Le Maître et le Docteur. L'un espère sauver l'autre et l'autre espère être à la hauteur. Pendant longtemps, Missy, le Maître a répandu le chaos dans l'univers, mais maintenant elle a la ferme intention de changer. Elle veut changer pour le Docteur, son seul et plus cher ami. Ce qui les lie est bien plus complexe qu'il n'y paraît. Amour ? Amitié ? Ils savent juste qu'ils seront toujours là, l'un pour l'autre.
Se base sur l'idée originelle de la série, selon laquelle Missy ne meurt pas et est enceinte.
DISCLAMER : Cet univers et ces personnages ne m'appartiennent pas… malheureusement :'(
NOTE : Merci pour la review, Deponia ^^
Merci à ma sœur Zelena Rosa Carter qui corrige mes textes ^^
J'ai eu du retard à cause de pâques, désolée :(
Bon ! Êtes-vous prêt à vivre les derniers moments de Peter Capaldi et Michelle Gomez ? ;)
Bonne lecture ! ^^
– Chapitre 5 – Le Miracle de Noël
– Merci. Merci à tous. Vous avez vraiment été… fort aimables dans ces tristes circonstances.
Le Douzième Docteur se baissa pour aider le capitaine à redescendre dans le trou.
– Je regrette, capitaine, que… l'Univers ne parvienne généralement pas… à être un conte de fées, se désola le Premier Docteur.
– Lorsque le temps repartira, vous aurez tout oublié. Un filtre de perception nous rendra invisibles, expliqua la femme de verre.
– Oui. Euh… J'imagine que certains des mots que vous venez de prononcer sont censés vouloir dire quelque chose, murmura l'Humain avant de se tourner vers les Docteurs et Missy. Auriez-vous l'amabilité de me rendre un service ?
– Oh, bien sûr. Dîtes-moi, sourit le plus jeune des deux Seigneurs du Temps.
– Ma famille… Peut-être pourriez-vous lui rendre visite de temps en temps.
– Nous en serions enchantés. Quel est votre nom de famille ?
– Lethbridge-Stewart. Capitaine Archibald Hamish Lethbridge-Stewart.
– J'en ferai une affaire personnelle, assura le Premier Docteur.
Le Douzième Docteur écarquilla les yeux. Lethbridge-Stewart ? Le grand-père de son ami le brigadier ? L'arrière-grand-père de Kate ? Ce n'était définitivement pas une coïncidence si l'Univers avait décidé de leur envoyer ce capitaine en particulier. Il veillait sur cette famille depuis des siècles. Et maintenant, il comprenait qu'il avait promis de veiller sur eux. C'était étrange de se souvenir de cela maintenant, après tout ce qu'il avait fait pour protéger le brigadier et sa fille. Le capitaine était important et c'était pour cela qu'il y avait eu une erreur.
– Vous pouvez… lui faire confiance, sourit-il alors que les images de Kate et de son ancien ami dansaient dans son esprit.
« C'est pas vous qui avez sauvé Kate quand je l'ai éjectée de l'avion présidentiel, » entendit-il.
« Missy ! »
Cette dernière leva les mains en signe de reddition. Lui rappeler des tentatives de meurtres à l'encontre de ses « amis » n'était peut-être pas la meilleure idée pour l'heure. Peut-être devrait-elle-même s'excuser ? Mais Kate était vivante et n'avait pas la moindre séquelle de cette chute libre.
– Merci infiniment. Je crois bien que je suis prêt, affirma le capitaine à contrecœur.
Il ne voulait pas mourir. Il voulait revoir sa femme. Sa famille. Il ne voulait pas vivre ses dernières minutes. Pas maintenant. Il était encore jeune. Il voulait voir ses enfants grandir. Il voulait avoir plus de temps avec son épouse. Il ne voulait pas mourir, c'était certain.
Mais il le devait. Il devait se faire violence. Ce n'était pas un choix qu'on lui proposait. Il devait simplement mourir à ce point précis pour une raison qu'il avait beaucoup de mal à comprendre. Mais il devait faire preuve de courage.
Il se plaça dans le trou, face au soldat allemand qui pointait une arme sur lui. Il sortit la sienne et la pointa également sur celui qui était censé être son ennemi, mais qu'il voyait aussi effrayé qui lui-même l'était. Il inspira profondément et…
« Douce nuit…
Sainte nuit…
Dans les cieux…
L'astre luit… »
– Vous savez, je jurerais que ça vient des deux côtés, fit le capitaine en se relevant.
– Si mes calculs sont justes – et je pense… que c'est le cas – on devrait être pile au début. J'ai décalé l'échéance de quelques heures. Un autre jour cela n'aurait rien changé, mais c'est Noël 1914 et un miracle… est sur le point de se produire. La trêve de Noël.
Les drapeaux blancs furent sortis, signifiant une tentative de paix, même si elle serait trop brève. Chacun se dirigeait vers ceux qu'ils auraient tués, s'il s'était agi d'un autre jour.
Missy passa un bras sous celui de son Docteur. Il réussissait toujours des merveilles. Et elle devait bien avouer qu'elle appréciait le spectacle. Elle appréciait voir cette paix s'instaurer petit à petit sur le champ de bataille. Le Docteur l'avait vraiment beaucoup changée, elle qui incendiait des planètes entières pour admirer des volutes de fumée. Elle était satisfaite de voir le sourire sur les visages de son ami. Cet évènement devait bien le décider à rester en vie. Il ne pouvait pas s'obstiner dans cette voie après avoir réalisé ce miracle.
– Docteur… appela Missy.
Il ne répondit pas, observant toujours le champ de bataille. Puis, il reprit :
– Ce fut un fait unique. Cela ne s'était jamais produit lors d'une guerre, et cela ne s'est plus reproduit depuis. Pendant une journée… Un jour de Noël, il y a très longtemps, tout le monde a déposé les armes et s'est mis à chanter. Tout le monde s'est arrêté. Tout le monde… était si chaleureux.
