Le Maître et le Docteur. L'un espère sauver l'autre et l'autre espère être à la hauteur. Pendant longtemps, Missy, le Maître a répandu le chaos dans l'univers, mais maintenant elle a la ferme intention de changer. Elle veut changer pour le Docteur, son seul et plus cher ami. Ce qui les lie est bien plus complexe qu'il n'y paraît. Amour ? Amitié ? Ils savent juste qu'ils seront toujours là, l'un pour l'autre.
Se base sur l'idée originelle de la série, selon laquelle Missy ne meurt pas et est enceinte.
DISCLAMER : Cet univers et ses personnages ne m'appartiennent pas… malheureusement :'(
NOTE : Merci pour les reviews ! Ça me fait plaisir de voir que le rapprochement de Missy avec un autre personnage que le Docteur soit bien accueilli et que je parvienne à vous faire rire ^^
J : Je voulais te dire que la sensation de bulle pour les scènes entre Missy et le Docteur est faite exprès. Pour l'instant, elles ne sont que deux. Ces quatre Humains ne sont pas encore des compagnons, elles viennent de les rencontrer. Pour l'instant, elles fonctionnent à deux. Et elles vont devoir apprendre à fonctionner différemment au fil de la saison ^^
Deponia : Merci pour ton assiduité, vraiment. Et oui, les compagnons développeront donc une relation un peu différente avec le Docteur du fait de la présence de Missy. Il y a des choses qu'ils sauront contrairement à la série. Je ne voulais pas que Missy soit juste là en touriste, je voulais qu'elle ai une vraie influence sur les épisodes, les relations entre le Docteur et ses nouveaux compagnons, mais aussi qu'elle tisse une relation avec eux (bonne ou mauvaise) ^^
Je pense qu'à la fin de l'épisode, je prendrais un rythme de toutes les deux semaines pour ne pas perdre trop d'avance, désolée :(
Merci à ma sœur Zelena Rose Carter qui corrige mes textes ^^
Bonne Lecture ! ^^
– Chapitre 8 – « Les femmes venues d'ailleurs », Partie 3
– On a un homme à terre, leur apprit Graham, alors que Ryan ramenait les trois femmes à l'intérieur de l'entrepôt.
– C'est sûrement cette créature qui l'a tué, murmura Grace, bouleversée.
– Fort probable, approuva Missy en se plaçant devant le corps.
Elle sentit un haut-le-cœur la secouer. D'ordinaire, elle n'avait aucun problème avec les cadavres, mêmes ceux horriblement mutilés. Et pour cause, elle avait fait la Guerre du Temps et avait commis bien d'autres atrocités de ce type.
Elle se souvenait d'ailleurs avoir assisté à une grande partie des conversions des Humains en Cybermen sur Mondas. Ses cœurs se serrèrent plus violemment alors qu'elle se rappelait de leurs cris et supplications, alors qu'elle se souvenait de leurs yeux emplis de larmes et de leurs voix priant pour une quelconque aide. Elle se souvenait aussi de la transformation de Bill en Cyberman. Ça avait été une horreur. Toutes les conversions étaient immondes. Mais elle n'avait jamais scié.
Alors pourquoi se sentait-elle si nauséeuse pour une simple mâchoire défoncée ? La culpabilité ? L'empathie ? Peut-être, mais pas que. Elle posa une main sur son ventre.
– J'ai jamais vu de blessures qui ressemblent à ça, poursuivit l'ancienne infirmière.
– C'est pas dû à un laser, fit Dottie en s'approchant un peu. On dirait une gelure, plutôt.
– Elle lui a aussi explosé la mâchoire.
– Et apparemment, elle lui a pris une dent. Quel genre de créature tue quelqu'un et lui prélève une dent ?
– Madame ? appela Ryan.
– J'ai dit non pour cette appellation. Juste Missy, ordonna-t-elle.
– Vous ne devriez peut-être pas regarder ça, suggéra Graham, lui-même nauséeux.
– J'ai vu et commis des horreurs pires que celle-ci. Alors, non, je n'ai pas besoin de m'éloigner, s'offusqua la rousse.
– Mais vous n'avez vraiment pas l'air bien, insista Grace.
– Moi, je suis habituée, mais… je crois que c'est pas le cas du bébé, continua Missy en posant une main sur sa bouche.
Elle se retourna et se précipita dans un coin pour vomir à l'abri des regards. Saleté de grossesse. Si un jour, elle pouvait se régénérer avant le Docteur, elle reprendrait une forme masculine juste pour que son amie subisse les mêmes désagréments qu'elle.
– Désolée que vous ayez dû voir ça, s'excusa le Docteur en regardant les autres personnes présentes. Missy ?! Vous vous sentez mieux ?
Un gémissement et une toux lui répondirent.
Dégoûtée par le cadavre sous ses yeux, Yaz préféra le son des vomissements de la Dame du Temps à l'idée de contempler cette scène encore quelques secondes de plus. Elle s'approcha de la rousse, prenant aussitôt une expression inquiète en croisant son regard. Elle semblait si faible en cet instant.
– Vous devriez vous asseoir, tenta l'agent de police.
Elle haussa les sourcils, étonnée, lorsqu'elle vit Missy hocher la tête et se laisser glisser contre le sol, visiblement réticente.
– C'que c'est sale, se contenta-t-elle de dire en ignorant Yaz.
– J'vais trouver quelque chose pour couvrir le corps, fit la grand-mère de Ryan et, s'approchant des deux jeunes femmes, en retrait : Ça va, mademoiselle ? s'inquiéta-t-elle.
– Mademoiselle ? J'suis plus vieille que vous, sourit Missy, amusée.
– Vous avez quel âge ? interrogea Yaz, intriguée.
Elle s'assit près de la Dame du Temps.
– Un peu plus de 1700 ans, répondit cette dernière en passant une main sur son visage.
Ce fut à cet instant qu'elle réalisa que son maquillage avait disparu lors de sa régénération. Dommage, elle qui aimait bien se sentir maquillée. Et visiblement, elle aimait toujours cela.
– Mais sinon, vous vous sentez mieux ? réitéra l'ancienne infirmière.
C'est alors que Missy s'aperçut que la vieille femme avait trouvé une sorte de bâche pour couvrir le corps.
– Quand je le verrai plus.
La rousse désigna le corps mutilé. Grace grimaça et alla poser la bâche qu'elle tenait pour recouvrir le cadavre.
– Comment on doit vous appeler ? demanda Yaz.
– Missy. Si j'étais restée un homme, vous auriez dû m'appeler « Maître ».
– Maître ?
– Mais maintenant que je suis une Dame du Temps, c'est un peu ridicule, donc je me suis fait appeler la « Maîtresse » que j'ai raccourci en « Missy », explicita-t-elle.
– Mais c'est pas votre vrai nom ?
– Non, c'est un nom que j'ai choisi, mais c'est aussi un titre. Dottie s'est aussi choisi un nom à elle. Mais officiellement, sur Gallifrey, c'est comme cela qu'on s'appelle. Nous avons nos noms originels et ceux que l'on s'est choisis. Le Maître et le…
– Le quoi ? sourit Yaz.
– Je regrette, mais elle doit s'en souvenir seule. Elle est en pleine incertitude. Elle doit se souvenir seule. Elle vous le dira. Et lorsque cela arrivera, vous lui poserez tous une question qui lui donnera un grand sourire – parce qu'il a toujours aimé entendre les gens lui poser cette question.
– C'est très énigmatique tout ça, soupira la jeune femme brune.
– Je ne vais pas vous faciliter la tâche, fit Missy, moqueuse.
Yaz lui répondit avec un sourire amusé.
La Dame du Temps devait bien se résoudre à l'idée que cette jeune Humaine n'avait pas que des mauvais côtés. Elle lui semblait même assez sympathique et très curieuse. Mais il fallait qu'elle reste sur ses gardes. Elle connaissait suffisamment le Docteur pour savoir qu'il aimait beaucoup les jolies Terriennes. Elle continuerait de surveiller cette évolution d'un peu plus près.
Yaz se releva vivement et sous le regard surpris de Missy lui tendit la main pour l'aider à se lever. La rousse haussa un sourcil, interrogateur. Était-ce un piège ? Non, elle ne le pensait pas. Elle devait vraiment s'habituer à ce que les gens veuillent l'aider. Finalement, elle sourit et accepta volontiers la main tendue.
– Je suis désolée de ce qui vous arrive. Je suis désolée que la chose à bord du train vous ait implanté des bombes. Et je suis désolée de ne pas encore avoir découvert ce qui se trame, déclara le Docteur, un air coupable sur le visage.
Missy roula ses yeux. Comme si toute cette soirée était uniquement de la faute de son amie. Si elles n'avaient pas traversé le toit du train, cette chose leur aurait tout de même implanté ces bombes ADN. Peut-être que Missy devait développer un peu plus sa compassion et sa culpabilité, mais elle était sûre de ne pas être la seule à devoir régler ses problèmes. Si elle devait ressentir plus, le Docteur devait assurément moins culpabiliser pour tout ce qui arrivait dans l'Univers. Après tout, elle n'était pas toujours la cause des problèmes qu'elle devait régler. Et elle ne pouvait pas toujours tout faire ou tout protéger. Certaines choses devaient arriver et il était inutile de se rendre responsable de tout.
