Disclaimer : Nous ne tirons profit, en aucune façon, de cette histoire. Les personnages de Marvel appartiennent à leurs propriétaires. Nous ne retirons rien de l'histoire qui suit et tous les droits de création des personnages leur appartiennent. En revanche, l'histoire nous appartient.
Rating : T
Genre : Romance / Drama / Angst / Comfort
Personnages : Tony Stark ; Loki ; la plupart des personnages vus dans les films du MCU
Situation temporelle : Démarre en 2012, après que Loki a récupéré le Tesseract dans Avengers Endgame


Bonjour tout le monde !

On attaque aujourd'hui une "parenthèse" de cette histoire. Deux chapitres sans Loki (je sais, absolument terrible !), mais qui vont nous permettre d'aborder des événements du MCU au sens large, et n'affectant dans la canon pas directement Tony et Loki.

Soyons claires, ça ne fait pas franchement avancer l'intrigue de Make a Deal. Mais c'est quelque chose qui nous tenait à cœur de traiter... petit fan-service personnel ! XD Les événements décrits sont donc conformes au canon (du moins, autant que possible), et si vous avez des questions ? Vous savez quoi faire !

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Egwene Al'Vere, MARGUERITE . ROXTON - JONES, merci beaucoup pour vos review !


Bonne lecture !

Ju' et Kae


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CHAPITRE 23

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Qu'est-ce que la vérité ? Il y a la tienne, la mienne et celle de tous les autres. Toute vérité n'est que la vérité de celui qui l'a dite. Il y a autant de vérités que de points de vue. Autant de vérités qu'il y a d'individus. La vérité n'est jamais absolue, totale ou fiable. Nous ressentons ce qu'ils se passe autour de nous différemment, en fonction de notre éducation, notre caractère, notre environnement.

La vérité est un leurre. La vérité est manipulable. La vérité est banale. Elle est chaque mot qui sort de notre bouche. Elle est mensonge et protection, elle est épée et bouclier. Elle est ce que nous voudrions qu'il se passe et ce que nous aurions espéré qu'il ne se passe pas. Elle vit et meure en chacun de nous, à chaque choix, à chaque hésitation, à chaque seconde.

La vérité n'est qu'un mot parmi des milliards. Un principe noyé au milieu des autres. Elle n'est que ce que nous faisons d'elle. Elle n'est que l'importance que nous lui donnons.

Et CECI est la vérité.

Ou pas.

oOoOoOoOoOoOoOo

C'était un soir comme un autre. Enfin, une nuit, quoi. Tony essayait de se résoudre à rejoindre son lit, ayant l'impression de bâiller en continu. Loki avait depuis longtemps arrêté de lui dire d'aller se coucher, puisqu'il n'écoutait jamais le dieu. Dieu qui n'était pas présent, de toute manière. Il était parti quelques heures plus tôt pour faire Tony-ne-savait-quoi-précisément. Un truc en rapport avec des pierres, ou une source d'énergie ? Il n'avait pas écouté ce que Loki lui avait dit avant de partir. De toute manière il allait lui expliquer en rentrant, si ses recherches avaient été fructueuses.

« Monsieur, » l'appela Jarvis, « je pense avoir trouvé un projet intéressant dans la base de données du SHIELD. »

Le scientifique se frotta les yeux et soupira.

« On verra ça une fois que j'aurai dormi un peu, Jarv' »

« Malgré votre état de fatigue avancé et le fait qu'en temps normal j'aurais été satisfait de vous voir aussi raisonnable, je me permets d'insister, Monsieur. Je pense que vous voudrez en prendre connaissance dès à présent, » ajouta l'IA.

« Très bien, affiche-moi ça sur l'écran, » soupira-t-il.

Les informations apparurent. Beaucoup d'informations. Sans surprise. Le SHIELD ou Hydra n'avaient pas des masses de dossiers pauvres en données. Lorsqu'ils commençaient des recherches ou des expérimentations, peu importe le sujet, la documentation était toujours fournie.

« T.A.H.I.T.I ? C'est quoi ce truc encore, » marmonna le scientifique. « Tissu intégrateur d'hôte extraterrestre terrestrialisé n°I, » lut-il à voix haute. « Terrestrialisé ? c'est quoi ce mot ? Ça n'existe même pas dans le dico. Qu'est-ce qu'ils ont encore été inve… »

Il se figea alors que son cerveau donnait un sens à ce qu'il venait de lire. Un frisson glacé lui parcourut la colonne vertébrale.

Il essaya de rationnaliser. Ce n'était pas possible, ce qu'ils appelaient extraterrestres, ça ne pouvait pas être vraiment extraterrestre, c'est ce pas ? Mais il abandonna immédiatement sa réflexion. Bien sûr que le SHIELD – et encore plus Hydra – était capables de ce genre de folies. Parce qu'il n'y avait qu'une seule manière de comprendre l'acronyme. Ces cinglés avaient tenté des expérimentations extraterrestres sur des humains. Rien de moins.

« Tu as eu raison, Jarv', » remercia-t-il l'IA. « Je vais regarder ça tout de suite. Monte le son, tant que tu y es. »

Il se donna une heure avant d'aller se coucher, parce qu'il était trop curieux pour attendre d'avoir dormi. Il ouvrit tous les fichiers qui lui tombèrent sous la main, essayant de comprendre, de saisir l'ampleur de ce qui avait été tenté – réussi ? – pendant qu'AC/DC hurlait dans les enceintes.

