Le Maître et le Docteur. L'un espère sauver l'autre et l'autre espère être à la hauteur. Pendant longtemps, Missy, le Maître a répandu le chaos dans l'univers, mais maintenant elle a la ferme intention de changer. Elle veut changer pour le Docteur, son seul et plus cher ami. Ce qui les lie est bien plus complexe qu'il n'y paraît. Amour ? Amitié ? Ils savent juste qu'ils seront toujours là, l'un pour l'autre.
Se base sur l'idée originelle de la série, selon laquelle Missy ne meurt pas et est enceinte.
DISCLAMER : Cet univers et ces personnages ne m'appartiennent pas… malheureusement :'(
NOTE : Merci beaucoup pour les reviews ! Je dois admettre que la réécriture de cet épisode a été un peu compliqué et a été divisé en trois chapitres, donc il y en aura un dernier, puis je passerais à la réécriture de la saison 11 ^^
Merci à ma sœur Zelena Rose Carter qui corrige mes textes ^^
Bonne lecture ! ^^
– Chapitre 4 – « … Ou changer et continuer ? »
– Décolle ! Vite ! ordonna le Douzième Docteur en entrant à la suite de Missy dans la première version de son TARDIS. N'importe où dans l'Univers.
Le Premier Docteur actionna un petit levier.
– Si je peux me permettre, ces cabines de police sont absolument fantastiques, se réjouit le capitaine, alors que le TARDIS était un peu secoué par le décollage.
– Me l'faîtes pas dire, répondit Missy en s'asseyant sur une des chaises présentes dans la salle de contrôle.
L'une des seules choses qui indiquaient une décoration de la part du propriétaire. Elle serra les dents. Elle était de plus en plus fatiguée. Même si le temps s'était figé, elle sentait son énergie régénératrice qui voulait reprendre là où elle s'était arrêtée.
– Les systèmes de navigation ne fonctionnent pas très bien. Il m'est impossible de programmer le vol avec… précision, soupira le Premier Docteur.
– Ça va ? s'enquit le plus âgé en regardant Missy de la tête au pied.
– La course et la descente en chute libre ont réveillé mes nausées, grimaça la Dame du Temps en plaçant une main au niveau de son estomac.
Le plus important était de s'empêcher de vomir pour l'instant. Le père de son enfant se gratta une de ses joues, pensif. Puis il sauta vers un rond sur le mur et en sortit une pilule.
– J'étais même pas sûr de mon coup, se réjouit-il sous le regard noir de son amie d'enfance. Prenez ça. Ça calmera aussitôt vos nausées.
Elle avala immédiatement la petite pilule bleue, ravie de pouvoir se débarrasser de cette désagréable sensation.
– Et donc, très chère, je suppose que vous voyagez avec lui ? interrogea le Premier Docteur en regardant Bill.
– Je voyageais, répondit-elle. Ça me manque.
Elle échangea un sourire ravi avec son Docteur. Missy mima des vomissements.
« Écœurant… » railla-t-elle.
– En tous cas, à lui aussi, vous lui manquez beaucoup. Son vaisseau aurait bien besoin d'un bon nettoyage de printemps.
Le Douzième Docteur se précipita vers son ancienne incarnation, horrifié. Il avait espéré ne plus entendre ce genre de choses sortant de sa bouche. Il l'attrapa par le bras et l'entraîna vers un écran représentant une carte, marquée par de petites lumières.
– Non, non, non, non ! Arrête de parler ! Regarde la carte du ciel. Regarde les jolies lumières qui clignotent. Regarde ça. Wouhou ! tenta-t-il, presque désespéré de devoir se traiter lui-même comme un enfant.
Il ne savait pas si Missy riait à gorge déployée ou bien si ce n'était qu'un petit ricanement dans sa tête, mais il parvenait à sentir que ce qu'il venait de faire l'avait beaucoup amusé.
– Il est vous… réalisa Bill. C'est ça ? Il est vous ? C'est un de vos anciens visages !
– Et il ne lui aura fallu que… commença la Dame du Temps en regardant une montre dont les aiguilles étaient toujours imperturbablement arrêtées… un temps indéfini, termina-t-elle après une pause.
– Euh… J'ai bien peur de… une fois de plus, d'être légèrement à la traîne, interrompit le capitaine.
Le Douzième Docteur mit à nouveau ses lunettes soniques.
– Non, pas encore ces lunettes, râla le Premier Docteur. Je te l'interdis.
– J'ai toujours aimé votre côté autoritaire, sourit Missy en faisant un clin d'œil à son ami originel qui sembla assez fier de ce compliment.
Son alter ego du futur, par contre, avait une expression moins convaincue. Bill leva les yeux au ciel. Le soldat, quant à lui, était visiblement gêné.
– C'est parti… lança le Douzième Docteur en faisant apparaître la femme de verre sur le plus grand écran. J'avais raison. Asymétrique.
– C'est moi qui ai dit ça ! protesta le plus jeune.
– C'est du pareil au même, fit le plus âgé en enlevant ses lunettes avant de les poser devant les yeux de celui qu'il avait été il y a si longtemps. Si son visage s'inspire de celui d'une Humaine, identifier le modèle original nous permettrait peut-être d'en savoir plus sur le Témoignage.
– Mais pourquoi dois-je porter ces lunettes de soleil ? s'enquit le Premier Docteur.
– Parce que j'les kiffe. Ne les enlève jamais, d'accord ?
– Qu'est-ce qu'un historique de navigation ?
Le Douzième Docteur se précipita afin de reprendre ses lunettes avant que sa première incarnation ne tombe sur une information compromettante. Il sentit une main le frôler. C'était Missy. Elle avait essayé de lui prendre ses lunettes au vol. Il savait qu'elle était curieuse et il savait aussi que personne ne savait ce qui se trouvait dans son historique et il espérait que cela reste ainsi.
– Vous êtes trop curieuse, Missy, la prévint-il.
Elle haussa les sourcils, visiblement pas le moins du monde intimidée.
– Je vais essayer de trouver son visage parmi ceux compris dans la base de données du TARDIS.
– Vu d'où vous venez, elle ne doit pas être bien fournie, remarqua la Dame du Temps.
– Je sais, il nous faut une base de données plus grande. Peut-être la Matrice de Gallifrey ? Non, il nous faut une base de données plus grande que la Matrice.
– Donc, en gros, nous essayons d'identifier la femme de verre ? voulut s'assurer le soldat.
– C'est ça, en gros, lui répondit Bill avec naturel.
– Une créature d'une beauté saisissante. Elle est vraiment magnifique, vous ne trouvez pas ?
