Seconde chance

Chapitre 4 :

Discussion

Après avoir quitté Edward, le couple Rockbell redescendit au rez de chaussé en silence, encore choqués d'avoir vu le jeune homme dans un tel état. Ils gagnèrent la cuisine, y trouvant Pinako qui lisait tranquillement le journal, pipe à la bouche. Urey vint s'asseoir devant elle alors que Sara allait leur servir un café.

- Alors, comment va-t-il ? demanda la mécanicienne en posant sa lecture.

- Physiquement, son état s'améliore doucement, répondit son fils. Il reprend des forces et la fièvre est presque entièrement partie. Nous avons réussi à endiguer les infections qui avaient débutées. Il va s'en remettre et il n'en gardera que quelques cicatrices. Il a besoin de repos pour le moment.

- Mais je doute qu'il aille bien pour autant, soupira tristement Sara en s'asseyant près de son mari.

- Quelque chose ne va pas ? demanda Pinako inquiétée par son ton.

- Il pleurait tout à l'heure, expliqua Urey. Pendant qu'on le soignait.

- Il semblait tellement triste, tellement anéanti, continua sa femme. Il avait l'air de souffrir atrocement. Comme s'il avait tout perdu. Ses yeux semblaient vides de vie. Je n'ai jamais vu un tel regard, un enfant ne devrait jamais avoir des tels yeux, comme personne d'ailleurs.

- Ce n'est qu'un adolescent pourtant il a déjà deux automails et plus de cicatrices que je n'en n'ai jamais vu sur personne, murmura l'homme.

- Je me demande ce qui a pu arriver à ce gosse ? souffla l'aînée. Et sa voix ?

- Il faudra encore un jour ou deux avant qu'il ne puisse parler un peu, répondit Sara. Sa gorge était très abîmée.

- Peut-être en saurons nous plus lorsqu'il pourra parler, remarqua la dame. Pas de nouvelles sur ce qui aurait pu se passer ?

- Non. Personne au village n'a déclaré d'accident, de bagarre ou quoi que ce soit, répondit Urey. Personne n'a vu d'étranger non plus, même pas ce jeune homme. Le personnel de la gare non plus n'a pas vu de nouveau visage arriver. Sans compter que les trains ne circulaient pas le jour où nous l'avons trouvé à cause des risques de crues dû à l'orage. C'est comme s'il sortait de nul part.

- Mais il n'est pas tombé du ciel, soupira Pinako. Et il ne s'est pas fait ça tout seul. Avez-vous fouillé son sac ?

- Mamie, ça ne se fait pas ! s'insurgea Sara.

- Peut-être, mais on ne sait jamais sur qui on tombe, répondit-elle. Surtout avec la guerre qui fait rage non loin.

- Ce n'est qu'un adolescent maman, tempéra le médecin. En plus, il lui manque un bras et sa jambe est dans un état aussi déplorable que lui. Il est épuisé.

- Hum, mais si c'est une autre personne qui lui a fait ça, nous devrions savoir qui et pourquoi, remarqua-t-elle.

Un moment de silence s'étira entre eux, chacun réfléchissant à ce qui avait pu arriver au jeune homme sans pouvoir le deviner.

- Pour ses automails, intervint finalement Pinako. Je regarderai ça lorsqu'il pourra quitter son lit et descendre à l'atelier. On ne peut pas le laisser dans cet état, sourit-elle.

- Merci maman, répondit son fils. Ce jeune homme a vraiment besoin qu'on s'occupe un peu de lui. Mais je pense qu'il se remettra rapidement avec du repos. Nous verrons ensuite ce qui lui est arrivé au juste.

Tous acquiescèrent en souriant, se promettant de veiller sur l'adolescent en piteux état. Ce jour là comme le jour suivant, Edward resta tranquille dans son lit à se reposer comme le couple l'avait demandé. Bien qu'il aurait préféré bouger un peu, il avait cédé à l'inquiétude du couple pour lui. Il gardait donc le lit, acceptant leurs soins avec gratitude, se reposant. Il ne parlait toujours pas, préservant sa voix mais il parvenait à se faire comprendre de quelques gestes simples. Il passait beaucoup de temps seul. Ou presque. Intérieurement, il passait bien du temps à parler avec Nixis, le découvrant petit à petit. Il lui trouva une personnalité étonnamment calme et précautionneuse, compréhensive et dont la vision était surprenante sous bien des aspects. Il s'inquiétait pour lui, il veillait sur lui et si Ed se dit un instant que c'était uniquement parce qu'il avait besoin de lui, il rejeta finalement l'idée. Lui aussi avait besoin de lui et dorénavant, rien ne changerait le fait qu'ils étaient liés pour un bon moment.