– Vous devriez vous calmer avec les excuses, lança l'ancienne maîtresse chaos.
– Et vous, vous devriez en faire plus souvent, lui répondit la blonde avec agacement.
Elle n'appréciait pas trop les remarques de la mère de son enfant vis-à-vis de sa culpabilité. Après tout, c'était elle qui les avait amenés jusqu'ici. Et même si cette chose n'avait pas eu besoin d'elle pour les bombes ADN, elle se sentait coupable de na pas avoir encore pu les aider. Elle se sentait coupable parce qu'elle avait peur que les bombes explosent avant qu'elle ait pu les désactiver. Elle se sentait coupable parce que pour l'instant, elle ne leur était d'aucune utilité et qu'elle pouvait même les mettre en danger. Et elle voulait que Missy comprenne cela.
Elles échangèrent un regard. Un regard dans lequel Dottie espérait pouvoir faire comprendre tout ce qu'elle ressentait. Elle lui envoya quelques-unes de ses pensées et se sentit un peu satisfaite lorsqu'elle vit la grimace de Missy. Parce qu'elle commençait à faire comprendre à son amie d'enfance comment elle réfléchissait.
« Mais je ne suis pas d'accord avec vous, Do… ttie. Vous n'avez à vous excuser. Tout ce qui se passe ce soir serait arrivé et tous ces gens seraient probablement déjà morts, sans vous. Vous êtes celle qui peut leur donner une chance de s'en sortir, pas celle qui les tuera. »
« Je les tuerai si je ne peux pas les débarrasser de leurs bombes. »
« Non. Cette chose les aura tués, pas vous. »
– Euh… ça… c'est le truc qu'on a trouvé, les interrompit, sans le réaliser, un Ryan qui s'était un peu éloigné du groupe.
– Mais il était entier tout à l'heure, opposa Yaz. On dirait que quelqu'un l'a cassé.
Oui, elle reconnaissait l'objet qu'elle avait vu dans la forêt, mais maintenant, elle ne voyait que des morceaux éparpillés sur le sol.
– Ou alors cette chose a rempli sa fonction, supposa le Docteur en tournant autour de ce qu'il restait de l'objet bleu. C'est une sorte de caisson de transport. Sans doute pour cette créature qu'on a vu dans la ruelle. Mais pourquoi ici ? Pourquoi ce soir ?
– Parce que le TARDIS vous emmène toujours là où vous devez être ? supposa Missy en haussant un sourcil.
– Si vous appelez ça emmener, maugréa Dottie en se souvenant de sa chute libre.
– C'est vous qui avez fait une erreur, je vous le rappelle. Elle était calme jusqu'à ce que vous pressiez ce fichu bouton.
– Surtout, soyez pas trop de mon côté, ça aurait l'air bizarre, rétorqua le Docteur.
Missy sourit. Quel était l'intérêt de rester auprès du Docteur si elle ne pouvait pas pointer ses erreurs ? C'était si amusant de le… de la voir se comporter ainsi ou de discréditer ces paroles auprès de ses futurs compagnons.
– En fait, c'est à cause de moi.
Tous les regards convergèrent vers Ryan qui venait de parler.
– Comment ça ? Qu'est-ce que vous avez fait ? s'enquit le Docteur, les dents serrées, à présent tendue.
– Quand je suis allé récupérer mon vélo, y avait une lumière dans l'air. Elle a bougé et formé des carrés, commença-t-il.
– Et ? interrogea Dottie.
– Et j'en ai touché un, expliqua-t-il.
– Ryan, fit sa grand-mère avec un regard sévère.
– Vous auriez tous fait la même chose, protesta le jeune homme.
– Non, pas moi, assura Graham.
– Moi si, j'avoue, répondit le Docteur en levant la main.
– Vous êtes incorrigible, ma parole ! s'agaça Missy.
Son amie avait toujours été si courageuse et si curieuse qu'elle en venait à faire n'importe quoi. Et cela avait toujours été ainsi.
« Koschei, allons escalader le Mont de la Perdition ! On pourra admirer le lever de soleil ! » s'était réjoui Théta. Résultat : ils s'étaient perdus pendant 24h sans eau, ni nourriture.
« Oh ! Koschei ! Faisons l'école buissonnière pour aller boire des coups avec les Shobogans. Ils savent si bien s'amuser ! » avait encore avancé Théta. Résultat : Théta avait perdu sa dignité ce jour-là – et s'était promis de ne plus reboire autant d'alcool – et Koschei s'était battu contre six Shobogans. Bien sûr, ces derniers avaient vu la victoire leur échapper.
Ou il y avait quelque chose de bien plus récent. Comme le fait d'appuyer sur un bouton, juste comme ça, sans aucune raison valable.
Évidemment, il ne s'agissait pas de cas isolés. La vie du Docteur était parsemée de décisions de ce type. Et il lui semblait même que, plus son amie vieillissait, plus elle s'en amusait. Pour Missy, c'était tout simplement désespérant. Comment pouvait-on être aussi inconscient ?
Elle finit par sentir un regard de reproche posé sur elle.
– Je ne suis pas inconsciente, opposa Dottie. Je suis curieuse et j'aime m'amuser, c'est tout, précisa-t-elle fièrement.
– Et on voit où ça vous conduit, ironisa la rousse.
– À rechercher un méchant alien, vous voulez dire ?
– Entre autres. Je ne comprends pas : vous ne vous reposez donc jamais ?
– Vous vous reposiez en préparant mon « cadeau d'anniversaire » ?
Le Docteur mima les guillemets, mais son amie répondit le plus naturellement du monde :
– Bien sûr. Je suis une Dame du Temps, j'ai tout le loisir de faire ce que je veux. J'avais tout mon temps, un TARDIS et un manipulateur temporel… Bien sûr, il y avait une date butoir – votre anniversaire – mais je me suis organisée, je n'ai pas tout fait en urgence, tout de même. J'ai une qualité que vous n'avez pas, Dottie.
Cette dernière haussa un sourcil, curieuse.
– La patience. Je sais attendre.
La blonde ouvrit la bouche mais aucun son n'en sortit – encore une fois. Les deux Dames du Temps s'affrontèrent du regard, et le petit air supérieur de la rousse eut raison de la patience de la précédente.
– Rah, vous m'énervez !
– Parce que j'ai raison ?
Le Docteur n'eut pas besoin de répondre. Les éclairs lancés par son nouveau regard brun criaient une confirmation à Missy.
– Je le savais ! se réjouit-elle, un sourire vainqueur aux lèvres. Et pour répondre à votre question de tout à l'heure… Je l'aurais peut-être fait aussi. Après observation.
– Vous voyez ?
– J'aurais réfléchi, moi.
– Vous me cherchez, là.
– Ça marche ? demanda l'ancienne maîtresse du chaos avec un clin d'œil.
– Un peu.
Les deux extraterrestres échangèrent un bref sourire. Il y avait toujours un mort à cause de cette erreur de Ryan…
– Bon, ensuite, les carrés ont disparu, reprit ce dernier, un peu gêné. Et quelques secondes plus tard, ce truc est apparu. Qu'est-ce que j'ai fait ?
Il se mordit la lèvre. Il n'avait jamais voulu faire de mal à qui que ce soit. S'il avait su que ce geste allait entraîner tant de problèmes, il ne s'en serait même pas approché. Il aurait tellement voulu changer ce qu'il avait fait, s'il l'avait pu. Par sa faute, deux personnes étaient mortes. Cet homme et la femme à cause du choc provoqué au train par l'arrivée de cette créature… Peut-être même plus, maintenant que cet alien s'était enfui. Peut-être continuait-il de faire du mal à tous ceux qu'il croisait… Cette idée faisait se sentir mal le jeune homme.
– Mmmh… C'est difficile à dire, murmura la Dame du Temps blonde.
Graham se détacha de sa femme. Il était en colère. Il pouvait supporter l'attitude de Ryan vis-à-vis de lui – même si cela le peinait – mais il ne pouvait pas supporter l'idée que celui qu'il voulait considérer comme son petit-fils fasse quelque chose d'aussi irréfléchi. Et c'était pour cela qu'il s'apprêtait à lui crier dessus.
– Je suppose que tu vas mettre ça sur le dos de la dyspraxie ?! Tu sais pas faire de vélo ! T'as déclenché une invasion aliene !
– Graham, appela Grace en se rapprochant à nouveau de lui.
– Quoi ?!
– Ça suffit, mon amour, ajouta-t-elle.
Et Graham se calma. Le simple contact de son épouse avait calmé sa rancœur.