– Très raffiné, approuva Missy en regardant une nouvelle fois l'image.
– Mouais… Si on aime les femmes fragiles, lança la jeune femme à la peau brune.
– Mais… Toutes les femmes ne sont-elles pas fragiles comme du verre ? plaisanta le Premier Docteur.
Ce dernier et le soldat de la Grande Guerre rirent, amusés.
– Docteur ! se vexa Missy.
Certes, elle avait passé la plupart de sa vie en tant qu'homme, mais dès qu'elle s'était régénérée, elle avait accepté immédiatement sa nouvelle condition. Elle aimait être une femme. Elle se sentait plus maline, plus patiente et plus légère. C'était comme si elle n'était plus écrasée par son habituel ego masculin. Elle ne pouvait pas nier sentir qu'elle avait moins de force physique que ses versions masculines, mais, étrangement, cela ne lui manquait pas. Elle se sentait bien en femme et en était même très fière.
– Très drôle. Vraiment très drôle, rit le soldat.
– Ah oui, vraiment ? s'enquit Bill.
Pour la première fois de leur existence, les deux amies du Docteur étaient sur la même longueur d'onde.
– Oh, ma chère, j'espère que ça ne vous choquera pas de savoir que j'ai eu… quelques expériences avec la gente féminine, sourit le Premier Docteur.
– Moi, aussi, répondit Bill avec aplomb.
Les visages du Soldat et du Docteur se fanèrent.
– Bonté divine… souffla le capitaine.
– Les femmes sont bien supérieures aux hommes, contrairement à ce que vous pensez, Docteur, s'exaspéra Missy.
– Ce n'était pas pour vous que je disais ça, Maître… commença le plus jeune des Docteurs.
– Missy. Je suis une Dame du Temps maintenant, et je me fais appeler Missy, insista-t-elle.
Les deux Docteurs échangèrent un regard. L'un déconcerté, l'autre imperturbable.
– Ne refais plus cette erreur, à l'avenir. Elle tient beaucoup à sa nouvelle condition, lui assura le plus âgé.
Le Premier Docteur regarda à nouveau son amie d'enfance. Il devait avouer ne plus avoir vraiment prêté attention à l'apparence du Maître depuis qu'il avait compris que cette femme était son plus vieil ami dans tout l'Univers. Il avait momentanément oublié ce qu'il était devenu.
– Attendez, vais-je… ? Cela va-t-il m'arriver aussi ?
– Euh, attends que je réfléchisse…
Missy leva les yeux au ciel en voyant le père de son enfant tenter de se remémorer tous ses anciens visages et corps. Avait-il vraiment perdu toute notion de temps ? Au point d'en oublier pareille chose ? Non… Elle refusait de le croire.
– Ah Bill, du coup, je suis sûr maintenant : j'étais bien un homme à l'origine ! annonça-t-il comme en réponse à une discussion antérieure.
Le Douzième Docteur désignait son alter ego plus jeune et la jeune étudiante et ex-cantinière bondit d'excitation.
– Oh mon Dieu, vous êtes le vrai ! (Le Douzième Docteur lui lança un regard agacé et offensé.) Enfin le premier, l'original, je veux dire… Vous êtes lui quand il est né, le Docteur qui a été un enfant et tout…
Les maladresses de Bill étaient aussi drôles qu'exaspérantes pour Missy. Les Humains avaient une façon de voir les choses tellement étriquée… Mais qu'il était drôle de voir Bill Potts chercher ses mots, des mots qui ne faisaient qu'aggraver sa situation inconfortable…
Une nouvelle secousse se fit ressentir, signifiant que le TARDIS avait atterri. Les portes s'ouvrirent.
– On est où, là ? s'inquiéta Bill en voyant le ciel rouge et l'atmosphère sombre de l'environnement extérieur.
– Tu as piloté le vaisseau à la perfection, constata le Premier Docteur, presque avec étonnement. Nous nous trouvons au… centre même de l'Univers.
– Ici se trouve la base de données la plus complète de tous les temps. Sauf qu'il y a un tout petit problème…
– Lequel ?
– Elle veut me tuer, annonça le Douzième Docteur avec un grand sourire avant de franchir les portes.
– Bien sûr… Il fallait bien s'y attendre… Après tout, où n'essaye-t-on pas de vous tuer ? soupira Missy en passant une main sur son front.
Le Premier Docteur écarquilla les yeux. Comment avait-il pu en arriver là ? Ou plutôt, comment allait-il en arriver là ? Se mettre en danger ne l'avait jamais dérangé, mais s'en s'amuser ainsi, c'était… dérangeant… Qu'allait-il lui arriver pour qu'il devienne ce fou aux lunettes de soleil soniques, toujours en train de fanfaronner comme s'il était sûr de sa victoire même alors qu'il dévoilait tous les détails de son plan à l'ennemi ? Toujours perdu quant à son avenir, il lança un bref regard à Missy avant de sortir à la suite de Bill et de son incarnation future.
L'ancienne maîtresse du chaos lui sourit, se voulant rassurante. Elle ne voyait que trop bien la différence entre son ami originel et actuel. Et elle sentait l'inquiétude du Premier Docteur croître à mesure que le temps passait. Elle avait senti son horreur lorsque cette dame de verre lui avait montré son avenir, lui avait parlé du Docteur de la Guerre. Elle avait rarement perçu des sentiments aussi violents qu'à cet instant. Elle ne voulait pas trop le brusquer, d'autant plus qu'il fallait le convaincre de se régénérer.
Elle soupira, déjà abattue. En plus de devoir convaincre son Docteur, elle devait convaincre le Docteur du passé pour éviter tout paradoxe et la destruction de l'Univers. Comment allait-elle faire cela ?
– Vous allez bien, Madame ? s'inquiéta le soldat.
Missy balaya la salle de contrôle du regard. Vraisemblablement, on l'avait laissée seule avec le capitaine.
– Je réfléchissais à la manière de sauver la vie de mon ami et l'Univers par la même occasion, répondit-elle simplement en se levant d'un mouvement rapide.
Elle ne s'amusa pas du trouble de l'Humain, tant elle était concentrée sur son nouvel environnement, clairement hostile. Elle sentait le danger se cacher à chaque coin, chaque intersection, chaque colonne, chaque ruine, chaque recoin. Où le Docteur les avait-il emmenés ?
– La manufacture de Willengard, dit le Douzième Docteur, comme en réponse à ses pensées. Jadis, le cauchemar des Sept Galaxies. Aujourd'hui, le foyer des déshérités.
