Le Maître et le Docteur. L'un espère sauver l'autre et l'autre espère être à la hauteur. Pendant longtemps, Missy, le Maître a répandu le chaos dans l'univers, mais maintenant elle a la ferme intention de changer. Elle veut changer pour le Docteur, son seul et plus cher ami. Ce qui les lie est bien plus complexe qu'il n'y paraît. Amour ? Amitié ? Ils savent juste qu'ils seront toujours là, l'un pour l'autre.
Se base sur l'idée originelle de la série, selon laquelle Missy ne meurt pas et est enceinte.
DISCLAMER : Cet univers et ces personnages ne m'appartiennent pas… malheureusement :'(
NOTE : Merci pour les reviews ! J'aime toujours avoir des avis quel qu'ils soient, mais c'est encore mieux quand ils sont positifs ! Alors merci à ceux qui prennent le temps de commenter !
Merci aussi à ma sœur Zelena Rose Carter qui corrige (longuement…) mes textes ^^
Oh ! Et au cas où, elle viendrait vérifier, je dois la vénérer… Oui, oui, ses chevilles sont un peu trop grosses ^^'
J'espère que ce chapitre suivra les autres :D
Bonne lecture ^^
– Chapitre 3 – « Mourir tels que nous sommes… »
– Toi ? Comment ça pourrait… être… toi ?
Le Douzième Docteur se leva sous le regard méfiant de sa première incarnation. Missy le suivit de près. Comme elle l'avait dit plus tôt à sa propre incarnation passée, deux mêmes personnes ensemble au même moment était un paradoxe. Elle n'était pas plus rassurée de voir deux incarnations du Docteur en même temps.
– Je vous connais, Monsieur ? interrogea le plus jeune.
– C'est le Pôle Sud ? On est au Pôle Sud ! se réjouit le plus âgé.
Missy leva les yeux au ciel. Cette version du Docteur était bien trop enjouée, cela contrastait fort avec le Premier Docteur.
– Bien sûr, vous ne le saviez pas ?
– C'est là que c'est arrivé.
– Arrivé quoi ?
– Oui, c'est ça…
Le Douzième Docteur tourna autour de lui-même pour mieux s'observer.
– La première fois où… je… toi… enfin, nous… nous sommes régénérés. Tu es en cours de régénération ? Ton visage, il part dans tous les sens, mais tu essayes de le maintenir en place.
Il prit la main de son passé qui la retira immédiatement d'un coup sec.
– Comment se fait-il que… vous connaissiez la régénération ? Êtes-vous un Seigneur du Temps ?
– Tu sais qui je suis. Forcément.
Il avait retrouvé son sourire. Sa première incarnation le contourna et se rapprocha du TARDIS sans faire plus attention à Missy qui préférait garder encore ses distances. Elle n'était pas très sûre de savoir ce qu'elle pouvait faire. Ce Docteur avait bien moins subi ses tortures, mais elle le connaissait également comme étant plus dur que ses successeurs. Lui pardonnerait-il sa première trahison ? Pour l'instant, elle était plutôt soulagée qu'il ne lui porte encore aucune attention.
– Vous êtes venu pour reprendre le vaisseau ?
Le Douzième Docteur se retourna toujours souriant.
– Oh non ! Tu… Tu l'appelles encore le « vaisseau » !
Il sauta vers celui-ci, trop absorbé par ses vieux souvenirs pour prêter de l'attention à son amie d'enfance et future mère de son enfant.
– Oh mon Dieu ! Que lui avez-vous fait ? se plaignit le plus jeune des Docteurs.
– J'ai rien fait !
Il perdit son sourire pendant que son passé examinait le « vaisseau ».
– Les fenêtres !
– Je ne me souviens pas de ça. Je ne me souviens pas avoir refusé de changer. Pas à l'époque, murmura le Douzième Docteur, confus.
– Elles ne font pas la même taille !
« Paradoxe. »
Il fronça les sourcils. Ce mot flottait dans sa tête. Il jeta un regard en biais à Missy. Cette dernière leva les yeux au ciel. Comment pouvait-il oublier le principe même de paradoxe ? Bien sûr que leur rencontre était une impossibilité mathématique. Leurs lignes temporelles étaient désynchronisées.
– Il a changé ! Regardez-le ! On dirait qu'il a… gonflé ! s'indigna le Premier Docteur.
– Toutes ces années à être plus grand à l'intérieur, essaye un peu de rentrer le ventre aussi longtemps ! Pourquoi tu refuses de te régénérer ?
– J'ai le courage et le droit de vivre et de mourir dans cette enveloppe corporelle, déclara le premier Docteur avec une certaine fierté.
– Vous avez toujours été comme ça, ma parole, s'agaça Missy.
Elle claqua sa langue. Alors, ce n'était pas uniquement tout ce temps passé en compagnie d'Humains. Il y avait bien autre chose. Quelque chose de latent… Elle retint sa respiration en voyant les yeux du Premier Docteur s'élargir sous le choc. Il la fixait avec intensité. Elle savait qu'il la sentait. Il ne voulait peut-être pas admettre que le vieil Écossais était bel et bien lui, mais il ne pouvait pas nier son identité à elle. La Dame du Temps sourit, amusée par l'effet qu'elle réussissait à provoquer sur son ami d'enfance.
– Alors ? Suis-je à ce point traumatisante, Docteur ?
– Le… Vous êtes…
– Oui, c'est le Maître, régénéré en femme, coupa le plus âgé des Seigneurs du Temps, les yeux toujours fixés sur son incarnation passée.
