Disclaimer : Nous ne tirons profit, en aucune façon, de cette histoire. Les personnages de Marvel appartiennent à leurs propriétaires. Nous ne retirons rien de l'histoire qui suit et tous les droits de création des personnages leur appartiennent. En revanche, l'histoire nous appartient.
Rating : T
Genre : Romance / Drama / Angst / Comfort
Personnages : Tony Stark ; Loki ; la plupart des personnages vus dans les films du MCU
Situation temporelle : Démarre en 2012, après que Loki a récupéré le Tesseract dans Avengers Endgame
Bonjour tout le monde !
Le consensus global semble être qu'ils sont trop mignons tous les deux, comme c'est étonnant ! Plus sérieusement, cet événement va être un sacré pivot dans leur relation, même si ce sont tous deux de vrais rois du déni, et qu'ils ne sont pas prêts de l'admettre !
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Lyrellys, MARGUERITE ROXTON-JONES, Egwene Al'Vere, Amy, merci infiniment pour vos review. Même si nous manquons de temps pour y répondre, chacun d'entre elles nous fait infiniment plaisir.
Bonne lecture !
Ju' et Kae
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CHAPITRE 12
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« Confiance et défiance sont également la ruine des hommes. » Hésiode
La confiance, quelle folie est-ce donc là ? Faire confiance à quelqu'un, c'est lui donner les armes pour nous blesser et surtout une opportunité de le faire. Il faut être fort dans ses pensées et dans son cœur pour accorder sa confiance et s'ouvrir à autrui, a fortiori lorsque par le passé nous avons déjà été blessés.
Mais la défiance est-elle bien préférable ? Se défier de quelqu'un, c'est lui refuser l'étreinte qu'il veut nous accorder et les sentiments dont il pourrait nous abreuver. Il faut être fort dans son esprit et dans son cœur pour refuser sa confiance et se fermer à autrui, à fortiori quand par le passé la solitude fut notre prison.
Confiance et défiance, indissociées et indissociables, l'une et l'autre responsables de tant de maux qu'il serait bien difficile de décider laquelle prédomine sur l'autre. Toutes deux enchainent pareillement les hommes à coup de promesses mielleuses et de mensonges amers, les attirant dans des ravins sans fond et les conduisant à leur propre destruction.
Confiance et défiance sont également la ruine des hommes. Mais ce qui n'est pas dit, c'est qu'elles le sont aussi pour les dieux.
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« La prochaine fois, si tu pouvais te manifester avant que Thor annonce ta mort, ce serait appréciable. »
Après cela, il avait gardé le silence, et le dieu en avait fait de même. C'était… affreusement sentimental comme confession, et très loin d'être prémédité. Pourtant, il n'arrivait pas à reprendre ses mots. Ne le voulait pas d'ailleurs. Il ne pouvait pas nier avoir ressenti quelque chose lorsque Thor lui avait annoncé la mort de Loki, quel que soit le « quelque chose » en question. Et s'il pouvait s'épargner pareilles nouvelles fracassantes dans le futur, ce serait effectivement très apprécié.
Mais cette réflexion en appela une autre et il se frappa violemment le front, se maudissant pour sa stupidité.
« Merde, j'ai même pas prévenu Thor que t'étais en vie, ton frère va me tuer ! Tu crois que si je le fais directement venir ici sans lui dire pourquoi, il sera tellement content de te voir qu'il oubliera de me casser la gueule ? En fait, il serait capable de me remercier, et d'au passage me serrer dans ses bras à m'en péter les côtes. Qu'est-ce t'en penses ? »
Mais lorsqu'il se tourna vers Loki, qu'il avait un peu négligé alors qu'il partait dans son monologue, il fut surpris de le trouver livide, les yeux écarquillés comme s'il venait de lui pousser une deuxième tête. A peine flippant le type. Pour autant, il ne répondit pas à sa question, ce qui était sans doute encore plus effrayant que sa réaction. Loki qui ignorait son bavardage et ne prenait même pas la peine de répondre à une question à laquelle il était le premier concerné ? Le monde ne tournait plus rond !
« Rodolphe ? T'en penses quoi ? » répéta-t-il en fronçant les sourcils.
Définitivement aucune réaction. Peut-être que sa blessure lui avait au passage grillé quelques neurones ? Ça expliquerait sans doute son attitude étrange depuis son réveil. Oui, c'était surement ça. En espérant toutefois que ce soit temporaire, car ce Loki aréactif et totalement déconnecté lui plaisait moyen – moins que l'enfoiré sarcastique habituel en tous cas.
« Bon, visiblement t'en penses rien, » soupira-t-il. « Jarvis… »
Mais il n'eut pas le temps de donner de donner ses consignes à son IA qu'il fut interrompu par la vision saugrenu d'un dieu proche de la panique, tentant de quitter son lit malgré la fatigue et la douleur qu'il ne parvenait pas à dissimuler, et manquant au passage de se vautrer par terre. Tony aurait pu trouver ça drôle, mais il était à l'heure actuelle plus surpris qu'amusé. Raison pour laquelle il lui fallut une poignée de seconde avant de réagir et de se précipiter vers le dieu. Dans un réflexe suicidaire, il posa une main sur l'épaule du sorcier et appuya fermement pour le forcer à se rallonger. Pourtant, si Loki le fusilla du regard, sa main resta étonnamment attachée au bout de son bras.
