Disclaimer : Nous ne tirons profit, en aucune façon, de cette histoire. Les personnages de Marvel appartiennent à leurs propriétaires. Nous ne retirons rien de l'histoire qui suit et tous les droits de création des personnages leur appartiennent. En revanche, l'histoire nous appartient.
Rating : T
Genre : Romance / Drama / Angst / Comfort
Personnages : Tony Stark ; Loki ; la plupart des personnages vus dans les films du MCU
Situation temporelle : Démarre en 2012, après que Loki a récupéré le Tesseract dans Avengers Endgame


Bonjour tout le monde !

Voici donc le chapitre consacré à "Captain America : Winter Soldier". Comme dit précédemment, Tony n'est qu'en marge de celui-ci (puisque, d'après le canon, il n'intervient même pas dans le film) mais nous avons trouvé le moyen de l'intégré aux événements tout en justifiant son absence sur le terrain.

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MARGUERITE . ROXTON - JONES, Lyrellys, merci beaucoup pour vos review !


Bonne lecture !

Ju' et Kae


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CHAPITRE 15

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Un objectif unique, défini et clair. Et pourtant, des limites sans cesse repoussées. Une frontière qu'on croyait gravée dans la roche, mais qui n'était finalement rien de plus qu'une ligne fragile, tracée dans le sable. Une ligne que le vent et les vagues effaçaient peu à peu, la redessinant autrement.

Une ligne au contour flous et troubles, en perpétuel mouvement. Voilà sans doute la meilleure définition possible de la relation entre Tony et Loki. Et sur la grève, quand lignes et traces de pas ne sont qu'éphémères, ne reste alors plus que les souvenirs du chemin parcouru, et l'horizon vers lequel ils continuent d'avancer. Un pas à la fois.

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« Absolument fantastique, » ironisa-t-il en levant les yeux au ciel. « C'est dans des moments pareils que je regrette vraiment d'avoir quitté Asgard. »

Il s'attendait à une pique de Stark, l'envoyant très vulgairement se faire foutre, ou tout du moins l'invitant à retourner sur Asgard, puisque visiblement ça lui manquait tant. Ah, ce que le mortel pouvait être prévisible certaines fois ! Mais l'ingénieur ne lui adressa pas le moindre regard et commença à faire les cent pas, passant et repassant ses mains dans ses cheveux tandis qu'il jetait à intervalles réguliers des coups d'œil à son écran, affichant toujours résolument ces cinq mêmes lettres.

« Hydra donc… Au risque de me répéter, qu'est-ce que cela signifie ? »

« Hydra c'est… » commença-t-il sans le regarder avant de s'interrompre, continuant ses allers-retours incessants.

Loki ne le pressa pas. Le problème semblait être d'envergure, et il n'obtiendrait rien de Stark s'il le forçait à parler sans qu'il n'ait auparavant pu remettre ses idées en ordres. Sa patience finit toutefois par payer, puisqu'il Stark fini par s'assoir – se vautrer – dans un fauteuil et soupira lourdement, complètement abattu.

« Hydra est une organisation criminelle, qu'on supposait disparue. Pendant la seconde guerre mondiale, dans les années quarante, ils étaient alliés aux nazis, des types qui prônait la supériorité de la race aryenne : l'homme parfait, grand, blanc, blond aux yeux bleus, tu vois le genre. Ils ont exterminé des millions de personnes. Cap les a combattus pendant la guerre, et on pensait qu'Hydra avait disparu suite à la défaite de l'Allemagne. »

« Et pourtant ils sont de retour, » opina Loki, croyant comprendre le problème. Mais Stark nia aussitôt.

« C'est pas juste le fait qu'ils soient de retour, même si c'est sacrément flippant je te l'accorde. Ça fait presque soixante-dix ans ! Bordel, qu'est-ce qu'ils ont foutu pendant tout ce temps ? »

« Si le problème n'est pas de voir émerger Hydra de nulle part, alors quel est-il ? » interrogea-t-il.

« C'est que ça ne vient pas de nulle part justement ! » s'époumona-t-il en se relevant d'un bond. « Ça vient du SHIELD merde ! C'est sur les ondes du SHIELD qu'est propagé ce foutu message ! Donc non seulement ce qui est la plus grande agence de renseignements au monde est corrompue, mais en plus ça veut dire qu'Hydra à accès à une technologie de pointe, et à des ressources humaines et matérielles énormes ! A l'époque, et malgré toute sa dangerosité, Hydra n'était qu'un petit groupuscule avec des ressources limitées. Mais avec la puissance de feu du SHIELD, ils auraient les moyens… »

Stark s'interrompit brutalement, comme s'il venait seulement de réaliser une information cruciale. De pâle, il devint absolument livide, avant que les mots ne se fraient presque malgré lui un chemin hors de sa bouche.

« Ils auraient les moyens d'exterminer quiconque se tiendrait sur leur chemin. »

Il y eut un long silence, qu'aucun des deux n'osa rompre, avant que le milliardaire ne se ressaisisse brutalement, se jetant presque sur son clavier.