Finalement, deux heures et demi plus tard, il était toujours à la même place, avait imprimé certains dossiers pour pouvoir griffonner des annotations dessus, entourer et surligner les passages importants. Il avait l'impression de se trouver dans un film d'horreur de bas étage et qui avait tout mise sur le glauque faute de budget.

Ils avaient récupéré les corps d'humanoïdes alien appelés Krees et avaient prélevé à peu près tout ce qui était prélevable – les tissus des différents organes, des fluides dans tous les sens, des poils, des glandes, tout. Et ils avaient joué au petit chimiste, jusqu'à trouver ce qu'ils voulaient, apparemment, en l'occurrence la source de leur régénération tissulaire.

Et puis ils avaient fait des tests sur les cobayes habituels – souris, cochons, singes – avant de décider qu'ils étaient prêts à passer aux phases de tests sur les humains. Et c'est là, apparemment, que tout avait commencé à se compliquer – sans déconner, Sherlock !

« Jarv', on a une idée du nombre de cobayes humains ? » finit par demander le scientifique en étouffant un énième bâillement.

« Officiellement, six ont été déclarés. Pourtant j'ai sept dossiers patients. Souhaitez-vous les voir ? »

« Oui, imprime-les, » acquiesça le scientifique.

Il passa encore une bonne demi-heure à éplucher les dossiers. Six concernaient d'anciens agents du SHIELD, en phase terminale d'une quelconque maladie ou sur le point de mourir suite à un accident. Il s'attarderait sur le septième plus tard, dont le dossier était presque vide. Soit cela voulait dire qu'il était insignifiant, soit au contraire bien plus important que les autres.

Une fois leur mort mise en scène, les six agents ont été emmenés dans un endroit tenu secret – en tous cas non précisé dans les dossiers – et leur a été injecté une sorte de sérum appelé GH-325. En quelques jours, voire quelques semaines pour les plus atteints, leurs pathologies se sont totalement résorbées et ont disparues. Cependant, avant qu'ils soient relâchés sous une nouvelle identité – après une batterie de tests absolument indécente – ils ont commencé à montrer différents signes de démence. Cependant, tous avaient un symptôme en commun, un besoin compulsif d'écrire des symboles totalement inconnus sur la moindre surface à leur disposition – Jarvis avait vérifié, et n'avait trouvé aucune correspondance avec un quelconque dialecte – jusqu'à devenir complètement et littéralement fous. À noter tout de même que le sixième patient avait raisonné encore assez pour faire croire qu'il était sain d'esprit, n'écrivant ni sur le papier mis à sa disposition, ni sur les murs, ni sur ses vêtements ou le bois de son lit, jusqu'à ce que l'équipe médicale se rende compte qu'il dessinait les symboles à même son corps. Après cela, et suite à différents tests, les médecins avaient fini par trouver qu'en effaçant une partie de la mémoire des patients, ils arrivaient à reprendre une vie normale. Après des semaines, quand ce n'est pas des mois d'observation, ils avaient été réinsérés dans le monde réel.

Il y avait tellement de choses qui n'allaient pas que Tony décida – demanda à Jarvis – d'éteindre les ordinateurs qui n'étaient pas en train de travailler seuls sur une tâche de fond et remonta au salon avec le dossier de la septième personne dans les mains.

Une fois installé avec un verre de whisky, il déposa les papiers sur l'accoudoir du fauteuil et laissa sa tête partir en arrière après avoir bu une longue gorgée.

Le SHIELD lui avait souvent donné envie de gerber, mais à ce point… Soupirant, il finit son verre et prit le dossier.

« La septième personne à avoir profité du programme T.A.H.I.T.I. est un homme de quarante-huit ans, aux cheveux châtains et aux yeux marron, un mètre quatre-vingt pour soixante-dix-neuf kilos, » marmonne Tony à voix haute.

Il n'avait pas de nom, de prénom, de lieu de naissance, comme les autres patients.

« Jarvis, tu peux me sortir tous les agents à qui cette description correspond ? »

« En quelle année cette personne a-t-elle été admise dans le programme, Monsieur ? » demanda l'IA.

Feuilletant le dossier, Tony ne trouva pas d'information concernant une date.

« Je ne sais pas, mais je viens de trouver la… » il s'arrêta de parler un instant, avant de reprendre. « Bordel il était déjà mort depuis cinq jours lorsqu'il a été intégré au programme, » souffla-t-il.

« Vous veniez de trouver quoi, Monsieur ? » questionna Jarvis.

« La cause de la mort. Il a été poignardé. Essaie de recouper les informations, vois ce que tu trouves. »

« Tout de suite, Monsieur. En attendant, je vous suggère d'aller vous reposer, sinon vous ne serez pas opérationnel. »

Le scientifique grogna mais céda, se traînant jusqu'à son lit, déposant le dossier de leur homme mystère sur la table de nuit avant de commencer sanas entrain à se mettre en pyjama.

« Monsieur, une douche ne vous ferait pas de mal, de même qu'un brossage de dents, » intervint Jarvis.

« Occupe-toi de ton séant virtuel, » répliqua Tony en se dirigeant malgré tout à la salle de bain.

Pendant que l'eau chaude déliait ses muscles – il ne l'admettrait pas à voix haute mais Jarv' avait raison, une douche lui faisait du bien – il repensa à cette histoire. Ce qui n'allait pas à Tony était qu'il n'avait aucun nom. Il y avait forcément eu un superviseur, une équipe de recherche, une équipe médicale, une équipe de sécurité. Pourtant aucun nom n'avait été cité nulle part, même pas ceux des patients.

