Bonsoir à tous !
Voilà, c'est l'heure du départ pour Clarke.
Les prochains chapitres à venir seront vraiment inédits et ceux que j'ai préféré écrire lors de cette réécriture. J'espère qu'ils vous plairont aussi. En attendant je vous laisse avec ce chapitre qui marque le début de la seconde partie.
Bonne lecture !
Timeline "I was nine" - quelque part entre le chapitre 4 et le chapitre 5 ;)
F.
Je m'affale sur le matelas qui s'enfonce sous mon poids et sous celui de ma peine. À cet instant, elle me semble plus lourde que jamais. Il y a cinq ans, dans la petite salle de classe du village, je posais les yeux sur Lexa pour la première fois. Et quelque temps plus tard, je me sentais enfin chez moi.
Je viens de passer ma dernière nuit dans ma chambre, dans mon lit. Encore une fois, ma vie va changer. Mais je ne ressens aucune excitation, aucune impatience à vivre de nouvelles aventures. J'ai juste le cœur lourd en songeant à tout ce que je laisse derrière moi.
L'aube est arrivée sans que je ne puisse goûter au moindre repos. Les souvenirs ont défilé en accéléré, les bons comme les mauvais moments, chacun en appelant un autre et ainsi de suite. Ce matin, il ne me reste que mes erreurs et mes regrets. La voix de ma mère me ramène au présent.
— Clarke ? Tu es prête ? Il faut qu'on y aille. Les déménageurs passent en fin de matinée et on a de la route.
Je grogne en me redressant. Comme si cette journée n'était pas déjà complètement pourrie, je vais la passer dans une voiture, seule avec maman. C'est leur faute si nous repartons, à elle et à mon père. Je ne suis pas près de leur pardonner.
Je jette un dernier coup d'œil circulaire à ma chambre d'enfant, un dernier au revoir. Les cartons attendent les déménageurs, je saisis mon sac à dos qui contient l'essentiel et je descends les escaliers d'un pas traînant. Maman a la bonne idée de ne pas commenter ma tête de déterrée. Mais elle agit bizarrement, comme si elle savait quelque chose que j'ignorais. Quelque chose qui la met mal à l'aise. Une légère angoisse se répand en moi et je m'approche de la fenêtre. Sur le muret, j'aperçois une silhouette familière. Lexa est là. Évidemment. Malgré ma demande, j'avais peu de doute sur sa présence ce matin.
Résignée, je sors la rejoindre. En passant, je balance négligemment mon sac à dos dans le coffre de la voiture que ma mère est en train de charger. En approchant, je l'interpelle sur un ton défaitiste.
— Je t'avais dit de ne pas venir.
Mes yeux me piquent déjà. J'ai tellement pleuré hier soir qu'ils ne sont pas encore remis et absolument pas prêts à une nouvelle crise de larmes. Je ravale ma douleur et souffle un bon coup.
— Et moi, je t'avais dit que je viendrais. Lincoln devait venir, mais je ne sais pas ce qu'il fabrique…
— Il ne vient pas, parce qu'il m'écoute, lui. Ce n'est pas une tête de mule comme toi.
Au prix d'un effort surhumain, j'esquisse un sourire. Dans ma tête j'étais déjà loin, mais elle me force à rester, encore un peu, jusqu'au bout. Et ça fait mal.
— Je suis allée le voir hier soir. Je lui ai fait mes adieux.
« Adieu », que ce mot est difficile à prononcer. Ça a toujours été comme ça ? Ou c'est spécialement aujourd'hui ? Combien de fois ai-je dû dire « adieu » dans ma jeune vie ? Trop pour faire le calcul. Mais jamais, ça n'a autant compté qu'à présent.
Bien sûr nous nous sommes promis de nous écrire, de nous appeler, de nous voir pendant les vacances. Mais où habiterais-je dans quelques semaines ? Rien ne sera plus pareil. Il n'y aura plus jamais Lexa sur ce muret. Plus de trajets en bus après l'école. Plus de quotidien à partager.
Le moteur vrombit derrière moi comme un signal on ne peut plus clair qu'il est temps d'y aller. Je ne sais plus quoi dire, je ne voulais pas de ces adieux. De façon détachée, je lâche un « au revoir » et me retourne sans plus de cérémonie. Garder la tête froide, monter dans la voiture. Dans quelques secondes, ce sera terminé. Et puis c'est le geste de trop. Sa main se referme sur mon bras avec l'énergie du désespoir, je détecte sans mal la peur dans sa voix.