– Vous pouvez m'appeler Missy, dit-elle en s'approchant de son premier ami.
Elle se mordit la langue pour ne pas embrasser le Docteur. Cela ne faisait pas longtemps qu'il avait perdu Arkytior et leurs enfants et petits-enfants. Elle ne voulait pas trop le brusquer. Il l'était déjà suffisamment comme ça.
Le Premier Docteur la fixait, incrédule, choqué. Il ne disait toujours rien. Il se contentait de la fixer comme s'il avait vu un fantôme.
– Docteur ? commença-t-elle à s'inquiéter.
– Mmmh… Oui ? fit le dernier en date.
– Pas vous, répondit-elle en lui montrant l'autre vieil homme.
– Cela… Comment… Vous êtes…
– Dans combien de temps, pensez-vous, parvenir à dire une phrase correcte ?
Le Docteur original secoua légèrement la tête. Il se rendait bien compte qu'il avait l'air un peu idiot et il détestait avoir l'air idiot. Mais revoir ainsi son ami en compagnie de sa future incarnation était un choc. Il se souvenait du Maître sur Gallifrey avant sa propre fuite. Il se souvenait de leurs querelles et de leurs désaccords. Il se souvenait des mondes enflammés autour de Gallifrey. Certains étaient l'œuvre du Maître. Il se souvenait qu'il ne pouvait cautionner ce que faisait son ami d'enfance et premier amour, à l'époque. Mais voir leurs deux futurs ensembles… Il se sentait heureux. Il avait retrouvé son ami. Il ne savait pas comment il y était parvenu, mais il y était parvenu. Et combien de temps s'était-il écoulé entre leurs premiers problèmes sur Gallifrey et maintenant ?
– Vous êtes revenu ? dit-il un peu confus.
Missy sourit, soulagée. Il ne lui en voulait pas. Elle connaissait suffisamment le Docteur pour savoir qu'il finissait toujours par lui pardonner ce qu'elle avait fait, mais plus le temps passait, et plus elle craignait que cette vérité intangible ne s'efface au profit d'une autre.
– Je ne peux pas vous laisser trop longtemps, sinon vous feriez des bêtises, se moqua Missy.
Les deux Docteurs arquèrent un sourcil d'un même mouvement. Ils échangèrent un regard. Puis le Douzième Docteur se tourna entièrement vers sa première incarnation, une expression d'horreur se dessinant sur son visage.
– Nous sommes en état de grâce, tous les deux. Mais ça ne durera pas. Et nous avons un choix à faire. Soit nous changeons et nous continuons, soit nous mourrons tels que nous sommes. Mais si tu… Si tu meurs ici… Si ton futur… ne se produit jamais… Si tu ne fais pas les choses que tu es censé faire alors les conséquences pourraient…
Il s'éloigna, de plus en plus horrifié. Quelque chose n'allait pas. Il y avait un problème. Le dernier Docteur sentit le problème avant même de le voir. Les flocons de neige s'étaient figés.
– La neige… souffla-t-il.
– Oh oui, c'est vrai, fit Missy en se plaçant près du Docteur de sa chronologie.
– La neige ? interrogea le Premier Docteur, alors que les deux amis regardaient autour d'eux, intrigués.
– Regarde la neige ! ordonna le plus âgé.
– C'est extraordinaire.
Le visage original du Docteur écarquilla les yeux, étonné.
– Tout s'est arrêté, remarqua le Douzième Docteur.
– Pourquoi ? s'inquiéta le Premier.
– C'est peut-être à cause de nous. Ou c'est peut-être tout autre chose. Mais d'une façon ou d'une autre… le temps est en train de nous poser un gros problème.
– Que ferions-nous sans vos légendaires précisions ? railla Missy.
– Hé ho !
Missy se pinça les lèvres. Elle avait oublié son parapluie sonique dans le TARDIS. Elle serait à la merci de l'inconnu sans les Docteurs.
– Désolé… Désolé… J'imagine que… aucun de vous deux n'est docteur ? reprit un homme qui ressemblait à un soldat de la Première Guerre Mondiale.
Les deux Docteurs échangèrent un regard sous le regard amusé de Missy.
– Vous essayez d'être drôle ?
Une vive lumière blanche les éblouit tous les trois. Le soldat se retourna, sortit son arme et se plaça derrière les Docteurs.
– Elle arrive… Elle arrive, murmura-t-il avec peur. C'est elle.
– Pas humaine, je crois, déduisit le Premier Docteur en voyant les contours d'une créature humanoïde se dessiner. Déclinez votre planète d'origine ainsi que vos intentions. Ici, c'est la Terre, une civilisation de niveau cinq.
– Et elle est protégée, prévint le Douzième Docteur.
– Comment ça protégée ?
La lumière disparut immédiatement avec la femme. Missy haussa les sourcils. C'était d'autant plus inattendu qu'ils ne savaient pas ce qu'était cette créature. Visiblement humanoïde, mais pas Humaine. Si cette créature était belliqueuse, elle reviendrait, mais si elle ne l'était pas, pourquoi s'enfuir ? Et pourquoi ce soldat humain avait-il peur d'elle ? Elle retint un rire, ironique. S'il ne connaissait pas l'existence d'extraterrestres, il avait forcément pris peur devant un évènement aussi inhabituel.
– Super, d'habitude ça ne marche pas, se réjouit le Douzième Docteur.
