Chapitre 6
Altaïr avait reçu des nouvelles comme quoi il y avait eu plusieurs meurtres inexplicables dans la lointaine ville de Tyr et les habitants accusaient les assassins de ce fait. Voulant faire la lumière sur cette affaire, il demanda à son frère d'aller enquêter et d'éliminer le problème.
Amin mit une semaine pour arriver à Tyr et arrivé devant la cité, il décida d'aller directement voir le rafiq de la ville afin de lui expliquer la raison de sa venue. Il fronça des sourcils quand il vit que les portes étaient bloqués par des templiers et des croisés armés jusqu'aux dents. De plus, il remarqua que les érudits étaient obligés de rentrer dans la cité tête nue, il ne pourrait donc pas se mêler aux érudits comme les assassins en avaient l'habitude. Il contourna les fortifications et soupira quand il se rendit compte qu'il allait devoir se mettre à l'eau et entrer dans la cité par le port égyptien qui se trouvait au sud de la cité. Silencieusement, il entra dans l'eau, puis nagea. Il détestait nager quand il avait tout son armement, car il avait tendance à couler et c'était une mort qu'il ne voulait absolument pas, la noyade. Au bout d'une bonne heure de nage, il sortit de l'eau et marcha quelques minutes avant de trouver une vieille colonne couchée et s'asseoir dessus. Il était totalement épuisé. Il fouilla dans ses sacoches et découvrit avec bonheur que toute sa nourriture était détrempée et salée. Il grimaça en mangeant, mais il n'avait vraiment pas le choix.
Quand il se sentit un peu mieux, il reprit sa route. Il était seul dans les rues, il n'y avait pas un chat. Il leva les yeux vers le ciel et vit qu'il était tard soit, mais le soleil n'était pas encore couché et les marchands devraient être dehors à appâter le client. Alors que là, il n'y avait personne, même pas un mendiant dans les rues. Cette atmosphère empuantie de peur, voir même de terreur lui donnait la chaire de poule. Il n'aimait pas cette ambiance et ce silence. C'était comme s'il marchait dans une ville morte. Et cette sensation d'être suivie, il n'appréciait absolument pas. Il accéléra d'un coup, sauta sur des caisses qui avaient été abandonnées, puis grimpa à une allure folle sur le mur et se retrouva en quelques secondes sur le toit. Il se cacha dans les ombres et sentit soudain une légère douleur au niveau du cou. En quelques secondes, il sentit une douleur atroce ravagée son corps. Il n'arrivait plus à respirer, ses muscles étaient parcourus par des spasmes violents. Brusquement ses jambes ne le portèrent plus et il s'effondra de tout son long sur le toit. A plat dos, il tentait de respirer, mais en vain, sa bouche était grande ouverte, mais l'air ne passait plus dans ses poumons. Peu à peu, la douleur disparaissait et sa vision s'obscurcit jusqu'à le plonger dans le noir total alors que la dernière étincelle de vie s'échappait de son corps.
Loin de Tyr, Maria se réveilla en hurlant, son frère venait de mourir empoisonner. Altaïr et Amin pénétrèrent dans la chambre en courant pour savoir ce qu'il venait de se passer. Maria se jeta dans les bras de son époux et sanglota :
-Amin est mort ! il vient d'être empoisonné !
-Maria, je ne suis pas mort ! Je n'ai même pas encore quitter Masyaf ! s'exclama Amin en s'approchant d'elle.
Quand l'ancienne templière vit qu'Amin se trouvait dans la chambre, elle se jeta dans ses bras et le supplia :
-N'y va pas mon frère ! Tu vas mourir.
-Calme-toi Maria et explique moi ton rêve ! lui demanda calmement Amin.
La jeune femme eut besoin de toute l'aide de son époux pour expliquer à son frère de cœur ce qu'elle avait vu durant ce cauchemar. Les deux hommes l'écoutèrent avec beaucoup d'attention et quand elle eut terminé son récit, Amin lui dit :
-Je vais quand même y aller. Maintenant que je sais ce qu'il risque de se passer, je vais faire doublement attention. Merci, chère sœur. Je reviendrais en un seul morceau. Je te le promets.
