Chapitre 3
De loin, Rauf était vraiment fier de son fils et de l'amitié indéfectible qu'il existait entre lui et le jeune Altaïr. Ce dernier avait été abandonné par son seul parent en vie alors qu'il n'avait pas quatre ans et il avait dû se débrouiller seul. Mais la chance avait tourné dès qu'Amin était entré dans sa vie. Il avait maintenant un ami sincère et tous les deux étaient suffisamment débrouillards pour non pas survivre, mais bien vivre. Il avait entendu parler de la tentative de fuite et d'une histoire d'oie. Rauf avait éclaté de rire en se rendant compte que les petits avaient eu l'intention d'attraper des oies et de les vendre sur le marché pour récolter un peu d'argent.
Autant pour les petits le temps était passé à toute vitesse depuis qu'ils s'étaient rencontrés, autant pour Rauf, il s'était ennuyé de ne plus avoir son bébé auprès de lui. Mais il devait le laisser faire ses expériences de la vie. Son enfant avait un peu maigri, alors qu'Altaïr n'avait plus cet air de squelette qui lui brisait le cœur. L'enfant devenait plus fort et agile. Dire qu'il devait encore attendre trois ans avant de pouvoir les entraîner. Il comprenait maintenant l'excitation et l'impatience de son fils. Ne pouvait entraîner son petit, il rejoignit les novices et les entraînait avec toute sa vigueur et son expérience.
Dans leur camps de jeunes apprentis, Amin et Altaïr découvrirent qu'il y avait des gens qui étaient vraiment totalement stupides. En effet, certains des apprentis étaient furieux que des gamins soient plus forts qu'eux et ils décidèrent de sévir. Les deux garçons se retrouvèrent alors seuls face à cinq jeunes garçons remontés comme des coucous. Amin et Altaïr se regardèrent, puis avec un sourire se mirent dos à dos, leurs bâtons d'entraînement fermement tenus. Quand les cinq agresseurs se jetèrent sur les plus jeunes, ils eurent une sacré surprise, car Altaïr et Amin ne se laissèrent absolument pas faire. En effet, ils utilisèrent tout ce qu'ils avaient appris depuis leur séparation de leur famille et défoncèrent proprement les cinq jeunes qui se retrouvèrent KO devant leur maître qui avait tout vu.
Autant le maître fut fier des deux gamins, autant il fut agacé de la médiocrité des autres. Alors que les petits n'avaient que huit ans, il alla voir Rauf et lui dit :
-Rauf, j'ai deux élèves particulièrement doués et je voudrais que tu les entraînes. Je ne peux plus rien leur apprendre, ils doivent encore s'améliorer et ils n'y arriveront pas avec un niveau aussi bas que celui des novices. Ils s'épanouiraient beaucoup mieux chez les apprentis.
-Pourquoi ?
-Parce qu'ils viennent de massacrer cinq novices avec leur bâton sans recevoir le moindre coup.
-Qui sont ces génies ? demanda Rauf.
-Amin et Altaïr.
-Mais ils n'ont que huit ans ? Ils sont trop jeunes, s'exclama Rauf pourtant pétant de fierté.
-Ils sont peut-être jeunes, mais ils sont prêts pour l'apprentissage. Au moins tu pourras plus leur apprendre avant leur quinze ans.
-Tu sais comment me manipuler, bougonna Rauf alors que son ami éclatait de rire.
-En effet. Je te les ramène.
-Merci, Ahmed.