« Jarvis ! » hurla-t-il. « Démerde-toi comme tu veux, mais trouve-moi Rogers, Barton et Romanoff ! Tout de suite ! Si le SHIELD est corrompu par Hydra, ils feront tous trois partis des cibles prioritaires à abattre, surtout le Cap d'ailleurs. Cherche aussi le directeur Fury et Maria Hill tant que tu y es. Fury peut être un véritable connard quand il veut, mais je pense qu'il est fiable, et Hill aussi. Aucune idée pour les autres, et à vrai dire je m'en fous, c'est le dernier de mes soucis face à ce qui vient de nous tomber sur le coin de la gueule ! »

Il ne fallut qu'une trentaine de secondes à l'IA pour éplucher les documents à sa disposition, mais le dieu lui-même devait convenir que cela lui avait paru bien plus long. Et quand finalement la voix de Jarvis retentit, Loki se surpris à penser que Stark aurait probablement préféré ne pas avoir de réponse à ses interrogations.

« Le directeur Fury est mort. »

« Quoi ? »

Ça ressemblait davantage à un couinement étranglé qu'à une véritable question, mais Loki voulait bien comprendre le choc provoqué par pareille nouvelle.

« Il a été abattu hier par un individu masqué non identifié. Son corps a été emmené par l'agent Hill, et il s'agit de sa dernière apparition connue. Suite à la mort du directeur, le secrétaire du Conseil de sécurité mondiale Alexander Pierce a décrété que le capitaine Rogers était un traitre. Il est actuellement en fuite et recherché par les forces spéciales du SHIELD, et le Strike a fait de sa capture une priorité. Selon les dernières informations en leur possession, l'agent Romanoff se trouverait avec lui. Un rapport de mission fait état d'un missile les ayant ciblés il y a quelques heures au Camp Lehigh, à Wheaton dans le New Jersey, mais aucun corps n'aurait été retrouvé. Quant à l'agent Barton, il était en mission sous couverture au Kazakhstan lorsque la transmission d'Hydra s'est répandue. Il n'a eu aucun contact avec le SHIELD depuis trois jours, et je ne peux établir avec précision sa position. »

La nouvelle semblait avoir littéralement assommé Stark qui restait là sans bouger, bouche bée et le regard fixe. Sur l'écran principal – ainsi que les écrans adjacents – s'affichaient les fameux rapports de mission dont il était question, une photographie de Maria Hill quittant l'hôpital, la transcription de l'allocution du secrétaire Pierce, et bien d'autres documents tout aussi accablants.

« Bordel… »

Mais Stark restait désespérément immobile malgré les jurons qu'il ne pouvait totalement étouffer, tandis qu'il subissait de plein fouet ce qui semblait être l'un des pires revers de sa carrière de super-héros. Un cataclysme qu'il n'aurait d'aucune façon pu anticiper, alors que l'un de ses plus solides alliés devenait subitement l'ennemi à abattre, et que des camarades chers à son cœur se retrouvaient dans la ligne de mire de l'ennemi en question. Pour peu qu'ils ne soient pas déjà morts.

Mais Loki ne serait pas celui qui assènerait pareille vérité à Stark. L'humain avait besoin de se secouer et de se remettre à l'ouvrage pour porter secours à ses amis, et il ne le ferait jamais s'il pensait qu'il était déjà trop tard. Le dieu aurait préféré les ignorer, après tout les Avengers étaient ceux à l'avoir arrêté en premier lieu, et chercheraient à tous prix à le renvoyer sur Asgard si jamais ils avaient vent de sa présence sur Midgard. Mais non seulement ils étaient utiles à la défense de cette planète – lui ne savait que trop bien quels genres de monstres se cachaient là dehors – mais ils étaient aussi et surtout des proches de Stark. Il tenait à eux, sans doute bien plus que lui-même ne s'en rendait compte. Et s'il les perdait… Il se laisserait sombrer, tout simplement. Et il était absolument hors de question que Loki ne laisse ceci arriver.

« Stark, » appela-t-il d'une voix ferme. Sans effet semble-t-il, aussi réessaya-t-il plus fort, se rapprochant de lui par la même occasion. « Stark. »

L'ingénieur sursauta, sortant brutalement de la torpeur où l'avait vraisemblablement plongé les pires scénarii qu'il était en train d'imaginer.

« Stark, vous avez du travail devant vous me semble-t-il, » poursuivit-il d'une voix ferme mais calme. « Alors reprenez-vous, vous ne pouvez pas vous laisser aller. Pas maintenant. »

« Par où est-ce que je commence ? »

Et sans doute devait-il être vraiment désespéré pour se tourner ainsi vers lui, comme s'il allait lui apporter une solution miracle. Loki était presque déçu d'en être incapable.

« Par le début, avec les problèmes que vous pouvez régler pour le moment. On hiérarchise, on priorise, et on avance. Un pas à la fois. »

« Un pas à la fois, » répéta-t-il à mi-voix.

Stark prit de grandes inspirations, lentes et amples, tandis que les légers spasmes qui agitaient ses mains se calmaient peu à peu. Loki hocha très légèrement la tête, appréciatif, en voyant le mortel reprendre ainsi le contrôle de ses émotions. Il ne doutait pas qu'il ne s'agissait là que d'un calme de façade, et somme toute temporaire. Mais en soit, pareille maitrise demeurait impressionnante.

« La priorité est de localiser Rogers, Romanoff, Barton et Hill. On ira pas bien loin si on ne sait pas où ils sont ni dans quel pétrin ils se sont fourrés. T'es doué pour la traque ? »

Est-ce que t'es avec moi sur ce coup-là ? Voilà la question qu'il ne posait pas mais qui semblait résonner dans le silence de l'atelier. Loki aurait pu dire non. Loki aurait dire non. Et pourtant, il ne se retrouva sans trop savoir comment à approuver avant d'avancer de lui-même vers l'un des écrans, effleurant du bout des doigts les dernières données en leur possession.

