Disclaimer : Nous ne tirons profit, en aucune façon, de cette histoire. Les personnages de Marvel appartiennent à leurs propriétaires. Nous ne retirons rien de l'histoire qui suit et tous les droits de création des personnages leur appartiennent. En revanche, l'histoire nous appartient.
Rating : T
Genre : Romance / Drama / Angst / Comfort
Personnages : Tony Stark ; Loki ; la plupart des personnages vus dans les films du MCU
Situation temporelle : Démarre en 2012, après que Loki a récupéré le Tesseract dans Avengers Endgame


Bonjour tout le monde !

Un Loki absent de ce chapitre, mais c'était nécessaire pour pouvoir faire avancer l'intrigue au niveau du film. On reste d'ailleurs très proche du canon de ce dernier avec peu de scènes "inédites", mais tout mène à la fin de ce chapitre et à celui qui vient après. Je n'en dirais pas plus pour le moment ! (Mouhahaha !)

.

Meranath, Egwene Al'Vere, Marguerite . Roxton - Jones, Makiang, merci beaucoup pour vos review !


Bonne lecture !

Ju' et Kae


oOoOoOoOoOoOoOo

CHAPITRE 33

oOoOoOoOoOoOoOo

La solitude. Elle n'est jamais plus prégnante que lorsque la personne à laquelle reviennent sans cesse nos pensées est la seule qui n'est pas présente. Quand le monde autour de nous s'embrase, mais que le plus violent incendie est en nous, hors d'atteinte. Quand l'absence devient manque, et que le seul moyen de le combler revient à souffler sur les braises et jeter de l'huile sur le feu.

Le manque, l'inquiétude, le doute, la peur, la colère sont autant de symptômes de la solitude. Que les réactions divergent ne veut pas pour autant dire que cette solitude n'est pas partagée.

oOoOoOoOoOoOoOo

Le Quinjet se posa dans un champ, non loin d'une ferme. Ça ne ressemblait pas vraiment à l'idée qu'il se faisait d'un abri sûr, mais c'est sans hésitation que Clint quitta son siège pour rejoindre Natasha à l'arrière. L'espionne avait peu à peu réussi à sortir de sa transe et répondait désormais quand on lui parlait, mais elle restait assez faible. Clint passa donc un bras autour de sa taille pour l'aider à avancer, et c'est cahin-caha qu'ils gagnèrent tous ensemble la maison.

« C'est quoi cet endroit ? » lui demanda Thor, alors qu'ils montaient les quelques marches menant à la terrasse.

« Un abri sûr, » répondit-il.

Il faut dire qu'aucun d'entre eux ne s'était vraiment intéressé à leur destination jusqu'ici, encore secoués par ce qu'ils avaient vécu, et Tony n'avait pas spécialement jugé bon de les en informer. De plus, ce n'est pas comme si lui-même avait beaucoup d'informations à ce sujet.

« Espérons-le. »

Toutefois, le commentaire de Clint n'était pas spécialement enthousiaste, et faillit le faire douter. Mais l'archer avait l'air plus mal à l'aise qu'inquiet, et il se fiait à son jugement. Et puis, rien ne les empêchait de repartir si l'endroit n'était pas si sûr que ça finalement.

« Chérie ? C'est moi. »

Ça en revanche, c'était étonnant. Et ce qui était plus étonnant encore, c'était de voir une femme visiblement très enceinte débarquer dans la pièce comme si de rien n'était, et qu'elle était chez elle. Ce qui était probablement le cas, commençait-il à soupçonner. Et dans tous les cas, elle détonnait bien moins dans le salon qu'eux ne le faisaient, encore engoncés dans leurs uniformes respectifs.

« Salut mon cœur. On a des invités. Désolé, j'aurais dû te prévenir. »

« Chéri. »

Regardant le duo – le couple ? – s'enlacer, il ne put s'empêcher de glisser un petit commentaire ironique à Thor.

« C'est aussi un agent évidemment. »

Et visiblement, le dieu du tonnerre ne comprenait toujours pas l'ironie et le second degré, puisqu'il ne sembla pas trouver ça surprenant et hocha même la tête en réponse. Tony envisagea une seconde de le détromper, avant de renoncer. C'était quand même un peu drôle, après tout.

« Les gars, je vous présente Laura, ma femme, » les interrompit Clint en se tournant vers eux, ayant passé un bras autour de la taille de ladite épouse qui leur souriait.

« Je sais comment vous vous appelez. » Et ouais, il voulait bien la croire, avec Clint comme mari.

En parlant de lui, Tony l'avait rarement vu aussi souriant. Peut-être même jamais, s'il devait être tout à fait honnête. Bien sûr, l'archer était souvent le premier à rire à ses plaisanteries, et un partenaire de premier choix quand il s'agissait de faire des plaisanteries et autres coups fourrés aux autres. Pas franchement sujet à la déprime ou à la morosité, en public en tous cas. Pour autant, si son rire était toujours sincère, il n'était que rarement accompagné d'un air aussi serein que celui qu'il arborait en cet instant. Ça faisait plaisir à voir.

Il fut tiré de ses pensées par un bruit de pas rapides dans les escaliers.

« Ouh, des renforts… » souffla Clint, son sourire s'étirant plus encore et devenant malicieux.

Non, c'était quand même pas possible que… ?

Et bah si. Deux enfants déboulèrent des escaliers à toute allure pour s'engouffrer dans les bras de son coéquipier, qui les réceptionna avec ce qui ne pouvait être que de l'habitude.

