Disclaimer : Nous ne tirons profit, en aucune façon, de cette histoire. Les personnages de Marvel appartiennent à leurs propriétaires. Nous ne retirons rien de l'histoire qui suit et tous les droits de création des personnages leur appartiennent. En revanche, l'histoire nous appartient.
Rating : T
Genre : Romance / Drama / Angst / Comfort
Personnages : Tony Stark ; Loki ; la plupart des personnages vus dans les films du MCU
Situation temporelle : Démarre en 2012, après que Loki a récupéré le Tesseract dans Avengers Endgame
Bonjour tout le monde !
Chapitre essentiellement consacré à Loki, et au gros des événements traités dans "Thor : Le monde des ténèbres". Comme avec "Iron Man 3", les différences avec le canon se font sentir, et les écarts se creusent.
Pour l'anecdote, nous avons passé le week-end précédent à ploter toutes les deux le film "Infinity War". Le moins qu'on puisse dire, c'est que nous sommes très, très loin du canon !
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Lyrellys, Tsuki Baritt, Egwene Al' Vere, Amy, merci pour vos reviews !
Amy : A ce stade de la fic, la scène avec Thor interrogeant Tony sur ses intentions envers Loki fait indéniablement parti des nos préférées. On a peu vu les autres Avengers jusqu'ici, mais je pense que nous nous sommes rattrapés ici ! XD C'est également un bonheur d'écrire Jarvis, sarcastique à souhait (c'est Kaelyan qui a commencé à l'écrire comme ça en premier, et Julindy a juste suivi parce que c'était excellent !)
Pour ce qui est de la dernière scène... Ils se sont rapprochés depuis le début de cette fic, c'est indéniable. Mais aucun des deux ne réalise encore vraiment à quel point l'autre a acquis de l'importance. Mais ça ne tardera pas !
Bonne lecture !
Ju' et Kae
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CHAPITRE 10
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Les Neufs Royaumes ne sont pas éternels. Ils ont une aube, et auront un crépuscule. Ils s'abîmeront dans les flammes, pour renaitre de leurs cendres. Tel est le cycle sans fin des Ragnarök.
Mais il est des reliques antérieures à la création même de l'univers. Parmi elles, six gemmes aux pouvoirs incommensurables. Six pierres d'infinité, six fragments d'éternité. Elles étaient des grains de sables dans la mécanique bien huilée de l'univers, annonciatrices de bouleversements que même les Nornes ne sauraient prévoir avec certitude.
Rares étaient les êtres à croiser l'une d'entre elles sur leur chemin. Loki n'aurait jamais cru être de ceux-là.
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Afin de ne pas perdre davantage de temps, Loki avait consenti à téléporter directement Thor et sa mortelle à Jaipur. Le dieu de la foudre avait d'abord rechigné, mais Loki avait immédiatement mis en avant les longues heures qui lui serait nécessaires pour rejoindre l'Inde en volant. Un temps conséquent durant lequel Jane pourrait tout aussi bien mourir que Malekith ne pourrait se lancer de nouveau à l'assaut d'Ásgard. Ces arguments avancés, Thor s'était aussitôt plié à sa décision. Comme c'était étonnant. S'il se plaisait sur les champs de bataille et se réclamait être un grand combattant, il était évident pour quiconque le connaissait un tant soit peu qu'il n'était pas de ceux organisant lesdites expéditions guerrières.
Pour preuve, sitôt qu'ils apparurent dans une ruelle peu fréquentée de Jaipur, c'est vers lui que la mortelle se tourna.
« Où allons-nous maintenant ? »
La suspicion était omniprésente dans son regard – et comment aurait-il pu en être autrement ? La seule et unique occasion durant laquelle elle avait dû entendre parler de lui était lors de l'invasion de New-York – mais elle semblait vouloir en faire fi pour le moment. Plus intelligente qu'il n'y paraissait. Ou probablement, plus consciente de son sort et de celui d'Ásgard que Thor lui-même ne l'était.
« Stark m'a donné un téléphone dans lesquelles sont enregistrées les coordonnées exactes du portail. Si je me fie à ses indications, nous y serons dans quelques minutes. Mais par précaution, il vaut mieux que nous arborions d'autres vêtements, ou nous nous ferions inutilement remarquer. Nous sommes trop pressés pour prendre le risque de nous faire interpeller par les autorités locales. »
Sans perdre un instant, il agita la main et tous trois se retrouvèrent vêtus de tenues midgardiennes. Typiquement occidentales – semblable dans son cas à celles qu'arborait Stark lors de ses rendez-vous avec le conseil d'administration – mais il se refusait à s'afficher avec les tenues colorées des habitants de ce pays-ci, pour trop exubérantes.