« Hey, tout doux Rodolphe, reste allongé ok ? »
« Vous ne préviendrez pas Thor ! » siffla-t-il entre ses dents.
« Mais… »
« Non. »
Tony roula des yeux, renonçant à jouer à ce jeu stupide de « Oui – Non » qui, connaissant l'entêtement du dieu – au moins égal au sien – pourrait durer des heures.
« Ok, je dirai rien, à condition que tu me donnes une bonne raison. »
Comprenant qu'il n'aurait pas le droit à une meilleure proposition, le dieu soupira avant de consentir à se rallonger. Sans le regarder en face, Tony réarrangea maladroitement ses oreillers avant de retourner s'assoir dans son fauteuil.
« Je suis recherché dans les Neufs Mondes, et sans nul doute au-delà, » commença Loki après un long silence que l'ingénieur s'était retenu à grand peine d'interrompre. « Par Odin et Ásgard bien sûr, qui cherche à me punir de mes exactions contre Midgard et Jotunheim. Mais si je peux aisément me cacher et fuir loin d'eux, le Titan Fou me recherche également. Mort, je suis libre. »
Tony baissa la tête, reconnaissant la légitimité de l'argument. Poursuivi par un tueur fou, que ne serait-il pas prêt à faire pour lui échapper et protéger les siens ? Feindre sa mort n'était au final qu'un bien maigre prix à payer. Lui-même avait déjà eu recours à ce genre de procédés, quoique sans véritablement le vouloir. Après tout, lors de l'affaire du Mandarin, il n'avait pas cherché à démentir sa mort, prenant uniquement le soin de prévenir Pepper en toute discrétion. Il le savait mieux que nul autre : mort, on devenait invisible.
« Ce n'est pas comme si quiconque allait me pleurer sur Ásgard. La seule qui l'aurait fait vient de mourir. »
Tony fronça les sourcils face à cette confession qu'il n'était vraisemblablement pas censé entendre, s'il se fiait au ton qu'avait pris le dieu. Et autant il voulait bien croire que se faire passer pour mort lui simplifierait grandement les choses par la suite, autant il avait du mal à accepter ce qu'il venait de dire. L'argument lui paraissait au mieux fumeux, voire carrément de l'ordre du foutage de gueule quand on connaissait un tant soit peu les personnes dont il était question.
« Je ne sais pas pour toi, mais à mon humble avis, Thor m'avait l'air plutôt anéanti pour quelqu'un qui supposément se fiche de toi. »
« Thor est trop sentimental pour son propre bien. Qu'il réagisse ainsi à ma soi-disant mort n'est guère étonnant. Ça lui passera. »
« Ton frère vient de perdre sa mère, » répliqua Tony. Et oui, c'était peut-être un coup bas d'évoquer Frigga de cette façon alors que Loki aussi portait son deuil, mais hey ! A la guerre comme à la guerre ! « Est-ce qu'il doit aussi pleurer son frère ? »
« Ce n'est pas mon frère. »
Pour toute réponse, Tony se contenta de croiser les bras sur sa poitrine, attendant de l'autre qu'il argumente un peu plus que ça.
« L'auriez-vous déjà oublié, vous qui pourtant n'avez pu manquer de voir ma peau bleue alors que j'étais affaibli ? Non seulement je ne lui suis pas lié par le sang, mais en plus de cela je suis une abomination. Je suis un Jötunn, un monstre au sang froid qui hante les cauchemars des Ase comme Thor. En cela plus qu'en nul autre point, il n'est pas mon frère. »
Tony aurait eu beaucoup de choses à dire à ce sujet, à quel point cette histoire de monstre et de race supérieure n'était que des conneries. Mais le peu de bon sens qu'il possédait lui souffla qu'aborder ce point précis, à ce moment-là, était probablement une très, très mauvaise idée. Il irait même jusqu'à dire qu'il s'agissait d'une idée relevant du suicide.
Malheureusement, cela sonnait aussi la fin de la discussion, parce qu'il voyait mal comment relancer le dieu à présent. Loki se la jouait Frankenstein et monstre à abattre, et lui au milieu de tout ça n'avait pas le plus petit début d'idée de ce qu'il devait dire ou faire. Même s'il venait de passer un jour et demi à veiller le blessé sans répit, si on exceptait quelques siestes éclair avachi dans son fauteuil, il lui répugnait de le laisser là et de retourner dans sa chambre pour aller se pieuter. Mais en même temps, continuer à se regarder en silence dans le blanc des yeux, ça commençait à être franchement malaisant.
A cours d'idée et de temps, il lui balança la première chose qui lui traversa l'esprit sans y réfléchir à deux fois.
« J'entends le labo nous appeler, pas toi ? Il ne faudrait pas le faire attendre. »
Et évidemment que Loki ne fut pas dupe de sa tentative de diversion – qui a dit qu'il essayait d'être subtil en même temps ? – Il l'interrogea du regard, semblant lui demander muettement s'il ne se moquait pas de lui. Si seulement !