Missy s'approcha de lui, agacée. Il n'avait pas osé les amener ici, n'est-ce pas ? L'endroit le plus dangereux de l'Univers… Ils échangèrent un regard. L'un était débordant de colère, l'autre désolé. Elle savait qui vivait dans cet endroit maudit. Elle savait qui étaient ces déshérités et elle ne voulait pas les voir. Elle ne voulait pas prendre de tels risques. Elle ne voulait pas que les Docteurs prennent un tel risque.
– Dîtes ? Il y a quelque chose qui bouge par-là, fit remarquer le soldat en sortant son arme à feu.
« Cela ne plairait pas aux Docteurs, » se dit Missy.
– Veuillez reculer, je vous prie, tenta le Premier Docteur.
– Sûrement des rats. J'ai l'habitude des rats, répondit le capitaine avec confiance.
– C'est pour ça que j'aimais tuer les petits malins, lança Missy, un petit sourire amusé se dessinant sur ses lèvres.
Elle sentit le regard réprobateur du père de son enfant. Elle sentit une certaine inquiétude refaire surface et un nouvel espoir. Comment avait-elle pu à la fois l'inquiéter davantage et lui donner espoir ? Elle ne put s'attarder sur la question à cause d'une soudaine attaque. Une sorte de poulpe venait de se jeter sur le visage du capitaine. Le Douzième Docteur et Bill se précipitèrent vers lui – maintenant allongé sur le sol – et le Seigneur du Temps utilisa son tournevis sonique sur la créature. Elle s'enfuie vivement.
– Respirez. Respirez, capitaine.
– Cette créature me dit quelque chose, murmura le Premier Docteur.
– Elle a muté un petit peu, mais sinon oui, tu la connais, confirma son alter ego.
– Allez, mon brave, tout va bien.
– Emmène-le au TARDIS.
Sur les dernières paroles du plus âgé des Seigneurs du Temps, le plus jeune tendit son bras vers son vaisseau et le soldat. Tous deux partirent en direction de la cabine de police et y pénétrèrent.
– C'est quoi ces trucs ?! paniqua Bill.
– Des Daleks, répondit Missy en croisant les bras sur sa poitrine. Vous nous avez emmenés voir les Daleks, Docteur, lui reprocha-t-elle.
– Ne vous inquiétez pas, vous ne les verrez plus longtemps, vous retournez au TARDIS. Toutes les deux.
– Pardon ?
Missy se plaça devant son ami d'enfance, un air de défi sur son visage. Elle n'avait pas l'intention de retourner au TARDIS jouer les nounous pour deux êtres humains.
– Pourquoi ? fit alors Bill, souhaitant rester et aider le Docteur.
– C'est stupide. Vous êtes entouré par des êtres qui sont nés pour tuer et vous voulez qu'on vous laisse seul ? s'agaça la Dame du Temps.
– Oui, approuva le Docteur comme si cela allait clore la conversation.
– Vous rêvez, railla Missy.
Bill la regarda, étonnée. C'était seulement la seconde fois qu'elles étaient toutes les deux d'accord sur une chose. C'était si étrange de voir ce monstre, cette femme – anciennement – démoniaque se préoccuper autant du Docteur ? Mais s'en préoccupait-elle vraiment ? Bien sûr. Bill ne pouvait plus en douter. Missy avait risqué sa vie pour le Docteur sans raison apparente et était prête à le refaire. Missy voulait juste le protéger, comme elle. La jeune femme ne savait pas vraiment comment réagir à cela. Devait-elle faire front avec Missy pour convaincre le Docteur de les garder avec lui ? Devait-elle continuer à s'efforcer de l'ignorer ?
– Bill, vous devez veiller sur le capitaine. Et vous, Missy, vous devez protéger notre enfant avant de…
– Vous mentez, coupa Bill. Vous pensez que je suis une copie, un piège ! dit-elle avec colère.
– Avant de vous protéger, vous ? Je vous rappelle que je suis en pleine régénération, alors…
– Stop ! coupa le Docteur. Je ne vais pas y arriver si vous me parlez en même temps, s'agaça-t-il. D'abord vous, Missy.
– Non, pas moi, dit-elle avec autorité.
– Pourquoi ?
– Parce que nous devons parler.
– Ici ? Maintenant ?
– Non, une fois que vous aurez renvoyé la copie de votre petit animal de compagnie à la niche.
– Je ne suis pas une copie ! s'énerva la jeune femme à la peau brune. Docteur ?! Comment vous pouvez penser ça ?
Elle qui avait, pendant quelques secondes, songé à appuyer Missy, maintenant, elle regrettait cette pensée.
– Je n'sais pas ce que je pense, précisa le Docteur. Mais… s'il y a une infime chance pour que Bill Potts soit vivante et qu'elle se tienne devant moi, alors il est hors de question, sous aucun prétexte, que je remette sa vie en danger ! expliqua-t-il.
– Non, sérieux ? Vous êtes en train de me regarder, vous savez si c'est moi qui suis là ?
– C'est exact. Et j'vous demande de respecter ça. Et de me respecter…
– Vous êtes un con ! lui cria-t-elle. Vous savez ça ?! C'est fou, franchement ! Un pauvre con d'idiot !
– Oh… s'amusa Missy.
Elle n'avait jamais vu personne insulter ainsi le Docteur. C'était surprenant. Mais elle aimait bien ce côté passionné et emporté de la jeune femme. Il ne fallait absolument pas que qui que ce soit le sache. Cependant, alors qu'elle regardait le Docteur – toujours concentré sur Bill –, elle sentait qu'il savait ce qui s'était formé dans sa tête. Maudite télépathie !
– … Comme je vous ai toujours respecté, c'est compris ? termina-t-il inutilement.
La porte s'ouvrit. Le Premier Docteur apparut, visiblement contrarié.
– Si je vous entends encore dire des grossièretés pareilles, jeune fille, je vous donnerai une sacrée fessée que vous sentirez passer. Attention, menaça-t-il avec sérieux.
Le Docteur eut une exclamation horrifiée, alors que son incarnation passée refermait à nouveau la porte d'entrée du TARDIS. Non ! Non ! Non, il n'avait pas pu dire ça, si ? Non, il n'avait pas pu dire une chose pareille. Mais comment cela se faisait-il qu'il puisse sortir de pareilles horreurs tout en étant horrifié par celles-ci à l'avenir ? Il entendit le rire de son amie d'enfance résonner à ses oreilles. Pourquoi fallait-il qu'elle puisse entendre tout ce que disait sa version originale ?
– Oh, je vous en prie, je veux voir ! s'extasia Missy. Dîtes des grossièretés, très chère.