« Il ne s'agit que de simples illusions et elles se dissiperont prochainement. Ne tardons pas. »
Puis, sans perdre davantage de temps, il s'engouffra dans la rue, immédiatement suivi par Thor et sa soi-disant scientifique qui lui emboitèrent le pas. Le trajet, rapide, se déroula dans un silence pesant. Il sentait peser sur lui les regards vaguement incrédules du couple derrière lui. Il fallait dire qu'il ne détonnait guère parmi les mortels présents, évitent d'un mouvement souple les passants qui venaient en sens inverse et se dirigeant sans hésitation dans les rues, ses yeux naviguant constamment entre les indications données par le portable et les panneaux en hindi. Côtoyer ainsi Stark des mois durant lui avait été plus que profitable, et il se fondait à présent sans le moindre mal parmi la population midgardienne. Aussi impassible et sûr de lui que l'avait toujours connu Thor, la colère l'ayant terrassé quelques heures plus tard désormais sous bon contrôle.
Il était plus facile à songer à tout ce que Stark lui avait apporté que de s'appesantir une seconde de plus sur les raisons l'ayant poussé sur le chemin de la vengeance.
Comme prévu, ils parvinrent moins de dix minutes plus tard à un entrepôt abandonné dans une zone industrielle déserte. Cela n'aurait pu être qu'une coïncidence, mais le mur ouest arborant des reflets mouvants ainsi que la forte présence d'un rayonnement magique indiquaient le contraire. Ultime preuve s'il en était nécessaire, le téléphone bipa joyeusement dans sa main, l'écran affichant brièvement un « Bonne chance Rodolphe » avait de s'éteindre définitivement. Loki ne retint que difficilement le sourire narquois qui voulait s'afficher sur ses lèvres. Stark…
« Nous y voici. Nous ferions mieux de nous dépêcher avant que cette brèche ne se referme, rendant inutiles les efforts de Stark pour la localiser. »
« Quelle garantie ai-je qu'il ne s'agit pas de l'une de tes innombrables fourberies mon frère ? » lui demanda Thor.
Ah, le retour de la méfiance si coutumière du blond envers lui ! Loki aurait pu s'en servir pour se jouer de lui, une fois encore, mais jamais il ne serait permis de profiter de pareils événements pour cela. Appelez ça de l'honneur si cela vous chante, lui considérait ceci uniquement comme une preuve de respect pour la seule et unique personne lui ayant un jour témoigné un tant soit peu d'affection.
« Je ne plaisanterais pas sur un sujet pareil. Pas quand il y a tant en jeu. Doute de moi autant que tu le souhaites, cela m'indiffère. Mais n'ose pas une seconde douter de mon désir de vengeance. »
Thor soutint pour la première fois son regard depuis leurs retrouvailles. Que cherchait-il à lire dans ses yeux ? Loki ignorait ce qu'il y vit, mais il finit par opiner. Prenant le bras de Jane, ils lui tournèrent le dos et se dirigèrent sans dire un mot vers le portail, par lequel ils disparurent en une fraction de seconde. Sans la moindre trace d'hésitation, Loki lui emboita le pas, abandonnant sans regrets derrière lui le royaume de Midgard pour la première fois depuis neuf mois.
Il lui suffit d'un pas, un pas seulement et il sut qu'il était au bon endroit. Un monde noir et délabré s'offrait à ses yeux, en de vastes plaines obscures que seul un soleil lointain semblait éclairer. L'air était lourd, acre, saturé de poussière et de cendre qui déjà s'accumulaient dans ses poumons. On n'entendait rien d'autre que le bruit du vent et celui de leurs propres respirations. Aucune vie à l'horizon autre que les leurs. Uniquement les ténèbres et la mort.
« Svartalfheim. »
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Grâce à ses pouvoirs, Loki était parvenu à détecter une dizaine de signatures magiques elfiques, à plusieurs kilomètres de là où ils étaient, et qui ne pouvaient appartenir qu'à Malekith et ses sbires. Ne pouvant les téléporter plus proche de leur destination sans connaitre auparavant les défenses magiques dont disposaient les dökkalfars – ces drittsekk étaient tout de même parvenus à assaillir Ásgard sans qu'Heimdall ne soit capable de les voir approcher, et leur espèce était réputée pour ses mages de guerre à une époque – il ne leur était resté d'autres choix que la marche. Ils avaient ainsi cheminé dans cette direction de longues heures durant, avant que le soleil ne se couche. Et s'ils s'étaient rapprochés de leur objectif, ils étaient encore loin de l'avoir atteint. Ils avaient alors trouvé refuge dans un vallon à l'abri des regards, et s'étaient risqué à allumer un feu. Sitôt s'étaient-ils arrêtés que Jane s'était effondrée, avant de sombrer dans un sommeil profond, quoi que de toute évidence troublé par les cauchemars. Malgré lui, Loki ne pouvait s'empêcher de la couver du regard. Non pas protecteur comme l'était Thor. Bien au contraire, son intérêt était tout autre. Outre l'appât irrésistible qu'elle représentait pour Malekith, la puissance remarquable qu'exerçait son corps chétif se ressentait, y compris sur lui-même, avec une force qu'il n'avait pas prévue. Que ne ferait-il pas avec l'immense pouvoir qui coulait dans ses veines ?
