Disclaimer : Nous ne tirons profit, en aucune façon, de cette histoire. Les personnages de Marvel appartiennent à leurs propriétaires. Nous ne retirons rien de l'histoire qui suit et tous les droits de création des personnages leur appartiennent. En revanche, l'histoire nous appartient.
Rating : T
Genre : Romance / Drama / Angst / Comfort
Personnages : Tony Stark ; Loki ; la plupart des personnages vus dans les films du MCU
Situation temporelle : Démarre en 2012, après que Loki a récupéré le Tesseract dans Avengers Endgame
Bonjour tout le monde !
Après la crise d'angoisse et l'explosion de Tony face à Loki (et Tony étant toujours vivant et non pas assassiné par Loki, ce qui mérite quand même d'être souligné !), voici le match retour, et le temps d'excuses plus que nécessaire. Et c'est reparti pour une conversation bien trop émotionnelle pour nos deux imbéciles préférés !
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Egwene Al'Vere, Amy, merci beaucoup pour vos review !
Amy : Ne t'excuse jamais de trop écrire dans une review, c'est toujours un bonheur de te lire !
Le chapitre précédent (et celui d'aujourd'hui, qui est directement la suite de cette discussion) est l'un des tournant majeur de leur relation. Il y avait beaucoup d'enjeux avec cette confession et cette crise, beaucoup d'émotion brute aussi avec la descente aux enfers de Tony et sa crise de panique, et même la colère et le retour de Loki à la fin face aux aveux involontaires de Tony... Tout ça était beaucoup à gérer, et que tu l'ai ressenti si intensément est la preuve que nous avons atteint notre but.
Et pour ce qui est de "Misérable mortel" et ede "Espèce d'enfoirés", ça fait partie de ces insultes signatures, qui étaient pensées sérieusement au début, et qui ponctuent désormais leur quotidien. De là à en devenir des surnoms affectueux... Il n'y a qu'un pas ! ;)
Bonne lecture !
Ju' et Kae
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CHAPITRE 20
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La peur. Sans doute le plus universel des sentiments. Tous, homme ou femme, jeune ou vieux, quelle que soit l'espèce ou la culture, tous ont peur de quelque chose. Bien souvent, les gens craignent la mort, la maladie, la douleur. Des peurs fondées, ancrées dans l'inconscient collectif de milliers de générations successives.
Mais il est des peurs plus obscures et insidieuses, qui vous rongent et vous dévorent de l'intérieur, que vous vous y laissiez prendre ou que vous luttiez férocement contre elles.
Il n'était pas effrayé à l'idée de mourir. Confronté de près à sa mortalité, et ce en de trop nombreuses occasions, il avait accepté cette idée de longues années auparavant. Après tout, la mort était un chemin que tous devaient prendre, un jour ou l'autre.
Il n'avait pas peur de mourir, non. Il avait peur de mourir seul.
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Loki avait passé les heures suivantes à méditer dans le salon. Et alors qu'il niait depuis plusieurs mois les événements survenus sur Svartalfheim, tout ce qui avait causé lesdits événements et tout ce qui s'était ensuivi, il se laissa pour la première fois aller à se les remémorer. Les souvenirs étaient âpres, difficiles. Les images trop réelles qui dansaient derrières ses paupières closes lui causaient des palpitations et une angoisse qu'il ne jugulait qu'à grand peine.
Quand on était habitué comme lui à refouler les événements les plus traumatisants de son passé – et il en avait malheureusement vécu plus que son compte – les voir ressurgir à la surface était des plus ardu à supporter. Il aurait et de loin préféré ne point avoir à endurer cette introspection qui mettait à vif des blessures qui n'étaient pas cicatrisées. Mais les mots de Stark alors qu'il lui confiait ses souffrances et les épreuves qu'il avait enduré avaient trouvé un écho terrible en lui. Et il avait parfaitement conscience que le déni ne le sauverait pas, ne le sauverait plus face aux souvenirs ainsi réveillés. Pas cette fois.
Lorsqu'il reprit finalement contact avec la réalité et ouvrit les yeux, le soleil déclinait lentement à l'horizon. Cherchant du regard ce qui l'avait sorti de sa transe, il ne fut pas surpris d'entendre du bruit en provenance de l'étage. Fort bien, Stark était réveillé. En espérant que celui-ci ait dégrisé, ou Loki rejetait d'emblée la simple idée d'une quelconque discussion.
Il n'eut pas à attendre longtemps. Tout juste eut-il le temps de se préparer magiquement un thé et de s'installer confortablement dans son fauteuil que le midgardien apparaissait dans les escaliers. Sa peau était pâle, son regard vitreux, ses sourcils froncés, et il gardait une main appuyée contre son front. Tant mieux, cela lui apprendrait à s'enivrer de la sorte.
