Le Maître et le Docteur. L'un espère sauver l'autre et l'autre espère être à la hauteur. Pendant longtemps, Missy, le Maître a répandu le chaos dans l'univers, mais maintenant elle a la ferme intention de changer. Elle veut changer pour le Docteur, son seul et plus cher ami. Ce qui les lie est bien plus complexe qu'il n'y paraît. Amour ? Amitié ? Ils savent juste qu'ils seront toujours là, l'un pour l'autre.

Se base sur l'idée originelle de la série, selon laquelle Missy ne meurt pas et est enceinte.


DISCALMER : Cet univers et ses personnages ne m'appartiennent pas… malheureusement :'(

NOTE : Désolée d'avoir été absente pendant aussi longtemps. Je suis en plein milieu de mes examens de fin d'année :/

J'espère que vous ne m'en voulez pas trop. Me voici de retour pour un nouveau chapitre et j'espère qu'il vous plaira autant que les autres !

J'apprécie toujours autant vos reviews et avis :)

Bonne Lecture ! ^^


– Chapitre 9 – « Les femmes venues d'ailleurs », Partie 4


L'image d'un jeune homme à la peau couleur caramel s'afficha sur l'écran. Il avait la respiration rapide. Il semblait inquiet et triste. Missy remarqua que c'était l'homme dont ils avaient retrouvé le cadavre. Même avec le visage à moitié défoncé, il était reconnaissable. Ce dernier commença à parler, difficilement. Il haletait. Et il donnait l'impression d'être désespéré.

– C'est revenu… C'que j'ai vu le soir où ma sœur a été… Tout le monde dit qu'elle a disparu, mais en fait… elle a été enlevée. Ça fait sept ans. Je traque les signaux d'énergie. J'ai créé un programme prédictif pour… pour repérer les perturbations atmosphériques identiques à ce jour-là. Et ce soir, ça s'est reproduit. J'veux dire… Je vais enfin découvrir c'qui est arrivé à ma sœur ! S'il m'arrive un malheur, elle s'appelait Asha. Ne laissez personne subir le même sort.

La vidéo s'éteignit à ses derniers mots.

– En faisant ça, il savait qu'il risquait la mort, dit Ryan.

Le Docteur s'approcha du bureau et se saisit d'une photo mettant au centre deux jeunes enfants. Un petit garçon et une petite fille. Probablement le frère et la sœur.

Missy sentit ses cœurs se serrer et se colla un peu plus contre son amie. Quand cette jeune fille avait-elle disparu ? Que lui était-il arrivé ? Était-elle encore enfant lorsqu'elle avait été kidnappée ? Cela faisait sept ans et cet homme semblait déjà très jeune.

– Asha était sa sœur, répondit le Docteur, l'air sombre.

Missy serra les dents. Si seulement, elle pouvait se souvenir de l'espèce qui faisait ce genre de choses. Si seulement, elle pouvait se souvenir de quoi que ce soit les concernant, peut-être pourraient-ils l'arrêter et l'empêcher de faire du mal à d'autres innocents. Elle se surprit elle-même en songeant à cela. C'était dingue ce que les pensées allaient vite.

Le Docteur lui prit la main et plongea son regard brun dans celui clair de son amie d'enfance. Elle comprenait ce que son amie commençait à ressentir et elle en était ravie.


Le Docteur analysa le circuit de rappel avec son nouveau tournevis sonique. Elle sourit, extrêmement satisfaite en réalisant qu'il marchait à la perfection. Finalement, même s'il avait eu une petite surcharge, il était parfait. Elle lança un regard moqueur à Missy qui leva les yeux au ciel.

Cette dernière s'était assise sur un pneu, cherchant plutôt à retrouver la mémoire. Le Docteur se chargerait de l'analyse. Elle, elle devait s'occuper de se souvenir de ces créatures, c'était indispensable pour la suite. Mais c'était frustrant de ne pas y parvenir. Quand les avait-elle rencontrées ?

– Vous avez fabriqué ça vous-même ? lança Ryan.

– Oui, un tournevis sonique, affirma le Docteur. Ça fait pas seulement tournevis, on va dire que c'est un appareil polyvalent. Il scanne. Il diagnostique. Il ouvre des boîtes de conserve. C'est un peu comme une sorte de… de couteau-suisse sonique. Mais sans couteau ! Seuls les idiots portent des couteaux sur eux.