Nixis n'était pas obligé de faire quoi que ce soit pour s'attirer sa sympathie et vu le personnage, il doutait qu'il ait seulement cette idée. Il n'était pas ainsi. Il faisait preuve d'un véritable soucis à son égard. Il le sentait et cela lui faisait du bien. Trouver sa présence lorsqu'il se réveillait brutalement de ses cauchemars lui faisait du bien. Sa sérénité et son attention lui faisaient du bien. Après ce qu'il s'était passé et avant de passer le Pacte, il avait senti un puits sans fond de solitude s'ouvrir sous ses pieds. Nixis l'empêchait d'y chuter inexorablement et il lui en était reconnaissant. Il s'entendait très bien avec lui, forcé de constater qu'il n'était pas arrogant, orgueilleux ou dédaigneux comme il avait pu se l'imaginer. Il s'était d'ailleurs excusé auprès de lui pour avoir pensé cela. Nixis avait eu l'air simplement amusé, lui rappelant qu'il n'était ni humain, ni homonculus et qu'il avait tout à découvrir de lui.

Le matin du quatrième jour, ce fut une fois de plus à l'aube que l'adolescent se réveilla en sursaut. Il tremblait de tout son corps, couvert de sueur et la respiration erratique après le cauchemar qu'il venait de faire une fois encore. Comme ces derniers jours, il sentit immédiatement la présence de Nixis dans sa tête et tout son corps, sa voix s'élevant avec douceur :

« Calme toi, tout va bien. » assura-t-il.

Le jeune homme l'écouta attentivement, se concentrant sur lui pour chasser le sang et la mort de ses pensées. Il gémit de douleur lorsque ses côtes cassées se rappelèrent à lui et il se redressa comme il put, s'asseyant confortablement et tentant de ralentir sa respiration. Après quelques minutes, il parvint à retrouver sa maîtrise, se détendant. Il s'assit finalement au bord de son lit. Il fallait qu'il prenne l'air aujourd'hui. Il n'en pouvait plus de rester enfermé ici alors qu'il avait passé sa vie et surtout ces derniers mois à cavaler partout.

« Sara ne te laissera jamais sortir. » s'amusa Nixis. « Elle te couve littéralement. »

« Je vais devenir fou si je ne sors pas au moins un peu. » se lamenta l'adolescent.

« C'est vrai que je t'ai rarement vu rester dans une même pièce aussi longtemps. Sauf lorsqu'il s'agissait d'une bibliothèque ou d'un laboratoire d'alchimie. »

« Tu m'as beaucoup observé ? » demanda-t-il avec curiosité.

« Chaque minute de ta vie. » répondit-il sérieusement. « Tu m'as toujours beaucoup intrigué Edward même si je n'aurais su dire pourquoi au début. Jusqu'à te voir grandir et avoir pu te découvrir. Une telle personnalité... je n'en n'avais jamais vu. »

« Je ne me suis jamais senti si particulier. »

« Et c'est justement pour cela que tu l'es. » répondit Nixis.

L'adolescent ne répondit rien, ne comprenant toujours pas comment il avait pu attirer l'attention d'une telle entité. Il avait rencontré tellement de gens hors normes, d'êtres extraordinaires qu'il ne se sentait vraiment pas si exceptionnel. Laissant cela de côté, il se leva lentement, prenant garde à son équilibre et s'avançant ensuite vers le bureau. Il tira la chaise avant de s'y asseoir. Le soleil se levant amenait un peu de lumière dans la pièce, les rideaux restés ouverts. Doucement, il attrapa son sac de sa seule main, se disant qu'il était temps de voir ce que son père avait préparé pour lui. Il le déposa sur ses genoux, l'ouvrant ensuite.