Le maître alla chercher les deux enfants qui ne l'attendaient absolument pas dans l'arène, mais étaient de nouveau coursés par les gardes car ils voulaient encore quitter l'enceinte de la forteresse, non pas par les souterrains, mais par la grande porte. Le maître des deux gamins les virent soudain planter les bâtons dans le sol et passer au-dessus des gardes, puis filer par la porte et disparaître. Les gardes fulminaient contre les sales gosses désobéissants et trop intelligents pour leur bien. Les deux enfants filèrent sans un bruit, ne voulant pas être capturés si des templiers fouinaient effectivement dans le coin. Alors qu'ils se trouvaient en haut d'une colline, ils virent avec horreur des guerriers avec la croix des templiers sur le torse qui se dirigeaient vers Masyaf en passant par le point faible de la cité, une ravine assez profonde qui s'arrêtait à dix mètres des murs de la cité. Tous les deux comprirent qu'ils voulaient prendre d'assaut les murs au couvert de la nuit. Les deux enfants se regardèrent, puis foncèrent à pleine vitesse vers la porte. Les gardes furent étonnés en voyant les petits revenir aussi vite. Amin reprit sa respiration, puis raconta ce qu'ils avaient vu tous les deux, tandis qu'Altaïr expliquait que les guerriers n'étaient pas à cheval et ne portaient pas d'armure, mais la croix des templiers.
Immédiatement, les gardes ordonnèrent aux petits de prévenir leur maître. Amin et Altaïr foncèrent de nouveau alors que l'alarme était lancée. Les assassins étaient prêts à recevoir les templiers. Tous les archers furent installés sur les remparts et les machines de guerre, placées pour se défendre au cas où cette attaque serait les prémices d'une invasion. Pendant ce temps, les deux enfants étaient arrivés devant leur maître ainsi que leur ancien maître et leurs expliquèrent de nouveau ce qu'ils avaient vu. Les deux hommes ordonnèrent aux petits de faire évacuer les civils en passant par la ravine. Mais Altaïr s'exclama :
-Mais maîtres, c'est par là qu'ils arrivent.
-Nous sommes donc bloqués, siffla Ahmed avec frustration.
-Pas nécessairement, maître, murmura Amin avec un sourire félin.
-Comment cela ? demanda Rauf.
-On peut passer par les anciennes catacombes qui courent sous le château et amène à trois lieues d'ici, vers le nord, expliqua Altaïr toujours sur la même longueur d'onde que son frère jumeau.
-Comment savez-vous cela ? demanda Ahmed.
-Parce qu'on a visité la forteresse, toute la forteresse, s'exclamèrent les deux enfants avec un sourire mutin.
-Vous êtes sûr de vous, les petits ? demanda Rauf.
-Oui, maître. On pourrait retrouver notre chemin les yeux bandés, se vanta Amin en souriant.
-La seule chose, c'est que c'est tellement grand qu'il y a beaucoup d'écho. Il ne faudrait pas faire de bruit, prévint Altaïr.
-Bien. Je vais prévenir les civils. Allez préparer de l'eau et de la nourriture pour deux cent personnes.
-Bien maître, acceptèrent les deux enfants.
Rauf et Ahmed regardèrent les enfants filer vers les cuisines et préparer la fuite. Ahmed se tourna vers Rauf et lui dit :
-Tu vois qu'ils sont prêts.
-Tu as raison. Je pensais avoir plus de temps avant d'entraîner mon fils, mais de nouveau il dépasse toutes mes espérances. Bon, allons prévenir les civils.
-Oui, allons-y.
En deux heures, plus de deux cent personnes attendaient l'arrivée de deux petits qui donnèrent à chacun de la nourriture et de l'eau, puis ils les emmenèrent à l'opposé de la porte vers une vieille écurie délabrée. Les gens furent stupéfaits quand les petits dévoilèrent un anneau en métal. Amin prit l'anneau et ouvrit une trappe en pierre qui donna sur un trou sombre et une échelle qui avait l'air d'être neuve. Amin passa devant et alluma les torches tout en avançant pour voir si la sécurité du passage n'était pas compromise. Il alla jusqu'à la fin du tunnel et passant discrètement la tête, il vit deux templiers qui se tenaient à une dizaine de mètres de la sortie. Amin referma le passage et éteignit toutes les torches jusqu'à la dernière intersection qui amenait vers une immense salle qui pouvaient contenir tous les habitants de Masyaf. Il alluma les torches et entra précautionneusement dans l'immense salle. Il écouta avec beaucoup de calme le silence, il n'y avait pas d'autres respirations que la sienne. Il montant sur les murs et regarda pour intercepter le moindre mouvement, mais rien. Il redescendit et alluma les torches de la grande salle totalement vide.