« Je sais bien que tu dois te reposer et éviter de pratiquer la magie pour le moment, mais je doute que tu sois du genre à rester bien gentiment alité. Pour avoir déjà passé un paquet de nuits dessus, je peux t'assurer que le canapé de l'atelier est hyper confortable ! »
Il continua à babiller pendant quelques minutes pour cacher son malaise, avalant d'une traite son café qui avait commencé à refroidir – et ce sans s'interrompre s'il vous plait merci – agitant les mains tandis qu'il saisissait sa tablette et essayait en même temps de décrire les dernières idées qu'il avait eu pendant cette veille prolongée.
Il se retourna quand il parvint finalement à la porte, trouvant Loki assis sur le bord du lit. S'il n'avait jusqu'ici pas prêté attention aux draps tâchés de sang bleu, il ne pouvait en faire de même avec ses vêtements qui lui collaient à la peau.
« Ah oui, tu pourrais également apprécier de te changer. Et de te laver aussi. T'es resté majoritairement sous ta forme de géant des glaces, alors j'ai rien pu faire à ce niveau-là. J'ai juste pu enlever ton armure il y a une heure environ, quand t'as repris ton apparence habituelle, mais j'ai préféré éviter d'en faire plus, » asséna-t-il avec le débit d'une mitraillette. « Je t'attends dans le couloir. »
Puis il sortit sans se retourner, claquant sans ménagement la porte derrière lui. C'était déjà assez humiliant – pour l'un comme pour l'autre – d'avouer l'avoir en parti désapé dans son sommeil, il allait éviter d'assister au spectacle de Loki, les fringues pleines de sang et avec des difficultés à se déplacer, se dirigeant vers la salle de bain.
Le dieu fut étonnamment rapide à se préparer étant donné les circonstances, et le rejoignit moins d'un quart d'heure plus tard. S'abstenant sagement de tout commentaire – quoi qu'on en dise, il avait quand même un minimum d'instinct de survie – il se dirigea en silence vers l'atelier, tandis que le dieu lui emboitait le pas.
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Les jours qui suivirent son réveil furent… étranges, faute d'un meilleur terme. Comme Stark le lui avait proposé, ils avaient gagné le laboratoire pour avancer sur leurs projets. Et si Loki n'avait pu utiliser la magie – il ne s'y était risqué qu'à une seule reprise, en absence du mortel, et l'essai n'avait été guère concluant – cela ne les empêchait pas pour autant d'échanger, loin de là. Il fallait croire que la perte sévère de sang de l'un et le grave manque de sommeil de l'autre les avaient rendus étonnamment prolifiques. Certes, ils auraient un nombre conséquent de tests et d'expériences à mettre en œuvre dès que la situation serait plus favorable. Cependant, après quelques semaines à tourner en rond, sans réel progrès ou amélioration, une telle débauche d'idées était étonnamment satisfaisante.
Mais après trois jours de travail acharné entrecoupés de siestes éclairs, la fatigue avait fini par prendre le dessus et Stark avait enfin daigné aller se reposer. Lui-même devait reconnaitre être soulagé de regagner un temps sa chambre, malgré le confort promis du canapé de l'atelier.
Quelque part dans la maison, Stark avait finalement trouvé le sommeil, qui semblait être dépourvu de cauchemars. Enfin seul, Loki se livrait à l'introspection qu'il n'avait que trop repoussé depuis son réveil.
Machinalement, il passa une main sur la cicatrice encore sensible de son abdomen. Il savait pertinemment qu'il s'agissait là d'une marque qui ne s'effacerait jamais, qu'importe la magie à l'œuvre. Tout juste s'estomperait-elle légèrement avec le temps. Les asgardiens avaient tendance à glorifier leurs cicatrices, traces concrètes de leur bravoure sur le champ de bataille et témoins muets de leur survie. Loki n'était pas de ceux-là. Mais face à cette mort qu'il avait frôlé de bien trop près, il était malgré tout reconnaissant que seule cette cicatrice laisse voir à quel point il avait manqué de trépasser.
Il était lucide. Seul un concours de circonstances et une bonne dose de chance lui avaient permis de survivre. Le sort qu'il avait jeté hâtivement lorsqu'il avait été blessé avait tenu bon, lui donnant l'apparence d'un cadavre aux yeux de ses ennemis, qui fort heureusement n'avaient pas cherché à vérifier qu'il l'était vraiment. Le Tesseract en sa possession avait également joué un grand rôle dans sa survie. Sans lui, jamais il n'aurait pu rejoindre Midgard en toute sécurité, tout en conservant assez de force et d'énergie pour se soigner par la suite. Après cela, la villa de Stark lui avait fourni un abri sûr pour se remettre, sans craindre d'attaque ou de représailles. Et enfin, Stark lui-même.
Loki pouvait se voiler la face autant qu'il le souhaitait, mais il ne pouvait que reconnaitre n'avoir perdu connaissance qu'une fois le mortel présent. Aux dires dudit mortel, il avait été inconscient pendant plus d'un jour et demi. Et pendant tout ce temps, Stark était resté à ses côtés, veillant sur son sommeil tandis que sa magie œuvrait à sa guérison. Loki s'était montré faible, et plus vulnérable que jamais. En tant qu'Avengers, ou même en tant que simple citoyen américain faisant son devoir, Stark aurait pu, aurait dû profiter de cette occasion offerte sur un plateau d'argent pour le dénoncer et le livrer au SHIELD Loki n'aurait eu tout simplement aucune chance de lutter. Mais il ne l'avait pas fait. L'ingénieur l'avait protégé et s'était occupé de lui, sans rien attendre en retour.
