Bonjour à tous !

Il est un peu tard pour vous souhaitez la bonne année, mais le cœur y est .

Je devrais reprendre un rythme de publication moins espacé car je vais être un peu plus dispo. Je vais essayer publier de nouveau les mardis, toute les deux semaines.

Bonne lecture à tous !

Timeline "I was nine" - chapitre 3

F.


Le dernier départ fut le plus facile. Retourner à Cambridge en sachant que lors de ma rentrée en cinquième, Lexa se trouverait à mes côtés changea mon état d'esprit. Focalisant mon attention sur mes études, je décidais de ne plus perdre de temps en accordant trop d'importance à Joséphine. Petit à petit, ses attaques se raréfièrent et devant mon indifférence, elle finit même par se lasser et par elle aussi, m'oublier.

Mon retour triomphant de juin, brandissant un bulletin à la moyenne parfaite de 15,2, marqua la fin de mon calvaire en Angleterre. Mon faux départ du premier trimestre ne m'empêcha pas de recevoir les félicitations de la directrice qui m'avoua qu'elle me regretterai. Elle était navrée que je n'aie pas trouvé ma place dans leur établissement.

Maman paraissait ravie, son humeur m'annonçant de splendides vacances d'été. J'avais vu juste sur la dynamique de notre groupe qui s'agrandit avec Luna. Lincoln passait un peu moins de temps avec nous, maintenant qu'il traînait régulièrement avec Bellamy et Murphy.

Par un après-midi ordinaire d'août, assis sur le rebord du lavoir, Lincoln et Lexa s'entrainaient à effectuer des nœuds compliqués avec un morceau de corde. Murphy devait arriver d'un moment à l'autre pour le récupérer. Installée en tailleur dans un coin plus frais, je faisais glisser mon crayon sur mon carnet, traçant les contours de leurs silhouettes. Concentrés sur leur entreprise comme moi sur mes dessins, j'entendis le scooter de Murphy pétarader dans le village silencieux.

Une minute plus tard, Bellamy en descendait, ôtant son casque pour nous offrir son plus beau sourire. Il passa sa main dans ses cheveux pour se recoiffer, et me regarda, l'air ravi.

— Salut les filles ! Lança-t-il en venant se coller au mur à mes côtés ?

J'étais un peu surprise de le voir, et je cachais instinctivement mon croquis en rabattant la couverture du calepin. Je le saluais, et aperçus du coin de l'œil Lexa qui semblait avoir avalé quelque chose de travers.

— Tu dessines quoi ?

— Ce n'est pas fini.

Mon carnet se retrouva en un instant au fond de mon sac, coupant court à toute tentative d'observation. Cela ne suffit pas à le faire renoncer.

— J'aimerais beaucoup voir tes dessins.

J'acquiesçais sans dire un mot, je ne voulais pas le vexer. Mais sa proximité me mettait mal à l'aise à nouveau. Il se déplaça en même temps que moi, coupant ma retraite. Mon cœur s'accéléra, pourquoi Lexa n'était-elle pas en train de me sauver encore une fois ? Il allait ajouter quelque chose quand Lincoln l'interrompit.

— Faut y aller, Bell. On va louper la séance.

— Oui. Faudra qu'on y aille avec les filles un de ces quatre. Ça te dit Clarke ?

Je cherchais dans le regard de mes amis un indice sur la façon de répondre à cette question. Venait-il de m'inviter à sortir subtilement ? Lincoln haussa imperceptiblement les épaules pour marquer son désarroi, quant à Lexa, elle était figée, les yeux dans le vague, le teint pâle. Aucun secours à espérer de ce côté-là.

— Je… Oui, pourquoi pas. Je bafouillais en réponse, m'attirant un sourire de plus. Les garçons montèrent sur leur engin et détalèrent dans un vrombissement de moteur assourdissant.

Lexa se mura dans un silence inhabituel, pendant les quelques minutes de trajet qui nous séparaient de sa maison. Nous avions prévu une soirée film également. Je m'allongeais sur le canapé à ma place habituelle, pendant que Lexa glissait le DVD de Scream dans le lecteur. Je me souviendrais toujours l'angoisse et l'incompréhension qui m'envahirent lorsqu'elle s'installa de l'autre côté sans un mot. Quelque chose clochait. Mais quoi ? Ça, je l'ignorais. C'était la première fois depuis qu'on se connaissait, qu'elle s'asseyait loin de moi intentionnellement. Je luttais pour repousser cette vague de tristesse qui s'imposait à moi. C'était la première fois que je ressentais une gêne en présence de Lexa, et je détestais ça. Pendant toute la durée du générique, je gardais les yeux rivés sur l'écran, ne sachant pas comment réagir. Une chose demeurait certaine, il était hors de question que je reste là, à me sentir aussi mal, pendant toute la durée du film.

