Disclaimer : Nous ne tirons profit, en aucune façon, de cette histoire. Les personnages de Marvel appartiennent à leurs propriétaires. Nous ne retirons rien de l'histoire qui suit et tous les droits de création des personnages leur appartiennent. En revanche, l'histoire nous appartient.
Rating : T
Genre : Romance / Drama / Angst / Comfort
Personnages : Tony Stark ; Loki ; la plupart des personnages vus dans les films du MCU
Situation temporelle : Démarre en 2012, après que Loki a récupéré le Tesseract dans Avengers Endgame


Bonjour tout le monde !

Nouveau record battu ! Pour une petite cinquantaine de mots, celui-ci bat en longueur le chapitre précédent !

Après le temps mort du dernier chapitre, on retourne à l'action avec ce chapitre très riche, venant continuer d'étoffer plusieurs des intrigues "secondaires" de cette fic, ainsi qu'une avancée majeure pour Oméga (oui, il était temps!). J'ai beaucoup d'affection pour la dernière scène de ce chapitre, qui marque un vrai tournant dans leur relation comme dans cette histoire, et j'espère que vous y serez sensibles.

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Egwene Al'Vere, MARGUERITE . ROXTON - JONES, merci beaucoup pour vos review !


Bonne lecture !

Ju' et Kae


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CHAPITRE 22

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Une fin, et un début. Un chapitre qui se refermait et un autre qui s'ouvrait, dans la continuité l'un de l'autre. Similaire, mais différents. Complémentaires. Une à une s'écrivaient les pages de leur histoire, individuelle et commune. La plume courrait sur le papier pour le couvrir d'encre, guidée par bien plus que la main qui la tenait. Le destin mis en mots s'était mis en branle, esquissant les premiers traits d'un glorieux dessin. Jour après jour, mot après mot, page après page. Ni début ni fin.

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Welcome to 2014, goodbye 2013 ! En 2013, Tony avait subi l'effondrement du SHIELD et la révélation d'Hydra, les risques de voir ses amis être arrêtés par le gouvernement ou tués par à peu près tout le monde, sa rupture définitive avec Pepper, les résurgences de ses cauchemars et de ses crises d'angoisses, ainsi que la presque mort de Loki chez lui. Alors ouais, malgré quelques rares moments faisant parti des bons souvenirs, il n'était pas mécontent de passer à l'année suivante, quoi qu'elle puisse lui réserver.

On était donc le 3 janvier 2014, et Tony venait de dire au revoir à son dernier invité, à savoir Bruce, qui retournait s'enterrer en Inde, pressé d'inaugurer son dispensaire tout neuf. Thor avait passé le réveillon et le jour de l'an avec eux avant de devoir retourner sur Ásgard. Quant à Natasha, Clint et Steve, ils avaient tous les trois disparu la veille, et avaient embarqué avec eux un Sam Wilson voulant se rendre utile. Un énième document que Tony avait tiré des archives du SHIELD – ou plutôt d'Hydra en l'occurrence – leur avait donné une piste concernant une ancienne base de l'organisation criminelle, où le Soldat de l'hiver avait été cryogénisé à la fin des années quatre-vingt-dix. C'était mince comme indice, mais c'était une des premières pistes sérieuses qu'ils obtenaient, et Steve avait sauté avec empressement sur l'occasion. Nat et Clint y allaient pour continuer d'enquêter sur Hydra et les ramifications de leur réseau, espérant y déterrer de nouvelles infos, et Sam leur servirait de soutien aérien au cas où la base ne serait pas aussi inhabitée qu'elle était sensée l'être.

Ils avaient passé une chouette semaine tous les six, profitant de ce temps libre sans mission, catastrophe planétaire ou invasion extra-terrestre. Faut croire que même les méchants – les méchants terrestres du moins, il ne comptait pas les aliens dans le lot – fêtaient Noël, et s'accordaient une trêve pendant les fêtes. Pas qu'il allait s'en plaindre, loin de là ! Ils avaient regardé des films, écouté de la musique, et même visité un musée plus ou moins incognito – ils avaient tenu très exactement soixante-dix-huit minutes dans le bâtiment avant d'être identifiés, un exploit ! – faisant la culture terrienne de Thor et aidant Steve qui continuait de se mettre à jour, même si ses références étaient bien moins déplorables qu'elles ne l'étaient il y a tout juste deux ans.

Mais Tony demeurait un solitaire dans l'âme, et après avoir joyeusement sociabilisé pendant une bonne semaine avec ses petits camarades, à vivre 24h/24h avec du monde chez lui, il n'était pas mécontent d'avoir la Tour pour lui tout seul. Même Loki n'était pas présent, puisque le dieu avait fui la ville dès que Bruce et Thor avaient été annoncés, et le milliardaire ne l'avait pas encore prévenu de leurs départs respectifs. Et ne comptait d'ailleurs pas le faire avant quelques heures. Peut-être même un jour ou deux, qui sait. Quand bien même il soit impatient de reprendre leurs recherches, il ne cracherait pas sur un peu de temps pour lui. C'est donc tout guilleret qu'il descendit à son labo chéri qu'il n'avait que très peu utilisé ces derniers temps, utilisant un autre laboratoire avec Bruce durant le temps du séjour de celui-ci. Mais à peine eut-il le temps d'allumer d'un geste ses écrans et de s'assoir sur sa chaise que la voix de Jarvis retentit dans la pièce.

« Monsieur Stark, puis-je avoir votre attention je vous prie ? »

Sa tête alla s'écraser sur le bureau, anticipant une énième galère imprévue venant foutre en l'air ses projets de bricolage solo.

« Oui Jarvis, qu'est-ce qu'il y a ? » finit-il par soupirer, craignant instantanément le pire.