Il écarta tout d'abord la mèche blanche de l'armure d'Alphonse qu'il y avait fourré, ne voulant pas y penser. Puis ce fut en déglutissant péniblement qu'il écarta précautionneusement la montre et les gants de Roy qu'il avait mis là. Prenant une inspiration tremblante, il se concentra ensuite sur le reste du contenu de la besace. Il tomba d'abord sur une très importante somme d'argent et il sourit doucement. C'était une bonne idée. Il y avait déjà largement assez pour payer ses soins aux Rockbell, de nouveaux automails et pour voir venir ensuite. Il faudrait qu'il trouve un moyen de se procurer de l'argent ensuite.

« Et bien tu peux te servir de l'alchimie pour ça. »

« C'est interdit. »

« Parce que les humains l'ont interdis. Étant donné que tu t'apprêtes à passer des années à tenter de tous les sauver, je pense que tu peux te permettre de fabriquer l'argent dont tu auras besoin. Personne ne s'en rendra compte. »

« On verra bien. » trancha Edward.

Il trouva ensuite quelques vêtements, un briquet, un couteau de chasse. Il fut un peu surpris de découvrir un petit nécessaire d'outils d'entretiens d'automails. Il avait eu la chance de tomber à Resembool dans ces conditions mais cela aurait pu être très utile s'il était arrivé n'importe où ailleurs et s'il n'avait pu trouver de mécanicien ou autre moyen de réparer avant longtemps. Il y avait aussi un très bon kit de soin, une couverture fine et une grosse gourde d'eau. Tout au fond, il eut la surprise de tomber sur un pistolet. Il ressemblait beaucoup à celui que le lieutenant Hawkeye lui avait donné autrefois. Il était cependant entièrement noir, le canon plus long alors qu'il était gravé d'élégants motifs. Il était accompagné d'une petite réserve de balles. Il n'avait jamais été friand de ces engins mais son père avait dû se dire qu'avec un bras en moins et donc, sans alchimie, cela pourrait lui servir. Il comprenait la démarche mais il n'aimait toujours pas cette idée.

Une fois l'inventaire fait, il rangea le tout, s'apercevant que ses vieux vêtements avaient été posés là eux aussi. Ils étaient en lambeaux mais il pourrait les remettre en état dés qu'il aurait récupéré un bras. Les fouillant, il trouva finalement sa propre montre d'alchimiste toujours dans sa poche. Nixis lui assura que personne ne l'avait vu et qu'on n'avait pas vraiment eu d'égard pour ses vêtements lorsque le couple l'avait trouvé. Ils lui avaient rapidement retiré pour le soigner au plus vite. Puis ils n'y avaient plus touché sauf pour les déposer dans sa chambre. Heureusement d'ailleurs, sinon, il ne savait comment il aurait expliqué le nom d'Edward Elric qui y était gravé ni le fait qu'il la possédait. Il la rangea dans son sac bien en sécurité, déposant le tout sur le bureau.

Se levant ensuite, il se dirigea vers la fenêtre. Le soleil de printemps ne cessait plus de briller depuis que l'orage était passé et le paysage avait en grande partie séché maintenant. Il faisait beau et doux, le ciel bleu, c'était une belle journée pour aller se promener un peu. Alors qu'il pensait à cela, on toqua à sa porte, le faisant un peu sursauter. Elle s'ouvrit doucement et il vit Sara passer la tête dans la pièce. Elle se figea en trouvant le lit vide, le cherchant frénétiquement en entrant complètement. Il se tourna vers elle et son mouvement attira son attention. Elle parût infiniment soulagée en le voyant et elle le rejoignit rapidement.

- Bonjour, salua-t-elle doucement.

- Bonjour, salua-t-il la voix rauque et râpeuse.

Elle n'était pas encore remise de ses hurlements et sa gorge le tiraillait encore un peu mais il pouvait se permettre de parler sans se mettre à tousser de manière incontrôlable maintenant. Elle parût surprise avant de sourire largement.

- Vous pouvez de nouveau parler, c'est formidable, dit-elle. Mais ne forcez pas trop jusqu'à être complètement remis, préconisa-t-elle alors qu'il acquiesçait. Vous devriez peut-être rester au lit encore un peu, s'inquiéta-t-elle ensuite.

