Seconde chance

Chapitre 3 :

Retour à Resembool

Retrouver le monde matériel ne fut pas une expérience plaisante pour Edward. Il sentit son corps exploser de douleur, lui arrachant un cri muet que sa voix brisée ne put produire. Il s'étouffa presque à la place alors qu'il s'écrasait durement au sol. Il resta immobile, serrant les dents et gémissant de douleur. Il tenta vainement de reprendre sa respiration mais l'air ne semblait pas vouloir entrer. Il ouvrit les yeux, sa vision plus que troublée. Il comprit cependant qu'il était étalé dans l'herbe et qu'un orage faisait rage. Il faisait sombre et la pluie imbibait déjà ses vêtements en lambeau. Elle battait son corps si fort que chaque goutte semblait être une aiguille le transperçant. Il était vraiment dans un état pitoyable, incapable de bouger. Le tonnerre faisait gronder le ciel avec violence, la foudre déchirant la toile noire.

Soudain, il entendit un chien aboyer à travers l'orage. Il ne devait pas être loin. Il distingua vaguement une lumière mais l'inconscience le guettant semblait de plus en plus tentante. Il ne parvenait plus à réfléchir ou à distinguer quoi que ce soit. Il n'y avait plus que la douleur qui l'étreignait corps et âme. Il ne voulait que s'endormir et oublier ce cauchemar. Alors qu'il luttait sans trop savoir pourquoi, certainement par habitude, une voix résonna, venant d'on ne savait où :

« Dors, je me charge de ta sécurité. » dit-elle doucement.

C'était une voix grave, pleine de force, de prestance et de calme, d'assurance. Elle était rassurante pour lui et bizarrement, bien qu'il ne sut à qui elle appartenait, il lui fit confiance. C'était si étrange comme sensation, si inhabituel pour lui mais tellement reposant. Il ne réfléchit pas davantage, n'en n'ayant de toute manière ni l'envie, ni la force et il céda à cette inconscience qu'il ne pouvait plus combattre un instant. Malgré cela, il lui sembla qu'il ne pourrait pas trouver un repos tranquille alors que ses rêves se transformaient en cauchemars violents et sanglants. Les visages de tout ceux qu'il avait perdu défilaient sans arrêt, hurlant d'une agonie sans fin. Le monde n'était plus teinté que de sang.

Lors de la transmutation nationale qui avait tué toute vie à Amestris, il avait nettement senti chacun de ces êtres être privé de sa vie dans d'atroces souffrances, submergés par la peur et la panique, la douleur. Certainement comme les autres sacrifices humains, il avait senti tout ces gens mourir, ses amis, sa famille... Cela avait été atroce et il n'était pas près de l'oublier alors que cette sensation le poursuivait dans son sommeil. Il ne pouvait s'empêcher de le ressentir à nouveau, d'entendre les cris. Il ne pouvait s'empêcher de revoir l'armure immobile de Al, refusant de mettre un mot sur ce que cela voulait dire. Il revoyait aussi Roy, son dernier sourire, son sang partout, sa douleur. Cela faisait tellement mal.

Il ne sut combien de temps cela dura. Une vie peut-être ? En tout cas, il en eut l'impression. Mais cela cessa enfin et il se sentit étrange. La douleur physique s'imposa de nouveau, lui faisant comprendre qu'il reprenait conscience. Il peina à se réveiller, se souvenant parfaitement de tout ce qu'il s'était passé. Il ne se souvenait que trop clairement. Il aurait préféré croire à un cauchemar mais même un cauchemar ne pouvait être aussi atroce. La douleur du désastre l'étreignait encore, comme la trace laissée par toutes les morts auxquelles il avait assisté. Il lui fallut un moment avant de parvenir à ouvrir les yeux mais cela ne dura pas longtemps. Il les referma rapidement, épuisé, restant immobile et tranquille alors que pas un de ses doigts ne semblait vouloir répondre. Il avait vraiment pris un sacré coup avec tout ça. Il se contenta donc de réveiller son esprit et lorsqu'il put enfin aligner deux pensées cohérentes, une voix retentit. Il s'agissait de la même voix que celle qu'il avait entendu juste avant de perdre conscience :

« Es-tu assez réveillé ? » demanda-t-elle doucement.

Il voulut répondre, ayant l'étrange sensation que ces mots raisonnaient dans sa tête, mais sa voix brisée refusa d'émettre le moindre son, provoquant une quinte de toux qui enflamma sa poitrine. Sa bouche était atrocement sèche, sa gorge douloureuse.

« Reste tranquille et ne parle pas. » fit la voix d'un ton rassurant. « Tu es dans un triste état. Tu dois te reposer. Tu es en sécurité ne t'en fait pas. Pense tes réponses, je les entendrai. »

Surpris et confus, l'adolescent décida simplement d'obéir, tentant de reprendre un peu son souffle et de se calmer avant de se concentrer pour répondre :

« Qui-es tu ? » demanda-t-il.

« Et bien, je sais que je n'ai plus la même voix mais de là à ne pas comprendre. Nous dirons que tu as des circonstances atténuantes après la fièvre terrible que tu viens de traverser. Je suis la silhouette blanche de la Porte. Nous avons passé un Pacte, souviens toi. »

« Je me souviens parfaitement. » répondit-il.