« En réponse à une commande de votre part, enregistrée le 23 mai dernier, je me dois de vous rappeler que l'anniversaire de Monsieur Loki approche, puisqu'il se tiendra le 21 janvier prochain. »

Ouvrant des yeux ronds face à cette information qui lui était complètement sortie de la tête, il n'y avait qu'une seule réponse appropriée.

« Et merde… »

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Voilà plusieurs jours qu'ils avaient retrouvé Malibu, sur un énième caprice de Stark. Un caprice en effet, puisque son unique prétexte avait été « une petite escapade d'une semaine pour se ressourcer et prendre des forces ». Mais si l'excuse avait suffi à abuser ses camarades Avengers, lui n'était pas dupe. Il connaissait Stark mieux que cela, et même l'inauguration imminente de Rescue n'était pas de nature telle à lui provoquer un véritable stress. Mais Loki n'avait que faire de ses mensonges, tant que l'ingénieur restait concentré sur son travail.

C'est lors de leur quatrième soirée en Californie que les choses basculèrent. Pourtant, la journée n'avait en rien différé des précédentes. Et c'est donc tout naturellement qu'ils gagnèrent le salon pour y poursuivre confortablement installés la discussion entamée quelques heures plus tôt. Dire les discussions serait toutefois plus correct, puisqu'ils étaient passé d'un sujet à l'autre des heures durant. Loki alla directement s'assoir dans son fauteuil, laissant comme de coutume le choix à Stark de la bouteille à ouvrir. Non, sans doute ne se lasserait il jamais de boire à ses frais.

Perdu dans ses pensées, c'est la lueur vacillante d'une flamme qui attira l'œil de Loki. Se tournant plus franchement vers Stark, il fut surpris de voir celui revenir avec un plateau dans les mains. Et s'il y avait bien une bouteille qu'il reconnut comme du champagne ainsi que deux verres – de curieuse forme par ailleurs, montés sur pieds, relativement hauts et étroits – il y avait également un gâteau sur lequel était plantée une bougie, l'origine de la lumière l'ayant initialement attiré. Curieux de la signification de ceci, il resta pourtant silencieux tandis que l'humain s'installait dans son propre fauteuil après avoir déposé son fardeau sur la table basse.

« Un dessert curieusement orné d'une bougie, et un breuvage que vous autres midgardiens consommez essentiellement lors de célébrations si je ne m'abuse. Dites moi Stark, que célébrons-nous aujourd'hui ? »

Loki vit le sourire de Stark s'élargir à sa question, tandis qu'il s'enfonçait dans son fauteuil avec satisfaction.

« Ça Rodolphe, va falloir que tu le découvres toi-même… »

Comprenant aisément que Stark ne lui donnerait aucun indice – le mortel affichait un sourire fier et puait la satisfaction – Loki décida de jouer le jeu. Après tout, si la réponse ne lui convenait pas, rien ne l'empêchait de l'étriper après. Une célébration donc, chose que n'avait pas niée Stark. Certes, mais laquelle ? Sans doute n'était-ce pas une célébration typiquement midgardienne, puisque le mortel assumait sa capacité à comprendre le sens et l'intérêt de ladite célébration. Une réussite ou exploit à fêter ? Cela aurait sans doute pu être le cas, mais Loki ne voyait aucun événement notable et récent susceptible d'être célébré, y compris dans la vie de Stark sans qu'il n'y soit directement impliqué, hypothèse qu'il n'écartait pas pour le moment.

La théorie la plus probable était sans doute la récurrence d'un événement, de la même façon qu'à l'été dernier l'ingénieur avait insisté pour célébrer leur première année de collaboration. Mais en ce cas, quel événement cela pouvait-il être ? Il n'avait le souvenir d'aucun événement notable datant d'un an, que ce soit de manière positive ou négative. A la même époque l'année dernière, le milliardaire venait de faire retirer le réacteur ark de sa poitrine, et ils s'efforçaient de trouver ensemble un nouvel équilibre dans leur partenariat avec la destruction de la villa et l'emménagement de Stark à New-York. Rien de particulièrement important, ou même digne d'intérêt. Quel anniversaire Stark souhaitait-il donc célébrer aujourd'hui ?

Anniversaire. A peine ce mot eut-il le temps de traversé son esprit que Loki sut, avec une absolue certitude, de quoi il était question. Malgré lui, il se sentit blêmir.

« Qu'est-ce que ceci Stark ? » Sa voix avait été glaciale, mais rarement les mots avaient été aussi difficiles à franchir ses lèvres.

Ignorant totalement le ton employé, Stark sourit plus largement, savourant visiblement ce qu'il devait considérer comme une brillante idée. Le dieu sera les poings, retenant du même coup sa magie qui voulait se jeter à l'assaut du corps si fragile du midgardien, reflet des envies meurtrières qui l'animaient. Il y avait des sujets qu'il ne souhaitait en aucun cas voir aborder, et Stark le savait parfaitement. Stupide mortel suicidaire, dépourvu du moindre instinct de survie.

« Ceci mon cher, » déclara-t-il pompeusement, « est un gâteau d'anniversaire. »

« Un gâteau d'anniversaire ? » répéta-t-il d'une voix rauque et dangereusement basse.

« As-tu un problème d'audition, ou répètes-tu ce que je dis simplement pour le plaisir ? »

Stark finit-il par entendre la menace sous-jacente, ou avait-il simplement une once de jugeote bien cachée lui soufflant qu'il était de mauvais augure de se moquer de lui, qui plus en abordant pareil sujet ? Toujours est-il que son sourire bien trop large – l'invitant clairement à le frapper au visage pour le faire disparaitre – s'adoucit, ses traits revêtant un sérieux soudain et presque déplacé sur son visage.

