Le Maître et le Docteur. L'un espère sauver l'autre et l'autre espère être à la hauteur. Pendant longtemps, Missy, le Maître a répandu le chaos dans l'univers, mais maintenant elle a la ferme intention de changer. Elle veut changer pour le Docteur, son seul et plus cher ami. Ce qui les lie est bien plus complexe qu'il n'y paraît. Amour ? Amitié ? Ils savent juste qu'ils seront toujours là, l'un pour l'autre.

Se base sur l'idée originelle de la série, selon laquelle Missy ne meurt pas et est enceinte.


DISCLAMER : Cet univers et ces personnages ne m'appartiennent pas… malheureusement :'(

NOTE : Merci pour les reviews ! J'ai adoré écrire la scène de la régénération. C'est l'une de mes préférées de Peter Capaldi. Exceptionnellement, cet épisode s'étalera sur quatre chapitres. Je sais, c'est beaucoup pour un seul épisode, mais j'avais beaucoup à écrire et à mettre en place.

Deponia : Merci pour la faute dans le titre du chapitre ! J'ai modifié dès que j'ai vu ^^

Effectivement Missy ne devient pas le Maître de Dhawan parce que si on considère que les Seigneurs du Temps fonctionnent comme les Humains - à moins que ce ne soit l'inverse, selon le Docteur ^^ - alors seules les Dames du Temps peuvent porter un enfant. Et je ne sais pas encore comment faire réellement d'ailleurs pour cette nouvelle saison 12 de laquelle je… j'allais dire que je n'étais pas fan, mais je crois que c'est très faible car je trouve que rien ne va (ni les compagnons, ni les intrigues des épisodes, ni l'Enfant Intemporel, ni le comportement du Maître). Ce n'est pas que je n'aime pas le Maître de Dhawan, au contraire, je trouve qu'il l'interprète magnifiquement bien. En fait, pour moi, il n'y a que l'interprétation de Jodie Whittaker et de S. Dhawan qui sauve cette saison. Mais je trouve que le comportement du Maître a changé un peu trop radicalement et que le rebondissement final était très prévisible. Mais je serais ravie d'avoir ton avis :)

Bonne Lecture ! ^^


– Chapitre 6 – « Les femmes venues d'ailleurs », Partie 1


Elles se sentirent traverser quelque chose de dur avec une excessive violence. Puis elles s'écrasèrent, toujours violemment, contre ce qui semblait être le sol. Si la régénération et leur presque mort avaient été douloureuses, cette chute l'était tout autant. Missy ferma les yeux quelques instants sous le choc. Elle sentit sa main se serrer autour du vide. Où était son amie ? Où était-il… Où était-elle passée ? Le Docteur ne lui tenait plus la main. La femme rousse roula sur le côté, angoissée, pour constater que son amie était déjà relevée, comme si de rien n'était. Comment faisait-elle pour avoir autant d'énergie à son âge ? La panique avait laissé place à l'exaspération.

– Quoi ? l'entendit-elle dire de sa nouvelle voix, bien plus douce que celles de ses prédécesseurs.

Missy réalisa alors que trois autres personnes se terraient au fond de la lugubre pièce. Ils désignèrent alors quelque chose au Docteur. L'ancienne maîtresse du chaos se releva immédiatement, sentant le danger et se plaça aux côtés de son amie. Une masse sombre, informe et chargée d'électricité, leur faisait face.

« Merveilleux, une invasion alien à gérer… » s'agaça Missy.

Car elle en était sûre, cette chose n'était pas terrienne. Elle n'en avait aucune caractéristique.

Le Docteur, plus réactive, attrapa un câble électrique et le dirigea contre cette chose qui fuit vers l'avant de… du véhicule. Missy jeta un regard autour d'elle. Elles étaient tombées dans un train. Elles avaient traversé le plafond, au vu du trou qui la surplombait.

– C'est bon, on a quelques secondes, assura la femme blonde en regardant à nouveau les Humains pétrifiés derrière elle.

Chacun d'eux lança un regard vers le toit troué puis vers les deux jeunes femmes.

– Ah oui, longue histoire. J'vous raconterai. Les portes ?

Le Docteur n'était donc pas capable de se calmer quelques secondes ? Certes, il y avait une créature menaçante qui voulait leur faire on ne sait quoi, mais Missy se sentait bien trop épuisée pour se soucier d'une telle chose. Et… elle avait faim. Elle voulait manger des lasagnes. Elle avait envie de lasagnes.

– Elles sont verrouillées, leur apprit une femme âgée à la peau brune.

« J'aurai pas mes lasagnes… » soupira intérieurement la rousse.

Elle passa une main dans ses cheveux, passablement agacée. Ses cheveux ?! Où étaient ses cheveux ? Ils étaient… plus courts ? Elle se précipita sur un siège, s'observant dans une vitre. Elle soupira, soulagée. Ses cheveux lui arrivaient un peu au-dessus de ses épaules et une frange effilée recouvrait partiellement son front. C'était sa première frange et elle pouvait dire en toute honnêteté qu'elle allait bien avec ce nouveau visage. Mais elle se sentait un peu déçue. Elle aimait beaucoup ses anciens cheveux longs qu'elle pouvait coiffer à sa guise. Mais une chose lui redonna le sourire. Elle était toujours une femme ! Elle n'avait pas eu l'occasion de vérifier son apparence, toute accaparée par celle du Docteur et par sa bêtise.

– J'vais vérifier ça, répondit le Docteur en cherchant quelque chose dans ses poches. Mon tournevis ?! Mes poches sont vides. Ooooh, je déteste les poches vides ! râla-t-elle.

– C'est pour ça que j'ai privilégié le parapluie. Moins de chances de le perdre, fanfaronna Missy, un petit sourire suffisant sur les lèvres.

– Vous l'avez ? se réjouit alors la blonde, se souvenant enfin que son amie l'avait rejointe dans sa chute improvisée.

La Dame du Temps rousse leva les mains. Elles étaient vides. Non, elle l'avait laissé dans le TARDIS du Docteur. C'était bien la peine de se vanter. Réfléchir avant de parler.

– Commentaire très utile dans ce cas, lança le Docteur.

– Sarcastique, releva Missy, plus pour elle-même. Oh, ma voix ! J'ai une nouvelle voix ! Superbe ! Haaaaaa ! Hooooo ! Hello ! chanta-t-elle comme si elle faisait des vocalises.

– Une nouvelle voix ? Mais vous êtes tombée de quelle hauteur ? sembla s'inquiéter un vieil homme.

– Nous étions en orbite autour de la planète Terre et…

L'ancienne maîtresse du chaos stoppa net sa réflexion, frappée par une pensée. Une pensée qu'elle avait totalement oubliée avec sa régénération et sa chute. Son bébé ! Comment allait son bébé ? Elle posa une main tremblante sur son abdomen. Elle n'arrivait pas à entendre. Pourquoi n'entendait-elle pas son bébé, comme elle l'avait entendu avec… C'était le Docteur qui l'avait aidée à entendre leur bébé, la première fois. Elle amorça un mouvement pour se lever et rejoindre son amie, mais quelqu'un fit sa réapparition.