Mais Bill ne l'écoutait pas. Elle était trop concentrée sur ce que le Premier Docteur venait de dire. Elle se sentait si mal à l'aise et pourtant, une partie d'elle-même voulait rire de la situation et de la tête de son ami, comme le faisait Missy.
– Est-ce qu'on peut faire comme si ça n'était jamais arrivé ? pria le Docteur, toujours horrifié.
– J'ai l'esprit vachement ouvert. J'veux dire, je suis consciente que nous avons une relation maître-élève…
– On va oublier ce qui s'est passé et ne plus jamais reparler de ça ?
– Moi, j'espère qu'on en reparlera souvent ! Et j'espère aussi qu'on en rira très souvent, sourit-elle.
– En tous cas, j'en rirai très souvent, moi, se moqua Missy.
Bill lui lança un regard étrange. Elle n'était pas agacée par la remarque de Missy. Pour la énième fois de la nuit, elle partageait même son avis. Cette scène avait été très drôle, certes un peu gênante pour elle, mais assez drôle, dans l'ensemble. Elle se dirigea vers la porte du TARDIS, résignée. Elle ne voulait pas donner plus de soucis au Docteur. Mais elle ne voulait pas non plus le laisser en danger. Peut-être que Missy aurait plus de chance qu'elle. Même si elle n'était toujours pas ravie par cette idée, elle savait que la mère de son futur enfant avait plus d'influence qu'elle sur le Docteur.
– Revenez vivant, le pria-t-elle, une main sur la poignée de la porte.
– Soyez là à mon retour, se contenta-t-il de répondre.
Bill vit ses yeux briller. Il espérait vraiment la revoir. Il envisageait de la revoir. C'était bon signe, n'est-ce pas ? Elle se résigna à passer les portes du TARDIS, laissant aux deux anciens amis un moment de solitude.
– Vous vouliez parler ? fit le Docteur après un petit silence.
– Vous reviendrez ? demanda Missy.
Elle ne cacha pas sa préoccupation. Elle ne voulait pas la lui cacher. Elle voulait qu'il sache tout ce qu'elle ressentait à son égard. Elle voulait qu'il soit conscient d'absolument tout. Parce que, s'il était conscient des choses, il se pourrait qu'il ait plus de mal à se laisser mourir.
– C'est dangereux, se contenta-t-il de répondre.
– Alors je viendrai avec vous, assura-t-elle. Je ne vous laisserai pas aller courir je ne sais quel risque dans votre état ! opposa-t-elle.
– Vous m'avez aidé lorsque les Cybermen ont attaqué, Missy. Mais là, je peux m'en sortir seul.
– Si vous pouvez vous en sortir aussi facilement, alors pourquoi nous envoyer dans le TARDIS ?
L'ancienne maîtresse du chaos jeta une main vers la cabine de police bleue. La prenait-il pour une idiote ? Pensait-il vraiment qu'elle ne comprenait pas les dangers de l'Univers ? Le danger que pouvaient représenter les Daleks… Il était hors de question qu'elle le laisse à nouveau y faire face seul.
– Parce qu'il est hors de question que vous couriez un quelconque danger ! Il est hors de question que Bill, vous ou notre enfant soyez en danger !
– Notre enfant ?
– C'est pas vrai, soupira la Dame du Temps, exaspérée par la perspective d'être encore interrompue.
Le Premier Docteur avait refait son apparition, plus perturbé que la dernière fois. Il gardait ses yeux fixement posés sur Missy. Un enfant ? Un enfant avec le Maître ? Jamais ils n'avaient envisagé de fonder une famille. Certes, ils avaient eu des sentiments très forts pendant longtemps, mais il pensait que, depuis leurs mariages, il ne se passerait plus jamais rien entre eux. Et voilà que non seulement il retrouvait son meilleur ami, mais qu'en plus, il lui avait fait un enfant. C'était troublant. Il venait de perdre ses autres enfants et maintenant, il était à nouveau père. Le Maître – non, Missy – et lui allaient devenir parents. Ils avaient créé une autre vie, tous les deux.
– Nous… Vous… Vous attendez un enfant ? voulut-il s'assurer.
– Depuis quelques mois, oui, approuva Missy en regardant le Premier Docteur dans les yeux.
L'annoncer à son propre Docteur avait été suffisamment difficile. Elle ne s'était pas imaginée devoir répéter l'opération une seconde fois. Une partie d'elle était vraiment lassée par cette situation, mais la nervosité restait la partie la plus importante. Elle savait qu'il venait de perdre ses premiers enfants et elle n'était pas sûre de savoir comment il pourrait réagir à une si grande nouvelle dans un lapse de temps si court.
– Cela veut-il dire que… que nous sommes en… couple ?
Missy et le Douzième Docteur échangèrent un long regard. En couple ? Non, ils n'étaient pas en couple. Ils étaient simplement amis. Enfin, si l'on pouvait qualifier leur amitié de simple. Ils avaient été amoureux et depuis, leur amitié restait teintée d'une certaine intimité que chacun appréciait. Ils n'étaient pas uniquement des amis, mais ils n'étaient pas non plus des amoureux. Missy savait qu'elle avait toujours aimé embrasser le Docteur, comme elle avait toujours apprécié embrasser sa première épouse. Et elle savait que ce sentiment était réciproque. Non, ils n'étaient pas amis. Ils étaient plus que cela. Mais quoi ? Car ils ne pouvaient pas réduire cela à une simple définition. C'était bien trop compliqué. Les caractéristiques de leur relation correspondaient simultanément à l'amitié et à l'amour. Ils étaient amis et amants, parfois du moins.
– Nous ne sommes pas vraiment en couple, commença Missy.
– Oui, c'était juste une fois parce que… Pourquoi, au fait ?
Elle leva les yeux au ciel. Son ami avait vraiment de graves problèmes de mémoire.
– Vous veniez de perdre la vue, répondit-elle comme si cela expliquait tout.
Et cela expliquait tout. Elle se souvenait de la détresse du Docteur lorsqu'il était revenu la voir pour la première fois. Elle se souvenait de chacune de ses visites, où il restait hors du Coffre, lui parlant, lui demandant son aide. Mais à chaque fois qu'elle avait essayé de l'aider, notamment en essayant de le guérir avec son énergie régénératrice, il s'était éloigné. C'était pour cela, qu'il avait fini par ne plus pénétrer dans le Coffre lorsqu'il lui demandait de l'aide. Mais il y avait cette première fois. Il y avait eu cette première nuit. Cette première nuit où il avait eu peur de rester seul, dans le noir. Alors il était venu la voir. Ils avaient parlé. Elle l'avait rassuré. Et de fil en aiguille, ils en étaient arrivés à faire ce qu'ils n'avaient plus fait depuis presque deux mille ans. Après cette nuit, elle avait essayé de lui rendre la vue, mais il avait toujours trouvé un moyen pour lui échapper, prétextant qu'elle aurait besoin de cette énergie régénératrice un jour et qu'elle pourrait lui faire défaut.