« Je sais pas comment ça se passe sur Ásgard, mais sur Terre, l'anniversaire de quelqu'un est un jour super important. Alors certes, les fêtes ne sont pas les mêmes quand on est adultes que quand on est môme, mais quand même. Et quel que soit l'âge, l'une des traditions les plus importantes reste le gâteau et la bougie à souffler. »

Loki était tout simplement incapable de répondre à ça, tandis que sa colère s'essoufflait aussi rapidement qu'elle s'était envolée. Sa naissance était un sujet auquel il n'accordait que peu d'importance – ou du moins, s'efforçait-il de ne point trop y penser – Sa date de naissance elle-même était sujette à caution. La dernière fois qu'il y avait songé, c'était l'année passée, lors qu'à l'aube de son propre anniversaire, Stark l'avait interrogé sur sa date de naissance. Il lui avait dit être né le vingt-et-unième jour du mois de janvier du calendrier midgardien, et n'y avait pas repensé depuis. Il n'avait pas prévu cet anniversaire soudain, ne l'avait pas anticipé une seconde, et avait donc été tout bonnement incapable de s'y préparer. Immobile, incapable de réagir d'une quelconque façon, il restait là à fixer la flamme de la bougie, refusant de croiser le regard de Stark. Fort heureusement, le milliardaire n'avait pas réalisé son choc et sa stupéfaction – ou au contraire, n'en était que trop conscient – et continua son babillage.

« L'anniversaire se fête généralement entre amis ou en famille, parfois au travail avec des collègues, il n'y a pas de vraie règle. Ça peut être un repas complet ou juste un dessert, mais il y a presque toujours un gâteau avec une ou plusieurs bougies. Généralement, on met autant de bougie que d'années vécues, mais non seulement je connais pas ton âge exact, mais en plus je doute de pouvoir trouver un gâteau suffisamment grand, donc j'en ai mis qu'une seule. Tu es sensé faire un vœu avant de souffler la bougie. Et si tu l'éteins du premier coup, ton vœu est sensé se réaliser. Je sais, c'est assez stupide comme superstition, même moi j'en ai conscience, mais quand même. La tradition, tout ça… Je suppose que ça ne se passe pas comme ça sur Ásgard, hein ? »

« Non, rien de tout cela, » souffla-t-il, presque malgré lui. « Sur Ásgard, tout événement est célébré par le même banquet, qu'il s'agisse d'anniversaires, d'une naissance, d'une chasse ou d'une expédition guerrière victorieuse. Même le trépas des guerriers et des plus nobles personnalités sont célébrés par des banquets funéraires. Nul dessert, et certainement pas de de bougie. »

« Alors ce sera ta première. »

Loki ne lâchait pas le frêle bâtonnet de cire des yeux. Croire que celui-ci exaucerait ses vœux étaient risible, typique de la crédulité des midgardiens et de leurs rites pathétiques mais… Mais il ne pouvait pas tout à fait s'empêcher, non pas d'y croire, mais de vouloir y croire. Qui donc était pathétique à présent ? Malgré, il se retrouva à formuler un vœu silencieux. Après tout, nul ne le saurait, n'est-ce pas ?

« Loki ? Tu souffles ? »

Il souffla. Stark applaudit bruyamment, comme s'il avait accompli un exploit – celui de ne pas le tuer peut-être ? – Puis, il sortit de nulle part un objet non identifié, emballé dans du papier vert et fermé d'un ruban or.

« Et voici la seconde tradition d'un anniversaire réussi : les cadeaux. Rassure-moi, vous vous offrez quand même des cadeaux sur Ásgard ? »

Un petit hochement de tête, c'est tout ce que Stark tira de lui. Mais comment pourrait-il en être autrement ? Les derniers cadeaux d'anniversaire qu'il avait reçu… ça lui paraissait être une éternité plus tôt. C'était comme de coutume au palais lors d'un banquet, survenu quelques mois avant le couronnement supposé de Thor. Il avait reçu quelques cadeaux de la part de courtisans voulant bien se faire voir, essentiellement des armes. Pour l'utilité qu'il en avait… Thor lui avait offert une paire de dagues acérées. Encore des armes, mais au moins celles-ci avaient le mérite de lui convenir, plutôt que les masses d'arme et autres haches qu'il avait reçu. Du cadeau de son… d'Odin, il n'avait aucun souvenir.

De sa mère enfin, il avait reçu un vieux grimoire de magie runique, qu'elle tenait de sa propre mère. C'était de tradition de l'offrir à l'ainé des enfants pratiquant la magie, lui avait-elle dit. Avant d'ajouter en fronçant doucement le nez que puisque Thor était dépourvu du moindre sens magique, ce n'était que justice que celui-ci lui revienne. Il y avait eu un éclat de rire dans ses yeux, et un sourire tendre sur ses lèvres tandis qu'elle caressait sa joue, comme s'il était encore un enfant. Il l'avait embrassé, la remerciant chaudement, tenant le précieux livre contre sa poitrine. Comme il souhaitait l'avoir enlacée ! Nornes, elle lui manquait tellement…

« Alors, t'attends quoi ? Vas-y, ouvre ! »

Aucun doute là-dessus, Stark était bien plus impatient que lui-même ne l'était, frétillant sur son siège. Au moins, l'exclamation avait eu le mérite de le sortir de la torpeur qu'avait provoqué le paquet et la remontée brutale des souvenirs. Cherchant à reprendre l'ascendant, fierté oblige, c'est avec toute la délicatesse et la lenteur possible qu'il ôta ruban et commença à déplier. Cela eut parfaitement l'effet désiré, car même sans regarder Stark il pouvait l'entendre soupirer lourdement, bougeant et remuant dans son fauteuil. Cela au moins lui tira un mince sourire, le premier depuis leur arrivée au salon.

Vint pourtant l'instant fatidique où il ne put plus faire semblant – sauf à vouloir se rendre ridicule – et il écarta la dernière épaisseur émeraude… pour trouver un livre. Plus étonnant encore, au vu des illustrations colorées aux traits simplistes, il s'agissait là d'un livre pour enfants.