« Papa ! »

« Et eux ce sont… des mini-agents. »

Fort heureusement, Thor ne fut pas si prompt à le croire cette fois-ci et fronça les sourcils face à sa blague, tandis que Bruce levait les yeux au ciel. Quant à Steve, sa tête en voyant apparaitre les deux gosses était absolument impayable !

« Comment va tante Natasha ? » demanda finalement la gamine après être descendue des bras de son père.

La rousse, qui jusqu'ici s'était tenue un peu à l'écart, s'avança avec un grand sourire – à peine forcé – aux lèvres, les yeux plus clairs qu'ils ne l'avaient été depuis qu'ils avaient quitté Johannesburg.

« Tu le sauras si tu viens lui faire un gros câlin. »

Et c'est sans hésitation que la gamine plongea dans ses bras, tandis que l'espionne la soulevait avec aisance.

« Pardon pour le dérangement, » s'excusa finalement Steve. « Nous sommes désolés d'arriver comme ça, sans prévenir. »

« Ouais, on aurait bien aimé vous appeler, mais on avait pas la moindre idée de votre existence, » ne put s'empêcher de commenter ironiquement Tony. Même si à présent il comprenait bien mieux les allusions de Clint dans le Quinjet – pour ne pas dire qu'il se sentait complètement stupide de ne pas avoir capté plus tôt. Au-delà de leur récente discussion, c'est un certain nombre de conversations et d'attitudes qui prenaient désormais un tout autre sens, à commencer par sa fâcheuse manie à ne jamais rester bien longtemps à la Tour.

« Fury et Coulson m'ont aidé à m'installer quand je me suis engagé. C'était pas dans les dossiers du SHIELD et c'est très bien comme ça. »

Ils échangèrent un regard entendu. Vu le merdier qu'avait été Washington, il n'osait pas imaginer ce qui se serait passé si les noms et adresses de la famille de Clint avaient également été rendus publics en même temps que tous les dossiers du SHIELD et d'Hydra. Ouais, ils avaient semble-t-il échappé sans le savoir à une énorme catastrophe.

« C'est l'endroit idéal pour faire profil bas, » compléta-t-il finalement, et Tony ne pouvait en effet qu'approuver. Personne ne penserait jamais à les cherche ici, pour la simple et bonne raison que personne ne savait que cet endroit existait. Et il ferait ce qu'il fallait pour que les choses restent ainsi.

Il observa donc d'un œil extérieur les retrouvailles de Clint avec ses enfants, tandis que Natasha discutait familièrement avec Laura. Malgré lui, il ne put s'empêcher de ressentir un bref pincement au cœur face à l'image qu'ils donnaient. Ils étaient tous les cinq heureux de se retrouver, partageant ce moment ensemble, échangeant des nouvelles et des étreintes. Aussi loin que remontaient ses souvenirs, sa propre famille n'avait jamais ressemblée à ça. Ses parents l'avaient aimé, de cela il ne doutait pas vraiment – sa mère du moins, il était plus incertain vis-à-vis de son père – mais jamais de cette façon. Jamais de telle sorte que le simple fait d'être ensemble suffise. Et ouais, peut-être qu'il était jaloux d'une certaine manière. Jaloux de ce bonheur domestique tout simple. Plus que jamais, Tony avait conscience de sa solitude. Et sans regarder ses camarades à ses côtes, il était sûr de ne pas être le seul.

A un moment, Thor quitta brutalement la pièce et la maison, immédiatement suivi de Steve. C'est toutefois seul que revint le Cap, quelques minutes après. Tony ne posa pas de question, ce n'était pas le moment. Cela suffit toutefois à ramener l'attention sur eux, et Clint se dégagea de l'étreinte tentaculaire de sa fille pour se tourner vers eux.

« On est en sécurité ici, aussi longtemps qu'il le faudra. Alors profitons-en pour se reposer et reprendre des forces. On aura tout le temps d'aviser pour la suite. »

« La salle de bain est à l'étage, je vais vous montrer, » proposa gentiment Laura, et Tony comme les autres s'empressa d'accepter. Là maintenant, il tuerait pour une douche.

« Je vais vous passer des fringues propres, ce sera plus confortable. Enfin, je vais en prêter à Tony et à Bruce, je doute que tu rentres dans mes chemises Steve ! »

Et juste avec ça, l'ambiance jusqu'ici pesante sembla s'alléger tandis que fleurissaient enfin des sourires vraiment sincères sur les lèvres de tous. Et c'est sans se faire prier qu'ils suivirent la maitresse de maison à l'étage.

oOoOoOoOoOoOoOo

Installé en travers du lit tout en savourant la tasse de café brulant généreusement préparée par Laura – bénie soit cette femme ! – Tony attendait patiemment que la place dans la salle de bain se libère. Les yeux mi-clos, il pouvait entendre le bruit de l'eau tambourinant sur les parois de la douche dans la pièce voisine, et s'en trouvait presque bercé.

La décoration de la pièce dans laquelle il se trouvait était assez spartiate – la chambre ne devait pas souvent être utilisée, bien qu'elle soit parfaitement propre – mais n'en était pas moins confortable. Le lit en tous cas était incroyablement moelleux, et seule la volonté farouche de prendre une douche pour enfin se débarrasser de la crasse et de la sueur l'empêchait de piquer immédiatement un somme. Enfin rattrapé par les événements des deux derniers jours, Tony était épuisé et se souhaitait que s'écrouler.