Le lendemain, Amin quitta Masyaf avec appréhension, il ne voulait pas violer sa promesse de revenir en vie. Il galopa jusqu'à Tyr en faisant très attention à ce qu'il faisait. Quand il arriva devant la cité, il frémit, car il vit que les portes étaient bloqués par des croisés et des templiers armés jusqu'aux dents. Les érudits étaient obligés de marcher nu-tête. Comment faire ? S'il passait par la mer, il mourait empoisonné et s'il passait par la Grande Porte, les templiers lui mettraient enfin la main dessus ! Alors qu'il réfléchissait au moyen de pénétrer dans la cité, il vit une femme musulmane pénétrer dans la cité sans avoir à retirer son voile. Il jeta un coup d'œil vers les marchands et vit qu'il y avait des voiles pour les femmes musulmanes. L'air de rien, il en vola un et partit se dissimuler afin de se changer. Il gronda en se rendant compte qu'il était trop grand pour le voile qui ne cachait ni ses chevilles, ni ses mollets et encore moins ses bras. Il eut l'idée de se voûter comme une vieille femme, plia les genoux, rentra un peu les bras. Il ressemblait maintenant à une vieille musulmane qui rentrait dans sa cité. Il prit un bâton et se força à marcher avec des gestes lents et fébriles comme une vieille femme impotente.
Il mit plus d'une demi-heure pour arriver devant les portes. Il était très nerveux, car les templiers étaient dès plus méfiants envers les nouveaux arrivants. Heureusement pour Amin, il jouait tellement bien la vieille femme que les gardes le laissèrent passer. Quand enfin, il pénétra dans la cité, il se rendit compte qu'il était le dernier à passer. Quelques minutes plus tard, les gardes fermèrent les portes. Marchant lentement, il vit que les gardes restaient près de la porte et scrutaient avec nervosité les ténèbres qui tombaient doucement sur Tyr. Quand il fut suffisamment loin, il retira son costume et se rendit compte que les rues étaient totalement désertes. Craignant l'attaque que lui avait raconté Maria, Amin bondit rapidement sur les toits et fonça pour rejoindre le bureau des assassins. Il se sentait scruté et il détestait cette sensation. Il ne s'arrêta pas un instant et sentit rapidement que l'espion n'était pas assez rapide pour lui et pas assez leste. Il accéléra encore, bondissant comme une panthère traquant sa proie. Au loin, il entendait une respiration haletante, puis plus rien. Il avait réussi à semer son poursuivant.
C'est en soupirant de soulagement qu'il arriva dans le bureau. Quand il y pénétra, il découvrit un rafiq armé jusqu'aux dents et sursautant au moindre bruit. Le rafiq lui expliqua que quelqu'un avait tenté d'entrer dans le bureau afin de le tuer, mais qu'il l'avait fait fuir en quelques secondes. Depuis, dès que le soleil se couchait, il fermait le toit afin que personne ne puisse y pénétrer. Là, il avait gardé le toit ouvert plus longtemps, car il avait reçu un message du mentor qui lui apprenait son arrivée. Amin fronça des sourcils et demanda de plus amples explications. L'homme, après avoir fermé le toit, lui apprit que tout avait commencé deux mois auparavant. Les gardes avaient découverts le cadavre d'un templier. Il n'y avait aucune plaie, à part une petite blessure au niveau du cou. Amin se mit à réfléchir et écouta le reste de l'histoire :
-Pendant quelques jours, il n'y eut pas d'autre mort. Mais une semaine après le premier meurtre, tous les jours on découvrait un nouveau cadavre, templiers d'abord, puis gardes et enfin habitants. Ils mouraient tous de la même façon et tous à peu près dans le même quartier, le port égyptien. Mais depuis quelques temps, les meurtres ont lieu un peu partout.
-Mais pourquoi pense-t-on que se sont les assassins les responsables de cette attaque ?
-Un témoin dit avoir vu un homme portant une bure comme la notre se tenant au-dessus d'un des derniers morts.
-Donc les meurtres ont commencé dans le port égyptien, dis-tu ?
-Oui, Amin.
-Bien, je vais y aller et faire une petite enquête.
-Vas-y demain, ce sera plus sûr !
-Tu as raison, je vais me reposer et je commencerais mon enquête quand le soleil sera levé.
-C'est une bonne décision, mon ami. Veux-tu quelque chose à manger ?
-Avec plaisir, je meurs de faim.
Le rafiq prépara un ragout de mouton qu'Amin dévora avec bonheur. Ils étaient en train de discuter des changements qu'il y avait eu au sein de la Confrérie quand tous les deux entendirent un léger bruit, comme si quelqu'un essayait d'entrer. Le rafiq devint blême mais pas Amin qui sortit sa dague et lança :
-Viens ! Entre que je te tues !