– Vous l'avez sauvé, murmura le Premier Docteur.
– L'autre aussi. Ça ne fait pas de mal… deux morts de moins sur un champ de bataille.
– Voilà ce que cela signifie d'être un Docteur… de la Guerre, déduisit le plus jeune avec un sourire rassuré.
La Dame du Temps sourit également. Elle sentait son ami plus serein. Elle les sentait tous les deux un peu plus sereins.
– Tu avais raison, tu sais. L'Univers ne parvient généralement pas à être un conte de fées. Mais c'est là qu'on intervient.
Les soldats ennemis jouaient au ballon ensemble et chantaient de concert, alors que le soleil commençait à se coucher. Combien de temps étaient-ils restés là, à observer ce champ de bataille, ces soldats ?
Le Premier Docteur imita l'un des soldats en tendant sa main au Douzième Docteur. Missy lâcha le bras de son ami pour lui permettre de répondre à cette poignée de main. À peine se furent-ils touchés que leurs mains brillèrent d'énergie régénératrice. C'était l'heure.
– Je crois que je suis prêt, maintenant. Mais j'aimerais savoir une chose… L'es-tu, toi ?
– Tu verras bien… par le chemin le plus long.
– Écoute… Quoi que tu décides… Bonne chance, Docteur.
– Au revoir, Docteur.
Le Premier Docteur se retourna, visiblement prêt à partir. Mais il se ravisa, semblant se souvenir de quelque chose de très important. Il se tourna à nouveau et se dirigea vers Missy.
– J'ai hâte que nous redevenions amis, ma chère, avoua-t-il, les yeux brillants.
La Dame du Temps sourit. Redevenir amis. Se retrouver. C'était tout ce qu'ils avaient toujours tous les deux souhaité. Elle aimait ressentir cette joie – venant de son ami – dans sa tête. Mais elle se sentait triste à l'idée qu'il ne se souvienne pas qu'elle reviendrait près de lui, même si elle savait qu'il n'avait jamais abandonné.
– Je ne vous laisserai plus, je vous le jure, assura-t-elle en lui prenant les mains.
Le sourire du Premier Docteur s'agrandit. Il savait que c'était la vérité.
– Promettez-moi aussi de ne pas me laisser faire quelque chose que je regretterais.
Missy posa rapidement, mais avec douceur, ses mains sur le visage de son premier amour. Elle effleura ses lèvres. C'était sa promesse. Elle ne s'attendait pas à ce que le Docteur dépose à son tour un léger baiser sur ses lèvres. Elle ne s'était vraiment pas attendue à ce qu'il réponde avec la perte récente de sa famille. Elle pensait que c'était trop tôt pour se permettre ça. Mais bien qu'il soit plus sérieux et plus autoritaire que ses successeurs, il restait l'un des plus passionnés. Elle se souvenait de ces moments où ils couraient enfants des pâturages pourpres de son père. Théta criait si fort, comme s'il voulait que même les planètes alentours l'entendent. Et elle se souvenait de moments plus intimes dans ces mêmes pâturages lorsqu'ils avaient grandi.
– À bientôt, mon amie, dit-il avant de reprendre le chemin de son TARDIS.
– Je vous dérange pas trop ? lança le Douzième Docteur, ses bras croisés sur son torse.
Jaloux de soi-même. Était-ce possible ?
Missy frottait ses bras et ses épaules dans l'espoir de trouver un peu de chaleur. Elle aurait aimé retourner dans le TARDIS, au chaud, mais elle se refusait à laisser le Docteur. Il était assis sur une caisse de nourriture, tenant fermement les pans de son manteau. Elle savait qu'il était aussi frigorifié qu'elle, mais il voulait rester ici. Il voulait rester ici pour une raison qu'elle ignorait et elle n'était pas sûre que lui-même le sache.
– Vous allez bien ? murmura la voix de Bill Potts.
Les deux extraterrestres posèrent les yeux sur la jeune femme, surpris.
– Ça vous dirait une dernière promenade, Bill Potts ?
Cette dernière sourit à demi. Il semblait accepter l'idée qu'elle puisse être sa défunte amie. Le Docteur se leva et Bill glissa son bras sous le sien. Missy, elle, ne savait pas si elle devait retourner au TARDIS pour leur laisser un peu d'intimité. Après tout, ils allaient se dire adieu. Mais elle se ravisa. Il était hors de question qu'elle laisse le Docteur, même pour faire les yeux doux à son ancienne compagne. Elle se plaça de l'autre côté du Docteur, un peu éloignée, mais suffisamment proche pour les entendre.
– Vous savez ce qui est le plus pénible quand on vous connaît ?
– Mon intelligence supérieure ? Mon charisme éclatant ? Oh ! Mon impeccable élégance ? proposa le Docteur avec un sourire amusé.
« Quel frimeur, » se moqua intérieurement Missy, en s'adossant contre le TARDIS.
Cependant, elle savait que cette remarque était faite pour dissimuler sa tristesse et sa douleur.
– Vous laisser partir, répondit Bill avec tristesse en le lâchant. Laisser partir le Docteur, c'est… atrocement dur, pas vrai ?
Ce dernier se plaça immédiatement devant elle, un demi sourire sur son visage fatigué. Il se sentait à la fois flatté et triste. En un sens, il était maintenant sûr que cette femme n'était pas son amie. Son amie ne lui aurait jamais dit cela, n'est-ce pas ?
– Voyez-vous… Ce n'est pas quelque chose que la vraie Bill Potts dirait.
– Oh ! Je suis la vraie Bill Potts ! Une fille, c'est des souvenirs et moi, j'ai les siens ! Donc je suis elle ! s'agaça la jeune femme à la peau brune.
Les deux anciens amis se tournèrent autour quelques instants.