« Bien, je redoutais un peu que tu penses à un rêve après un tel choc. »

« Un tel cauchemar... » rectifia-t-il.

« J'en conviens. Tu peux m'appeler Nixis à partir de maintenant. Cela facilitera les choses. Comment te sens-tu ? »

« Je n'ai pas de mot pour définir. » répondit-il le ton atone.

« Je comprends. » dit-il simplement sans la moindre remarque.

« J'ai l'impression de t'entendre dans ma tête. » remarqua l'adolescent pour changer de sujet.

« C'est parce que je suis dans ta tête en quelque sorte. Ton corps abrite désormais mon esprit. Nous faisons pour ainsi dire chambre commune désormais. En conséquence, nous disposons d'une sorte de lien télépathique. Ne t'en fait pas, cela n'a rien à voir avec les homonculus. J'habite dans ton corps mais je n'aurais jamais aucun contrôle sur lui, je ne suis qu'un invité et si tu le désires, tu peux même m'empêcher de parler en te concentrant là dessus. Tu es maître à bord. »

« Je vois. Ça paraît tellement étrange. Je n'aurais jamais cru cela possible. »

« Comme je te l'ai dit devant ta Porte : tu ignores encore tellement sur cet univers. »

« Tout est possible c'est ça ? » se rappela-t-il. « Si on en saisit l'essence et le fonctionnement. »

« Tout à fait. Te sens-tu assez fort pour écouter ce que j'ai à te dire ? Sinon, nous pouvons remettre ça à plus tard et tu peux te rendormir. »

« Tu dois me trouver bien faible. » soupira-t-il surpris de la délicatesse dont cet être faisait preuve à cet instant.

« Ne me prends pas pour ces stupides homonculus dénigrant les humains. Je ne suis pas comme ça. Chaque être a sa place en ce monde et chacun a ses particularités. Je ne te trouve pas faible. Tu es ce que tu es et cela est très bien ainsi. La faiblesse coexiste avec la force, l'un ne va pas sans l'autre. Être faible un instant veut juste dire que tu peux être fort aussi alors pourquoi trouver cela misérable ? Ce concept est stupide à mes yeux. »

« C'est vrai que dit ainsi... » souffla-t-il. « Que veux tu me dire ? Je suis assez réveillé. »

« D'accord. Notre retour dans le passé a bien fonctionné. » annonça-t-il. « Nous sommes en 1903. »

« Pourquoi cette année en particulier ? » demanda l'adolescent.

« J'ai altéré le temps de tout ce que tu as connu. La destruction de ce temps a été amorcé et nous avons remonté bien des années. »

« Pourquoi seulement amorcée ? N'a-t-il pas été détruit puisque nous sommes là ? »

« Je te l'ai dit, le temps est une chose très relative et complexe. Le temps que nous voulons détruire pour le reconstruire ne le sera vraiment que lorsque nous aurons achevé cette reconstruction. Autrement dit, cette gigantesque transmutation prendra des années et ne sera achevée que lorsque nous reviendrons à l'instant exact où je l'ai lancé dans ce que nous appelions présent il y a encore peu. »

« Ok, je crois que je comprend. C'est plutôt logique. Une transmutation ne prends fin qu'une fois la reconstruction achevée. »

« En effet. Pourquoi cette année en particulier ? Et bien parce que si nous avons altéré toutes ces années, ton temps à toi ne l'a pas été et te faire faire ce voyage n'est pas une chose naturelle pour ton esprit. Le temps remonté dépend de ce que ton âme peut supporter. C'est une chose complexe a expliquer mais pour faire simple, ta propre ligne de temps est traumatisée par ce chamboulement et pour ne pas la détruire, te détruire, il faut veiller à ne pas dépasser ta limite de tolérance. On ne peut pas remonter le temps au delà de sa propre naissance mais peu auraient été capables de supporter plus d'une année. Tu es vraiment toujours aussi surprenant. Douze ans c'est énorme. Presque ta vie entière. La transmutation est faîte pour se caler sur la limite que tu peux supporter sans t'autodétruire tout en donnant le plus de temps possible. »

« Ok, j'ai compris. Si mon temps avait été altéré lui aussi, j'aurais tout oublié n'est-ce pas ? »

« C'est cela. Toi et moi sommes les seuls témoins de ces années que nous allons tenter de détruire. Ton temps se poursuit et ton passé à toi restera inchangé même si tu seras à jamais le seul à l'avoir vécu. Il reste réel pour toi même s'il n'aura jamais existé pour personne d'autre. Les autres auront une nouvelle vie sans savoir ce que nous avons changé pour eux. Si j'avais modifié ton temps, il en aurait été de même pour toi. »

« Si mon temps n'a pas été modifié et que je comprend bien, ça veut dire que je n'ai pas rajeunis ou un autre truc dans le genre ? »

