Ecrit pour la 157e nuit du FoF sur le thème "paniquer"


Texte 4 : Once upon a time, Henry x Violet

Contexte : saison 5


Henry se laissait rarement aller à la panique.

Il fallait dire que lorsqu'on avait grandit dans une ville ensorcelée où personne ne vieillissait, que votre mère adoptive était la Méchante Reine, que vous enchaîniez malédiction sur malédiction et que vous affrontiez un dragon à onze ans, vous appreniez à garder un minimum votre sang-froid.

Toutefois, à cet instant précis, Henry sentit son cœur se liquéfier. La faute en était à une phrase toute simple, prononcée par le Roi Arthur en personne :

« Nous allons organiser un bal en votre honneur »

Certes, l'attention était gentille. Dans d'autres circonstances, Henry aurait vu cette annonce d'un très bon œil ; ils atterrissaient dans un royaume étranger dont les dirigeants préféraient organiser un bal plutôt que de les tuer, voilà qui était un changement agréable. Pourtant, Henry aurait presque préféré la bonne bagarre générale au bal.

Car qui disait bal, disait danse.

Et Henry ne savait pas danser.

Bien sûr, dans l'échelle mondiale des problèmes que pouvaient rencontrer une personne, « ne pas savoir danser » était normalement plutôt placé en bas. C'était bien pour cela qu'il n'avait jamais réellement chercher à combler cette lacune, d'ailleurs. Néanmoins, ce soir-là, l'enjeu était de taille. Il avait croisé une fille plus tôt dans la semaine, Violet – quel prénom exquis... - et aurait bien aimé l'inviter à danser.

Ce qui le ramenait à son problème initial : il ne savait pas danser. Hors, Henry était plutôt lucide sur lui-même : il n'était pas particulièrement beau ni intelligent, n'était pas un prince, n'avait pas d'épée ni les codes sociaux du royaume de Camelot. En somme, il ne jouait pas dans les même catégorie que Violet qui elle était belle, gracieuse, intrigante et drôle. Ses chances étaient donc minces : si en plus de cela il se ridiculisait sur la piste de danse, c'était fichu de chez fichu.

Henry prit alors la décision de ne pas aller chercher Violet immédiatement pour lui demander son bras. À la place, il commença à s'entraîner vaille que vaille, en tâchant d'imiter les pas que Charmant et Blanche avaient déjà faits devant lui.

Il fut si concentré dans sa tâche qu'il ne vit pas que l'après-midi était déjà bien entamée. À vrai dire, il ne sortit de sa danse improvisée que lorsqu'il tourna sur lui-même pour constater qu'une silhouette était sur le pas de la porte.

Violet.

Bien évidemment, comme tout adolescent surprit dans une activité compromettante, il eut une réaction mature :

- Ce n'est pas ce que tu crois !

Qu'est-ce que Violet pouvait bien croire, Henry n'en savait fichtrement rien, mais il avait ressentit le besoin urgent de se défendre. De toute manière, c'était soit cela, soit une bonne gifle auto-administrée pour s'être laissé surprendre ainsi. Néanmoins, Violet était peu dupe.

- Henry... Tu ne sais pas danser ?

Comprenant bien qu'il était inutile de nier, il admit la vérité. Violet sourit alors, mais sans qu'Henry n'y décèle la moindre méchanceté.

- Je peux t'apprendre, si tu veux.

- NON !

Le mot était sorti de sa bouche sans qu'il puisse le contrôler. Il le regretta immédiatement, surtout lorsqu'il vit les yeux de Violet se peiner sous la virulence de son refus.

- C'était juste pour rendre service... dit-elle piteusement. Je vais te la...

- Non ! Non, reste. Je suis désolé. C'est juste que... J'aurais aimé t'inviter au bal. Je ne voulais donc pas que tu me vois m'entraîner. J'avais envie d'arriver et... de t'éblouir.

- Oh, fit alors Violet avec un petit rire. Dans ce cas, tout est parfait.

- Comment ça ?

- Premièrement, je suis venue car je voulais t'inviter au bal. Et secondement... tu m'as déjà éblouie. Alors, Lord Mills, voudriez-vous m'accorder cette danse ?

Henry fut à deux doigts de défaillir : cette scène était-elle bien réelle ? Conscient toutefois qu'il s'agissait de SA chance, il se reprit rapidement.

- Si vous n'avez pas trop peur de perdre vos pieds quand j'aurais marché dessus, cela serait un honneur.

Pour toute réponse, Violet rigola. Elle se saisit de sa main pour lui montrer la posture à adopter. Ils passèrent ainsi le restant de l'après-midi à virevolter. Si Violet était ferme dans ses directives, elle n'était jamais autoritaire, toujours patiente et indulgente. Même lorsque son élève se trompait, elle restait gentille, reprenant en douceur ses erreurs sans jamais le rabaisser. Henry se rendit alors compte que si Violet lui avait plut pour des raisons superficielles tel que son corps – qu'il continuait d'apprécier, il n'était pas non plus fou – il aimait encore plus le cœur et l'âme de la jeune fille.

Ainsi, lorsque vint la soirée, Henry n'était toujours pas un fier danseur.

Toutefois, il avait tiré de cette leçon de danse impromptue une chose bien plus importante : la conviction sans faille d'être amoureux de Violet.