« Cinq minutes. Pas bouger, » aboya presque Stark en le pointant d'un doigt… supposément menaçant ? Loki ricana moqueusement, son sourire s'agrandissant davantage quand il vit Stark grimacer au bruit.
Le dieu assista donc à la mission périlleuse du mortel visant à récupérer le café que lui avait aimablement préparé Jarvis – que ferait l'humain sans cette machine, voilà une question qu'il se posait bien souvent – et avaler des comprimés blancs qu'il supposait être une aide médicamenteuse contre la douleur, avant de venir s'avachir dans le canapé qui lui faisait face, tasse en main et yeux clos. Le tout en très exactement six minutes et vingt-trois secondes, soit bien plus de temps que nécessaire pour une si piètre opération. Pathétique.
Ils gardèrent tous deux le silence durant de longues minutes. Si Stark attendait de lui qu'il prenne la parole en premier, alors le silence promettait d'être fort long. Le mortel était celui qui avait à s'excuser, et c'est seulement en fonction desdites excuses que Loki envisagerait ou non de prendre la parole à son tour. Lui-même n'était pas encore certain de ce qu'il convenait de faire, l'impulsion subite l'ayant menée jusqu'ici semblant peu à peu s'essouffler.
Toutefois, il semblerait que l'ingénieur n'ait eu que l'intention d'émerger définitivement du sommeil et de laisser échapper l'essentiel de la douleur, comme en attestait ses yeux de nouveau clairs et résolus quand il les rouvrit quelques minutes plus tard. Ils se toisèrent en silence, avant que l'humain ne détourne en premier le regard.
« Je suis désolé, » finit-il pourtant par dire, alors que Loki songeait de plus en plus fortement à quitter la pièce.
« Plait-il ? »
« Tu vas pas me faciliter la tâche hein ? Connard… »
Mais le petit sourire en coin qu'arborait le milliardaire détonnait fortement avec l'insulte ainsi prononcée, aussi Loki se contenta-t-il de hausser un sourcil sans rien ajouter. Et cela l'étonnait ? Sans même prendre en considération les récents événements, il n'était point de ceux facilitant les choses ou les rendant plus aisées. Bien au contraire, il se plaisait fort à admirer autrui s'embourber dans des explications confuses ou se perdre dans des discours hasardeux tandis qu'il les traitait avec la condescendance qu'ils méritaient. Il osait toutefois espérer que Stark se montrerait à la hauteur, il préférait et de loin quand le mortel répliquait leurs échanges étaient toujours des plus distrayants.
« Je suis désolé, » répéta-t-il finalement, perdant son sourire. « Ce que j'ai dit… C'était faux. Tellement putain de faux, à tous les niveaux. Je connais pas ta vie. Je sais pas ce que tu as vécu. Mais t'es vieux de je sais pas combien de centaines d'années, et il n'y a pas besoin d'être devin pour comprendre que certaines d'entre elles n'ont pas été des plus joyeuses. Evidemment que tu sais ce qu'est un cauchemar ou même une crise d'angoisse, que tu en aies déjà expérimentées personnellement ou non. Prétendre le contraire était complètement stupide. Et au-delà de ça, c'était juste méchant. Volontairement gratuit et blessant. »
« Alors pourquoi l'avoir dit en ce cas ? » Il reconnaissait les excuses de Stark pour ce qu'elles étaient, malgré leur forme des plus maladroite. Mais pourtant il ressentait le besoin de creuser, de lui extirper la vérité, de force si besoin était. L'état de nerf manifeste dans lequel il était avant même qu'il n'entame son monologue avait certes aggravé ses réactions, mais le dieu devinait qu'il y avait bien plus ici qu'on ne pourrait le croire.
« Tu me lâcheras pas hein ? Pourquoi je pose la question, évidemment que tu me lâcheras pas comme ça… » marmonna l'intéressé dans un barbe avant d'avaler une nouvelle gorgée de café. « Le truc, c'est qu'à ce moment-là je venais de faire une crise d'angoisse, je te l'apprends pas. Et parler directement après de l'Afghanistan, et de ce qui m'est arrivé là-bas… En fait, j'en parle pas. J'en parle jamais, à personne. Et j'évite même d'y penser, la plupart du temps. Ouais je sais, pas très courageux, mais on fait ce qu'il faut pour avancer hein ? Sauf que ce qu'il s'est passé en Afghanistan, j'ai jamais réussi à vraiment le laisser derrière moi. T'avais raison tu sais. »
« C'est généralement le cas, » répondit-il après en voyant qu'il ne poursuivait pas, cherchant à le relancer. « Pouvez-vous être plus explicite et me dire à quelle occurrence vous faites référence ? »
Tony roula exagérément des yeux face à ses mots.