Missy sentit ses cœurs se serrer. Une image flasha dans son esprit. Un souvenir… ancien… Pendant sa jeunesse, pendant son premier mariage, lorsqu'elle vivait encore heureuse sur Gallifrey, il lui arrivait de se mettre en colère. Et pendant ces instants, seule son épouse parvenait à la calmer. Elle se souvenait de sa voix de velours, de la douceur de sa peau de pêche, de la tendresse de ses yeux noisette. Sa femme avait toujours eu sur elle un pouvoir apaisant, autant que les yeux du Docteur, à présent. Mais c'était si douloureux. Si douloureux de voir ces personnes interagir les unes avec les autres. Chaque interaction était douloureuse parce que chacune d'elles la replongeait dans ses vieux souvenirs. Et à chaque fois, elle se demandait pourquoi elle n'avait pas le droit de vivre encore cela avec sa première famille. C'était une question qu'elle s'était souvent posée. Une question qu'elle avait posée au Docteur pendant l'année qui n'avait jamais existé.
« Vous qui prônez la justice, dîtes-moi… En quoi est-ce juste que certains aient le droit de vivre jusqu'à la fin de leurs jours avec la femme qu'ils aiment, de voir leurs enfants grandir et vieillir alors que d'autres les voient mourir ? En quoi cela est-il plus juste que ces gens ne ressentent pas la même douleur ? »
À cette époque, le Docteur n'avait pas su lui répondre. Puis, alors qu'ils mangeaient ensemble un soir, après qu'elle avait été enfermée dans le Coffre, elle lui avait reposé la question et lui avait rappelé son absence de réponse. Là encore, il était resté muet un moment. Puis il avait fini par répondre : « Ce n'est pas juste. Mais qui nous donne le droit de leur faire subir la même souffrance ? Qui ? Il ne s'agit pas de justice, cette fois, mais de compassion. Vous verrez, un jour. »
Elle-même n'avait pas su répondre à cela. Elle avait d'abord songé au fait qu'ils étaient des Seigneurs du Temps, que leur capacité à voir tout ce qui fut, tout ce qui est et tout ce qui pourrait être, leur donnait le droit de prendre ce genre de décision. Mais elle avait aussi compris ce que voulait dire le Docteur. Elle avait commencé à se demander en quoi cela l'avancerait de faire à ce point souffrir les autres. Cela ramènerait-il sa défunte femme et leur fille ? Certainement pas.
Malgré cela, il lui arrivait de se poser à nouveau cette question. Cette question qui lui serrait les cœurs.
« Pourquoi eux et pas moi ? »
Missy inspira profondément, se rendant compte qu'elle s'était trop laissée aller. Elle sentait ses joues humides et elle sentait les regards posés sur elle. Elle voulut s'excuser, mais aucun son ne sortit de sa gorge. Pourquoi ? Elle savait toujours quoi dire et comment le dire. Mais en cet instant, le simple fait de parler lui semblait être l'effort le plus difficile qui soit, l'effort de trop. Elle baissa la tête et réalisa que quelqu'un s'était glissé près d'elle.
Ce ne fut qu'à cet instant qu'elle réalisa la chaleur du corps de son amie d'enfance ou leurs mains enlacées. Elle se rendit également compte qu'elle la serrait si fort qu'elle doutait de ne pas lui faire, au moins, un peu mal. Elle desserra un peu sa prise, mais se colla un peu plus contre la mère de son enfant. Elle sentit la main douce du Docteur se placer sur sa joue et la forcer à relever la tête pour la regarder. Elle fut alors frappée par la tristesse dans ses yeux marrons. La même que la sienne. L'ancienne maîtresse du chaos pensa aussitôt qu'elle devait être bien chamboulée pour ne même pas avoir ressenti la présence de sa plus chère amie. Elle s'en voulut immédiatement.
« Il m'arrive aussi de me poser cette question, » avoua la blonde.
« Vous ne me l'aviez jamais dit, » opposa faiblement la rousse.
« Je sais, je voulais tellement vous faire comprendre que la douleur ne nous donnait pas le droit de nous montrer si égoïstes. Mais maintenant, je vous affirme qu'il m'arrive de me poser la question. Et c'est normal, » la rassura Dottie.
Grace, Graham, Ryan et Yaz échangèrent des regards interrogateurs. Aucun d'eux ne comprenait ce qui était en train de se passer. La seule chose dont ils étaient sûrs était qu'ils ne voulaient pas briser cet instant d'émotion entre les deux amies. Ils sentaient qu'il y avait une raison à cela, même s'ils ne la connaissaient pas. Peut-être même ne la connaitraient-ils jamais. Alors ils restèrent silencieux, attendant, respectant ce moment où les deux femmes semblaient tristes, abattues.
Ryan passa son poids d'un pied à un autre, de plus en plus mal à l'aise. Il savait bien qu'ils devaient laisser ces femmes régler leurs problèmes, des problèmes dont ils ignoraient tout. Mais il n'avait pas l'impression d'être à sa place. Il fit un pas en arrière. Un grand bruit de métal retentit dans l'entrepôt vide et silencieux. Ils sursautèrent tous, cherchant l'origine du bruit. Même les deux extraterrestres s'étaient mises en alerte.
– Désolé, je crois que c'est moi et… Et cette chose, répondit Ryan en désignant un des boulons et une sorte de plateau en métal.
– Ce n'est rien, il faut qu'on s'occupe de cette invasion aliene, affirma Missy en se plongeant à nouveau dans la situation présente.
Graham lança un autre regard à Ryan qui répliqua immédiatement par :
– Ok, j'ai fait une erreur ! Mais pourquoi ce mec est allé récupérer ce truc pour le ramener ici ? Et comment il savait qu'il était dans la forêt ?
– Très bonne question, assura le Docteur avec un sourire tout en se penchant en avant pour continuer d'observer l'objet bleu en morceau.
Cependant, elle ne lâcha pas la main de Missy, ni ne s'éloigna trop d'elle. La blonde ne voulait pas la laisser trop seule, face à ses pensées. Elle savait à quel point cela pouvait être néfaste. Et elle avait malheureusement bien senti et capté ses pensées et ses sentiments. Elle n'aimait pas voir son amie ainsi. Elle détestait la voir repenser ainsi à sa famille trop tôt disparue et continuer de les pleurer autant encore plus d'un millénaire après. Ce n'était pas une question de culpabilité ou de compassion qu'elle trouvait toujours bénéfique pour la rédemption de Missy. Non, c'était une douleur, un deuil qui ne guérirait jamais complètement.
– Allez, on va faire un tour, lança Yaz en regardant son ami d'enfance. On va voir ce qu'on peut trouver, ajouta-t-elle à l'adresse des deux aliens.
L'ancienne maîtresse du chaos hocha distraitement la tête pendant que les deux jeunes s'éloignaient. Elle secoua la tête comme si cela pouvait lui remettre les idées en place. Le plus important était de rentrer en action, de se remettre dans le vif du sujet. Elle devait comprendre d'où venait cette chose. Car elle en était sûre maintenant, elle avait déjà vu un objet de la sorte. Mais où et quand ? Elle ne parvenait plus à s'en souvenir. Pourtant, elle n'avait pas beaucoup de problèmes de mémoire contrairement à son amie. Mais elle savait qu'elle avait aussi du mal à tout remettre en ordre dans son esprit. Et c'était pour cela qu'elle se sentait si frustrée en cet instant.
– Quelque chose vous préoccupe ? s'inquiéta le Docteur en se redressant vivement, surprenant la rousse.
– C'est cet objet, cette blessure, cette méthode ! répondit-elle avec sa frustration non contenue. Je suis sûre que ça me dit quelque chose. Je suis sûre que j'ai déjà croisé ce type d'alien, mais je ne sais plus pourquoi. Je ne sais plus ce qu'ils sont exactement ou pourquoi ils font ça.
– Je croyais que vous n'aviez pas de problèmes de mémoire ? fit le Docteur avec étonnement.
– Non, j'ai dit que j'avais moins de problèmes que vous. Ce qui ne veut pas dire que je n'en ai aucun. Je suis aussi en pleine régénération. Mon cerveau aussi se réinitialise, lui rappela Missy.
– Vous ne me le montriez pas.
La blonde récupéra un grand sourire. Elle se sentait soulagée de ne pas être la seule à ressentir des effets aussi désagréables avec la régénération. Elle, qui se sentait si perdue, était heureuse de réaliser que son premier amour pouvait également l'être.
– Oh, je vous en prie, ne faîtes pas cette tête, soupira la rousse.
Si elle avait su, elle n'aurait rien dit.
Il y eut un petit bruit venant de l'une des poches du Docteur. Cette dernière, en sortit le téléphone de Ryan et lâcha la main de son amie pour mieux pianoter dessus.
– Hum… Je crois que ça a un bug.
– Merci, Missy, ironisa la blonde. J'peux plus l'suivre ! Le signal a été bloqué, comme si la créature avait compris ce que j'faisais.
– Si je n'me trompe, on suivait le signal de la bombe de la créature du train, rappela Grace. Pourquoi ça nous a conduits ici ?
– Une autre très bonne question ! sourit le Docteur, puis elle reprit un air sérieux en répondant : J'en sais rien. Si j'pouvais analyser ça. Ouais, il m'faut vraiment… Ooooooh ! J'peux en fabriquer un ! J'suis douée en bricolage ! Enfin, je crois.
