Bonsoir à tous !

J'espère que vous avez passé un bon Noël ! Comme promis, voilà la suite avant la fin de l'année ;)

Quelqu'un m'a demandé si cette fic aurait le même nombre de chapitre que "I was nine", et la réponse est oui, à peu près, sans doute. Le découpage n'étant pas encore finalisé. Le plan original était d'écrire un chapitre version Clarke pour chaque chapitre version Lexa, mais je me suis vite rendu compte que ça n'allait pas jouer.
Pour se repérer, je mettrais le numéro de chapitre correspondant à "I was nine" juste avant le début du chapitre. Sur la timeline, ici on est encore dans le chapitre 2.

Je vous souhaite une bonne lecture et vous retrouve en janvier pour le prochain chapitre !

F.


J'avais gagné une demi-journée. Une petite absence autorisée, pour avoir une chance de revoir ma famille dès le vendredi soir. Malgré tout, ma mère me manquait et même si je ne verrai pas mon père, coincé par son travail à l'autre bout de la France, je contenais mal mon impatience. Deux semaines à la maison, deux semaines avec mes amis, et surtout, revoir Lexa. Maintenant que j'avais mis avec certitude des mots sur mes sentiments, il est certain que j'appréhendais un peu ces retrouvailles. Pouvais je me faire confiance pour dissimuler mes découvertes ? Devais-je lui en parler ? Avait-elle, elle aussi, ressenti quelque chose ce jour là ? Rien n'était moins sûr, nos échanges ne laissait rien paraître. Dans son dernière mail, Lexa décrivait avec enthousiasme leurs projets pour les vacances. Et si mon inclusion ne laissait aucun doute, je ressentis un pincement au coeur à l'idée de ne pas avoir pu, comme nous avions l'habitude, participer à l'organisation.

Mon sac sur l'épaule, je quittai à la fin du dernier cours de la matinée, ce collège sinistre. Joséphine me jeta un regard mauvais quand elle réalisa que je séchais un cours particulièrement ennuyeux de français. Cette fille ne dégageait que de la jalousie et de l'envie. Je n'aurais pas aimé être à sa place. Cela n'excusait en rien son comportement agressif, mais elle devait avoir un sacré passif, pour être aussi imbuvable.

Mon bus ne partait que deux heures plus tard, mais je quittai aussitôt l'enceinte de l'établissement, respirant pour la première fois depuis des semaines. Chaque pas qui m'éloignait de cet endroit me rapprochait un peu plus de chez moi, et de Lexa. Mon sourire augmentait à chaque étape. Le bus, l'avion, je trépignais alors que j'attendais ma mère devant le dépose minute. Et quand en arrivant finalement chez moi, je reconnus deux silhouettes familière sur le muret, je faillis sauter de la voiture en marche pour aller me jeter dans leur bras. J'eus quand même la patience d'attendre que le véhicule ne s'immobilise avant de débouler comme une balle sur Lexa, la renversant dans la poussière sous mon enthousiasme. Lincoln nous releva avant de nous enserrer toute les deux de ses bras puissants. J'étais de retour.

Maman refusa que je m'évade dès le premier soir, alors je lui tint compagnie après lui avoir soutiré la promesse que je pourrais passer autant de temps que je voulais avec mes amis par la suite. Elle tint parole, et dès le lendemain je rejoignais Lexa de bonne heure pour partir avec Becca et Aden à sa compétition de karaté. Cela faisait trois mois qu'elle suivait les cours avec un sensei qui lui avait également donné des leçons de Kendo l'année précédente. On s'arrêta prendre Lincoln sur le chemin, qui avait, bien évidemment, suivi les traces de Lexa dans ses choix d'activités. De vrais jumeaux ces deux là.