Oh, il comprenait bien pourquoi. Même au sein du SHIELD, une opération comme celle-ci devait avoir été tenue secrète. Le dossier avait d'ailleurs été estampillé niveau neuf, ce qui voulait dire que seuls Fury et Hill avaient été au courant, en plus des personnes travaillant pour le projet. C'était odieux à penser, mais probablement qu'il ne restait pas un seul membre en vie désormais. Les patients étaient peut-être les seuls survivants pour témoigner, mais ils ne se rappelaient plus de rien, les bienheureux.

Il se sentait si fatigué et détendu lorsqu'il se glissa sous la couette qu'il crut qu'il allait s'endormir en quelques minutes, mais une demi-heure plus tard il était toujours parfaitement réveillé.

« Monsieur, peut-être qu'une infusion vous ferait du bien, » proposa de lui-même son IA.

« Cite-moi une seule fois où tu m'as vu boire une tisane, Jarvis ? » répondit Tony, amusé.

« Jamais lorsque vous étiez à portée de mes détecteurs, Monsieur. »

« Alors qu'est-ce qui te fait penser que ça va être le cas ce soir ? »

« Il faut une première fois à tout, Monsieur, » répliqua le majordome

Tony aurait juré le voir hausser virtuellement les épaules.

« Eh bien ce ne sera pas tant que je n'aurai pas quatre-vingt-dix ans. »

« Comme vous le souhaitez, Monsieur. »

Le scientifique laissa échapper un rire.

« Encore heureux que ce soit moi qui décide. »

« Qu'est-ce qui vous tracasse alors ? »

Il secoua doucement la tête dans l'oreiller.

« J'en sais rien. C'est comme si mon cerveau essayait de me dire quelque chose, mais que je ne le comprends pas. »

« N'est-ce pas le cas la plupart du temps ? » le taquina l'IA.

« Va dormir toi. Faudra encore que je te recalibre, tu prends trop de libertés, » marmonna-t-il en se tournant dans son lit, comme s'il pouvait échapper à son majordome de cette façon.

Il tourna encore un moment avant de trouver le sommeil.

Pour se réveiller en sursaut quelques heures plus tard.

« Bordel ! » s'exclama-t-il en s'asseyant d'un coup dans le lit.

Tony ferma les yeux, en se frottant le visage. Il en avait marre des cauchemars.

« Monsieur, je pense que si j'avais été fait de tissus vivants, j'aurais fait une attaque cardiaque, » déclara Jarvis.

Il inspira lentement.

« Jarvis, en attendant que je te reprogramme, tu te contente de répondre strictement à mes questions. Plus de suggestion, plus de remarque, quelle qu'elle soit. Chaque mot que tu prononces sera utile. Est-ce clair ? » grogna-t-il.

« Tout à fait Monsieur, » répondit le majordome.

« Bien. As-tu trouvé des informations concernant la septième personne ? » demanda-t-il en se levant.

« Non, mais j'ai trouvé une vidéo. Elle est encryptée et estampillée niveau dix, je n'ai pas pu avoir accès au contenu. »

« Très bien. Allons voir ça alors. »

Il fut étonné de pouvoir rejoindre le labo sans remarque de la part de son majordome concernant ses vêtements – il était après tout resté en pyjama – et son petit déjeuner – ou plutôt son absence – avant de se rappeler qu'il lui avait demandé le silence. Profitant de cet agréable moment de non-maternalisme, il s'installa et commença à travailler sur la vidéo dont l'intelligence artificielle lui avait parlée. Encryptée niveau dix, enfin un défi à sa hauteur ! Et ce n'était pas peu dire, puisqu'il mit près d'une heure à casser chacune des sécurités. Un record, pour ces incompétents qu'étaient les encodeurs du SHIELD !

Lorsqu'enfin il l'ouvrit, il la laissa défiler précisément huit secondes – dont sept durant lesquelles avait été affiché le logo du SHIELD accompagné de la mention "Niveau Dix" – avant la mettre en pause, l'estomac brutalement noué. Heureusement qu'il n'avait rien avalé.

Sur l'écran venait d'apparaître la tête de Coulson. Qu'est-ce que l'agent avait à voir avec T.A.H.I.T.I. ? Ravalant la tristesse qui lui broyait les entrailles, il relança la lecture.

« Bonjour Directeur Fury, » commença l'agent, et Tony pouvait dire qu'il détestait faire ce genre d'enregistrement tant il avait l'air mal à l'aise. « Je suis au regret de vous informer que je vous présente ma démission. Je sais que vous m'avez associé au projet T.A.H.I.T.I. parce que vous avez confiance en mon jugement. Et c'est ce même jugement qui me dit, en toute conscience, que je ne peux laisser ces tests continuer. Je sais que vous avez voulu créer ce programme pour éventuellement sauver un Avenger mortellement blessé et je le comprends, mais les effets secondaires sont trop extrêmes. Au départ nous avons eu quelques résultats encourageants, concernant les propriétés régénératives de la combinaison de tissus hôtes-invités, mais après le rétablissement initial, tous les sujets ont commencé à subir une détérioration mentale, entre autres de l'hypergraphie, de l'aphasie, de la catatonie ou simplement une psychose totale. Nous ne savons pas si le problème vient de la biologie qui est en jeu ou d'un manque de connaissance, mais la seule option pour endiguer ces effets secondaires est le remplacement de la mémoire. Un effacement complet de ce qu'ils ont traversé. Et même ces résultats sont aléatoires. Pour être parfaitement clair, je recommande l'arrêt du projet T.A.H.I.T.I. Sous aucune circonstance ces procédures ou médicaments ne doivent être de nouveau administrés à quiconque. Jamais. Le prix à payer est bien trop cher. Merci monsieur. »

L'écran devint noir, mais Tony ne réagit pas. C'était n'importe quoi. Le superviseur du projet était Coulson ? Comment avait-il pu… bien entendu, si Fury lui avait vendu ça comme bouée de sauvetage pour Avengers en détresse, Phil avait dû accepter de tester. Pour quel résultat…

« La vidéo date de quand ? » se demanda-t-il à voix haute.