« Je vais même pas relever l'égocentrisme du truc, parce que j'aurais été tout à fait capable de dire la même chose. » Loki approuvait la remarque. « Toujours est-il que t'avais raison, quand tu disais que je dormais mieux quand Pepper était là. Les cauchemars ont jamais complètement disparu, mais c'était loin d'être comparable. Alors quand… nous sommes partis chacun de notre côté, les cauchemars ont complètement repris le dessus. En deux semaines, j'ai pas fait une putain de nuit complète. Et quand tu ajoutes stress, fatigue et cauchemars, ça forme un cocktail détonnant, d'où ma crise d'angoisse. »
Le dieu reconnaissait l'argument. Lui-même n'avait jamais été plus sujet aux crises d'angoisse qu'en période de grands troubles, alors qu'il était épuisé tant moralement que physiquement. Les derniers épisodes au mois de mars précédent en étaient la preuve.
« A la base quand je suis descendu, je voulais juste échapper à ma chambre, à cette impression que les murs se refermaient sur moi. Je cherchais de l'espace, de la lumière, de la chaleur… une présence. Et t'étais dans le salon. T'étais là. C'était la première fois que je ressentais réellement cette envie, ce besoin de raconter à quelqu'un ce qu'il s'est passé, alors je suppose que je me suis juste… jeté à l'eau, je suppose, sans réfléchir une seconde. Et c'était cool, parce que ça m'a vraiment fait du bien je crois de te raconter tout ça. Sauf que t'as pas dit le moindre mot, t'es resté silencieux dans ton fauteuil sans ouvrir la bouche. Je dis pas que j'espérais que tu me réconfortes, ni toi ni moi ne survivrions à ça, mais j'attendais… Ouais, j'attendais quelque chose, une question, un geste, même une moquerie sur ma pitoyable faiblesse humaine, n'importe quoi ! Alors quand je t'ai vu aussi immobile qu'impassible, ça m'a fait péter les plombs. »
L'homme soupira et posa sa tasse désormais vide sur la table basse avant de passer ses mains dans ses cheveux, évitant soigneusement son regard, comme il l'avait fait durant une large part de la discussion.
« J'ai l'impression de t'accuser là, et c'était pas du tout le but de la manœuvre. Ce n'est pas non plus pour me défendre, ou excuser ce que je t'ai dit. C'est juste pour que… tu comprennes ? Enfin, quelque chose comme ça je suppose… »
Semblant finalement à court de mots, Stark commença à jouer avec ses mains, se mordant la lèvre presque jusqu'à sang. Le silence entre eux était lourd et pesant. Le dieu le vit finalement se redresser, allant probablement rejoindre l'atelier ou même la solitude de sa chambre après ces excuses et cette nouvelle confession, de loin bien plus émotionnelle que ce que l'un et l'autre n'était habitué. Et soudain, Loki ressentit l'impulsion subite de le retenir.
« J'ai eu ma première crise d'angoisse alors que je n'étais qu'un enfant, à peine âgé de deux-cent de vos années midgardiennes. »
Stark s'immobilisa tout à fait. Puis, renonçant à se lever, il se rassit au contraire dans le canapé, portant sur lui des yeux curieux. Cette fois, ce fut Loki qui détourna la tête.
« A l'époque, je découvrais mes pouvoirs magiques, chose peu commune chez les Ases mâles, qui plus est de cette puissance, » commença-t-il à raconter. Son regard se perdit sur l'océan tandis qu'il était affreusement conscient de celui de Stark sur lui, le rendant inexplicablement mal à l'aise. « J'ai subi les moqueries et les quolibets de Thor, et surtout de ses amis. Les soi-disant plaisanteries qu'ils m'ont infligées ont parfois eu des conséquences désastreuses, causées par ces pouvoirs que je ne maitrisais pas. Pas encore du moins. Une fois, j'ai fait exploser une aile complète du palais après l'une de leurs « blagues », et sept serviteurs ont été grièvement blessés. Deux d'entre eux ont même faillit ne point s'en sortir. Mais c'était de ma faute n'est-ce pas, moi qui ne maitrisais pas mes pouvoir… » cracha-t-il, la voix suintant de fiel et d'ironie mordante. « Alors je me suis adapté, j'ai travaillé des heures durant chaque jour, pendant des années. Plus d'années même que n'en comporte votre vie, et de loin. J'ai gagné en force, en vitesse et en précision, mais surtout en contrôle. J'ai développé mes pouvoir à un tel point que je suis devenu le plus puissant sorcier d'Ásgard, sans qu'aucune concurrence ne soit possible. Je pensais ces jours sombres derrière moi. J'avais tort. »