– Moi, je voudrais plutôt savoir ce qu'était cette chose et si elle va revenir, opposa la Dame du Temps.
– Oh… Cassez pas l'ambiance, Missy, fit le père de son enfant en lui lançant un regard mi-amusé, mi-déçu.
– Protégée par qui ? coupa le Docteur originel.
– Oh, c 'est vrai, on en est qu'au début.
Le plus âgé se gratta la joue, gêné et eut un sourire crispé. Il échangea un regard avec Missy. Elle semblait plus préoccupée par la situation. Il le sentait. Il le voyait. Un seul mot tournait en boucle dans sa tête : « paradoxe ». Elle avait peur que la première version du Docteur ne se régénère pas. Elle avait peur de ce qui allait se passer s'ils restaient tous les deux au même endroit trop longtemps. Normalement, ce ne devait pas être possible. Elle jeta un rapide coup d'œil au soldat derrière eux. Elle était sûre que la raison de sa présence ici et l'immobilisation des flocons de neige étaient dû au paradoxe. Elle transmit cette certitude au Docteur.
« Dans ce cas, qu'était cette chose ? Elle suivait visiblement ce soldat, » remarqua le dernier Docteur.
Missy grimaça. Rien de tout ceci n'était anodin. Et rien de tout ceci n'était une coïncidence.
Le Premier Docteur se tourna vers le soldat, resté muet depuis la disparition de la femme translucide.
– Puis-je vous suggérer, pour votre sécurité, de monter à bord de mon vaisseau, dit-il en sortant sa clé et en s'approchant de la porte d'entrée du TARDIS.
– Vous avez un bateau ? s'étonna le soldat.
– Il veut dire : entrer dans la boîte.
– Un peu étroit, vu sous cet angle… mais vous pourriez être très surpr…
La phrase du plus jeune resta en suspens. Il écarquilla les yeux sous le choc. Qu'avait-on fait à son TARDIS ? Missy ne put retenir un petit rire en sentant l'horreur de son ami.
– Mon TARDIS ! Regardez mon TARDIS !
– Mais c'est impossible… murmura le soldat en regardant chaque surface de l'intérieur de la salle de commande.
– M'a-t-on cambriolé ? s'indigna le Premier Docteur.
– C'est… Mais c'est… commença le soldat en avançant un peu plus dans le vaisseau.
– Hideux ! coupa le plus jeune des vieux hommes.
Missy rit à nouveau en regardant alternativement l'homme horrifié et celui qui fermait la porte, les lèvres pincées, visiblement un peu gêné.
– … Plus grand à l'intérieur que ça ne l'est à l'extérieur, finit l'Humain.
– Ah oui, j'me disais bien aussi. Content de pas être le seul.
Le dernier Docteur semblait plus léger en refermant les portes derrière lui et Missy.
– Quel est cet endroit ?
– Cet endroit, c'est… Enfin, ça devrait être mon TARDIS.
Les deux futurs parents se plaçaient déjà aux commandes du TARDIS, pendant que le soldat regardait la salle, émerveillé, et que le Premier Docteur fixait l'intérieur du vaisseau avec horreur. Le Douzième Docteur fit glisser un écran vers son incarnation passée.
– Techniquement, ça, c'est ton TARDIS. Il est à peu près à vingt mètres par là. Tu vois ? Rappelle-toi toujours où tu te gares, le problème va souvent se poser.
– C'est de la folie… Suis-je devenu fou ? s'inquiéta le capitaine britannique.
– De la folie ? Vous êtes un officier de la Première Guerre Mondiale. Vous vous trouvez au Pôle Sud. Vous êtes poursuivi à travers le temps, figé par un alien. La folie, c'est vachement moins cool, s'extasia le plus âgé des Seigneurs du Temps.
– Alors ça, c'est bien vrai, approuva Missy en s'asseyant sur un siège. J'ai une expérience personnelle, sourit-elle en voyant son premier ami froncer les sourcils.
– Première Guerre Mondiale ?
Le soldat ne semblait avoir retenu que cette information. Une information qui était loin de le rassurer.
– À en juger par votre uniforme, oui, répondit le Seigneur du Temps actuel avec désinvolture.
Il ne s'était pas, un seul moment, rendu compte de la portée de ses mots sur cet Humain.
– Oui mais… Que voulez-vous dire… par « première » ?
– Ah, désolé, c'est pas l'heure… s'excusa le Douzième Docteur avec une mine contrite.
– Vous mettez toujours les pieds dans le plat comme ça ? s'amusa Missy.
– Malheureusement, ça m'arrive plus que je ne le voudrais, avoua-t-il en se tournant à nouveau vers les commandes du TARDIS.
– Ça suffit les bavardages ! Qui êtes-vous ? s'impatienta le Premier Docteur.
Missy haussa les sourcils. Pourquoi son ami avait-il ce besoin maladif de s'aveugler ainsi ?
– Hum… Tu sais qui je suis. Tu l'as su dès que tu m'as vu. Là, je te dirais bien d'arrêter de faire l'idiot, mais je crois que je connais déjà la suite.
– Je vous assure que je n'ai pas la moindre idée, mais pas la moindre idée, de qui vous êtes.
Le Premier Docteur enleva son manteau et le posa sur les bras son homologue, visiblement très perturbé.
– Apparemment, vous êtes un porte-manteau, se réjouit Missy.
– La ferme, lui répondit-il du tac-au-tac. Eh bien moi, je sais qui tu es.