Le Docteur s'éloigna d'eux en courant.
– Il lui en aura fallu du temps avant de penser à ça, se moqua Missy en regardant la mère de son enfant courir partout pour attraper tout et n'importe quoi.
– Penser à quoi ? Fabriquer quoi ? interrogea Grace alors que Graham suivait la blonde du regard.
– Vous verrez, sourit la rousse en sortant un stylo plume de sa poche et en le mettant en hauteur, en lumière.
– Vous avez pas l'air extraterrestre, murmura Graham, un peu mal à l'aise.
À force de regarder ces deux femmes, il ne cessait de se dire la même chose. Elles ressemblaient à de simples Humaines. Comment des extraterrestres pouvaient à ce point leur ressembler ? Dans son esprit, les extraterrestres étaient de petits bonhommes verts ou gris et ils voyageaient dans des soucoupes volantes. En tous cas, c'était comme cela qu'ils étaient représentés depuis plusieurs décennies. Et ne s'étant jamais vraiment posé la question de l'existence d'une vie extraterrestre, il s'était laissé porter par cette image toute sa vie. Et puis, normalement, toutes les planètes étaient différentes, alors la vie ne devait pas se développer de la même façon.
Il sentit Grace lui donner une tape sur le bras. Elle était visiblement contrariée par sa remarque. Mais que pouvait-il leur demander d'autre ? Il ne connaissait rien de ces femmes. Il était légitime qu'il veuille en savoir plus, comprendre ce qu'il vivait depuis le début de la soirée.
Missy, elle, haussa un sourcil. Combien de fois leur était-il arrivé de recevoir de tels arguments ? « Vous ressemblez à des Humains, pourtant. » Non, c'étaient les Humains qui leur ressemblaient. Après tout, les Seigneurs du Temps étaient arrivés en premier.
Elle s'était assise sur une caisse, attendant que le Docteur finisse de s'amuser avec ses nouveaux jouets, à savoir tout et n'importe quoi ainsi qu'un chalumeau. Et ce n'était même pas une blague. La blonde s'amusait vraiment à récupérer tout et n'importe quoi.
– Vous voulez sentir mes cœurs ? sourit Missy en envoyant un clin d'œil au vieil homme et en désignant sa poitrine.
Il la regarda, les yeux écarquillés sous le choc. Cet alien à la chevelure rousse était vraiment déconcertante.
– C'est mon mari, entendit-il protester vivement.
– Oh, mais vous aussi vous pouvez sentir mes cœurs, continua la Dame du Temps avec la même expression charmeuse.
– Missy, arrêtez de flirter avec tout le monde, l'interrompit le Docteur.
– Pourquoi ? Vous êtes jalouse, Dottie ?
L'ancienne maîtresse du chaos se leva et d'un geste rapide et souple se colla contre le dos de son amie, cherchant à augmenter son malaise. Elle la sentit se raidir à son contact. Ce qu'elle pouvait aimer la mettre dans l'embarras. Ce n'était que justice après leur jeunesse et les multiples problèmes que lui avait attirés son amie. La rousse posa son menton sur l'épaule de son premier amour et emprisonna sa taille de ses bras.
– Missy, arrêtez, s'il vous plaît. On n'a pas le temps de s'amuser, pria la blonde.
– Et vous qui disiez que vous aimiez vous amuser, soupira la rousse, déçue.
Elle s'éloigna de son amie d'enfance pour retourner s'asseoir sur sa caisse, faisant tournoyer son stylo plume entre ses mains. C'était dingue ce que le Docteur pouvait être ennuyeuse lorsqu'il y avait des gens à sauver, des planètes à protéger.
– Hé ! Je suis pas ennuyeux… se ! protesta vivement la nouvelle Dame du Temps. J'aime m'amuser, mais ce n'est pas le moment. Je suis en train de travailler.
– C'est vous qui dîtes ça ? Je crois rêver.
Missy eut soudain l'impression de se retrouver à l'Académie. À l'époque, elle lisait et travaillait beaucoup tandis que le Docteur se contentait de faire le pitre et de cacher ses livres en lui promettant qu'il les lui rendrait une fois qu'ils seraient revenus du camp des Shobogans. Tous les moyens avaient été bons pour empêcher Koschei de travailler et maintenant, c'était le Docteur qui réclamait un peu de calme pour travailler tranquillement. Missy ne savait pas si elle devait lui accorder ce calme pour qu'elles puissent avancer, ou bien lui faire comprendre ce qu'elle avait dû subir pendant toute son enfance et ses études.
– Je vous interdis, menaça Dottie, toujours de dos.
Ce fut le signal de départ pour celle qui s'était fait appeler le Maître pendant des siècles. Elle voulait embêter son amie, c'était certain.
– Ça m'apprendra à faire des erreurs de jeunesse, soupira la blonde, déjà inquiète. Missy ?
Le Docteur se retourna et se retrouva nez à nez avec son amie. Elle se mordit la lèvre. Elle ne l'avait même pas entendue se déplacer. Elle ne savait pas ce à quoi pensait son amie. Cette dernière prenait bien soin de le lui cacher. Dans quoi s'était-elle engagée ? Qu'allait donc lui faire subir son amie d'enfance ?
– Vous avez peur ? se moqua l'ancienne maîtresse du chaos.
– J'ai tout le temps peur, répondit la nouvelle Dame du Temps en se collant un peu plus contre la table derrière elle pour mettre de la distance.
C'était peine perdue. Missy avait suivit le mouvement. Mais bien vite, elle sentit la pièce tourner autour d'elle.
– Pas encore, soupira-t-elle en se laissant glisser dans les bras de la blonde.
Le Docteur s'assit, soutenant difficilement son amie. Pourquoi ressentait-elle toujours les effets de la régénération ? S'était-elle mal déroulée ? Non, elle avait veillé à ce tout aille bien chez Missy et leur enfant. Si seulement, elle avait son tournevis sonique et son TARDIS pour être absolument sûre que rien ne clochait…
– Je suis enceinte, je vous le rappelle. Et je suis la première Dame du Temps à expérimenter la régénération dans de telles circonstances.
– C'est pour ça que j'aimerais fabriquer un tournevis. Je veux vérifier que vous allez bien.
– Vous vouliez analyser cette chose dans l'autre pièce.
– Qu'est-ce qui m'empêche de faire les deux ? Grace ? Graham ? Aidez-la à se relever et faîtes en sorte qu'elle se repose. On a encore pas mal de choses à faire.
Missy accepta l'aide des deux nouveaux amis du Docteur pour se relever, mais elle ne comptait certainement pas les laisser l'emmener autre part.
– Vous n'êtes pas la seule à vouloir un nouveau tournevis sonique, Dottie.
– Vous êtes trop faible pour faire quoi que ce soit, opposa Grace.
– Ouais, et ce, même si on sait pas trop ce que vous voulez faire, ni pourquoi vous parlez de tournevis, l'appuya Graham.
– Vous pouvez m'aider à m'asseoir, s'il vous plaît ? demanda Missy en désignant la caisse.
Ils l'aidèrent à se rasseoir, restant tout de même à côté d'elle au cas où elle déciderait de faire un nouveau plongeon vers le sol.
– Vous restez assise, ordonna le Docteur, l'air sévère.
Missy mima le salut militaire comme signe d'obéissance.
– Non, faîtes pas ça, grimaça la blonde.
Elle se retourna vivement vers la table et ramassa de nouveaux outils.
– Pour ce qui est du côté alien, si vous m'aviez vue, y a quelques heures. Quand mon corps changeait. Chaque cellule de mon corps brûlait. Certaines brûlent encore. Elles se réorganisent, se régénèrent, affirma-t-elle, l'air pensif en bougeant partout dans la pièce pour attraper tout et n'importe quoi.
– Ça a l'air douloureux, répondit Grace.
C'est rien de le dire… soupira intérieurement Missy.
– Vous avez pas idée, fit le Docteur avec un grand sourire. À un moment donné, on est sûr et certain qu'on va mourir. Et puis… on renaît. C'est terrifiant. (Elle attrapa deux ustensiles identiques dans chacune de ses mains et se retourna vers les trois personnes présentes dans la pièce.) Pour l'instant, je suis une étrangère pour moi-même. J'entends des échos de mon moi passé et une sorte de… une sorte d'appel vers mon avenir. Je dois me contenir et me fier à… à tous ces nouveaux instincts. Je dois me faire violence pour les adopter. Ça va aller… à la fin. Enfin, espérons-le, ajouta-t-elle avec une grimace en balançant derrière elle ce qu'elle tenait dans les mains (et cela atterrit sur le sol dans un grand fracas). C'est indispensable ! Parce que vous avez besoin de mon aide, ça, j'en suis certaine. Si quelqu'un a besoin de mon aide, je suis toujours là. (Elle marqua une pause.) Ok, on va bien s'amuser.
Graham et Grace firent un pas en arrière, peu rassurés par les propos de l'extraterrestre – surtout par ses derniers mots, en fait – et tous les objets qu'elle était en train de manipuler.