Il n'avait jamais été question de ceci dans leur accord, jamais il n'avait été envisagé qu'ils œuvrent ensemble sur autre chose qu'Omega. Comme il n'avait jamais été question qu'il vienne en aide à Stark lors de sa bataille contre le Mandarin, ou que l'humain ne reste à son chevet alors même qu'il était grièvement blessé. Depuis le début, ils ne faisaient l'un comme l'autre que repousser un peu plus loin les limites qu'ils s'étaient initialement fixés. Parfois, il lui arrivait de se demander comment cela pouvait-il être seulement possible, et comment en étaient-ils arrivés là. Mais au fond de lui, il savait très bien quelle était la réponse.

« Bien. Nous avons du pain sur la planche. »

Un pas à la fois.

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Quatre jours plus tard, tout était terminé. Ou peut-être que ça ne faisait que commencer.

Etouffant un bâillement, Tony se remémora la débâcle de ces quatre jours. Pendant tout ce temps, il avait eu l'impression de nager à contre-courant. Ou pour être tout à fait exact, de se débattre dans une mer déchainée alors qu'il ne savait pas nager – tout de suite, c'était beaucoup plus proche de la réalité – Il en avait vécu des épreuves ces dernières années : l'Afghanistan, la trahison d'Obadia, le combo Whiplash/Hammer couplé à son empoisonnement du sang, New-York – des aliens bordel ! – et plus récemment le Mandarin. Et c'était sans compter sa collaboration avec Loki qui, si elle était fructueuse, restait immensément dangereuse.

Mais rien ne l'avait préparé à l'effondrement du SHIELD de l'intérieur, et à voir ses amis frôler la mort de beaucoup, beaucoup trop près. Qu'on essaye de le tuer, il avait malheureusement l'habitude. Mais qu'on s'en prenne à ceux auxquels il tenait et ne rien pouvoir faire, c'était pire encore. Hill avait disparu des radars, et Barton était tout simplement introuvable. Quant à Romanoff et Rogers, ils avaient été repérés en compagnie d'un homme appelé Sam Wilson – 34 ans, né le 23 septembre 1978 à New-York, ex-militaire de l'US Air-Force dans la 58ème des sauveteur-parachutistes et bossant actuellement à l'amical des vétérans. Apparemment fiable. Oui, il avait fait ses recherches, et alors ? Vu le contexte, on n'était jamais trop prudent – avant d'avoir à combattre l'assassin ayant tué Fury. Et s'ils avaient été arrêtés par les membres du Strike, le convoi n'était jamais arrivé à destination et ses amis s'étaient évaporé dans la nature.

Sauf que tout ça, il ne l'avait appris que deux heures après que tout ne soit terminé. Excepté la fréquence d'activation d'Hydra qu'il avait capté – ce qui n'était vraisemblablement pas censé arriver – l'organisation criminelle se montrait pour le moment discrète, et ne laissait rien filtrer dans ses communications ou ses données. Même en ayant infiltré les serveurs de l'agence, il ne pouvait rien savoir s'il n'y avait aucune information à pirater ! Il tournait en rond et rien n'avançait.

Mais ce n'était que le sommet de l'iceberg. C'est uniquement le lendemain qu'avait eu lieu la véritable catastrophe : le lancement du projet Insight, les trois héliporteurs faisant feu les uns sur les autres, et l'effondrement pas si métaphorique que ça du Triskel et du SHIELD. Une nouvelles fois, il n'en avait été prévenu que trop tard pour pouvoir agir, quand toutes les chaines d'infos du pays avaient basculé en édition spéciale pour diffuser en direct les images des vaisseaux s'envolant. Et si Washington n'était pas loin – environ vingt-cinq minutes de vol en forçant l'allure, peut-être un peu moins selon le trafic aérien – il avait été pris de court lorsque Jarvis lui avait annoncé qu'absolument toutes les informations supposément confidentielles du SHIELD et d'Hydra avaient brutalement été balancées sur le net. Il avait ainsi passé les heures suivantes à récupérer, trier et archiver toutes les données possibles avant qu'elles ne soient trafiquées ou supprimées afin de pouvoir les étudier plus tard, à tête reposée.

Ce n'est que deux jours plus tard qu'il avait réussi à joindre Rogers, qui avait enfin daigné l'appeler après ce désastre. Autant dire qu'il en avait pris pour son grade tandis que Tony lui passait un savon monstrueux auquel le supersoldat avait eu le bon gout de ne pas répondre. Une fois qu'il avait été calmé – ce qui lui avait prix au bas mot une bonne dizaine de minutes – ils avaient finalement pu faire le point sur la situation, le Cap lui expliquant les tenant et les aboutissements de cette affaire de dingue.

Tony leur avait alors proposé de revenir à New-York et à la Tour, où ils pourraient échapper tant aux journalistes et aux politiciens demandant des réponses qu'aux agents d'Hydra voulant leur peau. Le Cap avait accepté pour lui-même, reconnaissant, et le prévenant au passage que Natasha ne serait probablement pas aussi conciliante, ne voulant pas d'un traitement de faveur du fait de leur amitié. Qu'à cela ne tienne, il s'était empressé d'appeler Natasha – merci Steve de lui avoir filer son numéro actuel, ça lui épargnerait des recherches supplémentaires – pour l'inviter personnellement à venir. Et quand elle avait argué qu'elle était un agent du SHIELD et ne devait pas être traitée différemment des autres, il lui avait retorqué qu'elle était également une Avengers, et que tous les autres membres de l'équipe avaient accepté. Elle n'avait rien trouvé à répondre à ça et avait fini par s'avouer vaincu, assurant qu'elle viendrait d'ici quelques jours quand tout se serait calmé et qu'elle pourrait voyager sans crainte.