– Il revient ! les interpella la même Humaine que tout à l'heure.

Le Docteur se retourna et s'approcha de l'entité, toujours sans faire attention à son amie. Elle semblait trop curieuse, trop préoccupée à l'idée de les protéger tous contre cette chose. C'était comme si les pensées de Missy avaient du mal à faire leur chemin dans son esprit, déjà fortement embrouillé par la régénération.

– Qu'est-ce que tu es ? interrogea le Docteur avant que cette chose ne se décharge d'un peu d'électricité. Oh ok, t'aimes pas les questions, tu préfères la discrétion, j'peux comprendre.

L'entité noire se dirigea vers un jeune homme, recroquevillé dans son fauteuil.

– Que personne… ne fasse… le moindre… geste, tenta le Docteur.

– Il va tous nous tuer, gémit l'homme.

– Ne soyez pas si optimiste. Peut-être veut-il uniquement nous torturer et après nous laisser vivre totalement traumatisés, répondit Missy avec un étrange sérieux.

– C'est ça être optimiste, pour vous ? lança la jeune blonde.

– Mamie ?! appela une autre voix.

– Ryan ! T'approche pas !

Missy se tourna vers les nouveaux venus. Un jeune homme noir, vingt ans pas plus, accompagné d'une jeune femme du même âge mais en uniforme de police et à la peau aux reflets dorés.

« Pakistanaise d'origine, » songea Missy. « Peut-être du Pendjab… » Le Royaume-Uni comptait en effet près de 300 000 pendjabis et… la rousse ignorait pourquoi, mais elle était certaine qu'il y avait un lien entre le Pendjab et la policière qui venait d'arriver avec celui qui était apparemment le petit-fils de la femme.

– Je croyais que les portes étaient verrouillées, fit la Dame du Temps plus pour elle-même que pour les autres.

– Bonne réflexion, Koschei, lança son amie d'enfance. Comment êtes-vous entrés ?

– Oh mon Dieu, souffla la jeune femme en regardant la chose noire et assurément extraterrestre.

Cette dernière laissa échapper quelques éclairs qui atteignirent chaque personne présente. Un cri de douleur et de surprise retentit, unanime, dans le train. Puis la créature s'en alla comme si rien n'était arrivé, laissant les passagers surpris. C'était tout ? Une petite douleur et la créature partait ? Quelque chose clochait. Si elle ne les avait pas tués maintenant, c'était qu'elle voulait autre chose, c'était qu'elle n'en avait pas vu la nécessité immédiate, ce qui inquiétait largement Missy. Elle sentit alors une main attraper la sienne. C'était le Docteur.

– Tout va bien, assura-t-elle.

Missy haussa un sourcil, dubitative.

– Bon, d'accord. Peut-être que tout ne va pas bien. Mais… quelque chose d'autre va bien, sourit-elle.

Le Docteur ramena la main de Missy vers son abdomen. Elle avait fini par sentir son inquiétude. Et elle ne voulait pas lui infliger cela plus longtemps, car dès qu'elle l'avait sentie, le Docteur s'était souvenue. Elle s'était souvenue de leur bébé. Et elle avait entendu les battements réguliers de ses deux cœurs. Ce n'était pas leur enfant pour rien. Il savait s'accrocher en dépit de tous leurs problèmes. Elle sentit son amie d'enfance sourire, ses yeux posés sur son ventre légèrement arrondi. Elle aurait juré que son ventre était plus plat avant sa régénération. Mais c'était une bonne chose. Maintenant, elles pouvaient toutes les deux constater que la régénération avait protégé leur enfant.

– Pourquoi je n'arrive pas à le sentir seule ? s'inquiéta Missy en se mordant la lèvre inférieure.

Le Docteur eut la même réaction. Ça, elle ne le savait pas. C'était étonnant que Missy ne sente pas leur enfant. Peut-être était-ce dû à sa récente régénération ? Ou bien c'était tout autre chose…

– C'était quoi, ça ? les interrompit le jeune homme recroquevillé.

Le Docteur se releva vivement, sans lâcher la main de Missy. Elle ne voulait pas perdre le contact parce qu'elle n'avait pas que son ami à rassurer.

– Oh… On se détend. Vous ne bougez pas d'ici, je vais aller vérifier le reste du train, annonça-t-elle aux trois personnes avant de se retourner vers les deux nouveaux arrivants. Et vous, merci beaucoup pour votre aide.

La blonde fit une pression sur la main de son amie pour lui faire comprendre qu'elle devait se lever. Avec une moue déçue, Missy se leva. Elle aurait préféré rester ici et se reposer, mais le Docteur ne semblait pas l'entendre de cette manière.

– Je suis fatiguée, se plaignit-elle mollement.

Un petit regard du Docteur, puis un geste vers une de ses poches avant de s'agacer parce qu'elle avait perdu son tournevis.

– Hé ! Une minute, Madame ! l'appela vivement l'agent de police, faisant se retourner les deux Dames du Temps. Vous allez faire ce que je dis. Ceci pourrait être une scène de crime.

– Pourquoi vous m'avez appelée « Madame » ? fit le Docteur en fronçant les sourcils.

– Euh… vous êtes une femme, répondit simplement la jeune femme brune sans comprendre.

– Une femme ? s'étonna alors la blonde comme si elle l'avait effacé de sa mémoire entre la fin de sa régénération et sa chute. Est-ce que ça me va bien ?

– Quoi ?

– Koschei, ça me va bien ?

La rousse qui s'était à nouveau affalée dans l'un des sièges du train haussa les sourcils, amusée. Elle lui fit un clin d'œil auquel son amie répondit par un sourire ravi.

– Je vous embrasserais si nous étions seules. Attendez. Depuis quand, ça m'arrête ?

Missy sembla réfléchir. Puis, un sourire mutin aux lèvres, elle se leva, attrapa son Docteur par le col de sa chemise et posa ses lèvres sur les siennes, cherchant à découvrir cette nouvelle bouche, cette nouvelle langue. Après avoir fini son exploration, elle s'éloigna. Elle sourit en voyant son premier amour rougir.

– Non, c'est bien ce qui me semblait… j'aime toujours autant vous mettre dans l'embarras, sourit Missy en enlaçant ses doigts avec ceux du Docteur.

– Oh, oui ! J'me souviens ! se réjouit-elle, comme si ce baiser lui avait fait un électrochoc. Désolée, il y a une demi-heure, encore, j'étais un Écossais grisonnant. Le prochain train arrive quand ?

Missy rit. C'était dingue ce que le p… la mère de son enfant était amusante en pleine régénération. Et encore, elle était persuadée de ne pas avoir tout vu. Elle était sûre que le Docteur pouvait se montrer plus confuse et rendre la situation bien plus drôle. La rousse se rassit, sentant une nouvelle vague de fatigue la submerger. Elle se mordit la langue lorsque le contact avec son amie fut rompu. Elle aurait préféré la garder près d'elle.