« Je n'ai pas de date spécifique dans l'en-tête du fichier, Monsieur, » intervint Jarvis. « Mais selon la morphologie du visage de l'agent Coulson et celle qu'il avait le jour de son décès, comparée à celles de dossiers plus anciens, datés, eux, je dirais qu'il avait approximativement quarante-cinq ans et trois mois. »

« Eh bien, qu'est-ce que ça aurait été si je t'avais demandé un âge précis, » railla le génie. « Non, ne réponds pas, c'était une question rhétorique. »

Il se leva et fit quelques pas, avant d'aller se placer face aux baies vitrées.

« Je n'ai pas assez d'éléments, » finit-il par admettre. « Une suggestion ? »

« Même s'ils n'ont pas l'accréditation nécessaire, les agents Romanoff et Barton pourraient apporter des renseignements supplémentaires, » proposa l'IA.

« Effectivement. Où sont-ils ? »

« Dans leurs quartiers respectifs. »

« Appelle-les. Demande-leur gentiment de venir ici, dis-leur que c'est urgent mais sans leur parler de Coulson, » ordonna-t-il.

« Tout de suite Monsieur. »

Tony profita des quelques minutes qu'il avait devant lui pour remonter à sa chambre, se changer et se préparer un café. Il arriva en même temps que les deux espions.

« Ah ! Vous tombez bien, j'avais besoin de vous ! » s'exclama-t-il avec un grand sourire.

« Vu que Jarvis nous a demandé de venir, j'espère effectivement que ce n'est pas pour rien, » répondit Natasha, son sourire promettant mille morts si Tony les avait fait descendre pour rien.

« Ah, fais pas ta rabat-joie Nat, » rigola le génie. « T'en fais pas, ça vaut le détour, » ajouta-t-il avec un sourire forcé.

À la manière dont ils se crispèrent imperceptiblement, Tony sut que les deux autres avaient compris qu'il y avait un problème. Ils entrèrent dans le laboratoire.

« Jarv', remet la vidéo à zéro. Attend avant de la lancer, » demanda-t-il à l'IA avant de se tourner vers ses camarades. « Bon, je n'ai aucune idée de comment aborder la chose, alors j'ai deux questions. La première est : connaissez-vous un projet du SHIELD, et seulement du SHIELD, pas d'Hydra, parce qu'il a été commandé spécifiquement par Fury, qui s'appellerait T.A.H.I.T.I. ? »

Il eut sa réponse avant que les agents ne prennent la parole. Clint fronça les sourcils et Natasha se crispa un peu plus. Pourquoi celle qui avait un niveau d'accréditation niveau six en avait connaissance alors que celui qui avait un niveau sept n'en n'avait a priori aucune, Tony ne savait pas. Mais les faits étaient là.

« Nat', que peux-tu me dire dessus ? » demanda-t-il.

« Comment ça ? » questionna Clint en se tournant vers elle.

La rousse leur jeta un regard flamboyant de colère.

« Ce ne sont pas vos affaires, » répondit-elle d'une voix glaciale.

Tony soupira. Forcément, elle n'allait pas vouloir en parler.

« Très bien, » acquiesça-t-il. « Sais-tu qui dirigeait ce programme ? »

« Non, » admit-elle, et Tony supposa qu'elle disait la vérité parce qu'elle aurait réagi autrement si ça avait été le cas – repenser à Coulson les mettait toujours dans un état désagréable, même des mois après sa mort.

Le scientifique hésita. Il était clair que les deux agents n'allaient pas lui être utiles. Pas pour lui apprendre ce qui n'était pas écrit dans les dossiers, en tout cas. Mais maintenant qu'il leur avait posé des questions, il savait pertinemment qu'ils n'allaient jamais repartir sans connaître le fin mot de l'histoire.

« J'ai trouvé dans les archives du SHIELD un dossier dessus. Si je vous ai fait venir, c'est parce que j'espérais que vous m'en apprendriez plus. Tous les dossiers sur le bureau concernent T.A.H.I.T.I., mais avant je voudrais vous montrer une vidéo du superviseur du programme, » leur expliqua-t-il. « Je vous préviens tout de suite, ça va vous faire un choc, » ajouta-t-il en grimaçant.

« Pourquoi ? » demanda l'espionne.

« Parce qu'il s'agit de Coulson, » soupira-t-il.

Les deux agents écarquillèrent les yeux, mais ne posèrent pas plus de questions.

« Montre la vidéo, » demanda simplement Clint d'une voix enrouée, prenant pour la première fois la parole.

« Jarvis, » marmonna le génie.

Le second visionnage ne fut pas plus agréable que le premier pour Tony, même en étant préparé à ce qu'il allait voir et entendre. Lorsque l'écran devint noir, aucun d'eux ne parla, pendant plusieurs minutes.

« Parfois je me dis que le SHIELD n'avait rien à envier à la Chambre Rouge, » finit par grommeler la russe.