La tension de Lexa reflétait la mienne, mais j'étais incapable de déterminer ce qui avait causé ce changement d'humeur. Je me décidais finalement, et glissais sur les coussins dans sa direction. Ma main passa sous son bras, et je me blottis tout contre elle, assez près pour pouvoir m'enivrer de son odeur rassurante.

Sa respiration s'interrompit un bref moment. Craignant d'empirer la situation, j'ouvris la bouche pour inventer un mensonge à propos du film. Prétexter la peur et le besoin d'être rassurée. Après réflexion, je changeais d'avis. J'avais juste envie (ou plutôt besoin) d'être là. Et je n'avais aucune envie de commencer à baratiner pour justifier mes actions. Si ça lui posait un problème, elle n'avait qu'à me le faire savoir.

À mon grand soulagement, elle finit par se détendre, et le malaise se dissipa instantanément.

La fin de l'été arriva, sans autres incidents, et j'oubliais bien vite le comportement étrange de Lexa ce jour-là.

Je me souviens de la joie que j'ai ressentie en entrant dans le bus aux côtés de mes amis le jour de la rentrée. Maman m'avait inscrite dans le collège à côté de celui de Lexa. Ce qui était pour moi, je le lui avais fait remarquer, une violation de notre contrat moral. Mais je m'étais fait une raison, et gardais cette digression en mémoire pour un prochain combat. Car avec une mère comme la mienne, je savais qu'il y en aurait d'autres.

Je regardais mes amis continuer leur chemin vers le portail vert, alors que je franchissais le bleu, situé quelques dizaines de mètres avant. C'était un collège privé, mais cela n'avait rien à voir avec le pensionnat à Cambridge. Ici, ça sentait la vie, l'enfance. Dans le renfoncement à côté de la salle de gym, un groupe de grand riait, un magazine people passant de main en main. Plus près de l'entrée, sous le préau, des sixièmes un peu perdus cherchaient la présence rassurante des quelques camarades. Un pion traversait la cour en guettant un début d'altercation, mais l'ambiance avait l'air sereine. Je me dirigeais vers les panneaux d'affichage, où s'agglutinaient les élèves, impatients de découvrir leurs classes et leurs professeurs.

J'avais la chance de n'avoir aucune attente ni aucune crainte. Je ne connaissais personne, ni élève ni professeur. Attirant une légère attention de la part de mes camarades de classe, je soupirais en réalisant qu'encore une fois, j'étais la nouvelle. Je débarquais comme un chien dans un jeu de quilles, dans un lycée où les affinités s'étaient déjà créées. Je passais les premiers jours dans une relative solitude, jusqu'au jour où je rencontrais Octavia.

— C'est ma place. Grogna-t-elle, en se postant juste à côté de moi au cours de physique-chimie.

Irritée, je la détaillais des pieds à la tête en me poussant. Avec une attention millimétrée, je lui abandonnais exactement la moitié de l'espace de travail. Je n'avais pas quitté ce pensionnat de malheur pour me laisser emmerder ici. Elle plissa les yeux, et je retins brièvement mon souffle. Puis elle fit signe à la fille derrière elle d'aller se mettre ailleurs et s'avachit sur la table en métal.

— T'as intérêt à être douée. Que j'ai pas changé de partenaire de laboratoire pour me taper une sale moyenne. Soupira-t-elle résignée.

J'esquissais un sourire, et ouvris le livre à la page de la leçon du jour, pour le positionner entre nous deux.

— Je me débrouille. Affirmais-je sans prétention. En vérité, j'étais aussi douée en physique-chimie qu'en mathématiques et autres sciences.

Ce fut lors de ces cours que notre amitié se forgea avec Octavia. La semaine suivante, elle m'invita à me joindre à elle et ses amis pour le déjeuner. Le temps passant, on discutait de plus en plus, de tout, de rien. Et un jour, alors que l'on traînait sous un grand chêne à l'heure du déjeuner, elle me parla de sa famille.

— On vit dans une famille d'accueil avec mon frère. Ils sont gentils, mais honnêtement, j'ai hâte qu'on puisse se prendre un appart avec Bell.

Je tiquais à l'évocation de son frère, un étrange pressentiment m'envahissant.

— Bell ?

— Bellamy. Mes parents avaient une passion pour la science-fiction et l'histoire des grands empires.

— Tu as une photo ?

Combien de Bellamy pouvait-il y avoir dans les parages ? Mais il fallait que j'en aie le cœur net. Surprise par ma demande, elle ne posa néanmoins pas de questions en sortant une photo la représentant au côté d'un garçon plus âgé, aux cheveux bouclés emmêlés avec des taches de rousseur étalées sur ses joues. Plus de doute, c'était bien notre Bellamy. Les battements de mon cœur s'accélérèrent, pour je ne sais quelle raison, cette situation me mettait mal à l'aise. Vive d'esprit, Octavia me laissa quelques instants pour me reprendre avant de m'interroger.