« C'est cela. Tu es le même que celui que tu étais lorsque j'ai lancé la transmutation. Seize ans et deux automails. Cela implique aussi que ton âme ne peut exister ici dans la version d'enfant que tu avais cette année là. Une âme ne peut être dédoublée ou se retrouver avec deux lignes de temps différentes. En conséquence, tu n'as jamais existé ici. Tu n'es pas né et il n'y a pas d'Edward Elric dans ce nouveau déroulement que nous créons déjà. C'est une conséquence de ce chamboulement. Ta ligne de temps, ta vie ou ton existence, appelle cela comme tu veux, sera a jamais située hors du temps du monde. Actuellement, et tant que notre entreprise ne sera pas revenue à son point de départ si on peut dire, cet univers possède deux lignes temporelles. La première s'effacera inexorablement, quoi qu'il se passe, lorsque nous aurons atteint l'instant où nous nous sommes serrés la main. Il n'y aura alors plus qu'une seule vérité historique pour ce monde mais ta vérité à toi restera différente parce que ce temps modifié ne s'effacera pas pour toi. Dans ce nouveau temps, tu n'es jamais né et pourtant tu existes. Il est possible que tes parents aient eu un autre enfant à ta place ou pas du tout, mais pas de version jeune de toi. Tu es unique et tu le resteras. »

« Je suppose que n'avoir jamais existé ici aura des conséquences pour moi ? »

« Oui. Je t'ai parlé des souffrances que tu devras endurer. Cela viendra de ce dysfonctionnement dans ton temps. Tu es comme une anomalie pour ce temps. Ce sera le prix à payer pour avoir pu vivre deux fois le même temps. »

Edward garda le silence un moment. Il se surprenait à tout comprendre parfaitement. C'était clair et limpide, parfaitement logique même s'il n'aurait su reproduire cette transmutation ou expliquer son fonctionnement exact. Mais il comprenait facilement le principe. Pourtant, jamais il n'aurait osé ne serait-ce qu'imaginer de telles choses auparavant. Il avait définitivement admis qu'il avait eu l'esprit étroit et qu'il ignorait encore beaucoup. Il ne pouvait pas nier ce fait plus longtemps, il ne pouvait plus se permettre une telle imbécillité. Il assimila tout cela doucement avant de reprendre la parole :

« Où sommes nous ? Qu'est-ce qu'il s'est passé après que je sois tombé dans les pommes ? »

« Nous avons atterri là où se trouvait ton âme cette année là dans ton propre passé. » répondit-il avec gravité.

L'adolescent se figea, comprenant sur le champs.

« Resembool... » comprit-il.

« Resembool. » acquiesça-t-il. « Tu as été trouvé par un médecin que tu connais bien, le seul qu'il y avait dans ton village à cette époque. »

« Les Rockbell. » saisit-il en cessant de respirer.

« Oui. Tu es chez eux à l'heure qu'il est. Je voulais te prévenir avant que tu ne tombes face à eux. Ils t'ont trouvé juste après que tu aies perdu connaissance. Ils se sont occupés de toi. Ça fait quatre jours que tu es inconscient. Tu as traversé une fièvre monumentale. Elle a à peine commencé à tomber. Ils sont très inquiets pour toi vu l'état dans lequel tu es. »

« Les connaissant, ça leur ressemble bien. » remarqua-t-il avec nostalgie. « Ramasser un inconnu et s'occuper de lui ainsi sans se poser de question. »

« Je me suis permis de changer ton physique grâce à l'alchimie. » renseigna alors Nixis.

« Encore une chose que je croyais impossible. »

« Et tu en verras d'autres. » s'amusa son compagnon. « Les transformations alchimiques légères sont temporaires et doivent être renouvelées régulièrement. Ta génétique et son corps, tes cellules qui se renouvellent reprennent toujours leurs droits. Je n'ai pas fais grand chose, juste assez pour qu'on ne fasse pas le rapprochement avec ton père. Cela amènerait trop de questions qu'il vaudra mieux éviter pour l'instant, tant que tu n'auras pas décidé quelle conduite tu tiendras à l'égard de ceux que tu as connu. J'ai changé la couleur de tes cheveux, ils sont noirs désormais, comme tes yeux. Ta peau à la couleur de celle d'un Ishval aussi. Ainsi, il est impossible de t'affilier à Hohenheim, à Xerxès. Cela te donne le temps de réfléchir à ce que tu voudras faire. »

« Merci Nixis. Tu as pensé à tout on dirait. »

« Je te l'ai dit : je te serai loyal et tu pourras compter sur moi désormais. »

« Merci. »

« Tu dois te reposer avant toute chose. Tu es bien amoché. »

« Je ne peux pas bouger de toute façon. »

« Alors repose toi. Tu as bien droit à une pause après tout cela. » répondit-il doucement.

Le jeune homme garda alors le silence. Si un jour on lui avait dit qu'il réaliserait le prodige de remonter le temps ainsi, jamais il ne l'aurait cru. Cela aurait dû être une découverte formidable pour lui alors qu'un nouveau champs des possibles s'ouvrait à son esprit assoiffé de savoir mais il n'arrivait pas à apprécier cela à sa juste valeur. Pas dans ces conditions. Mais cela restait grandiose. Après tout, il allait pouvoir revoir les Rockbell encore une fois et rien que cela pouvait s'apparenter à un cadeau du ciel. Il allait pouvoir revoir tout le monde. Il se demandait juste comment gérer cela. Il n'était désormais plus personne pour tout ceux qu'il avait aimé. Cela ne changerait jamais le fait qu'ils étaient et resteraient son plus grand trésor, ce pourquoi il allait se battre jusqu'au bout. Mais cela, il serait le seul à le savoir. C'était mieux ainsi.

