Chapitre 4
Les deux enfants se réveillèrent le lendemain, ils étaient encore épuisés, non pas physiquement, mais mentalement. En les entendant bouger, Rauf les rejoignit et les découvrit défaits. Il eut un sourire triste et murmura :
-Je sais que c'est douloureux. Vous ne vous y habituerez jamais totalement. Mais pour sauver le monde, nous devons prendre des vies.
-Ça fera toujours aussi mal ? demanda Amin.
-Au début oui, mais à force de tuer, vous deviendrez plus aguerris et votre cœur se sera endurci. Si vous souffrez autant, c'est que vous avez pris la vie de soldats alors que vous n'avez pas dix ans et que vous n'étiez pas préparés à cela. C'est si vous n'aviez ressenti aucune douleur que j'aurai été inquiet.
-D'accord, baba. Pardon, maître.
Rauf prit son fils dans ses bras et lui murmura à l'oreille :
-Dans des moments aussi durs, je serais toujours ton père.
Voyant le regard un peu lointain d'Altaïr, Rauf décida d'aller de nouveau contre les ordres d'Al Mualim et serra le petit garçon contre lui en lui disant :
-Altaïr, tu ne peux pas savoir à quel point ton père est fier de toi.
-Ah oui ?
-Oui. Il t'a vu grandir et devenir un assassin en puissance. Je sais qu'il aurait voulu te serrer contre lui comme je le fais, mais le maître interdit les démonstrations d'amour entre parents et enfants.
-Pourquoi ? demanda Altaïr.
-Parce qu'il pense que l'amour rend faible. Je le pensais avant jusqu'à ce que je rencontre Amin. C'est là que j'ai compris que l'amour donnait la force de se battre pour ceux que l'on aime. Je mourais pour mon fils, comme Umar mourait pour le sien.
Amin fit un immense sourire à son père, vite suivi par Altaïr. Les deux enfants se sentaient revigorés. Amin regarda dehors et vit que le soleil commençait à peine à se lever.
-On a pas dormi longtemps, le soleil se lève.
Rauf s'esclaffa et dit :
-Vous dormez depuis deux jours. Vous étiez vraiment épuisés. Mais aujourd'hui, après mangé, vous allez commencer à apprendre les langues du monde.
-Oui maître ! s'exclamèrent les deux enfants.
Les deux petits voulurent dévaler les escaliers pour aller manger, mais Rauf leur ordonna d'abord de se laver. Bougonnant, les enfants obéirent, puis bien propres, ils purent enfin manger et ensuite, rejoindre l'immense bibliothèque afin d'apprendre. En chemin, ils croisèrent Umar, qui jeta un rapide coup d'œil autour de lui et murmura à son fils :
-Je suis fier de toi, Altaïr.
-Père, je vous promets de devenir le meilleur des assassins.
-Je n'en ai jamais douté, mon fils. Amin, je te remercie d'avoir aidé mon fils à trouver sa voie.
-Merci à vous d'avoir créé mon frère.
Umar fit un sourire aux jeunes garçons, puis repartit afin d'effectuer la mission donné par Al Mualim. Il était vraiment fier de son fils et il l'aimait tellement, même s'il ne pouvait le lui montrer. Il regarda les deux enfants monter vers le donjon et soupira avant de quitter l'enceinte de Masyaf et de filer vers Acre.
Le temps passa rapidement pour les deux enfants qui grandissaient vite physiquement et mentalement, ils développaient leur intelligence et leur ruse redoutable. Malgré le fait qu'ils aient été pris en charge par les érudits, ils trouvaient toujours du temps pour faire ce qu'ils adoraient faire, courir après les oies. Ils faisaient toujours rire les gardes, car quand ils voyaient des oies s'éparpiller d'affolement, ils savaient que les deux petits monstres se trouvaient derrière elles ce qui étaient toujours le cas d'ailleurs. Cependant leur joie faillit s'arrêter quand Saladin en eut assez des différentes tentatives des assassins de l'éliminer et décida d'attaquer la forteresse de Masyaf. Il vint avec plus de dix milles hommes lourdement armés. Les habitants de la cité découvrirent un nuage de poussière, puis une nuée de soldats mené par Saladin en personne. Le général déploya son armée, mais les montagnes l'empêchèrent d'attaquer et commença le siège de Masyaf. Plus rien n'entrait ni ne sortait. Les habitants avaient peur de la famine, jusqu'à ce que les jumeaux entrent dans la danse. Ils se faufilèrent dans le camp et pillèrent sans aucun scrupule les réserves des ottomans. Les gardes et les habitants voyaient les enfants partir par un endroit et revenir par un autre, les bras chargés de victuailles.