Le bruit cessa immédiatement et ils entendirent un bruit de course étrange comme si l'homme boitait bas. Le rafiq soupira de soulagement. La chose ne reviendrait pas de sitôt. Le silence tomba dans le bureau lourd et plein de menace. Amin fronça des sourcils, le rafiq n'eut aucun mal à imaginer les rouages du cerveau d'Amin tourner à pleine vitesse. Il devait imaginer l'aspect général de l'agresseur, rapide car il avait filé assez vite, mais blessé car il boitait. Ce qui lui manquait, c'était la taille. N'importe qui pouvait monter sur le toit, mais comment. Les assassins et certains gardes templiers n'avaient aucun problème pour se hisser jusqu'ici. Mais pour les autres, c'était plus dur.
Le rafiq savait que cela ne servait à rien de se casser la tête pour découvrir l'homme qui était monté jusqu'ici. Heureusement qu'il avait fermé le toit. Après un soupire de soulagement, il enjoignit Amin à reprendre son repas. L'assassin, lui fit un sourire, puis retourna manger. Le silence revint mais il était plus léger. Les deux assassins recommencèrent à discuter paisiblement et quand le repas fut terminé, Amin alla dormir afin d'être prêt pour sa mission.
Le lendemain, après un bon petit déjeuné, les deux assassins se saluèrent, puis Amin sortit et vit le rafiq refermer le bureau. La veille, il aurait pensé que le rafiq était totalement paranoïaque, mais savoir qu'un homme avait tenté de pénétrer dans le bureau alors qu'il y avait deux assassins, ça le rendrait méfiant. Amin se promena dans les rues de la ville recherchant des serpents ou des reptiles quelconques. Les serpents ne savaient pas mentir et ils ne comprenaient même pas le concept. Ce qu'il apprendrait le mettrait sûrement sur le bon chemin. Il sentit les regards haineux se porter sur lui et les gardes ne le lâchaient pas des yeux. Calme, mais pourtant on ne peut plus tendu, Amin trouva une petite couleuvre qui se dorait la pilule au soleil. L'assassin s'assit près du serpent et siffla :
-Salutation, belle couleuvre !
Le serpent ouvrit un œil et regarda l'humain qui lui parlait. Il avait entendu dire qu'un humain était capable de parler la langue des serpents, mais il n'aurait jamais cru tomber sur lui. Il savait que l'humain était très respectueux des serpents et ne leur ordonnait jamais quelque chose, mais leur demandait toujours poliment. Amin eut un léger sourire quand la couleuvre s'étira de tout son long, puis bailla. Les templiers regardaient avec stupéfaction l'homme qui parlait à cet animal. C'était l'enfant béni de dieu. Le grand maître des templiers voulaient désespérément lui mettre la main dessus et ce depuis plus de 30 ans en vain. Ils comprenaient pourquoi maintenant. L'enfant était un assassin et d'après la rumeur, l'un des meilleurs.
-Salutation à toi aussi humain! répondit le serpent en se redressant pour regarder l'humain droit dans les yeux. Que me veux tu ?
-Je voudrais simplement te poser des questions sur ce que tu as pu voir et entendre.
-Voir d'accord, mais entendre. Je ne comprends pas l'humain et je n'entends rien.
-C'est vrai, mais tu sens les sons et tu vois mieux que quiconque.
-Cela est vrai. Je suis parfait. Que veux-tu savoir ?
-Des humains sont morts empoisonnés vers l'endroit où l'eau est salée. Que disent les autres serpents ? Qu'as-tu vu ?
-Un humain étrange. Il était comme toi, mais tout son museau était caché par du noir et ses bouts de pattes aussi. C'était comme s'il lui manquait des morceaux !
-Lui manquer des morceaux ?
-Oui, il n'avait pas l'air d'avoir de truffe et l'un de ses bouts de pattes avait l'air coupé.
-La lèpre ! l'homme est un lépreux. Pourquoi attaquerait-il des innocents ? Pas qu'on puisse dire que les templiers soient innocents. Mais pourquoi attaquer les autres ? Sais-tu quelque chose d'autre ?
-Je vois souvent cet humain bizarre, il marche la nuit, sans un bruit. Il touche les autres humains et les autres se tortillent dans tous les sens avant de mourir.
-Donc, il les empoisonne. Ça ne peut pas être un assassin, le poison n'est encore accepté chez les assassins. Merci, magnifique serpent ! Au revoir !