– Perdre la vue ? s'inquiéta le Premier Docteur.
– C'est pas l'heure, fit immédiatement son alter ego.
Le Premier Docteur sortit entièrement de la cabine de police, toujours sans détacher ses yeux de son amie et future mère de son enfant. Il ne put réprimer un sourire. Il enlaça brièvement Missy. Il se sentait raide, cela faisait un certain temps qu'il n'avait pris personne dans ses bras. Il sentit la surprise de son amie avant d'entendre sa voix ou de voir son visage. Elle lui rendit son étreinte.
– Merci pour ce cadeau, mon amie, souffla-t-il. Tu ne peux pas refuser de te régénérer en sachant une telle chose ! objecta-t-il en se détachant de Missy pour se tourner vers lui-même.
– Je n'ai encore rien décidé, alors si vous voulez bien…
– C'est tout décidé, Docteur. Je ne rentrerai pas dans ce TARDIS sans avoir la confirmation que vous y reviendrez également.
– Missy, notre enfant… protesta le plus âgé des Docteurs.
– Notre enfant a survécu à une armée de Cybermen. Je suis en pleine phase de régénération, alors il pourra s'accrocher encore.
– Certainement pas ! objecta alors le Premier Docteur.
– Écoutez ce vieux bougon, approuva alors son futur.
– Vous vous liguez contre moi, si je comprends bien ? déduisit Missy en voyant les deux Docteurs se poster devant elle pour faire front commun.
– Il est hors de question que je perde une telle chance, continua le plus jeune.
– Vous entendez, Missy ?
– Oh, vous, taisez-vous un peu ! Ce n'est pas avec la perspective que nous lui offrons de notre vie qu'elle va décider de nous laisser tranquilles.
La Dame du Temps retint mentalement cette scène. Elle devait la garder en mémoire. Elle savait qu'elle pourrait retourner contre lui les remarques du Docteur. Elle se rendit compte qu'elle souriait. Elle était ravie de voir qu'au moins l'un des Docteurs prenait bien sa grossesse. Elle était ravie de voir la joie et la fierté dans les yeux du Premier Docteur. Elle en était d'autant plus ravie qu'elle sentait le Douzième Docteur s'accrocher un peu plus à l'espoir qu'il pouvait ressentir. Cependant, elle n'était pas sûre que lui-même l'ait remarqué.
– Je veux bien retourner dans le TARDIS, mais à une condition, dit-elle.
Missy eut un sourire mutin. Les deux Docteurs échangèrent un regard inquiet. Le Premier Docteur ne savait pas vraiment comment avait évolué le Maître, mais il restait convaincu que cela n'augurait rien de bon.
– Que voulez-vous ? interrogea le Douzième Docteur, légèrement méfiant.
– Vous devrez revenir, vous régénérer – tous les deux – et m'emmener manger dans ce petit restaurant français du début du XXe siècle dont vous m'aviez parlé.
– Vous souhaitez que nous mangions tous les trois ? s'étonna le Docteur de tout son accent écossais.
Missy rit. Cette perspective était très plaisante. Deux Docteurs auprès d'elle pour une soirée. Deux Docteurs qui ne cessaient de se disputer. Non seulement, elle mangerait bien, mais en plus elle aurait un spectacle compris dans le lot et plus si affinités. Elle leur fit un clin d'œil, un air mystérieux flottant sur le visage.
– Vous le saurez quand vous reviendrez, Docteurs, se contenta-t-elle de répondre avant de rentrer dans le TARDIS sans un regard en arrière.
Elle sentait qu'elle avait piqué sa curiosité et elle savait qu'il ne résisterait pas à l'envie d'en apprendre plus sur ce qu'elle pensait. Il était comme ça. Toujours à chercher des réponses. Elle s'assurait qu'ils reviennent – ne serait-ce que pour connaître le fond de sa pensée – même si elle ne pouvait pas les protéger directement.
– Ça alors ! Comme ça, on est transparente ? lança Missy en croisant ses bras sur sa poitrine.
Elle haussa un sourcil, toujours adossée contre les portes fermées du TARDIS. Elle observait le Capitaine, visiblement pétrifié et celle qui se faisait passer pour Bill Potts.
– Je le savais. Je savais que quelque chose n'allait pas avec vous. Vous ne pouviez pas être cette fille, continua la Dame du Temps.
Elle pinça ses lèvres, cherchant plus d'assurance. Elle devait se montrer assurée. Son adversaire ne devait avoir aucune conscience de la moindre de ses petites failles. Tout ce qu'elle avait était son cerveau. Elle n'avait plus de parapluie sonique. Certes, elle pouvait fabriquer une arme avec des feuilles de papier, mais il lui faudrait le temps d'attraper lesdites feuilles. Il lui faudrait également connaître cette créature dont elle ne savait toujours rien.
– Ce n'est pas ce que vous croyez. Et je suis Bill Potts, affirma-t-elle en reprenant l'apparence de la jeune femme.
– Tiens donc ! Et moi, je suis vraiment Mary Poppins, railla Missy.
– Je peux tout vous expliquer, si vous m'en donnez le temps, tenta Bill.
L'ancienne maîtresse du chaos plissa les yeux. Devait-elle vraiment prendre la peine de l'écouter ? Avait-elle d'autres options ? Attraper le capitaine et sortir du TARDIS ? Ses chances de réussite étaient bonnes, du moins si elle excluait l'hypothèse que cette femme de verre puisse aller aussi – plus – vite qu'elle, un Humain sur les bras. Appeler le Docteur ? Ses chances étaient plus minces. Elle sentait que les Docteurs s'étaient éloignés du TARDIS. Même avec l'ouïe phénoménale des Seigneurs du Temps, elle ne pouvait garantir le résultat. Attraper un objet lourd et frapper la fausse Bill ? Avec un peu de chance, elle n'aurait pas que du verre l'apparence. La solution la plus viable, compte tenu du manque d'information dont elle disposait, était de l'écouter. Au pire, elle gagnerait suffisamment de temps pour trouver une autre échappatoire.