« Ils sont tous fous à lier, » siffla Clint en secouant la tête de dépit. « Ils tentent tout et n'importe quoi, juste parce qu'ils ont acquis la capacité de le faire. »

Tony ne put qu'acquiescer en silence. Il ne savait pas quoi dire. Peut-être qu'en retournant à ses recherches les agents allaient s'en aller. Alors il attrapa un dossier au hasard et s'assit sur la paillasse la plus proche en commençant à le lire. Il aurait dû savoir que ça n'allait pas suffire pour les faire partir. Natasha s'installa devant son ordinateur pour chercher des informations supplémentaires et Clint posa la main sur une pile de dossiers en lui jetant un œil interrogateur.

« Ce sont les dossiers des patients. Six sont renseignés de manière détaillée à l'exception des noms, le dernier est bâclé, peu d'informations, » expliqua le scientifique. « Je sais qu'il y avait des centaines d'agents, mais peut-être que des détails permettront de les identifier. »

L'archer hocha la tête et se plongea dans le travail.

Ils travaillèrent en silence durant plus d'une heure et demie. Seuls le bruissement des feuilles qu'on tourne et les bruits de clavier et de souris perturbaient le calme ambiant.

Et soudain tout vola en éclat.

Natasha se rendit compte du changement d'atmosphère immédiatement. Elle se redressa et se pivota sur sa chaise pour se tourner vivement vers l'archer.

« Clint ? » demanda-t-elle.

Elle n'eut comme réponse qu'un agent qui bondit sur ses pieds, lâchant le dossier qu'il tenait, dont les feuilles volantes s'éparpillèrent au sol. Quatre secondes plus tard, il était sorti de la pièce en courant comme jamais Tony ne l'avait vu courir.

« On le suit ? » demanda-t-il, encore assis sur sa paillasse.

« Non, » réfuta Natasha en se levant. « On trouve ce qui l'a mis dans cet état et on saura où il est allé. »

« Jarvis, quel dossier était en train de lire Clint ? » demanda le génie alors qu'il aidait la rousse à rassembler les papiers éparpillés à même le sol.

« Le dossier du septième patient. »

« Y avait-il quoi que ce soit qui sorte de l'ordinaire ? » questionna l'espionne.

« Pas que je sache. »

« Le patient avait-il quelque chose de spécial ? » insista-t-elle.

« Non, je ne crois pas. Jarv' ? »

« Le dossier était bien moins fourni que les autres. La seule différence notable décrite dans le dossier est qu'il était mort lorsque la procédure a été mise en œuvre, » rappela l'IA.

« Vous avez une description du sujet ? » questionna encore la russe, en fouillant dans les feuilles en vrac pour tenter de trouver les réponses par elle-même.

Tony devança son majordome.

« Homme, quarante-huit ans, cheveux châtains et yeux marron, un mètre quatre-vingt, soixante-dix-neuf kilos, » débita-t-il rapidement.

Il vit le visage de Natasha blanchir au fur et à mesure qu'il décrivait le patient.

« Cause de la mort ? » demanda-t-elle d'une voix presque tremblante. « Poignardé en plein cœur par une lance ? » ajouta-t-elle sans attendre de réponse.

Le scientifique fut pris d'un vertige et dut poser une main sur le bureau le plus proche pour ne pas trébucher.

« Non, » murmura-t-il. « Ce n'est pas possible. »

« Merde ! » s'écria soudain Natasha, le faisant sursauter. « Jarvis ! Où est Clint ? »

« Dans les escaliers de secours, entre les étages quatre-vingt-onze et quatre-vingt-dix. »

« Où… » commença Tony, mais Natasha avait déjà compris.

« Maria, » souffla-t-elle en se dirigeant vers la porte.

« Attends Nat' ! » s'exclama Tony en se précipitant vers un placard pour en sortir deux oreillettes et lui en passer une.

« Jarvis, active les micros du bureau de Maria et transmets dans nos oreillettes, » demanda-t-il en sortant en courant du labo à la suite de Natasha. « Et préviens-nous avant qu'il entre dans le bureau, aussi ! »

« Escaliers ou ascenseurs ? » demanda l'espionne.

« Vu le rythme de votre course, les ascenseurs seront vingt-trois secondes plus rapides que les escaliers, » répondit Jarvis dans les oreillettes. « J'appelle l'ascenseur le plus proche, il sera ouvert lorsque vous arriverez devant, » ajouta-t-il et Tony le remercia mentalement.

De facto, la cabine métallique les attendait. Les portes se refermèrent à peine étaient-ils entrés dedans. Moins de dix secondes plus tard elles se rouvraient et ils en jaillirent tel le diable de sa boîte. Ils n'avaient pas fait trois enjambées que Jarvis se manifesta à nouveau.

« Monsieur, l'agent Barton entrera dans le bureau de la directrice de Rescue dans moins de cinq secondes. »

« Merci Jarv'. Enclenche les micros. »

Le premier son qu'ils entendirent fut la porte qui claqua contre le mur et le léger cri de de Hill – qui n'admettrait probablement jamais qu'elle avait été surprise – alors que l'espion entrait avec fracas dans son bureau. Ils entendirent la porte se refermer puis un bruit sourd que Tony n'arriva pas à identifier. Il fallait dire que le sang battait à ses tempes et que son souffle court ne l'aidait pas à réfléchir.

La voix de l'archer, glaciale, claqua dans l'air.

« Comment avez-vous pu me le cacher ! »

Tony, devinant partiellement ce qui était en train de se passer dans la tête de l'espion, sentit son estomac se tordre alors qu'il ressentait une vague de sympathie envers lui.

« Clint ? » demanda Hill et à sa voix, Tony sur qu'elle était ébranlée par la vision d'un archer dans tous ses états.

« L'as-tu déjà vu dans cet état ? » demanda-t-il à l'espionne.