Al Mualim regardait avec étonnement et amusement les deux enfants vider les réserves des assaillants et remplir les leurs. Il savait qu'il ne pouvait soutenir un siège trop long, même avec l'ingéniosité des enfants et décida de faire passer un message à Saladin pour convenir d'une paix entre les deux belligérants. Il aurait voulu faire passer le message par un maître assassin, mais décida de donner aux enfants leur première mission. Il demanda à Rauf et à Umar de ramener les deux enfants. Les deux maîtres mirent un temps infini pour détecter les enfants. Ils furent horrifiés en les voyant cavaler sur le plateau déplaçant un énorme nuage de poussière, des ottomans les menaçant de leur couper la main. Alors qu'ils allaient réagir en tuant les agresseurs, les deux petits se jetèrent dans le vide et firent leur premier saut de la foi. Enfin, c'est ce que pensèrent les deux maîtres jusqu'à ce qu'ils se rendent compte que les deux petits diables avaient simplement entraîner les soldats dans une course, avaient caché la profonde ravine par la poussière qu'ils avaient déplacé et qu'ils avaient sauté sur les côtés ne laissant aucune chance aux agresseurs. Les cris de douleur des soldats ne durèrent que quelques secondes, car ce que personne ne savait, c'est que les enfants avaient rempli cet endroit de serpents venimeux afin que plus personne ne puisse prendre ce chemin pour attaquer Masyaf. Et les soldats étaient tombés sur un nid de vipères ottomanes et elles n'avaient pas du tout apprécié que des humains leur tombent dessus.
Tout content de leur mauvais coups, les deux enfants disparurent, puis réapparurent dans l'enceinte de la cité en riant de la tête des ottomans. Cependant, ils cessèrent de rire quand ils virent en face d'eux leurs pères respectifs. Altaïr et Amin se jetèrent un coup d'œil, puis regardèrent leurs pères en ne sachant pas ce qu'ils voulaient. Umar s'approcha de son fils et lui dit l'émotion palpable dans la voix :
-Que c'est-il passé pour que vous ayez les sbires de Saladin aux fesses ?
-Peut-être que nous nous sommes amusés à le tondre.
-Le tondre ? Tondre qui ? demanda Rauf.
-Ben Saladin ! s'esclaffèrent les deux amis.
-Attendez si j'ai bien compris. Vous êtes allés dans le camp des Ottomans et vous avez tondu Saladin ? résuma Umar abasourdi.
-Il était en train de dormir et ses cheveux étaient bigrement sales. Alors on a décidé de l'aider en le tondant, répondit Amin avec un grand sourire ravi
-Je ne veux même pas savoir comment et pourquoi vous avez fait cela ! soupira Umar. Mais le maître veut vous parler !
-Bien !
Les deux enfants trottinèrent tout en discutant du coup vache qu'ils avaient fait. Le plus étonnant, c'est que personne ne les avait vu tondre Saladin, mais ils avaient été surpris en sortant du camp par la troupe qui les avait poursuivis pour connaître la raison de leur présence dans un camp militaire. Al Mualim regarda avec perplexité les deux enfants discuter tandis que les deux adultes les regardaient médusés. Il leur demanda :
-Que se passe-t-il ?
-Mon fils et celui de Rauf n'ont rien trouvé de plus drôle que d'aller dans le camp des ottomans et de tondre Saladin.
Il y eut brusquement un éclat de rire dans tout le bâtiment, les assassins étaient subjugués par l'audace des deux petits et leur humour particulier. Al Mualim soupira, puis dit aux deux enfants :
-Vous allez retourner au camp des ottomans et vous allez apporter une lettre à Saladin. Je veux une réponse.