Il se rappelait cette discussion qu'il avait eu avec Stark, des mois plus tôt. C'était encore l'aube de leur collaboration, et l'une des toutes premières fois où ils avaient évoqué la magie. Il lui avait conté la geste de l'univers, le combat qu'avait mené Bor contre les elfes noirs et la lutte de pouvoir pour l'éther. Et cet humain, qui ne connaissait rien à la magie ou aux forces cosmiques régissant les neufs mondes, avait prédit la réapparition de l'éther au moment de la convergence avec une exactitude troublante.
Si même un mortel avait su le prévoir, comment Odin tout puissant n'avait-il rien vu venir ? L'âge allant, le glorieux Père de Toute Chose se faisait-il négligent ? Cela remettait nombre de choses en question, dont sa volonté initiale de se tenir éloignée d'Ásgard et de son roi.
Il n'avait jamais souhaité s'assoir sur le trône autrement que pour prouver qu'il en était digne. Mais avec le sommeil d'Odin survenu il y a deux ans tout juste, la convergence, le réveil des elfes noirs, l'éther et la menace du Titan planant sur les neufs mondes, c'était des temps plus sombres qui s'annonçaient. Les cartes avaient été rebattues, et nul ne savait quand elles seraient jouées. Pas avant plusieurs décennies, un siècle ou deux probablement, mais qu'est-ce que cela représentait pour un être millénaire tel que lui ? Il saurait voir venir. Mais il aurait été bien sot de ne pas prendre garde aux présages. Un nouvel échiquier se mettait en place dans l'ombre, et il ne savait s'il en était le joueur ou le pion.
« Je sais à quoi tu songes mon frère, » l'interpella Thor, le sortant des pensées.
Tout à ses réflexions, il avait cessé de prendre garde à son environnement et son regard vague était resté posé sur la mortelle, ce dont Thor n'avait pas manqué de prendre ombrage. Loki ne révoqua pas l'affirmation de Thor, sachant pertinemment qu'il ne pouvait ne serait-ce qu'effleurer les idées qui étaient siennes, et le laissa poursuivre avec dédain.
« Je te le déconseille. Ce pouvoir te consumerait. »
Loki ne leva pas les yeux au ciel devant tant de stupidité, mais à grand peine. Thor qui prétendait lui donner des conseils en ce qui concernait la magie, un domaine dans lequel il était aussi doué qu'un biglesnipe nouveau-né ? C'était d'une ironie sans bornes !
« Elle ne s'en tire pas trop mal… pour l'instant. »
« Elle a en elle une force que tu ignores. »
Et cela était sans doute vrai. En soit, il fallait une certaine force pour tenir entre ses mains un artefact d'une telle puissance sans se faire consumer. C'était d'autant plus incroyable qu'une humaine à l'espérance de vie réduite y soit parvenue, quand bien même elle se meure. Il existait des anomalies dans l'univers, ne répondant pas aux règles préétablies par les Nornes, maniant la magie quand cela aurait dû leur être impossible ou jouant à armes égales avec d'autres races qui leur étaient infiniment supérieures. Il se plaisait à penser être une de ces exceptions. Jane Foster en était une autre, de même que Tony Stark. Mais ces deux derniers avaient un point commun : ils étaient, et demeureraient mortels.
« Dis-lui adieu. »
« Pas aujourd'hui, » répliqua-t-il immédiatement, résolu à ne pas la laisser périr sans se battre. Mais s'il n'y avait que ça…
« Aujourd'hui, demain ou dans un siècle, quelle différence. Ça passe si vite. »
Tel était le sort échu aux êtres à la courte vie comme les humains. Mais plus souvent qu'à son tour, il lui paraissait que ceci était en réalité une bénédiction. Il le savait, longs seraient encore les siècles le séparant du trépas et d'Helheim. Et plus longues encore seraient ces années, à souffrir seul la perte des êtres aimés et les cicatrices encore vivaces d'un passé qui la nuit l'empêchait parfois de trouver le sommeil. Fugitivement, le visage de Frigga passa devant son regard, et son cœur se serra.