« Le Petit Prince… »

Il passa sa main sur la couverture, reconnaissant malgré lui l'évidente qualité du matériau. Était-ce pour le titre que Stark offrait ceci ? Malgré lui, il grinça des dents. La plaisanterie serait du plus mauvais gout. Toutefois, il voulait croire qu'il y avait en ce présent une signification qu'il ne comprenait pas encore. Relevant la tête en quête d'une explication – voulant essentiellement savoir si cela vaudrait la peine qu'il se salisse les mains – il fut surpris de voir le calme apparent de Stark. Plus de tressautements intempestifs, ou d'agitation. Il y avait même une lueur presque… inquiète ? dans ses yeux. Effrayé et plein d'espoir tout à la fois.

« On a… On a beaucoup parlé des contes et des récits populaires sur nos planètes respectives, et celui-ci est peut-être l'un des plus connus » dit-il à voix basse, presque un chuchotement. Rarement Loki avait-il vu Stark aussi incertain. « C'était mon livre préféré quand j'étais petit. Et même si je le connaissais par cœur, ma mère m'en lisait un passage presque tous les soirs. »

Se secouant rapidement, il redressa rapidement la tête, endossant de nouveau un sourire de façade et agitant un doigt sous son nez.

« Tous les enfants devrait connaitre le Petit Prince. Tous, sans exception. T'es peut-être plus un môme depuis longtemps, mais ça te décharge pas de l'obligation, pigé ? »

Mais Loki savait ce qui se cachait derrière cette gouaille et ce ton railleur. Il comprenait, sans doute mieux que Stark ne le pensait, ce que pouvait représenter le poids des souvenirs. C'était bien plus qu'un livre qu'il lui offrait là : c'était un morceau de lui, de son passé, de son enfance. C'était un partage et un pas vers lui, un de plus, les limites entre eux depuis longtemps effacées. C'était un morceau de sa confiance qu'il lui accordait, encore une fois.

C'est avec une révérence nouvelle qu'il caressa doucement la couverture. C'était un livre. Et c'était tellement plus que ça. Il n'y avait qu'une seule chose qu'il puisse dire face à cela.

« Merci. »

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L'anniversaire surprise de Loki s'était étonnamment bien passé. Et il pouvait en être fier, parce que ce n'était pas gagné d'avance, loin de là ! Surtout quand il s'était lui-même retrouvé pris à son propre piège et plongé dans ses souvenirs d'enfance en offrant à Loki son cadeau. Mais après cela, ils avaient trinqué et mangé du gâteau, avant de poursuivre comme si de rien n'était leur discussion précédente, ne faisant pas davantage allusion à ce qu'il venait de se produire. Mais Tony savait que Loki avait compris. Il avait compris ce que se livre représentait pour lui, et ce que ce cadeau signifiait pour eux.

Malheureusement, il avait dû rentrer à peine trois jours plus tard, ayant fort à faire à New-York – s'absenter une semaine avait déjà été totalement irresponsable vu la situation, mais depuis quand faisait-il autre chose que ce qu'il voulait ?

Ils étaient sur le point d'inaugurer Rescue, avec tout le cirque médiatique que cela impliquait. Pepper et Hill étaient sur les dents, de même que les autres Avengers d'une certaine façon, ayant parfaitement conscience ce tout ce que ça impliquerait pour eux et leur activité dans le futur. Seul Tony était relativement tranquille – et même serein se serait-il risqué à dire – mais une nouvelle fois, ça ne changeait pas vraiment de d'habitude. Les médias et les journalistes, il en faisait son affaire !

Pourtant, sa confiance en lui ne rassurait pas son ancienne compagne, qui depuis plusieurs jours le harcelait pour qu'il apprenne par cœur les fiches qu'elle lui avait préparées avec l'aide de Hill. Il comprenait ses arguments. Après tout, il est vrai que l'occasion serait solennelle, et que l'épineux sujet du SHIELD serait abordé d'une façon ou d'une autre, que ce soit de leur fait ou de celui des journalistes. De là à ce qu'ils déclarent Rescue organisation terroriste afin même qu'elle ne voit la jour était un pas qu'il ne souhaitait en aucun cas voir franchi. Alors il avait lu les fameuses fiches, les avait soigneusement décortiquées… puis les avait utilisées pour écrire son propre discours, à sa sauce. Parce que Pepper avait au moins raison sur ce point, il ne pouvait pas se laisser aller à l'improvisation.

Puisqu'il travaillait comme d'habitude dans son labo, il en avait profité pour présenter la première version de son discours en cours d'élaboration à Loki. Loki qui d'ailleurs – comme c'est étonnant – s'était allègrement foutu de sa gueule. Avant de l'enfoncer encore plus profondément avec des remarques qui, à défaut d'être agréables à attendre – le dieu se faisant comme toujours un plaisir de le rabaisser – avaient au moins le mérite indéniable d'être construites et cohérentes. Après tout, l'idée même de Rescue venait du dieu, même s'il ne l'avouerait jamais à quiconque. Si quelqu'un comprenait sa vision et ce qu'il avait voulu faire de cette entreprise, c'était bien le dieu.

C'est donc d'un pas guilleret que Tony gagna les coulisses de la salle de conférence de presse de la Tour le jour de la fameuse inauguration. Il était bon dernier bien sûr, Pepper et Hill surement là depuis des heures, et même Steve, Natasha et Clint sur leur 31, présents en guise de soutien. Sitôt qu'elle le vit passer la porte, Pepper fondit sur lui.

« Où est-ce que tu étais ? » siffla-t-elle à voix basse. « La conférence de presse commence dans moins de dix minutes ! »

« Et alors, je ne suis pas en avance du coup ? »

« Je suppose que puisque tu n'as pas les fiches que je t'ai préparées, tu ne comptes pas les lire. »

« Tu me poses sincèrement la question ? »

Il y eut un silence glaçant, tandis qu'elle l'assassinait littéralement du regard.