-Bien maître ! s'exclamèrent les deux petits qui prirent le courrier et filèrent rejoindre le camp ennemi.
Les deux petits retournèrent dans leur cachette et mirent une bure qu'ils avaient confectionné et cachèrent leur visage avec la capuche. Ensuite, ils disparurent dans les catacombes et rejoignirent le camp par un tunnel qui passait juste en dessous du camp ennemi. Les deux pères terriblement inquiets quittèrent le chef des assassins mais ils ne retrouvèrent pas les petits qui avaient encore disparu. Ils montèrent tous les deux sur les remparts et essayèrent de retrouver leurs enfants. Altaïr et Amin avaient totalement disparu. Personne ne pouvait savoir qu'ils étaient dans la tente de Saladin et qu'ils attendaient le retour du chef des ottomans en jouant avec les cavaliers d'un jeu d'échec. Ce fut quand ils entendirent des éclats de voix qu'ils virent qu'ils n'étaient plus seul et qu'ils se rendirent compte qu'en fait ce n'était pas Saladin qu'ils avaient tondu, mais un noble de sa parenté, et qu'ils n'étaient pas dans la tente de Saladin, mais dans celle de ce noble. Noble chauve comme un œuf et totalement furieux d'ailleurs. Tout en maudissant celui qui avait osé couper ses magnifiques cheveux, il entra dans sa tente, vit les deux enfants et rugit :
-Qu'est-ce que vous voulez ? Et comment êtes-vous venus ici ?
Altaïr et Amin se regardèrent, puis Amin lança avec un innocence feinte :
-Eh bien, nous sommes venus à pied, nous avons traversé le camp. D'ailleurs, c'est une véritable passoire, n'importe qui peut y entrer sans problème et quant à la raison de notre présence en ces lieux…
-Nous avons une lettre à donner à Saladin de la part de notre maître Al Mualim. Nous devons avoir une réponse, écrite de préférence.
-Donnez la moi et partez !
-Vous vous appelez Saladin maintenant ? siffla Altaïr.
Les cris perçants du noble avait ameuté une troupe et dedans se trouvait le puissant Saladin. Le noble sursauta quand une voix profonde répliqua :
-Lui non, mais moi oui ! Que faites-vous dans mon camp ?
-Comme je le disais à… lui, commença Amin sous les pouffements d'Altaïr. Nous avons une lettre à vous donner et nous devons attendre la réponse sous forme d'écrit.
-Bien. Suivez-moi. Nous allons rejoindre ma tente et ensuite, donnez-la moi, ordonna Saladin.
Les deux enfants suivirent Saladin et papotèrent paisiblement sans la moindre notion de discrétion. D'ailleurs Saladin leur demanda :
-Vous êtes des assassins ?
-Non, on est trop jeune. On n'a que dix ans. On n'est même pas encore apprenti. Mais le maître ne voulait pas envoyer un guerrier, mais une preuve qu'il ne vous voulait pas de mal.
Tout en marchant, Saladin était d'accord avec le vieux dans la montagne. Des enfants ne risquaient pas de déclencher une guerre en tuant l'un des siens par erreur. Au bout de quelques minutes de marche, ils arrivèrent dans une tente magnifique emplie de soierie et d'or. Mais surtout de fruits. Maintenant dans la tente, Amin fouilla dans sa bure et lui donna une lettre roulée et scellée. Saladin prit la lettre, brisa le scellé et lu. Il ne jeta pas un seul coup d'œil aux enfants qui le regardaient avec beaucoup d'intérêt. Le noble était méfiant, il y avait une lueur sournoise dans les yeux des deux enfants. Ce qu'il ne pouvait savoir c'est que les bambins se demandaient comment tondre Saladin. Mais soudain l'idée disparut quand ils commencèrent à se promener dans la tente. Ils décrétèrent que la coupe remplie de fruits était beaucoup plus intéressante. Les deux enfants se mirent à manger tous les fruits qui s'y trouvaient et quand ils eurent tout fait disparaître que ce soit dans leur estomac ou dans leurs poches, ils décidèrent de reprendre leur excursion dans la tente.