– Quelqu'un peut m'expliquer ce qu'il se passe ? fit le soldat, déconcerté, en observant une cassette vidéo.
– Il vous l'a expliqué ! s'agaça Missy.
Ces Humains… Ils étaient si longs à comprendre les choses les plus évidentes. Ils ne faisaient jamais attention, n'écoutaient jamais ce qu'on leur disait… C'était en cela que la Dame du Temps ne comprenait pas vraiment pourquoi son ami d'enfance aimait tant leur compagnie. Elle vit son Docteur mettre l'une de ses mains – brillante d'énergie régénératrice – devant le visage de son incarnation passée. Ce dernier regarda sa propre main, les yeux dans le vague. Il venait de comprendre, de réaliser. Il ne pouvait plus nier, à présent.
– Et paf, sourit le plus âgé.
– Vous… êtes moi… réalisa-t-il avec difficulté. Non… non…
– Et si, j'en ai bien peur, malheureusement.
– Attendez. Vais-je… Oui, vais-je devenir… vous ?
– Eh bien… Il va y avoir quelques faux départs, mais à la fin oui, sourit le Douzième Docteur.
– J'aime beaucoup tous vos autres « faux départs », se moqua Missy. Surtout, le costume rayé.
Le Douzième Docteur lui lança un regard agacé. Ne pouvait-elle donc pas le laisser régler tranquillement ses problèmes avec son incarnation passée sans faire de railleries ?
« N'y comptez pas, » rit-elle alors.
– Mais je croyais que… commença le Premier Docteur.
– Quoi ?
– Eh bien… J'aurais cru que… que je deviendrais… euh… plus jeune…
– Je suis plus jeune ! se vexa paradoxalement le plus âgé des deux.
C'était vrai en un sens, l'Écossais à la mine indignée avait existé moins longtemps que son moi original…
– Vous aviez l'air beaucoup plus jeune lorsque vous faisiez votre crise de l'âge adulte, le rassura son amie.
– Inévitable… maugréa le Premier Docteur.
– Vous savez ? Je ne suis pas vraiment… sûr de vous suivre… Oh… Seigneur.
Le soldat humain s'assit – ou plutôt se laissa tomber – sur les marches derrière lui.
– Vous êtes en état de choc. Je vais m'occuper de vous. Euh… du brandy. Apportez-lui du brandy. Vous en avez ? J'en avais… quelque part.
– Attendez.
Le Premier Docteur se dirigeait vers le soldat, alors que le Douzième se dirigeait vers un machin rond au mur. Il ouvrit une porte secrète et en sortit une bouteille d'alcool.
– Un pour moi aussi, sourit Missy.
– Certainement pas !
Son Docteur la fixait, interloqué. Il était hors de question qu'elle ne boive une seule goutte d'alcool dans son état.
– Vous êtes un vrai rabat-joie, vous.
Elle fit la moue, alors que son ami lui lançait un regard sévère.
– Asseyez-vous là, mon garçon. Reprenez vos esprits. Pourquoi n'aurait-elle pas le droit de boire ? reprit le Premier Docteur, intrigué.
– C'est pas l'heure, répondit simplement le plus âgé.
– Mais qui êtes-vous, au juste ? interrogea le soldat.
– Moi, je suis le Docteur. Et lui, c'est mon… commença le plus jeune des Seigneurs du Temps.
– C'est assez compliqué. En fait, je suis aussi le…
– Mon infirmier, termina le Premier Docteur, ignorant superbement l'expression horrifiée de son homologue.
Missy ne put retenir son rire. Mais son ami n'en avait que faire. Il restait bloqué sur les paroles de son ancienne incarnation.
– Excuse-moi ? dit-il, toujours sous le choc.
– Oui, je réalise que ça a l'air peu probable… reprit le plus jeune à l'intention du soldat.
– Ça l'est, oui.
– … parce que c'est un homme.
– Quoi ?
Le rire de Missy redoubla devant l'expression de son ami. Il pensa, cette fois, à lui envoyer un regard agacé.
– Les vieux messieurs – tout comme les femmes – peuvent parfois êtes utiles, fit fièrement le Premier Docteur.
– Non, non, non, non, non ! Tu… Tu peux pas dire des choses pareilles.
– Tiens donc. Mais qui dit ça ?
– À peu près tous les gens que tu vas rencontrer dans ta vie.
Ils entendirent bruit sourd derrière eux. Ils se retournèrent et virent Missy, peinant à reprendre son souffle, tant elle riait. Elle tremblait, de manière incontrôlable.
– Missy, ne me faîtes pas regretter d'avoir voulu vous sauver la vie, fit son Docteur.
Il était déjà suffisamment horrifié par les propos qu'il avait pu tenir au début de sa vie, il n'avait pas besoin que la future mère de son enfant ne s'esclaffe de la sorte.
– Je ne vois pas ce qu'il y a de drôle, fit le Premier Docteur en haussant les sourcils. Ma chère, auriez-vous un problème ?
– Au… contraire… parvint-elle à articuler entre deux hoquets.
– Tiens.
Le Douzième Docteur tendit la bouteille d'alcool ambré à son homologue. Missy s'arrêterait bien de rire à un moment donné. La meilleure option qu'il avait était de l'ignorer en attendant que cela passe.
– Vous en avez bu un peu, j'me trompe ?
– Eh bien, oui, je… j'en ai peut-être prit une larmichette… à un moment dans les mille cinq cents dernières années… qui ont été rock'n'roll, répondit le dernier Docteur.