Une joyeuse humeur nous accompagna durant les trente minutes de trajet qui nous séparait du gymnase où avait lieu l'affrontement. Le bâtiment n'était pas très grand, je fronçais les narines en y entrant, assaillis par une odeur rance de sueur, mêlé à la poussière soulevé par le choc des corps sur le tatami. C'était une rencontre amicale entre quelques clubs de la région, présidé par un juge japonais à l'air sévère. En le regardant droit au fond de ses yeux noirs, je cru déceler l'esquisse d'un sourire complice, qui me ramena à ma jeunesse dans les rues de Kyoto. Je laissait Lexa et Lincoln devant la porte des vestiaires avant de rejoindre sa famille sur les bancs au premier rang. Les chaises en plastique grinçaient sous les mouvements des spectateurs, créant un brouhaha où se mêlait les discussions indistinctes. Le silence ne se fit qu'a l'instant où le micro crachota l'annonce du début de la compétition. En attendant que mes amis montent sur les tatamis, je sortais mon carnet à dessins et esquissait quelques croquis des combattants, ajoutant des notes humoristiques. Je relevais parfois les yeux vers le jury, mes yeux s'arrêtant sur le juge austère qui se tenait raide comme un piquet sur le bord de la zone de combat. Par deux fois une jeune fille vint lui parler, je me demandais qui elle pouvait bien être pour oser déranger ainsi cet homme peu avenant. Il ne fallut pas longtemps pour remarquer les cheveux noirs et raides typique des japonaises, et ses yeux en amandes qui ouvrait son visage d'une manière caractéristique. Son visage fin et son teint pâle me laissait supposer que l'un de ses parents n'était pas japonais, mais je fut rapidement persuadé que cet homme était son père, ou du moins de sa famille.

Une annonce m'arracha à mon observation quand j'entendis l'appel de nouveaux concurrents. Face au jury, les élèves se tenaient sagement à genoux le long du tatami. Lexa se redressa souplement, étirant ses jambes en réalisant quelques petits sauts sur place. Une autre fille se leva. Elle faisait environ sa taille, mais devait peser au moins dix kilos de muscles de plus que Lexa. Sa silhouette trapue me paru immédiatement dangereuse face à la petitesse de Lexa et je palis en m'imaginant les pires horreurs sur ce qui allait se produire. Derrière son casque et ses gants rouges, Lexa m'adressa immédiatement un sourire rassurant, faisant battre mon coeur un poil plus vite. Son adversaire lui sourit également, touchant amicalement l'épaule de mon amie avant de prendre place face à elle. Ma respiration reprit un cours normal. Une main chaude se posa tendrement sur la mienne.

— Ne t'inquiète pas, elles ne se battent pas pour de vrai tu sais ?

Becca augmenta la pression sur mes jointures blanchies par la crispation autour de mon crayon. Une rangé de dents blanches comme la neige apparurent, balayant le reste de mes craintes.

— Je sais bien, mais elle à l'air sacrément costaud non ? Lexa n'a commencé qu'il y a trois mois.

— Et s'entraîne presque tous les soirs avec Lincoln dans le jardin. Même quand il pleut. Ces deux là je te jure.

Elle leva les yeux au ciel en retirant sa main, un sourire fier dessiné sur ses lèvres. Cette fois-ci, c'est sur elle que mon attention s'attarda. Sur la courbe de ses lèvres et ses pommettes hautes que Lexa avait hérité d'elle. Sur son regard, protecteur et confiant sur sa fille. Jamais je n'avais surpris une telle émotion de ma mère à mon égard, je me demandais si elle posait ce genre de regard admiratif sur moi de temps à autre.

— Hajime !

L'ordre lancé d'une voix autoritaire me ramena à ma raison de ma présence ici. J'eus à peine le temps de voir Lexa tourner la tête pour se reconcentrer sur son adversaire, et de me demander si c'était vers moi que ses yeux étaient tournés, ou sa mère. Après un rapide jeu de jambe, le premier coup de poing parti, suivi d'un coup de pied sur son côté gauche. Lexa bloqua l'un et l'autre, et recula, laissant l'autre fille s'avancer pour attaquer de nouveau. Puis elle inversa son mouvement, encaissant un coup de poing à l'instant où elle envoyait un coup de pied latéral suffisamment haut pour atteindre la tête de son assaillante et suffisamment fort pour la faire reculer instantanément.

— Elle joue à ça avec Link ? Dis-je d'une voix blanche.

J'imaginais mal Lexa tenir tête à Lincoln, qui mesurait une tête de plus qu'elle et était déjà bien plus musclé. Becca lâcha un rire amusé. Pas étonnant qu'elle ne fasse qu'une bouché de cette fille. Le combat se termina par la victoire de Lexa, qui en enchaîna trois autres avant de perdre face à une combattante bien plus expérimenté. Elle plaisanta sur sa défaite avant de regagner les vestiaires. Habituellement peu à l'aise en société, son aisance dans cette environnement était flagrante. Je souris, ravie qu'elle ait trouvé un sport ou elle s'épanouissait. Même si le danger auquel elle s'exposait me terrifiait.