Oh, combien il avait eu tort en effet ! Quelles étaient loin les crises et les peurs de son enfance ! A l'époque, elles lui semblaient être des obstacles parmi les plus difficiles à franchir qui soit. Il les avait pourtant tous passé haut la main, à force de travail et de persévérance. Il avait eu son lot d'épreuves dès son plus jeune âge, avait combattu alors qu'il était à peine plus qu'un enfant lors des chasses et des batailles, comme se le devait tout prince d'Ásgard. Si jeune, et il faisait déjà couler le sang. Il avait eu plus que sa part d'horreur en grandissant. Il ignorait simplement que le pire était à venir, et de loin s'en fallait…
« Est venu le jour du couronnement de Thor, et une foulement d'événements disparates qui ne sont en rien allés comme je l'avais souhaité. J'ai finalement chuté du pont arc-en-ciel, croyant trouver ma paix dans l'immensité d'un vide stellaire silencieux. Et c'est alors que je suis tombé entre ses mains. »
« Le Titan Fou, le maitre des chitauris… »
C'était les premiers mots que Stark prononçait depuis que le dieu avait entamé sa propre confession. Et d'une certaine façon, ils arrivaient à point nommé. Si l'ensemble de la discussion lui était des plus désagréable, évoqué le Titan en particulier, les exactions que ce monstre avait commises, et les tortures qu'il lui avait infligées… C'était là des choses dont il était bien incapable de parler, lui qui n'osait même en pensée y songer de trop près. Alors Loki hocha simplement la tête, déglutissant avec difficulté avant de reprendre d'une voix plus basse.
« Je n'ai guère à vous conter ce qui s'est ensuivi : New-York, puis les débuts de notre collaboration. Après tout, vous étiez aux premières loges pour y assister. »
Stark roula machinalement les yeux avant de s'enfoncer un peu plus dans le canapé, un petit sourire joueur faisant son apparition à mesure qu'il se remémorait probablement lesdits moments. Loki sourit en retour. Oui, lui-même se souvenait avec délice de l'époque bienheureuse où il avait hanté la maison du milliardaire, le poussant vers la folie et l'amenant à craindre pour sa santé mentale.
« Les mois qui ont suivi ont été suffisamment occupés avec nos recherches sur Omega pour que je puisse m'abstenir de m'attarder sur ce qui était arrivé. Mais cela n'est demeuré vrai que jusqu'à l'arrivée de Thor sur Midgard en compagnie de Jane, et des nouvelles qu'il a apportées dans son sillage. »
Et quelles nouvelles cela avait été ! Quelles terribles nouvelles… L'annonce de Thor, brutale, alors même qu'il ignorait tout de sa présence à la Tour Stark. La violence de ses émotions qui l'avaient brutalement submergées tandis que son sortilège de dissimulation volait brutalement en éclats. Le déni, la crainte – l'espoir – qu'il s'agisse d'un mensonge, d'une abominable tentative de ruse pour l'atteindre, avant qu'il n'admette la plus terrible des vérités.
« Mais en ce qui me concerne, l'attaque qu'avait subi Ásgard et le décès de ma mère n'était que le premier acte. Le second fut le combat que nous avons mené sur Svartalfheim. »
Et l'y voilà, après une bien longue introduction. Mais même en tâchant de repousser au mieux l'échéance, il savait au moment où il s'engageait dans cette discussion qu'il en viendrait à ce point. Mais il ne serait pas dit que Stark ait su aller au bout de son explication sans que lui-même ne l'ose !
« Lors du combat qui nous a opposé aux elfes noirs, j'ai été grièvement blessé, » raconta-t-il d'une voix sourde. Thor le croyant désormais mort, il n'aurait jamais cru avoir à confier à quelqu'un ce qu'il s'était passé ce jour-là, en cet instant fatidique. « J'ai été transpercé par une épée. Et si je me suis débarrassé de mon adversaire rapidement, ma blessure me mit à terre. La douleur m'empalait plus surement qu'aucune lame. Elle était telle que l'inconscience me guettait. Puisant dans mes dernières forces, j'ai tissé un sort de dissimulation autour de mon corps, pour qu'il prenne aux yeux de tous l'apparence d'un cadavre. Je pensais ne guère mettre de temps avant de véritablement en devenir un, mais c'était le seul sursis que je pouvais m'offrir avant de perdre connaissance. »
Ça avait été un réflexe. Ni réfléchi, ni prémédité, simplement l'instinct de survie qui parlait. Membre engourdis, respiration haletante et cœur faiblissant, ce sortilège avait été sa dernière parade avant que l'obscurité ne l'avale.