— C'est quoi cette tête ?

— Je le connais.

— Ah bon ? D'où ?

— C'est un ami… D'un ami. Ou du frère d'une amie, enfin, disons qu'on a des connaissances en commun.

— Ah.

Mon explication parut la satisfaire, car elle rangea la photo et changea de sujet. Incapable de me concentrer sur la conversation, j'appréhendais à présent le moment où je devrais présenter Octavia à Lexa. Je me creusais la tête le reste de la journée à essayer de comprendre pourquoi je me sentais coupable, et malgré mes maigres observations, j'en arrivais à la simple conclusion que Lexa n'aimait pas Bellamy. Et j'avais l'impression de la trahir en traînant avec sa sœur.

Le lendemain, Octavia, m'interrogea de nouveau sur mes relations avec son frère, car il avait réagi étrangement lorsqu'elle lui avait rapporté notre conversation. Je fus incapable de lui apporter un éclaircissement à ce sujet, mais j'évoquais volontiers mes amis. Ce fut la première fois que je lui parlais de Lexa. Ce fut loin d'être la dernière, pour son plus grand malheur. Elle avait ouvert une vanne que je ne parvenais plus à refermer, et il ne se passait pas un jour sans que Lexa n'apparaisse au détour d'une conversation. Tant et si bien qu'un jour, lors d'une énième conversation où je vantais les innombrables qualités de mon amie, elle commença à sourire, et puis à rire franchement. Confuse, je m'interrompais dans mon monologue.

— Qu'est ce qu'il y a de drôle ?

— Rien, je m'imaginais… Enfin, je me demandais combien de temps, tu mettrais à comprendre que tu es amoureuse de cette fille.

Mes joues virèrent au cramoisi à cette remarque, et je détournais immédiatement le regard, cherchant à me recomposer. Étais-je donc si transparente ? Octavia rit encore un peu de ma gêne, et puis tout à coup, elle réalisa et se calma instantanément.

— Ah, mais attends ! Tu sais ! s'écria-t-elle choquée.

Je la fixais d'un regard noir, puis accélérais pour aller bouder dans un coin. Elle me rattrapa bien vite.

— Te barre pas, ça me dérange pas, c'est juste que je ne pensais pas que tu en étais consciente. Du coup, tu lui en as parlé ? Je secouais la tête, la voix coincée au fond de ma gorge par cette affluence d'émotions. Avouer à Wells que j'aimais Lexa était une chose, mais c'était un inconnu, il ne connaissait pas Lexa, et je ne l'ai jamais revu. Octavia par contre, c'était autre chose. Elle faisait partie de ma vie.

— Pourquoi tu lui dis pas ?

— Je suis pas prête à lui dire. Les choses sont très bien comme elles sont entre nous.

— Pour le moment peut-être, mais un jour, elle aura probablement un petit copain, ou une petite copine, c'est de notre âge.

Mon visage se vida instantanément de toute couleur, en imaginant Lexa dans les bras d'une ou d'un inconnu.

— En tout cas, j'ai hâte de la rencontrer. Ajouta Octavia avec un sourire en coin.

Pour ma part, j'avais de moins en moins hâte.

L'occasion se présenta néanmoins quelque temps plus tard à la sortie des cours. Je ne saurais jamais si Octavia avait fait exprès de mettre les deux pieds dans le plat dès la première rencontre. Mais après son « Alors c'est toi la fameuse Lexa ? » elle commença à déblatérer sur son frère, jusqu'à l'inévitable moment, où l'identité du dit frère, ne fit plus aucun doute.

À cette révélation, Lexa partit en trombe sans prendre la peine de dire au revoir. Si j'avais appréhendé sa réaction, je ne m'attendais pas à ce que ce soit aussi violent. Je m'excusais de son comportement auprès d'Octavia qui me rassura d'un sourire entendu. Comme si elle connaissait un secret que moi-même j'ignorais. Je courais presque pour rattraper Lexa. Le temps d'arriver au parking des bus, je m'étais repassé la scène une dizaine de fois, sans réussir à mettre le doigt sur ce qui m'agaçait le plus. La réaction disproportionnée de Lexa ? Ou le fait que je ne la comprenne pas ?

Le chauffeur ouvrit les portes pour me laisser monter, et je m'affalais sur le siège contigu à celui de Lexa, ne cachant pas ma contrariété. Pour la première fois de ma vie, Lexa était la cible de ma colère. L'expérimentation de ces nouveaux sentiments était déstabilisante. Elle aussi était furieuse, clairement. Pourquoi exactement ? J'étais bien décidée à lui tirer les vers du nez.

— C'est quoi ton problème ?