J'assistais à la victoire de Lincoln contre un adolescent plus âgé et plus musclé que lui, avant de m'excuser auprès de Becca et de rejoindre Lexa dans les vestiaires. J'entrais à l'instant où elle sortait de la douche, une serviette autour de son buste et ses cheveux bruns dégoulinant autour de son visage encore rougie par l'effort. Une vague d'angoisse m'étreignit subitement alors que je me demandais si j'avais encore le droit de me tenir dans cette pièce. Relativement pudique l'une et l'autre, nous nous changions pourtant régulièrement dans la même pièce sans en ressentir la moindre gêne. Mais ma légitimité était-elle toujours intacte depuis que j'avais mis de nouveaux mots sur mes sentiments ? Pouvait on considérer que je trahissais la confiance de ma meilleure amie ? Une modification drastique de mon comportement m'apparaissait pourtant encore pire. J'avançais pour aller m'asseoir sur un banc, gardant les yeux respectueusement baissés pour ne plus avoir à me débattre avec ma conscience.

— J'en reviens pas, t'as gagné presque tout les combats !

— Faut dire que comparé à Lincoln, c'était plutôt facile.

Elle termina de se sécher les cheveux et balança sa serviette à côté de moi, faisant s'envoler une bouffé odorante de savon vers moi. En quelques mouvements elle rangea ses affaires avant de s'asseoir à côte de moi.

— Merci d'être venu. Je sais que c'est pas forcément ton truc les combats.

— T'as quand même pris un sacré paquet de coup. D'ailleurs fait voir s'ils t'ont pas abîmé.

Me tournant vers elle, je pris son visage d'une main pour l'examiner avec attention. Sa tempe arborait une légère rougeur, suite d'un coup de pied retourné qui l'avait mise à terre. Mais à part ça, rien de visible. Elle attrapa ma main inquisitrice en souriant devant tant de prévenance.

— On a des protections Clarke, c'est pas pour rien.

Je laissais mes doigts jouer avec les siens, l'air de rien. Mis à part notre rapide étreinte de la veille, ou l'on avait terminé dans la poussière, je n'avais pas été aussi proche d'elle depuis des semaines. Depuis mon départ, lorsque j'avais eu envie de l'embrasser. Mes yeux dévièrent vers ses lèvres, puis remontèrent trouver deux prunelles vertes intriguées. Si l'envie n'était plus aussi pressante que ce jour-là, la curiosité me rongeait, me demandant quel effet cela me ferais de poser mes lèvres sur les siennes, quel goût elles auraient, et surtout, comment elle réagirait. Peu audacieuse, je me contentais de tirer son bras par-dessus mon épaule pour aller me blottir contre elle, reposant ma tête dans son cou et collant mon corps au plus prêt du sien. Machinalement, elle resserra la prise et je soupirais de contentement. À cet instant, ce banc inconfortable, dans ce vestiaire humide et surchauffé était l'endroit le plus merveilleux du monde.

Les jours suivants, je passais le plus clair de mon temps chez Lexa. Tantôt assistant à ses entraînements de karaté avec Lincoln, tantôt enchaînant les marathons cinéma, confortablement installé entre elle et Aden, Lincoln systématiquement couché sur le tapis élimé du salon de Becca. Anya nous gavait de crêpes à chaque goûter, lorsque nous revenions de nos escapades dans les bois, couvert de trace de mousse et de boue, mais les poches pleines de châtaignes que nous faisions griller dans le foyer le soir venu, grâce à la vieille poêle trouée qui était toujours posé négligemment sur le tas de bois jouxtant la cheminée. J'arrivais même une fois ou deux à réunir tous le monde, ma mère compris, chez Becca pour un joyeux dîner.

Heureuse, dans mon univers, entouré des gens que j'aimais, j'en oubliais Cambridge, son triste climat et ses habitants ennuyeux. Esquivant sans difficultés les questions sur ma vie là-bas, je ramenais systématiquement la conversation sur mes amis qui étaient plus que ravis de partager avec moi les récits de leur aventures, me décrivant avec moultes détails leur nouvelle amie, Luna (provoquant instantanément une vive jalousie que je parvins néanmoins à camoufler). Consciemment, je mettais de côté toutes mes réflexions à propos de mes sentiments envers Lexa, ne voulant pas prendre le risque de gâcher le moindre moment avec elle. Et quand vint l'heure de repartir, une vive appréhension m'envahit à l'idée de me retrouver de nouveau seule, là-bas. Ignorer un problème en pensant qu'il va disparaître n'est pas la solution la plus efficace pour trouver une solution.