– Dottie, vous leur faîtes peur.
– Vous savez ce que ressentent les Humains, vous ? s'étonna le Docteur.
Missy haussa un sourcil. Son amie la croyait-elle aveugle ? Ce n'est pas parce qu'elle dénigrait les Humains – plus pour la forme qu'autre chose : elle avait côtoyé la mère du Docteur et l'avait toujours bien aimée – qu'elle était incapable de percevoir et comprendre comment ils fonctionnaient.
– J'ai été maître de cette planète durant un an. Évidemment que je sais reconnaître la peur chez ses habitants. J'ai même épousé une Humaine.
La blonde grimaça au souvenir de l'année qui n'avait jamais existé. Peut-être que pour la mère de son enfant, il s'agissait d'un bon souvenir, mais définitivement pas pour elle. Être enfermé dans une cage, être vieilli au point où il pensait même avoir été tué, être torturé psychologiquement par le Maître, le voir tuer Jack encore et encore… Cette année avait été terrible pour lui, même avec un plan. Passer le plus clair de son temps assis à regarder le monde être détruit à petit feu, voir des gens se faire massacrer. Ce n'était même pas la douleur physique qui l'avait fait le plus souffrir. Mais la peur de se tromper, de ne pas pouvoir sauver ces gens et… de perdre définitivement le Maître. Finalement, elle avait cru le perdre définitivement lorsqu'il était mort dans ses bras. Sa mort, ses funérailles avaient été aussi douloureuses qu'une année entière de torture. Alors, ce n'était définitivement pas un bon souvenir.
– Je ne pensais pas être parvenue à vous ébranler à ce point. Après tout, vous les avez sauvés, ces gens. Tout cela n'a jamais eu lieu.
– Oui, mais mes souvenirs sont toujours présents, eux.
– Vous m'en voulez encore pour ça ? s'inquiéta Missy.
– Non, je vous ai dit que je vous pardonnais. C'est juste que c'était douloureux de vivre ainsi pendant une année entière.
– Le but était de vous torturer, ça m'aurait inquiétée si vous aviez apprécié, murmura Missy.
Le Docteur lui lança un regard agacé. Son amie leva les mains en signe de reddition. Elle sentait la tristesse, la culpabilité et la douleur se frayer un chemin dans ses cœurs. C'était une sensation désagréable. Comment le Docteur la supportait-il depuis tant de siècles alors qu'elle-même avait l'impression qu'elle pouvait la briser à n'importe quel moment ?
– Je suis vraiment désolée pour ce que je vous ai fait subir cette année-là. Je suis aussi désolée pour le capitaine, assura une Missy à la voix grave, tentant de retenir ses larmes.
– C'est pas grave. Maintenant, je vais bien. Je vous emmènerai peut-être voir Jack pour que vous lui présentiez des excuses en personne, sourit Dottie.
– C'est indispensable ? grimaça la rousse.
– Si vous voulez changer, vous devez présenter des excuses à ceux que vous avez blessés.
– Et si ça fait trop de monde dans l'Univers ?
– Dans la mesure du possible, bien sûr, approuva la blonde.
– Bon, au moins, le capitaine est très mignon, s'amusa Missy.
– Vous aimez tous les deux draguer tout ce qui bouge, ça promet, soupira le Docteur.
– S'il me pardonne…
– On devrait peut-être vous laisser seules ? proposa Graham en s'approchant de la sortie, suivi de près par Grace.
– Oui, je voudrais pas vous blesser par accident, approuva la nouvelle Dame du Temps en tirant un rideau pour leur faire plus d'isolation. Vous en faîtes pas ! cria-t-elle néanmoins dans le but de les rassurer.
– Je rêve, murmura Missy en modifiant sa position sur la caisse.
– Oh ! Vous savez ce qui serait bien aussi ?
– Ne plus jamais porter les lunettes de protection que vous venez de mettre sur votre visage ? Parce qu'honnêtement, elles sont non seulement une garantie de ne pas vous blesser, mais aussi une garantie que je ne vous touche plus.
À travers ses lunettes de protection, le Docteur leva les yeux au ciel. Elle passa un tablier autour de son cou. Bien sûr, cet accoutrement n'était pas fait pour l'embellir.
– On est au moins d'accord sur ce point, appuya Missy.
– Ne me tentez pas, Missy. Si vous continuez, je les adopte comme nouvelles lunettes soniques.
Elle mit également une paire de gants.
– Je crois que je vous préfèrerais même si vous preniez l'apparence d'un ver de terre géant à votre prochaine régénération. Non, vraiment, c'est pas une blague, assura la rousse devant l'expression incrédule de son amie.
– Vous dramatisez pas un peu trop, là ?
– Malheureusement, je crois pas, répondit-elle en hochant négativement la tête.
Le Docteur balança toutes les petites pièces – qu'elle avait minutieusement placées sur la table – sur le sol et plaça une boîte en fer qu'elle ouvrit précautionneusement.
– Ça valait le coup.
– Ce que je voulais dire – avant que vous ne vous mettiez à délirer sur mon apparence – c'est qu'il y avait Martha et sa famille aussi. Ce sont les seules personnes que je peux vous faire rencontrer pour que vous leur demandiez pardon.
– On va déjà commencer par le capitaine, dit froidement Missy.
– Vous avez un problème avec Martha ?
Malgré la sensation qu'elle venait d'approcher un sujet bien plus complexe qu'elle ne l'avait cru jusque-là, Dottie poursuivit son travail et attrapa un des cristaux du circuit de rappel de l'extraterrestre qu'ils poursuivaient. Besoin d'énergie. Missy dut également se résoudre à en attraper un pour le sien si elle voulait qu'il fonctionne. Mais elle avait déjà une petite idée de la manière dont elle allait l'intégrer à son futur sonique.
– Je lui en veux pour la montre, répondit-elle en s'éloignant du Docteur qu'elle voyait se munir d'un chalumeau. Pourquoi croyez-vous que je me sois tant acharné sur sa famille ? Vous les aviez à peine rencontrés, c'était pas pour vous faire du mal à vous.
– Bonne nouvelle. Mais vous savez, moi aussi elle a dû me forcer à ouvrir ma montre.
– Vous l'avez utilisée ? Quand ?
– Je devais échapper à des extraterrestres. Une longue histoire pas très intéressante, répondit le Docteur.
Le visage de Joan s'imposa à son esprit. Même après mille ans, cela restait douloureux, presque aussi douloureux que le souvenir de Rose. L'Humain qu'elle était à l'époque avait aimé sincèrement Joan, il avait voulu l'épouser, fonder une famille avec elle. Mais Joan n'avait pas supporté sa nature de Seigneur du Temps, elle n'avait même pas voulu le regarder une fois qu'il était redevenu lui, après que John Smith avait disparu. Cela avait longtemps été douloureux. Il s'était souvent posé la question : et s'il l'avait choisie, elle ? Il savait ce que cela aurait donné. Il savait que les images que la montre lui avait montrées auraient été vraies. En tant que John Smith, simple Humain, il aurait été heureux. Mais Joan l'avait convaincu que c'était pour le mieux. Le mieux pour qui ? Pour le monde ? Pour l'Univers ? Oui, sans aucun doute, mais définitivement pas pour lui. Il avait continué de perdre, de vivre, toujours seul.
Dottie réalisa soudain que Missy lui avait donné pour nom d'emprunt celui de la femme que John Smith avait aimée. Cela lui allait. Le souvenir de cette partie de sa vie restait douloureux, mais maintenant, elle n'était plus amoureuse de Joan, elle en était à peu près sûre, même si elle conservait toujours une tendre affection à son égard. Contrairement à Rose qui restait une plaie béante dont elle ne s'était jamais remise.
Non, non, non ! Tu ne dois pas te laisser aller à ces souvenirs ! se fustigea-t-elle.
– Vous êtes bien silencieuse pour une histoire sans importance, l'interrompit calmement Missy.
– J'ai laissé mon esprit vagabonder vers autre chose, s'excusa Dottie.
La rousse hocha la tête. Elle pensait savoir vers où l'esprit de son amie d'enfance s'était égaré. Un souvenir si douloureux pour le Docteur que même l'ancienne maîtresse du chaos avait senti ses cœurs se serrer violemment… aussi violemment que lorsqu'elle repensait à son épouse défunte. Le Docteur avait repensé à Rose. Mais que faisait-elle dans cette histoire si Martha avait été la compagne du Docteur à l'époque ?
– On devrait peut-être… Mais ce que je voulais dire, c'est que Martha n'a jamais voulu vous faire de mal, en dehors du jour où elle vous a vu maltraiter sa famille. Peut-être que je devrais éviter de vous laisser avec elle, finalement…
– Elle aurait dû venir vous voir, insista Missy. Je suis certaine que vous lui aviez dit être le dernier de votre espèce. Elle ignorait ce qu'elle libèrerait. On ne conseille pas quand on ignore de quoi on parle.
– Elle pensait vous aider. Et m'aider aussi.