Il ne se souvenait pas avoir était si méfiant, si suspicieux et si… malpoli ? Si, il se souvenait de ça. Il se souvenait comment il avait pu traiter ses premiers compagnons. C'était à se demander pourquoi ils étaient restés. Mais il ne se souvenait pas avoir été capable de dire ce genre de choses sans le moindre complexe. Une chose était sûre, il avait bien changé.
– Tenez. Avalez ça, vous vous sentirez beaucoup mieux.
– Merci, merci… sourit le soldat en portant le verre à ses lèvres.
– Je ne comprends rien du tout, reprit le plus jeune Seigneur du Temps.
– Bien sûr que si, tu comprends ! Je suis ton futur toi !
– Ah, vraiment ? Et j'imagine que ceci est censé être mon TARDIS ?
– Notre TARDIS, rectifia le Douzième Docteur en levant les yeux au ciel.
– Il y a un problème avec l'éclairage ? interrogea le Premier Docteur en s'approchant de Missy qui venait à peine de faire cesser son rire.
Elle essuya des larmes qui avaient perlé aux coins de ses yeux. Son premier ami lui tendit la main pour l'aider à se relever. Elle sourit, acceptant volontiers et se remit sur pieds en quelques secondes.
– Non, c'est fait exprès.
– Pourquoi ?
Le Premier Docteur s'éloigna de l'ancienne maîtresse du chaos, regardant partout autour de lui.
– C'est… c'est pour l'ambiance !
– L'ambiance ? C'est le poste de pilotage de la plus puissante des machines spatio-temporelles de l'Univers. Pas un restaurant pour Français. Oh ! Seigneur-Dieu ! Qu'est-ce ceci ?
Missy se rapprocha vivement d'eux, alors qu'elle les voyait descendre les marches. Elle ne voulait pas manquer une miette de ce qui allait probablement être la scène la plus drôle de toute son existence.
– Oh… Regardez ce que quelqu'un a dû oublier ici, accidentellement.
Missy pouffa à nouveau.
– Je dirais que c'est une… sorte de guitare, c'est ça ? proposa le soldat.
– Oooh, c'est la vôtre ?
– Pourquoi aurait-il laissé une guitare ici, Docteur ? se moqua Missy.
– De quel côté êtes-vous ? s'agaça le père de son bébé.
– Du vôtre, dit-elle avec un clin d'œil.
– Mais lequel ? reprit-il en regardant son incarnation passée.
– Je ne voudrais pas laisser passer une miette de ce petit spectacle, Docteur, dit-elle toujours moqueuse.
– Apparemment, on y a joué très récemment. C'est la seule chose qui ait été nettoyée. En parlant de ça, cet endroit aurait bien besoin d'un bon coup de balai. À l'évidence, Polly n'est plus là, malheureusement.
– Bon, s'il te plaît, s'il te plaît, arrête de dire des trucs comme ça, se plaignit le plus âgé.
Une autre secousse. Le Douzième Docteur se précipita vers l'entrée du TARDIS pour constater qu'ils se faisaient remorquer par un autre vaisseau alien. Il se précipita vers les commandes et actionna à plusieurs reprises le même levier, sans résultat.
– Pourquoi les moteurs ne démarrent pas ? s'agaça Missy.
– Il y a une sorte de signal qui bloque les commandes, lui répondit son ami.
– Merveilleux, grinça-t-elle.
Une autre secousse et une voix féminine s'éleva au-delà des portes du TARDIS.
– Sortez de votre capsule. La Chambre des Morts vous attend.
– Missy et moi, on répare les moteurs. Toi, tu la fais parler, ordonna le dernier Docteur à sa plus jeune version. Tu peux y aller.
Le Premier Docteur sortit du TARDIS. Face à lui se tenait un grand escalier éclairé. Mais tout le reste demeurait sombre.
– Regardez autour de vous, ordonna la même voix.
Il tourna sur lui-même, sans vraiment comprendre pourquoi. Qu'y avait-il donc à voir ? Des lumières s'éteignaient et s'allumaient de toute part.
– Vous vous tenez dans la Chambre des Morts. Tous vous connaissent ici. Car vous êtes le Docteur de la Guerre.
À l'intérieur du TARDIS, le Douzième Docteur se figea, se demandant comment son moi passé pouvait réagir à cette interpellation. Mal, évidemment…
Le Premier Docteur laissa en effet échapper un rire ironique, sans joie.
– Non. Le Docteur, oui. Mais le Docteur de la Guerre, jamais, Madame ! Jamais ! s'offusqua-t-il.
Comment cet être, quel qu'il soit, pouvait ne serait-ce que lui donner ce nom ? Comment osait-elle coller ce mot « guerre » derrière son nom ? C'était impossible, impensable. Il s'était toujours refusé à porter une arme et jamais il n'en porterait.
Toujours dans le TARDIS aux côtés du capitaine et de Missy, le Docteur à l'accent écossais ne quittait pas des yeux l'écran qui lui permettait de suivre la réaction de son passé. Il était anxieux. Et si cette information conduisait le Premier Docteur à refuser la régénération ?
– Nous vous offrons un cadeau, reprit tout de même la femme, sans tenir compte des protestations du Seigneur du Temps. Livrez-nous l'Humain qui est à bord de votre TARDIS et en échange vous pourrez la revoir et lui parler.
Le Douzième Docteur échangea un regard avec son nouveau protégé – dont il ignorait même le nom – avant de se tourner vers Missy qui conservait une expression neutre mais attentive.