- Ne vous en faîte pas, rassura-t-il. Je vais beaucoup mieux grâce à vous. J'aimerais juste me dégourdir un peu les jambes.

- Très bien, sourit-elle. Ça ne vous fera pas de mal si vous ne forcez pas. Voulez vous venir prendre le petit déjeuner en bas avec nous dans ce cas ? proposa-t-elle.

- Avec plaisir.

Elle lui sourit en réponse, prenant son bras pour le soutenir avec douceur et il ne trouva pas la force de lui dire qu'elle n'avait pas besoin de se donner cette peine. Il était tellement heureux de l'avoir de nouveau près de lui. Il la laissa donc venir le rasseoir au bord de son lit. Elle rejoignit ensuite l'armoire dont-elle sortit un pull et une paire de chaussons. Elle vint lui donner, expliquant qu'il était encore affaibli et qu'il devait se couvrir. Il obéit sans broncher, touché par son attention. Cela faisait tellement longtemps qu'on ne l'avait pas couvé ainsi et s'il aurait certainement trouvé cela agaçant il y avait encore peu de temps, maintenant, il profiterait de cette affection et de cette bienveillance qu'il trouvait dans ce comportement.

Une fois prêt, il se releva, laissant une fois de plus Sara prendre son bras sans broncher. Précautionneusement, elle le guida dans le couloir puis dans l'escalier, prenant son temps alors qu'elle s'inquiétait visiblement de le voir défaillir. Mais cela n'arriva pas et ils entrèrent bientôt dans la cuisine. Là, ils y retrouvèrent Urey et Pinako qui buvaient un café avec une Winry qui semblait à peine se réveiller. Les voyant, l'homme s'empressa de se lever pour venir soutenir l'adolescent à l'opposé de sa femme, semblant inquiet lui aussi, il jeta un coup d'œil à son épouse qui sourit doucement :

- Il avait besoin de se dégourdir un peu les jambes alors je lui ai proposé de prendre le petit déjeuner avec nous ici, expliqua-t-elle.

L'homme comprit alors et il reporta son attention sur Edward :

- Je vais bien grâce à vous, dit-il en le surprenant. Ne vous en faîte pas.

- Vous pouvez de nouveau parler, se réjouit-il. C'est une bonne nouvelle, dit-il en le guidant vers la table.

Il le fit asseoir avec attention, prenant place à côté de lui. Il se tourna tout d'abord vers sa mère qui les observait.

- Je vous présente ma mère, Pinako Rockbell et vous avez déjà vu Winry je crois, sourit-il alors que la jeune fille semblait impressionnée par sa présence.

- Bonjour Winry, madame, salua-t-il alors en les regardant une à une.

C'était absolument étrange que d'appeler mamie de cette manière mais il ne pouvait vraiment pas faire autrement.

- Appelez moi simplement Pinako jeune homme, pria-t-elle avec un geste de la main. Alors dîtes moi, pourrons nous enfin découvrir votre nom ? demanda-t-elle avec curiosité.

- Je m'appelle Edward, répondit-il.

Il y eut un instant de silence, la famille attendant un nom de famille qui ne vint jamais et ce fut l'adolescent qui reprit la parole.

- Je vous dois de gigantesques remerciements à tous pour l'aide que vous m'avez apporté, dit-il. Merci beaucoup.

- Ce n'est rien, assura Sara en déposant de quoi manger sur la table. Nous sommes médecins, c'est notre travail.

- Quand bien même. Vous m'avez accueilli chez vous sans poser de question, vous m'avez soigné, nourri et vous vous êtes occupé de moi jour et nuit, alors merci.

Ils lui sourirent en réponse, lui adressant de simples signes de têtes.

- Mangez maintenant, vous devez encore reprendre des forces, remarqua Sara.

Il acquiesça, acceptant le café qu'elle lui proposa. La petite famille entama alors le repas et Urey lui proposa un peu d'aide en voyant qu'il ne pouvait beurrer ses tartines d'une seule main. Il accepta avec gêne, sentant l'attention de Pinako sur lui. Il la regarda alors :

- Il se trouve que je suis mécanicienne d'automail jeune homme, dit-elle. Je pourrais régler votre problème si vous le souhaitez, proposa-t-elle.