Maintenant sûr, il fila rejoindre les habitants de la cité et entendit son frère lui demander :
-Amin, que c'est-il passé pour que tu aies mis autant de temps ?
-La sortie est corrompue, les templiers la gardent. Si on veut faire fuir les habitants, il va falloir les éliminer. En attendant, j'ai balisé le chemin jusqu'à la grande salle.
-D'accord !
Altaïr se tourna vers les habitants effrayés et leurs dit :
-Vous allez descendre et suivre les torches. Elles vous amèneront à l'abris. Quand vous serez tous partis, nous bloquerons ce passage pour que les templiers ne puissent vous tuer.
Malgré leur jeune âge, aucuns adultes ne voulurent leur désobéir et ils descendirent l'échelle et se reposèrent dans l'immense pièce. Il fallut deux heures pour que les habitants soient à l'abris, puis les deux petits quittèrent le passage et retournèrent vers leurs maîtres en leur expliquant ce qu'ils avaient fait et pourquoi. Les assassins ne pouvaient pas quitter leur poste, donc ils décidèrent d'apprendre aux deux petits à tuer. Ils leurs donnèrent des dagues et leurs expliquèrent où les planter pour tuer le plus rapidement possible sans douleur pour la victime. Les deux enfants prirent les dagues ainsi que leurs fidèles bâtons, puis rejoignirent la vieille écurie. Ils ouvrirent la trappe et alors qu'Altaïr la tenait ouverte, Amin retira l'anneau, puis rejoignit Altaïr. Ensuite, ils rejoignirent leurs protégés non sans éteindre les torches. Quand ils entrèrent dans la grande salle, ils virent que les adultes tenaient les enfants qui se serraient contre eux effrayés et un peu bruyant. Altaïr et Amin regardèrent les parents et leur dirent :
-Faite les taire, les Templiers sont de l'autre côté de ce mur et s'ils les entendent, ils viendront les tuer.
Les parents effrayés firent taire leurs enfants. Le silence était maintenant total et les deux petits quittèrent les habitants pour éliminer les templiers qui gardaient la sortie. Les deux petits se faufilèrent sans allumer la moindre torche, ils voulaient être invisible et attaquer les templiers sans se faire attraper. Aussi silencieux que des tigres en chasse et en culottes courtes, les deux enfants rejoignirent la porte et découvrirent qu'il y avait toujours deux gardes. Ils passèrent la porte et dans un silence de mort, prirent pour la première fois de leur existence la vie d'un autre être humain. Ils voulurent cacher les cadavres, mais ils étaient trop lourds pour eux. Quand soudain ils eurent la même idée au même instant, comme d'habitude. Ils retournèrent dans la grande salle et prirent des croix qui trainaient sur le sol, puis ils voulurent attacher les templiers dessus, mais les corps étaient encore plus lourds. Ils n'arrivaient même pas à les tirer vers eux. Ils ne savaient pas quoi faire des corps quand ils entendirent un ricanement qu'ils ne risquaient pas d'oublier. Une hyène en chasse. Les deux enfants se regardèrent, puis déshabillèrent les cadavres et cachèrent leurs vêtements dans le passage. Quelques minutes après, ils entendirent les grognements et les ricanements d'une grande troupe de hyènes qui se jetèrent sur ces proies faciles. Ils rentrèrent précipitamment, puis fermèrent le passage et le bloquèrent.
Ils retournèrent dans la grande salle et décidèrent de l'explorer afin de découvrir un passage qui leur permettrait de fuir. Ils prirent des torches et se mirent à fouiller dans l'obscurité. Au bout d'une heure de recherche, Amin et Altaïr découvrirent un passage totalement éboulé. Les deux garnements s'approchèrent de l'amoncellement, puis tous les deux enfoncèrent leurs dagues dans le sol, posèrent leurs oreilles sur la poignée des lames et écoutèrent. Ils sentirent des vibrations venant de l'autre côté des gravats. Les deux enfants se regardèrent, puis ils décidèrent de déblayer les décombres. Ils prenaient leur temps et régulièrement écoutaient le silence. Ils retiraient les pierres une par une en faisant le moins de bruit possible afin de ne pas être attrapé par des templiers en maraude. Quand ils eurent suffisamment retiré de pierres, ils se faufilèrent par le trou et recherchèrent des ennemis.