— Clarke, attends !
Elle m'attire à elle, mon corps refuse de lutter. En un instant, je me retrouve prisonnière d'une étreinte que j'ai tout fait pour éviter. J'aimerais pouvoir la repousser, mais je n'en ai pas la force. Alors je réagis de la seule manière dont je suis capable : je l'enlace à mon tour et resserre délicatement ma prise pour la rapprocher encore. La tête posée sur son épaule, je réalise que sa nuque est à portée de mes lèvres. Je ferme les yeux pour ne pas penser à ça, pas maintenant. Je trouve enfin le courage de m'éloigner. Mais lorsque je me redresse, nos joues se frôlent. Je m'attarde, incertaine de la conduite à tenir. Nos nez se mêlent en une caresse et mes yeux tombent sur ses lèvres. Le souvenir ardent que j'en garde vient me remuer les entrailles. Je la regarde une dernière fois, ma dernière chance.
Toutes les raisons qui m'en ont empêchée jusque-là ne sont plus que chimères, je sais ce qu'il me reste à faire. Je me penche, la bouche entrouverte, mais la violence d'un coup de klaxon déchire l'instant présent. Comme un éclair lacère le ciel juste avant le tonnerre, juste avant la pluie. Les larmes que je refoule menacent de me submerger et je m'enfuis avant de les laisser s'échapper. Je ne saurais jamais.
Je m'engouffre dans la voiture sans un regard en arrière. Maman démarre, elle ne dit rien. Elle n'essaye même pas de me parler. Elle a raison. Ma mâchoire me fait mal à force de serrer les dents, c'est la seule chose qui me retient de hurler. La radio est éteinte. Le bruit des pneumatiques sur le bitume rythme le défilement des paysages. D'abord le village de mon enfance, là où j'ai été heureuse pendant de nombreuses années. Puis la cabane de Lincoln, dans l'arbre, au bord de la route, dont il ne reste que quelques planches vermoulues. Enfin l'école primaire, celle où je suis tombée amoureuse, sans savoir ce que cela signifierait pour moi. On franchit le panneau qui indique la sortie du village. Quelques kilomètres plus loin, maman quitte l'itinéraire qui me menait au collège, pour prendre l'autoroute. Au son du clignotant, je me retourne finalement et regarde la ville qui s'éloigne. Je n'ai pas pleuré, mais à cet instant une unique larme glisse sur ma joue.
Κ∞Λ
Quatre heures que l'on roule sans un mot. Maman a fini par allumer la radio, pour briser ce silence pesant. Elle sait que je lui en veux. Mille idées tournent en boucle dans ma tête, et sans préavis, je lui pose une question.
— Je pourrais revenir pour Noël ?
Son manque de réaction m'interpelle. Impossible qu'elle ne m'ait pas entendue, le volume de l'autoradio n'est pas si fort. Par réflexe, je coupe cette musique d'une joyeuseté indécence. Il ne devrait exister que des chansons tristes, d'amoureux éconduits, et de pertes douloureuses.
— Maman ?
— Il y a peu de chance Clarke. Papa doit avoir la réponse pour sa mutation dans la semaine.
— Où ?
— Sydney. Australie.
Sydney, Australie. L'information se fraye un chemin dans mon esprit déjà bien éprouvé. Et je m'effondre sous ce coup de grâce. Mes parents m'imposent des milliers de kilomètres, entre moi, et la personne que j'aime. Mon cœur éclate en mille morceaux, je ferme les yeux en me reculant au fond de mon siège. Je ne peux plus cette fois, retenir mes larmes qui dévalent silencieusement les courbes de mes joues. La plupart sèchent avant que je ne puisse les essuyer, encore faudrait-il que j'esquisse le moindre geste à cette fin. Elles font partie de moi, laissant leurs traces salées me tirailler la peau. Et parce que j'ai besoin qu'elle comprenne mon chagrin, qu'elle prenne réellement la mesure de ce que tout ça implique pour moi, je me confesse dans un souffle.
— Je l'aimais, maman.