- Je vous en serai reconnaissant. Une seule main n'est pas très pratique et ma jambe fonctionne à peine, s'amusa-t-il.

- Nous pourrons passer dans l'atelier pour que je regarde ça une fois le petit déjeuner terminé.

Il approuva, impatient de retrouver un bras. Ils mangèrent ensuite dans un silence paisible, Edward remarquant que Winry lui jetait des petits coups d'œils curieux et intrigués.

- Edward, puis-je vous poser une question ? demanda finalement Pinako.

- Allez-y, poussa-t-il.

- Que vous est-il arrivé ? questionna-t-elle de but en blanc.

- Maman ! s'exclama Urey. Ce n'est pas le moment.

- Non, intervint Edward. Il est normal de se poser la question, dit-il alors qu'il avait déjà réfléchi à cela avec Nixis. Je voyage beaucoup, raconta-t-il, je venais vers ce village en passant par les monts. C'est une région magnifique, remarqua-t-il avec un sourire. J'ai été surpris par l'orage et par une crue soudaine alors que je longeais une rivière. J'ai été pris dedans et j'ai eu un peu de mal à en sortir et ça n'a pas été indemne malheureusement. J'ai marché ensuite en direction du village pour essayer de trouver un peu d'aide. J'ai perdu connaissance je ne sais où.

- Pas très loin de chez nous, remarqua Urey. Notre chien a senti votre présence et nous a averti, dit-il en caressant la version toute jeune de Den près de lui.

- Alors j'ai eu beaucoup de chance, sourit Edward.

- Cela a dû être affreux, remarqua Sara. Vous auriez pu mourir pris ainsi dans une crue.

- J'ai manqué de vigilance, sourit-il pauvrement. Ça ne se renouvellera pas.

- C'est étonnant de voir quelqu'un voyager à pieds seul ainsi par les temps qui courent, remarqua Pinako un peu suspicieuse.

Il comprenait et la reconnaissait bien là. Il n'oubliait pas non plus que la guerre d'Ishval faisait rage en ce moment même un peu plus au sud est. Ils n'étaient pas très loin et la région pouvait être dangereuse en dehors des villages et des routes.

- C'est vrai, acquiesça-t-il. Mais étonnamment, on est souvent plus en sécurité en voyageant seul et à pieds ainsi. Et puis cela permet de voir des paysages et des choses qu'on ne verrait pas autrement, répondit-il simplement.

Sa voix dérapa soudain et il toussa un peu durement. Immédiatement, Sara lui donna un verre d'eau fraîche, Urey lui frictionnant un peu le dos. Il les remercia, se reprenant rapidement.

- Vous devez encore ménager votre voix, remarqua la dame inquiète en le voyant entourer ses côtes cassées de son seul bras. Tousser ainsi ne vous aidera pas avec vos côtes.

Il acquiesça, lui souriant d'un air rassurant.

- Est-ce que vous avez de la famille que vous souhaiteriez que l'on prévienne ? demanda Urey avec sollicitude.

Edward se figea à cette question, son cœur ratant un battement. De la famille ? Il n'en n'avait plus. Il n'avait plus le droit d'en avoir. Il n'avait plus que Nixis maintenant. Il lui fallut quelques secondes pour se reprendre, secoué par une parole de son compagnon d'infortune. Il se recomposa un visage impassible et releva le regard vers le médecin. Celui-ci semblait terriblement mal à l'aise. Parce qu'en effet, personne n'avait manqué l'expression triste et douloureuse du jeune homme à sa question. Sara aurait même juré qu'il avait pâli.

- Je vis seul depuis longtemps, répondit-il finalement en retournant son attention sur son petit déjeuner. Il n'y a personne à prévenir, dit-il heureux que sa voix cassée cache ses émotions fragiles

Il y eut un moment de flottement gêné dans la pièce, Sara reprenant finalement la parole :

- Puis-je vous demander quel âge vous avez Edward ? questionna-t-elle doucement.

- J'ai seize ans et je vis seul depuis que j'en ai dix, renseigna-t-il. Les guerres font des ravages, dit-il avec un sourire triste.

- Je suis désolé, dit-elle alors en posant une main délicate sur son épaule.