– Un couteau-suisse ? Depuis quand vous dîtes qu'un tournevis est un couteau-suisse ? fit une Missy légèrement choquée.

Combien de fois leur avait-on signalé que ça ne ressemblait pas à un tournevis ? Apparemment, cela avait marqué le Docteur bien plus que ce qu'elle n'avait laissé paraître pour parler de couteau-suisse sonique, maintenant. Elle devait vraiment arrêter de se laisser influencer par les Humains qu'elle rencontrait.

– Vous devez arrêter de voir d'autres gens, assura-t-elle à son amie qui lui répondit avec un regard agacé.

Missy avait donc décidé de critiquer chacun de ses mouvements et de ses paroles ? Pourquoi ? Pour s'amuser ?

– Et vous faîtes quoi avec ? continua-t-il.

– Je cartographie l'itinéraire que cet objet a emprunté. Il a traversé plus de cinq mille galaxies.

– Comment vous savez ça ? interrogea Yaz.

– Cette chose-là ! C'est un circuit de rappel, configuré pour un aller-retour.

– Donc… la chose qui a… tué ce mec va devoir revenir ici ? s'inquiéta Graham.

– Ce sera inévitable, répondit Missy, songeuse. Sauf s'il a une commande à distance.

– Faîtes qu'il en ait une, murmura Graham.

Ce n'était pas qu'il n'était pas courageux, mais il n'avait pas vraiment envie de se retrouver devant une créature aussi dangereuse. Il tenait à rester en vie. Et il tenait à garder Grace et Ryan en vie.

Il sentit le regard de la rousse posé sur lui. Il ne se sentait pas très à l'aise avec cette femme. Il n'était pas vraiment à l'aise avec les deux extraterrestres, c'était un fait, mais il y avait quelque de chose de bizarre avec la rousse. Lorsqu'elle s'était évanouie chez eux, Grace avait parlé avec la blonde et elles avaient mentionné un passé trouble, des horreurs dont cette Missy serait l'auteure. Et c'était pour cette raison qu'il avait un peu de mal avec elle.

Oh, elle ne s'en était pas prise à lui ou à qui que ce soit jusqu'ici, mais… Mais il ne savait pas s'il pouvait lui faire confiance. Grace avait confiance en elle et même Ryan semblait apprécier cette femme. Mais pas lui, pas encore. Après tout, on ne changeait pas si facilement. Mais c'était bien là le problème. Il ne savait pas comment fonctionnaient les aliens. Et il ne savait pas depuis combien de temps cette femme voulait changer.

Ce dont il était sûr la concernant, c'était qu'elle était assez charmeuse, moqueuse, mais aussi redoutablement intelligente et que « Dottie » elle-même s'était inquiétée de ce qu'elle avait pu dire ou faire pendant qu'elle était inconsciente. Et cette inquiétude n'avait pas rassuré Graham le moins du monde quant aux intentions de Missy. Et si elle venait à se retourner contre eux ? Et si elle voulait vraiment leur faire du mal ? Son amie parviendrait-elle à l'en empêcher ?

– Elle y arrive toujours.

Graham sursauta en réalisant que la Dame du Temps était très proche de lui. Il avala sa salive, inquiet.

– Elle arrive toujours à faire quoi ?

– À m'arrêter, assura Missy, l'air sérieux. À vous sauver, par contre… sourit-elle moqueuse.

– Missy ! appela le Docteur.

L'ancienne maîtresse du chaos leva les yeux au ciel. Était-ce sa faute si elle aimait faire peur aux gens ? Elle s'amusait tant à voir sa respiration devenir plus difficile et entendre son cœur s'accélérer. C'était jouissif. Même alors qu'elle était parvenue à se libérer de ses pulsions meurtrières, elle aimait semer le trouble dans l'esprit des gens. Et elle savait que ce n'était pas grave, qu'elle pouvait toujours s'en sortir. Ce serait sans conséquence.

– Ne t'inquiète pas, Graham, assura Grace avec un doux sourire.

– Tu ne crois pas que tu lui fais un peu trop confiance pour quelqu'un que tu ne connais que depuis quelques heures ? En plus… avec ce que l'on sait… lui répondit son mari.

Missy sourit et s'accouda sur le vieil homme, nonchalamment.

– Écoutez votre femme. Vous seriez déjà morts si je l'avais voulu, assura Missy d'un ton naturel.