Je savais qu'à mon retour, m'attendait Joséphine Lightbourne et toute sa clique, le si charmant professeur Santiago, et les longs couloirs sinistres du collège. Un lieu chargé d'histoire, comme l'équipe enseignante se plaisait tant à nous rappeler. Je pensais encore une fois comme tout aurait été si différent si seulement j'avais pu partager cette opportunité avec Lexa. L'idée m'effleura l'esprit plus d'une fois, mais je savais que Becca n'en avait pas les moyens, sans compter qu'elle refuserait sans aucun doute de se séparer de sa fille pour d'aussi longue période. Comment la blâmer pour ça ? En plus de tout ça, il aurait fallut que Lexa soit partante. Choisir entre rester avec Lincoln, où partir avec moi. Rien qu'à la penser de lui imposer un tel choix, j'en avais la nausée. Non, c'était mon fardeau, hors de question que je me décharge sur elle.

Je reprenais donc l'avion un dimanche après-midi, le coeur lourd. Cambridge en septembre, ce n'est déjà pas un sinécure, mais en novembre ? J'ai bien cru que l'univers avait décidé de me punir de mort par noyade. Pas un jour ne passait sans au moins une averse, quand il ne pleuvait pas non stop de la journée. Mes escapades derrière le mur n'était plus envisageable, je restais donc cloîtré à la bibliothèque la majeure partie du temps, affalée dans les grands canapés, un bouquin à la main ou travaillant sur mes croquis couché sur une table droite. Malheureusement, le collège ne possédait aucune salle d'art plastique, petit détail que ma mère avait négligé dans le choix de l'établissement. Et quand l'immense bibliothèque, qui occupait tout le premier étage du bâtiment principal, fermait en fin de journée, je retrouvais ma chambre, contrainte et forcée. Là-bas, je retrouvais Joséphine et Kaylee, leur chaîne hi-fi poussé aussi fort que les surveillants le permettait, déblatérant sur le professeur Santiago, critiquant la directrice Woodstone, déversant leur fiel sur leurs camarades de classe, dont certaines passaient leur journée à leur coller aux basques à la recherche constante de l'approbation de leur idole. Quand elle ne m'ignorait pas consciemment, je faisais les frais de leurs insultes et moqueries. En ce qui me concernait, elle ne prenait pas la peine de d'attendre que j'ai le dos tourné pour me calomnier.

Sans doute mes cours particuliers avec le professeur Santiago furent un affront suffisant pour mériter tant de haine. Mes résultats désastreux aux derniers contrôles m'avait valut une convocation dès mon retour dans le bureau de la directrice. Le jeune professeur s'était porté volontaire pour m'aider à remonter la pente et je passais deux heures de plus par semaine dans sa salle de classe en tête à tête. Il était gentil et prenait son métier à coeur. Pas une fois, il n'eut une parole ou un geste déplacé à mon égard. Je me demandais s'il en allait de même en ce qui concernait Joséphine, ou si son fantasme (pas si secret que ça) n'existait réellement que dans sa tête.

Portant désormais officiellement l'étiquette de bouc émissaire de Josie (comme ses proches l'appelait), les autres élèves, déjà peu avenantes, me fuyait carrément, quand elle n'en rajoutait pas. Après avoir épuisé toutes les insultes possible sur mes origines française, elle s'attaqua à mon statut social, trouvant toujours quelque chose à redire à mes tenues, qui, il est vrai, n'était pas de la dernière mode. N'ayant jamais accordé grande importance à mon apparence, je ne voyais pas l'intérêt d'acheter des vêtements neuf tant que ceux que je possédais n'était pas trop petit, où trop usés. Voyant que je ne réagissais pas à ses attaques, elle finit par s'en prendre à mon intelligence, clamant à qui voulait l'entendre que j'étais attardé, trisomique, autiste, ce qui me révoltait essentiellement en imaginant qu'elle aurait réellement été capable de martyriser une personne réellement atteinte de handicap.

Malgré tout le détachement et le recul que je mettais entre eux et moi, l'incessant flot de malveillance finit par se frayer un passage, et me mina encore plus le moral, si cela était possible. À la fin du premier trimestre, j'avais les notes les plus basses de la classe (peut-être même du collège), et je prenais mon courage à deux mains pour évoquer avec la directrice, la possibilité d'un changement de chambre. La pression constante exercé par ma camarade de classe était devenue invivable. M'attendant à me heurter à un mur, je fus surprise de trouver en la directrice Woodstone une personne à l'écoute et prenant à coeur le bien-être de ses élèves. Se plaçant en tête de classe à chaque examen et fille unique de Russell Lightbourne, riche investisseur immobilier, Joséphine Lightbourne avait tout pour être une brillante élève et une fierté pour le collège. Si ce n'était son caractère antipathique et son penchant pour le harcèlement. Ses origines aisées ne semblaient pas intimider la directrice qui m'assura qu'elle prenait les choses en main elle-même.