« Tu ne seras jamais prêt, » reprit-il avec hargne. Pour ne pas être le seul à souffrir ? Pour ne pas être le seul à avoir conscience de la terrible réalité dans laquelle ils vivaient. Maudit soit Thor et son manque de lucidité ! « Et la seule femme dont l'amour t'importe te sera arrachée. »
« En tireras-tu satisfaction ? »
« La satisfaction n'est pas dans ma nature. »
« La reddition n'est pas dans la mienne. »
Non, bien sûr que non Thor ne se rendrait pas, il n'accepterait jamais l'inévitable. N'est pas pire aveugle que celui qui ne souhaite pas voir. Tant de stupidité, cela en devenait risible. A une époque, il avait admiré Thor pour son courage et sa détermination, tous deux hérités de leur père. Mais c'était il y a longtemps. Avant qu'il ne se rende compte de la faillibilité du Père de Tout. Avant qu'il comprenne que ses décisions étaient au mieux partiales, et trop souvent injustes. Avant que ses petits ne lui fussent arrachés un à un sans qu'il n'ait eu la moindre chance de les garder auprès de lui. Avant qu'on ne lui force la main pour qu'il fasse un choix qui n'en était pas véritablement un. La révélation de son adoption n'avait scellé qu'une rupture déjà bien entamée, la goutte d'eau métaphorique d'un vase qui n'était déjà que trop rempli.
Pour la première fois, Loki réalisa être véritablement soulagé de ne point lui être lié par le sang, et non plus seulement amer de cette triste vérité.
« Le fils d'Odin… » se moqua-t-il, sans chercher à dissimuler le dédain dans sa voix.
« Non, pas seulement le fils d'Odin. Crois-tu être le seul qui ait aimé notre mère ? Tu as eu ses pouvoirs mais j'ai eu sa confiance ! »
Et c'était là que faillait son raisonnement. Il détestait Odin de toutes ses forces, et méprisait Thor pour son insouciance et sa stupidité. Mais envers et contre tout, il avait aimé Frigga, même en ayant appris la vérité sur son ascendance. Il l'aimait toujours d'ailleurs. Le bât blessait. Il n'avait pas été là pour elle, quand elle aurait eu besoin de son secours. Mais en toute bonne foi, aurait-il pu faire une quelconque différence, quand la présence même de Thor n'y avait rien changé ? La colère s'embrasa dans ses veines, consumant sa culpabilité comme un fétu de paille.
« Confiance ? Est-ce là sa dernière parole ? Confiance, quand tu l'as laissée mourir ! » s'emporta-t-il.
« Que faisais-tu pour elle, en te terrant sur Midgard ? »
« A cause de qui ai-je dû fuir ? A cause de qui ! »
« Tu le sais pertinemment ! Tu sais pertinemment qui ! » hurla Thor, comme possédé.
Ce dernier l'avait empoigné par le col, le menaçant de son poing, tandis que Loki avait d'instinct posé la main sur l'une de ses dagues, prêt à répliquer. Le coup ne vint jamais. Si la haine était présente, c'était le désespoir, la culpabilité et la douleur qui faisaient rage dans ses yeux. Une douleur qu'il ressentait également, au fond de ses entrailles, et que pas plus que son ainé il ne savait exprimer autrement que par la colère. Ils se ressemblaient, au fond. Plus qu'aucun d'eux ne voulait bien l'admettre.
Le poing de Thor se desserra, et Loki relâcha son souffle inconsciemment retenu. L'instant était passé, mais les sentiments demeuraient.
« Elle ne voudrait pas qu'on se batte… »
« Cela ne la surprendrait pas outre mesure, » laissa-t-il échapper avec un mince sourire, le premier de cette trop longue journée. Sourire auquel Thor répondit. C'était là le triste miroir d'une scène qu'ils n'avaient que trop jouée par le passé, et que même lassés ils répétaient, encore et encore.
Frigga ne serait pas étonnée de leur comportement non, elle qui avait si souvent vu les conflits les opposer à mesure que les années passaient. Arbitrant leurs disputes incessantes, sans pour autant jamais prendre le parti de l'un ou de l'autre. Elle avait été une mère bonne et attentive, leur mère avant tout, avant même d'être reine ou épouse, et en cela ils étaient frères.
Thor sembla en venir à la même conclusion, puisque son sourire se fit nostalgique sans raison aucune.
« J'aimerai tant avoir foi en toi. »
Il y eut un long silence, tandis que les deux hommes réalisaient le poids soudain de ces quelques mots. La vérité brutalement mise à nue, une confiance qu'aucun des deux ne saurait accorder en toute bonne foi à l'autre sans craindre qu'elle ne soit trahie. A raison sans doute.