Tout en marchant, ils écoutaient et entendaient des murmures de plus en plus proche. Altaïr ne connaissait pas ce langage, mais Amir oui. D'ailleurs il lui chuchota :
-C'est une langue germanique. Ce sont des templiers.
-Comment le sais-tu ?
-Mon père m'a appris les langues des templiers pour pouvoir les espionner sans en avoir l'air. Ils penseront que je ne les comprends pas alors qu'en fait si.
-Tu pourrais m'apprendre ?
-Bien sûr !
-Merci mon frère.
-Bon, nous devons les éliminer.
-Oui, Amir. Les habitants doivent pouvoir s'enfuir sans risque.
Les deux enfants reprirent leur avancé et découvrirent le camps de base des templiers. De nouveau, ils eurent la même idée au même moment quand ils virent les chevaux en train de paître paisiblement. Les deux enfants regardèrent le ciel et virent que le soleil était proche de se coucher. Ils virent deux templiers qui gardaient l'entrée du camps. Ils n'avaient pas l'air en pleine forme et devaient être blessés. Ce devait être la raison pour laquelle ils n'étaient pas dans la troupe qui attaquait. Les deux enfants s'allongèrent sur le sol et rampèrent vers les chevaux. Avec un sourire diabolique, ils accrochèrent des chardons à la queue des chevaux, ensuite, ils mirent du miel sur les flans des animaux et se cachèrent rapidement derrière des rochers. Le miel attira les mouches et les abeilles qui se jetèrent sur les chevaux. Ces derniers importunés par les insectes tentèrent de les chasser avec leur queue, mais les chardons s'enfoncèrent dans la peau des chevaux qui poussèrent des hennissements de douleur, puis ruèrent avant de s'enfuir pour se débarrasser des insectes. Les deux gardes se tournèrent dès le premier hennissement et n'eurent pas le temps de s'écarter qu'ils étaient piétinés par le troupeau affolé. Si l'un fut tué sur le coup, le deuxième fut assommé, mais vivant. Altaïr et Amin le ligotèrent, le bâillonnèrent et le placèrent derrière un rocher pour le cacher au cas où un templier viendrait les remplacer.
Les chevaux déchaînés contournèrent Masyaf et passèrent entre la ravine et la cité. Les gardes assassins surent immédiatement que les jumeaux étaient responsables de cet état de fait. Un des templiers s'affola et se releva, déclenchant immédiatement l'attaque des assassins. Pendant ce temps, les deux bambins découvrirent une chose merveilleuse, deux tonnelets, l'un rempli de bière et l'autre rempli de graisse de bœuf liquéfié. Les deux sales gosses se lancèrent un sourire diabolique, puis ils firent basculer les tonnelets et les poussèrent jusque devant la ravine. En ricanant comme des hyènes, ils jetèrent les tonnelets dans la ravine qui était en pente, et filèrent. Deux gardes avaient remarqué les agissements des petits et comprirent ce qu'ils voulaient faire quand ils virent les gamins jeter des tonnelets qui se brisèrent en déversant leur contenu sur le sol. Ils allumèrent des flèches, puis tirèrent en visant les ruisseaux plus ou moins visqueux. Ces derniers s'enflammèrent et enflammèrent les templiers qui tentèrent de fuir, mais si d'un côté le feu les menaçait, de l'autre c'étaient les flèches des défenseurs. Avant que le soleil ne se lève, les templiers avaient été taillés en pièces et les deux petits monstres avaient réussi à ramener des armes en abondance, de l'eau, de la nourriture et un garde templier sonné. Les gardes ouvrirent les portes et éclatèrent de rire quand ils virent les petits amener un templier ligoté et bâillonné. Toujours avec le sourire, les adultes prirent l'homme et l'emmenèrent dans les cachots afin de lui poser la "question", tandis que d'autres amenaient les vivres dans les greniers. Deux heures plus tard, les petits revinrent avec une quinzaine de chevaux épuisés et en sang. Les gardes amenèrent les animaux dans les écuries et découvrirent des chardons accrochés aux crins des chevaux. Délicatement, ils leurs retirèrent, puis les soignèrent. Une autre heure plus tard, les deux petits revinrent triomphales avec tous les habitants en parfaite santé qui les suivaient paisiblement.
