Bonjour à tous,
Je suis grave à la bourre... mais je vous promets un second chapitre courant mars !
Comme je suis aussi sensé terminer mon premier jet ce mois-ci, je ne m'engage pas plus, visiblement je ne suis pas douée pour tenir un planning.
J'en profite pour remercier tous celleux qui passent par ici, qui me lisent et qui prennent le temps de laisser un petit mot qui fait toujours plaisir 😊
À bientôt et bonne lecture à tous !
Timeline "I was nine" - chapitre 4
F.
Chaque nuit pendant des semaines, je retournais en cauchemar sur ce champ de bataille, entourée de ces corps, qui parfois, me regardaient et me parlaient. Pendant quelque temps, j'évitais Lexa, incapable de me comporter naturellement avec elle. Ma mère m'avait proposé un stage à l'hôpital pour une partie de l'été, m'offrant l'excuse parfaite pour la fuir. La terreur que je ressentais à chaque fois que je la voyais n'avait d'égal que le manque de son absence. Terrifiée par les réminiscences de mon expérience (qui s'accentuaient dès que je m'approchais d'elle), autant que par l'envie de réitérer notre baiser. J'essayais, aussi fort que possible, d'enfermer ces images, mes cauchemars, pour les oublier. Au fil des jours, la vision (car je n'avais pas trouvé de mot plus adapté pour le décrire) s'atténua, les mauvais rêves s'espacèrent, et lentement, mon esprit arrêta de me torturer.
À la rentrée en septembre, ce n'était plus qu'un souvenir douloureux étroitement mêlé à l'un de mes plus beaux, la peur et le désir figés dans cet unique instant. Ce baiser demeura un tabou entre nous. Pas une fois elle n'y fit allusion. J'ignorais quelle émotion me dominait à ce sujet, le soulagement ou la déception. Et puis il y avait ces moments gênants où l'on se retrouvait avec Lincoln et Octavia. Je prenais mes distances dès que ces deux-là s'embrassaient, évitant consciencieusement de croiser son regard, sans pouvoir m'empêcher de me demander si elle m'observait. Mes pensées s'envolaient vers ses douces lèvres, cette sensation de plénitude, cet instant parfait. Juste avant le cauchemar. Si je l'embrassais, ça arriverait de nouveau. J'en étais persuadée. Et le tremblement de mes mains à cette idée me suffisait pour savoir que je n'étais pas prête à revivre ça.
J'envisageais parfois de lui parler. Avait-elle aussi vu quelque chose ce jour-là ? S'était-elle tenue derrière moi sur cette colline ? La mâchoire et les poings serrés tandis qu'elle slalomait entre les cadavres ? Était-ce bien elle ? À plusieurs reprises, je formais les mots dans ma tête, les ravalant aussitôt qu'ils tentaient de sortir. Les choses paraissaient toujours plus réelles lorsqu'on les prononçait à voix haute. De toutes mes forces, je repoussais cet épisode au fond de mon esprit. Et même si la situation restait étrange avec Lexa, j'arrivais à trouver un nouvel équilibre.
Papa rentra à la maison pour Noël, et à cette occasion, on organisa une grande fête en invitant les Woods et les Primheda. À cette période, nous formions une famille unie et ne nous quittions plus. Lorsque les vacances de février commencèrent, Lexa et moi partions avec Lincoln pour aller skier. C'était au tour de leur mère de les garder, et nous nous retrouvions dans un appartement, petit mais confortable, au centre d'une station familiale à deux heures de chez nous.
À ce stade, j'avais suffisamment refoulé mon traumatisme pour en revenir au point de départ. Mon attirance pour Lexa écrasait finalement les mauvais rêves qui ne paraissaient plus aussi réalistes. Il faut dire que la gamine plutôt mignonne devenait une adolescente vraiment très jolie et attirait les regards sur son passage. Pour une raison qui m'échappait, elle ne semblait jamais se rendre compte de l'effet qu'elle provoquait.
J'étais plus que ravie de ces vacances à la montagne avec mes amis. Une semaine à vivre de nouvelles aventures, à dormir sur un lit superposé juste au-dessus de Lexa, à écouter le son de sa respiration la nuit, s'accorder avec les battements de mon cœur. Nous vivions des journées merveilleuses, malgré mon lamentable niveau de ski. Lexa m'attendait toujours patiemment, tandis que Lincoln et Anya dévalaient les pentes comme s'ils étaient nés avec un snowboard greffé au pied. Je ne comptais plus les fous rires, les gamelles, les chocolats chauds au bord des pistes, les parties de jeux de société.