« Aie foi en ma colère. »
Thor se détourna et Loki en fit de même, ne pouvant tout à fait réprimer les regrets qui surgirent en lui. Il n'en revenait pas d'avoir ces pensées, de souhaiter de quelque manière que ce soit renouer les liens avec son frère. Mais Thor avait toujours été une constante dans sa vie, et alors que celle-ci vacillait sur ses fondations depuis deux ans, il se retrouvait à espérer malgré lui le soutien de son ainé, à défaut de sa confiance. Cette même rage qui les habitait serait-elle suffisante pour leur permettre d'atteindre leurs objectifs sans qu'ils ne s'auto-détruisent ? Ou était-il déjà trop tard pour eux ?
Mais quoi qu'il en soit, il était trop tard pour lui, cela ne faisait aucun doute. Il regarda brièvement Thor, qui s'était couché près de sa mortelle pour la veiller. Bientôt viendrait le temps du deuil, bien trop tôt à son gout, pour l'un comme pour l'autre.
Pourtant, les larmes devraient attendre. Avant cela, ils avaient une dernière chose à régler.
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Le soleil était à peine levé qu'ils reprirent leur route. Selon toute vraisemblance, il ne leur faudrait guère plus de cinq ou six heures pour parvenir à l'endroit où se trouvait Malekith. Mais Loki fut rapidement obligé de revoir ses estimations à la hausse au vu de l'impossibilité qu'avait Foster à maintenir l'allure. Malgré une longue nuit de sommeil, la mortelle semblait exténuée et peinait à faire le moindre pas, quand bien même elle s'accroche au bras de Thor pour avancer. Le dieu aurait souhaité pouvoir accuser la faiblesse de ce corps si fragile, mais il savait qu'il n'en était rien. Ils n'avaient pas de temps à perdre.
Fort heureusement, Thor prit l'initiative – sans même que Loki ne l'ait suggéré, ce qui méritait d'être souligné – de prendre sa compagne dans ses bras, leur permettant d'accélérer le pas. Et même s'ils profitèrent de ce temps pour mettre au point leur plan – sur une idée de Thor, second miracle de la journée – la majorité du trajet se déroula en silence, laissant tout le loisir à Loki de revoir encore et encore le déroulé exact des événements à venir, et tout ce qui pouvait possiblement mal tourner. Les Nornes savaient qu'il y en avait ! Ils pariaient leur survie à tous – et possiblement celle de l'univers – sur sa magie et ses talents d'acteurs. Et s'il avait confiance en l'un comme en l'autre, Loki ne pouvait tout à fait réprimer le mauvais pressentiment qui lui vrillait l'estomac. Il ne ferait pas l'erreur de sous-estimer Malekith. Et même si ses sous-fifres n'étaient que cela – de la chair à canon tout juste bonne à être sacrifiée sur le champ de bataille – les dökkalfars n'en demeuraient pas moins en supériorité numérique. Si par chance ils parvenaient à détruire l'éther, rien n'était dit qu'ils parviennent tous deux à s'en sortir – encore moins tous les trois, en comptant la mortelle.
Il était plus simple de devoir anticiper sa mort future que d'avoir à faire face aux conséquences de sa survie.
Alors à mesure qu'il avançait, il élaborait diverses stratégies et moyens de repli, envisageant unes à une toutes les possibilités qui s'offraient à lui. Pour peu que Thor et lui survivent, probablement ne pourrait-il jamais remettre les pieds sur Midgard, son benêt de frère n'allant probablement pas manquer de conter leurs « glorieuses » aventures à Odin. Thanos en entendrait parler, d'une manière ou d'une autre. Et même si le Tesseract lui donnait un avantage incroyable, il ne pourrait le devancer éternellement. Omega et la sécurité toute relative de sa présence incognito sur cette planète avait volé en éclats en même temps que le sort qui le maintenait invisible. S'il avait pu infléchir les événements depuis, il s'y retrouvait impliqué malgré lui. Il devait penser à l'avenir, préparer, anticiper. C'est ce qui l'avait maintenu en vie si longtemps. Mais aujourd'hui, il doutait que cela suffise. Il savait qu'il n'aurait pas la mainmise sur son destin tant que Malekith courrait toujours. Au-delà du simple fait de vouloir venger la mort de Frigga, il n'avait tout simplement pas le choix.
Plus rapidement qu'il ne l'aurait cru ou souhaité, il vit descendre du ciel un vaisseau de conception elfique. Evidemment. Si lui-même avait pu détecter leur présence grâce à ses pouvoirs, ils en avaient fait de même, d'une manière ou d'une autre.