« À Budapest, » répondit-elle seulement et elle eut de la chance qu'ils n'avaient pas le temps, sinon il l'aurait enfermée dans une pièce jusqu'à ce qu'elle lui dise ce qu'il s'était passé là-bas – sans succès, il n'en doutait pas, mais il aurait tout de même essayé.

« COMMENT ! » hurla-t-il, la voix brisée.

« Mais de quoi parles-tu ? » s'exclama Hill.

« DE PHIL ! » hurla-t-il encore.

Tony échangea un regard avec Natasha alors qu'ils étaient presque arrivés. Il n'eut pas le temps de lui poser la question qu'elle répondait un "on entre sans demander la permission". Il acquiesça d'un hochement de tête.

« De quoi parles-tu bon sang ? » questionna encore Hill dans leur oreillettes.

« TU SAIS TRES BIEN DE QUOI JE PARLE, NE FAIS PAS SEMBLANT DE NE PAS COMPRENDRE ! » continua à hurler Clint.

Le milliardaire ne put s'empêcher de penser que les cloisons étaient bien isolées parce qu'on n'entendait pas le moindre son s'échapper du bureau de la directrice de Rescue. Natasha entra la première, à vive allure mais pourtant sans violence. Elle laissa passer Tony et referma la porte derrière eux.

Clint était hors de contrôle. Il regarda Tony. La seconde d'après, le milliardaire était épinglé contre la porte, les doigts de l'archer enroulée autour de sa gorge.

« Tu savais ? » demanda-t-il dans un sifflement glacial.

« Non, je l'ai appris après que tu es parti du labo, » répondit laborieusement le scientifique – essayez de parler avec un apport en oxygène diminué. « Et encore, c'est Nat' qui a compris avant moi. »

Le regard de l'espion le transperça et il attendit. La main de la russe apparut dans son champ de vision.

« Clint, » murmura-t-elle seulement et il relâcha Tony, avant de se tourner de nouveau vers Hill.

« Je veux le voir, » déclara-t-il seulement.

Maria se leva et appuya ses mains à plat sur le bureau, les regardant par-dessus les lunettes qu'elle n'avait pas.

« Écoutez, je ne sais pas ce que… » commença-t-elle mais s'arrêta d'elle-même alors que Clint s'avançait de nouveau vers elle.

Lorsqu'il ne resta plus que le bureau pour les séparer, Tony le vit serrer les poings. Il hésita à intervenir avant que la situation ne dégénère vraiment, mais la rousse ne se posa pas de question.

« Nous savons pour T.A.H.I.T.I., » lâcha-t-elle.

Et vraiment, Hill était forte, parce qu'elle ne flancha pas une fraction de seconde. Si Tony n'avait pas la sensation de s'être fait enfler par Fury, peut-être l'aurait-il admirée. Peut-être. Il respectait la femme pour son caractère et sa capacité à faire ce qui devait être fait, mais ça…

« Je suis désolée, je ne sais pas ce dont… » tenta encore la directrice de Rescue, mais c'était le déni de trop.

D'un seul mouvement, Clint balaya brutalement tout ce qui se trouvait sur le meuble en métal. Les piles de papier, l'écran d'ordinateur, l'imprimante, le pot à crayon… tout finit au sol, dans un fracas qui fit grimacer Tony d'inconfort. Natasha se rapprocha de l'archer et se plaça entre Hill et lui, pour intervenir si jamais il tentait de s'en prendre physiquement à elle. Tony tenta une autre approche. Plus calme et plus directe.

« Hill, non seulement nous savons pour les tests partiellement réussis de T.A.H.I.T.I., mais nous savons que vous avez menti concernant… » il avala sa salive, espérant que Clint n'allait pas recommencer à s'énerver. « Concernant Coulson. Barton vous a demandé de le faire venir ici. »

« Non, » rectifia sèchement l'archer. « Je vous l'ai ordonné. »

« Obéissez-lui, » demanda Tony. « Je pense que vous lui devez bien ça. »

Maria se redressa de toute sa hauteur.

« Ça suffit, » siffla-t-elle d'une voix brusque. « Je vous demande de sortir de ce bureau. Je ne sais pas ce que vous êtes allé inventer, la raison pour laquelle l'agent Barton est dans un tel état ou pourquoi vous le suivez dans son délire, » ajouta-t-elle à l'adresse de Nat et lui, « mais vous quittez immédiatement cette pièce. »

Tony décida qu'il était temps de faire bouger les choses.

« Jarvis, où se trouve Steve ? » demanda-t-il et enfin, enfin, il vit Hill contracter imperceptiblement la mâchoire.

« Dans sa cuisine, Monsieur, » répondit l'IA.

« Dis-lui de venir ici immédiatement. Urgence non vitale. »

« Tout de suite Monsieur. »

Le silence qui s'étira dans la pièce les secondes suivantes fut un des plus désagréables que Tony ait eu à vivre.

« Monsieur, le Capitaine demande s'il doit venir le plus vite possible. »

Tony échangea un regard avec Natasha, qui hocha sèchement la tête.

« Oui, Jarvis. »

Il était certain qu'avec sa super rapidité, Steve allait prendre les escaliers. Moins de vingt-cinq secondes plus tard, il entrait dans la pièce.

« Qu'est-ce qui se… passe ? Que ? » balbutia-t-il devant la scène.

Il fallait le comprendre. La pièce était plus ou moins saccagée, Maria était derrière son bureau, les bras croisés, un faux air nonchalant-mais-sévère collé sur le visage. De l'autre côté du bureau, Natasha faisait face à Clint – et donc tournait le dos à Hill – les jambes à peine fléchies, prête à bondir. Le visage de l'archer n'était que fureur et douleur, tout son corps crispé, prêt à commettre un meurtre. Et Tony, à égale distance des trois, ne sachant que faire.