Ses yeux coléreux s'emplirent de culpabilité, lorsqu'elle prit conscience de mon exaspération. Elle tenta d'éluder la question, mais je continuais plus doucement. Après tout, je ne voulais pas qu'on s'engueule, je voulais juste comprendre.

— À d'autres Lexa. Qu'est-ce qu'il y a ?

— Je n'aime pas Bellamy…

J'en étais sûre. Les images de la danse dans le garage de Luna me revinrent en mémoire, ainsi que la scène de cet été, quand il m'avait invitée au cinéma.

— Je ne suis pas amie avec Bellamy, je suis amie avec sa sœur. Et même si j'étais amie avec lui, il ne m'intéresse pas.

Je n'avais pas pris le temps de réfléchir à ce que je disais, et cette phrase, sortie spontanément, sonnait comme un aveu. Soudainement, je ne voulais plus parler, j'avais peur de là où ça pourrait nous emmener. J'ouvris un livre pour paraître inaccessible. Lexa était-elle jalouse de Bellamy justement parce que lui s'intéressait à moi ? Et si c'était le cas, s'agissait-il simplement de possessivité, ou était-ce autre chose ? Sa colère semblait dirigée contre moi, qui n'avait pourtant rien fait pour l'encourager. À l'idée que Lexa puisse partager mes sentiments, mon cœur se gonfla d'espoir, et j'eus de nouveau envie de l'embrasser. Elle était belle quand elle était contrariée. Cette légère ride sur le haut de son front, les nuages au fond de ses yeux, de la même couleur que l'océan après la tempête. Je passais le reste du trajet à la regarder du coin de l'œil, pour vérifier si elle affichait encore une mine contrariée tout en camouflant un sourire joyeux.

xxx

Après cette première rencontre chaotique, Lexa fit un effort pour être agréable en la présence de ma nouvelle amie. C'était la première fois, depuis notre rencontre en primaire, que je me faisais une nouvelle amie, une vraie. Je ne ressentais pas le besoin d'être entourée de toute part, mais c'était agréable de voir de nouvelles têtes. À chaque apparition de Bellamy, je guettais les réactions de Lexa qui se renfrognait systématiquement à son approche. Jamais je n'abordais le sujet. Il était bien plus confortable d'imaginer ce qui me plaisait sans avoir à confronter la réalité de mes sentiments. La technique du déni marcha fort bien quelque temps, et puis un jour, je me retrouvais seule avec Lincoln dans le bus.

Il prit place contre la vitre du bus, et attendit que je m'installe pour me tendre un écouteur. Son regard dévia en direction d'Octavia qui s'éloignait sur le parking, et je souris.

— Vous êtes mignons.

— Quoi ? Qui ?

— Octavia et toi. Vous êtes mignons.

Il me dévisagea, tentant de déceler une once de moquerie, mais j'étais on ne peut plus sincère, et heureuse du tournant que prenait inévitablement leur relation.

— Tu crois qu'on devrait… Enfin, sortir ensemble ?

— Je n'en doute pas une seconde.

Il me sourit, et replongea dans ses pensées quelques secondes. La chanson arriva à sa fin, et une nouvelle commença. Il me regarda à nouveau.

— Ça te plaît ? C'est Octavia qui m'a fait connaître.

J'aimais la force de la basse, la voix masculine qui se tordait, et les riffs de guitare. J'acquiesçais et me concentrais sur le son qui me parvenait par cette minuscule oreillette, ignorant l'intensité du regard que Lincoln m'adressait.

— Clarke ? Je peux me tromper, mais…

— Oui ?

— Est-ce que tu es amoureuse de Lexa ?

Mon sourire s'effaça en un battement de cœur, je plongeais mon regard dans le sien. On n'avait jamais parlé de nos sentiments auparavant. Mais si je n'avais pas pu mentir à Octavia, il était encore moins concevable que j'esquive une question aussi directe de mon meilleur ami. Je me demandais vaguement comment je réagirais, si c'était la principale intéressée qui me posait un jour cette question.

La gorge serrée, je fus incapable de prononcer le moindre mot, me contentant de hocher la tête timidement. Il esquissa un sourire affectueux, je me détendis. Une partie de moi avait peur de rompre l'équilibre de notre trio, en avouant mes sentiments. Mais il ne semblait pas s'en soucier. Il était peut-être temps de passer à autre chose.

— Si tu veux mon avis, vous feriez un très beau couple.

— Pas plus beau qu'Octavia et toi.

— Non, quand même pas… Mais au moins autant. Sourit-il, en me serrant la main dans un geste rassurant.

La sensation de plaisanter à ce sujet était étrange. Ça paraissait tellement naturel, et en même temps incroyablement effrayant. Si Lincoln osait se lancer avec Octavia, aurais-je l'audace de tenter ma chance avec Lexa ?