« Quand j'ai repris connaissance, plusieurs heures s'étaient écoulées. Aujourd'hui, avec le recul, je me rends compte que c'est pour ainsi dire un miracle que je me sois réveillé de ce sommeil de mort et n'ai pas saigné jusqu'au trépas. Mon réveil ne fut toutefois pas des plus glorieux. Ma magie n'avait su guérir ma blessure, mon sang coulait toujours abondamment et je perdais peu à peu mes dernières forces. Pendant quelques minutes, j'ai cru que j'allais mourir là, sur cette planète abandonnée des dieux. C'était non pas une idée en l'air ou une pensée fugitive née de la crainte et de la souffrance, mais une certitude gravée en moi. J'allais mourir ici, et j'étais seul. Il n'y avait que la douleur et moi. »
Dans les yeux de Stark, il n'y avait aucune pitié, comme il aurait pu le craindre de quiconque, à commencer par son benêt de frère. Pas plus qu'il n'y avait de compassion ou d'affliction. Y régnait seule une profonde compréhension, celle née de ceux ayant eux-mêmes vécu ce dont il était question. De la même façon que les mots du milliardaire avaient trouvé un écho en lui et réveillé ses souvenirs enfouis – était-ce la veille seulement ? – ces mêmes mots qu'il prononçait aujourd'hui, Stark les comprenait pour avoir traversé des épreuves similaires, à son échelle humaine.
« Dans les semaines qui ont suivi, bien après que ma plaie ait cicatrisé, j'ai rêvé de nombreuses fois de ce jour. J'ai rêvé de ces instants de souffrance, de peur et de solitude. Et cette expérience de mort imminente, à laquelle s'est ajouté le deuil de ma mère et les réminiscences d'anciens souvenirs… » Il s'interrompit, sans vouloir – sans pouvoir – poursuivre. Mais il savait pertinemment que Stark avait parfaitement compris de quoi il était question. « Tout cela pour dire que je connais les crises d'angoisses pour en avoir fait plus d'une par le passé. Et si celles du mois de mars ont rapidement cessé, ce n'est pas le cas des cauchemars. Vous-même l'avez dit, ils ne disparaissent jamais tout à fait. C'est dans des cas comme celui-ci que je suis heureux de ne pas avoir besoin d'autant de sommeil que vous autres humains. Les nuits sont suffisamment difficiles comme cela. »
Ainsi s'acheva son discours, sa propre confession en échange de celle offerte – certes plus ou moins contrainte – par Stark. Ne demeura alors plus que le silence, qui seul régnait en maitre entre eux. Secondes, minutes ou heures, peu leur importait au fond. Peu lui importait. Car il avait l'impression que, l'espace d'un instant, le poids des souvenirs s'était fait un peu moins long à porter. Rien qu'un peu.
« Loki. »
L'interpellé mit quelques secondes à réagir, plongé qu'il était dans ses pensées. Et cela était sans mentionner l'usage rare de son nom par Stark, qui lui préférait des surnoms en tous genre.
« Oui ? »
« Quand on s'est rencontré… Ou plutôt, quand on s'est re-rencontré ici-même, j'étais sûr d'une chose : on pouvait pas être plus diamétralement opposé. Aujourd'hui, j'en suis plus aussi certain. Ce n'est pas la première fois que j'y pense pour être honnête, mais c'est peut-être la première fois que je m'autorise à vraiment le penser. Et tu vois, malgré toutes nos différences, tout ce qui nous oppose… Il y a plus que ça. Tellement plus que ça, quand on gratte un peu sous la surface. Ouais, je crois qu'on se ressemble, au fond. »
Et sur ces derniers mots, cette dernière confidence presque de trop, Stark se releva brusquement du canapé, et lui adressa un bref signe de la tête avant de lui tourner le dos et – oserait-il le dire ? – presque s'enfuir, la démarche juste un peu trop rapide pour être naturelle. Loki ne lui en voulait pas, la discussion avait été longue et douloureuse, et ce dernier aveu revenait presque à soupoudrer de gros sels les blessures qu'ils avaient l'un et l'autre rouvert.
Je crois qu'on se ressemble, au fond.
Loki pouvait presque entendre les Nornes rire de la farce qu'elles lui avaient joué. Il n'aurait jamais cru en venir à être d'accord avec cette assertion un jour, et qui plus est, ne pas en ressentir la moindre honte. Et pourtant… Stark et lui se ressemblait, en certains points. Et peut-être, peut-être n'était-ce pas tout à fait une mauvaise chose…
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Ni l'un ni l'autre ne reparlèrent de ce qu'il s'était passé, ou de ce qu'ils s'étaient dit. Pas un mot, ni même le moindre sous-entendu, plus ou moins bien habilement déguisé. Mais désormais, quand Stark faisait une crise d'angoisse ou un cauchemar particulièrement vivace, il ne se précipitait plus dans son atelier. A la place, il descendait au salon où Loki passait l'essentiel de ses nuits. Ils ne discutaient pas, jamais. Loki lisait ses livres, Stark pianotait sur sa tablette ou esquissait de nouveaux schémas, mais toujours en silence. Et invariablement, le mortel finissait par tomber de sommeil, s'écroulant sur le canapé aux petites lueurs du jour, grapillant ainsi quelques heures de sommeil sur le matin. Une fois, ce fut le dieu qui, réveillé en sursaut par un songe des plus déplaisant, gagna la pièce commune, faute de pouvoir se rendormir. La pièce était vide de toute présence, mais il fallut moins de cinq minutes avant que Stark ne débarque à son tour, son regard vif comme sa tenue attestant du fait qu'il n'était pas encore couché – ou peut-être était-il déjà réveillé depuis un certain temps ? – et qui vint comme de coutume s'avachir dans le canapé. Et pas plus que les fois précédentes ils ne dirent un mot.