« J'ai travaillé pendant des mois sur ce projet. Ton projet. Alors que les choses soient bien claires : si les choses tournent mal par ta faute, tu ne veux pas savoir ce que je ferai. »

« Non effectivement, je ne veux pas savoir, » répondit-il, laissant tomber son sourire pour afficher un air plus sérieux. « Et je ne saurai pas d'ailleurs. Parce que tout se passera bien. Contrairement à ce que tu sembles penser, j'ai conscience de l'enjeu. Je ne me louperai pas. Pas aujourd'hui. »

Elle soutint son regard pendant de longues secondes, et il refusa de baisser les yeux. Non, il ne se louperai pas. Pas maintenant, pas quand tant de choses étaient en jeu. Finalement, elle hocha lentement la tête. Mais s'il pouvait voir le masque de confiance qu'elle arborait, il la connaissait trop bien pour se laisser berner. Même quand ils étaient ensemble, et surtout à ce moment-là d'ailleurs, elle avait toujours détesté le voir n'en faire qu'à sa tête. Mais aujourd'hui, il lisait de l'inquiétude dans ses yeux, et de la défiance sur chacun de ses traits. Ce manque de confiance avait-il toujours été là ? Où était-ce leur rupture qui avait du même coup changé le regard qu'elle portait sur lui ? Peu importe la raison, ça faisait mal. Et paradoxalement, ça le rendait d'autant plus déterminé à tout déchirer.

« Ça va être à vous dans une minute, » vint finalement les prévenir un type qu'il reconnaissait comme l'un des assistants de Pepper.

Il hocha la tête avec résolution, montrant qu'il avait bien reçu le message. A ses amis derrière lui, il sourit avant de leur adresser un pouce en l'air, confiant sur le bon déroulé de la conférence de presse. Dans un coin, l'assistant leva trois doigts, lançant le dernier compte à rebours.

Trois.

Dans un réflexe qui tenait davantage de l'habitude, il épousseta rapidement son costume et resserra sa cravate, pourtant parfaitement nouée.

Deux.

Il se redressa légèrement, bombant le torse et gardant les épaules en arrière.

Un.

Sur ses lèvres, il afficha son plus beau sourire marketing, éclatant et brillant, de ceux qui faisaient sourire malgré eux ceux qui lui adressaient la parole, ou simplement le regardaient. Il était Tony putain de Stark, après tout.

Zéro.

La démarche conquérante, il entra rapidement sur scène sous le feu des projecteur, applaudi par les journalistes et mitraillé par les photographes. Il salua, sourit, posa quelques instants, avant d'aller se placer derrière le pupitre au centre de la scène. Entrèrent juste après lui Pepper et Hill, qui après avoir salué allèrent s'installer sur deux des trois chaises à sa droite, et elles furent suivies rapidement par les Avengers qui s'assirent quant à eux à sa gauche.

« Bonjour à tous ! »

Ça eu le me mérite de faire taire les bavardages, et bientôt on n'entendit plus que le bruit des appareils photo et les clics des stylos.

« Stark Industries a une longue histoire derrière elle. Fondée dans les années cinquante et rapidement spécialisée dans la fabrication d'arme, elle est aujourd'hui le leader de l'énergie propre sur le marché international. Mais ce n'est pas tout ! Stark Industries s'est également spécialisé dans la technologie de pointe, à destination des professionnels comme des particuliers. Nous finançons des laboratoires de recherches dans le secteur médical et industriel, pour offrir toujours plus au monde. Voir plus loin. Et c'est justement parce que Stark Industries a toujours été tourné vers l'avenir, notre avenir à tous… que je ne vais pas vous parler de Stark Industries aujourd'hui. »

Il y eut des éclats de rire, comme il l'avait escompté. Il sourit. Il adorait ça, jouer avec les attentes des autres, divertir, distraire, et toujours s'en sortir d'une pirouette, les amenant exactement là où il le voulait. Il adorait ça, et putain ce qu'il était doué.

« Stark Industries, malgré toutes ses qualités, ne peut faire face seule aux défis qui sont ceux de notre planète aujourd'hui. Personne ne le peut d'ailleurs. Et pourtant, certains d'entre nous essayent de faire face, tant bien quel mal. Et ceci n'est pas un « nous » majestueux, puisque je me compte effectivement là-dedans ! » Nouveaux rire, tandis que les réticences fondaient peu à peu à mesures qu'ils riaient à ses plaisanteries. Tant mieux, il les voulait aussi détendus que possible pour ce qui allait suivre. « Les Avengers sont en effet de ceux-là. Sauf que nous n'avons jamais été seuls. Vous vous souvenez tous des événements de 2012, mais il y a eu bien plus, tels que les exactions du Mandarin en décembre de la même année, ou encore l'invasion alien qui a frappé Londres en mars 2013. Nous n'avons jamais été seuls, parce que nous avions le SHIELD avec nous. »

Et de la même façon qu'il avait anticipé les rires en planifiant son discours, il avait prévu les réactions scandalisées de tous dès qu'il prononcerait le mot « SHIELD ». Ça n'avait pas manqué, la salle avait semblé exploser en protestations et cris outragés, tendant des doigts accusateurs vers lui, debout de leurs sièges. Même les journalistes qui comptaient habituellement parmi ses plus fervent soutiens restaient là, bouche bée, se demandant sans doute comment ils allaient pouvoir rapporter ses paroles et surtout les présenter selon un éclairage positif.

Si tous ses acolytes étaient restés silencieux et, il le pensait – l'espérait – relativement impassibles, il pouvait presque sentir Pepper irradier de fureur sur sa droite. Surement envisageait elle de le tuer, froidement et méticuleusement une fois la conférence terminée. Mais s'il ne niait pas le côté fracassant – totalement voulu, accessoirement – de sa déclaration, c'était parfaitement prémédité. Contrairement à ce que Pepper ou même Hill pensait, éviter le sujet du SHIELD devant les journalistes était selon lui le meilleur moyen que ledit sujet leur revienne en pleine face, et pas de la plus aimable des façons. Évidemment qu'ils allaient faire le rapprochement avec le SHIELD en entendant parler de Rescue, ils n'étaient pas cons à ce point-là. Les devancer pour les assurer que non, ce ne serait pas du tout la même chose – hypocrisie quand tu nous tiens – restait pour lui le meilleur moyen de ne pas voir son projet enterré avant même qu'il ne voit le jour.