Malheureusement pour lui, son esprit était loin d'être aussi fatigué que ne l'était son corps. Et maintenant qu'il était seul sans rien ni personne pour le distraire, il ne pouvait s'empêcher de ressasser en boucle les mêmes pensées pessimistes et vaguement dépressives sur les bords.

Comment est-ce qu'il en était arrivé là bordel ?

Soupirant lourdement, il s'avachit un peu plus dans les coussins, posant un bras en travers de son visage pour atténuer la lumière du soleil qui entrait joyeusement par la fenêtre. Mais sitôt qu'il fut plongé dans le noir, ce fut pour revoir les images insoutenables de cette maudite vision. Il rouvrit les yeux avec un sursaut et se redressa, retenant à grand peine la bile qui lui montait aux lèvres. Et quand bien même il sache que cela n'avait rien de réel, il ne put s'empêcher d'essuyer sa main sur la couverture, sentant encore l'humidité du sang sur ses doigts en quête d'un pouls obstinément absent.

Sans doute pouvait-il admettre que tout avait commencé à déconner avec cette putain de vision. C'était quand, cinq, six jours plus tôt ? – Les décalages horaires successifs, entre la Sokovie, New-York, l'Afrique du Sud et de nouveau les Etats-Unis, l'avaient complètement flingué – Mais ce qui était sûr, c'est qu'il avait l'impression de vivre avec ces images et leur poids depuis une éternité, des images qui étaient pourtant aussi vivaces que si c'était arrivé la veille. Paradoxe incompressible et terrifiant duquel il n'arrivait pas à se sortir.

Avec un peu de recul, il restait persuadé qu'il aurait dans tous les cas relancé le projet Ultron grâce au sceptre. Mais cela aurait été d'une mauvaise foi certaine de dire que sa vision n'avait pas joué un rôle là-dedans. Ses traumatismes subitement ressurgis, et l'empressement qu'il avait eu à trouver une solution, une parade… Un moyen d'empêcher cet avenir funeste duquel il avait été témoin.

S'il s'approchait de la fenêtre, il pourrait voir Steve en train de couper du bois, le blond ayant repoussé sa propre douche à plus tard en se contentant de se changer. Un moyen comme un autre de se rendre utile pour remercier la petite famille qui les hébergeait, et d'évacuer le trop plein d'énergie. Également un moyen de ne pas trop penser, supposait-il. Bruce était dans la salle de bain, et Natasha devait être dans la chambre voisine à attendre la place. Clint était probablement avec sa femme, ou peut-être avec les enfants, dont il pouvait entendre les rires résonner depuis le salon. Et certes, Thor était parti en vadrouille on ne sait où, mais Tony voulait croire que le dieu saurait se débrouiller tout seul. Cinq personnes. Ses amis. Ils iraient bien, oui. Avec du temps.

Cependant, ils n'avaient pas été cinq, mais bien six dans sa vision.

Soupirant de nouveau, Tony sortit machinalement son téléphone de sa poche. Pour son malheur, s'il avait tant bien que mal essayé d'occulter un certain dieu nordique de son esprit, celui-ci n'avait jamais tout à fait cesser d'occuper ses pensées. C'était stupide, il le savait. Stupide et dangereux. Depuis quand se préoccupait-il de Loki, merde ? Depuis quand se souciait-il de lui au point que l'absence de nouvelles, en ces jours d'horreur, lui pesait bien plus qu'il n'était bon de l'admettre ? C'était tout bonnement insensé…

Et c'est en ayant parfaitement conscience de l'illogisme de son attitude qu'il composa de nouveau le numéro de la villa, uniquement pour l'entendre sonner dans le vide. De la même façon, quand il appela sur le numéro du téléphone de Loki, ce fut pour tomber sur la messagerie. Stupide, stupide, stupide ! A quoi pensait-il bordel ?

Visiblement il ne pensait pas, puisque pris d'une inspiration subite – grandiose ou suicidaire, au choix, le jury délibérait – il composa une nouvelle fois le numéro, et attendit patiemment que la voix artificielle termine de débiter son joli petit discours bien appris pour que résonne le fameux bip et qu'il puisse laisser un message.

« Salut, c'est Tony. Stark, Tony Stark. Merde, pourquoi je me présente, t'es pas con, t'as reconnu ma voix. Et puis sérieux, qui d'autre pourrait t'appeler sur ce numéro, étant donné que je suis le seul à le connaitre ? »

Effacer, recommencer.

« Salut, c'est moi. J'ai pas eu de tes nouvelles depuis quelques jours, alors je voulais savoir si… tout se passait bien ? Je veux dire, ça arrive régulièrement que tu te barres je ne sais où sans donner de nouvelles et je m'inquiète pas hein ? Mais là c'est différent, et je peux pas demander à Jarvis de te localiser ou même de te transmettre mon message comme d'habitude. Parce que Jarvis est… Il a été… putain, j'peux pas faire ça… »

Effacer, recommencer.

« Salut. Comme tu es probablement dû t'en rendre compte, les choses ont sérieusement commencé à dégénérer par ici. Une IA que j'ai plus ou moins créé a viré psychopathe sanguinaire et essaye de nous tuer, et l'humanité avec. La routine quoi. Je dois quand même avouer qu'on s'est pris une sacrée dérouillée, alors on se planque chez Barton en attendant que les choses se tassent. Merde, j'aurais pas dû dire ça… »

Effacer, recommencer.