– Parler à qui ? interrogea le Premier Docteur sans comprendre.
Un couloir à sa gauche s'illumina. Il tourna la tête. L'ombre d'une femme se dessinait.
Le dernier Docteur observa attentivement la silhouette familière.
– Jeune femme ? Qui êtes-vous ? interrogea-t-il curieux.
– Il est là ? Le Docteur est là ?! s'enjoua la jeune femme.
Le Douzième Docteur sortit en courant de son TARDIS, laissant Missy se charger seule de réparer les moteurs. C'était Bill… Bill Potts.
– Docteur ! appela-t-elle un grand sourire aux lèvres.
Elle courut vers lui et se jeta dans ses bras. Il ne put retenir un sourire. Il savait qu'elle avait été transformée en Cyberman et qu'elle était morte, mais en cet instant, il voulait juste se réjouir de pouvoir la tenir dans ses bras, comme elle avait toujours été. Il en était heureux et un peu soulagé, bien que sa raison ne lui dicte de s'éloigner d'elle. Sa raison lui disait que son amie Bill était morte et qu'il ne pouvait pas la tenir dans ses bras.
Le Premier Docteur observa l'étreinte. Il ne savait ce qu'il devait en penser. Il y avait visiblement beaucoup d'affection entre cette femme et son futur moi.
– Je l'savais ! Oui je l'savais ! Je savais que vous étiez pas mort, vous manquez trop de concentration pour mourir !
Le Docteur se raidit à ces mots. L'excitation et la joie avaient laissé place à la colère. Il s'éloigna d'elle, lentement. Il était en colère parce que son amie était morte et ne pouvait se trouver là. Il était en colère parce que quelqu'un était en train d'insulter la mémoire de son amie en la copiant.
– Docteur ? appela Bill plus doucement, une expression d'incompréhension plaquée sur le visage. Qu'est-ce que vous faîtes ?
Le Docteur sortit son tournevis sonique, la scannant. Il voulait être sûr. Il voulait savoir à quoi il avait affaire.
– Ne bougez pas, s'il vous plaît. Bill Potts… soupira-t-il. Mon amie Bill Potts a été transformée en Cyberman. Elle a donné sa vie… pour sauver celle de gens qu'elle connaissait à peine. Alors, soyons clairs. Personne ne peut imiter Bill Potts ! Personne ne peut se moquer de Bill Potts !
– Bill Potts se tient là, devant vous.
– Comment ça pourrait être possible ?
– Ça ne l'est pas, intervint Missy. Oh, désolée. Je gâche vos retrouvailles ?
– Elle aussi, il fallait qu'elle survive, se désespéra Bill.
Le Douzième Docteur ouvrit la bouche en « o ». Cela promettait des étincelles. Apparemment, Bill détestait toujours autant Missy et cette dernière lui rendrait bien la pareille, seulement pour s'amuser.
– Que faîtes-vous ici ? demanda le Docteur.
– Eh ben, pour faire court… En fait, j'ai pécho.
Bill sourit en se souvenant du baiser qu'elle avait échangé avec Heather.
– Vous… Vous… Vous avez quoi ? coupa le Premier Docteur, interloqué.
– C'est comme ça que les jeunes parlent de nos jours, il faudra vous y habituer, papi, se moqua Missy en s'approchant du Docteur originel.
Son Docteur lança simultanément un regard d'agacement à son amie d'enfance et à son ancienne incarnation.
– Heather. Vous vous souvenez la fille dans la flaque ? Elle a débarqué. Elle est venue me chercher, continua Bill.
– Comme c'est romantique, ironisa le dernier Docteur. Où est-elle ?
Bill fronça les sourcils. Elle regarda autour d'elle. Maintenant, elle sentait que quelque chose clochait. Un instant, elle embrassait Heather et celui d'après, elle était ici. Où était passée sa nouvelle petite-amie ?
– Elle est… Elle…
– Comment êtes-vous arrivée ici ?
– Euh… Je sais… J'arrive pas à…
– Vous en souvenir ? Je l'aurais parié.
Le Douzième Docteur se remit à la scanner sous le regard intrigué de son prédécesseur.
– Cet… appareil… Qu'est-ce que c'est exactement ?
– Un tournevis sonique.
– Un… tournevis quoi, vous avez dit ?
– C'est du très bon travail.
– Un tournevis audio, c'est bien ça ?
Trop accaparé par la copie de Bill, le Docteur ne jugea pas utile de se répondre. Missy approuva donc d'un signe de tête.
– Il n'y a que trois marqueurs de faibles intensités qui indiquent que c'est une copie.
– Je vous l'avais dit, assura la Dame du Temps, un bras reposant nonchalamment sur un pilier.
– Non ! Je suis pas une copie, Docteur !
– Bon. Qui vole les visages des morts ?
– Voilà la bonne question ! se réjouit Missy en sautant sur les escaliers, devançant ses deux amis.
Ils montèrent tous les trois jusqu'à une petite pièce. Il semblait y avoir des circuits, des plans en relief. Des points lumineux parcouraient certains murs. Le Premier Docteur mit son monocle pendant que le dernier mettait ses lunettes de soleil soniques. Missy sourit, amusée en voyant les styles radicalement opposés de son ami d'enfance.
– Apparemment… ils maîtrisent la technologie du voyage dans le temps.
– Ils viennent d'un futur lointain.
– Oui, je sais.