– C'était le dernier, l'informa le jeune homme au teint foncé.

– Attendez ! Qu'est-ce qu'elle a dit ? s'exclama la nouvelle Dame du Temps.

– Qui ? interrogea le jeune homme.

– Koschei.

« Je croyais que les portes étaient verrouillées. »

– Mmmh ? Oui ? répondit son amie en bâillant.

Visiblement, cette incarnation avait besoin d'un bon sommeil réparateur pour l'aider à supporter sa régénération.

– Comment avez-vous fait pour rentrer ? interrogea le Docteur.

– La vitre du conducteur était brisée, répondit la jeune femme.

Ils reprirent leur marche vers l'avant du train. Puis le Docteur se stoppa net et revint en arrière.

– Vous m'aidez pas ? lança-t-elle à Missy.

– Vous aviez pas dit de vous attendre tranquillement ici ? répondit-elle du tac au tac.

– Aux Humains. Vous, vous avez encore des choses à apprendre.

– Quel tyran, maugréa l'ancienne maîtresse du chaos en se relavant et en se dirigeant vers son amie.

Mais au lieu de continuer gentiment sa marche vers l'avant du train, elle donna un coup dans l'épaule du Docteur. Vengeance !

– Aïe ! Pourquoi ? se plaignit-elle.

– Parce que nous venons de traverser un toit et que je me suis promis que si nous nous en sortions vivantes, je vous tuerais.

– Charmant, s'agaça la blonde. Comment vous vous appelez ? demanda-t-elle alors aux deux autres jeunes.

– Agent Khan de la police de l'Hampshire.

– Votre nom, pas votre titre, claqua le Docteur.

Missy sourit. Son amie n'avait pas changé. Elle n'aimait toujours pas les titres de types militaires ou autres. Et un agent de police portait une arme, ce qui ne plairait pas au Docteur. Un rapide coup d'œil vers son amie lui indiqua que c'était ce qu'elle craignait aussi.

– Yasmin Khan. Yaz, pour les amis. Et votre nom à vous ?

– J'vous le dirai quand je m'en souviendrai.

– Vous connaissez pas votre nom ?

L'ancienne maîtresse du chaos ne savait pas si elle devait se frapper le front ou rire de la situation. Le Docteur ne se souvenait vraiment pas de son nom ? Cela lui faisait-il cela à chaque régénération ? Non, elle se souvenait avoir épié le Docteur lorsqu'il était passé du Onzième au Douzième. Et il se souvenait de son nom. Cependant, elle avait remarqué que la future mère de son enfant souffrait de plus en plus de problèmes de mémoire.

– Je connais mon nom, bien sûr. Mais j'm'en souviens plus. Je l'ai juste ici, sur le bout de la…

Elle fronça les sourcils, à nouveau perdue. Elle posa son doigt sur sa langue.

– C'est quoi, ça ? demanda-t-elle avec difficulté.

– Une langue ? répondit le jeune homme à la peau brune sans vraiment être sûr de comprendre pourquoi.

– Une langue ! Vachement intelligent. Biologie ? Elle vous a appelé comment ? Ryan ?

– Ouais, Ryan Sinclair.

– Génial comme nom. Vous êtes docteur ?

– Non.

– C'est dommage. Je cherche un docteur.

La blonde entendit rire dans sa tête. Ou peut-être était-ce réel ? La seule chose dont elle était sûre était que Missy…

– Missy ! se réjouit le Docteur.

– Oui ?

– Je me souviens de votre troisième… non, cinquième nom !

– Bonne nouvelle, ironisa-t-elle.

– Vous vous souvenez du mien ?

Missy ne put s'empêcher de rire. Bien sûr qu'elle se souvenait du nom de son amie. Certes, elle était moins réactive et moins énergique, mais ses souvenirs restaient relativement intacts contrairement au Docteur. Elle n'était pas sûre de ce qu'elle devait faire. Devait-elle laisser le Docteur dans l'ignorance, attendant qu'elle se souvienne de son nom par elle-même ? Devait-elle l'aider dans ces moments difficiles ?

– Bien sûr.

– Génial ! Comment je m'appelle ?

– Théta… Mon amie… croyez bien que je n'aurais plus aucune source d'amusement lorsque je vous l'aurai dit, sourit Missy.

– Elle vous a appelée « Théta », remarqua Yasmin.

– C'est votre nom ? interrogea Ryan.

– Non. C'est comme ça qu'on m'appelait avant. Mais maintenant, j'ai un autre nom.

Le sourire de Missy s'élargit alors qu'elle faisait un rapprochement des plus amusants. Maître, Maîtresse et Missy. Donc Docteur, Dottie.

– Missy, vous n'êtes pas en train de profiter de ma confusion pour élaborer un plan de domination de la Terre ? s'inquiéta le Docteur.

Elle n'aimait vraiment pas le sourire de son amie. Ce sourire narquois n'avait jamais été bon signe. C'était… Quel était le mot, déjà ? C'était inquiétant. La nouvelle Dame du Temps détailla plus attentivement son amie. Elle haussait maintenant les sourcils, son sourire amusé toujours collé sur son visage. Pourquoi faisait-elle cela ? L'embrasser, c'était déjà… surprenant ? Quoiqu'elle se soit sentie bien plus à l'aise avec ce dernier que lorsqu'elle avait été l'Écossais grisonnant. Elle se sentait plus… ouverte.

– Pour qui vous me prenez ? s'offusqua Missy avec exagération.

– Pour mon amie qui a une certaine propension pour la souffrance d'autrui.

– Ce n'est pas parce que j'étais démoniaque qu'il faut être si méfiante, Dottie.

– C'est justement parce que vous étiez démoniaque que je vous surveille autant, Missy. Dottie ? C'est mon nom ? Pourtant, ça ne me dit rien.

La jeune femme blonde fronça les sourcils, pensive. Son amie l'avait appelé « Dottie ». Pourquoi ? Elle était pourtant sûre que ce n'était pas son nom. Elle ne se souvenait plus vraiment de son nom pour l'instant, mais elle était sûre qu'elle ne se faisait plus appeler « Théta » depuis un petit moment et elle était aussi sûre de ne jamais s'être fait appeler « Dottie ».

De toute manière, ce n'était pas le sujet. Le plus important était de vérifier que son amie d'enfance ne fasse de mal à personne. Certes, elle se souvenait qu'elle avait choisi de rester à ses côtés et de faire le bien, mais le Docteur savait aussi qu'une régénération pouvait être difficile et pouvait troubler. Alors oui, elle était inquiète. Inquiète que Missy ne s'égare à nouveau pendant ces instants que le Docteur savait fragiles.

Comme si Missy avait suivi le fil de ses pensées, elle déposa un léger baiser sur ses lèvres. Il était doux, rassurant. La rousse grimaça un peu, sachant que son amie ne lui faisait toujours pas une confiance totale. Mais elle s'emploierait à lui montrer qu'elle pourrait lui faire confiance, un jour. La prénommée Dottie répondit à cela avec un léger sourire, consciente que l'ancienne maîtresse du chaos faisait beaucoup d'efforts.