M'assurant de son soutien sans faille, elle en profita pour m'exhorter à m'appliquer dans mon travail pour me remettre à niveau dès le début du second trimestre. Ce fut la seconde et dernière fois, durant toute ma scolarité à Cambridge, où je me sentis soutenue. L'étau, continuellement présent dans ma poitrine, se desserra sensiblement, à la réalisation que j'avais peut-être une alliée. Malgré l'obligation morale et professionnelle du professeur Woodstone (un établissement d'une telle renommée ne pouvait pas se permettre qu'une de ses élèves soit en échec scolaire, surtout pas pour cause de harcèlement), une compréhension tacite s'installa entre nous, quelque chose de plus intime qu'une simple relation prof-élève, comme si elle se reconnaissait en moi.

L'esprit plus tranquille, je reprenais le chemin de la maison pour les vacances de Noël. Deux semaines de répit et l'espoir d'une amélioration de la situation à Cambridge. Lincoln devait rejoindre sa mère pour la deuxième semaine des vacances, et c'était là que papa nous rejoindrais pour fêter Noël en famille. Je savais donc que le temps passé avec mes amis serait précieux.

Je passais les dernières barrières de sécurité et balayait machinalement la foule des yeux, surprise d'y trouver ma mère, un paquet de Malteser enrubanné dans les mains, me souriant avec affection. Je bifurquais et lâchais ma valise en me jetant dans ses bras, m'accrochant à elle tel un naufragé à sa bouée de sauvetage. Les yeux clos, je pris de grandes inspiration, refoulant les larmes qui menaçaient de se déverser. Quand j'eus récupéré assez de courage, je m'écartais d'elle, repérant deux yeux verts inquiets qui me fixaient, juste derrière son épaule. Mon coeur se stoppa, Lexa hésita, puis tendit une main dans ma direction. Machinalement, je la pris, la laissant m'attirer à elle comme dans un rêve. L'étreinte fut brève, maladroite, et mes larmes firent une nouvelle tentative avant d'être définitivement chassé par un sourire joyeux.

— On y va les filles ? Demanda maman, ma valise en main, jetant le paquet de chocolat à Lexa qui l'attrapa au vol d'un geste adroit.

Il lui fallut trois secondes pour arracher la bande qui le fermait, enfourner une poignée de petite billes marron, et la bouche pleine, m'en tendre deux du bout des doigts.

— Ch'est tes préféwés. Fit-elle avec ses joues gonflés comme un hamster.

— Merci d'être venu me chercher.

J'acceptais les friandises en emboîtant le pas de maman, suivi de très près par Lexa qui faisait craquer les chocolats entre ses dents.

— Abby à proposé, j'allais pas laisser passer l'occasion de passer une heure de plus avec toi. Lincoln m'a dit de t'embrasser pour lui, il n'a pas pu venir.

Elle se pencha pour déposer un rapide baiser sur ma joue, laissant traîner une odeur de malt dans les airs. Mon sourire s'élargit. Je captais le regard de ma mère sur moi, tandis qu'elle nous tenait la porte et que Lexa filait droit devant. Les chocolats, la présence de Lexa, la pitié et la culpabilité dans ses yeux, tout m'indiquais que Mme Woodstone avait eu une petit discussion avec Abby Griffin. Une sourde colère bourdonna au creux de mon estomac, je détestais ce que je voyais dans les yeux de ma mère, le reflet de ma faiblesse. Ce jour là, il n'aurait pas fallut grand chose pour que je décide de partager mon fardeau avec Lexa, avec Lincoln. La bonne question, le bon moment. Mais en un instant je chassais l'idée de mon esprit, jamais, je n'accepterais qu'ils me lancent pareil regard. Butée, je préférais souffrir en silence, seule. Je m'en savais capable, certaine de devoir affronter des épreuves bien plus cruelles dans la vie, je pouvais encaisser, je m'en sortirai. Cela ne faisait aucun doute.