– Si vous le dîtes… céda le Docteur.
Missy fronça les sourcils. Elle n'avait pas l'habitude de voir son meilleur ami aussi peu combattif. C'était vraiment étrange. Mais elle sentait une sorte de résignation. Il en avait assez de ce débat. Il ne considérait pas cette femme comme étant totalement sa Bill et cette dernière n'en démordait pas. Mais Missy était de l'avis du Docteur. Une personne, ce n'était pas uniquement une somme de souvenirs. Il y avait bien plus en une personne qu'une simple banque de données. Il y avait une âme.
– Ok… Je vais vous montrer à quel point les souvenirs sont importants. J'ai un cadeau d'adieu pour vous.
– Oh, c'est gentil mais… dois-je faire semblant de l'aimer ? Parce qu'honnêtement ce tapis…
– Approchez, fit Bill en attrapant le Docteur.
Elle l'embrassa sur la joue sous le regard étonné de Missy, puis s'éloigna avant de prendre une autre forme. Une forme que le Docteur n'avait plus vue depuis longtemps. Une forme qu'il avait totalement oubliée.
– Joyeux Noël, Docteur, fit une voix qu'il n'avait plus non plus entendue depuis longtemps.
Mais il se souvenait qu'il aimait entendre cette voix.
– Clara, soupira-t-il, les yeux brillants.
C'était Clara, sa Clara. Sa fille impossible. Sa petite chose ronde. Le Docteur sourit. Il était heureux de la revoir. Il sentait ses souvenirs affluer en masse, se bousculant dans sa tête. C'était si étrange. Clara était à nouveau devant lui. Il se souvenait à nouveau d'elle. C'était comme s'il ne l'avait jamais oubliée et pourtant… Pourtant, il était sûr d'avoir vécu ces dernières décennies sans aucun souvenir de sa voix, de son visage… Elle avait été comme une présence sans visage. Ça avait été très douloureux, surtout quand il avait essayé de rappeler.
« Le bloqueur neuronal a fait du très bon travail, » pensa-t-il amèrement.
– Salut… vieil imbécile, sourit-elle.
Ce qu'elle lui avait manqué. C'était bon de la revoir. La revoir avec quelques années de recul lui permettait d'apprécier ce moment… Ce dernier moment, car il en était sûr, c'était un dernier moment pour se dire adieu. À l'époque, il n'avait pas été en mesure de lui dire adieu, mais maintenant, cela faisait presque un siècle et avec sa mémoire effacée, il avait pu faire la paix avec sa mort. Il était toujours triste, bien sûr. Et il s'en voulait toujours de ne pas l'avoir mieux surveillée. Mais il savait aussi que sa mort était un point fixe dans le temps et qu'il n'aurait jamais pu la sauver. Le temps et l'amnésie l'avait aidé à accepter. Et maintenant, il pouvait être fier de se dire qu'il pouvait la laisser partir, comme elle le lui avait demandé.
– Vous êtes revenue. Vous êtes dans ma tête. Tous mes souvenirs… sont revenus.
Son sourire s'élargit. Quelle joie de pouvoir repasser ces moments à sa guise dans sa tête. Quelle joie de pouvoir y retrouver Clara. C'était comme cela aurait toujours dû être.
– Et surtout, ne m'oubliez plus parce que… franchement, c'est extrêmement vexant.
Ils échangèrent un souvenir complice. C'était la dernière fois qu'ils se parleraient. C'était la dernière fois qu'ils se verraient. C'était un adieu. Et il pouvait être sûr que plus jamais il n'oublierait sa fille impossible.
Il ferma brièvement les yeux. Seulement quelques secondes. Mais c'était tout ce qu'il fallait pour que Clara redevienne Bill.
– Les souvenirs… C'est important, pas vrai ? lança cette dernière.
– Je sais ce que vous pensez. Où est-il ? Bonjour, Monsieur, sourit Nardole en apparaissant de nulle part.
– Le revoilà, maugréa Missy.
C'était dingue ce que ce petit homme cyborg l'agaçait. Probablement son côté peureux et geignard. Mais elle sentait bien que le Docteur s'y était attaché en presque cent ans. D'autant plus que qu'il était le dernier souvenir de sa seconde épouse, River. Et Missy avait bien senti qu'elle lui manquait. Depuis qu'il l'avait placée dans le Coffre, elle ne s'était pas risquée à aborder à nouveau le sujet car elle sentait une plaie béante dans les cœurs de son ami. Elle savait qu'il l'avait laissée partir vers une mort certaine. Et elle savait à quel point cela avait été douloureux. Alors il avait décidé de garder Nardole, comme un souvenir en quelque sorte.
– Quand on se meurt… On se dit que rien ne peut être pire et pourtant… vous voilà… ironisa le Docteur. Vous êtes là, tous les deux. Comment est-ce possible ? continua-t-il avec plus de mélancolie dans la voix.
– On peut être tout le monde. On est tout le monde, fit Bill en échangeant un regard avec Nardole.
– Oui, c'est chouette. Maintenant, je suis tout en verre et pas seulement mes tétons. En revanche, mes cheveux sont mal faits, non ? lança Nardole en faisant une grimace.
« Des cheveux ?! »
À cette exclamation intérieure, Missy vit le Docteur sourire en coin. Elle savait que c'était à cause de ses pensées et non de la déclaration du cyborg. Elle se maudit intérieurement. Étrangement, elle avait toujours été moins douée que le Docteur pour cacher ses pensées. En tout cas, pour les lui cacher.
– Vous n'en avez pas, répliqua le double en verre de Bill avec incrédulité.
– J'ai des cheveux invisibles, lui répondit le petit homme avant de reporter son attention sur le Docteur. J'ai un conseil à vous donner, dit-il.
– Ça alors, c'est nouveau, soupira le Seigneur du Temps.