Il était incapable d'oublier ça. Il souhaitait pourtant ardemment passer outre, faire comme s'il ne s'était rien passé, mais il en était incapable. Qu'on appelle ça de l'honneur, peu lui importait. Mais que Stark en ait conscience ou non – et Loki penchait très fortement pour la seconde option, étant donné la méconnaissance du midgardien dès lors qu'on s'approchait un tant soit peu des actions de l'ordre de l'interaction sociale – le dieu avait désormais une dette envers lui. Mais s'il ne s'agissait que de cela !
Quelques mois plus tôt, lorsque l'ingénieur avait fait ôter son réacteur ark et se rendant par la même occasion vulnérable face à lui, Loki avait compris qu'il avait, d'une manière ou d'une autre, acquis sa confiance. Le dieu s'était alors demandé s'il saurait un jour la lui rendre. Et sans qu'il ne l'ait prémédité ou vu venir, il s'apercevait que le mortel avait gagné sa confiance – à un certain degré bien entendu – et surtout son respect. Malgré les insultes, les disputes et les conflits. Il y avait entre eux plus qu'un projet commun et une simple relation de travail, ce que Loki commençait doucement à l'admettre.
Quelle déchéance, en être réduit à faire confiance à un midgardien ! Mais quand il songeait à la personne dont il était question, assoupi à quelques pièces de là, Loki n'était pas certain qu'il s'agisse d'une mauvaise chose.
Il se fit alors une promesse solennelle, celle de ne jamais utiliser ses pouvoirs contre Stark à son insu. Oh, cela ne voulait pas dire qu'il ne le tuerait pas, si jamais le midgardien s'essayait à vouloir le trahir, il le transpercerait de sa dague, ou peut-être encore le défenestrerait-il – on ne pouvait jamais être sûr d'à quel point la confiance pouvait ou non être acquise. Ce serait sans doute amusant, ne serait-ce que pour l'image, en souvenir du bon vieux temps. Mais il le ferait en face, et non pas dans le dos, cela il pouvait le promettre.
Nul autre que lui ne serait témoin de son serment, Stark lui-même n'en saurait jamais rien. C'était là une preuve de confiance et de respect, la seule qu'il pouvait lui accorder à l'heure actuelle. Mais c'était surtout le premier pas qu'il faisait vers lui, quand jusqu'à présent le mortel avait été le seul à avancer dans sa direction. Par cette promesse, ils devenaient bien plus que des « collègues de travail », comme le disait l'expression midgardienne. Il devenait des partenaires. Ils devenaient des alliés. Et peut-être, oui peut-être deviendraient-ils lentement quelque chose d'autre. Un lien plus fort. Seul le temps le dirait, et cela tombait bien : Loki avait tout le temps du monde…
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Après une longue nuit de sommeil – il avait dormi dix putains d'heures de suite ! Un jour à marquer d'une pierre blanche ! – ils s'étaient rapidement remis au travail. Progressivement, Loki avait recommencé à utiliser sa magie. Pas pour des expériences, on en était loin ! Simplement des petites taches, les sorts qu'il utilisait habituellement avec désinvolture. La magie était comme un muscle, lui avait appris le dieu : si elle n'était pas utilisée régulièrement, son utilisateur venait facilement à en perdre le contrôle. Et si des siècles de pratique dans le cas de Loki ne s'effaçaient pas comme ça, l'utilisation qu'il en avait faite pour se soigner avait laissé des traces. Tony voulait bien le croire : n'importe qui sur Terre avec une blessure pareille n'aurait pas tenu dix minutes avant de clamser pour de bon, alors que même la magie galère pour guérir ça, ça paraissait logique. Presque rassurant d'une certaine façon. Comme quoi, même la magie n'était pas toute puissante.
Toujours était-il qu'ils reprenaient peu à peu leurs activités, continuant de discuter et d'élaborer des hypothèses qui seraient testées dès qu'ils seraient tous deux de retour à New-York. Mais leurs sessions de travail étaient de plus en plus souvent entrecoupées par des appels de Pepper, qu'il mettait invariablement en attente sans jamais décrocher. Pendant trois jours, elle s'était abstenue du moindre contact et il l'en remerciait, vraiment. Mais la résolution n'avait pas tenue longtemps, et elle s'était mise à l'appeler de plus en plus souvent pour avoir des nouvelles. Et plus il refusait d'y répondre, plus elle semblait s'acharner. Pas besoin de l'entendre pour savoir qu'elle était inquiète – ou plus probablement furax, quoi qu'il ne soit pas certain de la raison exacte.
Quand on parlait du loup… Il était en train de bidouiller des plans sur son StarkPad lorsque la voix de son majordome se fit entendre.
« Monsieur, vous avez un appel de Mademoiselle Potts. Dois-je… »
« Raccroche Jarvis, je ne veux pas lui parler pour le moment. »
Que lui dirait-il d'abord ? Excuse-moi chérie, je me suis absenté pour veiller un dieu psychopathe, qui a été gravement blessé par des elfes noirs dans une quête sur une autre planète pour enlever une pierre magique du corps de Jane. Mais sinon c'est cool, il va mieux, tout baigne. Et à part ça, toi comment ça va ? Le boulot ?