- C'est ainsi et c'est tout, dit-il légèrement. J'ai appris à me débrouiller.

- D'où veniez vous ? demanda finalement Pinako la voix plus légère. Si j'en juge par votre route, vous venez du Nord.

- Oui, acquiesça-t-il heureux de ce changement de sujet bienvenu. J'étais à Central il y a encore peu et avant, je venais de la cité du Nord. J'étais allé visiter la région.

Les discussions dérivèrent alors vers des sujets plus légers et plus personne ne posa de question personnelle au jeune homme, jugeant qu'il y en avait déjà eu assez. Lorsqu'ils eurent terminé leur repas, Urey reprit la parole :

- Si vous le voulez bien et maintenant que vous êtes là, j'aimerais m'occuper de vos blessures dans mon cabinet. Et ensuite, nous pourrions regarder vos automails avant de vous remettre au lit.

Il acquiesça, le laissant l'aider à se lever et le conduire vers son cabinet à l'arrière de la maison. Le médecin le fit asseoir sur une table d'auscultation. Il alla ensuite sortir son matériel et ses produits de soins tranquillement. Il aida l'adolescent à retirer ses vêtements, lui évitant de se débattre avec son pull et son tee-shirt de son unique main, lui épargnant aussi des mouvements que ses côtes n'apprécieraient guère. Edward le regarda retirer ses bandages avec douceur et délicatesse, observant et analysant ses blessures. Urey était toujours aussi attentionné et minutieux dans son travail, généreux.

- Vous me direz combien je vous dois pour les soins, remarqua-t-il lorsque le médecin remit en place son dernier pansement.

- Vous me vexez là. Vous ne me devez rien, répondit l'homme.

- Mais...

- Pas de mais Edward. Quand je vous ai trouvé sous la pluie, j'ai vraiment eu peur pour vous. Je ne voulais que vous aider en vous ramenant chez moi et il en est de même pour le reste de ma famille. Personne ne s'est posé la question. Sara et moi sommes devenus médecins pour sauver des vies et aider les autres. Je ne veux pas d'argent de votre part.

- Et comment faîtes vous pour gagner votre vie ? demanda-t-il avec un sourire.

- J'ai aussi des patients réguliers figurez vous, répondit-il en riant. Et puis j'aide ma mère lorsqu'elle opère pour mettre en place des automails. Elle est plutôt très reconnue dans son domaine alors elle ne manque pas de clients non plus. Cela plus le fait que nous soyons les seuls médecins de la région et nous gagnons notre vie plus que bien. Alors il n'y a aucun soucis.

- Je vois.

- Puis-je vous demander comment vous avez eu ces mecha-greffes ? demanda le médecin en l'aidant à se rhabiller. Vous n'êtes pas obligé de me répondre bien sûr, précisa-t-il ensuite.

- J'ai eu un accident lorsque j'avais dix ans, dit-il la voix plate après un petit moment d'hésitation. J'ai perdu mon bras et ma jambe. Je me suis fais poser des automails quelques semaines plus tard.

- Une telle opération a dû être pénible à un si jeune âge. J'ai beau être médecin, les opérations de pose d'automails et la rééducation qui suit m'ont toujours semblé terrible à supporter pour les patients.

- C'est vrai. Mais cela est mieux que d'être manchot et de finir en fauteuil roulant, remarqua-t-il légèrement. C'est un don que de telles choses existent. Je serais bien embêté si je n'avais pas eu cette possibilité. Alors la douleur vaut bien le résultat.

Urey lui sourit en réponse, un peu surpris par le ton très mature avec lequel il parlait. Il l'aida à terminer de se rhabiller, lui donnant diverses recommandations au sujet de son état et le priant de prendre du repos. Il lui proposa ensuite de rejoindre Pinako à son atelier afin de jeter un coup d'œil à ses automails. Il accepta, se laissant conduire vers cette autre pièce qu'il connaissait aussi bien que la maison toute entière. Ils y retrouvèrent la mécanicienne qui le fit installer sur son fauteuil, l'homme l'aidant une fois de plus à se dévêtir, riant en disant qu'il aurait mieux fait de venir directement en caleçon depuis son cabinet. Pinako releva sa jambe, se mettant ensuite à l'examiner sous toutes les coutures, en faisant de même avec l'implantation de son bras.