– Elle a raison, approuva le Docteur. Je pense que vous pouvez lui faire confiance, dans la mesure du raisonnable.

– Comment ça « dans la mesure du raisonnable » ? se vexa l'ancienne maîtresse du chaos.

– Oui, moi aussi j'aimerais bien savoir, s'enquit Graham de plus en plus inquiet. Parce que là, vous me rassurez pas plus que ça.

Mais le Docteur ne daigna pas leur répondre et poursuivit ses réflexions sur le circuit de rappel.

– La question qu'on devrait se poser, c'est plutôt pourquoi elle est partie ? Et qu'est-ce qu'elle cherche ?

– C'est quoi le plus probable ? interrogea Grace, inquiète.

– Un extraterrestre et une créature mi-organique, mi-mécanique. Je sais pas trop à quoi m'attendre. Je sais pas à quoi sert la technologie à tentacules à part à insérer des bombes ADN. En tous cas, les deux semblent liés. Mais pourquoi ? Cet extraterrestre n'est pas venu là par hasard. Et quel est le lien avec cette jeune fille qui a été enlevée il y a sept ans ?

Le Docteur se gratta l'arrière de la tête, pensive. Elle se mordit la langue en serrant plus fortement son tournevis sonique dans sa main, puis lança un regard à la mère de son enfant. Seule elle pouvait les éclairer.

Cette dernière croisa les bras et se pencha vers le circuit de rappel. Elle l'effleura puis se mit à genoux sur le sol pour mieux observer les morceaux de la capsule spatiale. Bleu. C'était bleu et cela avait l'air aussi en partie organique. Combien d'espèces connaissait-elle qui utilisaient des technologies organiques ?

– Stenza ! dit-elle vivement en se redressant. C'est de la technologie stenza. L'espèce qui fait ça, c'est celle des Stenzas !

– Génial ! Qu'est-ce qu'ils veulent ? s'enquit Dottie.

– Je… J'en sais rien, s'énerva Missy. Je me suis juste souvenue du nom, mais j'ai du mal avec le reste.

– Bon, c'est déjà un bon début. Le reste pourrait vous revenir, fit la blonde avec optimisme.

– Il cherche quelqu'un…

– Qui ?

– Comment voulez-vous que je le sache ?!

– Et pourquoi vous les connaissez et pas moi ?

– Je vous l'ai dit, j'ai une vie en dehors de vous. Je voyage aussi, vous vous rappelez ?

– Très bien. Dans ce cas, quelles sont les particularités des Stenzas ? Pourquoi cherche-t-il quelqu'un ? À quoi ressemble-t-il ? Qu'a-t-il à sa disposition ?

– Vous m'en demandez un peu trop à la seconde, là, soupira Missy.

– Désolée, mais vous êtes notre seule piste.

– Faîtes marcher votre cerveau, vous aussi, pour le retrouver, s'agaça la rousse.

Décidément, le manque de sommeil n'avait pas de bonnes conséquences sur son humeur. Et visiblement, le Docteur n'avait pas bien pris cette remarque car elle s'éloignait rapidement d'elle, contournant les quatre Humains, pour fouiller sur des étagères derrière eux. Missy se mordit la lèvre inférieure. Elle n'avait pas voulu vexer son amie. Elle s'en voulut un peu pour cela. Ce n'était vraiment ce qu'elle cherchait en restant avec elle, pourtant.

Le Docteur sortit un sac et une mallette.

– Euh… On fait quoi ? demanda Yaz en suivant la blonde des yeux. Parce que c'est chez moi ici et c'est pas un terrain de chasse pour extraterrestres ! ajouta-t-elle fermement.

– S'il n'a pas de bonnes intentions, on le retrouve. On le capture. Et on le renvoie chez lui, le plus loin possible de la Terre, répondit le Docteur en sortant toute sorte d'appareils électroniques.

– Et on s'y prend comment ? demanda Ryan.

– Accordez-moi une minute, j'y travaille, ok ?! fit la blonde, un peu dépassée entre ses pensées, Missy, les bombes ADN et la tentative d'un plan pour régler la situation.

– Au risque que vous me demandiez de changer de disque, je vais me répéter. Les bombes ADN qu'on a en nous, elles vont exploser quand ? Il nous reste combien de temps ? s'inquiéta Graham.