Mes yeux sont toujours clos, je ne peux qu'imaginer sa tête. Que ressent-on lorsque sa fille avoue qu'elle a le cœur brisé ? Il me semble qu'elle hésite à dire quelque chose par deux fois, avant de soupirer de résignation.
— Je sais.
Sa main vient brièvement serrer la mienne en soutien. Elle conduit, si elle pouvait, elle me prendrait dans ses bras, je le sais. Ma mère m'aime, c'est indéniable. Alors pourquoi je la déteste autant ? Pourquoi me fait-elle autant de mal ? Bientôt, elle rompt le contact et se concentre sur la route. Je me recroqueville contre la portière, aussi loin d'elle que je peux. Je ferme les yeux à nouveau.
Son visage s'impose à moi. Je remonte le temps, revivant le dernier acte manqué et je l'embrasse. Je ne pars pas sans lui dire que je l'aime. Si Lexa méritait mieux que moi, elle méritait surtout de connaître la vérité et d'avoir le choix. Je l'en ai privé. C'est trop tard.
Κ∞Λ
On est arrivés depuis à peine une semaine à Nantes, et nous voilà de nouveau en train de trier les cartons. On ne peut décemment pas emmener tout ça en Australie. Les meubles et les objets « non essentiels » resteront en garde-meuble chez une vieille tante. Je bourre un sac de vêtements et de quelques livres. En les choisissant, je me rends compte que l'un d'entre eux ne m'appartient pas : « Harry Potter, à l'école des sorciers ». Sachant toute l'importance que ce livre a pour Lexa j'hésite entre le flanquer dans ma valise ou lui renvoyer.
Je pose Harry sur mon lit, entre mon sac et un carton rempli de photos et de dessins tout en jetant un rapide coup d'œil vers mon téléphone. Il est éteint depuis une semaine déjà, de fait, j'ignore s'ils ont tenté de me joindre. Mais si je l'allumais maintenant, il ne fait aucun doute que les messages de Lexa me submergeraient. C'est un continuel débat intérieur pour ne pas m'engager sur cette pente. L'avion part demain, il faut que je termine de trier.
Je me trouve devant un choix : allumer ce téléphone, répondre à mes amis, glisser un certain nombre de photos dans cette valise et renvoyer le livre volé. Je ne le supporterais pas. Savoir qu'ils sont là-bas, tous ensemble, et moi, seule dans un pays inconnu, à essayer de tout recommencer, encore. Mon cœur brisé me dicte ma conduite à cet instant. J'ai été lâche, j'en paye le prix. De rage, je jette le téléphone dans le carton avec les souvenirs et le referme immédiatement grâce à une bonne dose de gros scotch. Enfermant ma vie d'avant dans cette petite boite sinistre. Je change d'avis en cours de route, arrache le scotch et pars à la recherche d'une photo en particulier.
Sur le papier brillant, on voit toute la bande lors de la veillée où Lincoln et Octavia sont sortis ensemble. Quelques heures avant notre baiser avec Lexa. Je la glisse au milieu du livre et retourne fouiller pour trouver le vieux carnet que j'ai aperçu au fond de la boite. C'est l'agenda de mon année de pensionnat. Perplexe, je me demande pourquoi je l'ai conservé et feuillette les pages presque neuves. Chacun de mes agendas est usé jusqu'à la corde. Pas par la quantité de devoirs que j'y notais, mais plutôt par le nombre de dessins et de mots qu'on s'écrivait avec Octavia. Pas celui-ci. À la fin, je tombe sur la seule page de la partie « contact » avec une inscription. Un mail pour être exact. Je me souviens de ce garçon rencontré lors d'une nuit étoilée derrière le mur : Wells. Sous une impulsion, j'arrache la feuille et la fourre dans la poche de ma veste avant de terminer d'emballer le carton. Je pose le livre corné sur le tas de mes vêtements et referme la valise.
Voilà, je suis prête.