Ce n'était pas tout à fait un mensonge, même si pas tout à fait la vérité non plus. Steve venait bien sûr d'accepter de venir s'installer, même s'il n'avait probablement pas conscience à ce moment-là que son séjour à la Tour se compterait en mois et pas en jours ni même en semaines. Il avait également réussi à contacter Thor – depuis que le dieu avait compris comment se servir d'un téléphone, c'était devenu bien plus simple de le joindre – qui avait promis de venir à New-York les voir à chaque fois qu'il serait de passage sur Terre en apprenant qu'ils y seraient bientôt tous réunis, ayant trop de choses à gérer sur Asgard pour s'attarder plus longuement parmi eux. Seul Bruce avait fermement décliné, décidé à maintenir son projet de voyage humanitaire en Afrique, mais promettant de revenir immédiatement s'ils avaient besoin de lui ou de Hulk. Quant à Clint…

Clint, c'était sans doute la meilleure nouvelle au milieu de cet incroyable bordel qu'était devenu leurs vies. Après deux jours passés à jeter des sorts de traque, Loki était directement parti pour le Kazakhstan pour affiner ses recherches. Avoir côtoyé l'archer quelques temps l'archer lors de leur possession commune avait laissé des traces et avait permis au dieu de le localiser précisément. De là, Tony avait pu remonter sa piste numérique et l'avait contacté. Hawkeye avait paru incroyablement soulagé de l'entendre. Les agents avec qui il faisait équipe s'étaient retournés contre lui et avaient essayé de le tuer. Après les avoir neutralisés, il avait tenté de joindre le SHIELD, sans succès. Il était dans un pays étranger, sans secours ni la moindre idée de ce qu'il se passait.

Tony avait donc dû l'informer de la situation, et autant dire que la discussion n'avait pas été particulièrement joyeuse. Il avait fallu de longues minutes à l'agent – ex agent maintenant – pour réagir, et seul le risque croissant de se faire localiser si l'appel durait trop longtemps l'avait sorti de sa catatonie. Ensemble, ils avaient mis au point un plan d'extraction. Simple, mais efficace. A l'heure actuel, Clint voyageait sous un faux nom dans un avion de ligne lambda qui le ramenait aux Etats-Unis – et plus précisément à Chicago – avant qu'il ne fasse le reste du trajet dans une voiture de location que Tony avait réservé et qui l'attendait bien sagement à l'aéroport. Il venait lui aussi à New-York, ayant accepté sans trop de difficulté une fois que Tony lui avait assuré que les autres seraient également présents – même si à ce moment là il n'avait pas encore pu joindre Steve et n'en savait donc rien.

C'est donc ainsi qu'il avait convaincu Steve, Natasha et Clint – et plus secondairement Thor – de venir s'installer à la Tour : en leur faisant croire que tous les autres avaient déjà accepté alors qu'il n'en était rien.

« Et c'est moi le Dieu du mensonge ? » lui avait alors lancé Loki avec un sourire sarcastique aux lèvres lorsqu'il avait raccroché avec Clint, sourire que Tony lui avait rendu.

« Ce n'était pas vraiment un mensonge… Juste une certaine version de la vérité ! »

Avec Clint en route, Steve et Natasha dans une sécurité toute relative mais arrivant dans les prochains jours, et l'assurance que Bruce et Thor étaient également sains et saufs, il allait enfin pouvoir se reposer. Pendant ces quatre jours, il n'avait quasiment pas dormi, faisant des siestes de trois heures au maximum et carburant au café comme rarement auparavant. Quand il n'était pas sur la piste de ses amis, il continuait à ficher et catégoriser les données du SHIELD et d'Hydra. Les premières données étant aussi vieilles que l'invention du cryptage numérique, il lui faudrait surement des semaines, voire des mois pour trier tout ça. Pour l'heure, il parait au plus urgent.

Et pendant tout ce temps, Loki était resté à ses côtés. Traquant Clint bien entendu, mais également comme une présence constante à ses côtés en ces temps de crise. Le relançant sans cesse lorsqu'il s'égarait dans ses pensées, le secouant à coup d'injures et de piques pour l'empêcher de se laisser aller à l'apitoiement ou à la panique, et tout simplement en étant là. Une fois, alors qu'il s'était brièvement étendu sur canapé mais refusait de dormir, le dieu avait usé de ses pouvoirs pour l'endormir de force, comprenant sans mal qu'il n'arrivait même plus à lire les mots qui défilaient sur son écran tellement il avait mal au crâne. Et lorsque Tony s'était réveillé quelques heures plus tard, allongé sur son canapé et sa migraine envolée, il ne s'en était pas plaint, ou si peu. Presque pas. Et il daigna même lui adresser un rapide hochement de tête et un mince sourire, avant de reprendre ses insultes. C'était sa façon à lui de le remercier pour ce qu'il savait être un geste nécessaire.