Missy s'approcha du soldat humain, résignée. Si cette chose avait été en mesure de l'attaquer ou avait voulu l'attaquer, elle l'aurait déjà fait, non ? Ou bien cela n'était-il qu'une tactique pour mieux gagner sa confiance ? Mais pourquoi s'embarrasser de sa confiance ? Si cela avait été le plan de Missy, elle se serait amusée à trahir la confiance de quelqu'un, voir sa tête déconfite, mais là, c'était différent. Ce n'était pas une personne seule qui faisait ça par pur amusement. C'était plus comme une organisation.
– Je vous écoute ?
– Je suis Bill Potts, mais je fais partie du Témoignage, maintenant, commença ladite Bill.
– Oui, oui, mais qu'est-ce que c'est que ce Témoignage ? s'impatienta la Dame du Temps.
– Nous extrayons temporairement les mourants de leur flux temporel, dupliquons leur mémoire, puis nous renvoyons leur enveloppe corporelle au moment même de leur destruction, sans douleur, sans angoisse, ni aucun souvenir du processus, expliqua la jeune femme.
– Et dire que j'espérais que ce soit un plan diabolique. Vous me décevez ! fit Missy, d'un air faussement courroucé.
Bill leva les yeux au ciel, mi-amusée, mi-agacée.
– Vous espérez me faire avaler ces couleuvres ? Vous êtes uniquement là pour sauvegarder les morts ?
Missy se sentait légèrement rassurée car cela voulait dire qu'elle et son enfant ne craignaient rien. Mais peut-être avait-elle trop longtemps côtoyé le mal ? Car elle était presque sûre qu'un tel acte ne pouvait être à ce point désintéressé. Et pour cause ! Elle-même avait sauvegardé l'esprit de personnes décédées pour en faire une armée de Cybermen. Un cadeau pour son Docteur.
– Nous donnons la possibilité aux morts de parler à travers les avatars de verre.
– Un témoignage, comprit Missy.
– Si le Docteur a eu accès à la banque de données qu'il voulait consulter, il pourra vous le confirmer.
C'était donc uniquement pour protéger la mémoire ? Des vraies personnes avaient eu cette idée sans arrière-pensée ? Oui, il devait bien en exister en dehors du Docteur. Elle se mordit les lèvres. Elle allait devoir convaincre le Docteur de laisser ce soldat humain mourir. C'était censé être son heure. Il devait retourner dans sa chronologie. Le temps devait reprendre son cours. Mais Missy n'était toujours pas rassurée de laisser Bill seule avec le capitaine. Le Docteur lui en voudrait de le laisser sciemment en danger.
– C'est ce qu'on va voir. On va retrouver le Docteur, annonça Missy.
– Il ne nous avait pas demandé de rester dans le TARDIS ? fit Bill en fronçant les sourcils.
La Dame du temps sourit avant d'ajouter :
– Depuis quand j'écoute le Docteur ?
– Sortis de leurs coquilles… murmura le Premier Docteur.
Il plaça son monocle sur son œil et observa minutieusement ce qu'il tenait en main. Quelque chose de long et de très familier.
– Des Daleks, fit Missy derrière lui, le faisant sursauter.
– Ah, c'est vous, mes chères amies, se réjouit le Docteur.
Il tenta d'ignorer la remarque de Missy sur les Daleks. C'était bien ce qu'il avait soupçonné en voyant ces morceaux éparpillés partout. Il était entouré de Daleks. Tous ses membres se tendirent. Des Daleks… Depuis Gallifrey, il n'en avait rencontré que deux fois. Lorsqu'il avait atterri sur Skaro par accident avec les professeurs de Susan et sa petite-fille, et lorsqu'il avait dû éteindre une arme qui menaçait de détruire des mondes entiers. Ce jour-là, il avait perdu une compagne de voyage. Réduite en cendres par l'énergie de l'arme. Il regrettait amèrement de l'avoir laissée l'aider. Il regrettait amèrement de ne pas lui avoir tenu tête et de ne pas l'avoir renvoyée en sécurité. Et c'était bien pour cela qu'il avait peur. Il était terrifié à l'idée d'être entouré de Daleks. À l'idée qu'une future compagne ne disparaisse encore par leur faute. À l'idée que son futur enfant ne disparaisse par leur faute… encore un enfant perdu. Mais à quoi avait bien pu penser son moi futur en les amenant ici ?
– Mes ? Elle aussi ? Vous ne la connaissez pas encore pourtant, se moqua son amie d'enfance.
Elle se colla un peu contre lui. Elle sentait son angoisse croissante à la vue de ce lieu, visiblement toujours peuplé. Et elle comprenait bien. Elle-même en voulait au père de son enfant de les avoir conduits ici. D'autant plus si cette femme de verre avait raison et que le capitaine devait mourir, conformément à l'Histoire.
– Elle me semble être une future compagne assez acceptable, en dehors des grossièretés, bien entendu.
Bill sourit, amusée. Pourvu qu'il ne répète pas sa menace. Parce que même si elle la trouvait drôle, cela la mettait tout de même un peu mal à l'aise.
– Mais vous ne devriez pas être ici. C'est dangereux. Particulièrement pour vous, Maitre.
Missy haussa un sourcil. Est-ce que cette incarnation allait un jour finir par l'appeler Missy ? Non pas qu'elle n'aimait plus son nom, mais elle était une femme, maintenant. Cependant, elle appréciait l'attention toute particulière qu'il lui portait. Elle se souvint des grossesses d'Arkytior. Il avait été si attentionné, si protecteur. Maintenant, c'était elle qui faisait l'objet de tant d'attention, ce qui lui paraissait très étrange lorsqu'elle repensait à sa propre attitude protectrice lorsque son épouse avait eu leur fille.
– Déjà, c'est Missy, maintenant. Et en plus, je suis déjà en pleine phase de régénération, alors je peux parfaitement m'en sortir, Docteur. Ce n'est pas non plus la première fois que j'affronte des Daleks. Vous vous souvenez que j'étais considéré comme un combattant redoutable, dès la première heure de la Guerre du Temps ?
– Malheureusement, murmura le Premier Docteur en se souvenant de ce maudit jour où Koschei était parti à la guerre.
Ce maudit jour où il lui avait appris qu'il voulait s'engager et détruire le plus de Daleks possible jusqu'à sa mort. Bien sûr, sa famille venait à peine de disparaître et le Docteur était resté des mois entiers dans l'angoisse la plus totale. Il n'avait plus reçu aucune nouvelle de son ami pendant des mois entiers. Et il avait bien cru l'avoir à jamais perdu. Il avait crain qu'il ne se préoccupe plus de sa vie maintenant qu'il avait perdu deux des personnes les plus importantes de sa vie. Puis Koschei avait fini par revenir. Mais il n'était plus le même. Après tous ces mois, il était devenu celui qui se ferait appeler le Maître pendant encore des siècles.