S'écoulèrent ainsi les derniers jours d'octobre. Passa tranquillement novembre dans son sillage. Puis vint finalement décembre.
En deux mois passés enfermés ensemble à Malibu, ils avaient trouvé un rythme de travail des plus satisfaisants. Sans plus craindre d'être interrompu, ils avaient passé de longues heures ensemble dans l'atelier, à formuler de nouvelles hypothèses et à mener des expériences toujours plus nombreuses. D'innombrables fois ils avaient cru tenir quelque chose, avant qu'ils ne conviennent finalement à une erreur ou à une mauvaise voie empruntée. Pour autant, ni l'un ni l'autre ne s'en trouvait découragé, et ils poursuivaient leur ouvrage avec une ardeur renouvelée.
Mais ce n'était pas tout. Leur cohabitation avait en effet eu d'autres effets positifs qui n'étaient plus directement en lien avec le projet d'Omega. Ils avaient en effet poursuivi leur discussion sur les contes et les légendes de leur peuple respectif, avant de dériver sur d'autres sujets. Si ça mémoire était bonne – et il savait qu'elle l'était – ils en étaient resté la dernière fois sur un art typiquement midgardien né dans un pays situé de l'autre côté de la planète, mêlant littérature et graphisme figuratif, nommé manga. La fois suivante, Loki lui exposerait en détail l'art de la calligraphie elfique, typique de certains clans du nord d'Alfheim.
Malgré leur charge conséquente de travail, il ne s'écoulait pas une semaine sans qu'ils ne viennent se poser au salon pour abandonner toute forme de travail et parler d'autre chose. Et ce nouveau rituel était… bien. Vraiment bien. Un divertissement et un apaisement tout à la fois. Mais, chose qu'il n'aurait en aucun cas pu préméditer, ces conversations avaient également été pour lui le moyen de finalement faire le deuil de sa mère. Oh, la douleur était toujours présente, et il savait qu'elle ne s'en irait jamais tout à fait, peu importe le nombre d'années qui lui restait à vivre. Il apprenait simplement à vivre avec.
Il aurait sans doute pu disserter des heures durant de tout ce que cette dernière année lui apporté, le bon comme le mauvais. Mais, et lui-même en était étonné, il avait bien plus de positif que de négatif à en retirer, malgré des débuts difficiles. Choisir de se cacher sur Midgard était pourtant un pari risqué. Espionner Stark en pensant pouvoir lui extirper ses secrets pour se prémunir de Thanos était simplement désespéré. Collaborer avec un mortel n'entendant rien à la magie était tout bonnement inconcevable. Et pourtant, il s'agissait dans doute là de la meilleure décision qu'il avait pris en bien des années.
Lorsqu'il prenait le temps d'y songer, ce n'était pas sans incrédulité. Les choses avaient tellement changé en à peine plus d'un an, une durée si brève au milieu des siècles qu'étaient sa vie. Mais aux côtés de ce mortel à la vie éphémère et des changements qu'il amenait avec lui, Loki se surprenait à être impatient de voir ce qu'il allait advenir des prochaines années.
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Une fois n'est pas coutume, Loki et lui étaient – encore – en train de disputer. Enfin, pas vraiment. Pas du tout même, pour être honnête. Ils étaient juste en train de débattre pour la énième fois des propriétés de telle ou telle pierre, et faisaient l'un et l'autre valoir leurs arguments – de plus ou moins bonne foi – d'une façon… des plus sonore, pour rester poli et surtout politiquement correct. Seules les esquisses de sourire que l'un et l'autre ne pouvaient pas tout à fait retenir – en fait, il devait bien avouer que Loki le cachait mieux que lui, mais il savait qu'il était là ! – excluaient la possibilité d'un assassinat en bonne et due forme dans les minutes à venir.