Ils virent des cartes de la région et sous l'une d'elles, ils remarquèrent un dessin. Altaïr sortit le dessin et c'est à ce moment précis qu'ils virent un portrait actuel d'Amin. Altaïr regarda le dessin, Amin, le dessin, Amin, tandis qu'Amin regardait le dessin avec stupéfaction. Soudain, il remarqua des mots sur le papier, il reconnut la langue des Francs et commença à lire :
-Par Ordre des Templiers, toute personne trouvant cet enfant devra le ramener dans la commanderie la plus proche.
Amin demanda à voix haute :
-Pourquoi les templiers recherchent cet enfant ?
-Mmm ? demanda Saladin
-Pourquoi les templiers recherchent l'enfant du dessin ? redemanda Amin.
Saladin leva la tête de la lettre et regardant les enfants et le dessin leur dit :
-Oh ! Ils pensent que cet enfant est le nouveau messie ou quelque chose comme cela. Cela fait des années qu'ils le recherchent. Certains pensent que cet enfant aurait des pouvoirs inimaginables. Je pense plutôt que c'est un enfant qui a été témoin de leurs exactions et qu'ils veulent s'en débarrasser.
Maintenant qu'il avait répondu, il se remit à la lecture de la lettre et ne vit pas les deux enfants prendre le portrait et Altaïr le mettre dans sa bure. Il fallut attendre encore cinq minutes avant que Saladin n'ait fini de lire le courrier. Il se mit à faire les cent pas et brusquement demanda :
-Les assassins sont-ils dangereux ?
Les enfants se regardèrent puis lui répondirent :
-Nous sommes entrés dans votre camp sans être détecté par qui que ce soit, si nous étions des assassins, nous vous aurions tué depuis longtemps. Donc oui, les assassins sont dangereux. Mais on ne tue pas pour le plaisir.
Saladin réfléchit de nouveau, puis prit un parchemin et écrivit la réponse avant de sceller la lettre et de la rendre aux deux petits. Il tourna la tête pour parler au noble et quand il voulut demander aux enfants de quitter sa tente, les deux petits s'étaient volatilisés. Même lui grand cartésien devant le très haut sentit une goutte de sueur couler le long de sa colonne vertébrale déclenchant des frissons de peur. Il ne pouvait savoir que les deux enfants savaient qu'ils se trouvaient au-dessus d'un tunnel de catacombes et qu'il y avait un passage tout à côté. Ils s'étaient donc faufilé vers l'arrière de la tente, avaient soulevé un pan, ouvert le passage et disparu non sans refermer la trappe.
Ils retournèrent en courant à Masyaf, rejoignirent le maître et lui donnèrent la réponse. Puis sans attendre, ils repartirent en courant et cherchèrent leurs pères qui se trouvaient toujours sur les remparts à les rechercher. Umar et Rauf firent un bond de deux mètres quand Altaïr et Amin les interpelèrent. Leurs cœurs encore bondissant dans leurs poitrines, les deux pères descendirent et suivirent les deux petits qui les amenèrent dans leur cachette secrète, la grande salle dans les catacombes. Personne n'avait jamais su où se réfugiaient les deux enfants. Rauf murmura :
-Alors c'est ici que vous vous êtes réfugiés avec les habitants de Masyaf ?
-Oui père, murmura Amin.
-Bon, pourquoi nous avoir fait venir dans votre antre ? demanda Umar.
-A cause de cela, répondit Altaïr en montrant la portrait d'Amin.
Rauf devint blanc comme un linge et chuchota :
-Ils le recherchent toujours.
-Que se passe-t-il baba, pourquoi les templiers me recherchent ? demanda Amin qui avait besoin de réponses.
-Rauf, que nous caches-tu ? demanda Umar.
-Je… quand je t'ai trouvé Amin, j'ai dis au maître que tu étais près des corps de tes parents tués par les templiers. Mais ce n'est pas ce que je voulais dire.
-Comment cela ? demanda Amin en fronçant des sourcils.