– Hé, ça suffit les questions, maintenant ! Je sais que vous adorez papoter, ça, c'est clair, mais il y a du boulot et je m'active un max, contrairement à ce que vous pensez, Missy ! Et j'ai pas oublié vos clavicules, Graham ! Accordez-moi neuf minutes de silence absolu et je serai à vous. Parole de scout.

– Parole de scout ?

– J'ai dit silence absolu, Missy, s'agaça Dottie.

– Vous êtes pas de meilleure humeur que moi, en de telles circonstances, murmura la rousse en levant son stylo sonique vers Graham.

– Qu'est-ce que vous faîtes ? s'inquiéta-t-il.

– Je vérifie vos bombes ADN.

Le sonique fit un petit bruit similaire à une note de musique. Une version accélérée de la Lettre à Élise.

– Mmmh… J'adore cette musique, s'extasia-t-elle en lisant les résultats. Il n'y a pas de compte à rebours. S'il n'y en a pas, c'est qu'il y a un détonateur et que votre survie dépend du bon vouloir de l'alien qui est sorti de cette capsule, annonça-t-elle gravement.

C'était loin d'être une bonne nouvelle. Cela signifiait que tout était purement aléatoire et que si ce Stenza se sentait menacé, il n'hésiterait pas à les tuer tous. Sans comprendre pourquoi, la Dame du Temps ressentit une boule se former dans sa gorge à cette idée. Cette perspective ne lui plaisait vraiment pas. Et elle détestait ressentir cette angoisse. C'était déjà largement suffisant pour le Docteur, Missy n'avait pas besoin de s'en faire à ce point pour d'autres personnes. Mais apparemment, c'était le cas. Elle envoya un regard noir au Docteur qui fronça les sourcils, sans comprendre la soudaine animosité de son amie.

Soudain, la sonnerie d'un téléphone se fit entendre, résonnant contre les murs de l'entrepôt.

– Allô ? fit Graham en décrochant son téléphone et en s'éloignant du petit groupe. Non, non, mon pote ! C'est exactement ce genre de chose ! assura-t-il à son interlocuteur.


Une centrale électrique ! Il avait fallu que ce soit une centrale électrique ! Sur le toit d'une centrale électrique !

– Salut ! C'est encore nous, lança le Docteur – avec un grand sourire – à la créature. Missy ! Vous approchez pas trop, ordonna-t-elle, désireuse de protéger leur enfant.

Fort heureusement, Missy avait le même désir et n'appréciait que modérément de se faire carboniser.

Chacun se plaça à différents endroits du toit et brancha plusieurs câbles à la centrale. Grace et Graham tenaient celui qui permettrait d'électrocuter la créature à tentacules.

– Maintenant !

Après une grande décharge, la créature retomba au sol, inerte, sans produire une seule étincelle.

– Génial ! Ça a marché ! s'enjoua Ryan.

– Bien sûr que ça a marché, j'suis une pro, moi ! se vexa Dottie en s'approchant de la créature. Il n'a pas supporté la décharge. Il est sonné, mais je n'sais pas pour combien de temps. Alors pressons-nous.

Le Docteur s'agenouilla en sortant son tournevis sonique.

– Vous aimez surtout faire sauter les technologies des autres, maugréa Missy en se souvenant du nombre de fois où le Docteur avait surchargé ou modifié une machine dont elle voulait se servir pour détruire ou coloniser la Terre.

– C'est du pareil au même, assura la blonde avec un grand sourire. Merci à Kevin, votre camarade chauffeur de bus… pour nous avoir donné le bon tuyau.

– Vous voyez ? Les chauffeurs de bus savent tout, répondit fièrement Graham.

– Mi-organique, mi-machine… Vous aviez raison, Missy.

– J'ai toujours raison, sourit cette dernière en se penchant un peu plus sur le tournevis de son amie pour voir ce qu'il affichait.

– Minute. C'est un câble collecteur. Des dizaines de câbles collecteurs. Les tentacules que vous voyez là, collectent toutes sortes d'informations. À l'évidence, on les a assemblées pour en faire une super créature ! Mais pourquoi ? Quelles données collectent-elles ?

– Si le Stenza cherche quelqu'un, ce collecteur doit l'aider à le trouver, répondit simplement Missy comme si c'était l'évidence même.

– Donc ça, c'est pas une espèce extraterrestre ? s'assura Yaz.

– Non, pas vraiment. Plutôt une semi espèce biotechnologique utilisée à des fins militaires. J'essaye encore de démêler tout ça. J'dois absolument accéder à ses données.