Il resta là longuement sans bouger, peinant un peu à réfléchir clairement. Étrangement, il sentait une présence en lui, calme et douce. Il comprit rapidement qu'il s'agissait de son nouveau compagnon. Sa présence n'était pas déplaisante et même étonnamment réconfortante dans un sens. Avec elle, impossible de se sentir vraiment seul. Finalement, il se décida à se réveiller un peu plus. Il ne voulait pas se rendormir et retourner dans ses cauchemars. Une terrible migraine battait dans sa tête et il avait mal partout. Il avait atrocement chaud et froid à la fois, son corps tremblant doucement. Il peinait à respirer, sentant la transpiration humidifier sa peau. Il était pourtant bien installé, confortablement. Il ouvrit les yeux péniblement, louant l'obscurité ambiante qui lui épargna d'être éblouit. Il cligna plusieurs fois des paupières pour éclaircir sa vision troublée. Lorsqu'il y parvint, il découvrit qu'il était installé dans un grand lit. Regardant autour de lui, il découvrit l'une des petites chambres simples de la maison Rockbell. Il y avait une grande armoire, une commode surmontée d'un miroir et un petit bureau. Les rideaux étaient ouverts, dévoilant l'unique fenêtre de la pièce. L'obscurité régnait dehors, un orage grondant au loin alors qu'une pluie diluvienne s'abattait.

« Nous sommes au matin. » renseigna Nixis. « Le soleil a dû commencer à se lever mais avec cet orage, nous n'en verrons rien je pense. On ne va pas tarder à venir te voir. Il ne se passe jamais plus de deux heures sans que quelqu'un ne vienne s'assurer que ton état n'empire pas. »

« Ok. »

Il tenta de remuer un peu mais il cessa soudainement, la douleur explosant de partout. Il renonça alors à bouger, restant tranquille. Regardant autour de lui de nouveau, il repéra son sac posé sur le bureau. Il fut soulagé lorsque Nixis lui assura que personne n'y avait touché. Cela ne l'étonna pas vraiment. Ce n'était pas le genre des Rockbell de fouiller. Il tenta de se secouer un peu. Il allait revoir le couple bientôt et il devait s'assurer de ne pas craquer. Il se concentra là dessus jusqu'à entendre le bruit de pas approchant. Il se figea un instant avant de se détendre. Il devait être fort pour réussir. Il avait une chance de les sauver et cette motivation était suffisante pour lui permettre de se maîtriser. Il ne devait pas perdre son but de vue. Un instant plus tard, la porte s'ouvrait doucement et il tourna le regard vers elle. Une belle jeune femme apparut et il reconnut immédiatement Sara, la mère de Winry. Fine et élancée, elle avait les même longs cheveux blonds que sa fille. Ils étaient coiffés en une tresse tombant au bas de son dos. Sa peau claire faisait magnifiquement ressortir ses yeux bleus. À cette instant, il ne la voyait pas très bien dans l'obscurité mais en la reconnaissant, il avait sans mal superposé le souvenir qu'il avait d'elle à sa présence. Et elle semblait y être identique.

Entrant doucement, elle regarda immédiatement vers lui l'air soucieuse et elle se figea en le trouvant les yeux ouverts. Elle se reprit pourtant rapidement, lui souriant avec une grande douceur, le rejoignant tranquillement. Ce fut complètement déstabilisé qu'Edward la regarda venir, rêvant de lui sauter au coup et de l'étreindre. Mais il ne pouvait pas. Premièrement parce qu'il était incapable de bouger puis parce qu'il ne pouvait se permettre de révéler à personne qui il était en réalité. Et puis qui le croirait de toute manière ? Non, pour les garder en sécurité, il devait les garder dans l'ignorance et veiller de loin. C'était une évidence à ses yeux. Il lutta pour se maîtriser et retenir les larmes qui menaçaient d'arriver alors qu'il retrouvait celle qu'il avait toujours considéré comme sa tante. Elle s'assit sur un tabouret resté près du lit sans qu'il ne s'en soit rendu compte, juste devant la table de chevet. Elle lui adressa une expression pleine de toute cette bienveillance qu'il lui avait toujours connu. Il n'aurait jamais cru avoir la chance de revoir cela et ça lui réchauffa le cœur.

- Bonjour, commença-t-elle doucement. Je m'appelle Sara Rockbell. Je suis médecin, comme mon mari. Nous vous avons trouvé il y a quatre jours. Nous vous avons ramené chez nous et nous vous avons soigné, expliqua-t-elle patiemment. Vous êtes gravement blessé et vous revenez d'une terrible fièvre. Elle a commencé à baisser un peu, dit-elle en avançant une main pour toucher son front. Mais elle est encore forte, constata-t-elle. Vous devez vous reposer.