« C'est la merde. Purement et simplement. Hydra a optimisé des humains grâce au sceptre, une IA folle incarnée dans un robot de la mort essaye de nous buter, et a récupéré le sceptre au passage tout en faisant alliance avec les optimisés dont j'ai parlé avant, et a également volé des tonnes de vibranium pour un projet dont on ne sait rien, étant donné qu'on a pas la moindre idée de leurs objectifs. Bordel, c'que j'dis n'a aucun sens… »

Effacer, recommencer.

« Loki merde, si je t'ai donné un téléphone, c'est pour répondre quand je t'appelle ! Rappelle-moi dès que t'as ce message, si jamais tu daignes allumer ton portable un jour ! »

Envoyer

oOoOoOoOoOoOoOo

La douche avait fait des miracles sur ses nerfs malmenés et avait calmé tant son inquiétude que son agacement, tous deux adressés à son très cher colocataire. Malheureusement, cela l'avait également suffisamment réveillé pour qu'il quitte la chambre à regret. Et puis, il se connaissait. Il dormait déjà pas des masses en temps normal, alors s'il faisait une sieste en plein milieu d'après-midi, jet lag ou pas, il risquait de le regretter. Répugnant à rester seul, il ne voulait pourtant pas déranger Clint qui avait enfin l'occasion de passer un moment en famille. Quant à Natasha et Bruce… ouais, en fait il préférait ne pas les interrompre…

Ne restait donc que Steve. Et même si ça voulait dire couper des buches – et par conséquent faire du sport, quel drame ! – c'est toujours mieux que rester seul à déprimer dans son coin. Il lui fallut toutefois de longues minutes d'un silence pesant pour qu'il admette que son coéquipier ne serait pas le premier à prendre la parole, lui laissant la lourde de tâche de briser la glace.

« Thor n'a pas dit où il allait chercher ses réponses ? »

Lui-même manqua de grimacer face à cette phrase banale et convenue, et fut soulagé de voir que Steve saisissait la perche tendue.

« Quelquefois mes équipiers me cachent des choses. J'avais espéré que Thor serait une exception. »

Peut-être avait-il crié victoire trop vite finalement. Pour autant, il refusait de faire semblant de ne pas comprendre, pour gentiment passer à autre chose comme si de rien n'était. Il n'avait ni la patience, ni les ressources pour tourner autour du pot et amener le sujet avec tact, alors autant y aller cash.

« Si t'as quelque chose à dire, te gênes surtout pas. »

Voyant que le blond refusait obstinément de croiser son regard – tout en fracassant les buches avec un rien d'acharnement – il n'eut d'autre choix que de piquer au vif pour susciter une réponse. Sérieusement, il était trop vieux pour ces conneries…

« Tu sais qu'Ultron essaye de nous opposer, non ? »

« La faute à qui au juste ? »

Super, l'homme de Cro-Magnon parlait – même s'il n'était pas sûr d'apprécier le tour que prenait la discussion.

« Tu peux développer ? » grinça-t-il entre ses dents.

« Tu savais. Même si tu n'as pas créé Ultron, ce Ultron qui veut nous tuer, tu connaissais les risques que ça comportait. L'ennui, c'est que nous on n'en a pas été informé. »

« Banner et moi, on est des chercheurs… »

« Qui veulent affaiblir l'équipe, » le coupa Steve.

« Démanteler l'équipe, » répliqua-t-il aussitôt, mettant l'emphase sur le premier mot. « C'est pas ça la mission, au fond ? Est-ce que c'est pas pour ça qu'on se bat ? Pour justement arrêter de se battre et tous rentrer à la maison ? »

Tony se put s'empêcher de faire un pas en arrière voir voyant Steve déchirer – il n'y avait pas d'autre mot – une buche à mains nues. Pourtant, c'était une lassitude peu coutumière qu'il voyait briller dans les yeux bleus de Steve, et non pas la colère comme il l'avait cru de prime abord.

« Chaque fois qu'on veut remporter une guerre avant qu'elle n'ait commencé, on fait des victimes innocentes, » soupira-t-il finalement. « Des victimes, et rien d'autre. »

« Parce qu'aller au combat l'esprit tranquille, sans rien chercher à prévoir ou à anticiper, est une meilleure façon de faire peut-être ? »

« Ce n'est pas ce que j'ai dit. Mais tu ne peux pas tout contrôler Tony. Parfois, les choses ne tournent pas de la façon dont tu l'aurais espéré, et il faut l'accepter. »

« Pas quand ce sont vos vies qui sont dans la balance ! »

Steve se figea brutalement. Il y avait de la surprise dans son regard face à son éclat, et quelque chose qui ressemblait bien trop à de la pitié à son gout.

« Tony… » commença-t-il.

« Excusez-moi, monsieur Stark ? » les interrompit subitement Laura, qu'il n'avait pas entendu arriver. « Clint m'a dit de vous demander votre aide. Notre tracteur ne démarre plus, désolée, est-ce que vous voulez bien…

« Ouais, j'vais arranger ça… » la coupa Tony, la détestant au moins autant qu'il lui était reconnaissant de mettre fin à cette discussion qui n'allait nulle part. Et c'est sans attendre que Steve puisse s'expliquer davantage qu'il lui tourna le dos pour prendre la direction que lui indiquait Laura. Il renfila la chemise qu'il avait nouée autour de sa taille, écoutant d'une oreille distraite les explications embrouillées de la mère de famille. Lui affirmant une nouvelle fois qu'il allait s'en occuper, il la laissa retourner à la maison tandis que lui-même pénétrait dans la grange.