Les maîtres des deux petits les accueillirent avec un sourire amusé. Rauf leur demanda :
-Combien de perte ?
-Personne. Sinon, on a tué trois templiers, emprunté pour une durée indéterminée tous leurs chevaux, leurs armes, leurs nourritures et leurs eaux.
-Bien joué les petits.
Altaïr salua Rauf et lui demanda :
-Maître, Amin m'a dit qu'il parlait les langues des templiers grâce à vous. Pourriez-vous me les apprendre afin que nous puissions les écouter sans qu'ils ne s'en rendent compte ?
-C'est une excellente idée. Mais pour l'instant, le maître veut vous voir.
Altaïr et Amin se regardèrent avec horreur, ils étaient sales, puants et décoiffés. Rapidement, ils tentèrent de se dépoussiérer et de se coiffer, mais en faisant cela, ils accentuèrent les dégâts pour le plus grand amusement de leurs maîtres qui les emmenèrent vers la citadelle. Voir ces deux enfants être emmené par deux maîtres, les assassins qui étaient restés à la protection de la citadelle crurent que les deux petits s'étaient battus et avaient été attrapés par leurs maîtres respectifs. Alors que le petit groupe pénétrait dans la citadelle, les gardes remontèrent avec la nouvelle, les templiers avaient été vaincus grâce à deux petits qui leur avaient volé des chevaux, de la nourriture, leurs armes et leurs vies.
Pour la première fois de leur vie, les deux enfants étaient nerveux, ils allaient rencontrer le chef des assassins, le chef de leur ordre. Ils trottinaient rapidement à côté de leurs maîtres quand Altaïr vit un homme qu'il n'avait pas vu depuis la veille de ses quatre ans. Amin regarda cet homme qui regardait son frère et lui demanda :
-C'est qui ?
-Mon père.
-Oh! En tout cas, il te regarde bizarrement.
-Il doit penser que je me suis battu.
-Mais c'est ce que nous avons fait. Nous nous sommes battus et nous avons sauvé toute la population de Masyaf, s'exclama bruyamment Amin pour que tout le monde entende.
Le regard du père d'Altaïr changea et une lueur de fierté flotta sur son visage. Voyant cela, Altaïr se redressa plus fier qu'un paon pour le plus grand amusement de son frère qui lui donna un petit coup de coude en lui disant :
-Fait attention frangin. Tu risques de ne pas pouvoir traverser les portes avec ta grosse tête.
-Je préfère avoir une grosse tête que de grosses fesses, rétorqua Altaïr qui fit exploser de rire Amin.
Entendre ces rires d'enfants faisaient se rappeler aux assassins pourquoi ils combattaient impitoyablement les templiers. Al Mualim fronça des sourcils quand il entendit des rires d'enfant. Cela devait être les deux petits qui avaient fait basculer la bataille pour qu'une défaite devienne une grande victoire et sans perte de leur côté. Il souleva un sourcil quand il vit deux enfants noirs de crasses les cheveux totalement ébouriffés qui se tenaient entre deux maîtres assassins.
-Hé bien, hé bien ! Sont-ce là les deux héros de cette bataille ? demanda t il aux deux adultes.
-Oui, maître Al Mualim. Voici Altaïr ibn La'Ahad et Amin ibn Albarq. Ce sont eux qui ont prévenu la garde de l'attaque et ils ont amené les civils à l'abri. De plus, ils ont réussi à faire fuir les chevaux des templiers et les ont bloqués entre nous et un violent incendie.