– Dottie, c'est votre nouveau surnom, murmura la rousse à l'oreille de son Docteur.

– Et ça vient d'où ?

– J'aime bien, c'est tout, affirma Missy.

Yasmin et Ryan échangèrent un regard empli d'incompréhension. D'où venaient ces femmes ? Pourquoi l'une d'entre elles ne se souvenait pas de son nom ? Pourquoi pensait-elle avoir été un homme ? Pourquoi disait-elle que sa compagne avait été démoniaque ? Et pourquoi y aurait-il eu un plan de domination de la Terre ?

– Vous venez ? les appela la dénommée Missy, alors que l'autre femme blonde avait repris sa marche vers l'avant du train. Oh, c'est joli, ça, fit-elle en se baissant pour ramasser un objet ressemblant à une plume.

Elle fit un clin d'œil à Yasmin Khan avant de le ranger dans sa poche.

– Dîtes ? Ça vous dérange pas que je le garde, madame l'agent ?

Yaz laissa sa bouche former un « o ». Elle ne savait pas vraiment quoi répondre à cette femme.

– On devrait retourner voir… Dottie ou Théta ? Peu importe son nom, lança Ryan en brisant le contact visuel entre les deux jeunes femmes.

– Retenez plutôt Dottie. Enfin, jusqu'à ce qu'elle vous dise son nom, sourit Missy en retournant dans le wagon de devant où son amie parlait toute seule.

– Le courant. L'éclairage. Les portes.

– Et la lumière fut, se moqua la rousse.

Les lumières s'allumèrent à nouveau, laissant découvrir le corps sans vie d'une femme à leurs côtés.

– Pauvre femme, murmura la blonde.

Missy plissa les yeux, étudiant la réaction de la mère de son enfant. Tristesse. Compassion. C'était donc ce qu'elle était censée ressentir vis-à-vis de cette Humaine qu'elle ne connaissait même pas ? C'était une inconnue et ce n'était pas elle qui lui avait fait du mal. Se devait-elle vraiment de réagir avec autant de sensibilité que le Docteur ? Elle jeta un rapide coup d'œil aux deux autres Humains. Eux aussi semblaient un peu tristes. Pourtant, ils ne devaient pas la connaître non plus.

Missy se pinça les lèvres, cherchant ce qu'elle pouvait bien ressentir à la vue de ce corps. Dans l'état actuel des choses, elle ne ressentait rien de particulier. Elle n'avait pas à culpabiliser pour cette mort et elle n'avait pas à être triste d'avoir perdu quelqu'un qu'elle aimait. C'était juste une mort comme il en arrivait tant d'autres dans l'Univers. Elle était encore loin d'éprouver les mêmes choses que son amie d'enfance, c'était certain.

« Chacun est important pour quelqu'un, quelque part, Missy. C'est pour ça que je suis triste. Parce que je pense à sa famille ou à ses amis qui l'ont perdue, » entendit la rousse.

Elle grimaça en réalisant que le Docteur avait suivi le fil de ses pensées. Elle aurait préféré qu'elle ne soit pas témoin de cela. Oui, elle aurait préféré que ses pensées restent siennes. Et, alors que son esprit vagabondait vers un lointain passé, elle continuait de se dire qu'elle préfèrerait les garder pour elle.

Elle sentit ses yeux la piquer. Les visages de sa femme et de leur fille se dessinaient avec une douloureuse lenteur dans son esprit. Sa famille si vite perdue. Sa fille qui n'avait même pas pu atteindre l'âge adulte. Son épouse qui venait de lui parler de son envie d'avoir un autre enfant. Elle se souvenait ne pas avoir apprécié car sa famille pratiquait la politique de l'enfant unique. Mais elle se souvenait aussi avoir fini par céder face aux arguments de son épouse. Mais ils n'avaient jamais eu le temps de faire ce second enfant. Une larme coula sur sa joue.

Missy passa une main sur son ventre. Maintenant, elle pensait comprendre pourquoi le Docteur était si triste. Parce que pour chaque mort, une personne souffrait comme elle avait pu souffrir.

– Cette chose a dû la tuer quand elle a débarqué ici, s'avança Ryan.

– Vraiment ? s'étonna le Docteur. Elle a tué personne d'autre, pourtant. À mon avis, elle est morte du choc quand cette chose a traversé la vitre.

Missy essuya sa joue et renifla. Si elle voulait arrêter de pleurer de cette façon, il fallait vraiment qu'elle songe – et de manière très sérieuse – à arrêter de passer du temps avec le Docteur. Cette dernière lui lança d'ailleurs un léger regard amusé. Missy lui lança un regard noir en retour. Bien sûr, elles savaient toutes les deux que la rousse n'avait pas la moindre intention de laisser son amie tranquille. C'était ce que Missy trouvait le plus frustrant. Elle savait que si elle ne voulait plus souffrir comme le Docteur souffrait, elle devait s'éloigner.

Mais les dégâts n'étaient-ils pas déjà irréparables ? Même si elle choisissait de s'éloigner de son amie, serait-elle capable de redevenir ce monstre froid et insensible ? Probablement pas. Et c'était la faute du Docteur. Certes, un peu la sienne aussi, puisqu'elle avait choisi de retrouver son ami, à l'époque et avait eu la ferme intention de changer. Mais ces nouveaux sentiments n'en restaient pas moins agaçants. Elle aurait préféré ne jamais expérimenter la culpabilité. Cette émotion dévastatrice qui ne lui laissait plus aucun répit.

– D'une façon ou d'une autre, une femme est morte ici, fit Yaz.

– Et la créature n'est plus à bord. Les autres passagers non plus, d'ailleurs, murmura la nouvelle Dame du Temps, pensive. Allez ! On rejoint les autres.

Elle repartit vers l'arrière du train avec une vivacité qui donna envie à Missy de lui tordre le cou. Pourquoi ne voulait-elle pas se poser un peu et la laisser dormir ?

– Attendez ! l'alpagua la jeune femme brune. Vous n'irez nulle part ! C'est grave ce qui vient d'arriver et c'est moi qui commande ici !

– Que comptez-vous faire ? interrogea le Docteur en se retournant face à elle.

– Je vais appeler mes supérieurs.

Missy leva les yeux au ciel, mi-amusée, mi-irritée. En cas d'invasion extraterrestre, cette Yasmin Khan n'avait aucun supérieur plus haut que le Docteur. Après tout, n'avait-elle pas été nommée Président de la Terre ?

– Et vous allez leur dire quoi ?

– Ce qui est arrivé.

– C'est-à-dire ?

– Que le train a été attaqué.

– Attaqué par quoi ?

– Eh bien… il va falloir que je jette un œil à la vidéo de surveillance.

« Elle commence à être à court d'arguments,» s'amusa la rousse.