Il n'était pas surpris d'y trouver des cibles, contre lesquelles étaient appuyés arcs et carquois. S'il avait été d'humeur moins mélancolique, il aurait surement charrié Œil-de-Piaf sur sa volonté farouche de se construire une armée de minis Legolas pour avoir une quelconque chance de rivaliser avec eux-autres. La prochaine fois peut-être… S'avançant dans le bâtiment chichement éclairé, il ne tarda pas à tomber sur l'antiquité qui attendait ses soins.

« Salut toi, » marmonna-t-il, jetant un premier coup d'œil et commençant à palper machinalement les différents éléments du moteur. « Dis-moi ce qui va pas. Où est-ce que t'as mal… »

« Je ne vous demande qu'une chose, » résonna une voix on ne peut plus familière dans son dos. « N'essayez surtout pas de le ranimer. »

Il se retourna. Et c'est avec un manque étonnant de surprise qu'il vit apparaitre Fury.

« Madame Barton, petite cachotière, » marmonna-t-il pour lui-même, arborant avec un vague sourire en coin, avant de reprendre plus fort. « C'est encore Maria Hill qui vous a appelé ? Elle bosse exclusivement pour vous ? » railla-t-il.

Mais Fury n'était visiblement pas sensible à son humour, puisqu'il le toisait d'un œil sérieux.

« L'intelligence artificielle… Et vous n'avez même pas hésité. »

« Hey, ce n'est pas la première que je mettais au point ! » Et non, il ne pouvait pas toujours pas prononcer le nom de Jarvis dans ces circonstances, mais l'ex directeur du SHIELD savait parfaitement de quoi – de qui – il parlait. « Personne n'a jamais rien trouvé à y redire ! »

Sauf que Fury ne tomba pas dans le piège – et que croyait-il, sérieusement ? – et se contenta de le regarder sans rien dire. Alors lentement, le sourire suffisant qu'il s'était forcé à afficher s'effaça, masque insuffisant à dissimuler sa fatigue et ses démons.

« Je viens de passer une longue journée, » soupira-t-il. « Une longue semaine en fait, genre le long voyage vers la nuit, en plus long et plus infernal encore. Alors expliquez-moi simplement en quoi vous pouvez vous rendre utile. »

« Regardez-moi dans l'œil et dites-moi que vous allez le débrancher, » lui dit Fury, sans répondre à sa propre demande.

« Parce que vous croyez vraiment que je ne l'aurais pas déjà fait si c'était si simple ? » ironisa-t-il.

« Et qu'êtes-vous en train de faire au juste ? Vous vous terrez ? »

« Vous n'avez aucun ordre à me donner ! » s'exclama-t-il, serrant les poings.

« Non en effet, puisque je ne donne plus d'ordre à personne. Je ne suis qu'un vieil homme. Un vieil homme qui vous apprécie beaucoup, Stark. »

« Vraiment ? »

« Vous en doutez ? »

Non, il n'en doutait pas une seconde, et c'était surement ça le pire. Fury était un type froid et insensible au mieux, et un véritable enfoiré les trois quarts du temps. Mais jamais il n'aurait remis en question l'étrange affection, vaguement paternelle, qu'il avait pour lui, comme pour chacun des membres de leur équipe de bras-cassés. Et le problème n'était-il pas là justement ?

« Et pourtant, je suis l'homme qui a tué les Avengers. »

Il ne savait ni pourquoi, ni comment les mots avaient réussi à franchir ses lèvres en cet instant, alors qu'ils étaient coincés dans sa gorge depuis des jours. Devant Nick Fury entre tous, quand il avait été incapable de se confier à l'un de ses amis. Pourtant, le soulagement qu'il ressentait était bien réel, à la hauteur de la terreur qu'il avait eue. Et c'est sans pouvoir – et sans vouloir, s'il devait être tout à fait honnête – s'en empêcher qu'il se laissa véritablement aller.

« Je l'ai vu. Je l'ai pas dit à l'équipe, comment j'aurais pu ? C'était tellement réel… Je les ai vu morts Nick, je l'ai ressenti. Le monde entier aussi, qui en a subi les conséquences. Tout ça, à cause de moi. J'étais… j'étais pas prêt. J'ai été en dessous de tout. »

« C'est cette Maximoff qui vous torture Stark. Elle mise sur votre peur pour vous paralyser et vous mettre hors-jeu. »

Dans le regard de Fury, il n'y pas l'ombre d'un doute ou d'une hésitation. Pas même de la compassion, qu'il aurait probablement détesté y voir. Juste de la détermination. La même assurance et force tranquille qu'il lui avait toujours connu. Cependant…

« Elle ne m'as pas piégé, elle m'a ouvert les yeux, » rétorqua-t-il. « C'était pas un cauchemar, c'était mon héritage, ce que j'allais laisser au monde. La fin d'un chemin que j'ai eu tort d'ouvrir. »

« Vous mettez au point des inventions tout à fait remarquables Tony. La guerre n'en fait pas partie. »

C'était on ne peut plus ironique, lui qu'on surnommait encore « le marchand de mort » il y a quelques années à peine, alors qu'il armait le monde et forgeait avec indifférence un champ de bataille à son image. Une autre vie pas si lointaine, et qui venait encore empoisonner son présent. Il avait du sang sur les mains, trop souvent celui d'innocents, et il avait appris à vivre avec – plus ou moins selon les jours – à défaut de véritablement l'accepter. Y ajouter celui de ses coéquipiers – de ses amis – en le laissant seul survivant de ce jeu de massacre ? C'était un poids qu'il n'était pas prêt à porter. Autant se tirer une balle tout de suite.