Les templiers voulaient se débarrasser de ce meurtrier et ils étaient prêts à s'allier aux assassins pour faire cela. Car la colère grondait et le peuple risquait fort de se retourner contre eux et à un contre cent, ils n'avaient aucune chance. L'un des templiers s'approcha d'Amin et se retrouva avec une lame sur la gorge. Le templier lui dit en déglutissant nerveusement :
-Calme assassin. Nous sommes comme toi, nous voulons arrêter ce meurtrier.
-Pourquoi vous croirais-je ? Pourquoi ne m'accusez-vous pas de ces meurtres ?
-Nous connaissons votre crédo, nous savons que vous ne tuez pas les innocents. Or les habitants de Tyr sont totalement innocents, donc jamais vous ne les auriez attaqués.
-C'est vrai. L'homme que nous recherchons est un lépreux. Il lui manque le nez et des doigts de la main. Il est habillé en noir et il tue en empoisonnant ses victimes.
Les templiers se regardèrent, puis quand ils se retournèrent vers Amin, ce dernier s'était volatilisé. Ils étaient furieux que les assassins aient mis la main sur l'enfant en premier. Ils auraient pu avoir l'enfant avec eux et non contre eux. Mais bon, ils devaient retrouver un lépreux et l'éliminer. Amin observa la population de Tyr, mais quand les habitants le voyaient, ils fuyaient en pensant qu'il était le meurtrier. Grondant de rage, il retourna au bureau des assassins et devant le Rafiq, il retira sa bure, puis tête nue, il retourna dans la foule. Alors que dix minutes auparavant les gens fuyaient devant lui, maintenant les femmes se retournaient sur son passage, séduites par ses cheveux noirs de jais et ses magnifiques yeux verts émeraude. Il avait prit l'air d'un pèlerin naïf et se promena dans les rues. L'air de rien il demanda à un marchand :
-Pourquoi cet air inquiet, mon ami ?
-Il y a un meurtrier dans la ville !
-Quelle horreur ! Vous l'avez déjà vu ?
-Non, mais on dit qu'il y avait un témoin. Ce matin, une jeune femme rentrait chez elle et elle l'aurait croisé. Ce fou lui aurait couru après pour la tuer, mais elle aurait réussi à s'enfuir.
-La pauvre enfant ? Comment va-t-elle ?
-Elle va bien et d'ailleurs la voila.
Amin se tourna vers la direction montrée par le marchand quand il eut un coup au cœur. La jeune femme qui se promenait était magnifique, elle avait de superbes cheveux noirs bleuté et des yeux gris vert de toute beauté. Elle avait un visage en cœur et une peau caramel qui donnait à Amin l'envie de la dévorer de baisers. Combien de mois s'était-il moqué d'Altaïr sur le coup de foudre qu'il avait ressenti envers Adha puis Maria ? Enfin, il ressentait la même chose que son frère. Après avoir dégluti, il se tourna vers le marchand qui avait vu le regard du jeune homme vers la belle brune.
-Ce n'est pas Aicha qui a vu le meurtrier, mais sa cousine, Malika.
Amin regarda la jeune femme à côté d'Aicha et vit une jeune femme qui marchait comme une reine, avec un air hautain sur son visage. Elle avait un visage triangulaire des plus communs, des yeux noirs et des cheveux couleur queue de bœuf. Elle n'était vraiment pas spéciale, alors que sa cousine était la perfection faite femme. Cette femelle lui était totalement antipathique. Mais il avait besoin de savoir qui était le meurtrier. Il s'approcha des deux jeunes femmes et faillit grimacer de dégoût quand la jeune Malika lui fit les yeux doux. Il jeta un coup d'œil rapide sur les deux jeunes femmes, Aicha portait pantalon bouffant bleu vif, une tunique argenté et des bottes en cuir confortable. Malika portait, quant à elle, des chaussures à talons hauts, une robe moulante dorée et une veste rouge vif. Le tout n'avait pas l'air des plus confortables et d'ailleurs, elle avait du mal à marcher. Amin salua les deux jeunes femmes et fut fier quand il vit qu'Aicha rougissait devant sa stature et ses muscles puissants :
-Bonjour belles demoiselles, j'ai appris la terrible mésaventure qui vous était arrivée ce matin. Cela a dû être terrifiant pour vous.
Malika commença à minauder :
-Oh ! Mon cher monsieur, c'était atroce. Ce monstre me poursuivait, j'avais tellement peur que je n'ai même pas pu me changer.
Amin comprit alors que la jeune femme avait menti, qu'elle n'avait jamais croisé cet homme. Il regarda
plus précisément sa belle cousine et remarqua la respiration rapide, les coups d'œil inquiets qu'elle jetait à droite et à gauche. Il sut que c'était Aicha qui avait vu le meurtrier. Avec un sourire séducteur, il demanda :
-Puis-je vous accompagner, afin de vous protéger ?