Les deux Docteurs se tournèrent simultanément l'un vers l'autre. Choqué, à la vue de son futur, le Premier Docteur en fit tomber son monocle.
– Des lunettes de soleil ?
– Elles sont soniques.
– À l'intérieur ?
Missy leva les yeux au ciel. Une autre silhouette apparut au centre de la pièce, dans un flash de lumière.
– Alors ? Qui êtes-vous ? interrogea le Douzième Docteur.
– Nous sommes ce qui attend à la fin de chaque vie dans l'Univers. À la mort de chaque être, nous apparaissons. Nous vous prenons ce dont nous avons besoin et nous vous renvoyons au moment même de votre mort. Nous sommes… le Témoignage, expliqua la femme en verre.
– Vous venez d'un lointain futur. Vous voyagez dans le temps. Vous vous emparez des gens qui sont sur le point de mourir et quoi ? Vous leur prélevez quelque chose, c'est ça ?
– Oui, répondit-elle simplement.
– Au nom de tous les mourants, pouvez-vous nous dire ce que nous avons dont le futur a tant besoin ?
– Et qu'est-ce que tout cela a à voir avec un capitaine de la Première Guerre Mondiale qui a atterri au Pôle Sud et dans la mauvaise décennie ? demanda le Premier Docteur.
– Nous étions en train de le renvoyer au lieu et à l'instant même de sa mort lorsqu'une erreur de ligne temporelle s'est produite et l'a éjecté dans la mauvaise époque. Maintenant, sa mort doit avoir lieu conformément au déroulement de l'Histoire.
– Ça ne répond qu'à l'une des deux questions, mon cher petit fantôme, remarqua Missy en joignant ses mains dans son dos.
Le Premier Docteur remit son monocle et s'approcha de la jeune femme.
– Si je puis… Qui étiez-vous ? demanda-t-il.
– Elle n'était personne ! opposa le dernier Docteur. C'est une interface générée par ordinateur, connectée à une banque de données multiforme et interfacée.
– Pour l'amour du ciel ! Voulez-vous bien poser ce jouet ridicule qui fait un bruit agaçant et regarder cette femme ? Vous voyez ? Son visage. Il est légèrement… asymétrique. S'il était généré par ordinateur, il ne produirait pas cet effet.
Maintenant, à quelques centimètres de la jeune femme de verre, il le voyait. Il voyait cette légère asymétrie dont parlait son ancienne incarnation.
– Bien sûr. Tu as absolument raison. J'aurais dû le remarquer, réalisa-t-il.
– Vous l'auriez probablement remarqué si vous pouviez voir correctement.
Le Premier Docteur enleva les lunettes de soleil du visage de son futur et les jeta au sol. Missy rit. Cette journée s'annonçait bien meilleure que ce qu'elle pensait au départ. Les interactions entre ses deux amis venant d'époques différentes étaient très cocasses.
– Excusez-moi, Docteur ! Excusez-moi ! appela le soldat en sortant du TARDIS.
– Retournez à l'intérieur ! ordonna le Docteur en regardant vers le bas de l'escalier.
– Je n'en suis pas sûr, mais j'ai l'impression que la vie de cette jeune femme vient de vous être offerte en échange de la mienne. Et pour tout vous dire… je crois sincèrement… que… que mon heure est arrivée, tenta le capitaine.
– De quoi vous parlez ? Docteur, de quoi il parle ?! s'inquiéta Bill.
– Et donc… autant que ma mort serve à quelque chose, n'est-ce pas ? Je serais très heureux de prendre votre place, si cela peut arranger la situation, sourit le capitaine.
– Accordé, fit la femme de verre.
– Non ! Alors ça… ça… ça n'arrivera pas. C'est totalement hors de question ! Vous êtes d'accord ?! hurla la jeune femme à la peau brune.
Le dernier Docteur se mordit la lèvre, d'autant plus qu'il entendait la voix de Missy dans sa tête lui rappelant que c'était peut-être sa seule chance de retrouver Bill. Mais s'il s'agissait d'une copie… S'il s'agissait d'une copie et même si ce n'était pas le cas, il ne pouvait pas échanger la vie d'un innocent pour son propre plaisir personnel. Ce n'était pas comme ça qu'il devait faire le bien. Il ne pouvait pas faire tout ce qu'il lui chantait.
– Dîtes-moi quoi faire dans ce cas ! Bill Potts me dirait ce que j'dois faire ! lui répondit-il.
– C'que vous avez toujours fait ! Agissez dans l'intérêt de la race humaine.
Le Douzième Docteur eut un bref et presque imperceptible sourire, réfléchissant à toute allure. Il se tourna vers la femme de verre. Il avait pris sa décision.
– Voilà ce qu'il va se passer. Tout d'abord, je vais m'enfuir. Toi, avec moi, dit-il à son homologue en commençant à descendre les marches de l'escalier.
– Où allons-nous ? interrogea le plus jeune Seigneur du Temps.
– Et plus important, comment partons-nous sans TARDIS ? reprit Missy.
– S'enfuir est impossible.
– Si, c'est possible et c'est en train de se produire. Et j'emmène Bill et le capitaine avec moi.
– Pourquoi vous annoncez à l'avance vos intentions ? Ne pouvez-vous dont pas arrêter de fanfaronner un instant ?
Missy sourit aux paroles du Premier Docteur. Il semblait plus déconcerté que réellement agacé par le comportement de son futur. Elle-même ne se souvenait pas que la première version de son ami était à ce point impassible en chaque circonstance.