– Ce ne sera pas la même chose, opposa la Dame du Temps en prenant sa main dans la sienne.
– C'est vrai. Maintenant, vous devriez être plus raisonnable avec notre enfant en route.
– Oui, d'ailleurs, ça me fait penser que vous deviez m'expliquer le coup du bébé, murmura Bill, songeuse.
– Moi ? s'étonna le Docteur.
– Oui. Enfin non. C'est pas vous. C'est pas encore vous. Ce sera vous, mais pas encore… tenta la jeune Humaine.
– Elle veut dire que votre futur vous lui avait promis de lui expliquer ce qu'il s'était passé pour que vous me fassiez un enfant, alors que vous lui aviez dit que j'étais un monstre.
– Oh… Eh bien, mademoiselle, j'ai bien peur d'être dans le même flou que vous, assura le Seigneur du Temps avec un sourire compréhensif.
– Vous êtes le premier, alors ? Vous êtes le Docteur original ?
– Ma chère, vous devriez vraiment retourner dans le vaisseau au plus vite. Vous n'êtes pas en sécurité ici, assura le vieil homme en s'éloignant de Missy pour leur désigner son TARDIS.
Les deux femmes échangèrent un regard et décidèrent de ne pas écouter leur ami.
– C'est vous qui vous êtes enfui avec le TARDIS ? continua de questionner Bill.
– Le capitaine doit avoir besoin de vous, répondit le Docteur, tentant toujours d'éviter la question.
– Le capitaine va bien. Pourquoi vous avez fait ça ?
– Oh, je suis certain que… votre Docteur vous l'a expliqué.
– J'suis pas sûre qu'il s'en souvienne.
– Pas avec ses problèmes de mémoires, c'est certain, maugréa Missy en se souvenant du nombre de choses le concernant qu'il avait oublié.
Son anniversaire. S'il avait toujours été un homme. La nuit où ils avaient conçu leur bébé. Et elle avait encore une longue liste sur le sujet.
– Il y avait de nombreuses… raisons impérieuses.
– Quelle précision, ironisa Missy.
Elle connaissait bien ces… « raisons impérieuses ». Elle savait bien que le Docteur avait cherché à fuir la guerre, contrairement à elle qui s'y était jetée à corps perdu. Elle savait bien qu'il avait peur. Elle savait bien que sa seule motivation était de protéger le dernier membre de sa famille encore en vie : sa petite-fille.
– J'vous demande pas ce que vous avez fui. Mais ce que vous cherchiez.
Le Docteur leva la tête vers Bill, recentrant toute son attention sur elle.
– Ah, c'est une très bonne question.
– J'aime les questions, sourit Bill. Et vous, vous aimez les réponses ?
– Il y a le bien et il y a le mal, répondit-il un peu déconcerté. J'ai quitté Gallifrey pour trouver une réponse à une question. D'après toutes les études, le mal devrait toujours l'emporter. Le bien n'est pas une stratégie… de survie pragmatique. Le bien exige de la… loyauté… de l'abnégation et de… de l'amour. Alors pourquoi le bien l'emporte-t-il ? Qu'est-ce qui maintient l'équilibre entre le bien et le mal dans cet… effroyable Univers ? Est-ce dû à une quelconque logique ? Ou que sais-je ? Une force mystérieuse ?
– Docteur ? Vous pourriez le redire le coup du bien et du mal ? Juste le temps que je l'enregistre. Parce que c'est pas tous les jours que vous dîtes que le mal devrait toujours l'emporter, sourit Missy en s'asseyant.
Son ami d'enfance écarquilla les yeux. Il était hors de question qu'il permette au Maître de retourner contre lui ses paroles. Définitivement hors de question.
– J'ai dit selon les statistiques, ma chère. Je n'ai jamais voulu dire qu'il valait mieux que le mal prospère.
– Le bien. Le mal. Tout cela est si arbitraire, vous ne trouvez pas ?
– Non, je ne trouve pas.
– Et dans quel camp me classez-vous, Docteur ? Je suis un monstre qui essaye de faire rédemption.
– Eh bien… Je suppose que vous essayez d'être du bon côté, maintenant, se contenta de répondre le Docteur. Je n'ai pas dit que les gens ne pouvaient pas changer. J'ai simplement dit qu'il y avait le bien et le mal. Et que je ne comprends pas pourquoi la balance penche en faveur du bien.
– C'est peut-être seulement un mec… qui est derrière tout ça ? les interrompit Bill.
– Un… mec ?
– Oui. Tout ça, c'est peut-être l'œuvre d'un mec… qui traîne dans les parages et qui remet tout en ordre quand ça tourne mal.
Missy sourit. Même si ce Docteur-là avait déjà sauvé plusieurs mondes et plein de gens, il ne pouvait pas encore comprendre. Non, il ne pouvait pas encore comprendre que c'était lui qui maintenait l'équilibre. Que c'était lui qui était à l'origine de tout ce bien. Pour l'instant, il ne s'était pas encore posé en protecteur. Pour l'instant, il était encore le Docteur anonyme que peu de gens connaissaient. Mais bientôt, il serait à l'origine d'un nombre incalculable de mythes. Celui qui a combattu les Dieux et les Démons. Celui qui a refermé la Cascade de Méduse d'une seule main. Créature de légende au nombre infini de visages. Pour l'instant, il n'était pas encore ce Docteur-là.
– Ah, ça… Ce serait une très belle histoire, vous ne trouvez pas ?
– La plus belle qui soit, sourit la jeune femme à la peau brune.
Elle aussi savait qu'il n'en était pas encore là. Elle aussi savait qu'il n'en était qu'au début. Mais elle, elle doutait qu'un jour le Docteur ai compris le rôle qu'il tenait dans cet Univers. Elle ne pensait vraiment pas qu'un jour, il ait pu se rendre compte de sa réelle importance sur l'Univers, même s'il savait qu'il sauvait des gens.
– Malheureusement, le monde réel n'est pas un conte de fée.
– Vous sillonnez l'Univers en essayant de comprendre ce qui le cimente et pourtant… vous l'ignorez ?
– Vous me connaissez dans le futur. Ai-je fini par comprendre ?
– Non. Je crois pas que ce soit le cas. En revanche, ceux que vous croisez comprennent. Vous êtes extraordinaire, Docteur. N'oubliez jamais ça. Jamais. Jamais.