Cette dernière s'appuya sur le bras du jeune homme à côté d'elle. La pièce autour d'elle commençait à sérieusement tourner autour d'elle. Ou bien peut-être était-ce elle qui n'allait vraiment pas bien ? Elle se pinça le bras, essayant de se secouer un peu. Elle ne devait pas tomber maintenant. Elle n'était pas en lieu sûr. Ryan ne lui adressa pas un regard, visiblement trop concentré sur l'échange verbal qui se déroulait devant lui.

– Pourquoi jeter un œil à la vidéo de surveillance alors qu'on a tous vu ce qui s'est passé de nos propres yeux ? continua de demander la blonde.

– C'était un alien ? Parce que ça ressemblait à un alien pour moi, les interrompit soudain Ryan.

– Dottie a raison. Vous êtes brillant, s'enjoua Missy.

– Oh, n'importe quoi… murmura Yaz.

– Vous pensez qu'il a tort ? interrogea le Docteur.

– Non ! Enfin, je sais pas…

– Mais ça vous chiffonne parce que quand vous allez raconter cette histoire à vos supérieurs, ils ne vous croiront pas.

– Je dois faire un rapport !

« Quelle rabat-joie… »songea la rousse.

– Vous pourriez attendre un peu ! Jusqu'à ce qu'on ait les réponses aux questions principales.

– C'est-à-dire ?

– C'est quoi cette chose ? Pourquoi elle est venue ici ? Où va-t-elle aller ensuite ? Et plus important encore : comment on peut l'arrêter ? Parce que quoi que ce soit, je n'crois pas qu'elle en ait fini, déclara le Docteur. Elle lança un regard au jeune homme. Venez, Ryan ! Vous aussi, Yaz. Je vous appelle Yaz… parce que maintenant, on est amies.

« Amies ? »

Missy s'étrangla presque en entendant ces mots si naturels dans la bouche du Docteur. Il fallait vraiment qu'elle se calme avec les Humains. Mais au-delà de ça, Missy ressentait une pointe de jalousie.

Le Docteur reprit sa marche vers l'arrière du train où se trouvaient les trois derniers passagers du train. Yaz la suivit immédiatement, mais Ryan resta là où il était comme s'il s'était enfin rendu compte du poids sur lui.

– Madame, ça va ? s'inquiéta-t-il en essayant de la soutenir.

– Pas si vous continuez à m'appeler madame… maugréa-t-elle.

– Missy ?

Le Docteur attrapa son amie qui commençait à glisser sur le sol et la força à s'asseoir sur un siège. Elle se raidit en réalisant qu'elle en avait probablement trop demandé à la future mère de son enfant. Missy était nécessairement plus fatiguée. Pourquoi n'y avait-elle pas pensé ? Pourquoi l'avait-elle forcée à l'accompagner en pleine régénération ? Il fallait qu'elle dorme. C'était indispensable. D'autant plus qu'elle savait que son amie avait toujours été au calme pendant chacune de ses régénérations.

– Je suis désolée, murmura-t-elle en caressant ses mains.

– Pour nous avoir fait traverser le toit de ce train ? C'est bon, je me suis vengée, se moqua la rousse.

Son premier amour ne put même pas sourire devant ce trait d'humour. Elle prit la main gauche de Missy. Elle posa ses doigts sur ses veines battantes. Ses pouls étaient bien distincts, bien réguliers. Elle se concentra un peu plus, se forçant pour vérifier que ses cœurs battaient toujours aussi bien ou que sa respiration n'était pas laborieuse. Puis, elle posa sa main sur le ventre arrondi de son amie. Le bébé allait bien. Le Docteur sourit, rassurée. Ils allaient tous les deux très bien.

– Je suis juste fatiguée. D'habitude quand je me régénère, je dors et je mange. Contrairement à vous, je ne crapahute pas dans tous les sens, lui reprocha Missy.

– Oui, je sais et je suis vraiment désolée. J'aurais dû y penser seule, mais… c'est si embrouillé dans ma tête.

La blonde se laissa glisser à côté de son amie d'enfance, posant sa tête sur son épaule. Pourquoi Missy parvenait-elle à garder le contrôle de toutes ses facultés mentales ? Pourquoi ne sentait-elle pas comme elle ? Pourquoi seule elle ressentait cette confusion ? Pourquoi Missy ne lui montrait pas la moindre petite faille psychologique ? Pourquoi n'avait-elle pas l'impression que le partage entre ses nouveaux et ses anciens instincts était bien plus facile que pour elle ?

– Je suis un peu plus jeune, sourit Missy.

– Hé ! se vexa la blonde. C'est nouveau, ça. Je suis susceptible, maintenant, vous pensez ? interrogea-t-elle.

– Il n'y a que vous pour le savoir.

L'ancienne maîtresse du chaos soupira et balaya la pièce du regard. Les deux Humains se tenaient en retrait, entre deux wagons. Puis elle laissa retomber son regard sur la main du Docteur, toujours posée sur son ventre, puis son regard remonta vers le visage serein de son amie. Missy se sentit alors en colère contre elle. Elle savait qu'elle écoutait leur enfant. Bien sûr, le Docteur en avait le droit, mais elle ne pouvait empêcher une certaine jalousie de naître au creux de ses deux cœurs. Pourquoi le Docteur pouvait-elle l'entendre et pas elle ?

– Je sais pas. Il y a quelque chose qui bloque le lien.

– Génial… ironisa Missy.

La blonde se redressa un peu trop vivement au goût de Missy. Elle se mordait la lèvre inférieure, semblant être en intense réflexion.

– Pourquoi quelqu'un voudrait vous empêcher d'entendre notre enfant ?

– Vous pensez que c'est quelqu'un qui fait ça ?

– Non. Enfin, je sais pas. C'est vrai que vous devriez l'entendre. Vous devriez entendre ça, s'agaça la blonde en tapotant machinalement le bruit de battements de cœurs sur son bras.

L'horreur saisit l'ancienne maîtresse du chaos à la gorge. Ces sons…

– Arrêtez, coupa-t-elle avec froideur.

– Mais c'est juste… commença le Docteur avant d'écarquiller les yeux.

C'était évident, maintenant. Du moins pour elle, à en juger par le regard assassin que lui envoyait son amie.

– C'est juste quoi ? cassa la rousse.

– C'est comme les tambours. Les battements de cœurs des Seigneurs du Temps. Les battements de cœurs de notre enfant ! Notre enfant qui tape au rythme des tambours, Missy.

La femme rousse eut un mouvement de recul. Le Docteur ne pouvait tout de même pas sous-entendre une telle chose ? C'était horrible. Il ne pouvait pas y avoir de lien entre ces sons qui l'avaient torturé pendant des siècles et les battements de cœurs de son enfant. Elle avait envie de pleurer. Bien sûr qu'il y avait un lien. Rassilon avait placé les battements des cœurs des Seigneurs du Temps dans sa tête pour pouvoir faire revenir Gallifrey. Bien sûr qu'il y avait un lien. Un lien qui était évident et qui, pourtant, ne voulait pas se faire dans son esprit. Elle ne voulait pas croire ce que le Docteur avait déduit parce que cela signifiait tout simplement qu'elle ne supportait pas d'entendre les cœurs de son enfant battre. Son enfant qui était, pourtant, la plus belle chose à ses yeux. Pourquoi une telle merveille devait-elle être affiliée à une telle horreur ?