Un soir, Anya proposa une sortie à la patinoire. J'étais fatiguée d'une journée passée sur les skis, et aussi peu douée avec des patins. Décidément, la glisse et moi, ça faisait deux. Mais un seul regard de Lexa me convint plus vite qu'un long discours. À cette idée, de minuscules étoiles étincelaient telle une myriade de paillettes au fond de ses yeux. Elle agissait comme une enfant le matin de Noël, ça me faisait craquer.
La patinoire extérieure, installée au centre du village pour la saison hivernale, offrait un terrain de jeu parfait à une petite dizaine de jeunes gens qui rayaient la glace en riant aux éclats. Une musique rock déferlait des haut-parleurs qui entouraient la place peu fréquentée. Les effluves de cannelle et de clou de girofle mêlés à celles de fromage fondu se répandaient à chaque fois que les portes des restaurants laissaient sortir un client. Il était 21h, et la plupart des vacanciers profitaient d'une soirée tranquille au chaud après avoir dévalé des pistes depuis le matin. Il n'y avait que des gosses et des ados avec l'énergie pour patiner à cette heure. Nerveuse, j'enfilais de nouveaux engins de torture au-dessus d'épaisses chaussettes. Lincoln et Anya glissaient déjà loin sur la piste, se poussant à coups d'épaules pour se déstabiliser. Lexa trépignait sur le bord en les regardant avec envie. Je souris. Elle m'attendait. Encore. Une bouffée de chaleur bienvenue m'envahit à cette idée. Chaque fois que je posais les yeux sur elle, elle m'attendrissait un peu plus. Retirant mes gants, je me postais devant elle alors qu'elle regardait avec avidité nos amis sur la glace. On était parti si rapidement, qu'elle avait simplement enfoncé son bonnet sur sa tête, et des mèches en jaillissaient dans tous les sens. Je tirais sur le vêtement de laine pour libérer ses cheveux. J'esquivais un regard curieux tout en les regroupant en queue de cheval, lissant la coiffure sur ses tempes. Était-ce le froid, ou le contact de mes doigts sur sa peau qui la firent frissonner ?
Le bonnet à nouveau en place, je baissais les yeux sur mes patins. Je savais que si je croisais son regard, si j'y lisais la question qu'elle ne manquerait pas poser, je ne pourrais pas m'empêcher de l'embrasser. J'en avais tellement envie, mais quelque chose en moi me retenait. Bien trop consciente de ce que c'était, je refusais d'y penser, après avoir fourni tous ces efforts pour l'enfouir si profondément. Car même si ma frustration grandissait chaque fois que je me contenais, j'étais heureuse.
Sans plus attendre, je m'élançais maladroitement sur la glace, glissant sur quelques mètres avant de perdre l'équilibre. Mon corps partit en arrière et je me préparais déjà à un douloureux atterrissage. Une poigne ferme agrippa ma veste, en un instant, je retrouvais ma position verticale, bien campée sur mes deux jambes. Lexa m'adressa un sourire qui fit voler les papillons dans mon ventre, et dans un dérapage parfaitement contrôlé, elle se posta devant moi. Pendant un bref instant, je fus persuadée qu'elle allait m'embrasser. Si j'arrivais encore à me retenir, je me savais totalement incapable de la repousser si elle se jetait à l'eau la première. Mais elle saisit simplement ma main.
— Si on y allait plus doucement. Regarde.
Ma respiration reprit un rythme normal quand je réalisais qu'elle se contentait de me donner des conseils, zigzaguant pour me montrer l'exemple. Au bout de quelques tentatives infructueuses, je m'avouais vaincue et retournais sur le banc malgré la déception de Lexa. À ce moment-là, Anya s'arrêta dans un dérapage spectaculaire juste à côté d'elle, manquant me provoquer une crise cardiaque.
— Hey Lex ! Les petits jeunes là-bas veulent jouer au hockey, tu en es ?
Elle hésita, guettant mon approbation d'une question silencieuse. D'un sourire, je la congédiais.
— Moi, j'en ai marre de toute façon, j'ai l'impression de ne pas avoir été sur un truc stable depuis une semaine. Je vais me poser là en attendant.