On passa le premier week-end des vacances chez Lexa, avec Lincoln, Anya et Aden. C'était tellement agréable de les entendre raconter leurs vies au collège. Je les enviais, mais j'étais heureuse que les choses se passent aussi bien pour eux. Luna faisait maintenant partie intégrante de leur vie, et malgré ma jalousie, j'étais impatiente de la rencontrer. Après m'être terré pendant deux jours, maman insista pour que je rentre dormir à la maison et que je dîne avec elle tous les soirs. Je m'exécutais docilement, tout en continuant à filer dans la maison voisine tous les matins, une fois mon petit-déjeuner avalé. Il avait abondamment neigé ces derniers jours et entre les courses de luges, les batailles de boules de neige, et autre constructions d'igloo, nous n'avions pas un instant à perdre. Sans compter la pile de DVD que nous avions à regarder pour rattraper mon absence. Lincoln partit comme prévu à la fin de la première semaine, et j'attendais avec impatience l'arrivée de papa qui ne devrait plus tarder, profitant encore autant que possible du temps que je pouvais passer avec Lexa.

Maman m'intercepta un matin, alors que j'allais franchir la porte pour disparaître une fois de plus.

— Clarke attend, il faut qu'on discute.

— Ah oui ?

— Tu pensais vraiment pouvoir y couper ? Il y a des choses dont on doit parler. Ce n'est pas en m'évitant que les problèmes vont se résoudre tout seuls.

Je me tenais dans l'entrée, stoïque, les yeux fixés sur ma mère, attendant la suite. Elle aussi patientait, s'attendant probablement à ce que je commence à parler, mais je restai muette. En dix jours, je n'avais pas abordé le sujet de Joséphine une seule fois, et ne comptais pas le faire si je n'y étais pas contrainte et forcée. Pourquoi gâcher de précieuse heures avec les gens que j'aime à évoquer des choses désagréable ?

— La directrice, madame Woodstone, m'a promit qu'elle s'occupait de cette fille. Je compte bien m'assurer qu'elle tienne parole. Mais ton travail va être de rattraper ton retard. Tu ne peux pas te permettre d'aussi mauvaises notes dans ton dossier scolaire.

Je fronçais les sourcils, pourquoi j'avais l'impression de me faire engueuler ? N'était-ce pas moi la victime dans l'histoire ? Même si je devais admettre qu'au fond, la chute brutale de mes notes n'était pas totalement liée à Joséphine. Maman ne pouvais pas le deviner.

— Ça veut dire quoi ça ? T'es de mèche avec la dirlo ? Ça fait tâche de pas être à la hauteur ?

— Tu es à la hauteur chérie, si tu t'en donne les moyens. Et pour garder ouverte toutes les opportunités, ton dossier doit être exemplaire. Je compte sur toi pour remettre ta moyenne à niveau rapidement. Sinon, tu seras obligée de suivre des cours de rattrapage pendant les vacances.

Des cours de rattrapage ? Elle se fichait de moi ? Je sentis la petite boule d'agacement, qui dansait dans mon ventre depuis le début de cette conversation, grossir, envahir le moindre espace de mon corps, et se frayer un chemin vers la sortie. Je ne fis aucun effort pour l'empêcher.

— Tout ça, c'est ta faute ! Mes notes étaient très bien jusqu'à ce que tu décides de m'envoyer à l'autre bout du monde pour avoir la paix ! Tu voudrais qu'en plus, je passe mes vacances, les seuls moments où j'ai l'impression de vivre, à suivre des cours ? Pourquoi tu m'aimes pas ?

La question explosa sous le coup de la colère, jamais je n'avais douté de l'amour de ma mère, même si parfois, elle l'exprimait de drôle de façon. L'expression choquée de son visage m'informa que j'avais visé un point sensible et malgré sa culpabilité, elle choisit la contre-attaque.

— Tu ne fais aucun effort ! Je fais tout ce que je peux, pour que tu réussisses dans la vie.

— Super ! Merci beaucoup maman ! Mais c'est maintenant, que j'aimerais pouvoir vivre !

— Je t'ai envoyée là-bas pour que tu puisses te concentrer sur tes études !

— Et pourquoi je serais plus concentré là-bas qu'ici ?

— Moins de distractions.

Elle avait baissé le ton en prononçant la dernière phrase, déviant son regard vers les escaliers pour ne pas avoir à lire la stupeur dans le mien. Elle soupira en s'asseyant sur les marches, toute colère envolé, elle affichait un air las. Le coup de la réussite, du "c'est pour ton bien", je l'avais déjà entendu. Mais ça…

— Quelles distractions ?

Il fallait que j'en ai le coeur net, trop abasourdie pour envisager que l'évidence qui s'imposait à moi soi la réalité. Évoquait elle la présence de mes amis comme un obstacle à ma réussite scolaire ? Réussite, indispensable aux yeux de ma mère, à la réalisation de je ne sais quel projet ? Elle me fixa avec une détermination sans faille, prête à m'avouer son crime, mais j'avais déjà compris.