Missy sentit les bras de son amie enlacer ses épaules, dans un geste qui se voulait rassurant. Elle sentit ses défenses fondre à ce contact. Elle laissa échapper un sanglot et des larmes. Elle ne voulait pas pleurer, mais c'était tout ce à quoi elle pouvait penser, dans les bras de son Docteur. Elle ne parvenait plus à rien d'autre que se laisser aller dans ses bras. Parce que ses bras, ses mains, son corps… C'étaient les seules choses qui l'empêchaient de rester plongée dans ses pensées, accompagnée des tambours. Son contact était la seule chose qui l'empêchait de rester bloquée. Elle plongea son visage dans le cou de son amie, ses cheveux d'or lui caressant doucement le visage. Elle sourit à travers ses larmes. Une nouvelle odeur. Son corps dégageait une nouvelle odeur et pourtant, elle continuait de reconnaître le père de son enfant en cette femme. C'était si évident. Elle le sentait. Elle sentait la présence forte du Docteur dans sa tête, lui assurant que tout se passerait bien.

Mais l'ancienne maîtresse du chaos ressentait toujours une colère de plus en plus vivace. Pas une colère à l'encontre du Docteur, mais de Rassilon. Si un jour elle le revoyait, elle le tuerait. Elle lui ferait payer tout ce qu'il lui avait fait subir. Elle le ferait souffrir autant qu'elle avait pu souffrir. Oui, il paierait pour avoir détruit sa vie. Pour avoir… Ses cœurs se serrèrent au souvenir des corps sans vie de sa femme et de sa fille. Elle s'était absentée pour faire des recherches pour se débarrasser des tambours et lorsqu'elle était rentrée chez elle, elle avait retrouvé une maison saccagée et leurs corps. Elle s'était souvent dit que, peut-être, si elle avait été présente, elle aurait pu les sauver ou, au moins, mourir avec elles.

Étonnamment, Missy sentit le Docteur se raidir contre elle, mais sans rien dire. Pourtant, Missy était sûre qu'elle avait senti sa colère et ses intentions. Alors pourquoi n'essayait-elle pas de l'en dissuader ? Une autre colère pointa le bout de son nez. Une colère qui n'était pas la sienne. Elle venait de son amie d'enfance. Depuis qu'ils s'étaient retrouvés, elle avait senti que quelque chose n'allait pas, mais il avait fait en sorte de lui cacher la raison exacte et avait refusé d'en parler. Peut-être aurait-elle plus de chance avec celle-là ?

– C'est trop tôt, souffla Dottie avec tristesse. Peut-être plus tard.

– Que vous est-il arrivé que vous ne puissiez me confier ?

Le Maître et le Docteur avaient toujours tout partagé, même lorsqu'ils s'affrontaient. Chaque nouvelle attaque était accompagnée d'une discussion. Ils avaient même parlé de la destruction de Gallifrey, alors que le Docteur était dans la tourmente, culpabilisait. Qu'y avait-il de plus ? Une douleur. Un sentiment de trahison. Qui avait bien pu lui faire autant de mal ? La rousse sentit la colère monter à nouveau en elle.

– Personne n'a le droit de vous faire du mal. C'est mon privilège, argua Missy.

Dottie sourit, légèrement amusée, mais aussi touchée. Parce qu'elle savait que même si son amie se vantait de pouvoir lui faire du mal, elle ne lui en ferait plus dans l'état actuel des choses. Dottie était presque sûre que la mère de son enfant resterait avec elle jusqu'à la fin, maintenant. Mais elle ne parvenait pourtant pas à faire disparaître une petite voix dans sa tête lui disant qu'elle ne pouvait pas faire confiance au Maître. Cette voix qui lui rappelait que Missy continuait de lui cacher quelque chose. Quelque chose qu'elle ne parvenait pas à comprendre.

À chaque fois, qu'elle essayait, elle se heurtait violemment à une porte close. Missy ne voulait clairement pas qu'elle sache ce qu'il y avait derrière. La dernière fois qu'elles en avaient parlé, c'était dans le TARDIS, peu après le sauvetage sur Mars. Elle se souvenait lui avoir demandé ce qu'elle lui cachait encore. Il lui avait demandé de lui expliquer si elle voulait qu'il lui fasse confiance. Mais elle avait simplement répondu, les yeux plein larmes, qu'elle ne pouvait pas lui faire ça. Et elle était partie. Après cela, le Docteur n'avait cessé de retourner ces paroles dans tous les sens. En quoi cela lui ferait-il du mal à lui ? S'était-elle souvenue avoir fait du mal à Bill ? Non, sinon, elle ne continuerait pas de le lui cacher. Tout ce que pouvait faire Dottie était attendre que, peut-être, un jour Missy lui parle.

– Pour le bébé… commença Missy, interrompant les pensées de son amie.

Elles se détachèrent, s'observant quelques temps dans les yeux, scrutant chaque nouvelle forme de leurs nouveaux visages. Le Docteur était sûre de comprendre le problème. Mais pouvait-elle le résoudre ? Elle était bien placée pour savoir qu'un traumatisme ne s'effaçait pas en claquant des doigts. Et c'était ce qui la rendait folle. À cause de Rassilon, Missy n'acceptait pas – inconsciemment – d'entendre leur enfant.

– Il faut que vous parveniez à vous émanciper des tambours. Je sais que ce n'est pas facile, mais c'est ce qui vous bloque.

– Vous voulez dire que c'est ma faute ?

– Je veux dire que votre inconscient rejette l'idée d'entendre à nouveau ces sons. Alors vous vous protégez comme vous pouvez, tenta de lui expliquer la blonde.

Missy hocha lentement la tête, l'air grave. Elle avait encore de gros progrès à faire avant de pouvoir écouter les battements de cœurs de son enfant sans le Docteur.

– Comment ça va ? s'inquiéta Dottie.

– Pas très bien, répondit Missy avec désinvolture.

– Qu'est-ce qu'il y a ?

– Vous vous faîtes des amis trop rapidement, se moqua Missy en lançant un regard vers Yaz.

La blonde rit. Elle n'avait pas vraiment fait attention, mais Missy avait raison. Elle avait directement classé Yaz dans la catégorie « amis ». C'était une chose qu'elle n'avait plus fait depuis longtemps. Ces deux dernières régénérations avaient été si souvent seuls. Elle ne voulait plus être comme ça. Elle avait besoin de se sentir entourée. C'était tout ce dont elle était sûre.

– Et moi ? s'agaça la rousse.

– Bien sûr que vous serez toujours là, s'enjoua Dottie.

– Alors pourquoi vous avez besoin d'autres amis ?