« Bien monsieur. »
Brave Jarvis, qui ne faisait aucune remarque à ce sujet et se contentait d'obéir à chaque fois. Mais avant qu'il ne puisse se remettre au boulot, l'autre enfoiré – qui s'était jusque-là abstenu du moindre commentaire, ce qui relevait carrément de l'ordre du miracle – l'interpella. Génial, comme s'il avait besoin de ça…
« Vous n'allez pas pouvoir fuir votre compagne éternellement, Stark. »
« Je ne fuis pas, » dit-il en refusant de se retourner, parfaitement conscient de l'absurdité de son mensonge auquel lui-même ne croyait pas, mais refusant de l'admettre.
« Non ? Et comment appelez-vous le fait de vous terrer ici à Malibu et de refuser le moindre de ses appels ? »
« De l'instinct de survie. »
Pour toute réponse, il n'eut droit qu'à un reniflement moqueur, avant que le silence ne reprenne ses droits. Mais alors qu'il pensait le débat clos et croyait enfin pouvoir continuer de bosser, le dieu revint à la charge.
« Vous savez ce que je pense de votre mortelle, je ne m'en suis jamais caché. Mais même si cela me coûte à avouer, vous devriez retourner la voir. Non seulement vous n'avez pas entièrement la tête à nos travaux, ce que je trouve très peu professionnel de votre part, mais en plus votre rouquine pourrait se lasser de vos simagrées et décider à tout moment de se déplacer en personne jusqu'ici. »
« Elle ne sait pas où je suis, » répliqua-t-il, réfutant son deuxième argument. Quant au premier, il avait malheureusement bien conscience d'à quel point il était véridique. Et visiblement, il n'était pas le seul à avoir relevé son manque de négation, puisque l'autre connard – qui définitivement choisissait bien son moment pour se faire remarquer, lui qui se tenait relativement tranquille depuis son réveil – s'en donna à cœur joie, renchérissant aussitôt.
« Néanmoins, vous ne niez pas être déconcentré. Même si le faire relèverait tout simplement du mensonge. »
Le dieu soupira, comme si ce simple constat l'exaspérait au plus haut point. Qu'il aille se faire foutre !
« Retournez à New-York Stark, avant que votre petite-amie ne s'impatiente. De toute manière, ce n'est pas comme si j'avais besoin d'une nourrice, ou que je méritais que quiconque se préoccupe de mon état. »
Tony déposa son StarkPad sur le bureau dans un claquement sec et se tourna vers le dieu, le fusillant du regard. Ça y était, il était furax. Pep' qui appelait, encore, et Loki décidément incapable de la fermer quand il le fallait. En temps normal, il savait négocier avec la langue d'argent et arrivait même à rivaliser avec lui, quoi que le dieu puisse en dire. Et Tony était certain qu'au fond, Loki appréciait tout autant que lui leurs joutes verbales – quand il ne s'agissait pas d'engueulades en bonne et due forme et avec échanges d'insultes bien sûr. Elles étaient désormais plus rares, mais elles persistaient à l'occasion.
Mais toujours était-il qu'à ce moment-là, Tony était tout sauf disposé à jouer à ce genre de petits jeux. C'était vrai, il stressait à propos de Pepper. Il ne savait absolument pas comment gérer la situation. En temps normal, il avait tendance à ignorer le problème jusqu'à ce qu'il disparaisse, à grands coups d'alcool si nécessaire. Mais ça n'allait pas vraiment être possible avec sa petite-amie. Il comprenait qu'elle soit en colère, il l'avait planté comme ça, zappant le conseil d'administration. Il avait quitté New-York et complètement disparu des radars pendant plusieurs jours, lui imposant par la même occasion un black-out total. Mais c'était déjà arrivé par le passé, lorsqu'il partait en mission. Certes, cette fois on parlait d'aller voir Loki, mais pour quiconque ignorait la situation – c'est-à-dire tout le monde à part le dieu et lui – c'était juste comme d'habitude.
Mais le pire dans tout ça, c'était qu'il ne regrettait pas ses choix, et le referait encore et encore si c'était nécessaire. Après tout, c'était la bonne décision, non ? Il avait rien fait de mal.
Alors oui, entendre Loki le critiquer de cette façon… tout à coup, c'était trop. Les énormités qu'il débitait, et surtout ce ton plat et désintéressé qu'il utilisait, avaient le don de le mettre hors de lui.
« Premièrement, ce n'est pas Pepper qui décide ce que je fais de ma vie, » asséna-t-il d'un ton ferme. « Petite-amie ou pas, je fais mes propres choix. Je partirai quand j'aurai décidé de partir, et pas avant. Ensuite… Ensuite, j'ai bien envie de t'en coller une pour avoir dit ce genre de conneries. Le mérite, et puis quoi encore… Breaking News, le néogothique, c'est pas à toi de décider de ce que tu mérites ou pas. Tu as de la chance que je frappe pas les handicapés. »
Ils se regardaient en chiens de faïence, littéralement prêt à se sauter à la gorge. Magie ou pas, force surhumaine ou pas, Tony était vraiment prêt à lui foutre une baigne, tout bon sens jeté aux oubliettes. Et puis soudain, l'esquisse d'un petit sourire narquois se dessina sur les lèvres du dieu de la malice.