« Ces pierres sont bien trop dures et abrasives pour l'usage que l'on souhaite en faire. Sur Ásgard, on utilise des gemmes semblables en guise de pierre à affuter. Vouloir les fragmenter ainsi est parfaitement risible, et ne servira à rien. »
« Normal, le corindon est à 9 sur l'échelle de Mohs, » répliqua-t-il aussitôt, quand bien même cette information ne signifie rien pour le dieu. « Sur Terre, c'est le deuxième minéral naturel le plus dur après le diamant, sauf que les liaisons de l'alumine sont covalentes dans le cas du diamant, et ioniques dans le cas des corindons comme le saphir. »
« Il nous faudrait trouver des gemmes à la structure plus malléable, » poursuivit le dieu, semble-t-il sans avoir écouté un traitre mot de son explication. Ou plutôt, vu son regard, l'ayant écouté mais n'en ayant juste rien à foutre. Connard. « Toutefois, les propriétés énergétiques de cette pierre sont des plus intéressantes, et prometteuses. Elle ne produit pas de ce que vous appelez magnétisme ou radioactivité. Trouver une alternative présentant également une cassure conchoïdale irrégulière et un clivage nul est également indispensable. »
« Rien que ça ? » ironisa-t-il en levant les yeux au ciel.
Ouais, dès qu'il s'agissait de taille des pierres précieuses et plus seulement de physique pure, Loki aussi pouvait employer des grands mots savants. Tony ne savait toujours pas s'il détestait ou adorait ça.
« Tant que vous y êtes, il serait appréciable que les gemmes que vous trouverez réagissent de façon similaire à la lumière. »
« Donc également avec un indice optique d'1,770 et d'une biréfringence à uniaxe négatif, » répondit-il, se retenant à grand peine de l'envoyer chier. « Autre chose ? »
« Il faudrait également… »
« En fait, je veux pas savoir. »
Finalement si, il l'avait envoyé chier. Mais il le cherchait aussi ! D'accord, c'était devenu un jeu entre eux, titiller l'autre et s'énerver mutuellement, mais quand même ! Il pouvait presque sentir le regard moqueur de Loki peser sur son dos, tandis qu'il entrait toutes les demandes du dieu pour que Jarvis puisse leur proposer une analyse comparative des différentes gemmes – ou même matériaux au sens large – à leur disposition.
« Je vous trouve bien susceptible aujourd'hui, » finit par lui lancer le dieu, qui s'était silencieusement rapproché de lui. Tony se retourna pour lui faire face, laissant l'ordinateur travailler pour lui.
« Au moins, dans on mon cas on remarque la différence. Toi, c'est tous les jours que tu es susceptible ! »
« Vraiment ? En ce cas, si je suis aussi susceptible que vous l'affirmez, comment expliquez-vous le fait que je ne vous ai pas encore tué malgré vos insipides bavardages, vos moqueries et vos remarques incessantes ? »
« Mon charme ravageur peut-être ? » Il lui lança un sourire faussement séducteur, de ceux qu'il dédiait habituellement aux caméras, mais c'est tout juste si le coin des lèvres de Loki ne frémit avant qu'il ne reprenne.
« Ravageur, tel est le mot en effet. N'est-ce point ainsi que l'on qualifie sur votre monde les nuisibles commettant d'importants dégâts et détruisant tout sur leur passage ? Si je ne m'attarderai pas sur votre supposé charme, le terme de ravageur me semble toutefois des plus approprié en ce qui vous concerne ! »
Tony se retrouva malheureusement sans rien à répliquer, et resta silencieux. Et à mesure que les secondes s'écoulaient sans réponse de sa part, le sourire mesquin de Loki s'élargissait peu à peu.
« Comment dites-vous sur Midgard déjà ? » demanda-t-il, faussement, pensif, avant que le sourire mesquin ne devienne prédateur et même vaguement terrifiant. « Ah oui : échec et mat. »
Ouais, Tony appréciait généralement leurs joutes verbales, et accessoirement la langue d'argent qui les lui procuraient. Mais il y avait des jours où il avait franchement envie de l'étrangler !
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Tony… était dans la merde. Pour pleins de raisons différentes qu'il avait tant bien que mal essayé d'oublier – comprendre : effacer de sa mémoire – au cours des deux derniers mois, tentatives toutes plus infructueuses les uns que les autres et ayant spectaculairement échoué. Parce que Tony était bien à Malibu. Plus que bien, c'était chez lui, plus qu'aucune maison ou demeure ne l'avait jamais été, y compris le manoir de son enfance, ou encore le premier appartement dans lequel il avait habité seul sans ses parents, l'internat ne comptait pas. Et c'était tellement facile, quand il était chez lui, d'oublier le reste du monde pour faire ce qui lui plaisait. Bricoler, fabriquer des armures, faire exploser des trucs… Sa vie, réduite à l'essentiel. Sauf qu'il ne pouvait pas continuer ainsi.