– Ne mourez pas. Parce que si vous mourez, tous les habitants de l'Univers pourraient avoir très froid, continua Nardole avec sérieux.
Missy grimaça. Bien sûr, son ami d'enfance avait plus ou moins toujours protégé l'Univers. Que lui arriverait-il si le Docteur n'était plus là ? Qu'arriverait-il à ses habitants ? Que lui arriverait-il à elle ? Si le Docteur s'en allait aujourd'hui, qui protègerait l'Univers d'elle ? Qui la protègerait, elle ? Elle sentit une larme dévaler sa joue. Elle baissa la tête. Pourvu que ses deux animaux de compagnie soient trop concentrés sur le Docteur pour faire attention à ce qu'elle pouvait bien faire.
– N'ai-je pas le droit d'avoir la paix ? De me reposer ?
Le Seigneur du Temps baissa les yeux. Ce serait si facile pour lui d'arrêter. Ce serait si facile de pouvoir, enfin, se reposer. Il avait simplement à faire un dernier effort et attendre. Mais il n'arrivait pas à lâcher prise. Il le voulait. Il voulait céder à cette envie irrésistible, mais quelque chose l'en empêchait encore. Il se sentait toujours inlassablement tiraillé entre cette envie de vivre instinctive, cette peur de mourir et cette douce pensée de paix.
Il sentit la tristesse émaner de ses deux anciens amis et d'une personne derrière lui. Missy était toujours là. Et sa tristesse augmentait. Il la sentait pleurer en silence dans son dos. Elle voulait le cacher. Il n'aimait pas la savoir en train de pleurer, et encore moins par sa faute.
– Bien sûr que si, assura Bill, les larmes aux yeux.
– C'est à vous de décider, continua Nardole avec douceur.
– Uniquement vous, ajouta la jeune femme.
– Nous comprenons, approuva le cyborg à contrecœur.
– Non… Vous ne comprenez pas, soupira le Docteur. Vous n'êtes pas vraiment là. Vous n'êtes que des souvenirs, contenus dans du verre. Je pourrais vous remplir de tant de souvenirs que je vous briserais. Mon témoignage vous briserait tous. Une si longue vie, vous savez ce que c'est ? C'est un champ de bataille, comme celui-ci… (il désigna celui qui s'étendait devant eux) Et il est vide… Parce que tous les autres… sont tombés, continua-t-il difficilement. Merci. Merci à vous deux… pour tout ce que vous m'avez apporté. Pour la suite… là où je vais… à présent… je dois être seul.
Les larmes aux yeux, Bill prit le Docteur dans ses bras. Une étreinte qu'il lui rendit avec tristesse. Il savait que c'était un adieu. Plus jamais il ne les verrait. Il sentit Nardole se rajouter. Il l'attrapa également, sachant que ce serait la dernière fois.
– Un câlin, sourit le cyborg.
Le Seigneur du Temps sentit soudain l'air à la place de ses anciens amis. Il était seul, reposant dans le vide. Il sentit la main ferme de Missy sur son bras, comme si elle essayait de l'empêcher de tomber en avant. Il soupira et se tourna vers elle.
– Il est temps de quitter le champ de bataille, murmura-t-il en voyant les yeux brillants de son amie.
– Sans moi ? demanda-t-elle, son emprise sur son bras se faisant plus forte alors que son visage restait identique.
– Vous devez continuer… tenta le père de son enfant. Quoi que je décide…
– Oh oui, c'est si facile, railla-t-elle. Vous l'avez dit vous-même, Docteur. Vous en avez assez de perdre. Qu'est-ce qui vous dit que je ne suis pas comme vous ? Que je ne comprends pas, moi ?
Elle le lâcha, agacée. Certes, elle avait côtoyé moins d'Humains, en avait moins perdus, mais elle savait ce que c'était que de perdre. Elle se souvenait avec précision de la mort de ses parents. De la mort de sa femme et de sa fille. Elle ne pourrait jamais oublier cette perte atroce. Elle ne pourrait jamais oublier la douleur de ne plus pouvoir les voir chaque jour. Elle ne pourrait jamais effacer leur souvenir ou leur perte. Non, jamais. Parce qu'à chaque fois qu'elle se réveillait, elle sentait ce vide qu'elles avaient créé. Elle sentait ses cœurs se serrer. À chaque nouvelle journée, elle sentait ce vide se faire plus oppressant. Ne plus pouvoir les voir chaque jour comme cela avait été le cas sur Gallifrey. Chaque fois qu'un souvenir rempli de joie forçait l'entrée de son esprit, elle n'avait qu'une seule envie : mourir. Parce qu'elle savait qu'elle ne pourrait jamais reproduire ces souvenirs. Alors peut-être ne savait-elle pas ce que cela faisait de perdre en masse, mais elle connaissait l'intensité du deuil.
Missy sentit de nouvelles larmes dévaler ses joues. Elle vit également le visage contrit du Docteur. Mais il ne semblait pas vouloir s'approcher d'elle, comme s'il était encore en train de digérer ses paroles et ses pensées. Il ne voulait plus la regarder dans les yeux. Pourquoi ?
– Si je vous perdais… il ne me resterait rien, Docteur. Si je vous perdais, je perdrais tout ce qu'il me reste et je le refuse. Vous entendez ? Je le refuse.
Elle l'attrapa par le col de sa chemise et le secoua dans le but qu'il la regarde à nouveau, mais il n'en fit rien. Pourquoi faisait-il la sourde oreille ? N'avait-il donc pas envie de vivre ? Pour leur enfant ? Pour elle ? Pour l'Univers ? Certes, il voulait pouvoir se reposer, mais ces raisons n'étaient-elles pas suffisantes pour continuer ?
– Vous avez toujours cherché à me protéger et à me sauver, alors ne vous imaginez même pas que je ne ferai pas la même chose pour vous.