L'ancienne maîtresse du chaos fit une moue boudeuse. Elle n'aimait vraiment pas l'idée que cette Yasmin Khan devienne trop proche du Docteur. Elle allait surveiller ça de très près. C'était son Docteur. Elle fronça les sourcils. Apparemment, elle était de plus en plus possessive. Elle devrait apprendre à mieux gérer ce sentiment si elle ne voulait pas finir par réduire à néant tous les efforts qu'elle avait fait pour ne tuer personne.

– Vous ne trouvez pas que c'est plus amusant à plusieurs ?

– Vous êtes en train de dire que vous vous ennuyez avec moi ?!

Missy se sentit blessée. Ils avaient souvent passé du temps seuls, juste tous les deux. Certes, pendant leur temps passé à l'Académie, ils avaient fait partie d'un groupe de musique. Avec Magnus, Ushas et Théta. Ils avaient été quatre. Pendant un certain temps, ils avaient été quatre amis, se réunissant pour jouer de la musique. Elle se souvenait encore de leurs après-midi répétitions. Elle se souvenait de leurs rires.

Mais la plupart du temps, ils restaient tous les deux. D'ailleurs, quand eux – le Docteur et le Maître – se connaissaient depuis leur naissance, le Général et la Rani ne s'étaient ajoutés qu'après leur arrivée à l'Académie. Mais cela n'avait aucunement remis en cause leur amitié. Alors pourquoi, à chaque fois que le Docteur se faisait de nouveaux amis, elle se sentait menacée ? Pourquoi se sentait-elle obligée de défendre son territoire ?

– Bien sûr que non, je suis bien avec vous, opposa le Docteur.

– Bien. Dans ce cas pourquoi allez-vous chercher de nouveaux petits animaux de compagnie ?

– Ce n'est pas la même chose, intervint aussitôt la blonde. Mes compagnons sont des amis. Ils apparaissent et disparaissent. Soit ils retournent à leur vie, soit ils… meurent. Vous, c'est différent. Vous êtes ma plus ancienne amie, nous sommes de la même espèce. Vous me comprenez et je sais que vous serez toujours là parce que vous trouvez toujours un moyen d'échapper à la mort. Je n'ai pas la même relation avec mes compagnons qu'avec vous.

Missy se pinça les lèvres. Elle sentait bien que son amie lui disait la vérité, mais elle sentait toujours cette petite insécurité dans un coin de sa tête. Cette petite insécurité qui lui laissait entrevoir un avenir où le Docteur n'aurait plus besoin d'elle.

Pour la première fois depuis des mois, le Docteur posa sa main sur la joue de Missy et initia un doux baiser. Un baiser dans lequel elle lui envoyait une vague d'affection réconfortante. Elles n'avaient plus besoin de parler. L'initiative du Docteur lui garantissait suffisamment de choses.

Un bruit de raclement de gorge leur parvint aux oreilles. C'était Yaz. Missy ne donnait vraiment pas cher de l'avenir de cette petite Humaine si elle continuait ainsi.

– Vous avez fini ? demanda Ryan, un peu gêné.

– Parce qu'on a toujours une femme morte dans ce train.

– C'est vrai ! approuva le Docteur en se relevant.

Elle prit la main de Missy dans la sienne et l'aida à se relever. Ils devaient retourner voir les dernières personnes présentes dans le train. La rousse poussa un gémissement de protestation.

– Vous avez intérêt à me trouver des lasagnes ! lança-t-elle à l'adresse de son amie.

À moitié allongée sur deux sièges, Missy regardait Yaz prendre en note le témoignage d'un certain Carl.

« Barbant… »

Elle lança un coup d'œil à la mère de son enfant – tournant en rond depuis plusieurs minutes – qui semblait enfin se rendre compte qu'il y avait d'autres personnes présentes autour d'elle. Elle se dirigea vers Ryan et ceux qui devaient être ses grands-parents.

– Allez, ma troupe. Non, pas ma troupe. Équipe ? Gang ? Famille ? J'suis pas en train de me disperser, là ?

– Vous croyez ? maugréa Missy en détaillant les trois personnes au fond.

« Famille ? Amies ? Vous êtes vraiment en manque, Dottie… »

Cette dernière leva les yeux au ciel devant la remarque de son amie. Mais malheureusement, elle ne pouvait plus nier cette envie irrépressible de se lier avec des gens, quel qu'ils soient. Elle avait envie d'avoir plein de personnes sur qui compter. Mais elle ne devait pas oublier Missy. Non, elle ne pouvait pas l'oublier au vu du sentiment d'agacement – de Missy – qui se faisait de plus en plus présent dans le fond de son esprit.

– Vous avez traversé le toit du wagon, fit la grand-mère de Ryan en désignant le toit et en lançant un bref regard à la rousse.

Missy nota mentalement de ne plus jamais laisser le Docteur toucher aux commandes du TARDIS lorsqu'elle se régénérerait à l'avenir.

– J'ai été éjectée de mon TARDIS, répondit d'ailleurs cette dernière avant qu'un sentiment d'horreur ne s'empare d'elle. Oh… J'ai perdu mon TARDIS. Ça explosait de partout et il s'est… dématérialisé, dit-elle d'une voix brisée. Pas de panique ! C'est pas la fin du monde. C'est p'têtre la fin du monde. Mais une chose à la fois.

La femme rousse se mordit la langue. Son besoin de protéger son amie lui dictait de se faire violence et de se lever pour aller la consoler. Elle se leva plus vite qu'elle n'aurait dû le faire. Elle vacilla mais continua sa marche vers son amie et l'enlaça par derrière. Elle ne pouvait pas la laisser ainsi. Elle sentait sa détresse. Le Docteur se sentait déjà suffisamment perdue comme ça, elle n'avait pas besoin qu'on ne lui ajoute la perte de son cher vaisseau. Missy savait très bien qu'ils étaient très liés, qu'ils avaient eux aussi une relation assez compliquée. Curieusement, elle ne se sentait pas jalouse du TARDIS. Au contraire, elle l'appréciait même beaucoup. Elles avaient même souvent discuté lorsque le Docteur la laissait seule pendant qu'il partait en balade avec Bill et Nardole.

– Et on est censés comprendre c'que vous êtes en train de raconter ? les interrompit le vieil homme face à elles.

– Elle pense que cette chose, c'est un alien, l'informa Ryan.

– Vous êtes mon préféré, sourit Missy en lui faisant un clin d'œil.

Le jeune homme détourna les yeux, un peu gêné, les posant sur le mari de sa grand-mère qui lui rétorquait :

– Sois pas idiot. Ça existe pas, les aliens. Et même si ça existait, je vois pas ce qu'ils seraient venus faire dans ce train.

Le Docteur se détacha de Missy et s'approcha du vieil homme, les yeux ronds.

– Vous voyez pas ? Et pourtant j'suis un alien et j'suis là.

– Moi aussi ! lança Missy, vexée d'être prise pour une simple Humaine.

Le Docteur et l'homme se regardèrent dans les yeux pendant quelques instants. Aucun des deux ne vacillait. Finalement, l'homme sembla décider que rester ici à discuter ne servait à rien et dit :

– Grace, on s'en va.