Il leva une main, réclamant le silence. Étonnamment, il n'était pas stressé, ni même inquiet face à ce déferlement de colère et de questions. Malgré l'adrénaline qui courait dans ses veines, il se sentait presque… détendu. A sa place. Il avait un objectif clair en tête, un objectif qu'il comptait bien atteindre.

« Le SHIELD a été corrompu par Hydra, une organisation terroriste internationale datant de plusieurs décennies, » reprit-il donc, faisant taire les derniers chuchotements. « Vous le savez tous, et c'est quelque chose que je ne vais pas chercher en nier. Pour quoi faire ? Je travaille sur les dossiers respectifs du SHIELD et d'Hydra depuis plusieurs mois à présent, et les preuves sont irréfutables. Pour autant, ce qui est tout aussi irréfutable, c'est l'existence d'agents qui n'étaient pas corrompus. Des agents honnêtes qui se battaient du bon côté, pour le bien, pour un idéal. Car vous n'allez pas me faire croire que les agents Romanoff et Barton ici présents étaient les seuls, parmi les milliers que comportaient l'agence, à ne pas avoir retourné leur veste. C'est mathématiquement impossible. »

Certains des journalistes n'étaient plus rouges de colère, mais bien d'un gris cadavérique. Tony pressentait qu'il s'agissait de ceux ayant le plus farouchement dénigré le SHIELD et ses années de bons et loyaux services lorsque la sentence était tombée. Des charognards ne méritant pas le titre de journalistes, voilà ce qu'ils étaient. Cafards semblait d'ailleurs bien plus approprié…

« Aujourd'hui, le SHIELD est mort. Mais pas cet idéal qu'il défendait, » asséna-t-il avec conviction. Lentement, il parcourut des yeux l'assemblée, cherchant les regards. Bien peu étaient capables de le soutenir. « Mais les Avengers ne peuvent être les seuls à porter cet idéal à bout de bras, sans renforts, sans alliés. Car tandis que nous combattions les menaces de tous bords, les agents du SHIELD étaient ceux qui évacuaient les civils. Ils sont parmi les premiers à avoir rejoint les hôpitaux et autres dispensaires médicaux dans l'urgence. Ce sont eux qui ont arpenté les champs de batailles pour évacuer les blessés, nettoyer les dégâts et amorcer le processus de reconstruction. Mais si le besoin se fait toujours cruellement ressentir, le SHIELD lui n'est plus. Et c'est donc ainsi que Rescue a vu le jour. »

Répondant à ses mots, l'écran derrière lui s'alluma, laissant apparaitre le nouveau logo de Rescue. Sur une proposition de Steve, il était constitué cinq cercles entrelacés, s'inspirant du symbole Adinkra de la loyauté. Pas le courage, la persévérance ou la force, non. La loyauté. Ce dont le SHIELD avait le plus cruellement manqué par le passé. Et si personne d'autre que leur petit groupe ne connaitrait la véritable symbolique de cet emblème, peu importe. Au pire, il pourrait juste dire qu'il l'avait choisi parce qu'il claquait, ça n'étonnerait pas les gens outre mesure. Mais lui saurait.

« Nous avons besoin d'alliés de terrain compétents. Nous avons besoin de renforts. Nous avons besoin de gens pour nous accompagner avant, pendant et après les missions. Rescue est tout ça, et bien plus encore. Tout ce que le SHIELD ne pouvait pas être car il s'agissait d'une organisation non gouvernementale internationale, Rescue le pourra. Il s'agit d'une entreprise privée, fonctionnant sur des fonds propres. Il s'agira d'un soutien, de notre soutien, pour plus que jamais pouvoir être présent à vos côtés. Protéger, Défendre, Servir, telle est la devise de Rescue. »

La phrase vint s'inscrire à l'écran sous le logo. En face de lui, il voyait les journalistes retrouver les sourires, tandis qu'ils hochaient machinalement à ses propos, tandis que d'autres grattaient furieusement dans leur calepin. Difficile de croire qu'ils étaient prêts à l'écharper sur scène quelques minutes plus tôt ! Ah, la presse… Si aisément manipulable, pour peu qu'on y mette les moyens et qu'on y emploie les bons mots. Et il était devenu un expert à ce petit jeu-là des années plus tôt.

« Lorsque je suis devenu Iron Man, il y a quelques années de cela, j'ai déclaré vouloir privatiser la paix mondiale, » conclut-il. « Rescue n'est que la continuité de cet engagement que j'ai pris auprès de vous, et un nouvel avancement majeur pour faire de notre planète un endroit plus sûr pour tous. »

A peine eut-il finit qu'un fantastique tonnerre d'applaudissement se déclencha, parmi les journalistes évidemment, mais également en coulisse et surtout à ses côtés, sur scène. Il ne voyait aucun d'entre eux, mais putain ce qu'il avait aimé leur adresser ce gigantesque pied de nez, à eux qui n'avaient fait que douter de lui ! Il avait eu raison. Bordel, il avait toujours raison, dès qu'il s'agissait de la presse, Pepper devrait le savoir depuis le temps, et cette fois n'échappait pas à la règle. Franchement, il ne chercha même pas à cacher son sourire satisfait !

Il fallut toutefois attendre de longues minutes après la fin de son discours pour retrouver assez de calme pour pouvoir conclure et passer la main.