- Ce sont des modèles adaptés au froid n'est-ce pas ? remarqua-t-elle finalement.

- Oui, comme je vous l'ai dit, je reviens du nord, rappela-t-il. Mais j'avais dû changer mon bras et ma jambe un peu en catastrophe, confia-t-il. Je ne savais pas qu'il fallait des automails spéciaux pour les régions de grand froid. C'est un mécanicien de là bas qui me l'a appris.

- Votre jambe est très abîmée, constata-t-elle. Bonne pour la casse à mon avis. Les connectiques et les implantations sont aussi dans un piteux état. Je n'avais jamais vu ça même chez les militaires qui vont à la guerre, souffla-t-elle en relevant un regard un peu choqué vers lui.

- J'ai tendance a être un grand casse-cou touche à tout. Il m'arrive souvent de mettre mes automails hors course, dit-il simplement.

Elle le regarda suspicieusement sous le regard de son fils qui ne les avait pas quitté, puis elle haussa les épaules l'air indifférente. Edward la connaissait assez bien pour savoir qu'elle n'était pas dupe loin de là mais mamie avait toujours su être discrète sur la vie des autres quand elle n'y voyait pas de danger pour les siens. Après tout ce qu'il avait vécu ces derniers temps, ses mecha-greffes devaient vraiment être en piteux état et il avait bien remarqué qu'elles répondaient moins bien depuis un moment déjà.

- Que peut-on faire pour les connectiques et les implantations ? demanda-t-il calmement.

- Et bien, ça ne pose pas de vrais problèmes de les laisser comme ça, vos prothèses répondront quand même mais avec moins de précision et de vitesse. Elles pourraient aussi dysfonctionner de temps en temps mais rien qui ne vous gênerait vraiment au quotidien, répondit-elle.

Seulement, Edward savait bien qu'il n'aurait jamais une vie ordinaire et il avait absolument besoin que son bras et sa jambe soient à cent pour cent. Il devait être prêt à tout à tout moment, sa vie lui avait durement appris.

- Que doit-on faire pour régler ce problème ? demanda-t-il sérieusement. J'ai besoin d'être à cent pour cent. Si ce sont les coûts qui vous inquiètes, j'ai largement de quoi payer votre travail, assura-t-il

- Ce n'est pas cela, répondit-elle en relevant le regard vers lui. Refaire une jambe et un bras ne pose pas de problème hormis qu'il faudra que vous patientez quelques jours. Mais remettre en état les implantations nécessiterait une intervention pour changer des pièces et cela implique une chirurgie semblable à celle de la pose d'origine. Inutile que je vous explique ce que cela veut dire.

- Je vois, acquiesça-t-il calmement.

Autrement dit, il s'agissait d'une opération qui toucherait à ses nerfs et à ses moignons mutilés et il souffrirait comme lors de la pause d'origine. Mais cela était loin de lui faire peur et il avait besoin de retrouver toute ses capacités. Une remise à neuf s'imposait et il n'en n'était pas surpris après tout ce qu'il s'était passé. Il devait profiter qu'il en ait le temps et l'occasion pour le faire, cela ne se représenterait peut-être pas.

- Combien de temps cela prendrait ? questionna-t-il en les surprenant.

- Vous comptez subir de nouveau une telle intervention ? demanda Urey. Ce n'est pas nécessaire.

- C'est nécessaire à mes yeux, dit-il doucement. J'ai vraiment besoin que tout fonctionne parfaitement et au dixième de millimètre et de seconde. J'ai un peu de temps devant moi alors autant en profiter.

La mère et le fils échangèrent un regard, la dame soupirant finalement :

- Il ne s'agit de rien d'aussi conséquent que l'opération initiale, expliqua-t-elle. La douleur restera semblable mais cela sera beaucoup moins long. Tout dépend de la manière dont vous supporterez la douleur et du nombre de pause qu'il nous faudra faire pour vous laisser récupérer un peu mais vous connaissez le principe, dit-elle alors qu'il acquiesçait. D'après ce que je vois, il faudra changer certaines pièces, en réajuster d'autres et nettoyer le reste. Je ne sais pas à quel point vous avez forcé sur vos membres pour les mettre dans cet état mais vous n'y êtes pas allé de main morte, dit-elle alors qu'il lui adressait un sourire piteux. En général, ce genre de chose n'arrive qu'après des dizaines d'années d'usure sur des personnes ayant un travail particulièrement physique les obligeant à une utilisation intense des prothèses.