« C'est surtout que vous vous briseriez les doigts si vous me frappiez sans votre armure. »
Et aussi simplement que ça, la pression redescendit. Ils ne se sourirent pas, pas vraiment, fallait pas déconner non plus. Mais ils échangèrent un regard lourd de sens, accord tacite pour en rester là et changer de sujet, avant que Tony ne se détourne pour regagner son établi et reprendre le boulot comme s'il ne s'était rien passé, ni coup de fil ni dispute.
Ça ne frappa Tony que quelques heures plus tard, alors qu'il était allongé dans sa chambre. A l'instant où il avait quitté l'atelier et la compagnie du dieu, il s'était immanquablement mis à ruminer. Comme c'était étonnant ! Parce que le pire, dans cette discussion qui au final n'avait ni queue ni tête ? C'est que Loki avait raison. Il avait raison bordel ! Il n'était pas concentré, et il devait retourner à New-York pour voir Pepper et discuter. Il avait besoin de la voir.
« Jarvis ? » appela-t-il à mi-voix.
« Oui monsieur ? »
« Envoie un message à Pepper. Dis-lui que je rentre demain, et que je serais là pour le déjeuner. Et que c'est une promesse ! »
« Message envoyé monsieur. »
« Bien. N'accepte aucun de ses appels d'ici là, je préfère attendre de lui parler en face. »
« Bien monsieur. »
Ceci fait, Tony se retourna dans son lit. Il doutait de parvenir à dormir malgré la fatigue, mais actuellement c'était encore ce qu'il avait de mieux à faire.
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Au matin, lorsqu'il avait annoncé sa décision de retourner à New-York à Loki, le dieu n'avait même pas eu l'air surpris. Pour une fois, Tony n'avait pas cherché à lui faire ravaler son sourire sarcastique. Même lui voulait bien admettre qu'il l'avait bien cherché.
S'étant tous deux levés assez tôt – comprendre : lorsqu'il faisait encore nuit – ils avaient passé quelques heures à discuter au labo avant que Tony ne finisse par décoller. Le dieu allait encore rester quelques temps à Malibu, le temps de se remettre totalement. Bon, il ne l'avait pas vraiment présenté comme ça – ah, cette manie de ne jamais montrer la moindre faiblesse ! Il l'avait vu à terre en train de pisser le sang, alors est-ce que c'était vraiment nécessaire ? – mais ça revenait au même. Toujours était-il qu'ils n'avanceraient pas pendant cette période, qui pouvait aller de quelques jours à plusieurs semaines selon la vitesse à laquelle il se rétablissait, et surtout récupérait la pleine maitrise de ses pouvoirs. Tony aurait bien voulu s'en plaindre – pour être tout à fait franc, il avait essayé d'ailleurs – mais comme le lui avait rappelé Rodolphe, c'était foutrement hypocrite de sa part sachant qu'il avait lui-même laissé le dieu dans le noir pendant trois semaines après l'épisode du Mandarin, trois mois plus tôt.
Toujours était-il qu'après trois heures et demie d'un vol tranquille – oui, il avait pris tout son temps cette fois-ci, et alors ? – il arrivait en vue de la tour Stark. Mine de rien, après presque une semaine passée à Malibu, la Tour lui avait manqué. Alors certes, il préférait et de loin la Californie à New-York. La villa était plus un foyer que la Tour ne le serait jamais. Mais on ne pouvait pas vraiment dire qu'il avait profité de son séjour à Malibu, et finalement il n'était pas mécontent d'être de retour et de pouvoir voir Pepper.
Il se débarrassa de son armure et fit quelques pas dans le penthouse, observant les lieux. Tout était parfaitement à sa place. Pas un seul verre abandonné sur la table basse, et même la paperasse – qui vraisemblablement n'attendait que lui – était soigneusement empilée sur un meuble. Il reconnaissait là le soin et l'organisation de Pepper, qui à son grand dam avait bien du mal à faire régner l'ordre dans leurs appartements dès qu'il y était présent. Il voulut gagner le bar pour se servir à boire, mais il n'eut pas le temps de faire trois pas qu'il fut interpellé par la voix de Jarvis.
« Monsieur Stark, Mademoiselle Potts est dans l'ascenseur et elle arrive. »
Roulant les yeux, il alla quand même se servir un verre. Il en aurait surement besoin, pour la discussion qui s'annonçait.
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Tony se laissa tomba dans le canapé de son atelier, son cinquième ? sixième verre à la main. Peut-être – surement – plus. Cette conversation avait été un véritable désastre. Il attendait la tempête Pepper, mais n'était pas le moins du monde préparé au cataclysme qui lui était passé dessus.
Oh, bien sûr au début, Pepper s'était contenté de le serrer dans ses bras, et Tony lui avait rendu son étreinte avec bonheur. Mais après, elle avait commencé à palper les différentes parties de son corps à la recherche de la moindre blessure – hey, il ne revenait pas blessé de mission à chaque fois quand même ! – et n'en trouver aucune ne semblait étonnamment pas la rassurer. Il l'avait alors embrassé, cherchant à l'apaiser.