— Tu m'as envoyée là-bas pour être loin d'eux ?

— J'ai…

— Maman ! J'ai treize ans ! Je suis au collège ! Pas en prépa de médecine !

Elle tiqua au mot médecine, et je soupçonnai que le problème venait de là. Ma stupéfaction dépassant de loin mon ressentiment, je reprenais plus doucement, sachant que les cris et la colère ne résoudraient rien.

— J'ai treize ans. J'ai besoin de voir mes amis et de vivre ma vie. Laisse moi rentrer maman. Je te promets que si tu me laisser revenir, j'aurais les meilleures notes, tu seras fière de moi. S'il te plaît.

Mon cœur tambourinait dans ma poitrine tandis qu'elle réfléchissait. J'avais une chance, là, à cet instant, de ne pas repartir dans cet enfer, de retrouver Lexa et Lincoln au collège, de rencontrer Luna à la rentrée. L'espoir s'insinuait dans le moindre de mes nerfs, provoquant de légers picotements au bout de mes doigts. Même ma respiration s'interrompit le temps que vienne le verdict.

Elle ouvrit la bouche, soupira, réfléchit encore. Une vrai torture. La pression montait en moi, m'amenant de plus en plus proche de l'implosion. Puis finalement, sa voix ferme brisa le silence tendu.

— Tu dois améliorer tes notes. Si tu finis l'année avec plus de quinze de moyenne, l'an prochain, je t'inscris ici.

J'explosais de joie sans délai, lui sautant dans les bras en lui promettant la lune. Bien sûr, il faudrait que je travaille d'arrache pied pour atteindre l'objectif fixé, et l'an prochain paraissait si lointain que s'en était douloureux. Mais à présent, j'avais de l'espoir. Deux minutes plus tard, je filais chez Lexa, pensant déjà à la façon dont je lui annoncerais la nouvelle.

Xxx

De l'espoir plein le coeur, je reprenais la route de Cambridge, laissant la neige et le froid mordant pour retrouver la grisaille qui était devenu pour moi l'incarnation de ma déprime. La directrice tint parole et j'intégrais ma nouvelle chambre, partagée avec deux filles studieuse et sans histoire. Je changeais de classe dans la foulée, laissant Joséphine et sa bande devenir un mauvais souvenir. Je l'évitais sans difficultés en dehors des heures de cours, connaissant chaque recoin où elle ne mettait jamais les pieds, et même lorsque l'on se croisait au réfectoire, je n'avais droit qu'à un regard torve. La directrice Woodstone avait donc trouvé comment fermer le clapet de cette vipère. Par curiosité, je mourais d'envie de savoir de quelle façon elle s'y était prise, mais je décidais d'être raisonnable et adoptais également un profil bas.

Mes camarades de chambres, peu sociables, créaient un climat propice aux études qui aurait ravi ma mère à n'en pas douter. Consciente de mon retard sur les autres, je m'appliquais aussitôt à atteindre mon objectif, concentrant tous mes efforts et mes pensées sur la prochaine rentrée. Je me fis la promesse qu'une fois passé le mois de juin, je ne remettrais plus jamais les pieds dans ce collège, quoi qu'il en coûte.

Heureusement, je n'eus pas à envisager de solution plus drastique que me conformer aux exigences de ma mère, car à l'arrivée des vacances de Pâques, je brillais en tête du classement de ma classe, recevant les félicitations du corps enseignant dans la foulée. C'est donc la tête haute que je fis mon retour, échappant aux menaces de cours de rattrapages proférées par ma mère.

Dans son dernier mail, Lexa m'informait de la fête d'anniversaire que Luna organisait chez elle. Tout aussi impatiente de faire ma connaissance, elle m'avait invité au même titre que Lexa et Lincoln. Si je trouvais un peu étrange cette situation, j'étais trop ravie de ne pas avoir à passer une soirée loin de mes amis. De plus, on ne pouvais pas dire que je m'étais fait beaucoup d'amis récemment, et à l'idée de pouvoir enfin mettre un pied dans le nouvel univers de Lexa et rencontrer les gens qu'elle fréquentait, mon excitation était à son comble.