Premièrement, les Avengers. Parce que mine de rien, il les avait plantés sans rien dire à New-York – chez lui, accessoirement – pour se barrer à l'autre bout du pays au milieu de la nuit, et ce sans prévenir personne. Pas la meilleure idée qu'il avait eue. Et ce, même s'il avait eu Steve au téléphone et que le Cap n'avait pas semblé énervé. Au contraire, il lui avait même dit de prendre le temps dont il avait besoin. Trop aimable. Sauf que pendant qu'il faisait mumuse dans son atelier californien, l'équipe des Avengers avait brutalement été réduite à trois membres actifs, et on ne savait jamais ce qu'il pouvait se passer, surtout avec des agents non identifiés d'Hydra dans la nature. Sans compter les recherches qu'il était censé mené sur Bucky pour Steve, et qu'il avait un peu oublié. Et le décryptage et l'archivage des données d'Hydra et du SHIELD, qu'il avait franchement mis de côté. Et aussi son entrainement physique ordonné par Natasha, qu'il avait carrément abandonné. Ouais, ce ne serait pas étonnant si la russe décidait de l'achever sur un tapis de sport à son retour.
Deuxièmement, il y avait Stark Industries. On ne pouvait pas dire qu'il était franchement investi dans son entreprise, et ce même en temps normal. Alors actuellement, à des milliers de kilomètres du siège social de S.I. et définitivement hors de portée de ce foutu conseil d'administration qui l'emmerdait au plus haut point ? C'était carrément le paradis ! Sauf que ce n'était pas parce qu'il l'ignorait que le boulot disparaissait ! Il avait rapidement reçu des documents à signer électroniquement – ce qu'il faisait obligeamment, se bornant à les déchiffrer en diagonale pour une perte de temps minimale – et les habituels mails et comptes-rendus du service R&D, qu'il supervisait directement. Le seul secteur de sa boite auquel il daignait s'intéresser pour dire vrai. Sauf que la masse de travail s'était progressivement alourdit, avec de plus en plus de paperasse, des formulaires en tous genre à remplir, des mémos à lire, et c'était sans mentionner les visites des usines et des labos qu'il devait programmer rapidement – et accessoirement, qu'il allait devoir réaliser.
Mais parler de Stark Industries amenait inévitablement à parler de son troisième et dernier point : Pepper. Pepper, qu'il n'avait pas entendu, et encore moins vu en face à face, depuis plus de deux mois. Bien sûr, ils bossaient ensemble… tant bien que mal. Après tout, elle était celle qui lui envoyait un bon trois quarts de son boulot, et qui harcelait Jarvis – qui du même coup le harcelait en retour – pour qu'il fasse ce qui lui était demandé, et ce le plus vite possible s'il vous plait merci.
Il voulait avoir une discussion avec elle. Enfin, pour être tout à fait franc, il ne le voulait pas, mais il le devait. Honnêtement, il ne savait pas s'il était possible qu'ils redeviennent amis. Leur relation était forte, ils se connaissaient depuis si longtemps ! Mais ils s'étaient faits tant de mal qu'il ne savait pas s'il était même possible de recoller les morceaux.
Sauf qu'au-delà de ça, elle était la PDG de l'entreprise dont il était l'unique égérie et l'actionnaire majoritaire. Ils n'en avaient pas parlé ensemble la dernière fois qu'ils s'étaient vus – pas le temps, pas l'envie, et certainement pas le moment d'aborder le sujet ! – mais il allait falloir qu'ils trouvent une solution à ce propos.
Au final, la situation était relativement simple. Il n'avait pas envie de rentrer. Et c'est justement pour ça qu'il le devait.
« Très bien Stark, vos simagrées commencent à se faire fort irritantes, alors que se passe-t-il ? »
Allongé sur le divan de l'atelier et regardant le plafond sans vraiment le voir, il ne s'était pas rendu compte qu'il soupirait à intervalles réguliers et s'agitait nerveusement. Il finit toutefois par se redresser pour faire face à Loki, qui s'était lui-même détourné de son établi pour le toiser d'un regard attentif.
« On va devoir rentrer à New-York. »
« On ? » releva immédiatement le dieu, haussant un sourcil interrogatif.
« Ouais, on. Quoi, tu croyais pas que j'allais te laisser te la couler douce ici pendant que je faisais tout le taff' à là-bas ? »
« Si seulement… » soupira-t-il dramatiquement en levant les yeux au ciel, et même Tony ne put retenir un bref rire.
« Bien, on a du boulot. Même si tu reviens dormir ici et que tu fais régulièrement des allers-retours, faut qu'on voie quels prototypes on doit emmener, et lesquels on laisse ici, que ce soit temporairement ou définitivement. »
Ouais, les vacances étaient finies.