J'étendis mon corps sur le banc en bois, froid et humide. Ils pourraient toujours me décongeler à l'heure de rentrer. Malgré l'éclairage public, les étoiles demeuraient bien visibles. Un ciel dégagé présageait une nuit glaciale. Sur la piste, j'entendais les crissements des patins, les échanges joviaux des deux équipes adverses et les coups de cannes contre la glace, le palet ou les barrières de protection. Sans aucun doute, je préférais contempler les constellations plutôt que de voir la tête de Lexa passer à deux centimètres d'une crosse lancée à pleine vitesse, ou écrabouillée entre deux joueurs. Les étoiles me ramenaient à Lexa. Où que je sois, quand je levais les yeux vers le ciel, je l'imaginais à mes côtés. Elle était toujours à mes côtés. J'avais perdu la notion du temps lorsque Lincoln surgit à son tour, tout transpirant, et vint s'affaler lourdement sur mon banc. Je me rassis, soudain inquiète qu'il soit arrivé quelque chose. Après un rapide examen, j'en déduisis qu'il allait bien. D'instinct, je me tournais vers Lexa que je repérais au moment où elle marqua un point. Curieuse, je l'interrogeais sur sa présence.
— Tu ne joues pas ?
— Non. Je suis fatigué moi aussi. Et je risque de les blesser, regarde-les, ils sont minuscules.
D'accord, ils étaient plus jeunes que nous, mais minuscules, Lincoln exagérait un peu. Je n'insistais pas et reportais mon attention sur le jeu, quand il me surprit à nouveau.
— Pourquoi tu ne lui as pas encore dit ?
Pas besoin de lui demander de préciser ses pensées, je savais exactement à quoi il faisait allusion. Octavia et lui étaient les seules personnes au courant de mes sentiments pour Lexa. Ils ne s'en mêlaient pas et ne n'évoquaient jamais le sujet. S'il posa la question ce soir-là, ça devait venir de la façon dont je la regardais. Impossible pour moi d'avouer la vérité. Lexa ignorait tout de ma vision, il était impensable que je me confie à qui que ce soit d'autre. Si je devais en parler un jour, ce serait à la principale concernée, et à elle seule.
— C'est compliqué.
— Je crois que c'est toi, qui te compliques la vie.
— Sans doute.
— Elle ne te rejetterait pas.
— Non. Je sais.
— Alors quoi ? Tu vas me dire que cette relation te convient ?
— Pour l'instant. Oui.
— Et il va se passer quoi quand tu en voudras plus ? Quand tu auras envie de... Il s'interrompt, le rouge lui monta aux joues.
Malgré le mensonge honteux que je venais de lui servir, je le taquinais.
— Tu veux vraiment qu'on parle de sexe Lincoln ?
Il ne se démonta pas et combattit sa gêne. Après avoir réussi à retrouver son sérieux, il me confirma que c'était bien le sujet. Mon regard dévia sur la piste gelée, repérant Lexa d'un simple coup d'œil, comme toujours. J'imaginais son corps chaud, caché sous la lourde veste de ski. J'imaginais sa peau douce, derrière la rougeur causée par le froid. Mon air de convoitise ne laissait aucun doute sur l'endroit où s'était égaré mon esprit et une bouffée de chaleur embrasa mon cœur.
— Ouais, c'est bien ce que je pensais. Ajouta Lincoln, satisfait.
Je piquais un fard, mes sentiments mis à nus devant mon ami. Il avait raison. Combien de temps tiendrais-je encore comme ça, à fantasmer sans oser lui avouer que je l'aimais ? Quelques mois plus tôt, j'avais pris la décision d'agir, mais les choses avaient mal tourné. Combien de temps, avant que je trouve le courage d'affronter mes peurs à nouveau ?
Κ∞Λ
Les mots de Lincoln me revenaient sans cesse. « Pourquoi ? » avait-il demandé. Et plus j'y réfléchissais, moins mes réponses à cette question me paraissaient crédibles. Je profitais d'une semaine loin de la maison, loin de Lexa, pour analyser sérieusement à mes sentiments et sonder le fond de mon âme. C'était la deuxième fois seulement que je rejoignais papa à la base, et la première pour plus qu'un week-end. Nantes était la grande ville la plus proche, il fallait pourtant une heure de voiture pour s'y rendre, sans possibilité de prendre un bus. Pour une jeune fille de quinze ans, il n'y avait pas grand-chose d'autre à faire dans cette caserne à part lire, dessiner et penser.
Lexa me manquait terriblement, toute cette situation commençait à devenir pesante. Je devais passer aux actes et trouver le courage de lui avouer que ses lèvres m'obsédaient.