-J'étais à une journée à cheval de Baniyas la nuit était tombée depuis peu de temps quand j'ai entendu un hurlement féminin. J'ai regardé autour de moi, mais il n'y avait personne. J'entendais des cris, des suppliques, mais il n'y avait personne. Amel dormait et pourtant ce cheval se réveillait au moindre bruit. Les cris étaient dans une langue que je ne connaissais pas, cela ressemblait à la langue des croisés anglais, mais tout en étant très éloignée. Soudain, les cris se sont stoppés avec un rire aigu et plein de maléfice. Ce rire m'a gelé au plus profond de moi-même. Après le rire, j'ai vu une colonne de lumière apparaître et Amin était à l'intérieur.
Tout à son récit, Rauf ne vit pas le regard stupéfait les trois autres. Umar et Altaïr regardèrent Amin avec étonnement, et décidèrent d'écouter le reste de l'histoire. Ils voulaient connaître les secrets qui entouraient le meilleur ami d'Altaïr.
-Amin hurlait de toute la force de ses poumons, sur son front sa cicatrice était rouge et ses cheveux étaient désordonnés.
-Ça, ça n'a pas changé, lança Umar pour le plus grand amusement d'Amin et d' Altaïr.
-Quoi qu'il en soit, j'ai tiré mon épée pour tuer l'enfant quand j'ai vu le fantôme d'une femme apparaître et celui d'un homme. C'était des chrétiens d'Angleterre. La femme m'a supplié de sauver son enfant qu'il n'était un sorcier que dans son monde et que dans le notre, il serait un enfant comme les autres. J'ai vu Amina en lui, il aurait pu être mon fils alors j'ai décidé de l'adopter et de faire de lui mon fils, et c'est un geste que je n'ai jamais regretté car mon fils m'a apporté énormément de fierté et d'amour.
Amin se leva d'un bond et se jeta dans les bras de son père, heureux d'être dans ses bras. Pour la première fois depuis bien longtemps, il pleura. Umar jeta un coup d'œil vers son fils et vit que ce dernier tentait de retenir ses larmes. Comme ils étaient seuls et que personne ne trahirait son geste, il prit son fils contre lui et le serra de toutes ses forces. Pour la première fois de sa vie, Altaïr se sentait totalement accepté par ce père fier et fort, alors il pleura sans gêne, il pleura contre la puissante poitrine de son père. Les deux assassins consolèrent leurs enfants, puis quand ses derniers furent calmés, Umar dit :
-C'est peut-être pour cela que les templiers recherchent Amin, car dans son monde c'est un sorcier et qu'ils veulent lui voler ses pouvoirs.
Amin devint blanc comme un linge et chuchota :
-Mais que veulent-ils de moi et comment connaissent-ils mon visage ?
-Je ne sais pas mon fils. Mais nous devons être prudent, je pense qu'ils te veulent pour arme afin de nous détruire nous les assassins.
-Mais baba, je suis un assassin.
Rauf fut tellement fier de lui qui le serra de nouveau sur son cœur. Umar et Altaïr se regardèrent, puis l'enfant dit :
-Qu'ils essaient de s'approcher de toi et on les jettera dans le ravin de la mort.
-Le ravin de quoi ? demanda Umar.
-La ravine par où les templiers étaient passés pour nous attaquer, et bien on a pris toutes les vipères qu'on pouvait trouver et on les a installées dans la ravine.
-Comment vous avez fait cela ? demanda Rauf.
-Hé bien, je leur ai demandé et elles ont accepté, répondit calmement Amin.
-Oh ! Hé bien, parler aux serpents peut permettre d'empêcher des morsures. Donc c'est un don appréciable, réfléchit Rauf sans voir qu'Umar était plus sombre. Pourquoi Rauf n'avait-il pas pu raconter la vérité au maître ? Peut-être qu'il n'en était pas digne, mais pourquoi ?
-Je crois que personne ne doit connaître la véritable histoire d'Amin.
-Tu as raison, mon frère, répondit Rauf.
-Oui, baba, dit Altaïr avec un grand sourire.
-Bien maître assassin Umar, s'exclama Amin avec respect.