Le maître regardait les deux enfants avec beaucoup d'intérêt. Ils étaient plus rusés que le renard du désert et plus féroces que le lion en chasse. De bonnes recrues, tous les deux. Le tout petit garçon baveur était devenu un enfant rusé, rapide, souple et digne des meilleurs. Quant à Altaïr, il était digne de sa lignée et de son père Umar ibn La'Ahad. Si à huit ans, ils étaient capable de vaincre des templiers que se passerait-il quand ils en auraient vingt. Al Mualim demanda :
-Que voulez-vous en récompense de votre réussite ?
Les deux enfants se regardèrent, puis dirent :
-La possibilité de sortir de la citadelle pour capturer des oies et apprendre à lire et à écrire les langues des templiers pour les espionner.
-Pourquoi des oies ? demanda Al Mualim interloqué.
-Ben, parce qu'on a toujours faim. Et on voulait gagner un peu d'argent en capturant des oies et en les revendant sur le marché.
Le maître des assassins entendit un petit rire venant du maître assassin Rauf. Alors qu'ils avaient pris la vie, les deux enfants étaient encore innocents, ne se rendant pas compte de ce qu'ils avaient fait. Ils étaient beaucoup trop jeunes pour une guerre et pourtant ils avaient l'air d'être prêts à la gagner. Il accepta que les enfants puissent sortir pour chasser leurs oies, puis donna l'ordre aux érudits de leur apprendre les langues des templiers.
Les deux petits étaient maintenant surexcités et allèrent se laver entourés par leurs maîtres pour ne pas courir dans tous les sens. Les deux maîtres en eurent assez quand les deux petits voulurent quitter la citadelle pour attraper leurs oies, alors ils les attrapèrent, les amenèrent chez Rauf les mirent cul nul et les jetèrent dans l'eau. Puis ils les lavèrent au grand désarrois des enfants qui ne se lavaient quasiment jamais, trop heureux d'être totalement libres. Au bout d'une demi-heure de récurage, les deux enfants étaient propres et sentaient bons. Rauf donna aux enfants de nouveaux vêtements, puis leur dit :
-Vous avez trop d'avance, je ne peux pas vous entraîner comme les novices. Donc pendant ces deux prochaines années, vous apprendrez les langues des templiers ainsi que celles qui se parlent dans le monde connu.
Les deux enfants se regardèrent encore plus excité qu'avant et répondirent :
-Oui, maître ! On peut y aller maître ?
-Non ! Ce soir vous allez dormir ici. Vous rejoindrez les érudits demain.
-Bien maître.
Rauf remercia Ahmed, puis amena les deux enfants dans la cuisine et leur donna à manger. Puis quand les deux petits furent rassasiés, il les emmena dans la chambre d'Amin et là, ils virent deux lits. Les deux petits se couchèrent et s'endormirent profondément, heureux d'être là et d'être tous les deux.
Amin était dans le passage et devant lui se trouvait Altaïr et des templiers. Son frère essayait de fuir mais ces derniers le rattrapaient et le poignardaient à mort, puis jetait son cadavre à ses pieds en sifflant :
-Voilà pour toi, meurtrier ! Tu as tué nos frères, nous tuons le tien.
Altaïr se trouvait devant le passage éboulé et quand Amin voulut se faufiler, Altaïr vit une flèche de templier lui traverser la tête et tuer son frère aimé. Il entendit des rires gras et vit des templiers prendre le corps de son frère et le jeter au feu en riant :
-Meurtrier ! J'espère que tu vas souffrir. Tu as tué nos frères, nous tuons le tien.
Rauf fut réveillé en sursaut quand il entendit un double hurlement qui venait de la chambre des petits. Il fonça les retrouver et les vit en pleurs dans les bras l'un de l'autre. Rauf comprit que les deux enfants venaient de se rendre compte de ce qu'ils avaient fait et il leur faudrait du temps avant qu'ils ne fassent plus de cauchemars. Rauf décida de les calmer tous les deux, il les consola comme les enfants qu'ils étaient toujours. Amin et Altaïr s'endormirent vers le petit matin dans les bras de Rauf. Au lieu de les réveiller, il les laissa dormir.
A suivre