Ils parvinrent à l'aplomb d'une falaise escarpée. En contrebas se tenait moins d'une quinzaine d'elfes, entourant celui qui devait être Malekith ainsi que sa créature de cauchemar, Algrim. Loki sentit la rage flamber en lui à cette vision. Algrim était à lui. Il se tourna vers son frère, qui le regardait avec une lueur déterminée qu'il savait briller également dans ses yeux.
« Tu sais que ton plan risque de tous nous tuer. » Dernière chance de faire demi-tour. Mais tous deux savaient qu'ils n'en feraient rien, l'un comme l'autre.
« C'est bien possible. »
Tout alla très vite. D'un geste suffisamment grandiloquant pour être visible de loin, il poignarda son frère, laissant la lame échouer contre la cuirasse qu'il portait, avant de l'envoyer rouler au bas de la falaise. Adressant une prière muette à l'esprit de sa mère, il commença à abreuver son supposé frère d'insanités diverses, mélange cruel de mensonges bien trop crédibles et de vérités trop longtemps cachées. Comme convenu, Thor tenta d'appeler à lui Mjolnir, mais à l'aide d'un sortilège maintes fois pratiqué et d'un petit tour de passe-passe, il « trancha » le bras de Thor qui poussa un cri de douleur étonnamment crédible, se roulant au sol et serrant contre lui son moignon sanglant. Ramassant la mortelle qui avait accouru comme une éperdue auprès de son petit-ami avec une mièvrerie écœurante, il l'envoya s'écraser aux pieds de Malekith.
« Je ne demande qu'une chose en retour : une place de choix pour voir le monde d'Ásgard s'embraser. »
Ne comprenant pas la langue des elfes noirs, il craignit un instant que leur supercherie n'ait été découverte en voyant Malekith dédaigné la mortelle pour s'approcher de Thor. Il ne pouvait se permettre de dégainer une quelconque lame sans paraitre d'autant plus suspect, aussi se tint-il sur ses gardes et prépara sa magie, prêt à réagir en une fraction de seconde si cela devenait nécessaire. Mais il s'avère finalement que Malekith était pire Drama Queen que lui – il avait suffisamment fait face à cette épithète venant de Stark pour se faire une idée relativement exacte de sa définition – et voulait simplement s'approcher du dieu vulnérable pour l'humilier davantage.
D'un geste de la main, l'elfe attira Jane à lui. Une fumée noire, aux reflets rougeoyants, s'échappa de son corps pour venir s'accumuler devant Malekith. Malgré lui, Loki ne put retenir un frisson en sentant la vague de magie qui s'en dégageait. Il savait l'éther puissant oui, mais à ce point… Ce qu'il ressentait à présent, c'était une force primitive et incroyablement ancienne telle qu'il n'en avait encore jamais vu auparavant, lui qui pourtant avait une grande connaissance des artefacts mystiques. Quelque chose n'allait pas. Quelque chose ne collait pas entre ce qu'on lui avait dit de l'éther et ce à quoi il faisait face. Il avait l'impression de passer à côté d'un élément capital qui se trouverait juste sous son nez, comme si…
« Loki ! Maintenant ! »
Manquant de peu de rater le signal, il restaura le bras de Thor qu'une illusion avait dissimulé, et vint plaquer la mortelle au sol en l'abritant de son corps. Thor mit à profit ces quelques secondes pour diriger ses éclairs contre ce nuage noir. Quelques instants d'une lutte acharnée entre la lumière et les ténèbres, avant que l'éther n'explose. La poussière retomba. Seul le silence régnait.
Loki fut pris d'une angoisse sourde.
Et c'est à cet instant que leur plan rien de moins qu'approximatif dévia de sa trajectoire déjà hésitante. L'éther avait été pulvérisé en milliers de minuscules éclats carmin, si brillants et rougeoyants qu'on aurait cru voir du sang. Mais ces fameux éclats s'élevèrent dans les airs. Brume écarlate ou liquide flamboyant, c'était difficile à déterminé, que Malekith attira à lui et absorba de la même manière qu'il l'avait fait quitter le corps de Jane. Et quand il rouvrit les yeux… Loki y vit l'univers. La vie et la mort, la déchéance et le renouveau des étoiles et des planètes, le cycle sans fin des Ragnarök. Les dimensions parallèles étroitement liées, la collision inévitable des mondes, et les réalités se multipliant encore et encore. Ce fut comme un déclic, telles les pièces du puzzle se mettant parfaitement en place. Loki était peut-être le dieu du mensonge, mais il n'avait jamais autant haï la vérité qu'en ce jour.
Malekith avait mis la main sur une pierre d'infinité.
Mais il n'eut pas le temps de se laisser distraire par l'horreur qui grandissait à lui car l'elfe fit demi-tour, lançant ses troupes sur eux. Rien qu'ils ne pourraient vaincre aisément en quelques minutes, mais ce serait quand même suffisamment long pour que Malekith ait le temps de s'enfuir avec la pierre. Il ne le permettrait pas.