« Je vais bien, » lui avait-il murmuré, avant de déposer un nouveau baiser sur son front.
Et là, l'enfer s'était déchainé. Elle s'était emporté comme elle le faisait rarement, elle qui d'ordinaire préférait la froideur et la distance pour montrer sa colère. Elle lui avait posé des questions – avait hurlé des questions plutôt – sans lui laisser le temps d'y répondre. Pas qu'il en était tenté, au début en tous cas. Il n'avait volontairement pas dit un mot, trouvant ses craintes – et donc sa colère – légitimes. Mais il avait été rapidement agacé par les reproches sans fin dont elle l'avait abreuvée, sans lui laisser le temps de se justifier. Est-ce que c'était le SHIELD, les Avengers, une mission avec Rhodes, autre chose ? Elle avait su qu'il était parti avec son armure, et savait ce que cela signifiait. Pensait savoir, du moins.
Tony n'avait pas compris, les arguments qu'elle avançait ne l'aidant pas, bien au contraire. Au début, il avait culpabilisé en sachant qu'il aurait à lui mentir sur les raisons de son absence et qu'elle se serait inévitablement inquiétée, pour rien en plus. Mais non seulement elle ne lui laissait pas le temps de s'expliquer, mais en plus c'était le fait qu'il parte en mission qui la mettait en colère ?
Il était Iron Man. Il était un Avenger. Merde, c'était son boulot de sauver les gens ! Elle le savait quand ils s'étaient mis ensembles, elle était là quand il était devenu ce héros. C'était grâce à elle qu'il ne s'était pas complètement perdu dans la vengeance ou les excès. Et aujourd'hui, elle venait lui en faire le reproche ? Déjà après le Mandarin et son opération ils avaient eu une discussion tendue à ce sujet, même si elle avait rapidement tourné court. Pepper ne le lui avait pas dit directement, mais elle s'était clairement attendue à ce qu'il raccroche l'armure une fois débarrassé du réacteur ark. Ça n'avait pas été une option à l'époque, et ce ne l'était pas non plus ce jour-là. Ça n'avait jamais été une option.
Alors il s'était énervé à son tour. Avait commencé à répliquer, à hurler lui aussi. Il était Iron Man putain, et ça ne changerait jamais ! Bordel, il était temps qu'elle se fasse une raison ! Elle ne l'avait pas compris en deux ans ? Alors qu'est-ce qu'il lui fallait de plus ?
Et ils criaient tous les deux, sans jamais écouter l'autre. Et Tony l'aimait, se détestait pour les larmes qu'il voyait couler sur ses joues, et pourtant continuait de gueuler, sans trop savoir ce qu'il criait ou pourquoi il le faisait.
Ça aurait pu durer des heures, ou juste quelques minutes, avant qu'ils ne se retrouvent tous deux à court de mots. Les arguments, eux, avaient déjà été abandonnés depuis longtemps. Ils se regardaient en silence, Pepper pleurait, et lui l'aimait à en crever. Elle avait finalement fait demi-tour, gagné l'ascenseur d'un pas chancelant, et disparut hors de la pièce. Et lui ? Lui comme un con, était resté sur place un temps infini, à contempler les portes closes de l'ascenseur. Puis il s'était ressaisi – vraiment ? – s'ébrouant comme on le ferait en sortant d'un cauchemar. Il avait embarqué ses amis rhum et cognac, et rejoint sans vraiment s'en rendre compte son atelier où il était allégrement en train de se bourrer la gueule.
Parce qu'il regrettait leur dispute bien sûr. Il regrettait les cris qui avaient été échangés, et il regrettait la violence qu'aucun des deux n'avaient su réprimer, lui encore moins qu'elle. Mais il ne regrettait pas ses mots. Pas vraiment, pas tout à fait. Il regrettait la forme évidemment, la façon dont ça avait été dit. Mais le fond… Au contraire, pouvoir enfin lui lâcher tout ce qu'il avait sur le cœur avait été tellement libérateur ! Il y avait eu trop d'incompréhension entre eux, de non-dits, de choses qu'ils avaient tues, de pensées qu'ils avaient gardées secrètes pour se préserver l'un l'autre – lui principalement, mais elle aussi, et juste eux au final – et ça venait de spectaculairement leur exploser à la gueule. Feu d'artifice, ou feu de joie, ou dernier bûcher du condamné ? L'enfer était pavé de bonnes intentions, hein ? J't'en foutrais des bonnes intentions…
Il voulait… Il aurait juste voulu faire ce qu'il fallait, pour une fois. Il voulait juste aider, se rendre utile. Faire ce qui était bien, ce qui était juste. On s'en foutait complètement qu'il s'agisse de Loki. Là on parlait de lui, de lui et de ce qu'il avait fait, de pourquoi il l'avait fait. Il avait fait le bon choix. Loki serait surement mort s'il n'était pas allé à la villa – ou peut-être pas, mais chut – comment pouvait-il douter de sa décision ? Il avait bien agi, et c'était tout. Y'avait vraiment besoin d'une raison ? D'une justification ? Il n'avait aucune excuse à donner ou à faire. Il n'avait rien fait de mal. Rien. Fait. De. Mal !