– Oh oui, quelle surprise elle nous a fait… Nous devrions aller la remercier.
Le Docteur se pinça les lèvres face à l'amertume de son amie. Et si elles venaient à croiser Martha à nouveau, il serait difficile de faire comprendre à cette dernière qu'aux yeux du Maître, elle était seule responsable de la tragédie qui avait frappé sa famille. Dottie se souvint de la dernière fois qu'elle avait vérifié comment allait son ancienne compagne. Elle venait d'accoucher, à l'époque. Mais il y avait toujours cette dureté dans ses yeux sombres, cette dureté qui était née durant l'année qui n'avait jamais existé. Une dureté que le Dixième Docteur avait constaté à ses dépens…
– Vous culpabilisez beaucoup pour une personne qui s'en est finalement bien sortie et pour laquelle vous ne ressentez que peu d'affection… remarqua Missy.
– Pardon ?
– J'ai voyagé sur votre ligne temporelle, Do… ttie. Je sais que vous ne vouliez pas de Martha comme compagne permanente. Vous êtes bien moins attachée à elle qu'aux autres.
– Ça n'est pas une raison, rétorqua sévèrement la blonde. J'ai de l'affection pour elle, même si elle est très différente des autres.
– Vous ne l'avez pas choisie et vous n'en vouliez pas pour ne pas reproduire ce qui était arrivé avec Rose. Vous lui en voulez, vous aussi. Elle ne vous a jamais compris, elle vous a irrité et déçu. Vous ne vouliez pas d'elle et elle vous a accusé de tous ses ennuis alors qu'elle s'était imposée. Vous lui en voulez parce qu'elle vous a contraint à la culpabilité.
– Vous savez peut-être ce que je pense ou ressens, mais vous ne savez pas en quelles proportions. Ces sentiments sont minoritaires. Et ils ne justifient en rien vos critiques et votre acharnement sur elle. Je respecte les raisons de votre rancune, et probablement que nous devrions en reparler et le travailler… Mais ne cherchez pas à me convaincre que Martha ne vaut pas la peine de vous excuser. Je sais que vous avez répliqué de la seule façon que vous connaissiez. Mais vous ne lui avait jamais laissé entendre que vous lui en vouliez personnellement.
– Si c'était après vous que j'en avais, je l'aurais tuée, elle. Elle était si aveuglée par la jalousie qu'elle n'y a même pas pensé.
– C'est vrai, lâcha le Docteur calmement. Pourquoi ne pas aller le lui dire ?
– Pour m'excuser ensuite ? Hors de question !
– Vous n'êtes pas obligée de faire tout en même temps. D'autant qu'elle prendrait vos révélations assez mal et qu'il lui faudrait pas mal de temps pour se calmer…
Missy resta silencieuse un moment.
– Vous voulez dire simplement… lui parler ?
La blonde acquiesça d'un signe de tête, un léger sourire sur ses lèvres, en voyant l'incertitude gagner son amie. Elle lui prit la main.
– On en rediscutera. Ce n'est pas le moment, ce soir, mais on le fera. Je comprends votre colère. Je n'approuve pas votre vengeance, mais je comprends vos raisons. Vous devez seulement en parler. J'ignorais que vous aviez tant de rancœur contre elle. Vous ne me l'aviez jamais dit.
– J'ai pensé que vous n'apprécieriez pas que je déteste l'un de vos compagnons.
– J'aurais pas apprécié, je crois… Mais vous m'auriez expliqué.
– Je ne sais pas si je l'aurais fait, à l'époque.
– Moins secrète, cette nouvelle incarnation, Missy ?
– Vous êtes bien plus tactile que votre prédécesseur, lui rétorqua la rousse.
– Mmmh, c'est pas faux, admit-elle en réfléchissant. Je me demande pourquoi j'étais si distant…
L'expression pensive du Docteur fut alors remplacée par un sourire. Son regard brun s'était posé sur quelque chose de très intéressant. D'un bond, lâchant la main de Missy, elle saisit une grosse cuillère en argent et la mit sous les yeux de l'autre Dame du Temps qui haussa un sourcil face au brusque changement de sujet. Dottie venait sans nul doute d'avoir une idée brillante, mais Missy, elle, aurait préféré clore correctement la conversation en cours…
Elle renonça cependant en voyant son amie entreprendre de jeter plein de couverts en argent dans un petit sceau, puis remettre sa visière en place avant d'actionner le chalumeau à nouveau, dans le but de tous les faire fondre. Une minute plus tard, le Docteur avait troqué son chalumeau contre un extincteur. Missy se mit à tousser et dut à nouveau s'asseoir sur la caisse.
– Vous cherchez à me tuer ?
– J'vous jure que non, assura Dottie en lançant l'arme du crime loin de son amie.
– Vous voulez pas nous laisser seules parce que vous avez peur de ce qu'elle pourrait me faire ? sourit Missy en revenant sur le précédent sujet.
Alors que le Docteur s'emparait d'un fer à souder, elle resta immobile, son geste en suspens. Elle inspira profondément.
– Je sais que vous avez changé, mais si elle veut s'en prendre à vous, je sais que vous ne vous laisserez pas faire, dit-elle.
– Ne pourrais-je pas – je ne sais pas, moi – l'assommer un bon coup ?
– J'espère, se contenta de répondre Dottie.
– Vous n'avez toujours pas confiance en moi ? murmura Missy.
– Si, j'ai confiance en vous. Enfin, je pense. Grace m'a rapporté votre conversation. Et à une époque, je sais que vous l'auriez tuée sans le moindre état d'âme, juste pour vous amuser. Alors je pense que…
– Que j'ai changé, ça, j'ai bien compris. Mais qu'en est-il de votre confiance en moi ?
– Je pense que je peux vous faire confiance, maintenant. Il m'arrive d'avoir peur de vous laisser seule, mais je crois que… que ça tend à disparaître.
– Merci, murmura la rousse en venant enlacer la mère de son enfant.
Elle sentit sa surprise.
– J'pensais vraiment pas avoir droit à un câlin, mais j'aime assez, sourit Dottie. Dois-je en conclure que mes lunettes de protection ne sont plus suffisantes pour me protéger de vous ?
– Elles l'ont jamais vraiment été.
Missy clôtura sa phrase en effleurant les lèvres de son premier amour.
– Mince, rit le Docteur.
– Mmmh… Bon, je crois qu'on va devoir se lâcher pour finir nos tournevis soniques.
– Dans ce cas, commencez par me lâcher, commença son amie en écartant les bras, lui signifiant que dans ses plans, ce n'était pas elle le problème.
Missy grogna de frustration. Elle avait envie de rester dans les bras du Docteur. Mais elle dut se faire violence. Elles avaient encore beaucoup à faire.
– Surtout que moi, j'ai à peine commencé, soupira-t-elle en regardant son stylo plume.
– Vous avez vu un maillet dans le coin, Missy ? demanda le Docteur en installant le fer à souder. Je suis sûre d'en avoir vu un quelque part… à un certain moment…
– Un maillet ? Mais qu'est-ce que vous comptez faire d'un maillet ? Non, en fait, me répondez pas. Je crois savoir.
Missy tourna sur elle-même, cherchant des yeux l'objet – qui servirait de gros marteau – que le Docteur venait de quémander. Elle sourit, satisfaite, lorsque ses yeux se posèrent sur une vieille masse. Dottie était toujours observatrice… Même si elle s'était trompée de mot.
La rousse attrapa l'objet difficilement. Il était plus lourd que ce qu'elle avait imaginé. Elle grimaça. Elle devait avouer ne pas avoir souvent manipulé un tel outil. Elle le traîna vers son amie et pendant un bref moment, elle s'amusa à s'imaginer laisser tomber « accidentellement » la masse sur le pied de la blonde. Peut-être cela serait-il suffisant pour la garder immobile et qu'elle arrête enfin de courir dans tous les sens ? Elle chassa rapidement cette pensée et laissa reposer l'outil avec délicatesse contre la table.
– Merci… de ne pas m'avoir écrasé le pied.
– J'vous jure que la prochaine fois qu'on se régénère et que vous me faîtes un coup pareil, je l'utilise, menaça l'ancien Maître.
Elle posa sur la table son nouveau stylo plume, un cristal et lança un regard aux travaux de son amie. Elle sourit satisfaite en regardant le stylo. Elle avait au moins une base de travail, elle.
Un bref regard vers son amie lui indiqua qu'elle était déjà concentrée sur le fil à souder. Missy pressa ses lèvres l'une contre l'autre. Elle ne pouvait s'empêcher de penser à ce que le Docteur lui avait dit sur Martha. Elle n'avait jamais voulu lui faire de mal. Mais cela n'effaçait pas la douleur. Et devrait-elle lui dire, de toute manière ? Dottie voulait qu'elle se repentisse, pas qu'elle entre en croisade avec une de ses anciennes compagnes…
Pourtant, Missy était sûre qu'elle ne pourrait pas se tenir devant Martha et lui demander pardon, après ce qu'elle-même lui avait fait. Que croyait donc cette Martha ? Pensait-elle vraiment que redevenir un Seigneur du Temps, laissant sa personnalité humaine mourir au profit de l'autre, était un plaisir ? Qu'il s'agissait de quelque chose sans conséquences ? Si le Docteur avait bel et bien utilisé la montre sur lui, Missy n'était pas très sûre qu'il ait expliqué dans les détails à Martha la douleur que cela pouvait représenter, surtout lorsque l'on n'aimait pas sa vie.