Il se tourna vers Thor, qui lui rendit son regard. De toute évidence, le blond n'avait pas compris la portée de ce qu'il venait de se passer, mais Loki n'en attendait pas moins. En revanche, il savait que son frère avait le même objectif que le sien : si l'éther n'avait pu être détruit, alors ils devaient en finir avec les dökkalfars, ici et maintenant.
Thor parti de son côté pour jouer du marteau avec l'habituel manque de subtilité qui était le sien. Au moins, cela était d'une efficacité certaines et les elfes tombaient comme des mouches, assommés au premier coup. Absolument ridicule. Mais avant qu'il ne puisse à son tour se joindre au combat, Algrim se retourna et lança vers eux ce qui semblait être, ce qui ne pouvait être qu'une bombe. Pour une raison qu'il ne pouvait pas totalement expliquer – sans doute le refus d'avoir à faire face à une quelconque complainte de la part de Thor, et aucunement par sentimentalisme – il éloigna violemment Jane avant d'en faire de même. Mais les quelques secondes qu'il avait prises pour éloigner la mortelle lui furent fatales.
Il se sentit être entrainé en arrière par une force attractive surpuissante : un engin explosif à impulsion gravitationnelle. Une arme mise au point par les mages de guerre elfiques, des siècles auparavant. Son usage avait été banni partout dans les neufs mondes, mais il ne fallait pas se fier aux dökkalfars pour faire preuve d'une quelconque obéissance à une loi édictée par quiconque n'était pas des leurs.
Mais alors qu'il pensait tout espoir perdu, Thor surgit de nulle part et vint l'arracher à cette emprise contre laquelle il ne pouvait lutter, le plaquant au sol tandis que le vortex se refermait derrière eux. Thor avait choisi de le sauver plutôt que de poursuivre leurs ennemis, qui déjà embarquaient dans leur vaisseau. Loki aurait pu l'en remercier – ou s'insurger de ce choix oh combien déraisonnable – mais ils n'eurent le temps de n'échanger qu'un simple regard avant que le blond ne reparte à la charge, se retrouvant aussitôt aux prises avec Algrim. Loki se retrouva quant à lui rapidement encerclé par les derniers elfes restés à terre. Et si lui-même se débarrassa rapidement de ses adversaires – quand bien même il ne soit armé que d'une simple dague, ils s'avéraient n'être que de piètres combattants – il ne put s'empêcher de porter un regard soucieux vers l'est, là où son frère en difficulté peinait à contrer les attaques toujours plus violentes d'Algrim. Il aurait pu se moquer de lui, mais d'une manière qu'il ne comprenait pas, cette bête effroyable semblait avoir une force infiniment supérieure à celle d'un ase.
Mais il était loin. Trop loin pour pouvoir intervenir à temps. Puisant sans précaution dans la magie du Tesseract, il se téléporta juste derrière le monstre et le transperça vivement d'une épée de confection elfique, ramassée au sol. Un coup fatal, assurément. Il baissa brièvement la garde, jetant un bref coup d'œil à son frère toujours au sol. Une erreur de débutant. Sans qu'il ne puisse l'anticiper, Algrim l'attira à lui, l'empalant sur l'épée qui dépassait de son torse.
La douleur. Dans ce face à face muet, uniquement troublé par le cri de Thor, seule la douleur régnait. Il avait l'impression d'être déchiré de l'intérieur, jusqu'au fondements même de son âme. Il en avait connu des blessures pourtant, mais pas comme celle-ci. Jamais comme celle-ci. Et jamais il n'aurait cru périr sur le champ de bataille, lui qui avait toujours abhorré la violence inutile de celles-ci. Mais il était le dieu du chaos, et il aurait dû prédire que sa fin se ferrait dans le désordre et le sang, sur les cendres d'un monde en ruine.
Il tendit la main. Pas pour ôter la lame, non, il était déjà bien trop tard pour ça. Mais pour actionner le dernier dispositif que la créature portait à sa ceinture avant d'être brutalement projeté au sol, la souffrance brouillant ses sens un instant tandis qu'il réprimait un gémissement de douleur.
« Rendez-vous en enfer, monstre. »
Mais il n'eut pas le temps de savourer cette ultime victoire au gout amer que déjà sa tête retombait en arrière tandis que ses mains étaient agitées de spasmes ridicules, se gorgeant des dernières particules de vie qui l'habitaient encore. Rien qu'un instant encore, avant que tout ne lui soit arraché.