– M. Ronchon vient avec nous, il nous fera rire.
– Et moi ? Vous ne m'emmenez pas, Docteur ? fit la Dame du Temps, faussement outrée.
Pour la première fois depuis des semaines, elle vit une lueur d'amusement éclairer le regard de son ami. Elle sentit ses cœurs se serrer. Même avec ses grands sourires, elle sentait et voyait que quelque chose n'allait pas. Elle se sentit soulagée pendant une brève seconde à l'idée qu'il puisse envisager de se régénérer à nouveau.
– S'enfuir est impossible, répéta la femme alien, tirant Missy de ses pensées.
– Non, je vais faire bien plus que m'enfuir. Je vais découvrir qui vous êtes et ce que vous faîtes. Et si ça ne me plaît pas, je reviendrai et je vous neutraliserai. Je vous neutraliserai tous autant que vous êtes, menaça le dernier Docteur en pointant un doigt vers la femme de verre.
– Mais bon sang, pour qui vous prenez-vous ? s'agaça le Premier Docteur.
– Pour le Docteur, répondit son futur en levant les mains dans un geste théâtral.
– C'est moi le Docteur. Qui vous êtes, ça, j'ai beaucoup de mal à l'imaginer, répliqua sèchement son incarnation passée.
Missy leva les yeux au ciel. Et dire qu'elle pensait qu'il avait accepté l'idée de se voir dans le futur…
– Laissez-nous vous montrer, Docteur. Regardez ce que vous allez devenir, répondit la femme de verre.
Des bulles de lumières envahirent toute la pièce. Dans chacune d'elles, le Docteur pouvait voir chacun de ses visages. Chacun des actes moralement discutables qu'il avait commis. Il sentit un poids sur sa poitrine. Sa gorge se serra, alors que des voix s'élevaient. Des voix de Daleks. Ses propres voix. Toutes ses voix.
« Docteur ! »
« Exterminer ! »
« Vous serez assimilés dans… »
« Ils sont tous morts ! »
– Le Docteur a marché dans le sang, partout dans l'Univers, à toutes les époques. Le Docteur a bien des noms : « l'Empereur de la Pandorica », « l'Ombre du Valeyard », « la Bête de Trenzalore », « le Boucher de Luncran », « l'Arbre de Garsedone », « le Destructeur de Skaro ». Il est le Docteur… de la Guerre, dit la femme de verre en faisant revenir toutes les images vers elle.
Pourquoi cette femme tenait-elle à montrer à sa première version ceux qu'il allait devenir ? Pourquoi tenait-elle tant à l'appeler le Docteur de la Guerre ? Il ne l'était plus, du moins l'avait-il espéré. Il se sentait horrifié. Tous ces noms. Ces noms, on les lui avait donnés après des actes qu'il avait pu commis. « La Bête » ? « Le Destructeur » ? « Le Boucher » ? C'était horrible. Et maintenant, son premier visage le fixait, encore plus horrifié, si c'était possible. Pour le Douzième Docteur, cela faisait partie du passé. Tout ceci n'était que d'affreux souvenirs. Mais pour le Premier, cela était bien plus. C'était la promesse d'un avenir sombre. C'était la preuve des mauvais actes qu'il allait commettre. C'était la preuve de tout le sang qu'il aurait sur les mains.
Le Douzième Docteur jeta un bref regard à Missy. Elle était bien silencieuse. Il se serait plutôt attendu à ce qu'elle lance des remarques cyniques, qu'elle rit. Mais elle n'avait rien fait de tout cela. Elle était restée silencieuse, mais pas d'admiration ou de joie comme Bill. Non, Missy sentait sa culpabilité, sa douleur et sa peine liées à ces évènements. Et pour une fois, elle ne s'était pas moquée de lui. Pour une fois, elle respectait ces parties si horribles de sa vie.
– Qu'était-ce tout cela ? s'inquiéta le Premier Docteur.
Sa respiration était difficile. Il ne voulait pas croire ce qu'il venait de voir. Il ne voulait pas croire à ce « Docteur de la Guerre ». Il ne voulait pas croire à ce qui était probablement son futur. C'était impossible. Il avait choisi le nom de Docteur parce qu'il détestait les armes. Parce qu'il voulait aider les autres. Jamais il n'avait voulu faire de mal, intentionnellement, à qui que ce soit.
– Non, attends, ils ont coupé toutes les blagues, protesta vivement le Douzième Docteur.
Cela ne rassura pas le moins du monde le Premier Docteur, au contraire même. La légèreté de son futur l'inquiétait plus qu'autre chose. Comment pouvait-il réagir ainsi ?
– Faîtes ce que je fais quand je le fais, ordonna le plus vieux Docteur.
Il ouvrit la trappe par laquelle ils étaient entrés grâce à son tournevis sonique et fit descendre la chaîne qui tenait son TARDIS.
– On est censés sauter, maintenant ? s'inquiéta Missy.
– Exactement ! sourit le dernier Docteur en s'accrochant à l'une des chaînes. Missy ! Avec moi. Vite !
Cette dernière s'accrocha à la même chaîne que son Docteur, alors qu'ils descendaient tous les cinq.
Alors ? Qu'en dîtes-vous ? :)
Je lance les paris ! Quelle apparence aura Missy II selon vous ? ;)
a) Jolie rousse aux yeux verts ?
b) Jolie blonde aux yeux verts ?
c) Jolie brune aux yeux bleus ?
Le prochain chapitre s'appelle : "... Ou changer et continuer ?"