-Avec plaisir, mon bon monsieur, minauda Malika en battant exagérément des paupières.
-Merci, monsieur… ? demanda Aicha doucement.
-Amin ibn Albarq. Je me nomme Amin ibn Albarq, mes demoiselles…
-Je me nomme Malika Al'fessi, et ma cousine se nomme Aicha, dit Malika avec un mépris palpable pour sa jeune cousine.
Amin salua de nouveau les deux jeunes femmes puis les suivirent dans leur pérégrination, il gardait un œil sur tout ce qui se trouvait autour d'eux. Il sentait au plus profond de ses trippes que le meurtrier était là et surveillait les deux jeunes femmes prêt à attaquer. Mais il attaquait toujours de nuit, jamais
en plein jour. Pourtant c'est ce que lui ferait afin de se cacher dans la foule. Alors qu'ils se trouvaient devant un tailleur, Malika pénétra dans l'échoppe et laissa les deux autres dehors. Maintenant seul avec Aicha, il lui demanda :
-Aicha, comment était le meurtrier ?
-Je… je ne sais pas Amin, je ne l'ai pas vu.
-Je ne suis pas né de la dernière pluie, Malika est tellement engoncée dans sa robe qu'elle a du mal a respirer et elle n'arrive même pas à marcher sans trébucher tous les trois mètres, alors battre à la course un meurtrier, c'est tout bonnement inimaginable. Mais toi, tu es nerveuse, ta respiration est encore rapide et tu scrutes la foule de crainte d'être de nouveau attaqué, expliqua calmement Amin.
La jeune femme le regarda avec stupéfaction, Malika lui avait ordonné de ne rien dire à personne et voilà qu'un inconnu était capable de lire en elle comme dans un livre ouvert. Elle rougit de honte, puis murmura :
-Je… il avait du mal à courir comme s'il souffrait. Il avait l'air de boiter bas et pourtant, il était rapide, très rapide. Il avait du mal à tenir sa jambiya, c'est comme s'il lui manquait des doigts. Je me souviens qu'il avait une bague énorme, mais sans pierre. Il a essayé de me frapper avec.
-Le poison devait être dans la bague. Il empoisonne ses victimes de cette façon.
-Du… du poison ?
-Oui, du poison et un poison qui agit très rapidement.
Aicha commençait à avoir de plus en plus peur. Elle pouvait mourir n'importe quand. Elle devait rentrer chez elle. Mais où était Malika ?
-Mais où est-elle ? Elle aurait dû revenir depuis longtemps.
Amin eut un doute et pénétra dans l'échoppe. Il vit un homme penché sur le cadavre de Malika avec un poignard dans une main et l'autre sur le cou de la jeune victime. Le meurtrier leva les yeux et évita de justesse un couteau de lancer. Quand il voulut s'enfuir, il se rendit compte que sa cape était accrochée par le poignard. L'assassin ne l'avait pas raté, en fait, il avait parfaitement visé. La capuche glissa et dévoila un visage ravagé par la lèpre. L'homme savait qu'il n'avait aucune chance au corps à corps avec un assassin, ce dernier pouvait le tuer en quelques minutes sans broncher, mais il savait aussi que l'assassin ne le laisserait pas partir alors qu'il connaissait les traits de son visage. Mais alors qu'il se jetait sur Amin pour le griffer avec sa bague, il se retrouva par terre, le visage écrasé sur le sol. Il n'avait rien vu venir et n'avait même pas pu se défendre. L'assassin lui tordait le bras en le faisant gémir de douleur. Amin siffla :
-Pourquoi ?
-Pourquoi ? Ils nous traitent comme de la vermine, ils devaient le payer. Ils paieront tous. Nous les tuerons tous et cette ville sera à nous !
-Cette ville est entre les mains des templiers. J'ai du mal à le dire, mais ils n'auront aucun mal à te vaincre.
-J'en ai déjà tué.
-Parce qu'ils ne se doutaient pas qu'un lépreux était un meurtrier, mais sache que les lépreux vont maintenant être massacrés par les templiers qui ont cette excuse pour les détruire. Tuer les templiers n'est pas une mauvaise chose, si tu t'étais borné à le faire, on ne serait pas intervenu. Mais tuer des innocents, là tu vas mourir.
-Tu ne peux me toucher car tu seras toi aussi un lépreux.
Les deux hommes se tournèrent vers la porte quand ils entendirent une voix douce chuchoter :
-Amin ?
