une sœur. Enfin c'est à toi de choisir, répondit-elle en haussant des épaules.
Le petit albinos sourit pour la première fois depuis de très long mois.
- J'ai toujours voulu avoir un frère ou une sœur.
- Alors je suis ta grande sœur.
Et un lien indestructible naquit entre ces deux êtres.