Elle dirigea ses mains vers la table de chevet et il entendit le bruit de l'eau. Il comprit lorsqu'elle vint doucement rafraîchir son visage d'un linge imbibé d'eau fraîche. Cela lui fit un bien fou et il soupira un peu. Lorsqu'elle cessa, il tenta de lui parler mais aucun son ne voulu sortir de sa bouche et à la place, une quinte de toux sèche le secoua durement. La dame s'agita immédiatement et il sentit bientôt une main délicate glisser dans son cou et relever un peu sa tête. Lorsque la toux cessa et qu'il rouvrit les yeux, il vit un verre d'eau devant lui.

- Buvez doucement, cela vous fera du bien, assura la dame.

Acquiesçant comme il pouvait, il avala quelques gorgées, le liquide frais soulageant sa gorge. Il se sentit mieux lorsqu'elle le réinstalla. Elle déposa un linge froid sur son front avant de lui sourire avec réconfort.

- Je sais que vous n'avez plus de voix. Votre gorge est abîmée. Vous ne devez pas essayer de parler. Ne vous inquiétez de rien. Vous êtes en sécurité. Vous ne devez penser qu'à vous reposer. Nous nous occupons de vous.

Sans pouvoir rien faire d'autre, il lui adressa un petit sourire reconnaissant qu'elle lui rendit doucement. Elle resta avec lui, le rafraîchissant avec attention alors qu'il ne pouvait s'empêcher de l'admirer. Ce fut en l'observant qu'il réalisa à quel point ce Pacte était une immense chance. Il allait revoir tout ceux qu'il aimait en vie. À cet instant même, sa mère devait être chez elle. C'était tout ce dont il avait rêvé. Mais c'était aussi la pire des malédictions pour lui et il venait à peine de le comprendre. Il pouvait tous les revoir, il pouvait tous les sauver mais désormais, alors qu'il savait ce qui allait se passer, leur sort était entièrement entre ses mains. C'était une charge lourde. Il ne pouvait plus se permettre le moindre échec. Il pouvait les revoir mais il ne pourrait plus jamais être pour eux celui qu'il était autrefois. Il ne pouvait étreindre Sara, il ne pourrait étreindre sa mère. Il était condamné à rester loin d'eux. Seulement, si c'était le prix à payer pour qu'ils puissent vivre en paix, il l'acceptait volontiers.

« Tes souffrances ne seront pas que physique j'en ai peur. » remarqua Nixis dans ses pensées l'air véritablement attristé.

« C'est un petit prix pour leur survie et leur bonheur. »

Son compagnon ne lui répondit pas, restant silencieux face à cette réponse. Ce fut un bruit à la porte qui le sortit de ses pensées et il se figea en découvrant une Winry d'à peine quatre ans le regardant timidement dans l'entrebâillement. Il sourit légèrement et elle s'enfuit, l'amusant un peu. Il se promis aussitôt que celle qu'il avait considéré comme sa sœur et qu'il continuerait à considérer comme tel, ne vivrait pas tout ce qu'il avait pu lui faire subir dans le passé.

- C'est ma fille, Winry, le renseigna doucement Sara. Elle n'a que quatre ans, s'amusa-t-elle. Elle est très curieuse à votre égard mais ne vous en faîte pas, elle ne viendra pas vous embêter.

La dame l'aida à boire encore un peu puis voyant qu'il était épuisé, elle le poussa à dormir. Il ne put résister entre la fatigue et sa voix douce et il s'endormit de nouveau, se disant qu'elle n'avait rien perdu de cette bonté qui était la sienne. Lorsqu'il se réveilla un peu plus tard, se sentant toujours aussi mal, Nixis lui annonça qu'il n'avait dormi que deux heures et que Sara était toujours là, accompagnée de son mari. Il prit une inspiration avant d'entreprendre d'ouvrir les yeux. Il sentit un linge frais le rafraîchir encore une fois et cela l'aida à reprendre ses esprits. Lorsqu'il parvint à ouvrir les yeux, il dut cligner des paupières à plusieurs reprises avant d'y voir clair et aussitôt, il tomba sur le visage doux d'Urey, le père de Winry. C'était un homme plutôt grand aux cheveux châtains clairs et aux yeux bleus. Son visage inspirait le calme et la confiance mais il n'avait pas besoin de cela pour se sentir en sécurité avec lui. Sa confiance, ils l'avaient déjà. Il les connaissait si bien.

- Bonjour, salua-t-il doucement. Je suis Urey Rockbell, se présenta-t-il. Je suis le mari de Sara et je suis médecin moi aussi. Vous êtes en sécurité, assura-t-il.

Ce ne fut qu'alors qu'Ed remarqua qu'on l'avait un peu redressé et installé semi assis dans son lit, son dos soigneusement calé par de gros oreillers. On lui avait retiré ses vêtements déchirés et on lui avait passé un pantalon et un tee-shirt noirs propres et frais. Il regarda autour de lui, trouvant Sara toujours assise près de lui. Elle l'aida d'ailleurs à boire de nouveau, cela lui faisant du bien.

- Votre fièvre continue à baisser doucement, renseigna l'homme avec délicatesse. C'est une très bonne chose. Mais vous devez vous reposer, vous l'avez échappé belle. Vous avez plusieurs côtes cassées alors restez tranquille et respirez doucement. Nous allons nous occuper de vous ne vous en faîte pas.