Bill se leva et le prit dans ses bras, le serrant fort. Comprendrait-il un jour à quel point il était bon ? À quel point il faisait prospérer le bien ? Le comprendrait-il vraiment un jour ? Elle en doutait. Elle en doutait parce qu'elle savait qu'il ne se voyait pas comme ça. Elle savait qu'il avait du sang sur les mains et elle savait à quel point il culpabilisait. Et elle savait aussi que c'était cette culpabilité qui l'aveuglait sur sa réelle nature.
– Eh bien, ça c'est… très gentil de votre part.
– On avait seulement besoin de vous comprendre, Docteur.
Bill recommença à devenir transparente. Missy la tira vivement loin de son ami d'enfance et se positionna entre eux deux dans un geste protecteur.
– Une espionne ? murmura le Docteur avec surprise. Une espionne parmi nous ?
– Je suis pas une espionne, s'agaça la jeune femme en reprenant l'apparence de Bill.
– Qu'êtes-vous, dans ce cas ?
– Je suis Bill Potts.
– C'est le paradis sur la nouvelle Terre, finit l'hologramme.
– Oh ! C'est pas un plan diabolique. J'suis démuni quand il s'agit pas d'un plan diabolique. Pourquoi vous l'avez arrêté ? Rusty ?! appela le Douzième Docteur.
Il passa une main devant l'unique œil du Dalek.
– Ce n'est pas lui. Il n'y est pour rien. Ils ont… Ils ont à nouveau figé le temps, lui indiqua le Premier Docteur.
Ce dernier était monté avec Missy en dépit des protestations du plus âgé des Docteurs.
– De qui parlez-vous ? interrogea-t-il.
La femme de verre traversa l'hologramme du Témoignage sous les regards de tous les Seigneurs du Temps.
– Tout n'est pas diabolique, Docteur, commença-t-elle.
– Malheureusement, soupira Missy.
– Voyons, ma chère, tenta le Premier Docteur.
Le Douzième Docteur ne pensa même pas à lui lancer un regard réprobateur, toute son attention portée sur la femme de verre qu'il voyait prendre l'apparence de son amie défunte. Cela lui fit mal. Il sentit ses deux cœurs se serrer. Ce n'était pas Bill Potts. Cela n'aurait pas dû le surprendre ou lui faire tant de mal. Il s'en était douté. Son tournevis sonique lui avait même indiqué des marqueurs qui lui assuraient qu'il s'agissait d'une copie. Mais il avait voulu espérer, pendant quelques instants. Cette femme n'était pas Bill. Ce n'était pas son amie, ce n'était qu'un piège. Il sentit Missy se faire plus présente dans sa tête. Elle ne s'imposait pas pour le narguer. Non, elle voulait juste lui montrer qu'elle était là, près de lui.
– Vous n'êtes pas le seul gentil de l'Univers, termina Bill.
– Je savais que ce n'était pas vous, soupira le dernier Docteur en date.
– Oh, taisez-vous, arrêtez de faire l'idiot ! s'agaça la jeune femme brune. Bien sûr que c'est moi ! Mais enfin ! Qu'est-ce qui nous définit à part nos souvenirs ? Ce sont mes souvenirs et donc c'est moi. Je suis Bill Potts. Me revoilà. Et justement, puisque j'suis là… Comment ça se fait que vous refusiez de vous régénérer ? lui reprocha-t-elle.
Les deux Docteurs échangèrent un regard. Le dernier comprenant parfaitement d'où lui venait cette information. Il n'avait jamais parlé à Bill de la régénération. Soit Missy lui en avait parlé, soit c'était son premier visage.
– Enfin ! J'ai quelqu'un avec qui faire front commun ! se réjouit Missy en s'éloignant du Premier Docteur pour se rapprocher de la compagne du Docteur. Allez-y, ma fille ! l'encouragea-t-elle.
– Il y a une fin à tout, Bill. Pour tout le monde et partout, soupira le Douzième Docteur.
Missy sentit l'angoisse étreindre ses cœurs. Comptait-il toujours mourir ? N'avait-il donc pas changé d'avis ? Pourtant, elle sentait cet espoir. Elle le sentait toujours fermement accroché à la vie. Alors pourquoi ne le voyait-il pas ? Elle sentit son regard sur elle. Non, elle ne lui cacherait rien de son inquiétude. Même si elle n'aimait pas exprimer ou laisser aller ses sentiments, il était important que le Docteur ressente exactement ce qu'elle ressentait. Il était primordial qu'il sache tout. Elle n'allait pas le laisser s'en tirer ainsi.
– Et à propos du capitaine ? Il doit mourir au point prévu de l'espace-temps… pour corriger l'erreur, lui rappela Bill.
– Je suis fatigué de perdre des gens, lança le Douzième Docteur. Si le capitaine doit mourir, j'ai une requête à faire. C'était notre faute.
Missy ressentit de la culpabilité et une profonde tristesse. Mais ce n'était pas à elle. Ces sentiments étaient revenus de plein fouet. Le Docteur avait pu vaguement oublier ou reporter ses pensées à plus tard pour protéger le capitaine, pour démasquer le Témoignage. Mais maintenant, la situation se dénouait, l'intrigue s'essoufflait. Et sa douleur lui était revenue aussi vive qu'auparavant. La Dame du Temps sentit à nouveau ses yeux la piquer. Il n'allait tout de même pas la faire pleurer devant son ancienne compagne de voyage ? Elle claqua sa langue contre son palais. Elle sentait toujours cet espoir tenace et c'était ce qui la rassurait pour l'instant. Peut-être que Bill et son ancienne version pourraient l'aider à transformer cet espoir en réalité…
– Comment ça ? interrogea le plus jeune des Seigneurs du Temps.
– Laissez-nous le ramener, fit le Douzième Docteur sans répondre à son alter ego.
– Comment ça notre faute ? répéta le Premier Docteur.
– Toi et moi avons failli mourir tous les deux au même moment. Nos vies sont incorporées dans le temps et dans l'espace. Nous avons provoqué l'erreur chronologique qui a déplacé le capitaine au mauvais endroit. Nous avons créé un tourbillon dans le temps qui l'a fait atterrir à nos pieds, expliqua le plus âgé.
– Mais pourquoi lui ? Qu'est-ce qu'un capitaine a de si important ? s'étonna le plus jeune.
– Chacun est important pour quelqu'un… quelque part.
En disant ces derniers mots, le Docteur fixait Missy. S'il mourait, c'était la dernière chose qu'il voulait lui enseigner. Tout le monde était important.
Alors comment trouvez-vous ce quatrième chapitre ? :)
Pour Missy II, j'ai déjà écris sa régénération depuis quelques mois et au vu des réponses que l'on me donne, je vais peut-être me faire des ennemis :'(
Le prochain chapitre s'appellera : "Le Miracle de Noël"