Le milliardaire ne voyait Steve que dans la périphérie de sa vision – focalisé comme il l'était sur Clint – mais il le sentit prendre le contrôle de la situation.

« Que se passe-t-il ? » demanda-t-il sur un ton impérieux. « Clint. »

Droit au but, pensa Tony, plus soulagé qu'il ne voulait bien l'admettre.

L'archer déglutit plusieurs fois, incapable de quitter Hill du regard.

« Phil… » commença-t-il pour s'arrêter aussitôt en se crispant encore plus, si c'était possible.

« Coulson est en vie. Ils nous ont menti, » lâcha Natasha avec son absence de tact habituelle.

Steve laissa échapper un hoquet de surprise alors que Clint ferma les yeux le temps d'une seconde.

« Coulson a été tué par Loki, » rappela Maria posément.

Alors que Natasha retenait au mieux l'archer qui cette fois tenta réellement de se jeter sur la directrice, le cœur de Tony dégringola – ou plutôt remonta si haut dans sa gorge qu'il faillit vomir sur place. Il inspira lentement, essayant de ne pas penser. Ne pas penser au dieu qu'il logeait et cachait depuis si longtemps qu'il ne se rappelait pas la durée exacte. Ne pas penser au dieu avec qui il échangeait chaque jour ou presque. Ne pas penser aux moments de discussion tard le soir ou tôt le matin, lorsqu'ils se résignaient à faire une pause, un verre à la main, et qu'ils devisaient sur tout et rien. Ne pas penser qu'il trahissait Coulson, le SHIELD et les Avengers – et Clint, bordel – à chaque fois qu'il ne faisait que penser au dieu.

Non, il n'y pensa pas. Absolument pas.

« Coulson a été tué par Loki ! » répéta Hill, un ton plus haut.

« C'est la vérité, » lâcha soudain Tony. « Dans son dossier il est écrit que le sujet était mort depuis cinq jours lorsqu'il a été intégré au projet T.A.H.I.T.I., » rappela-t-il à voix basse.

Peut-être que Clint n'avait pas été jusque-là dans sa lecture.

« Mais il a été ramené à la vie. Grâce au sérum GH-325, » continua le milliardaire. « Et comme les autres patients, il a commencé à devenir cinglé, vous lui avez effacé la mémoire. »

Hill était désormais focalisé sur lui.

« Stop, » ordonna doucement Steve. « J'ai besoin de contexte. Que s'est-il passé ? »

Retenant un soupir, Tony hocha la tête.

« Jarvis, une synthèse du dossier T.A.H.I.T.I., s'il te plaît, » demanda-t-il.

L'IA s'exécuta. En quelques minutes, il avait résumé à Steve tout ce qu'il y avait à savoir.

« L'agent Coulson sait-il encore seulement que nous existons ? » demanda le super soldat en fronçant les sourcils. « Est-ce pour cela que vous ne nous avez pas parlé de lui ? Pour ne pas que nous soyons tentés de le retrouver et que nous voir ravive ses souvenirs et que tout soit à refaire ? »

Un rire amer lui répondit.

« Toujours aussi naïf, Steve, » ricana Clint. « S'ils l'ont ramené des morts, c'est parce qu'ils avaient besoin de lui. Pour ce qu'il savait… sait le mieux faire. Être un agent du SHIELD. La personnification du bouclier protégeant l'humanité. Un agent loyal et dévoué, capable de sacrifier sa vie pour la cause. Vous comptez le ramener à chaque fois qu'il va mourir ? Lui laisserez-vous un jour profiter de sa vie, après avoir servi l'agence durant des décennies ? » demanda-t-il, la gorge serrée.

Hill ne répondit rien, attendant clairement quelque chose. Tony essaya de deviner, jusqu'à ce qu'une idée se fraye un chemin jusqu'à la surface de sa conscience.

« Jarvis ? » appela-t-il.

Mais personne ne répondit. Il ne cacha pas un sourire ironique. Il n'y avait qu'une personne qui réussissait encore à bloquer son majordome virtuel. Les petits génies à la botte personnelle de Fury – parce qu'il avait beau cracher à longueur de temps sur leur incompétence, il y en avait bien quelques-uns pour relever le niveau. Parfois – S'ils avaient bloqué Jarv' c'est que Clint venait de remuer la merde juste sous le nez du directeur. Si le milliardaire avait encore eu des doutes quant à la véracité de leur affirmation – que Coulson était en vie – alors il avait sa réponse. Jamais Fury ne se serait déplacé pour une erreur d'appréciation.

Le problème, c'était que Fury n'était probablement pas tout près. Coulson non plus.

« Eh bien, eh bien, » grinça-t-il, parce qu'il avait beau avoir visé juste, l'arrière-goût amer dans sa bouche gâchait tout le plaisir, « Si nous n'avions pas raison, pourquoi le grand patron va apparaître d'une seconde à l'autre ? »

Steve lui jeta un regard interrogateur, Natasha comprit d'un coup ce qui allait se passer et Clint… ne bougea pas, continuant de fixer Hill comme s'il allait vraiment la tuer.

« Patience, Captain, » répondit-il seulement au supersoldat. « On peut avoir une idée de combien de temps on va devoir attendre ? » demanda-t-il à Hill.

« Si vous n'aviez pas ravagé mon bureau, j'aurais pu vous renseigner, » répliqua la brune, pince sans rire.

Tony leva les yeux au ciel.