Mais à présent que les choses étaient en bonne voie d'être réglées, il était temps pour lui d'aller dormir. Ne pouvant plus retenir ses bâillements, il se tourna vers Loki, qui comme souvent était assis dans son fauteuil et attendait de voir ce qu'il allait faire. L'esprit embrouillé et ses pensées confuses, il se rendait soudainement compte qu'il avait des choses à avouer à Loki, beaucoup trop de choses à vrai dire, tellement qu'il ne savait même pas par où commencer.

« Allez vous coucher Stark, vous dormez debout et ne serez bon à rien dans cet état. »

Il ne comprenait pas ce qu'il voyait dans les yeux du dieu face à lui, mais cela suffit à lui faire détourner le regard et obtempérer.

« Bonne nuit Loki, » voici ce qu'il dit en quittant l'atelier, laissant les mots s'éteindre doucement derrière lui.

Merci pour tout, voici les mots qu'il ne prononça pas, mais dont il savait pertinemment qu'ils avaient été entendus.

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« Et surtout fais comme chez toi ! »

Lui tournant effrontément le dos, Natasha alla s'enfermer dans les appartements qui étaient habituellement les siens lorsqu'elle venait à New-York, et qui désormais allaient être son nouveau chez-elle. L'espionne avait été fort mécontente d'apprendre ses petites manipulations – « Juste un petit mensonge par omission, Nat ! » – et le lui faisait comprendre par un silence glacial. En revanche, ce n'était pas la seule rouquine absolument furax contre lui actuellement présente à la Tour, et l'autre ne semblait pas décidée à se taire plus longtemps.

« D'abord Clint qui arrive sans s'annoncer il y a une semaine, suivi peu de temps après par Steve qui débarque avec ses bagages. Vient ensuite Thor, qui repart sur Asgard en précisant qu'il reviendra rapidement voir toute l'équipe, et maintenant Natasha qui emménage également. Tu m'expliques ? »

Au moins avait-elle attendu qu'ils soient seuls pour aborder le sujet. Se tournant vers Pepper, il l'invita d'un geste de la main à gagner le salon, pour qu'ils puissent y discuter tranquillement. Sauf qu'elle refusa de bougea et resta là, bras croisés et le toisant d'un regard noir. Ouch ! Ça s'annonçait encore plus mauvais qu'il ne l'avait pensé.

« Avec le SHIELD qui est tombé et Hydra aux commandes, Steve, Natasha et Clint avaient un tas de trucs à gérer, dont un paquet d'ennuis potentiellement mortels. Entre les officiels qui doivent être au bord de la crise d'apoplexie avec toutes les infos qui sont sorties et les assassins que ces connards de nazis vont pas manquer de lancer à leurs trousses, il leur fallait un endroit sûr où s'installer. Et quel endroit au monde est plus sécurisé que la Tour, franchement ? Et en plus, ce n'est pas plus mal de réunir officiellement les Avengers au même endroit, non ? »

« Et il ne t'est pas venu à l'esprit de m'en parler avant ? »

« Parce que tu aurais refusé ? » s'étonna-t-il.

Tout à coup, toute la colère sembla s'évaporer de son regard pour ne plus y laisser qu'une grande lassitude et une douleur qu'il ne comprenait pas.

« Bien sûr que je non, je n'aurais jamais refusé que le capitaine Rogers et les autres ne viennent s'abriter ici quelques temps. Aussi puissant et doués soient-ils, même eux ont besoin d'une place sécurisée où se replier. Plus que tes coéquipiers, ce sont des amis, bien sûr que tu dois leur venir en aide quand ils en ont besoin. »

« Alors quel est le problème ? »

« Le problème Tony, c'est que tu as encore une fois pris une décision importante sans même me consulter avant. Que ce soit en tant que petite-amie ou en tant que PDG de ta boite d'ailleurs. »

« Qu'est-ce que Stark Industries a à voir avec ça ? » l'interrogea-t-il, décontenancé, ne comprenant absolument pas comment ils avaient brutalement pu passer de l'emménagement des Avengers à la Tour aux affaires concernant S.I.

« Il se passe que la Tour Stark n'est pas seulement notre domicile. A la différence de la villa de Malibu, c'est aussi et surtout le siège de la société, avec tous les bureaux administratifs, les ressources humaines et le secteur économique. »

« Je sais tout ça. »

« Mais ce n'est pas tout, » poursuivit-elle comme s'il ne l'avait pas interrompu. « Quand tu es devenu Iron Man, il a fallu commencer à jongler avec cette double casquette de super-héros et de chef d'entreprise. On s'est adapté et on a réussi à trouver un équilibre, essentiellement parce qu'on a clairement séparé les deux types d'activité. Mais l'écart s'est creusé après New-York, et avec la présence officielle des autres Avengers, je crains les répercussions que cela peut avoir. »

Maintenant que Pepper lui en parlait, ça paraissait évident. Mais s'il avait été la tête de S.I. pendant des années avant de refiler le poste à Pep', il ne s'était jamais intéressé à tout ce qui était l'image de la boite. Après tout, il avait des services de com' complets dont c'était l'unique tâche.

« Je n'y avais pas pensé, » avoua-t-il.