Il y avait cette douleur qui le déchirait, le sang lourd et chaud sur sa peau déjà trop froide, les battements erratiques de son cœur qui faiblissaient de secondes en seconde. Il y avait sa respiration difficile à prendre, l'engourdissement qui envahissait ses membres, et l'obscurité qui voilait déjà sa vision. Il y avait la terreur, belle et bien présente, ce refus d'abandonner et de lâcher prise. Il y avait ce réflexe de survie inné, le besoin de se protéger face à l'inévitable inconscience à venir. Il y eut un ultime sort de jeté, illusion tissée laborieusement autour de son corps agonisant, épuisant ses dernières forces. La voix de Thor hurlait à ses oreilles, tandis que l'image de Frigga dansait derrière ses paupières closes.
Il sombra.
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Etonnamment, Tony avait dormi longtemps. Enfin, longtemps pour lui, c'est-à-dire approximativement six heures. Après un repas rapide – avalé uniquement parce que Jarvis menaçait de boucler son atelier s'il ne mangeait rien – il retourna au labo et se remit au travail, prenant son mal en patience – après tout, les deux dieux pouvaient tout aussi bien en avoir pour des heures que pour des jours – et tentant d'ignorer le stress latent qui ne voulait pas le quitter. Sans Pepper ni Loki pour le déranger, il allait pouvoir avancer tranquillement sur sa prochaine armure. Ce n'est pas comme s'il avait un milliard d'autres choses en tête, hein ? Dommage que l'éclat des pierres précieuses sur la table semble vouloir le provoquer, comme un symbole de son impuissance.
Heureusement, ses nombreux projets en cours le détournèrent bien vite de ces pensées moroses. Il avançait si bien qu'il ne vit pas les heures passer, et que seule la voix de Jarvis le tira de la frénésie mécanique où il était plongé, près de vingt-quatre heures après le départ de la joyeuse troupe pour Jaipur.
« Monsieur ? Nos satellites détectent une activité anormale à Greenwich. »
« Montre-moi les images. »
Rapidement, il put observer par lui-même ces images ''anormales'' – oui, parce qu'un vaisseau spatiale menaçant entouré d'aliens bizarres, autant pour les journalistes incompétents, mais même lui voulait bien considérer ceci comme étant anormal – Il songea un instant à appeler l'une de ses armures et à se rendre sur place – ce qui lui prendrait deux heures et demi au bas mot – mais il vit rapidement Thor apparaitre au centre de la mêlée. Aucune trace de Loki, mais après tout celui-ci était toujours considéré comme un criminel de guerre. Le voir œuvrer au côté d'un Avengers, son frère de surcroit, ça ferait mauvais genre. Sans doute exerçait-il ses pouvoirs discrètement, comme il l'avait fait trois mois plus tôt sur le Norco.
Toujours est-il que la baston fut rapidement finie, plus vite qu'il ne l'aurait cru en voyant les troupes ennemies débarquer – d'après les explications de Thor et Loki, très probablement des dical… dokel… surement des elfes noirs – Quant au dieu de la foudre, il s'envola sitôt qu'il se fut assuré que Jane allait bien. Vu le baiser langoureux qu'ils avaient échangé, elle allait plus que bien !
Rassuré, Tony se détourna des écrans. Tout est bien qui finit bien, non ? Alors pourquoi avait-il ce mauvais présentiment qui ne semblait pas vouloir le lâcher ?
Ce n'est que quelques heures plus tard qu'il eut sa réponse. Thor venait de se poser sur le toit, et Tony s'empressa de quitter son atelier et ses manipulations en cours pour le rejoindre dans le salon. Le dieu avait l'air étrangement sombre pour quelqu'un venant de remporter une telle victoire et le milliardaire se fit un devoir de le dérider.
« Hey Point Break ! J'ai vu les images aux infos, jolie bagarre ! Où sont Jane et Loki ? »
« Jane est restée en Angleterre avec le docteur Selvig et miss Darcy. »
Sauf qu'en toute honnêteté, il n'en avait strictement rien à foutre de Jane. Non, parce qu'elle avait peut-être l'air sympa, mais il ne la connaissait pas. En revanche, il voulait savoir quand l'autre con allait ramener son cul. Sauver le monde n'était pas une excuse valable pour prendre des congés ! – oui, c'est lui qui disait ça…
« Et Loki ? » répéta-t-il donc.
Il y eut un instant de flottement. Thor évitait son regard, cherchant ses mots. Et quand il se tourna enfin vers lui, Tony put lire dans ses yeux une douleur atroce, comparable à la souffrance qu'il avait affichée lorsque Jane avait parlé du décès de sa mère. En pire. Avant même qu'il n'ouvre la bouche, Tony sut.
« Loki est mort. »
MOUHAHAHA ! Oui, nous sommes très fières de nous, et nous l'assumons !