« Et votre téléphone, il vous sert à quoi ? » railla-t-il. « À vous remaquiller ? »

Et après tu t'étonnes qu'on te prenne pour un macho, se moqua-t-il de lui-même. Hill grinça des dents avant de prendre son Starkphone et de taper un message. Elle attendit quelques minutes avant que son écran se rallume.

« Cinq heures et vingt-huit minutes, » répondit-elle avec une risette en direction du milliardaire.

« Eh bien j'espère que vous êtes patients, » déclara Clint en allant s'appuyer contre le mur le plus proche. « Parce que personne ne va quitter cette pièce avant que Coulson n'y soit également. »

Tony pensa juste qu'il était content de n'avoir bu que trois cafés ce matin, sinon il aurait dû arroser les plantes du bureau de Hill au bout d'un moment. Il s'occupa en réencodant Jarvis depuis son téléphone. C'était fastidieux, mais au moins le temps passait plus rapidement.

Le directeur avait raison. Cinq heures et trente-et-une minutes plus tard, la porte s'ouvrait.

« Vous êtes en retard de trois minutes. Vous vous ramollissez avec l'âge, » lâcha-t-il sans même regarder le nouvel arrivant.

« Fermez-là, Stark, » grogna Fury en fermant la porte derrière lui.

« Où est-il ? » demanda Clint entre ses dents, se retenant clairement de se remettre à hurler.

« Barton, » commença le directeur, mais s'arrêta sous le regard de Steve. « Rogers, vous pouvez ravaler vos regards moralisateurs.

« Pourquoi ? » demanda simplement le supersoldat en le regardant droit dans les y- dans l'œil.

« Je n'ai aucun compte à vous rendre, » répliqua Fury.

« Faites attention, Directeur, » intervint Tony. « Avec Rescue nous allons disposer des mêmes ressources qu'avec le SHIELD. Ne pensez pas que les Avengers vont vous rester fidèles quoi qu'il arrive parce que nous avons besoin de vous. »

« Vous aurez toujours besoin de mes contacts, Stark. Ce n'est pas le SHIELD qui vous donnait accès à certaines ressources. C'est moi qui mettais mes ressources à disposition de l'agence, qui ensuite vous aidait, » rappela le directeur avec son habituel air supérieur de celui qui maîtrise tout.

Une vague de rage secoua Tony. Cet homme était un monstre. Il le savait depuis longtemps et s'en était toujours plus ou moins accommodé, mais parfois, comme ce jour-là, c'était compliqué.

« Pensez-vous vraiment que nous sommes capables de tout accepter ? » demanda le milliardaire, les dents serrées.

« Absolument pas, Stark, » rétorqua-t-il – et bordel ce que Tony pouvait détester le ton qu'il prenait à chaque fois qu'il prononçait son nom – avec un rictus, « mais deux choses : la première c'est que si l'un de vous a envie de lâcher l'affaire, il prendra sur lui et restera pour les autres. La seconde est que si réellement l'un de vous, ou même plusieurs, s'en vont, alors je vous trouverai des remplaçants. Ne pensez pas que vous êtes irremplaçables. Personne ne l'est. N'oubliez jamais ça. »

« Personne à part Phil Coulson, » répliqua Tony du tac-o-tac.

Voir Fury incapable de répondre – même pendant une seconde – fut satisfaisant, malgré la colère qui bouillonnait en lui.

« Je veux le voir, » rappela l'archer.

« Et pourquoi accéderais-je à votre requête ? » demanda le directeur.

« Parce que sinon Clint et moi allons retourner ciel et terre pour le retrouver, » répondit tranquillement Natasha.

« Avec mon aide, » ajouta Tony.

« Et la mienne, » finit Steve.

« Et vous allez monter un groupe, enfiler des combinaisons en laine et vous faire appeler Bisounours ? » ironisa le Directeur.

Mais il commençait à être à court d'arguments.

« Vous êtes venu parce que la directrice Hill vous a appelé à l'aide en pensant que la situation allait dégénérer, » rappela Tony. « Parce que la situation l'exigeait. Si vous aviez pensé qu'il y avait une seule option qui vous aurait permis, ou à la directrice Hill, d'échapper à l'obligation de nous laisser voir l'agent Coulson, vous ne vous seriez pas déplacé. Vous vouliez juste évaluer dans quel état était Barton avant de nous laisser le voir. »

Il se tut et attendit. Sans surprise, personne ne pipa mot.

« Si vous pensiez une seule seconde que Coulson serait celui à qui Clint allait en vouloir, vous ne le connaissez vraiment pas, » ajouta-t-il sans pouvoir retenir tout le mépris qu'il ressentait pour l'homme.

« Et si vous pensiez que c'est Barton que je voulais évaluer en venant dans ce bureau, vous ne me connaissez vraiment pas, » répliqua Fury en tournant les talons.

Le milliardaire s'empêcha de le retenir pour savoir de qui il parlait. Jamais le directeur ne lui répondrait. De toute manière il était probable que Tony ait vu juste et que Fury ait répondu ça juste pour ne pas perdre la face.

« Et rendez-moi mon majordome ! » hurla-t-il à travers la porte que le directeur avait laissée entrouverte.

Ils attendirent en silence.

Une minute.

Deux minutes.

Trois.

Cinq.

Huit.

Clint allait vraiment péter un câble.

Puis des bruits de pas résonnèrent dans le couloir, partiellement étouffés par la moquette. L'archer devint aussi tendu que la corde de son arc. Tony relâcha son souffle en se rendant compte qu'il avait commencé à retenir sa respiration.

Et puis la porte s'ouvrit.