« Rescue est un projet qui me tient particulièrement à cœur, et depuis de nombreux mois à présent. Mais si le fauteuil de PDG me va à ravir et que je ne doute pas d'être le plus sexy des présidents, » le retour des rires, même s'il ne s'interrompit pas cette fois-ci, « je ne serai pas seul à bord, loin de là. Des dizaines de personnes compétentes et talentueuses feront vivre cette entité, avec à sa tête une personne. Je vous demande donc d'accueillir la directrice administrative et responsable de mission Maria Hill ! »

Il y eut des applaudissement nourris, y compris de sa propre part, tandis que Hill se levait. Ils se serrèrent longuement la main, souriant pour les caméras, avant qu'elle ne s'installe derrière le pupitre tandis que lui-même gagnait sa chaise. Il sentait le regard de Pepper peser lourdement sur lui, mais il ne lui accorda pas le moindre coup d'œil. Vu son exceptionnel coup d'éclat, il avait un peu le droit de frimer, non ?

« Protéger, Défendre, Servir, telle est la devise de Rescue, » commença Hill, reprenant les mots qu'il avait prononcé quelques minutes plus tôt.

Assis bras croisés sur sa chaise, Tony savourait son triomphe.

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Étonnamment – ou pas d'ailleurs – il fut relativement simple pour lui de reprendre ses petites habitudes, se coulant avec délectation dans la routine. Les autres avaient essayé de lui parler de ce qu'ils considéraient comme une prise de risque inconsidérée – surtout Pepper d'ailleurs – mais ils avaient les uns après les autres renoncé en voyant que les remontrances ne l'atteignaient pas. Alors on ne pouvait pas vraiment dire qu'ils étaient en froid mais… les choses étaient un peu tendues. Il ne doutait pas que tout reviendrait rapidement à la normal – quoi qu'il lui faille probablement passer par la case « gymnase » en guise d'excuses à Natasha, oh joie – mais en attendant il était on ne peut plus satisfait de s'enfermer dans son atelier.

Au moins, tout allait bien de ce côté-ci. Passer plus de temps à l'atelier leur permettait également de davantage se pencher sur Omega, et Tony avait depuis longtemps compris que travailler d'arrache-pied à leur projet était le meilleur moyen d'attirer les bonnes grâces du dieu. Et si à présent il ne craignait plus de se faire tuer – enfin, plus trop – ça restait quand même plus agréable pour bosser.

Pendant que Loki était en train de jouer avec ses pierres – si en plusieurs mois d'étude et d'expérimentation ça n'avait eu aucun effet probant, le dieu continuait de chercher – Tony lui essayait de résoudre un autre problème : la quantité de réacteur ark. Parce que mine de rien, fabriquer des réacteurs ark en série était long et particulièrement chiant. Alors il avait ressorti les plans d'un vieux modèle – même s'il les avait toujours en mémoire, ça ne coutait rien de vérifier – espérant pouvoir l'utiliser comme substitut, car ce modèle-là était quand même vachement plus simple et rapide à construire. Et qui disait plus de réacteurs disait plus d'expériences possibles, donc ce serait tout bénef si ça fonctionnait.

« Jarvis, vérifie l'alimentation du réacteur, » ordonna-t-il après avoir posé le fer à souder et enlevé ses lunettes de protection.

Le réacteur brillait de lui-même, ce qui était une réponse en soi, mais il préférait vérifier. La confirmation arriva par Jarvis quelques secondes plus tard. Comme il l'avait escompté, le réacteur ark marchait. Bon, c'était pas qu'il doutait de ses capacités, mais ça faisait longtemps, très longtemps – des années même – qu'il n'avait pas fabriqué ce modèle-ci en particulier. Maintenant, il ne restait plus qu'à vérifier s'il était compatible.

« Loki, tu peux venir deux minutes s'il te plait ? »

Reposant son propre matériel, le dieu s'approcha rapidement tandis que Tony lui désignait le réacteur ark sur l'établi.

« J'ai repris un ancien modèle de réacteur ark. Le design est assez ressemblant, et même la composition et la structure générale, mais au niveau du cœur chimique du réacteur c'est plus simple à concevoir. »

« Ce qui signifie ? »

« Ce qui signifie que je mets moins de temps à les fabriquer, et donc je peux en fabriquer plus. Mais avant, je veux juste savoir si c'est compatible avec ce qu'on a fait jusque-là, si ça peut vraiment servir de substitut. Alors est-ce que tu peux me faire la batterie de test standards, comme pour tous les réacteurs ? Résistance, ininflammabilité, effet retour, perception, localisation… enfin, comme d'hab quoi. »

Le dieu opina légèrement. Au bout de ses doigts naquit une petite flammèche d'énergie verte et dorée, qu'il propulsa d'une simple impulsion mentale. Mais au lieu d'être déviée ou tout simplement annulée comme de coutume, elle frappa le réacteur en plein cœur… le faisant exploser. Tony n'eut pas le temps de se baisser, n'ayant pas une seule seconde anticipé ce résultat. Il ne dut son salut qu'à un bouclier, conjuré à la hâte par Loki. Néanmoins, il lui fallut de longues secondes pour reprendre son souffle, qu'il avait inconsciemment retenu. Un instant, il avait cru voir de nouveau la bombe exploser devant lui. Il pouvait presque sentir les éclats de shrapnels percer sa poitrine. Il passa une main sur son tee-shirt. Pas une goutte de sang, ni même le moindre trou. Évidemment.

S'éloignant de ces pensées morbides, il se tourna vers le dieu, ne comprenant pas ce qu'il avait fait pour le détruire. Mais Loki le regardait d'un air tout aussi circonspect, et l'interrogea avant même qu'il ne puisse prendre la parole.

« Ce modèle était défectueux. J'ai émis exactement la même impulsion que d'ordinaire, et jamais celles-ci n'ont su détruire vos réacteurs opérationnels. »

Avec difficulté, Tony se retint de l'envoyer bouler. Il n'appréciait que très moyennement de voir son travail être remis en cause, mais ils n'avanceraient pas s'il se mettait en colère. Oui, il lui arrivait de se montrer le plus mature des deux. A l'occasion.