Le Docteur eut alors un rire sans joie avant de la regarder à nouveau dans les yeux. Elle put y voir une intense douleur. Un souvenir s'imposa immédiatement dans son esprit. Ce n'était pas son souvenir. C'était le Docteur qui lui transmettait cela. Le souvenir de sa mort juste après l'année qui n'avait jamais existé.
Le Docteur priant le Maître de se régénérer. Le Docteur en pleurs sur son cadavre alors que le Maître refusait sa régénération. La douleur de perdre son ami. La même douleur qu'elle ressentait à cet instant en s'imaginant pleurer elle aussi sur le corps du père de son enfant.
– Vous n'avez pas voulu m'écouter à l'époque.
La Dame du Temps sentit la tristesse et la colère dans sa voix. Elle savait qu'il lui en voulait pour le choix qu'elle avait fait à l'époque. Mais avec les tambours dans sa tête, la mort lui avait semblé être le seul moyen de trouver la paix, le silence. Et à cette époque, elle n'était pas prête à changer pour le Docteur. À cette époque, elle préférait faire souffrir le Docteur et essayer de le changer, lui, pour qu'ils puissent dominer l'Univers ensemble. Une tâche ardue dont elle n'avait essuyé qu'échec sur échec. À ce moment-là, cela lui avait paru être la meilleure solution pour eux.
– C'était la seule solution envisageable, à ce moment-là.
– Me forcer à vous pleurer était la seule solution pour vous ? railla-t-il en s'écartant d'elle.
Missy avait laissé sa prise faiblir et le Seigneur du Temps avait saisi l'occasion pour se libérer. Il se sentait blessé, trahi. Aujourd'hui encore… était-elle persuadée d'avoir pris la bonne décision ?
– Je ne le referai pas, bien sûr, mais à cette époque… Essayez de comprendre.
– Vous saviez que je voulais vous aider à stopper les tambours, opposa le Docteur.
– Ma folie ? C'est bien ce que vous disiez ? Que c'était mon imagination, l'expression de ma folie, n'est-ce pas ?
Les larmes aux yeux, Missy se souvint de la promesse de son ami, lorsqu'ils étaient plus jeunes, de faire disparaître les tambours. De toujours la protéger des tambours. Mais elle se souvenait aussi des mots du Docteur qui, vers la fin, considérait les tambours comme une simple expression de sa folie et non plus comme la source de sa folie meurtrière. Elle se souvint de cette conversation qu'ils avaient eue après sa résurrection. Elle se souvenait qu'il avait promis de l'aider, mais elle se souvenait aussi avoir ouvert un champ télépathique entre eux. Et elle se souvenait avoir pu faire entendre les tambours à son ami. Elle se souvenait de sa violente réaction. Il n'avait pas supporté ce son et avait immédiatement dit qu'il s'agissait de l'expression de sa folie.
– Lorsque je me suis laissée mourir dans vos bras, Docteur… Je vous ai demandé une dernière chose.
La Dame du Temps envoya à son tour un souvenir à son plus ancien ami.
« Vont-ils s'arrêter, dîtes-moi ? … Les tambours… vont-ils s'arrêter ? »
La douleur insoutenable, l'espoir faible d'une réponse positive, le désespoir de la réalité qui lui rappelait que son ami n'entendait pas les tambours… Oui, c'était mieux ainsi… Une fois la mort venue, les tambours ne seraient plus… Si le Docteur ne les entendait pas… Personne ne le pourrait… Étaient-ils seulement réels si son ami ne les entendait pas ? La question ne se posait plus à présent. Il était trop tard pour déclencher une régénération. Sa seule chance résidait dans le silence que la mort lui offrirait.
Missy laissa échapper une larme. Elle haïssait ce souvenir. Mais c'était le seul moyen pour que le Docteur comprenne véritablement ses intentions. Elle avait peur. Elle avait voulu garder la face en prétendant se laisser mourir pour gagner contre lui… Mais elle ne craignait que les tambours et n'aspirait qu'à les faire taire… Quel qu'en soit le prix. Même si cela impliquait de quitter son ami à jamais… Après tout, il était bien entouré… On l'aiderait, lui… Même s'il lui faudrait sans doute des générations d'Humains pour faire son deuil correctement, il le ferait…
– Je n'ai jamais vraiment pu faire mon deuil, avoua le Docteur, soudain gêné.
Il se mordit les lèvres. Il ne savait plus vraiment ce qu'il devait faire. Il n'avait jamais envisagé les choses sous cet angle. Il s'était laissé emporter par sa tristesse, son désespoir et sa solitude. Il s'était senti si seul après la mort du Maître.
Mais il n'avait pas envisagé que son ami avait refusé sa régénération par désespoir. Il ne s'était pas imaginé toute la douleur que pouvait ressentir le Maître à l'époque. Non, il n'avait pas su voir à quel point son ami souffrait à cause des tambours et il s'en voulait. Il lui avait promis de le protéger et il avait manqué à cette promesse. Pourquoi n'avait-il pas su mieux prendre soin de son ami ? Il aurait dû. Lui, le Docteur, le guérisseur.
À quoi cela lui avait-il servi d'être le Docteur s'il n'avait pas su comprendre et aider son ami ? Il était vraiment en colère contre lui-même. Sa colère contre Missy avait progressivement changé de cible. Maintenant, il saisissait mieux certaines choses. Il ne pouvait pas l'abandonner à nouveau après ce souvenir. Il ne pouvait pas abandonner cet enfant…
– J'aurais dû mieux vous protéger, murmura le Seigneur du Temps, les yeux brillants.
– Vous ne saviez pas, vous n'aviez pas toutes les données et moi non plus, Docteur. Nous n'avons su que plus tard, beaucoup plus tard… Trop tard.