Κ∞Λ
Vingt-quatre heures de trajet et deux escales plus tard, je pose le pied à Sydney. Nous sommes en hiver, mais il ne fait pas si froid. Rien à voir avec le climat de Haute-Savoie, nos hivers enneigés, les stalagmites le long des fenêtres, les batailles de boule de neige dans le jardin de Lexa, les igloos de Lincoln. Non, je ne peux pas penser à ça maintenant. Ici, il fait plutôt bon, je n'ai même pas besoin de veste, mon pull suffit largement, surtout dans la foule de l'aéroport. Papa nous guide adroitement jusqu'à un homme en uniforme qui porte un panneau avec notre nom dessus. Je n'ai jamais compris le rôle exact de mon père, ses diplômes en ingénierie aérospatiale le rendent visiblement inestimable pour l'armée. Mais comme tous ses projets demeurent top secret, je n'ai jamais insisté. De toute façon, c'est la dernière de mes préoccupations actuelles. Toute mon énergie est déployée à ne pas penser à une certaine personne, et comme souvent, plus on essaye de ne pas penser à un truc, plus on y pense. Je me rassure en me disant que ce serait encore pire si je ne luttais pas contre, alors je continue de résister.
On roule un bon moment vers la base où nous attend un appartement plutôt confortable. Il est situé au dernier étage d'une tour et la vue est assez incroyable. Une grande baie vitrée longe le salon, on aperçoit le Royal National Park et l'océan plus loin. C'est la première fois que je sens mon cœur s'alléger un peu depuis que j'ai quitté notre village. Mais ma déception revient vite quand je réalise qu'aucun ami ne m'accompagnera pour explorer ce nouveau terrain de jeu qu'est l'Australie. Mes parents sourient, l'air ravi. Ils sont tellement heureux, tellement amoureux. Je suis jalouse. Je leur en veux. Papa m'observe, s'attendant sûrement au même émerveillement sur mon visage. Son expression s'assombrit au moment où je lui jette un regard noir avant de me détourner pour visiter le reste de l'appartement.
La vue la plus spectaculaire est ici, dans la pièce à vivre composée d'une cuisine ouverte, une large table à manger et deux canapés de part et d'autre d'une table basse. Pas de télévision. De chaque côté, deux chambres se font face, je serais aussi loin de mes parents que possible. Bien. Elles sont gigantesques, mais affreusement impersonnelles. Un lit double trône au centre, une télé et un fauteuil sont installés près de la fenêtre. Une seconde porte donne sur un petit dressing, qui fait également office de couloir jusqu'à la salle de douche. Ces appartements ont été pensés pour accueillir des soldats adultes en colocation, pas des familles, mais c'est parfait.
Je rentre dans la chambre la plus proche de la cuisine, sans leur demander leur avis et je m'enferme. Je suis comme ça depuis le départ, silencieuse, agressive. Maman se fait une raison, pour le moment. Elle reviendra à la charge quand elle l'estimera possible et opportun, je la connais. Papa en revanche, il vit mal mon comportement. Sa culpabilité le pousse à me gâter, il m'a même offert un ordinateur pour ne pas perdre le contact avec mes amis. S'il savait. Et un nouveau téléphone portable. Il ignore que j'ai volontairement abandonné l'ancien à Nantes.
Il lui arrive aussi de s'énerver, quand mon insolence dépasse les bornes, ce qui arrive de plus en plus souvent. Je vis les premières disputes avec mon père, notre complicité n'est plus que l'ombre de ce qu'elle était. Pourtant, ça ne me touche pas, j'ai l'impression de ne plus rien ressentir, ni joie ni peine. Rien n'égalera jamais la douleur d'avoir laissé Lexa derrière moi. Je me sens vide, il n'y a plus en moi que cette rage latente, explosant régulièrement pour n'importe quelle raison. Ils mettent ça sur le compte de la crise d'adolescence, c'est facile. Je leur réponds alors qu'ils auraient pu choisir une meilleure période de ma vie pour me faire subir ça, plutôt que celle qui est communément connue pour être ingérable, déjà en temps normal.
Ma valise arrive, poussée par le soldat qui nous a conduit jusqu'ici. Il me sourit. J'hésite à lui rendre son sourire, mais au risque de passer pour une revêche, je ne suis pas d'humeur.
— Tu as pris la meilleure chambre. Dit-il en tentant d'engager la conversation. Il n'a pas plus de 20 ans et me dépasse à peine. Sa peau brune porte une marque de bronzage assez nette autour de ses yeux qui lui donne un côté nonchalant, malgré sa coupe de cheveux réglementaire et son uniforme étriqué. Il a l'air gentil. Je hausse les épaules, ce qui le fait sourire de plus belle.