« Très bien, alors ça tombe bien que je l'ai fabriqué en trois exemplaires. Essaye les deux autres. »

Et de la même façon, les deux réacteurs explosèrent. Essayant de ne pas s'énerver – parce que s'il commençait à crier, il ne s'arrêterait pas – il se pinça lentement l'arête du nez, souffla un grand coup avant de rouvrir les yeux qu'il avait fermé.

« Okay, tu sais quoi ? Je vais en refaire un. Pas de mémoire, mais en suivant exactement les plans, avec Jarvis pour m'assister à chaque étape. Et bordel, tu vas me regarder le construire ce foutu réacteur, que tu puisses comparer en temps réel la théorie et la pratique. Parce que putain, y'a pas moyen que ça vienne de moi ! »

Et c'est ce qu'il fit. Lentement, étape par étape, détaillant au dieu chacune d'entre elle, toutes ses assertions étant elles-mêmes validées par Jarvis qui supervisait l'assemblage. Quand il fut terminé, le réacteur subi tous les tests techniques et technologiques possible et imaginables auxquels il pouvait penser, attestant tous de son bon fonctionnement. Il l'inséra même dans l'une de ses anciennes armures, qu'il alimenta sans le moindre souci. Et il était sûr qu'il avait assemblé les précédents réacteurs exactement de la même façon. Le problème ne venait pas de lui bordel !

Il était donc temps de passer aux tests magiques. Mais alors que le dieu faisait une nouvelle fois naitre des étincelles au bout de ses doigts, Tony l'interrompit brutalement, saisit d'une illumination – sans mauvais jeu de mots.

« Attends, attends ! » s'exclama-t-il, retenant son geste. Les étincelles disparurent, tandis que le dieu fronçait les sourcils en se tournant vers lui.

« Quoi donc ? »

« Avant que tu n'envoies une vague d'énergie dessus, commence par un autre test. Essaye de le sentir, de le localiser. »

Il ne fallut qu'une fraction de seconde pour que le dieu comprenne où il voulait en venir. Il tendit instantanément la main vers le réacteur ark, et la réaction ne se fit pas attendre.

« Je le sens… J'ignore comment cela est possible, mais je le sens. Comment… »

« Ne nous emballons pas trop. » Bien sûr que si, ils s'emballaient, lui le premier. Mais ils touchaient du doigt quelque chose de concret, pour la première fois depuis qu'ils bossaient sur le sujet. Sauf qu'ils ne pouvaient pas se louper, pas maintenant. « On sait pas ce qui se passe, c'est peut-être juste parce que t'es à côté. Tu sais quoi ? Je prends une armure, j'embarque le réacteur avec moi et je vais me planquer à quelques dizaines de kilomètres d'ici dans un coin désert. Dès que Jarvis te dit que je suis en position, tu essayes de le localiser et tu te téléportes sur ma position, ça marche ? »

Tony n'eut droit qu'à un hochement de tête silencieux en réponse, mais rarement le regard du dieu avait été aussi sérieux. Il ne fallut pas deux minutes à Tony pour enfiler son armure et s'envoler, et moins de dix pour parvenir à destination. Il avait laissé New-York derrière lui et il était en rase campagne, à plus de cinquante kilomètres de la Tour.

« Jarvis, préviens Loki qu'il peut se téléporter. »

« Bien monsieur. »

Il n'eut pas à attendre plus de quelques secondes pour voir le dieu apparaitre juste devant lui. Mais même en l'ayant anticipé – espéré – ça restait un putain de miracle. C'est à tout vitesse qu'il se débarrassa de son armure, conservant uniquement le réacteur entre ses mains. Il avait l'impression de vibrer, et se retenait à grand peine de faire des bonds extatiques. La seule chose qui le rassurait était l'état similaire de Loki qui le dévisageait – lui, ou plutôt le réacteur ark – d'un air avide, comme s'il allait le dévorer. Ses yeux brillaient dans la nuit, tous deux uniquement éclairés par la lumière de la lune et celle du réacteur.

« Je peux le localiser. Je peux le sentir. Je peux le détruire. »

« Oui. »

Ce fut le seul mot qui franchit la barrière de ses lèvres, seul moyen pour lui de ne pas éclater d'un rire hystérique ou d'hurler à la lune comme un dément.

« Comment ? »

Rapidement, Tony lui raconta l'histoire de cet ancien réacteur au palladium, le premier modèle qu'il avait construit à son retour d'Afghanistan. Le palladium qui l'avait empoisonné, et la nécessité de trouver substitut. Ses recherches, et la création d'un nouvel élément, qu'il avait baptisé starkium. Starkium présent dans chacun des réacteurs qu'il avait construits depuis. Starkium qui était présent lors de chacune de leurs expériences de l'année et demie qui s'était écoulée.

« On s'est planté. On s'est complètement planté putain ! C'est pas le réacteur qui repousse la magie : c'est le starkium qui est dedans. Bordel, comme j'ai pu ne pas y penser avant ! »

Loki était silencieux. Il ne l'avait pas interrompu de toute son explication, son regard alternant inlassablement entre son visage et le réacteur. Il tendit alors la main vers lui, et Tony lui remit sans discuter l'objet. Et c'est avec une joie qu'il n'aurait jamais cru ressentir qu'il observa le dieu faire naitre des flammes de ses mains, et le réacteur s'embraser entre eux avant de voler en éclats sous leurs regards avides. Jamais explosion n'avait été aussi fantastique. Jamais nuit n'avait été aussi belle.

Leurs regards se croisèrent alors, tandis que les flammes se mourraient. Ils hochèrent la tête en même temps, fermes et décidés, tandis qu'un même sourire illuminait leurs visages.

« On se remet au boulot. »