Maintenant que l'affaire était clause, Les deux hommes regardèrent la pièce et demandèrent aux enfants de leur faire visiter. Ils découvrirent que les tunnels allaient loin dans diverses directions et certains allaient même largement sous les montagnes, mais il y avait encore des éboulements qui bloquaient le passage. A partir de ce moment, durant leurs temps libres, les pères et fils se rejoignaient souvent dans les profondeurs de Masyaf et réparaient les tunnels afin que les habitants puissent fuir en cas d'attaque et que les assassins puissent traverser les lignes ennemis et attaquer par derrière.
Quand ils n'étaient pas dans les catacombes, les adultes partaient en mission pour Umar et entraînaient les apprentis pour Rauf tandis que les jumeaux s'entraînaient pour devenir des assassins. Malgré leur jeunesse, ils étaient proches de devenir des assassins et cela faisait grincer des dents. Ils étaient détestés par un jeune apprenti Abbas Sofian. Sa haine explosa quand, à quatorze ans, les jumeaux devinrent officiellement des assassins alors que lui n'était pas encore prêt selon son maître.
Umar et Rauf furent terriblement fiers quand Al Mualim présida la cérémonie d'intronisation. Le maître des assassins s'exclama :
-Aujourd'hui est un grand jour pour la confrérie. Deux apprentis vont devenir des assassins de pleins droits. Normalement, ces apprentis devraient faire une mission pour prouver qu'ils sont dignes d'entrer dans notre confrérie, mais ils l'ont prouvé maintes fois dans le passé. Ils ont sauvé les habitants de Masyaf durant une attaque de Templiers qu'ils ont déjoué. Ils ont réussi à les délester de leur chevaux, de leurs provisions et de leurs vies. Ensuite, ils ont délesté les armées de Saladin de leurs provisions et ont réussi à pénétrer dans le camp des ottomans et à faire passer des courriers à Saladin sans se faire prendre.
Certains se retinrent de pouffer en entendant Amin chuchoter :
-Sans oublier la tonte d'un noble.
-Chut ! le rattrapa Altaïr qui se retenait de rire.
-Ils sont plus que digne d'entrer dans la confrérie des Assassins.
Al Mualim se tourna vers Altaïr et Amin et leur dit :
-Les assassins obéissent à une loi, à un crédo.
Les adolescents s'exclamèrent en même temps :
-Ta lame ne versera pas le sang d'un innocent.
-Montre-toi, mais reste invisible.
-Jamais tu ne mettras la Fraternité en danger.
Sur la table se trouvait des lames secrètes. Les deux adolescents frétillaient d'impatience, ils avaient hâte de les installer sur leur avant-bras. Ils savaient qu'ils allaient devoir sacrifier un doigt, mais ils étaient prêts. D'un même mouvement, les deux jeunes s'approchèrent vers la table et tendirent leur main droite et regardèrent fièrement Al Mualim. Le vieil homme prit la main d'Amin, la posa sur une cale en bois. Amin prit une grande respiration et grimaça quand Al Mualim prit une dague chauffée à blanc et lui trancha l'annulaire. La chaleur intense cautérisa la plaie et stoppa tout saignement. L'adolescent grinça des dents de souffrance, mais aucun son ne sortit de sa bouche.
-Par ce sacrifice, toi Amin ibn Albarq tu prouves que tu es un assassin. Maintenant, prends ton arme.
Calmement, Amin installa son arme à son avant-bras droit et fit sortit sa lame secrète. Il était enfin un assassin. Ce qu'il voulait depuis que son père l'avait adopté, était arrivé. Il rejoignit son père, puis regarda Altaïr subir la même épreuve et sur son visage, un air de fierté à l'idée d'être enfin un assassin. Cela faisait tellement de temps que les deux adolescents attendaient cela. Ils se jetèrent un coup d'œil l'un vers l'autre et surent que maintenant, leurs aventures seraient solitaires. Quand Altaïr rejoignit Amin, ce dernier lui dit :
-Tu me raconteras tes aventures ?
-Et toi les tiennes !
Les deux amis se serrèrent la main, triste de la fin de l'enfance, mais heureux de cette nouvelle vie.
A suivre