L'assassin releva de force le lépreux, lui attrapa les cheveux pour rendre visible son visage et demanda :
-Aicha, est-ce cet homme que tu as vu sur le port ?
La jeune femme s'approcha et eut un mouvement de recul quand elle vit le lépreux. Il ressemblait à l'homme qu'elle avait vu, mais ce n'était pas lui.
-Non, l'homme que j'ai vu n'avait plus de nez et un de ses yeux était rouge sang. Pourquoi ?
-Parce qu'il a tué ta cousine.
-Non ! Pas Malika, que vais-je dire à ses parents ?
Alors qu'Aicha se cachait le visage de ses mains pour pleurer, Amin utilisa ce laps de temps pour enfoncer sa lame secrète dans la nuque du lépreux, le tuant en quelques secondes. Le lépreux ne ressentit qu'une petite douleur, puis plus rien. Il était mort, une mort plus digne qu'il n'aurait jamais eu. Amin reposa délicatement le cadavre, puis se rapprocha de la jeune fille et la serra contre lui pour la consoler. La jeune femme devint écarlate et cessa de pleurer en sentant son corps se presser contre celui dur et puissant du jeune homme. Tous ses sens étaient émoustillés et ne désiraient qu'une chose que cela ne se termine jamais et qu'elle reste pour toujours dans les bras puissants de ce bel homme. Malheureusement, le temps est ainsi fait que jamais il ne s'arrête et Amin s'écarta doucement de la jeune femme. Là maintenant, il avait voulu se jeter sur elle, la plaquer au sol et lui faire l'amour avec passion. Mais, on appelait ça un viol. Et lui voulait lui faire l'amour encore et encore jusqu'à la fin de sa vie. Elle serait à lui, il arriverait à l'épouser et ils vivraient heureux tous les deux.
Mais ils n'avaient pas que ça à faire. Il baissa la tête vers la jeune femme et lui demanda :
-Pourquoi avoir fait croire que c'était Malika qui avait vu le meurtrier ?
-Quand je suis rentrée, elle était là à m'attendre et m'a demandé pourquoi je revenais aussi tôt et sans les épices qu'elle m'avait demandé. Je lui ai tout expliqué et elle m'a interdit de dire ce que j'avais vu. Elle est allée voir ses parents et leur a raconté tout ce que je lui ai dit.
-Mais pourquoi diable faire cela ? Elle ne se doutait pas qu'elle mettrait sa vie en danger en mentant éhontément de cette manière ?
-Malika est fille unique et ses parents lui ont toujours passé ses caprices.
-Pourquoi son père n'a pas épousé une autre femme pour avoir un fils ?
-Son père est un templier et sa mère une ancienne marchande d'esclaves. Pendant une bataille, Guillaume le père de Malika a été blessé à.. au… enfin, sous la ceinture et ne peut plus avoir de descendance.
-Bien, je vois la famille. Et toi ?
-Mes parents sont morts quand j'étais toute petite, je ne me souviens pas d'eux. La seule chose que je sache, c'est que je viens d'Egypte, mais c'est tout, Amin sentit que la jeune femme ne lui disait pas tout sur sa parenté. Mais bon, lui non plus n'avait jamais dis ce qu'il était enfin, à part à Altaïr qui connaissait tout de lui.
-Oh ! Bon, nous allons devoir rejoindre votre demeure afin de vous mettre à l'abri. Car les nouvelles vont vite et bientôt quelqu'un va comprendre que ce n'était pas Malika le témoin, mais toi.
Aicha se mit à trembler en pensant au pire. Elle sortit de l'échoppe en ne remarquant pas qu'Amin la cachait de son corps et tous les deux disparurent dans la foule. Ils échappèrent de peu à un interrogatoire musclé quand les gardes découvrirent les corps du marchand, de la jeune femme, tués de la même manière que les autres victimes du meurtrier du port et d'un lépreux tué par la lame secrète d'un assassin. Le père de Malika était fou de rage, sa petite fille chérie était morte. Il ordonna la traque et le massacre de tous les lépreux de la ville et des environs. Les gardes et les templiers se firent une joie d'obéir et le carnage dura jusqu'à ce qu'il n'y ait plus un seul lépreux dans les rues de Tyr. Les templiers avaient ratissé toute la ville et en un jour et une nuit, ils avaient traqué et tué tous les lépreux. Ce qu'avait dit Amin s'était réalisé. Il ne restait plus qu'un lépreux, il n'avait plus de nez et un de ses yeux était rouge sang. Il tenta de se cacher dans les souterrains de la ville, mais après avoir exterminé les lépreux en surface, les templiers les recherchèrent sous la ville. Le lépreux tenta de se cacher dans l'ombre, mais les templiers lui tombèrent dessus et il mourut empalé par l'épée de Guillaume le père de Malika.