« C'est ça le problème Tony : tu ne penses pas. Et le pire, c'est que tout ça j'aurais pu te le dire avant, mais tu ne m'en as pas parlé, » martela-t-elle. « Tu avais de bonnes intentions, je ne dis pas le contraire. Sauf que maintenant, c'est moi qui me retrouve à gérer les conséquences. Comme à chaque fois. »

Et sans lui laisser le temps de répondre – qu'aurait-il pu lui dire de toute façon ? Rien – elle tourna les talons et quitta la pièce, sans doute pour regagner son bureau quelques étages plus bas. Et lui resta planté là comme un con, se demandant comment les choses avaient pu à ce point dégénérer sans même qu'il ne s'en rende compte.

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Etonnamment, il ne leur fallut pas beaucoup de temps pour s'organiser et trouver leur petite routine. Deux semaines à tout casser. Et encore, il visait large ! Pour le moment, l'installation des Avengers à New-York n'avait pas encore fuité dans les médias, donnant à Pepper le temps de préparer les inévitables conférences de presse et communiqués qui s'ensuivraient quand l'info deviendrait publique. Car l'info sortirait, à un moment ou à un autre. Pour l'heure, une commission sénatoriale avait été annoncée et devrait se tenir dans un mois, deux au grand maximum, afin de mesurer l'impact de l'effondrement de la plus grosse organisation de renseignement du monde et d'évaluer l'authenticité des infos qui avaient été révélées sur le net. L'un d'entre eux devrait y assister, probablement Nat, puisque Cap restait assez mal à l'aise avec les journalistes et que lui comme Clint n'étaient pas vraiment présents – sans compter que lui n'était même pas du SHIELD.

En attendant, Natasha et Clint essayaient de retrouver des agents du SHIELD en vie – parce que tous les agents ne pouvaient pas être corrompus, ils en étaient la preuve vivante – ayant pour cela des contacts plus ou moins régulier avec Hill et Fury. Parce qu'évidemment que ce dernier n'était pas mort, on parlait du directeur Fury quand même ! Quant à Steve, avec l'aide de Wilson, il traquait l'assassin qui n'avait pas assassiné Fury finalement, et qui leur avait mis des bâtons dans les roues pendant leur mission. Il y avait surement une histoire là-dessous, le Cap faisait une fixette étrange sur ce type, mais à l'heure actuelle c'était bien le cadet de ses soucis.

De fait, aucun des trois n'était très présents à la Tour, et presque jamais au même moment. Et même quand ils étaient là, ils ne faisaient guère plus que se croiser dans la salle commune, ou à l'occasion dans la salle d'entrainement – et même seul Tony n'y mettait que rarement les pieds, pour ne pas dire jamais, alors là, avec un public potentiel ! Même pas en rêve !

Il avait donc tranquillement repris le chemin des labos en compagnie de Loki pour poursuivre leurs recherches. Ils n'avaient pas évoqué ce qu'il s'était passé ou l'aide que le dieu lui avait apporté pour chercher ses amis. Ils n'avaient pas parlé de ce partenariat, qui depuis presque un an – un an déjà ? – avait évolué en quelque chose d'autre, un truc sur lequel il aurait été bien incapable de mettre un nom. Alors il se contentait de ne pas le nommer et de se laisser porter, tandis que le dieu en faisait de même.

Lentement mais surement, ils retrouvaient un quotidien qui, s'il n'était certainement pas banal, était ce qui se rapprochait le plus de la normalité, pour l'un comme pour l'autre.

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Comme bien souvent, l'ingénieur et lui avaient gagné les fauteuils qui, dans un coin de l'atelier, accueillaient leurs discussions et leurs questionnements. Mais s'ils avaient commencé par débriefer les résultats de leurs dernières expériences, mettant en commun observations et nouvelles théories, la conversation avait depuis bien longtemps dévié de son objectif initial. L'esprit de l'être humain – et de cet humain-ci en particulier – était insaisissable, et il n'était pas rare que pareil phénomène se produise. Ainsi, ils avaient évoqué les nouvelles pierres semi-précieuses qui avaient eu leur préférence pour ce réacteur – à savoir les topazes – et avaient donc naturellement élargi le propos en évoquant plus généralement les pierres faisait partie du groupe des silicates. Mais après avoir dérivé sur la structure biochimique des silicates polymères – et malgré la durée de leur collaboration et un certain niveau de recherches personnelles, cela restait un sujet qu'il ne maitrisait qu'imparfaitement – Stark avait les Nornes seules savent comment fait le lien avec le rôle des silicates en astronomie, pour évoquer finalement la présence de silicates fréquemment attestée autour des étoiles jaunes et des étoiles évoluées, notamment dans les disques d'accrétion et les enveloppes circumstellaires. Quant à savoir ce que cela signifiait…

Mais toujours est-il que le dieu n'écoutait plus que d'une oreille distraite son babillage incessant, laissant son esprit voguer librement au gré des pensées fugitives qui le parcourait. Pourtant, un sujet en particulier le taraudait. Lui comme l'ingénieur n'avaient évoqué les événements récents autrement qu'en abordant la présence des Avengers à la Tour et les arrangements qu'ils auraient à prendre en conséquence, presque aucun à vrai dire. Ils n'avaient pas non plus parlé de l'alliance temporairement nouée – et de sa propre initiative qui plus est ! – pour localiser et secourir les Avengers, mais il s'agissait là d'un sujet qu'il ne souhaitait guère voir abordé, lui-même étant encore fort circonspect vis-à-vis de son propre comportement.