« J'ai vu mes amis mourir sous mes yeux. Mais vous croyez que c'est le pire qui puisse vous arriver ? Non. Il y avait encore pire. »

Il sut ce que Fury allait dire avant même qu'il n'ouvre la bouche. Parce que dans son œil unique brillait la flamme presque éteinte de ceux qui ont trop vu, trop subi et trop perdu. De ceux qui se sont retrouvés seuls debout sans en connaitre la raison, et continuent pourtant d'avancer. De ceux qui connaissent cette horrible vérité, à la simplicité trompeuse.

« Le pire, c'est que vous leur surviviez. »

Et Tony n'avait absolument rien à répondre à ça.

oOoOoOoOoOoOoOo

Fury parti, Tony resta de longues minutes seul, s'efforçant péniblement de reprendre contenance. Ce qui lui sembla être de longues minutes en vérité, puisqu'il s'aperçut en quittant la grange que le jour était depuis longtemps tombé, à se demander comment il pouvait encore y voir quoi que ce soit. C'est donc en faisant particulièrement attention à l'endroit où il posait ses pieds qu'il rejoignit la maison des Barton. Il trouva tout le monde rassemblé au salon, préparant le repas et mettant la table dans un joyeux désordre. Personne ne lui posa la moindre question, lui adressant tout juste un signe de la tête pour marquer sa présence avant de poursuivre leur tâche. Ça lui allait, il n'était pour l'heure pas encore certain de pouvoir parler sans entendre sa voix trembler.

Le repas fut atrocement lent… et terriblement rapide en même temps, tandis qu'ils devisaient innocemment de choses et d'autres comme si la fin du monde n'était pas toute proche. Mais une fois que les enfants eurent quitté la table pour aller dessiner dans le salon avec leurs parents, l'ambiance jusqu'ici faussement légère retomba d'un seul coup. Eparpillés autour de la pièce, personne ne trouvait quoi dire. Lui-même s'était rabattu sur un jeu de fléchettes – et n'était-ce pas un cliché, dans la maison d'un archer de la trempe de Clint ? – pour s'occuper les mains. Quant à garder l'esprit occupé, et bien, il y travaillait encore…

« Ultron vous a tous mis hors-jeu, uniquement pour gagner un peu de temps, » attaqua finalement Fury, voyant qu'aucun d'entre eux ne se lançait. « Mes contacts disent tous qu'il construit quelque chose. Vu la quantité de vibranium qu'il a emportée, quoi que ce soit, il peut même en construire plusieurs. »

« Comment on peut retrouver Ultron ? » demanda Steve.

« Oh, ce n'est pas bien difficile. On peut le suivre à la trace, il est partout, et il se multiplie plus vite qu'un élevage de lapins. Mais ça ne suffit malheureusement pas à nous donner des indices sur ses projets. »

« Il cherche toujours les codes nucléaires ? » l'interrogea Tony. Parce que, quel que soit le plan final de l'IA, ça restait la menace la plus immédiate. Et la plus définitive, accessoirement.

« Plus que jamais. Mais il semblerait qu'il ait du mal, » lui répondit Fury, le faisant tiquer. Il tourna la tête vers le directeur, fronçant les sourcils.

« J'ai craqué le firewall du Pentagone au lycée, pour rire, » dit-il en haussant négligemment les épaules. « Tout puissant qu'il est, Ultron aurait dû le franchir en un claquement de doigts. »

« Et bien, j'ai contacté nos amis au centre Nexus à ce sujet… »

« Nexus ? » l'interrompit Steve.

« C'est le noyau mondial d'internet, à Oslo, » lui expliqua Bruce. « Le moindre bit de donnée y est acheminé, c'est l'accès terrestre le plus rapide. »

« Qu'est-ce qu'ils ont dit ? » demanda Clint qui les avait rejoints, recentrant la discussion.

« Il fait une fixette sur les missiles, mais les codes sont renouvelés en permanence. »

« Par qui ? »

Tony ne put développer davantage, coupé dans son élan par une flèche lui passant sous le nez et venant se planter en plein cœur de la cible, le narguant alors que lui-même ne s'en était même pas approché. Clint, qui d'autre ? Il se retourna, pour voir l'archer lui sourire et lever la main avec innocence. Pfff, comme s'il allait y croire !

« Par un inconnu, » lui répondit néanmoins Fury, empêchant par la même occasion Œil-de Piaf de finir à la broche, empalé sur l'une de ses précieuses fléchettes.

« On a un allié ? » s'étonna Natasha, intervenant pour la première fois dans la discussion.

« Ultron a un ennemi, ce n'est pas tout à fait la même chose, » corrigea Fury. « Néanmoins, je paierai cher pour savoir qui c'est. »

Délaissant ses fléchettes, Tony se rapprocha du groupe.

« Faudrait peut-être que je file à Oslo, trouver cet inconnu. C'est une piste comme une autre. »

Il récolta quelques hochements de tête de la part de ses camarades, quoique vaguement défaitistes et dépassés par l'idée. Il le comprenait, quoi que lui-même trouve le challenge plutôt stimulant. Une véritable chasse au trésor au cœur d'internet, voilà longtemps qu'il n'avait pas fait face à un défi de cette ampleur.