Ce soir-là, avec un serrement de coeur, je pris conscience qu'il en était fini de notre trio. Je n'ignorais pas qu'en grandissant, notre cercle s'élargirait inévitablement, intégrant petit à petit de nouveaux amis dont Luna était la première. Mais le savoir et en être témoin était deux choses bien distincte. Cette soirée fut à l'origine de nombreuses amitiés, le point de départ transformant notre trio d'amis d'enfance, en un groupe qui resta soudé jusqu'au lycée.

Il y avait Murphy, DJ désigné pour l'occasion, grand frère de Luna. Des cheveux châtains mi-long qui partaient dans tous les sens, un nez aquilin et deux yeux intelligents. Sa sœur, Luna, semblait toujours un peu ailleurs. Je compris tout de suite ce qui avait plu à Lexa et Lincoln chez elle. D'un naturel calme et apaisant, elle était également très drôle. La troisième personne que je rencontrais ce jour-là, c'était Bellamy, un ami de Murphy, de trois ans notre aîné.

Alors que le DJ lançait un slow, ce dernier s'approcha du buffet où je me servais un verre d'Orangina. Un petit sourire présomptueux flottait sur ses lèvres.

— Salut, tu veux bien danser avec moi ?

Surprise, j'eus à peine le temps de reposer mon verre, tandis qu'il me prenait par la main sans attendre de réponse. En moins de temps qu'il n'en faut pour le dire, je me retrouvais au milieu de la piste, deux bras puissants me pressant contre son torse musclé dans une position inconfortable. Je croisais son regard avant de baisser les yeux en rougissant. Derrière ses boucles brunes, ses tâches de rousseurs relevaient un certain charme. Je me repassai les événements pour comprendre de quelle façon j'en étais arrivée là, ses mains posées sur mes hanches, son corps collé au mien. Je n'avais jamais dansé si près avec un garçon, habituellement, Lincoln était le seul à m'approcher, et jamais, je n'avais ressenti le moindre malaise à son contact. Là, tout semblait bizarre. Il était tellement grand que mes yeux dépassaient à peine son épaule. Derrière lui, je repérai Lexa, les yeux furibonds, qui s'approchait à grand pas.

— Excuse-moi. C'est ma chanson préférée et ma meilleure amie m'avais promis cette danse.

Elle lui lança un regard noir tout en débitant son mensonge éhonté, et se plaça de manière possessive entre nous, renvoyant Bellamy dans les cordes par la même occasion. Le slow de U2 s'intensifia dans les baffles, faisant résonner les basses jusque dans mon coeur. Sans se départir de son sourire enjôleur, il s'effaça gracieusement, non sans venir murmurer à mon oreille avant de s'éloigner.

— Je reste dans le coin si tu veux danser quand ça bougera un peu plus.

Il termina par un clin d'oeil, légèrement moins assuré qu'il ne l'aurait voulu, de toute évidence il n'avait pas l'habitude d'être remplacé. Il finit par partir, et j'enroulai avec soulagement mes bras autour de Lexa qui posa ses mains sans réfléchir, de chaque côté de ma taille enfin libérée, de celles du garçon. Une agréable chaleur m'envahit à ce contact loin de l'angoisse et du malaise que je venais de ressentir. Ses yeux refusèrent de croiser les miens quand elle réalisa dans quelle position elle venait de nous mettre, m'arrachant un sourire taquin dont elle ne fut pas témoin. Elle bougea, allant entremêler ses doigts plus haut dans mon dos. Mon sourire s'accentua devant la touchante maladresse dont elle faisait preuve. Elle s'était lancée à mon secours sans réfléchir une seconde aux implications, et au fait qu'on se retrouvait à danser sur un slow ensemble, pour la première fois de notre vie. Je me débarrassait de mon air niai avant de rompre le silence embarrassant.

— Merci Lexa. Il est gentil, mais beaucoup trop vieux pour moi.

— Les amis sont faits pour ça. Répondit-elle en hochant la tête d'un air entendu, évitant toujours mon regard.

Amies hein ? Je me perdais dans mes réflexions, laissant finalement la musique me porter. Y avait-il une possibilité pour que Lexa partage mes sentiments ? Si j'étais certaine de ce que je ressentais, et si j'avais encore parfois envie de l'embrasser pour de vrai, je gardais encore cette vérité enfouie en moi. Dans la situation actuelle, quelles seraient les conséquences d'une telle révélation ? Je songeais malgré moi à la fin des vacances, et un nouveau départ pour Cambridge. Aux collège et aux nouvelles rencontres, à leur impact déjà significatif dans nos vies. Non, apporter un nouveau bouleversements n'était définitivement pas une bonne idée. Pour le moment, la situation était parfaite telle qu'elle était.