Ce jour là, Edward alterna plusieurs fois entre période d'éveil et de sommeil plein de cauchemars. À chaque fois qu'il reprenait ses esprits, Nixis était là, attentif et précautionneux, le renseignant sur ce qui l'entourait et ce qu'il s'était passé pendant qu'il dormait. Dans l'après-midi, on lui offrit un repas, comme au soir. La nuit fut pour lui des plus agitée. Il se fichait bien de ses blessures physiques mais son esprit le torturait. Il avait beau savoir qu'il avait une chance de tout changer, rien n'était fait et même lorsqu'il aurait réussi, parce qu'il ne se permettrait aucun autre résultat, son passé resterait le même pour lui et jamais il ne pourrait effacer ce qu'il avait vu. Aussi lorsqu'il se réveilla tôt au matin, ce fut des plus déstabilisé. Il était seul et il loua ce fait. Il se permit quelques larmes qu'il ne put retenir, sortant sa seule main des draps pour cacher ses yeux.

« Je suis désolé. » fit soudain la voix de Nixis dans ses pensées. « Ce sera une malédiction autant qu'une chance pour toi. Tu t'es infligé un bien lourd fardeau. »

« Tu l'as dit : je n'existe pas ici. Je vais devenir une simple relique d'un passé que l'on va détruire et que je suis le seul à devoir subir. Je supporterai. Je supporterai en les regardant vivre. »

« Tu es vraiment un être étrange Edward Elric. Comme je n'en n'ai jamais vu. As-tu décidé ce que tu allais faire maintenant ? »

« Ce qu'il faut pour empêcher l'autre fou de réussir son petit projet. » répondit-il. « Je lui ai promis. »

« Et nous réussirons. » assura son compagnon avec confiance.

Edward sourit doucement, se trouvant néanmoins heureux de ne pas être seul dans cette histoire. Étrangement et bien qu'il ne sache rien de cette entité si mystérieuse, il lui faisait confiance. Il sentait qu'il le pouvait. C'était là la seule chose dont-il était certain et cela était réconfortant. Il se secoua pour se réveiller davantage, ouvrant les yeux pour retrouver sa chambre. Dehors, l'orage avait cessé et le soleil commençait à percer les nuages. Il se sentait physiquement un peu mieux ce matin, les médicaments et les antidouleurs qu'on lui avaient donné faisaient effet, le soulageant. Il respira un moment, regardant le plafond alors qu'il était toujours presque assis dans son lit. Après un moment, il écarta les draps légers, s'asseyant lentement au bord du matelas.

« Tu devrais peut-être resté allongé. » remarqua Nixis. « Ta fièvre a baissée mais tes blessures sont fragiles et tu risques de les rouvrir. »

« Je vais faire attention. Rester allongé dans un lit ne me réussit pas. Je veux juste me dégourdir un peu les jambes. »

« Très bien mais n'en fait pas trop. »

« T'inquiéterais-tu pour moi ? » demanda-t-il avec un soupçons de taquinerie.

« Nos destins sont désormais liés Edward. Nous avons besoin l'un de l'autre et nous sommes compagnons à présent. Bien sûr que je m'inquiète pour toi. » répondit-il simplement

Edward sourit, touché et encore une fois surpris par cet être. Doucement, il se leva, tanguant sur ses jambes. Il trouva appuis sur son membre mécanique qui grinçait atrocement mais tenait bon. Une fois assuré, il respira doucement, jugulant la douleur avec habitude. Il fit un pas tremblant sur le doux tapis, puis un deuxième et d'autres jusqu'à atteindre la fenêtre. Il s'appuya sur son rebord, regardant un moment à l'extérieur. La campagne de Resembool un peu inondée par l'orage n'avait pas changée d'un pouce. C'était le seul endroit qu'il avait toujours connu paisible et tranquille. Un endroit de repos pour lui, sa maison, son havre de paix. Il devait le protéger et il le protégerait. Il resta là un moment, observant les nuages qui s'écartaient pour laisser passer le soleil.

Il était calme désormais. Il savait ce qu'il avait à faire et il avait le temps de le faire. Il devait retrouver sa maîtrise et tout ses moyens, puis se mettre au travail. Il avait douze ans devant lui mais il y avait beaucoup à faire. Après encore un moment de contemplation, il se détourna de la fenêtre pour aller vers le bureau, marchant doucement alors que sa tête tournait. Se faisant, il passa devant le miroir, se figeant un instant en découvrant sa nouvelle apparence. C'était étrange. Avec la peau, les yeux et les cheveux si foncés, il avait l'impression d'être passé du côté obscur. Mais après tout, on pouvait peut-être voir les choses ainsi. Il n'était qu'un fantôme venu d'ailleurs pour ce temps.

« Moi je trouve que ça te va très bien. » remarqua alors Nixis avec légèreté.

« C'est vrai que ce n'est pas si mal. C'est juste étrange. Je vais devoir m'y habituer. »

Il s'observa quelques instants. Son visage était parsemé de petits pansements et de bleus, son cou enroulé dans des bandes blanches comme son épaule et son bras gauche. Et il savait que le reste de son corps n'était pas épargné non plus. Mais rien n'était mortel, grâce à Roy et à son sacrifice. Il regarda son bras mécanique, ou plutôt ce qu'il en restait. Il avait été soufflé dans la dernière attaque de l'homonculus. Il allait devoir s'en procurer un nouveau rapidement. Cela sans compter que sa jambe fonctionnait à peine. Être tombé à Resembool était une bonne chose. Ici, il savait qu'il pouvait faire confiance aux gens et il y avait tout ce qu'il fallait pour le remettre sur pieds. Il devait juste supporter sa nouvelle condition face aux autres.