Pour toute réponse, l'adolescent ne lui adressa qu'un regard insondable, se disant que ses combats acharnés de ces dernières années n'y étaient pas pour rien, surtout compte tenu du fait qu'il se servait énormément de ses automails pour renforcer ses coups.

- Je pense qu'une semaine sera nécessaire, annonça-t-elle.

- Pouvez-vous prévoir cela ? demanda-t-il.

- Si vous le souhaitez mais je soutiens que vous pourriez très bien continuer sans cela et sans être trop gêné, remarqua-t-elle. Ce ne sont que des défaillances mineures qui ne valent pas que vous subissiez ça.

- Comme je vous l'ai déjà dit, c'est un problème pour moi, répéta-t-il. J'ai besoin que tout fonctionne parfaitement.

- Bon très bien, soupira-t-elle. Mais vous devez terminer de guérir avant et reprendre des forces. Il faudra encore attendre au moins deux semaines avant d'envisager cela. Urey vérifiera que vous avez retrouvé assez d'énergie pour ça. En attendant, je vais refaire votre bras et votre jambe. Est-ce que vous souhaitez repartir sur des modèles nordiques ? Ça a ses avantages.

Edward réfléchit un instant à la question. Ces automails étaient plus légers, leur composition plus complexe l'aidant à se protéger d'alchimistes voulant les briser. Cela sans parler que maintenant, il avait trouvé la combine pour imiter Greed avec les fibres de carbone, il risquait moins de les abîmer et cela l'aidait bien en combat. Et puis ainsi, s'il retournait dans le nord, il n'y aurait pas d'ajustement à faire.

- Oui, acquiesça-t-il. Ils sont bien pratiques.

- Très bien. Au fait, cette fabrication a quelque chose de familier pour moi, remarqua-t-elle en désignant sa jambe. Qui est votre mécanicien ?

- C'est un mécanicien de la cité du Nord qui me les a fait, répondit-il après une légère hésitation. Mais je ne l'ai vu qu'une seule fois alors je ne me souviens plus de son nom. C'était il y a un moment maintenant.

- Généralement, les porteurs d'automails ont un mécanicien attitré, s'étonna-t-elle. Ce n'est pas votre cas ?

- Malheureusement, j'ai tendance à casser mes mecha-greffes, s'amusa-t-il. Comme je voyage énormément, je ne peux pas toujours retraverser le pays pour voir un mécanicien en particulier, mentit-il. Alors je fais avec ceux que je rencontre. Il y en a un peu partout dans le pays.

- Je comprend. Bien, je vais préparer votre jambe et votre bras pendant les deux prochaines semaines. Ensuite, si vous êtes suffisamment guéris, nous pourrons passer à l'intervention. En attendant, vous devez vous reposer et reprendre un maximum de force. Lorsque nous aurons terminé, il vous faudra encore du repos. Il faudra cesser les cascades un moment et compter deux mois pour une cicatrisation complète et correcte. Je vais devoir retoucher à vos nerfs et vos cicatrices alors il ne faudra pas négliger la période de convalescence pour que tout se passe bien.

Il approuva, sachant qu'il était très important de laisser tout cela guérir correctement pour que les prothèses fonctionnent parfaitement.

- Vous me direz combien je vous dois pour tout cela et j'insiste cette fois, dit-il en se tournant vers Urey.

- Je ne comptais pas travailler gratuitement, s'amusa Pinako en le faisant sourire.

Pendant ensuite un long moment, elle prit les mesures dont-elle avait besoin, examinant très minutieusement les implantations pour voir ce qu'il y avait à faire exactement. L'examen terminé, Urey le raccompagna à sa chambre, le priant de se reposer un peu. Il lui indiqua la salle de bain, lui disant qu'il pouvait en disposer s'il souhaitait faire un brin de toilette. Il le remercia en souriant, le regardant ensuite sortir. Poussé par Nixis, il s'allongea finalement, s'endormant rapidement alors qu'il était encore épuisé.