Pendant ce temps, Amin raccompagna Aicha dans sa maison et expliqua à la femme ce qu'il s'était passé. Que Malika et Aicha étaient ensemble quand il y avait eu un mouvement de foule et qu'elles avaient été séparées. Aicha était tombée sur lui qui avait décidé de la ramener chez elle et d'attendre Malika. La femme regarda avec beaucoup d'intérêt ce beau jeune homme et Amin se sentit pendant quelques secondes comme un morceau de viande épié par un chien affamé. Frissonnant, il décida de saluer avec respect les deux femmes, puis quitta le quartier et rejoignit le bureau des assassins. Il dut frapper à la grille pour que le Rafiq lui ouvre. Amin entra calmement dans le bureau et dit au Rafiq :
-Les meurtriers sont des lépreux. Ils ont tué la fille unique d'un templier.
-Donc on peut dire que l'affaire est terminée. Ils ne vont pas laisser passer ce meurtre et tous les autres sans vengeance.
-Oui. A l'heure où je te parle les templiers doivent être en train de les tuer tous. Quel gâchis, il ne devait y avoir qu'un ou deux meurtriers et ce sont tous les lépreux qui vont être tués.
-Oui. Maintenant que tu as découvert la vérité que vas-tu faire ? Retourner à Masyaf ?
-Pas encore, j'ai quelque chose de privé à faire avant de repartir.
Amin salua le Rafiq, remit sa bure puis disparut sur les toits afin de rejoindre la demeure des templiers pour revoir la jeune femme qui avait volé son cœur. C'est qu'il devenait poète. Silencieusement, il s'approcha de la demeure et entendit :
-Tu es une petite idiote. Ce n'était pas un pèlerin, c'était un assassin. Pourquoi as-tu laissé ta cousine seule alors qu'elle était un témoin ?! C'était elle le témoin, n'est-ce pas ? N'EST-CE PAS ? rugit l'oncle de sa bien aimé.
-Non mon oncle. C'était moi, mais Malika m'a interdit de le révéler à qui que ce soit, chuchota Aicha d'une voix tremblante.
-Et tu le révèle à un inconnu ? demanda l'homme avec mépris.
-Non, mon oncle. Il l'a découvert tout seul. En m'observant et en observant la tenue de Malika.
-Cet homme ! Il aurait du être un templier et au lieu de cela ! C'est un assassin ! Ne t'approche plus jamais de lui ou j'oublierai que tu étais la fille de mon frère.
-Bien, mon oncle.
-Bon, les lépreux sont tous morts. Je veux que tu ailles chercher des herbes pour ta tante.
-Bien mon oncle. Mais elles sont à l'extérieur de la cité.
-Tu n'as plus rien à craindre.
-Bien mon oncle.
Amin eut un léger sourire, il allait partir quand il entendit une femme demander :
-Ils vont la tuer, n'est-ce pas ?
-De quoi tu parles ?
-Les templiers veulent la tuer, n'est-ce pas ?
-Oui. Mais je sais que l'assassin va l'emmener loin de nous.
-Comment le sais-tu ?
-J'étais là avec mes hommes et nous avons bien vu qu'ils sont sous le charme l'un de l'autre. Aicha va être le moyen de pression dont les templiers ont désespérément besoin pour le retenir.
-Pourquoi me dis-tu cela ?
-Je ne te dis rien à toi, Amel. Je parle à l'assassin.
-Il est là ? s'écria une voix plus aigu.
-Oui. Protège ma nièce comme je ne peux plus la protéger, supplia le templier à l'assassin.
La femme poussa un hurlement de terreur quand Amin apparut silencieux et mortel, le visage caché en partie par sa capuche. L'assassin ne fit qu'un seul geste de la tête calmant ainsi la peur du templier de perdre le dernier membre de sa famille. Amin sauta et disparut à la recherche d'Aicha. La jeune femme était en train de marcher dans la rue quand elle sentit une main se presser sur sa bouche et une lame se plaquer sur sa gorge. Elle voulut pousser un hurlement de terreur, mais la main se serra plus fortement. Aicha sentit qu'elle allait mourir. Elle entendit un petit bruit puis l'homme qui la retenait expira étrangement et commença à l'entraîner dans sa chute quand une main arracha la lame. La jeune femme était terrorisée, elle se mit à sangloter dans les bras de son sauveur quand elle le sentit se crisper. Une voix grave qu'elle reconnaîtrait n'importe où murmura à son oreille :
-Es-tu prête à courir pour sauver ta vie ?