– Non, on s'en va pas ! Elle vient de nous sauver la vie, argua la dénommée Grace.

– N'ayez pas peur. Tout ça, c'est nouveau pour vous et ça peut faire peur. Maintenant, on veut tous des réponses. Restez avec moi, et vous les aurez peut-être.

– En fait, moi… j'veux pas de réponses ! lança Carl. Tout ce que j'veux, c'est aller au boulot et oublier tout ça. Si ça pose de problème à personne ? Et même si ça en pose. Merci, dit-il à l'intention du Docteur.

Il prit son sac et tourna le dos à toutes les autres personnes.

– Celui-là est d'un ennui, soupira Missy.

– Il est en état de choc, lui rappela la blonde.

– Eux aussi et je les trouve moins barbants, même si le grand-père n'accepte pas l'évidence même.

– Vous voulez qu'je vous raccompagne ? demanda l'agent Khan.

– Non ! Ça ira. Je… j'ai envie d'être seul… de marcher un peu. J'ai besoin d'air. Et j'suis d'accord ! Y a pas d'aliens à Sheffield !

Le vieil homme hocha la tête pendant que le Docteur levait une fois de plus les yeux au ciel.

– Pourquoi vous aimez tant les Humains ? Ils sont si insultants, murmura Missy, les sourcils froncés.

– Je crois qu'il est vraiment sous le choc, le pauvre, fit Grace.

– Question idiote, reprit Dottie. Vous n'avez pas remarqué autre chose qui sorte de l'ordinaire, ce soir ?

Ryan et Yaz échangèrent un regard. Le jeune homme leva timidement une main.

– Missy, vous m'écrasez ! lança le Docteur en essayant de réajuster sa position sur le siège du passager avant de la voiture de police de Yasmin Khan.

– C'est ma faute à moi si vos petits amis humains ne sont pas fichus de faire des voitures plus grandes à l'intérieur ? s'agaça la rousse en s'accrochant à la poignée de sécurité.

La voiture ne disposant que de cinq places et eux étant six, Missy avait dû se faire une raison et s'asseoir sur les genoux du Docteur. Il était hors de question qu'elle se mette sur quelqu'un d'autre.

À l'arrière, Ryan, Grace et le vieil homme échangèrent des regards confus. Plus grand à l'intérieur ? Comment diable pouvaient-ils faire pour que quelque chose soit plus grand qu'il n'en avait l'air ? Mais ce n'était pas le plus important aux yeux du vieil homme. La question la plus importe pour lui était : pourquoi suivaient-ils tous ces deux femmes littéralement tombées du ciel sans se poser la moindre question ?

– On va avoir des ennuis s'ils découvrent qu'on était sur le lieu de l'accident, murmura Yaz songeuse.

– Vous pouvez mettre les gyrophares et la sirène ? demanda le Docteur.

– Non ! Et on devrait même pas faire ça !

Missy sourit en voyant les lèvres de Dottie se retrousser, comme une enfant déçue.

– Et donc vous trois, vous vous connaissez ? demanda-t-elle en tendant le cou vers l'arrière.

– Je suis sa mamie et Graham, c'est mon mari, répondit Grace en désignant d'abord Ryan puis le vieil homme toujours sceptique.

– Son second mari, rectifia Ryan.

– Et vous deux, vous vous connaissez ? continua le Docteur en désignant l'agent de police et le jeune homme.

– Yaz et moi, on a été à l'école ensemble.

– Oh…

– Non. Yasmin Khan ?

– Salut, mamie de Ryan ! sourit Yaz.

– Très touchant, ironisa Missy.

– Et vous deux ? reprit Ryan en désignant les deux femmes collées. Vous êtes ensemble ?

– Dommage… Je vous aimais bien, se désola Missy.

– Vous vous êtes embrassées à plusieurs reprises. Excusez-moi d'en déduire que vous formez un couple.

– C'est dégoûtant ! se révolta la rousse.

– De sortir avec moi ? se vexa Dottie.

– Mais non, vous êtes parfaite, sourit Missy. Nous sommes amies. Des amies d'enfance. Essayez un peu de comprendre ce qu'est l'amitié. Une longue amitié comme la nôtre n'obéit pas aux stupides règles que les Humains mettent en place pour classer leurs relations, dit-elle avec arrogance.

– Vous allez avoir un enfant ensemble, vous l'avez dit tout à l'heure, continua Ryan, maintenant légèrement vexé que cette femme insulte son espèce.

– Je ne vois pas le rapport.

– C'était un accident. J'étais pas très bien, alors une chose en entraînant une autre, j'ai fini par lui faire un enfant, expliqua Dottie.

– Mais vous êtes deux femmes ! opposa Graham, de plus en plus confus.

– Vous n'écoutez pas ce qu'on vous dit ? Nous sommes des aliens, s'agaça la rousse.

– Donc votre espèce peut procréer même si vous êtes du même sexe ? s'émerveilla Grace.

Dottie et Missy échangèrent un regard : personne n'avait encore réellement essayé cela sur Gallifrey… Si cela était possible, cela ne devait tout de même pas être facile car il n'y avait jamais eu aucun accident de ce genre à leurs connaissances – et elles étaient vastes. Après tout, leur amie Magnus avait changé de sexe et conservé son époux… Cela dit, la plupart des Seigneurs du Temps n'établissaient cette proximité que pour procréer… Le Docteur était un original, de ce point de vue…

– Non, j'étais un homme avant, sourit la blonde. Enfin, elle aussi était un homme avant, mais elle l'était plus quand on a fait le bébé.

– Arrêtez de parler, fit Missy en levant les yeux au ciel.

– En admettant que tout ceci soit vrai, ça veut dire que vous pouvez changer de sexe ? interrogea Graham.

– Cool, pas vrai ? sourit le Docteur. Et vous dîtes que vous avez trouvé cette chose dans la forêt ? reprit-elle en se souvenant de ce dont Ryan leur avait parlé.

– Vous passez vite d'un sujet à un autre, murmura l'ancienne maîtresse du chaos, un sourire amusé étirant ses lèvres.

– C'est ça, répondit Ryan. J'ai pris des photos.

Il sortit son téléphone portable et le tendit au Docteur, la photo d'un objet bleu sphérique affichée en grand sur l'écran.

– C'est parfait, ça souffla-t-elle en prenant le téléphone. C'est passionnant… Non. Pas passionnant. J'voulais dire quoi ? Inquiétant. Accélérez, Yaz, ordonna-t-elle, l'urgence dans sa voix.

Missy baissa les yeux sur le téléphone et grimaça. Cette chose lui rappelait vaguement quelque chose, quelque chose qui faisait naître en elle le même sentiment d'inquiétude.


Que pensez-vous du nouveau surnom du Docteur ? ^^

J'espère que ce chapitre vous a plu ! Et que vous apprécierez ce que je fais du personnage du Maître ! ^^

Le prochain chapitre s'appelle : "Les femmes venues d'ailleurs" (Partie 2)

Oui, personne n'est plus original que moi ! :D