Je me réinstallais confortablement dans le siège du bus, laissant mon esprit vagabonder vers une certaine paire de lèvres, devenues mon principal sujet de fantasme depuis des mois.

— Pas un mot à Lexa.

La précision me sembla importante sur le moment, mais le regard que je reçus en retour m'informa que c'était superflu, mon secret était en sécurité.

L'été arriva et avec lui, la fin de l'année scolaire. À la fin du mois de juin, nous organisions la première veillée de l'été. Il y en aurait d'autres, à commencer par la traditionnelle soirée d'anniversaire de Lexa qui fêterait bientôt ses 14 ans. Mais ce fut celle-ci qui marqua le tournant vers l'adolescence. Papa me déposa au bord de la route, et je traversais le champ pour rejoindre Lincoln et Lexa, qui s'affairaient à démarrer le feu. J'approchais à pas de loup par l'arrière, les yeux rivés sur Lexa. Elle était assise sur le tronc d'arbre qu'on avait coupé à la hache quelques années avant. Par un ingénieux système de roulement, nous avions réussi à nous trois, à le traîner jusqu'à notre coin. Il était désormais gravé de toute part, chacun de nos passages lui infligeant de nouvelles cicatrices.

Je posais mes mains délicatement sur ses yeux, mais je l'avais à peine touché qu'elle avait déjà deviné que j'étais là. Lexa avait un sixième sens, elle savait toujours quand j'étais dans les parages.

— Comment tu fais ? Ce n'est pas juste, j'arrive jamais à te surprendre…

Elle ne répondit pas, et j'aperçus Lincoln qui m'observait avec un sourire en coin, avant de disparaître pour aller accueillir les copains. Je profitais de cette soudaine intimité, pour laisser mon regard vagabonder. Ses longs cheveux tombaient en cascade sur ses épaules, je me retenais de repousser une mèche qui me cachait son visage. Elle portait sa tenue habituelle, un simple jean, et un t-shirt au logo d'ACDC. Pendant un instant, je rêvais éveillée. J'imaginais ses bras musclés autour de moi et son nez fin se blottir dans ma nuque, son souffle me chatouillant au passage. Une petite flamme s'alluma en moi à ce moment, pour ne jamais plus cesser de brûler.

Luna, accompagnée de Murphy, Bellamy et Octavia, arriva à peu près en même temps que moi. Il fallut attendre la nuit pour qu'Anya se montre. Ce soir-là, malgré les apparences, les choses étaient différentes. Nous avions passé bon nombre de soirées en ces lieux, avec nos amis. Les mêmes personnes, le même lieu, et pourtant tout était différent.

Lincoln s'était finalement décidé à se déclarer, et ce soir marquerait sans nul doute, le début officiel de leur relation de couple. Bellamy et Murphy avaient apporté, pour la première fois, de l'alcool et des cigarettes et pour ma part, je prenais lentement conscience que ma relation avec Lexa ne me satisfaisait plus. J'en voulais plus, sans vraiment savoir quoi, ni comment.

Ce n'était qu'une bière, mais la tête me tournait au moment où Octavia proposa de jouer à la bouteille. Un jeu un peu stupide quand on y regarde de plus près. Mais au fond, nous étions jeunes, et un peu stupides.

La bouteille tournoya, une fois, deux fois. Je me laissais flotter sous le léger voile l'alcool, inattentive aux résultats des premiers lancers. Puis, le goulot s'immobilisa en direction de Lexa, ce qui ramena immédiatement mon attention sur le jeu. Elle choisit action.

— Tu dois embrasser Clarke. Sur la bouche. Annonça Murphy, un sourire sadique au coin des lèvres.

Il me fallut quelques secondes pour prendre conscience de la signification de cette annonce. Mon visage se figea subitement dans une expression neutre, dérobant aux regards curieux l'ampleur de la tempête qui ravageait mon ventre. Elle enchevêtrait sans ménagement mes sentiments, mes envies et ma peur, provoquant une intense sensation de terreur inhibée par les doux effets de l'alcool.

D'un regard, Lexa chercha mon autorisation que je lui donnais malgré moi en haussant les épaules, encore trop abasourdie pour penser à refuser. Avais-je l'air aussi nerveuse qu'elle ? Je m'appliquais à dissimuler l'étendue de mon trouble, tout était un peu flou autour de moi. L'alcool brouillait mes pensées autant que l'afflux de sang dans mes veines, dû aux battements frénétiques de mon cœur. La peur s'atténua, écrasée par l'impatience d'enfin découvrir le goût des lèvres de Lexa. Probablement un goût de chamallow. Je la regardais s'avancer, hésitante, sans bouger le moindre muscle. Mes yeux passèrent du reflet du feu dans ses pupilles, à ses lèvres roses et fines qui s'approchaient au ralenti. Je déglutis et entrouvris la bouche, cherchant de l'air, dans l'attente. Une vague de panique : et si je ne parvenais pas à m'arrêter ? Si une fois ce baiser initié, je ne la laissais plus jamais repartir ? Il était trop tard pour faire demi-tour, et de toute façon j'en avais envie plus que tout. Mes yeux se fermèrent quand elle fut assez proche pour que je sente son souffle sur mon visage. Et puis plus rien.