— Je parie que tu n'es pas ravie d'être ici. D'habitude, les jeunes sont plutôt contents, c'est chouette Sydney quand on est jeune. Y'a plein de choses à faire.
Je lui lance un regard noir, je ne veux pas parler, qu'est-ce qu'il n'a pas encore comprit ? Tout en posant la valise sur mon lit, il insiste.
— Tu as laissé ton petit copain là-bas ?
Je rêve ou il me drague ? Je réalise que l'indifférence ne sera pas suffisante pour me débarrasser de cet intrus, je finis donc par desserrer les dents.
— J'ai laissé ma vie là-bas. Ce n'est pas suffisant ?
— Moi, j'ai laissé mon petit ami là-bas.
Je ne sais pas où est son « là-bas », mais tant que ce n'est pas « ici », je compatis. Son attitude change légèrement, il est moins agaçant subitement. Ou alors, c'est juste que je le supporte mieux. J'adoucis mon regard, oui, il est gentil. Et non, à priori, il ne me drague pas.
— Je sais que je le retrouverai bientôt. Enfin, j'espère.
Il tente de me donner de l'espoir, mais quelque chose dans son « j'espère », me déprime encore plus, me confortant dans ma décision. Désœuvré, il reste pourtant planté là, se dandinant au milieu de la chambre d'une adolescente. Sa bouche se tord dans une drôle de moue gênée qui m'arrache un sourire. Finalement, je crois que je l'aime bien.
— Merci…
— Nathan. M'informe-t-il en me tendant une main.
Oui, décidément, je l'aime bien.
— Clarke. Fais-je en lui serrant la main, de façon très adulte.
J'ai un dernier aperçu de ses dents blanches avant que mon père l'appelle de l'autre côté de la porte.
— Soldat Miller ! Nous avons besoin de vous.
Il exécute un rapide salut militaire en claquant les talons et me tourne le dos alors que je souris de plus belle. Il est fier de lui cet abruti. Une fois seule, je réalise que ça m'a fait du bien de sourire et de communiquer avec quelqu'un. Quelqu'un de gentil en plus.
Un regard vers ma valise m'arrache un soupir découragé. Je la traîne dans un coin, reportant à un moment ultérieur l'ouverture du bagage. Le fauteuil est lourd, mais je parviens à le déloger de sa position pour le placer devant la fenêtre. Je m'y blottis, les yeux rivés sur l'océan au loin. Mes larmes sont taries depuis mon départ, j'ai tellement pleuré là-bas que je n'y arrive plus. Ça me ferait du bien pourtant, ça laisserait sortir un peu de ce poids que je porte sur le cœur. Peut-être que je devrais essayer de dormir ? Un coup d'œil à mon nouveau téléphone m'informe qu'il est bientôt dix-neuf heures. En France, c'est encore le matin. Quelqu'un frappe à la porte. C'est mon père qui arrive les bras chargés de draps, d'une couette et deux oreillers.
— Je t'apporte de quoi faire ton lit Clarke. Tu veux de l'aide ? On va aller se promener un peu et chercher de quoi manger. Demain on remplira le frigo.
— Je vais me débrouiller. Merci.
— On te prend quelque chose ?
Je secoue la tête, je ne mange quasiment plus rien, la faim a disparu, laissant la place à une nausée permanente. Il n'insiste pas et referme la porte délicatement. Mon sac à dos gît juste à côté, là où je l'ai négligemment abandonné en arrivant.
Si j'étais une sorcière, je le ferais léviter pour venir vers moi. Une esquisse de sourire effleure mes lèvres quand je pense au livre enfermé dans ma valise. Ma lettre de Poudlard n'étant jamais arrivée, me classant définitivement dans la catégorie « moldue », je suis contrainte de me lever pour aller récupérer mes affaires de dessins. Un carnet, quelques crayons, c'est tout ce que j'ai emmené. Papa m'a promis qu'on referait le plein une fois installé. Et j'ai la ferme intention de lui faire tenir sa promesse le plus vite possible. En attendant, je n'ai besoin que de ça pour commencer à reproduire les courbes des falaises et les vagues à l'horizon.
Malgré moi, j'ajoute des personnages sur un banc, contemplant un coucher de soleil. Les mains des deux petites filles s'entremêlent discrètement, c'est un détail. Je noircis la seconde chevelure. Maintenant, on distingue parfaitement une blonde et une brune.