Un autre souvenir envahit à nouveau leurs deux têtes. Ils avaient tous deux eu la même pensée, le Seigneur-Maître et le Seigneur-Docteur…
– Vous m'avez sauvé la vie…
– Vous veniez de me rendre la mienne. Mais cette régénération était trop… brisée. Même après, sans les tambours… Il ne savait plus quoi faire, alors il a fait la seule chose qu'il connaissait depuis si longtemps… J'espérais qu'une régénération me permettrait d'y revoir clair…
– Et vous l'avez provoquée. Cette autre Missy… Est-elle déjà partie en quête de mon cadeau d'anniversaire ?
L'ancienne maîtresse du chaos hésita, ignorant si son ami tentait de faire de l'humour.
– Elle… planifie ce projet, en effet… avoua-t-elle, incertaine.
Le Docteur soupira. Enlaçant Missy par les épaules, il les dirigea tous les deux vers le TARDIS…
Le Docteur enclencha un levier pour décoller et s'éloigna en titubant. Sa tête devenait de plus en plus douloureuse. Il ne devrait plus tarder à mourir… ou se régénérer. Il grimaça en jetant un regard à Missy. Elle était assise sur l'un des sièges de la salle de commande, les yeux dans le vague. Il se mordit la langue en comprenant que c'était à son passé qu'elle songeait. Il n'avait pas voulu la replonger dans ces tristes souvenirs. Il s'en voulait tellement. Il aurait aimé pouvoir lui assurer que tout irait bien. Mais peut-être que tout irait vraiment bien. Peut-être avait-il la chance de faire les choses bien. Ou bien, peut-être qu'il devrait continuer de se battre, de perdre pour sauver l'Univers…
– Le voilà… ce bon vieil Univers, dit-il avec désespoir. Plus je le sauve, plus il a besoin d'être sauvé. C'est sans fin, souffla-t-il.
La colonne de la console du TARDIS se mit à clignoter et à émettre un bruit qui sonnait comme une protestation face aux paroles du Docteur, attirant l'attention de la Dame du Temps. Elle regarda son ami tourner sur lui-même, les paupières tombantes, comme s'il voulait simplement dormir. Bien sûr qu'il voulait dormir. Il était mourant.
Missy sentit son inquiétude croître en constatant à quel point son ami d'enfance était las d'une vie rythmée par le devoir. Si souvent, elle lui avait demandé de se laisser aller. Si souvent, elle lui avait répété que faire le bien n'apportait rien d'autre que de la désolation. Et si souvent, le Docteur lui répondait que cela n'avait rien à voir. Si souvent, le Docteur lui répondait que tout ce qui importait était de faire les choses bien, de faire ce qui était juste.
Si seulement, Missy avait su qu'une partie du Docteur était d'accord avec elle. Alors peut-être n'aurait-elle pas continué de l'abreuver de tels discours. C'était étrange de se dire qu'il tenait deux discours assez différents entre celui qu'il servait à la Dame du Temps et celui qu'il servait à ses compagnons.
Le Docteur n'avait jamais cessé de lui faire la morale, de lui rappeler à quel point tout le monde était pareil, avait la même valeur. Il n'avait jamais cessé de lui dire qu'il fallait faire le bien en dépit de ce que cela leur coûtait. Bien sûr, il ne fallait pas que le prix à payer soit une vie à sacrifier délibérément. Cela, il lui avait bien assez répété. Pourtant, le Docteur lui répétait souvent qu'ils devaient faire ce qui était le plus juste.
Missy se souvenait aussi que le Docteur lui répétait inlassablement que les Humains qu'il emmenait avec lui étaient aussi ses amis et qu'ils le comprenaient. Mais elle avait eu une autre version, aujourd'hui. Elle avait compris que le Docteur ne pensait pas vraiment que ses compagnons puissent un jour réellement le comprendre. Et elle avait compris qu'il en souffrait beaucoup. Mais pourquoi ne lui avait-il jamais parlé de cela ? Peut-être n'avait-il jamais voulu lui donner raison lorsqu'elle lui disait que ses compagnons n'étaient que des Humains… et qu'ils ne pourraient jamais totalement les comprendre ?
La Dame du Temps fut sortie de ses pensées par le père de son enfant.
– Oui. Oui, je sais que tout ira de travers sans moi, soupirait-il.
Le TARDIS continuait de parler, de communiquer. Missy se leva vivement et caressa la console du TARDIS. Elle lui était reconnaissante de l'aider à convaincre le Docteur de rester avec elles. Mais elle ne voulait pas parler. Elle avait suffisamment parlé avec le Docteur. C'était à son TARDIS de lui montrer l'importance de le garder en vie, maintenant. Alors Missy continua de caresser la console, comme si elle pouvait l'encourager par ce simple geste.
– Oh, j'imagine… qu'une vie de plus… ne tuerait personne… Enfin, à part moi…
Le Seigneur du Temps s'appuya sur la console. Ses mains se mirent à briller alors qu'il les regardait, les yeux baissés. Une vie de plus. Qu'était-ce ? Ce n'était rien s'il considérait qu'il pourrait avoir la chance de rester auprès de Missy et leur bébé. Ce ne serait rien s'il pouvait continuer de veiller sur eux.
Pourtant, il se sentait toujours triste à l'idée de continuer. Une partie de lui continuait de s'accrocher à la perspective d'une belle mort, de la paix.
Et il ne voulait pas abandonner celui qu'il était pour qu'un autre reparte avec dans son TARDIS avec son amie et leur enfant à naître. Bien sûr, ce serait toujours lui en un sens… Mais il ne serait plus vraiment le même. Il n'aimerait plus vraiment les mêmes choses et il porterait un autre visage. Un quatorzième visage.
Le vieil Écossais sentit la mère de son enfant sourire. Il sentit un soulagement qui l'envahissait. Parce qu'elle savait, maintenant, qu'il allait se régénérer. Lui aussi esquissa un léger sourire, bien que désabusé.