Enfin, et c'était sans doute là le plus problématique, ils n'avaient pas parlé de l'effondrement du SHIELD, et surtout des conséquences directes qu'aurait cet événement sur eux et leur quotidien, à court comme à long terme. Malheureusement, il n'y avait aucun autre moyen pour lui d'obtenir des réponses que d'interroger le principal concerné.

« L'effondrement du SHIELD et l'émergence d'Hydra… qu'est-ce que ça va changer, concrètement ? »

Interrompu en plein milieu de son discours sur les matrices extra-dimensionnelles – et comment par les Nornes en étaient-il arrivés là ? – Stark resta un instant bouche bée, ne semblant pas comprendre d'où venait pareille question et pourquoi Loki l'avait posé. Le dieu comprenait son choc, lui-même n'était pas certain de savoir exactement pourquoi il avait abordé le sujet en premier lieu, en cet instant, et qui plus est par cette question précise.

« Et bah, on peut dire que tu sais comment plomber l'ambiance… » soupira-t-il, semblant vaguement agacé. Malgré cela, il parut réfléchir sérieusement à sa question avant de lui répondre. « Au quotidien, ça va pas changer grand-chose. De manière générale, je bossais à mon compte, et je n'avais aucun compte à rendre au SHIELD. Pour les autres, ce sera plus compliqués par contre. Je suppose que j'irai peut-être un peu plus souvent sur le terrain. Sans l'agence pour leur envoyer des renforts, ils pourraient avoir besoin de bras armés en plus. »

Jusque-là, rien de ce qu'il lui disait n'était inattendu. C'était là des hypothèses qu'il avait déjà envisagées seul, et dont il se doutait qu'elles seraient appliquées. Mais il ne s'agissait là que de régler des problèmes immédiats. Ses inquiétudes étaient bien plus lointaines, mais pas moins pressantes.

« Mais il ne s'agit là que d'affaires pour le moins courantes, qui trouveront d'elles-mêmes leur résolution par la méthode que vous décrivez. Ma question est toute autre, » insista-t-il. « Bien qu'il me coute de devoir l'avouer, le SHIELD jouait un rôle prépondérant dans la prévention et la gestion des crises d'importance, et cela comprend tout objet ou individu venant d'un autre monde. Contrairement au reste des vôtres, vous avez conscience de l'immensité de ce qui se trouve au-delà des limites de votre ridicule planète. Le Titan Fou est une réalité bien concrète, et il n'est pas le seul ennemi qui règne là dehors. Certes, vous et vos camarades Avengers répondrez présents pour lutter contre toute menace venue de l'espace, de cela je n'ai aucun doute. Mon frère lui-même reviendrait d'Asgard au moindre signe de péril pour vous porter assistance, » dit-il, ne pouvant que reconnaitre cette dévotion à Thor. « Mais le SHIELD était un allié, et une force à ne pas négliger. Qu'adviendra-t-il si une quelconque invasion comme celle que j'ai mené il y a un an devait de nouveau avoir lieu ? »

Contre un ennemi qui ne souhaitait pas perdre qui plus est – contrairement à lui – mais il ne le précisa pas. Ce n'était pas nécessaire. Loki détourna la tête. Il n'aimait pas devoir exposer si clairement les craintes qui étaient siennes et leur donner corps, mais il savait que Stark les partageait. La question était donc de savoir si l'humain allait faillir face à cette menace plus prégnante et aux risque accrus, ou au contraire tenir bon. Le dieu commençait à le connaitre, et il voulait croire qu'il ferait front et n'abandonnerait pas sans lutter. Mais dans le cas où il se tromperait, il devait absolument le savoir afin de pouvoir adapter ses projets en conséquence. Comprendre par-là quitter Midgard au plus vite. Sans Stark pour travailler avec lui sur Omega, cette planète n'était pas plus sûre qu'une autre, loin de là, et avait même le désagréable privilège d'être l'hôte des trop fréquentes visites de Thor.

« Tu crois que je ne sais pas tout ça ? »

Le dieu releva la tête et croisa le regard de Stark. Rarement il avait vu le mortel aussi sérieux.

« Tu crois que je n'y ai pas réfléchi ? Ça fait plusieurs jours que j'y pense, depuis que le gros de la pression est retombé. Sauf que dès qu'un problème est réglé, ou du moins qu'on peut entrapercevoir le début d'une réponse, y'a quelque chose d'encore pire qui nous tombe sur le coin de la gueule. Et à un moment, bah j'ai juste pas la solution. »

Cette fois, c'est Stark qui détourna le regard. Il jouait avec ses mains, et sa jambe tressautait nerveusement. Loki devinait qu'il s'empêchait à grande peine de faire les cent pas, moyen qui avait généralement sa préférence pour évacuer le surplus de stress et d'énergie.

« Le truc, c'est que plus j'y pense, et moins la solution qui se dessine me plait. Même si nous avançons sur Omega, parce que soyons clairs je ne compte pas abandonner maintenant, ce n'est pour l'heure qu'un projet que nous somme incapable de mettre en place. » C'était tout ce que Loki voulait entendre, mais Stark ne s'arrêta pas là. « Après comme tu l'as dit, les Avengers seront toujours là, en première ligne, ça changera pas. Mais merde, on était pas seuls, ce serait complètement stupide de vouloir prétendre le contraire. Le SHIELD a aidé l'année dernière, on ne peut pas le nier même si ce sont eux qui nous ont balancé une ogive nucléaire. Et même s'ils n'étaient pas directement sur le terrain à nos côtés, ils cordonnaient les forces à l'extérieur, ils évacuaient les civils pour les mettre en sécurité. Et après, ce sont eux qui ont géré les dégâts, l'évacuation des cadavres chitauris et la gestion pratique de tout ce merdier. Idem à Londres d'ailleurs, après l'invasion ratée de Malekith, c'est encore le SHIELD qui a géré. Même après le Mandarin, s'ils avaient clairement un train de retard, ils ont filé un coup de main à Rhodey pour nettoyer le bordel. Alors sans eux… très honnêtement, je ne sais pas où on va… »