— Désolée les gars, là ça devient vraiment bizarre. Je ne peux pas faire ça.

Mes yeux se rouvrirent. Choquée, déçue, je ravalais ma fierté et cachais mon humiliation sous un sourire faux que je m'appliquais à rendre le plus convaincant possible. J'aurais tout le temps de lécher mes blessures plus tard. Elle n'avait pas voulu m'embrasser. Au final, elle ne voyait en moi que sa meilleure amie et cette jalousie envers Bellamy découlait uniquement de sa possessivité. Je passais le reste de la soirée à ruminer la scène. Le rejet n'est jamais facile à vivre, mais c'est autant plus dur lorsqu'on ne l'a jamais réellement envisagé. J'étais convaincue que Lexa et moi étions faites pour être ensemble, pour la vie. Que ce n'était qu'une question de temps, et que l'heure était venue. Mais elle n'avait même pas réussi à m'embrasser pour de faux.

Perdue dans mes pensées, je sursautai au moment où Lexa s'adressa à moi. En une seconde, je réalisais qu'elle ne m'avait plus parlé depuis l'incident de la bouteille. Étrange, mais mon introspection m'avait empêchée de le remarquer avant. Lincoln et Octavia avaient disparu depuis un moment, et quand je revins enfin sur terre, je m'aperçus qu'il n'y avait plus que nous deux autour du feu.

— Du coup, Murphy dort avec Luna, et Bellamy a pris une tente… J'imagine qu'on pourrait dormir à la belle étoile. Il ne pleuvra pas cette nuit.

J'étais épuisée, plus mentalement que physiquement, même si la journée avait été longue et la soirée alcoolisée. Je décidais de cesser de me torturer, et mis mon cerveau sur off. Sur l'invitation de Lexa, je vins me blottir contre son corps chaud. Elle tira la couverture sur nous. C'était léger, mais je n'avais pas froid dans ses bras. J'avais envie de pleurer, alors je posais ma tête sur son épaule, de façon à ce qu'elle ne voie pas mes yeux. Mon bras reposa sur son ventre, m'obligeant à l'immobilité la plus totale tandis que je me calmais. Je prenais lentement conscience de nos respirations qui s'accordaient, de sa chaleur sous mon bras, de son odeur réconfortante.

Je sentis soudain un poids supplémentaire s'étaler sur nos corps. Lincoln venait de nous couvrir. Lexa bougea, et mes doigts trouvèrent malgré eux un chemin vers sa peau. C'était un contact fugace, provoqué par le mouvement hasardeux de son t-shirt. C'était suffisant cependant, pour attiser la petite flamme au fond de mon ventre. Et si j'avais pu mettre mon cerveau sur pause, mon corps n'avait pas l'air du même avis. Mes doigts fébriles ne demandaient que l'autorisation de partir en exploration. Je les retins. Ne voulant rien faire que je pourrais regretter. Hors de question que je risque notre amitié, c'était pour moi le plus important, et si elle n'envisageait pas notre relation du même œil que moi, cela importait peu. Je ne la perdrais pas, quoi qu'il arrive. Contre toute attente, elle resserra son étreinte, et j'en profitais pour me vautrer un peu plus sur elle. De ma nouvelle position, j'entendais les battements erratiques de son cœur, étrange pour quelqu'un qui essayait de dormir. Pelotonnée tout contre elle, je pouvais sans mal visualiser mon propre cœur battre de la même façon.

M'extirpant de ses bras, je me redressais pour l'observer. Pendant un instant, je crus voir son regard se poser avec envie sur mes lèvres. Elle se détourna, mais je la forçais à me regarder de nouveau. Avait-elle envie de m'embrasser ? Et si son esquive plus tôt dans la soirée n'avait pas été motivée par les raisons que j'imaginais ? Et si je me trompais ? Soudain, je n'eus plus aucune certitude sur ses sentiments à mon égard. Malgré la fatigue, je tentais une approche.

J'hésitais un instant, à simplement me pencher sur elle, sans un mot. Venir capturer ses douces lèvres, passer ma main derrière sa nuque, plonger mes doigts dans ses cheveux et l'attirer encore plus près. Je préférais jouer la sécurité.

— Lexa ? Quelque chose ne va pas ?

— Je me demandais si Lincoln et Octavia oseraient s'afficher ensemble, demain matin. Devant Bellamy, je veux dire.