Même désespéré en cet instant, il savait que dès que sa régénération se serait achevée, il sourirait à nouveau de toutes ses dents. Lorsqu'il était passé du Dixième au Onzième Docteur, il était profondément désespéré, comme mort à l'intérieur. Mais son nouveau visage, sa nouvelle personnalité et… Amelia lui avaient rendu le sourire.
Alors, il savait qu'il se sentirait mieux après un petit redémarrage et quelques mises à jour. Mais c''était à cause de ces mises à jour qu'il s'inquiétait.
Le TARDIS émit un nouveau bruit, semblant plus satisfait. Le Docteur se souvint alors qu'il n'était pas seul dans la salle de commande. Il releva vivement la tête et vit l'expression soulagée de Missy. Les mains de son amie se mirent à briller. Elle savait qu'il avait l'intention de continuer, alors elle commençait à libérer son énergie régénératrice.
Non, pas tout de suite. Il voulait faire quelque chose avant. Ses mains cessèrent immédiatement de briller.
– Docteur ? s'inquiéta-t-elle à nouveau.
Il se précipita vers l'escalier et sourit à sa plus chère amie.
– Attendez un petit instant. Juste un dernier instant. Je veux faire ça bien, expliqua-t-il en se postant sur les rambardes.
Missy hocha la tête. Elle pensait comprendre ce qu'il voulait faire. Elle ne pouvait pas le priver de ça, pas alors qu'il vivait si mal ces changements. Après tout, ils n'étaient plus à quelques secondes près, même si elle trouvait cette dernière volonté un peu farfelue. Mais le Docteur avait toujours été un original.
– J'ai certaines choses à te dire, Docteur, lança-t-il dans le vide en courant d'une rambarde à une autre, comme un fou, un grand sourire aux lèvres. Commençons par les bases. Ne sois jamais cruel. Ne sois jamais lâche. Et ne mange jamais de poires ! N'oublie pas… que la haine est toujours stupide et… que l'amour… est toujours sage.
Il redescendit les escaliers à bout de souffle. Mais il n'avait pas fini.
Missy, elle, ne savait pas quoi penser de ces recommandations. Elle n'avait jamais vécu de régénération avec le Docteur. Faisait-il cela à chaque fois ? Se donnait-il souvent ce genre de conseils ? Pourquoi se sentait-il toujours obligé de faire des discours si grandiloquents ? Elle passa une main sur son front, ses sourcils arqués.
– Essaye d'être toujours gentil mais sois toujours… bienveillant. Oh ! Tu ne dois jamais dire ton nom à personne. Non, personne ne le comprendrait, de toute façon… excepté…
Il tomba à terre. Il avait de plus en plus de mal à se retenir. Mais il le devait. Il n'avait plus beaucoup à dire.
L'ancienne maîtresse du chaos se précipita à ses côtés. Il se dépensait trop pour faire ses « adieux » en bonne et due forme. C'était stupide. Pourquoi ne voulait-il pas simplement accepter sa renaissance ? Et son nom ? Pourquoi refusait-il si catégoriquement que quelqu'un apprenne son nom ? Certes, il s'était choisi un nouveau nom, mais pourquoi enterrer si profondément le premier ?
– … Excepté les enfants… Les enfants… Les enfants peuvent l'entendre… parfois. Oui, ils peuvent l'entendre, s'ils ont bon cœur. Et si les étoiles sont alignées… les enfants peuvent entendre ton nom, murmura le Seigneur du Temps.
Il poussa un cri. Il avait mal. Sa rate. C'était toujours les rates qui lâchaient en premier. Ces organes étaient inutiles ! Il sentit Missy se placer derrière lui, posant une main dans son dos. Il sentait son inquiétude. Il savait qu'elle devait penser qu'il épuisait le peu d'énergie qu'il lui restait. Mais il s'en moquait. Il n'avait pas fini.
– Mais personne d'autre… Personne d'autre… jamais.
Il s'agrippa aux consoles du TARDIS avec peine et sentit Missy qui l'aidait à se soulever. Pourquoi ne se sentait-elle pas aussi mal que lui ? Pourquoi était-il le seul à peiner à respirer, à faiblir ? Il laissa ses dernières questions de côté pour reprendre :
– Ris fort ! Cours vite ! Sois bon…
La Dame du Temps s'accrocha à son ami. Elle savait qu'il avait fini. Elle savait qu'il vivait ses derniers instants sous cette apparence et elle savait aussi à quel point c'était douloureux pour lui de devoir s'abandonner ainsi, de devoir abandonner sa manière de penser, ses goûts, ses instincts. Elle savait à quel point il en souffrait, maintenant. C'était peut-être pour cela qu'une partie d'elle avait envie de pleurer en entendant les derniers mots de son ami. Les derniers mots de ce vieil imbécile écossais aux gros sourcils…
Il échangea un dernier regard avec Missy. Elle lui attrapa la main. C'était le moment. C'était leurs derniers moments à eux.
– Docteur… Je te laisse partir… souffla pour la dernière fois l'Écossais grisonnant.
Leurs deux corps se mirent à briller d'énergie régénératrice.
« Théta… »
« Koschei… »
Leurs dernières pensées avant de brûler.
Le feu. Le feu s'était déchaîné en lui, le brûlant, brûlant chaque molécule de son corps. Il sentait le feu sortir de lui, se répandre dans tout son corps, autour de son corps. La douleur était horrible. Il s'entendit crier. Il entendit un autre cri se mêler au sien. Missy ?! Il ne sentait plus sa main. Il ne sentait la douce chaleur de sa main. Il ne sentait que la chaleur écrasante de sa propre énergie régénératrice. Il avait mal. Il brûlait. Il sentait ce feu brûler son aspect extérieur pour lui laisser une nouvelle apparence. Il sentait ses organes brûler aussi. Et son cerveau. Sa tête était ce qui était le plus douloureux. Il sentait chaque aspect de sa vie se cacher quelque part comme pour se protéger, mais l'empêchant d'y avoir aussi accès.