Ce n'était pas que la rousse ne s'aimait pas. Au contraire. Sa rencontre avec son incarnation précédente lui avait même confirmé ce fait. Elle avait aimé chaque seconde de chacune de ses incarnations. Elle avait apprécié chacun des actes qu'elle avait pu commettre. Elle avait apprécié chacun de ses traits de personnalité. Et parfois, elle se disait qu'il s'agissait d'une époque bien plus simple que celle qu'elle était en train de vivre… Et parfois… elle regrettait ces moments d'insouciance. Mais elle sentait aussi que jamais elle ne pourrait revenir à cette manière de fonctionner. Jamais, à moins que…
Le souvenir de la Mort s'imposa à son esprit. Cela faisait soixante ans qu'elle s'évertuait à faire le bien, à comprendre, et la Mort ne s'était pas encore manifestée.
La Dame du Temps inspira profondément. L'inquiétude commençait à nouveau à l'envahir. Pourquoi la Mort ne s'était-elle pas encore manifestée ? L'avait-elle enfin laissée en paix ? Avait-elle trouvé quelqu'un d'autre ? Ou bien attendait-elle le moment opportun pour réapparaître ? Elle jeta un nouveau regard à son amie. Elle aurait aimé lui parler de cela. Mais elle s'était promis de ne jamais aborder ce sujet avec elle. Elle s'était promis de toujours protéger le Docteur de cette vérité. Une vérité qu'elle s'était efforcée d'oublier depuis plusieurs siècles. Et elle y était parvenue. Elle avait fait confiance au Docteur et lui avait permis de lui faire oublier la Mort. Mais depuis qu'elle avait revu son alter ego masculin, elle s'était souvenue. Il l'avait aidée à se souvenir. Dès qu'elle lui avait dit qu'elle comptait rejoindre le Docteur, qu'elle voulait sincèrement changer, il l'avait renvoyée à ce souvenir.
Et maintenant, elle se demandait ce qu'avait bien pu faire la Mort durant ces soixante dernières années… Et quand reviendrait-elle réclamer son dû ? Car elle reviendrait, Missy en était certaine.
L'ancienne maîtresse du chaos posa une main sur son ventre. Elle allait avoir un enfant avec le Docteur. Elle lui avait promis de toujours rester avec elle. Et elle avait peur de ne pas pouvoir tenir sa promesse. Et si elle finissait par redevenir diabolique parce qu'elle n'avait pas le choix ? Peut-être le devrait-elle pour empêcher la Mort de prendre l'âme de son amie en échange… L'Univers avait désespérément besoin du Docteur. Elle ne pouvait pas se permettre de le laisser faire n'importe quoi. Et de toute manière, se le pardonnerait-elle si le Docteur devenait le Valeyard par sa faute ? Non… Et c'était à cause de cette certitude qu'elle ne voulait pas en parler au Docteur. Parce que Dottie avait déjà un peu trop tendance à culpabiliser, alors comment réagirait-elle si elle venait à apprendre que c'était en partie à cause d'elle que Koschei était devenu le Maître ? Mais son amie d'enfance devrait avoir le droit de savoir pourquoi ses efforts pourraient être réduits à néant.
Cela faisait deux mille ans que Théta avait commis cette erreur. Peut-être que Dottie pourrait le supporter. Missy grimaça sans grande conviction.
« BOUM ! »
La Dame du Temps sursauta et fit tomber le circuit électrique entre ses mains encore une seconde plus tôt. Elle se tourna pour voir le Docteur laisser tomber la masse sur le sol après l'avoir abattue sur la table.
– Vous auriez pu au moins prévenir, s'agaça Missy.
– J'vous ai prévenue ! se défendit le Docteur, outrée. Mais vous ne m'écoutiez pas !
– Mmmh… J'étais ailleurs.
Dottie plissa les yeux. Où diable avait pu s'égarer ainsi la mère de son enfant ? Encore vers des pensées qu'elle lui cachait. La blonde soupira, frustrée. Elle voulait aider Missy. Mais comment faire si celle-ci refusait de lui communiquer quelque chose qui, elle en était sûre, était d'une importance capitale ?
La rousse se gratta le front en ramassant le circuit électrique que son amie lui avait fait lâcher. Puis elle observa le travail qu'elle avait déjà effectué. Elle haussa un sourcil, étonnée. Elle n'avait pas réalisé qu'elle l'avait presque terminé.
– Missy ? Vous êtes sûre que ça va ? J'vous ai jamais vue aussi silencieuse depuis le Coffre.
– Vous n'êtes pas la seule à travailler, Dottie. Je ne suis pas silencieuse parce que je vais mal, mais parce que je réfléchis à la manière de finir mon nouveau stylo sonique.
Le Docteur grimaça. Non seulement elle ne croyait pas un mot de ce que venait de lui dire Missy, mais en plus, le coup du stylo sonique lui rappelait quelque chose. Où avait-elle déjà vu un stylo sonique, déjà ? La seule chose dont elle était sûre était que sa compagne de l'époque était Donna, mais rien de plus…
Fichue mémoire ! ragea-t-elle intérieurement.
Mais elle préféra se concentrer à nouveau sur le visage préoccupé de la mère de son enfant. Elle sentit la panique étreindre ses cœurs. Pourquoi Missy lui mentait-elle encore ? Elle avait pourtant pensé qu'elles étaient parvenues à retrouver une relation honnête. Certes, Dottie ne lui avait pas parlé de ce qui s'était produit sur Gallifrey. Mais c'était pour une bonne raison. Elle-même ne supportait pas de se souvenir de cela. Elle pensait s'en être remise avec le dernier siècle qui était passé, mais cette nouvelle personnalité devait bien se rendre à l'évidence : elle supportait à peine de penser à Gallifrey ou aux Seigneurs du Temps. Elle détestait devoir se dire qu'elle venait de cette planète et faisait partie de cette espèce. Un jour – lorsqu'elle pourrait à nouveau y repenser sans pleurer – elle se confierait à Missy.
Mais elle sentait que son premier amour n'avait pas le même rapport avec ce qu'elle lui cachait. Elle sentait de la crainte et, peut-être, de la tristesse. Un jour, elle avait même pensé ressentir de la colère. Mais c'était il y a plusieurs siècles de cela. Maintenant, elle ne sentait qu'une triste résignation, de la peur et… un besoin de protéger. Le Docteur sentait cela. Missy n'avait pas pu tout lui cacher. Elle n'avait pas pu lui cacher de telles émotions. Mais elle ignorait toujours à quoi cela pouvait se rapporter. Et c'était ce qui l'inquiétait tant. Parce qu'il n'y avait aucune raison pour que Missy lui cache quoi que ce soit. Elle avait déjà fait l'expérience des actes les plus horribles que le Maître avait pu commettre. Et pourquoi Missy lui cacherait-elle quelque chose qui ne la concernait pas directement ?
– Je veux vous aider, tenta-t-elle en s'approchant de son amie.
Cette dernière leva les yeux, étonnée. Puis elle sourit.
– Vous passez votre temps à dire ça.
« Maître ! Je vous en prie, laissez-moi vous aider ! »
Combien de fois Missy avait entendu ces mots dans la bouche du Docteur ? Dans n'importe laquelle des bouches du Docteur.
– Parce que c'est vrai !
– Vous ne pouvez pas tout réparer, Do… ttie.
– J'aimerais pouvoir le faire. J'aimerais pouvoir vous aider, vous soulager et vous préserver du monde, assura la blonde avec véhémence. Pourquoi vous ne voulez pas me dire ce qui vous tracasse ? Je pourrais vous aider !
– Comme pour les tambours ?
– J'ai fini par les faire disparaître.
– Au bout de combien de temps ? Plusieurs siècles !
– Et vous pensez qu'en me cachant des choses, cela se passera mieux pour vous ?
– Je n'ai jamais dit que cela serait mieux pour moi, opposa Missy en se détournant.
Elle ne voulait pas parler de ça maintenant. Elle n'avait pas non plus voulu reparler des tambours. Elle n'avait jamais blâmé le Docteur de ne pas être parvenu à tenir la promesse qu'il lui avait fait dans leur jeunesse. Celle de le débarrasser des tambours. Parce qu'elle savait qu'il avait essayé de comprendre. Parce qu'elle savait qu'il avait fini par les faire disparaître et par tenir sa promesse. Elle lui en voulait seulement d'avoir fini par penser que ce n'était que son imagination. Mais il n'y avait aucune raison pour qu'elles reviennent sur le sujet. Et elles ne devaient pas non plus parler de la Mort, contrairement à ce que voulait le Docteur.