La réponse fut loin de celle que j'espérais, alors je décidais de ne pas insister. À la place, on parla de nos amis jusque tard dans la nuit. Et si Lexa s'endormit quelques heures après que le soleil levant ait commencé à faire fuir les étoiles, je ne trouvais pas un instant de repos.

Au matin, j'en arrivais à la conclusion indéniable qu'il faudrait que je me déclare pour être fixée. Mais à la simple idée qu'elle puisse me rejeter, j'étais terrifiée. Et cette soirée avait décuplé mes doutes.

J'avalais un café en guise de petit-déjeuner, me renfermant sous couvert de fatigue. Personne n'était très bavard ce matin-là. Et quand tout le monde rentra chez eux, Lexa, à mon grand étonnement, me proposa une ballade à la rivière. Ne sachant plus comment interpréter ses actions, je restais indécise un moment.

— Okay, aide-moi juste à plier ce truc, et on est parti. Après tout, peu importe ses motivations, ça me donnerait peut-être l'occasion d'avoir une réponse à la question qui me taraudait depuis la veille.

xxx

L'eau claire défilait au pied des roches, tentatrice en cette chaude journée d'été. Après cette nuit passée près du foyer, je n'avais qu'une envie : me débarrasser de l'odeur âcre de la fumée. En quelques mouvements, je me déshabillais pour plonger sans attendre sous la cascade où je laissais la fraîcheur de l'eau me laver de la fatigue, de la poussière et des cendres qui maculaient mon visage. Pour un peu, j'aurais presque senti la chute d'eau emporter mes tourments et suivre lentement le cours de la rivière. Cette illusion de paix ne dura pas, lorsqu'en levant les yeux, j'aperçus l'objet de mes tourments comme une ancre dans la réalité. Debout sur la pierre qui surplombait la rivière, Lexa m'observait d'un air curieux, comme si elle ne m'avait jamais vue avant. Son attitude étrange commençait à m'agacer.

— Lexa ! Ramène tes fesses ici ! C'était ton idée !

Elle retira son t-shirt avant de sauter à son tour. La rivière l'avala, mais avant que je n'aie le temps de m'inquiéter, elle refit surface juste devant moi, ses longs cheveux ruisselant sur sa nuque, les yeux vides, comme si son esprit était momentanément absent. Lorsque je m'approchais, elle s'immergea à nouveau pour me fuir. Dépitée, je nageais jusque sous la cascade, l'eau glaciale me martelait le corps, me vidant de mes forces et de mes émotions. J'invitais Lexa d'un signe, sans le moindre espoir qu'elle me rejoigne et pourtant, après quelques mouvements de brasse, elle se tenait à mes côtés. Assourdies par le fracas de l'eau qui nous gelait jusqu'aux os, nous nous scrutâmes sans détour. Les lèvres bleuies, Lexa commença bientôt à claquer des dents. Nous regagnâmes la rive pour nous réchauffer sur le large rocher inondé de soleil en ce milieu de matinée. Il surplombait la gouille d'eau formée par la cascade. J'étendis avec délice mon corps frigorifié sur la surface brûlante et dure, tandis que Lexa, dans son jean trempé, s'allongeait en tournant la tête de l'autre côté pour éviter sciemment mon regard. Ce bain m'avait fait du bien, j'avais les idées plus claires, mais avant de perdre le peu de courage qu'il me restait, je décidais de me jeter à l'eau d'une tout autre façon.

— Pourquoi tu n'as pas voulu m'embrasser hier ?

— Je l'ai dit, c'était trop bizarre, t'es comme ma sœur…

Sa réponse était trop instantanée, trop préparée pour être honnête. Aussi hypocrite que pouvait l'être ma réaction, cela provoqua un déferlement de colère en moi. Si les choses avaient été plutôt floues cette nuit, elles étaient on ne peut plus claires à cet instant. Je me redressais et cherchais mon t-shirt.

— Tu mens.

— Pardon ?

— On se connaît depuis quatre ans Lexa, je sais quand tu mens.

Ma déception à peine masquée, je tentais de maitriser mon irritation. Lexa m'avait toujours dit la vérité, jamais je n'aurais cru qu'il puisse en être autrement. Une pointe de culpabilité me traversa. Et moi ? Pouvait-on considérer mon refus de lui avouer mes sentiments comme un mensonge ? Je terminais de lacer mes baskets et me dirigeais vers la forêt, où se cachait l'étroit chemin qui nous ramenait vers le village.

— Attends !

— Quoi ?

Mon cri exaspéré résonna contre les arbres derrière moi, incapable de me retenir. J'essayais déjà de contenir mes larmes, je ne pouvais pas faire mieux. Elle m'avait rattrapée, enfilant à la hâte son t-shirt.

— Bon d'accord, j'ai eu peur.

— Peur ? De quoi ?

— Ben… j'ai jamais embrassé personne… alors... Admit-elle d'une petite voix.