Se regardant, il aperçut aussi cette mèche blanche dans ses cheveux noirs. Celle de l'armure de Al. Aussitôt, il détesta cet ornement. Il ne voulait pas le voir lui et ce qu'il représentait. D'une main tremblante, il vint le détacher en rejoignant le bureau. Il y déposa l'objet, ouvrant son sac pour le ranger à l'intérieur et le refermer aussitôt. Cela fait, il se calma un peu, reprenant doucement le contrôle de sa respiration soudain erratique. Il se redressa ensuite, se tournant vers la porte lorsqu'elle s'ouvrit .Urey apparut. Il regarda vers le lit et se figea en le trouvant vide. Il parût paniqué un instant en cherchant dans la pièce, se calmant en le trouvant finalement.

- Vous ne devriez pas vous lever, s'inquiéta-t-il en s'avançant vers lui. Vous n'êtes pas encore en état, dit-il en le rejoignant et en l'entourant d'un bras comme s'il allait s'effondrer.

Edward sourit doucement, touché par sa bienveillance alors qu'il n'était personne pour lui à cet instant. Sans résister, il se laissa reconduire vers le lit où le médecin l'assit, se baissant ensuite devant lui. Il le scruta sous toutes les coutures :

- Est-ce que ça va ? demanda-t-il.

Voulant le calmer mais ne pouvant toujours pas parler, Edward posa une main apaisante sur son épaule, attirant son regard et lui souriant un peu. Il acquiesça d'un signe de tête et l'homme comprit, soupirant de soulagement. Ce fut à cet instant que Sara entra à son tour, le sermonnant aussi en le trouvant assis alors qu'il devrait être couché. Et cela lui réchauffa le cœur. Jamais il n'aurait cru réentendre leurs voix ainsi et cela était une chose merveilleuse. Autrefois, il avait trop négligé les instants passés avec ceux qu'il aimait. À partir d'aujourd'hui, il profiterait de chacun de leurs regards, de leurs paroles, de leurs gestes... Il prendrait garde à chacun de ces instants si précieux. Il leur sourit donc, le regard indescriptible et le couple lui rendit simplement.

- Comment vous sentez vous aujourd'hui ? demanda la dame.

Il acquiesça pour leur dire que ça allait et ils semblèrent comprendre. Il posa ensuite sa seule main sur sa poitrine, s'inclinant légèrement. C'était le seul geste qu'il pouvait utiliser pour leur faire comprendre qu'il les remerciait. Ils saisirent encore une fois sans problème :

- Inutile de nous remercier, répondit Urey. Vous risquiez de mourir si on ne faisait rien. Nous sommes médecins, c'est notre travail. Votre fièvre est presque partie maintenant, remarqua-t-il en touchant son front. C'est parfait. Il ne vous faut plus que du repos maintenant. Mais vous devez rester tranquille, vos blessures sont fragiles.

- Il va falloir changer vos pansements et regarder ça, remarqua la dame.

Il acquiesça simplement une fois encore et ils entreprirent les soins. Sara alla chercher ce dont-ils avaient besoin dans l'armoire pendant que son mari l'aidait à retirer son maillot et son pantalon, le laissant en caleçon. Avec douceur et précaution, ils commencèrent, retirant les pansements et soignant ses blessures. Ce fut alors qu'Edward réalisa l'état dans lequel il était. Il était couvert d'ecchymoses impressionnantes, de plaies plus ou moins profondes. Cela ne l'inquiétait pas, il en avait vu d'autres. Mais alors qu'il se laissait soigner, une scène lui revint en mémoire et il s'y plongea sans même s'en apercevoir :

- Bien. Désormais, je n'ai plus besoin de vous insectes, fit l'homonculus venant d'avaler ce qu'il appelait Dieu.

Il éclata d'un rire fou, les regardant comme s'ils n'étaient rien. Edward resta pétrifié comme les autres. Ils avaient échoué. Tout les habitants d'Amestris étaient morts et leur ennemi avait gagné une puissance folle en réussissant son entreprise. Hohenheim était paralysé, ne comprenant pas pourquoi son cercle ne s'activait pas alors que l'éclipse glissait doucement. Leur plan n'avait pas fonctionné. Des millions de vies étaient perdues et leur adversaire les dépassait de loin dorénavant. Que faire ?

- Papa ! Qu'est-ce qu'il s'est passé ?! s'écria Alphonse à l'autre bout de la salle.

- Je n'en sais rien, bégaya l'homme.

Ils étaient tout les cinq éparpillés dans la pièce dévastée. Regardant autour de lui, Edward avait repéré Roy non loin, le rejoignant rapidement. L'homme n'y voyait plus rien, il ne pouvait se défendre et à cet instant, protéger ce qu'il lui restait lui avait paru être la seule chose censée. Il ne pouvait pas laisser Roy mourir aussi et il ferait tout pour éviter ça. Après tout, c'était lui qui l'avait en grande partie attiré là dedans.