– Alors pourquoi vous ne voulez pas me parler ?
Missy soupira et posa d'un coup sec la petite pince dont elle se servait pour maintenir les fils de son futur stylo sonique.
– S'il vous plaît, n'insistez pas. C'est mieux pour vous, assura-t-elle, les larmes aux yeux.
Elle se sentit alors enlacée. Elle se raidit, surprise.
Le Docteur caressa son dos et resserra sa prise sur son amie d'enfance. Elle n'avait pas voulu la faire pleurer. Mais elle craignait tant qu'elle en vienne à l'abandonner à cause de ce qu'elle lui cachait. C'était une peur tenace. Et si ce qu'elle lui cachait les séparait un jour ?
– Je resterai près de vous, murmura l'ancienne maîtresse du chaos en déposant un baiser au creux du cou de la blonde qui laissa échapper un petit rire.
Dottie se remit droite, cherchant le regard clair de Missy, sans pour autant s'éloigner d'elle.
– Je ne vous en reparlerai plus pour l'instant, mais sachez que je veux savoir ce qui vous tracasse.
– Je voudrais que vous le sachiez aussi, avoua la rousse.
La nouvelle Dame du Temps dut se mordre la langue pour ne pas relancer le sujet. Au lieu de cela, elle posa son regard sur le stylo plume posé sur la table, les sourcils froncés.
– Euh… Missy ?
– Oui ?
– Parapluie, stylo… Et à la prochaine régénération, ce sera quoi ? Un sac sonique ? lança la blonde.
– Pourquoi pas, sourit la rousse.
Dottie attrapa à nouveau le fer à souder. Il ne lui restait plus grand-chose à assembler et elle pourrait bientôt bénéficier d'un nouveau – et très joli – tournevis sonique. Voilà qu'elle se découvrait esthète, à present !
– Et c'est moi qui suis considérée comme un original, se désespéra-t-elle.
– Chacun exerce sa fantaisie dans un domaine différent, assura son amie d'enfance.
Elles durent se résoudre à se séparer pour finir leur tournevis/stylo sonique. Mais c'était difficile de rester concentrer dessus lorsqu'elles n'avaient que cette dernière conversation en tête. Surtout le Docteur qui se repassait en boucle la phrase de Missy.
Mieux pour elle, mais pas pour son amie. Cela voulait-il dire que Missy essayait de la protéger en lui cachant quelque chose ? Mais que lui cachait-elle et pourquoi ? Et depuis quand ? Depuis combien de temps gardait-elle ce secret qui semblait la rendre malheureuse ? Cela faisait plusieurs siècles que la blonde avait senti un changement chez le Maître. Depuis qu'il avait essayé de lui voler ses régénérations pour revenir à la vie. Le Docteur savait que ce geste avait été motivé par une colère féroce vis-à-vis d'elle. Ça, elle l'avait compris. C'était la seule fois où le Maître avait directement essayé de la tuer. Ce jour-là, le Maître s'était montré particulièrement cruel à son encontre. Et ce jour-là, le Docteur avait été forcé de faire quelque chose qu'il s'était toujours refusé à faire et que plus jamais il n'avait refait. Ce jour-là, elle avait tué le Maître. Elle l'avait brûlé vif pour se protéger. Elle ne comptait plus les cauchemars de cette nuit-là. Lorsqu'elle avait appuyé elle-même sur la détente…
Elle avait senti que quelque chose s'était brisé juste avant qu'elle ne fasse cela. Elle avait senti qu'elle n'aurait pas pu raisonner le Maître, ce jour-là. Parce que cette fois, il avait voulu mettre fin à ses jours lui-même. Il n'avait pas voulu la lâcher pendant une seule seconde. Elle avait encore mal lorsqu'elle repensait aux coups que son ami d'enfance lui avait donnés. Elle sentit ses yeux la piquer. Elle n'avait jamais senti une telle rage tournée vers elle avant cela. Que s'était-il passé pour que le Maître ressente cela ? Que s'était-il passé pour que Missy en vienne à se dire qu'il fallait qu'elle protège le Docteur ?
Elle soupira en branchant un cristal blanc au reste de son tournevis sonique. Elle jeta un petit regard à Missy. Il semblerait que la mère de son enfant ait opté pour de mini cristaux incrustés dans son stylo et qu'elle était en train de graver quelque chose en gallifreyen circulaire. Elle tendit un peu le cou pour réaliser que c'était son nom – son vrai nom – que Missy était en train de graver en gallifreyen sur son stylo sonique. Elle haussa un sourcil et surprit le regard amusé de son amie sur elle.
– J'aime assez l'idée d'avoir mon nom sur mes affaires.
– Vous savez que ce n'est pas ça qui vous aidera à retrouver vos affaires ? voulut s'assurer Dottie. Personne ne peut lire le gallifreyen circulaire en dehors des Seigneurs du Temps – et encore, seulement certains savent le lire. Et même si d'autres espèces le comprenaient, personne ne connaît votre vrai nom.
– Bien sûr que je le sais, mais j'aime cette idée, persista Missy.
Cette dernière souffla sur son stylo et le maintint en hauteur, dans la lumière, admirant son travail. Un stylo plume à l'apparence d'une simple plume, plus pratique pour tromper l'ennemi. Qui se méfierait d'une simple plume ? À la base de la plume, elle avait gravé son tout premier nom, donnant une couleur dorée aux cercles qui le composaient. Le stylo sonique était d'une belle couleur blanche nacrée aux reflets argent. Et quelques petits cristaux d'un bleu profond parsemaient la plume. Elle était vraiment satisfaite de son travail.
– Mais vous aviez les mêmes matériaux que moi, se vexa le Docteur en regardant son tournevis sonique, bien moins esthétique.
– Et en plus, je peux toujours écrire avec, sourit Missy en prenant un morceau de papier pour y inscrire son premier surnom et celui du Docteur encadrés dans un cœur. Ça marche, se réjouit-elle.
Le Docteur attrapa le morceau de papier et leva les yeux au ciel en voyant l'inscription. Visiblement, Missy avait trouvé cela très amusant.
– Je croyais qu'on n'était pas en couple ?
– L'affection peut prendre des formes très diverses, je ne vous l'apprends pas, se contenta de répondre la rousse en s'approchant du rideau qui leur avait permis un peu d'intimité. Et parfois même, c'est très compliqué, murmura-t-elle pour elle-même.
Elle avait de plus en plus de mal à définir ce qui la liait au Docteur. Elle était catégorique. Elle se sentait être son amie. Sa meilleure amie. Sa plus ancienne amie. Elles étaient amies, ça, c'était certain. Mais elles avaient été amantes et s'étaient aimées il y a très longtemps. Missy avait cru pendant des siècles qu'elle ne ressentait plus ce même amour envers son amie. Peut-être s'était-elle trompée ? Peut-être y avait-il plus qu'une simple amitié ? Peut-être que certains de ses premiers sentiments étaient toujours présents ? Mais elle ne se sentait toujours pas capable de se dire que ce qui la liait au Docteur était similaire à ce qui avait pu la lier à ses deux épouses. Car oui, il fut un temps où elle avait réellement aimé Lucy.
Mais alors que les choses étaient simples avec ses deux épouses, ça ne l'était pas pour ce qui concernait sa relation avec le Docteur. Et elle savait qu'il… qu'elle ressentait la même chose. Leur relation était peut-être devenue trop compliquée, si elles-mêmes se sentaient perdues…
Elle sentit le Docteur tirer d'un coup sec sur le rideau et, levant fièrement son nouveau tournevis sonique, lancer un :
– Ta da ! (La blonde sourit en allumant le petit objet qui fit des étincelles). Hou ! Ça devrait aller, dit-elle sans prendre au sérieux les petits problèmes que pouvait rencontrer son tournevis sonique.
– Vous êtes très approximative, Dottie.
– Allumez le vôtre… qu'on compare un peu.
Missy suivit le conseil et alluma son stylo sonique. Il ne produisit aucune décharge. Il n'y eut aucune surtension. Et elle eut un petit sourire supérieur.
– C'est pas drôle. C'est trop prévisible, se défendit le Docteur.
La rousse leva les yeux au ciel. Alors, c'était ça son excuse ?
– Hé ! appela Ryan. On a trouvé des tas de trucs !
Hey ! Comment trouvez-vous ce petit - long - chapitre ? ^^
Le parapluie sonique de Missy I s'est transformé en stylo sonique pour Missy II ^^
Je ne voulais pas lui remettre un tournevis sonique, je trouve que le fait que le Maître soit une femme le rend aussi un peu moins conventionnel sur ça ^^
J'espère que vous apprécierez l'idée de la Mort ? Pour moi, il était invraisemblable d'aborder la rédemption de Missy sans parler de la Mort qui était avec les tambours à l'origine de tout et aussi capital pour sa relation avec le Docteur.
Le prochain chapitre s'appellera : "Les femmes venues d'ailleurs" (partie 4) et dernière partie pour ceux qui commenceraient à en avoir assez ^^
Niveau originalité, je crois que personne ne peut me battre :D