-Oui, Amin.
-Alors cours !
Aicha piqua un sprint, elle fonça entraîné par Amin habillé comme l'assassin qu'il était. Tous les deux couraient comme des dératés. Aicha sentait la peur lui donner des ailes car elle entendait des cris et des pas de course derrière eux. Elle suivait l'homme sans se rendre compte que normalement elle n'aurait jamais pu réussir à bondir et à se mouvoir comme cela. En moins d'une heure, les deux fugitifs se trouvèrent devant le port. Ils avaient traversé toute la ville en moins d'une heure. Aicha était épuisée et respirait laborieusement, mais elle savait qu'ils allaient devoir nager. Sauf qu'elle ne savait pas nager. Elle voulut refuser, sauf qu'Amin ne l'entendait pas de cette oreille. Il l'attrapa et se jeta dans l'eau avec une Aicha hurlante. Amin grimaçait de douleur, ses tympans percés par le cri de la jeune femme. Heureusement le cri stoppa net quand ils pénétrèrent dans l'eau. Instinctivement, la jeune femme cessa de crier et retint sa respiration pour le bonheur des oreilles d'Amin.
Il remonta à la surface et tenant une Aicha pétrifiée l'amena sur la terre ferme de l'autre côté des remparts. Trempé, il siffla son cheval et ce dernier arriva au petit galop. Amin fit monter la jeune femme sur l'animal, puis bondit sur le dos de sa monture et partit vers le nord et vers Masyaf. Quand ils arrivèrent au premier relais, lui resta sur son cheval et aida Aicha à monter sur un autre animal afin de ne pas le fatiguer, puis ils repartirent. Amin savait que les templiers allaient les poursuivre et il espérait arriver à Masyaf avant de tomber sur eux. Ils galopaient tout le jour puis se reposait la nuit. La première nuit, Amin fit arrêter les chevaux, puis tous les deux descendirent. Il sortit de quoi bivouaquer et prépara sa tente. La jeune femme l'observait faire, puis lui demanda :
-Tu as raté la prière !
-Je ne suis pas musulman, répondit Amin.
-Es-tu chrétien ?
-Non, je suis un assassin. Je n'ai comme religion que le crédo de mon ordre.
-Oh!
Quand il eut terminé de préparer son camps, il se tourna vers elle et lui demanda :
-As-tu faim ?
-Est-ce empoisonné ?
-Non, les assassins du levant n'aiment pas utiliser le poison comme arme.
-Oh ! Merci.
Après un bon repas, la jeune femme se rendit compte qu'il n'y avait pas beaucoup de place pour dormir. Elle devint totalement écarlate quand Amin alla se coucher et lui proposa la place près de lui. Elle allait refuser quand Amin lui dit :
-Dans le désert, le jour il fait une chaleur accablante, mais la nuit, la température est glaciale.
-Oh! Bien d'accord. Merci Amin.
Terriblement nerveuse, elle se colla contre le corps puissant d'Amin et malgré les émotions de la journée, elle dormit comme une souche. Quand elle se réveilla, elle entendit un battement sourd et régulier à son oreille. Elle ouvrit un œil et découvrit Amin qui la regardait avec amusement alors qu'elle avait son oreille collée contre sa poitrine et sa main posée sur son flanc exempté de la moindre graisse. Elle se releva d'un bond rouge comme une pivoine et s'excusa moult fois avant de se taire. Hilare, Amin prépara le petit déjeuner et tout en rangeant ses affaires, il écoutait la nature. Il entendit un petit serpent siffler :
-Tu es l'humain qui parle notre langue ?
-Oui !
-Des humains ne sont pas loin ils ont une tâche rouge sur le corps, ils dorment, mais ils devraient bientôt se réveiller.
-Je te remercie noble serpent.
Le serpent frétillant de plaisir, repartit tandis qu'Aicha regardait son chevalier servant avec la bouche ouverte. Elle venait de l'entendre parler avec un serpent et cela avait l'air d'être totalement normal pour lui. Amin termina de ranger ses affaires, mangea rapidement ce qu'il avait préparé, vite suivit par la jeune femme qui comprit qu'ils allaient bientôt repartir. En quelques minutes, ils étaient sur le chemin de Masyaf parcourant les lieux à brides abattues.
A suivre