« Bah, tout ça c'est très joli patron, » reprit vite Natasha, « mais j'espérais que pour votre retour vous auriez un peu plus que ça. »

« Mais j'ai plus. Je vous ai tous. »

Un instant, Tony promena son regard sur ses camarades. Regardant plus loin que les camarades qui partageaient sa table, avec qui il était si facile de rire et de plaisanter, pour voir les héros qu'ils étaient. Les combattants, et les symboles qu'ils étaient tout à la fois. Un fait qu'ils avaient souvent tendance à perdre de vue, tant cette idée était à mille lieux de ce qu'ils auraient pu imaginer devenir. Mais c'est ce qu'ils étaient. Ils étaient les Avengers.

« Il fut un temps où j'avais des yeux partout, des oreilles partout. Vous avez eu la chance de disposer de toute la technologie imaginable, mais nous revoilà tous réunis sur terre, avec pour seule arme notre inventivité et notre volonté de sauver le monde. Aux yeux d'Ultron, les Avengers sont le seul obstacle entre lui et sa mission. Et qu'il le reconnaisse ou pas, sa mission c'est la destruction globale. »

Super. Merci Nick. Comme s'ils n'avaient pas conscience d'à quel point la situation était catastrophique, voilà qu'il en remettait une couche. Au moins, le niveau de la menace était clairement annoncé. Zéro pression les mecs…

« Le monde entier a un pied dans la tombe. Alors à vous de jouer. Bernez cet enfoiré en platine. »

A ces mots, tous les regards se tournèrent instinctivement vers Steve, qui roula des yeux en esquissant un léger sourire.

« Commencez pas… »

Et juste comme ça, la pression s'allégea. Et si la discussion reprit tout aussi sur un ton tout aussi sérieux, elle était bien moins tendue.

« Découvrez ce que veut Ultron. »

Comme un maitre d'école, le directeur posa sa question. Et en bon premier de la classe, Steve fut celui à tenter une réponse.

« Il veut devenir meilleur. Meilleur que nous. Il n'arrête pas de faire des petits. »

« Des humanoïdes, » enchaina Tony. « L'enveloppe humaine n'est pas viable. Biologiquement parlant, on est dépassé. Mais il n'arrête pas d'y revenir. »

« Une humanité qu'il veut pourtant détruire, » le contredit Natasha, avant de les désigner Bruce et lui d'une bref hochement de tête. « Quand vous l'avez programmé tous les deux pour protéger l'espèce humaine, vous avez brillamment échoué. »

Avant qu'il ne puisse l'envoyer bouler – parce que ce n'était pas ce qu'il s'était passé, combien de fois devrait-il le répéter ? – il fut interrompu par Bruce, qui s'était approché silencieusement de la table et observait le dessin que Lila avait offert un peu plus tôt à Natasha : un papillon.

« L'espèce humaine n'a pas besoin d'être protégé : elle a besoin d'évoluer. Ultron aussi va évoluer. »

« Comment ? »

« L'un d'entre vous est en contact avec Helen Cho ? »

Tony fut le premier à comprendre, et il avait rarement détesté cela à ce point.

« Le caisson de régénération cellulaire. »

Au vu de leurs visages tirés, soudainement livides, ils avaient tous compris. C'était bien pire que tout ce qu'ils avaient imaginé. Mais Steve ne leur laissa pas le temps de s'appesantir sur cette terrible réalisation.

« On n'a pas de temps à perdre, » dit-il d'une voix forte en se redressant. « Tout le monde en tenue : on part dans dix minutes. »

Puisqu'il lui suffisait de changer de fringues, il fut de retour en bas en moins de cinq minutes. Plus étonnant par contre, Steve était déjà là, en combinaison et ramassant son bouclier. Il s'approcha du Cap à pas vifs.

« J'emmène Natasha et Clint, on prend le Quinjet pour Séoul, » lui dit le blond dès qu'il le vit.

« Ne faites que de la reconnaissance, » lui dit-il, l'incitant malgré lui à la prudence. L'équipe serait réduite de moitié, et qui savait ce dont Ultron serait capable ? « Je contacte le Nexus, je vous rejoins dès que possible. »

Déjà, il programmait sur sa montre un itinéraire de vol pour Oslo. Malgré les capacités de son armure, il savait qu'il mettrait plusieurs heures à rejoindre la capitale norvégienne, et chaque minute comptait.

« Si Ultron construit réellement un corps … »

« Il sera plus fort que n'importe lequel d'entre nous, » le coupa-t-il. « Plus fort que nous tous. Un androïde, conçu par un robot. »

Il y eut un instant de flottement, tandis que l'un et l'autre prenaient conscience de ce qu'il risquait d'arriver s'ils n'intervenaient pas sans tarder.

« Je regrette amèrement le temps où la création scientifique la plus étrange de la pièce, c'était moi. »

Quand ils s'étaient rencontrés quelques années plus tôt, Tony avait moqué avec cynisme le fait que tout ce qui faisait du Cap un type hors du commun sortait d'une éprouvette de laboratoire. Il n'aurait pas pu avoir davantage tort, il le savait à présent, et que Steve lui-même y fasse indirectement référence lui laissa un gout amer en bouche. Mais il n'eut pas le temps de dire quoi que ce soit qu'ils furent rejoints par Fury.