Ses yeux balayèrent les entourages, sans jamais oser se poser sur moi. Je le savais, tout comme elle savait qu'il en allait de même pour moi. Mais l'entendre me l'avouer de cette façon m'attendrit immédiatement, chassant ma colère comme le vent chasse les nuages. L'envie de ses lèvres revint, plus forte, plus réelle. Je fixais mon attention sur sa bouche, légèrement entrouverte pour laisser passer l'air qu'elle avait du mal à trouver. Le regard toujours fuyant, je la touchais pour qu'elle se concentre sur moi.

— Moi non plus.

— Est-ce que'on ne devrait pas garder ça pour quelqu'un qui compte pour nous ? Plutôt que de le gâcher dans un jeu stupide.

— Le jeu est peut-être stupide, mais tu es quelqu'un qui compte pour moi, Lexa. Tu es ma meilleure amie.

Je me maudissais intérieurement, pour avoir à mon tour proféré un mensonge aussi gros que ça. J'avais une chance de me confesser, et je ne l'avais pas saisie. Pourtant, alors que je disais des mots que je ne pensais qu'à moitié, je m'approchais d'elle, tout en l'attirant contre moi. Oserais-je aller jusqu'au bout ?

— Il n'est pas trop tard pour finir le jeu…

Ma voix, compressée dans ma poitrine douloureuse, ne fut guère plus qu'un chuchotement. Je stoppais soudain mon avancée, indécise, hésitant à combler l'espace qui nous séparait. Car après ça, tout serait différent. Quelle que soit sa réaction, ma vie changerait à jamais.

J'en étais encore à me questionner, quand deux mains déterminées se posèrent sur mes hanches et me tirèrent. Nos nez se heurtèrent doucement, puis sa bouche s'écrasa maladroitement sur la mienne. Je retins un sourire, et vins capturer sa lèvre entre les miennes. La petite flamme qui s'était allumée la veille s'embrasa en une fournaise infernale, crépitant au fond de mon ventre. Lexa bougea, transformant ce début maladroit en danse sensuelle, sans même s'en rendre compte. C'était doux, agréable, chaud et excitant. Rien à voir avec ce que mes camarades de classe décrivaient, ce truc un peu dégueulasse impliquant toutes ces langues et cette salive. Une bourrasque glaciale s'insinua soudainement entre nous.

Ouvrant les yeux sous l'effet de ce changement de température brutal, je me retrouvais au sommet d'une colline. Il faisait froid, je crois même qu'il pleuvait. Les grands sapins au loin, ne ressemblaient plus en rien aux arbres que je connaissais. Un léger brouillard flottait bas, comme si l'aube était encore jeune. Les trépignements des chevaux, la colère, et l'incompréhension que je sentais émaner des personnes autour de moi créaient une atmosphère angoissante. Lexa était là, à ma gauche, légèrement en retrait. Je m'avançais sur la pente, sans vraiment la voir, mais avec la certitude que c'était bien elle, sous ce tissu rouge sang qui lui recouvrait la tête, pour la protéger du froid et de l'humidité. Il n'y avait personne d'autre dans mon champ de vision. En contrebas de notre position, se dévoilait un tableau inconcevable, si ce n'est dans mes pires cauchemars. Des corps, par dizaines, peut-être par centaines, étendus à mes pieds comme une vision d'horreur. Du sang, tellement de sang, sur leurs visages, leurs membres, et sur l'herbe verte de la vallée. C'était une guerre. Leurs armes de métal gisaient au milieu des cadavres, reflétant la faible lumière qui filtrait derrière les nuages. Ils n'avaient pas eu le temps de se battre, l'évidence m'horrifiait encore un peu plus. C'était une exécution, un massacre. Il n'y avait pas d'autre mot. Et si mes yeux étaient capables de traiter ces images, le pire venait de l'odeur de la mort qui s'insinuait dans mes narines et ma bouche, laissant un arrière-goût de sang qui me retourna l'estomac. Il ne fallut que ces quelques secondes, pour me convaincre que jamais je ne serais capable d'oublier le bourdonnement assourdissant des mouches dans ce calme matin d'automne.

Un battement de cœur plus tard, j'étais de nouveau à la lisière de la forêt. Le grondement rassurant de la cascade, un peu plus loin. Les oiseaux chantant sur la cime des arbres. Lexa me regardait, l'air hagard. J'étais terrorisée par cette vision, convaincue au plus profond de moi que c'était lié à Lexa. À notre baiser. Devenue une experte dans l'art de la dissimulation, je camouflais mon trouble du mieux que je pouvais.

— On ferait mieux de rentrer, ils vont se demander où on est passées.

Ma voix, empreinte de l'horreur dont je venais d'être témoin, trembla imperceptiblement. Et sans attendre de réponse, je m'élançais sur le chemin du retour, encore plus perdue que lorsque nous étions arrivées.