Mon père profita du moindre moment disponible avec moi, mais son travail l'accaparait, comme toujours. Ce n'est que le dernier soir qu'il se libéra pour m'emmener au restaurant. Je supposais que c'était parce que je repartais le lendemain et qu'il voulait me faire plaisir. Malgré ma longue expérience des annonces catastrophes, j'étais loin d'imaginer qu'il comptait me briser le cœur. En sortant du restaurant, nous nous dirigions chez le glacier pour m'offrir une glace double chocolat. Noir et blanc. Avec un supplément Chantilly. Je venais à peine d'attaquer la première boule lorsqu'il se lança.
— Chérie, je dois te parler de quelque chose.
Nous marchions sur les quais peu fréquentés malgré la température clémente de ce mois d'avril. Mon estomac se serrait d'instinct à ce genre de déclaration. Je m'arrêtais, m'accoudant au parapet pour surplomber la Loire qui reflétait les lumières de la ville comme un miroir.
— Je déteste quand tu dois me parler de quelque chose.
L'appétit coupé, je laissais négligemment basculer ma glace qui finit sa course dans l'eau noire en contrebas. J'ignorais encore que mon avenir allait bientôt plonger dans les ténèbres de la même façon.
— Quand je suis venu travailler ici, c'était prévu pour quelque temps. Mais mon affectation se prolonge et ils parlent de m'envoyer à l'international.
J'adorais mon père, pour tout un tas de raisons qui en faisait un homme formidable. Il avait aussi cette façon d'aller droit au but qui me convenait bien habituellement. Mais cette fois, j'aurais préféré qu'il y mette plus de formes. Abasourdie, je ne réussis qu'à émettre un faible couinement. Était-il réellement en train de m'annoncer qu'on déménageait ?
— Non.
Il s'approcha de moi, m'enveloppant de sa chaleur quand il posa un bras autour de mes épaules. C'est seulement là que je réalisais que j'étais frigorifiée. La température extérieure probablement sans rapport avec mon état.
— Il va falloir refaire les cartons, chérie. Je suis désolé.
Il termina sa phrase dans un souffle tout en resserrant sa prise sur moi. Je me tendis en réponse, la colère montant en réaction à cette trahison.
Il l'était. Il l'était vraiment. Il détestait nous imposer ça, à moi et à ma mère. Nous trimballer dans le monde entier à sa suite. Mais c'était son travail, sa vie, et ma mère l'avait choisi. Elle avait signé un contrat, épousé cet homme. Elle avait choisi cette vie avec lui. Moi pas.
Je refoulais les larmes, les cris, la crise d'angoisse qui menaça de me submerger, tandis que je sentais tout me filer entre les doigts. Mon avenir m'échappait, glissant comme de l'eau que je tentais désespérément de retenir, même une infime partie, mais c'était sans espoir. Dans un ultime sursaut, guidée par l'instinct de survie, je roulais en boule tous ces sentiments, pour les enfermer quelque part dans mon cœur. D'une secousse, je me dégageais, plantant mon regard dans le sien avec détermination.
— Je ne pars pas.
— Chérie... Commença-t-il, peiné, avant que je l'interrompe.
— Je ne pars pas !
Ma décision était prise. Jamais plus je n'accepterais qu'il m'éloigne de ma vie, de mes amis, de Lexa. Mon ton résolu mit un terme à la discussion. Mon père, peu adroit dans la gestion des conflits (le comble pour un militaire) préféra laisser à ma mère le soin de régler les détails et mater l'adolescente rebelle.
Il ne fallut pas longtemps pour que celle-ci enfonce le clou. Dès mon retour, elle m'informa de la date du départ, prévu à la fin de l'année scolaire. Ils avaient réussi à négocier afin que je puisse terminer l'année ici. Ils devaient penser que ça adoucirait les angles, mais honnêtement, c'était encore pire. On ne savait pas où l'on allait, on suivait simplement mon père. J'eus pour elle la même réponse que pour lui, hors de question que je déménage. Il n'allait pas me refaire le coup, pas maintenant. Je ne quitterais pas Lexa. Aucune chance.
Il se passa quelques semaines troublées, pendant lesquelles j'évitais toute discussion avec ma mère dès qu'elle abordait le sujet. Je n'en parlais bien évidemment ni à Lexa ni à quiconque. C'était stupide. Peut-être que si je l'avais fait, peut-être alors, qu'on aurait pu trouver une solution. Ensemble, on est plus fort. Mais non. Au lieu de m'appuyer sur mes amis, je m'emmurais dans un silence buté. Encore un secret. Je commençais à me dire qu'il y en avait beaucoup...