- Mourrez maintenant, ordonna platement leur ennemi.

Il cligna à peine des yeux et une violente onde de choc se propagea autour de lui, s'étendant partout. Juste derrière son passage, tout explosait brusquement. Lorsque Roy sentit le souffle et la chaleur s'approcher trop vite, coutumier de cette sensation, il se tourna d'instinct vers Edward se tenant devant lui. Celui-ci n'eut pas le temps de se rendre compte de ce qu'il se passait qu'il se retrouva emprisonné dans les bras du colonel. L'alchimiste de flammes se tourna pour le protéger, faisant barrage de son corps. Une fraction de seconde plus tard l'explosion les atteignit, soufflant le bras mécanique d'Edward et martyrisant le corps de l'homme. Roy hurla de douleur, paralysant l'adolescent glacé jusqu'aux os à ce son atroce. Le choc les envoya faire un vol plané d'une vingtaine de mètres et alors qu'ils allaient s'écraser, Roy le protégea une fois de plus. Lorsqu'ils atterrirent dans un craquement terrible, Edward se retrouva éjecté, roulant sur encore bien des mètres avant de s'immobiliser.

Sans égard pour son propre état, le jeune homme se redressa vivement et dés qu'il aperçut Mustang, son cœur rata plusieurs battement et il cessa de respirer. Ce qu'il avait ressenti à cet instant précis le traumatiserait à jamais. Indescriptible et insupportable. Panique, peur, douleur, rage, terreur, choc, culpabilité, haine, tristesse,... il n'aurait su dire ce que cela était mais il s'était senti se briser à la vue des innombrable blessures de Roy, de ses membres déformés, de la souffrance sur ses traits, de son sang s'étendant au sol... Ses souvenirs restèrent figés sur cette image ancrée en lui à jamais passant ensuite au visage paisible du Colonel et de son dernier doux sourire :

- Je t'aime Ed, l'entendit-il murmurer.

Puis il eut de nouveau cette vision affreuse, celle où il voyait ses yeux vides de lumières se fermer pour la dernière fois, son dernier souffle de vie passer ses lèvres. Il s'était senti mourir avec lui, c'était atroce. Et malgré le fait qu'il était revenu dans le passé, rien ne changerait ça. Jamais plus il ne risquerait d'entraîner l'homme là dedans.

- Est-ce que ça va ? fit soudain la voix d'Urey le tirant brusquement de ses souvenirs.

Deux mains à la fois fermes et douces, chaudes encadraient son visage, le secouant un peu comme pour le réveiller. Il releva les yeux, sa vision étrangement trouble. L'homme était accroupi devant lui, l'air extrêmement inquiet en l'observant. Il lui sourit comme il put mais cela ne sembla pas avoir d'effet. Il se redressa alors, échappant à ses mains et se rendant soudain compte que ses joues étaient pleines de larmes. Il s'empressa alors de s'essuyer les yeux. Il sentit une autre main douce se poser sur sa tête et il se tourna pour découvrir Sara qui tentait visiblement de le consoler, assisse près de lui.

- Vous avez le droit de pleurer si vous en ressentez le besoin, dit-elle doucement.

Il lui sourit pauvrement, essuyant pourtant le reste de ses larmes sans plus attendre.

- Mais qu'a-t-il bien pu vous arriver pour que vous vous retrouviez dans cet état à votre âge ? demanda Urey la voix basse.

Edward détourna simplement les yeux, ne pouvant guère répondre à cela. Il entendit le médecin soupirer légèrement avant de reprendre la voix douce :

- Chacun son histoire, dit-il. Vous n'êtes pas obligé de donner la moindre explication.

Sans poser de question, ils terminèrent les soins avec prévenance, Sara partant ensuite lui chercher à manger. L'homme en profita pour l'aider à se rhabiller et se réinstaller dans son lit. Il le couvrit soigneusement, s'asseyant ensuite près de lui.

- Vous êtes en sécurité ici, assura-t-il de nouveau. Vous pouvez vous reposer tranquillement. C'est tout ce à quoi vous devez penser maintenant. J'ai vu que vos automails étaient dans un sale état et vous n'avez plus de bras. Fort heureusement, sourit-il, ma mère est une excellente mécanicienne. Elle pourra regarder ça pour vous.

Il approuva simplement, regardant vers la porte lorsqu'il entendit Sara revenir. Elle lui donna un succulent petit déjeuner qu'il mangea tranquillement. Puis le couple le pria de se reposer, le laissant seul. Il resta dans le silence un moment avant de s'adresser à son camarade :

« Est-ce que je vais pouvoir leur sauver la vie cette fois ? » demanda-t-il.

« Je ne sais pas. Tu peux tout changer grâce à cette transmutation temporelle. Mais je ne peux te dire comment tu dois t'y prendre. On se sait jamais ce qui découlera de nos actes malheureusement. Le futur est une chose mystérieuse. Cependant, nous sommes là pour essayer et nous pourrons difficilement faire pire que ce que nous connaissons déjà. » remarqua-t-il.

« Tu as raison. On fera tout ce qu'on pourra. »