Et tandis qu'il sombrait lentement mais surement dans les brumes de l'alcool, Tony ne pouvait s'empêcher de penser au fait qu'il n'aurait jamais cru que tout s'effondrerait comme ça.
oOoOoOoOoOoOoOo
Tony avait passé les jours suivants dans une sorte de brouillard indistinct. Lorsqu'il avait fini par décuver, et par conséquent réalisé l'étendue du désastre, il avait d'abord cru vivre une sorte de cauchemar éveillé.
Le pire dans tout ça ? C'est qu'au lieu de le faire sombrer, lui faisant tout oublier, l'alcool l'avait rendu étonnamment lucide. Et une fois revenu sur terre, il ne pouvait qu'accepter la douleur de ces pensées fugitives induites par l'alcool, et cette mince satisfaction, bien réelle, qu'il avait ressenti de pouvoir enfin vider son sac et exprimer ce qui le rongeait.
Mais tout ça c'était peut-être bien beau, ce merveilleux moment d'introspection ayant amené cette magnifique révélation personnelle – il avait besoin d'insister davantage sur l'ironie, ou ça allait ? – mais ça ne lui disait en rien comment arranger les choses avec Pepper. Car si lui avait accepté ses propres torts – plus ou moins – et était prêt à faire des compromis, il ne savait clairement pas où en était la rousse dans ses réflexions. L'avait-il poussé à bout, que ce soit par ses mots ou sa fugue une semaine plus tôt ? Était-il trop tard pour espérer recoller les morceaux ? Il ne voulait pas, ne pouvait pas l'accepter.
Alors que fit-il ?
Il passa une semaine complète terré dans son labo, n'en sortant que pour réapprovisionner son stock en café, parfois avaler un sandwich et prendre une douche à l'occasion. Et dormait sur le canapé de l'atelier.
Ouais, il était lâche, et alors ? Il n'avait pas le courage de lui faire face. Pas en sachant qu'il risquait de tout perdre, ou plutôt qu'il avait déjà tout perdu. Alors en attendant il fuyait, repoussant aussi loin que possible l'échéance, tout en sachant pertinemment qu'il ne s'agissait que d'un ultime répit avant le grand saut.
Sauf que tout se passait trop bien. Grace à la vigilance de son IA, il évitait soigneusement de croiser sa petite-amie – elle ne deviendrait pas son ex-petite-amie tant qu'ils n'auraient pas discuté, hein ? Bien – à chaque fois qu'il faisait une incursion à l'étage commun. Mais soit Pepper avait demandé à Jarvis de la prévenir lorsqu'il serait de sortie, soit son IA se découvrait une vocation de conseiller conjugal – et le plus flippant, c'est qu'il penchait très sérieusement pour la deuxième hypothèse. Foutue intelligence artificielle trop indépendante ! – Mais d'une façon ou d'une autre, il se retrouva quelque part vers trois heures du matin dans la cuisine, loin d'être aussi seul qu'il ne l'avait escompté. La lumière était déjà allumée, ce qui aurait sans doute dû l'alerter, mais hey ! Il était complètement déchiré – stress et fatigue faisait rarement bon ménage – Il pénétra dans la pièce, chancelant légèrement sur ses appuis, yeux mi-clos, la main sur le mur pour garder son équilibre. Et c'est là qu'il la vit.
Elle était assise à la table de la cuisine, avec devant elle un mug de thé qu'il savait être froid. Elle ne l'avait pas vu, les yeux perdus dans le vague. Ou peut-être qu'elle l'ignorait ? Il aurait pu faire demi-tour. Il aurait dû faire demi-tour.
Il en était incapable.
Alors il fit un pas en avant, puis un autre, et encore un autre. Jusqu'à gagner la table, et pouvoir poser une main sur son épaule. Elle sursauta. Ainsi, elle ne l'avait vraiment pas entendu approcher ? Il vit ses yeux un peu rouges, ses cheveux décoiffés, son air las. Elle avait l'air épuisée, comme si elle n'avait pas beaucoup dormi. Réflexion débile, évidemment qu'elle manquait de sommeil ! Sa main glissa jusqu'à son visage, et elle vint appuyer son visage contre celle-ci, fermant doucement les yeux tandis qu'un soupir lui échappait. Sur une impulsion, il lui embrassa doucement le bout du nez, comme il l'aurait fait avec une enfant qu'on aurait voulu rassurer. Vinrent alors les premiers sanglots, les premières larmes, et sans trop savoir comment il se retrouva avec Pepper pleurant tout contre lui, son visage niché dans son cou tandis qu'il refermait ses bras autour d'elle.
« Je suis là. »
Peut-être qu'il lui murmura ces quelques mots, ou peut-être les pensa-t-il simplement.
Peut-être fut-ce elle qui s'agrippa à lui, ses ongles venant griffer son dos, ou peut-être fut-ce lui qui l'enferma dans une étreinte à lui broyer les os.
Peut-être qu'il pleura aussi, ou peut-être pas. Et franchement ? Il s'en foutait. Il ne voulait pas savoir.
Tout n'était pas résolu, loin de là. Mais la seule chose qui comptait était Pepper dans ses bras.