Et plus rien. Il n'avait plus mal. Il ne sentait plus la douleur ni le feu en lui. Sa tête lui tournait. Il était quelqu'un d'autre. Il était dans… Où était-il ? Il était chez lui, en sécurité, ça il en était sûr. Mais où ? Comment s'appelait sa maison, déjà ?
Il sentit sa bague glisser de son doigt et tomber dans un tintement métallique sur le sol. Et il flottait dans ses vêtements. Pourquoi avait-il l'impression que ses vêtements étaient si grands ? Pourquoi avait-il l'impression d'être plus bas qu'à l'accoutumée ? Il attrapa l'un des écrans face à lui. Et… elle y vit son reflet. Le reflet d'une femme blonde aux yeux noisette.
– Oh, magnifique… souffla la nouvelle femme blonde avec admiration.
Un grand sourire se dessina sur ses lèvres. Cette nouvelle apparence était brillante. Vraiment brillante ! Mais elle ne parvenait plus vraiment à remettre de l'ordre dans sa tête. Elle sursauta, alors. Elle n'était pas seule dans sa tête. Elle n'était pas seule dans cet endroit. Elle était avec son amie. Le nouveau Docteur se retourna vers celle qu'elle sentait et qui était en train de se relever. C'était son amie. C'était… Quel était son nom ?
– Koschei ? tenta-t-elle.
La femme à ses côtés le regarda, semblant un peu perdue. Koschei n'avait pas beaucoup changé. C'était toujours une femme. Mais ses cheveux semblaient d'un roux un peu plus vif, auburn, peut-être, si c'était bien le mot. Alors, elle se sentit déçue.
– Toujours pas roux, murmura-t-elle en passant ses mains dans ses cheveux.
La jeune femme blonde observa à nouveau son amie de ses nouveaux yeux noisette. Les nouveaux yeux de Koschei étaient d'un beau vert jade, comme ses premiers yeux, ceux qu'il avait à sa naissance. Théta se sentit encore un peu plus agacée en réalisant que son amie la dépassait aussi. Normalement, c'était lui… enfin elle, qui avait toujours été plus grand… e.
– Théta ? Vous êtes… une femme ? fit Koschei, semblant toujours un peu confuse.
Elle ne s'était toujours pas regardée, observant chaque détail de la nouvelle apparence de son amie. Néanmoins, elle finit par sourire, satisfaite de ce qu'elle voyait.
– Brillant, n'est-ce pas ? J'ai aussi une nouvelle voix, plus féminine, plus douce, je trouve, sourit le Docteur en se tournant vers les commandes du TARDIS.
Elle ne savait pas vraiment ce qu'elle devait faire, mais elle savait qu'elle devait faire quelque chose. Pourquoi devait-elle faire quelque chose, d'ailleurs ? Elle haussa les épaules et appuya sur un petit bouton rouge. Pourquoi avait-elle fait ça ?
– Non ! fit Koschei en attrapant la main de sa nouvelle amie.
Mais c'était trop tard. L'écran affichait « système critique ». Le TARDIS tremblait. Le TARDIS se retournait, projetant les deux Dames du Temps à terre, les forçant à s'accrocher à tout ce qu'elles pouvaient trouver. Les meubles, les livres, les objets électroniques… Tout était projeté avec violence dans le vaisseau. Les portes s'ouvrirent. Un vent s'engouffra dans la pièce, rendant leurs efforts de plus en plus difficiles. Le TARDIS se penchait encore, comme pour les forcer à sortir.
– Pourquoi vous avez fait ça ? s'agaça la rousse.
– Je sais pas ! avoua difficilement la blonde en criant. J'en avais envie !
Missy claqua sa langue, essayant de se retenir par tous les moyens. Elle savait que son amie ne savait plus piloter le TARDIS après une régénération, elle aurait donc dû être plus attentive à ses mouvements. Elle, personnellement, se sentait moins perdue psychologiquement après une régénération, mais se sentait aussi plus faible, au point où elle était tombée à terre dès que sa régénération avait été terminée. Elle lâcha la rambarde qu'elle tenait mais parvint à attraper l'encadrement de la porte du TARDIS. Oh, elle allait vraiment tuer Théta si elles tombaient dans le vide.
Le Docteur parvint à s'accrocher à la console du TARDIS, alors que Missy se retenait avec de plus en plus de mal. La colonne centrale prit feu, d'un coup. Elle se fissura, arrachant une partie de la console. Avec horreur, le Docteur se sentit lâcher prise. Elle ne parvenait plus à se raccrocher à quoi que ce soit. Elle sentit le froid mordant du vide. Elle n'était plus dans son TARDIS. Elle ne pouvait que le voir prendre feu de l'intérieur. Elle sentit une main attraper son bras. Elle comprit immédiatement qu'elle avait entraîné Koschei dans sa chute.
Alors ? J'espère que vous aurez apprécié ces derniers instants en compagnie de Capaldi et Michelle Gomez ^^
Dîtes bonjour à Jodie Whittaker et… quelqu'un qui n'existe pas (donc nous allons nous contenter de l'appeler Missy II) ^^'
J'espère que vous me pardonnerez son apparence. Deux d'entre vous avez pensé à brune aux yeux bleus, mais j'avais déjà écris la scène de la régénération depuis un moment, désolée :(
Et je trouve que cela ressemble beaucoup trop au physique de Michelle Gomez, je voulais changer un peu :(
Bien, nous allons passer à la réécriture de la saison 11, dès samedi ^^
Le prochain chapitre s'appelle : "Les femmes venues d'ailleurs", Partie 1 ^^
Je sais, ce n'est pas très original, mais on va dire que vous me pardonnez ^^