Présenté ainsi, il est vrai que le tableau que l'ingénieur dépeignait apparaissait bien noir. Pourtant, pour avoir lui-même réfléchi de son côté aux différentes possibilités, une solution relativement limpide lui apparaissait, et il était étonnant que Stark ne soit pas parvenu à la même conclusion.

« Alors reconstruisez le SHIELD, ou trouvez un substitut qui puisse faire son travail à sa place, » dit-il, comme s'il s'agissait d'une évidence. Parce que c'en était une, à son humble avis.

« Et comment je fais ça Sherlock ? »

« Vous avez dit que les agents Romanoff et Barton étaient actuellement à la recherche d'anciens agents qui seraient restés fidèles au SHIELD n'est-ce pas ? Des agents intègres et non corrompus par Hydra. Puisqu'il s'agissait d'une organisation internationale comprenant plusieurs centaines de membres avec des bases dans de nombreux pays du monde, mathématiquement parlant, il doit forcément y en avoir. »

« Où tu veux en venir ? »

« Je dis simplement que vous avez la main d'œuvre et les bras armés, ou du moins vous les aurez prochainement. De plus, vous dirigez une entreprise avec plusieurs milliers d'employés et des succursales partout dans le monde et toutes ne sont pas axés sur la technologie ou l'énergie, loin de là. » Il vit les yeux de Stark briller, comme si d'un seul coup il saisissait pleinement son propos, ne lui laissant plus qu'à finir d'exposer ses arguments. « Se diriger vers une privatisation de la sécurité mondiale ne serait que la suite logique de votre rôle d'Iron Man et d'Avengers. Créer une nouvelle filiale, ou même une nouvelle entreprise à part entière pour ce que ça changerait, ne serait qu'un jeu d'enfant pour vous. Il ne manquerait qu'une personne à sa tête, et puisque le directeur Fury semble vouloir rester dans l'ombre et se faire passer pour mort, sa seconde me parait toute indiquée. »

Loki n'était pas peu fier de sa proposition. Et en voyant l'air concentré de Stark, comme s'il était frappé d'une illumination soudaine, il n'en était que plus fier.

« Tu sais quoi Rodolphe ? Je crois que tu tiens quelque chose. »

Puis, sans perdre une minute de plus ni lui adresser un regard, Stark se leva pour se diriger vers l'un de ses bureaux, marmonnant dans sa barbe et commençant rapidement à taper sur son clavier, notant des idées et formulant l'ébauche de son projet. S'assurant que le mortel lui tournait bel et bien le dos, Loki se risqua à afficher le sourire qu'il contenait jusqu'alors.

Il avait souhaité relancer la machine pour que son collaborateur mortel ne se laisse pas aller à la dépression et au défaitisme ? Le résultat dépassait toutes ses espérances, et c'était là loin d'être un mal. Il était certes ravi de l'effet qu'avait eu son idée, mais il trouvait tout particulièrement amusant l'empressement de Stark. Ses gestes vifs, ses yeux brillants, et l'énergie renouvelée qui imprégnait chacun de ses mouvements… On aurait dit un enfant d'une certaine façon.

Tel était le propre des mortels à la courte vie, toujours à s'émerveiller face aux incessantes nouveauté qui se trouvaient sur leur chemin. Lui qui avait vécu si longtemps se trouvait en comparaison plus détaché et indifférent face aux méandres de l'existence. Et pourtant, depuis qu'il était sur Midgard, il se surprenait de plus en plus souvent à ressentir pareil élan, des sentiments et des sensations qu'il avait cru éteints ou enfouis. Tout cela, il l'imputait à Stark et à sa fréquentation régulière du mortel. Cependant, il ne pensait pas qu'il s'agissait d'une mauvaise chose. Quant à savoir si c'en était une bonne… Il supposait qu'il aurait encore de longs mois, si ce n'est des années, pour parvenir à une réponse.

Il secoua légèrement la tête, ôtant de son esprit ces pensées vagabondes. Sachant pertinemment que Stark ne serait pas ouvert à la discussion ou à l'expérimentation avant un long moment, il fit voler magiquement un livre jusqu'à lui et en repris la lecture. Serein, il se laissa happer par les mots tandis qu'il était doucement bercé par la musique d'AC/DC, les bruits intempestifs de clavier ainsi que la voix du mortel parlant doucement, et celle de Jarvis lui répondant occasionnellement. Apaisé.


S'ils sont pas mignons, hein ? Quand on pense un peu au chemin parcouru ! (en même temps, 15 chapitres, on a mis le temps pour ça !)

Pour ce qui est de cette idée de reformer le SHIELD, c'est une nouvelle fois lié au canon. On sait que Tony recrute Hill (présente à la Tour Avengers dans "L'Ère d'Ultron") ainsi que d'autres agents du SHIELD. Nous allons donc développer cette idée de "privatisation de la sécurité mondiale" (même si ça restera une intrigue hautement secondaire)