« Je raccompagne Banner au quartier général, puisqu'il ne vous accompagne pas. Je peux vous emprunter mademoiselle Hill ? »

« Elle est à vous, apparemment. »

Leur petit duel de regard fut sagement interrompu par Steve, forçant le directeur à détourner les yeux le premier pour lui répondre.

« Vous allez faire quoi ? »

« J'en sais rien. Peut-être bien un miracle ou deux. »

Il l'espérait vraiment, car à l'heure actuelle ils n'avaient aucun atout dans leur manche, et on leur demandait de bluffer sans la moindre carte en main. S'ils ne trouvaient pas très vite un moyen de renverser la vapeur, l'issu de ce conflit serait aussi brève que tragique, et ils emporteraient l'humanité dans leur sillage.

Bruce devait encore rejoindre Fury et Steve attendait toujours Natasha et Clint, ce dernier faisant ses aurevoirs à sa famille. Ce fut donc Tony qui partit le premier, avec Cap et le directeur comme seuls témoins de son départ. Conscient de leur propre départ à venir, pour une mission des plus dangereuses de surcroit – une simple reconnaissance, vraiment ? Comme s'il pensait sincèrement que ses amis allaient se cantonner à ça ! – il dut se faire violence pour ne pas s'attarder et les saluer proprement, ou simplement se retourner. Et c'est avec le cœur empli de détermination et de crainte qu'il mit le cap plein est, pour près de trois heures de vol.

oOoOoOoOoOoOoOo

Deux heures, trente-sept minutes et une poignée de secondes. Si la traversée de l'Atlantique s'était déroulée sans le moindre problème, le survol de l'Europe avait été plus complexe du fait du nombre conséquent d'avions de lignes et autres appareils volant qu'il devait prendre en compte.

Mais heureusement, il trouva avec facilité le Nexus. Et comme il l'avait espéré, un petit comité d'accueil l'attendait, quand bien même on soit en dehors des horaires traditionnels de travail. Les chercheurs travaillant ici avaient eu l'air ravis – et même soulagés, pour parler franchement – de l'annonce de sa venue. Eux-mêmes étaient dans une impasse, et si pour l'heure ce mystérieux inconnu ne faisait que jouer avec les codes nucléaires – et leurs nerfs par la même occasion – nul ne savait ce qu'un individu avec de telles capacités pourrait décider de faire pour peu qu'il en ait l'envie.

Il se posa sans attendre, détaillant rapidement les quatre personnes qui l'attendaient. Parmi eux, il reconnut la directrice de l'institut en personne. Siv Odegaard, 54 ans et directrice du Nexus depuis près de dix ans, double doctorat en génie électronique et informatique, ainsi qu'une thèse de haut vol sur la cybersécurité et la protection de données, une véritable pointure dans le domaine – trois heures de vol, c'était long d'accord, il avait bien dû s'occuper un peu ! – Il ne reconnaissait pas les autres, mais supposait qu'il devait s'agir de chercheurs, et probablement le p'tit jeune en costard derrière elle était son assistant.

D'une rapide impulsion mentale, il s'éjecta de l'armure, qui se referma aussi sec derrière lui pour reprendre la forme d'une valise compacte. Le mode sentinelle n'était pas utile ici, et il ne serait pas avisé de la laisser à la vue de tous sur le parvis. Pour une fois, la discrétion serait son crédo.

« Monsieur Stark ? Docteur Odegaard, on s'est parlé au téléphone. »

« Du nouveau ? » demanda-t-il sans perdre de temps tandis qu'ils se dirigeaient vers le bâtiment, laissant son armure à la garde d'un agent de sécurité à l'air peu commode.

« Rien de plus que les anomalies et activités que nous relevons depuis quarante-huit heures. »

« J'ai commencé à compulser les données que vous m'avez envoyé pendant le trajet pour me faire une première idée, mais je vais avoir besoin d'intervenir directement sur le serveur central. »

« Pas de problème, une équipe de nos meilleurs scientifiques nous y attend. »

« Avant ça, souhaitez-vous aller vous rafraichir ? » lui proposa le plus jeune, celui qu'il avait vraisemblablement identifié correctement comme un assistant. « Prendre une douche et vous changer peut-être ? Le vol a dû être long. »

« La journée l'a été plus encore, croyez-moi, et je ne sais pas à quand remonte ma dernière nuit, » opina-t-il avec lassitude. « Ajoutez-moi un café, laissez-moi un quart d'heure, et je suis tout à vous. »

« Bien sûr, je vais vous conduire aux quartiers du personnel et je vous apporte ça. »

C'est ainsi que Tony se retrouva quelques minutes plus tard dans une chambre minuscule, qui devait probablement servir aux équipes de nuit. Au moins, il y avait une cabine de douche individuelle, le café était fort et bien chaud, et on lui avait trouver un costume pour se changer. Remettre les fringues dégueulasses qu'il avait portées pour se battre à Johannesburg avait été un calvaire, mais on ne plaisantait pas avec ce qu'il pouvait ou non porter sous son armure, a fortiori pour plusieurs heures de vol.

Il avala en hâte les dernières gorgées de sa tasse, avant d'ôter rapidement son sweat. Il allait en faire de même avec le tee-shirt quand il ressentit un frisson désagréablement familier descendre le long de sa colonne vertébrale. Il se retourna très lentement, pour trouver face à lui un certain dieu nordique livide de rage et absolument hors de lui, ses poings serrés auréolés de magie.

Il n'avait qu'une chose à dire :

« Merde… »