– Tout ce qu'il y a de plus simple avec un tournevis sonique, soupira Missy en levant les yeux au ciel.

Un petit coup de sonique de la part du Docteur et l'image holographique d'un jeune homme s'éleva en 3D devant eux.

– C'est Karl, l'homme du train, se rappela Graham.

– C'est Karl, la donnée, réalisa Dottie.

– On se demande bien pourquoi. Il est si ennuyeux, lança l'ancien Maître.

– J'suis d'accord. Qu'est-ce qu'un alien lui voudrait ? reprit Graham.

– Merci, mon cher ami, sourit la rousse.

– Lequel d'entre vous, je tue le premier ? fit une voix derrière le petit groupe.

– Euh… Moi, j'dirais aucun d'entre nous, répondit le Docteur en s'approchant. Vous, restez derrière moi, ordonna-t-elle aux Humains. Vous, ne bougez plus ! ajouta-t-elle à l'adresse du Stenza. Si vous vous approchez de nous, j'atomise cette créature sur le champ !

– Vous vous mêlez de choses qui vous dépassent.

– Oui, ben, on a tous besoin d'un hobby !

– Vous n'êtes pas humaines, toutes les deux.

– Enfin quelqu'un qui ne m'insulte pas. Je devrais peut-être rester avec lui, se moqua Missy.

– Vous, vous restez là, maugréa Dottie en attrapant fermement sa main, alors que son amie mimait un changement de camp.

– Vous êtes qui ?

– Moi ? Je suis… Oooh ! Ça recommence ! J'l'avais encore il y a une seconde ! C'est agaçant !

C'en fut trop pour Missy. Elle éclata de rire. La tension qui montait et qui redescendait en une seconde juste parce que le Docteur ne se souvenait plus de son nom… C'était merveilleusement drôle.

– Missy ! s'agaça Dottie.

Comme si elle n'était pas suffisamment agacée par la situation… Si, en plus, sa plus ancienne amie se moquait d'elle….

Mais apparemment, pour Missy, se calmer n'était pas une priorité.

– Et vous ? Vous ne savez plus qui vous êtes non plus ? lança le Stenza d'une voix rauque.

Le rire de Missy redoubla. Bien sûr qu'elle se souvenait de son nom. Et d'ailleurs, ce n'était pas la seule chose dont elle se souvenait. Un bon fou rire lui avait remis les idées en place. Elle se souvenait des caractéristiques des Stenzas et elle pensait aussi savoir ce qu'ils voulaient à cet Humain insignifiant. Maintenant, elle se souvenait, grâce au Docteur sans nom.

– Une minute, dit-elle entre deux crises de rire en tenant fortement le bras de son amie d'enfance avant de se calmer un peu. Je suis Missy. Mais je crois que vous me connaissez plutôt sous le nom de Maître, annonça-t-elle en mimant une petite révérence.

Le Stenza sembla avoir un mouvement de recul.

– Celui que nous connaissons sous le nom de Maître est un homme.

– Oui, je l'étais à l'époque, mais plus maintenant. C'est un peu compliqué. Mais je vous assure que je suis la même personne.

– Qu'est-ce que vous leur avez fait, Missy ? s'inquiéta le Docteur.

– Je crois que j'ai fait sauter leur salle des trophées, répondit-elle en grimaçant.

– C'est tout ? Je m'attendais à ce que vous ayez fait sauter la planète.

– Ils n'ont pas qu'une seule planète, Do…ttie. Ils en ont plusieurs sous leur commandement. Mais ce qui est le plus important pour eux, ce n'est pas une planète, ce sont leurs trophées, assura la rousse en se remettant droite.

– Silence, ordonna l'alien.

– Hé ! Vous avez pas le droit de nous ordonner le silence ! se vexa la blonde qui aimait plus que tout parler.

– Oui, surtout à elle, assura Missy en désignant la mère de son enfant.

– Oui, surtout à moi. Parce que j'adore parler. Et c'est pour ça que je vais vous poser la même question. Non, en fait, j'ai une autre question ! Parce que ça me chiffonne ! J'dirais même plus que ça. Ça me déplaît beaucoup ! Pourquoi les dents ? Tuer vous suffit pas ?! Pourquoi vous prélevez des dents à vos victimes ?

– Vous n'auriez pas dû demander ça, même moi, je trouve cette tradition dégoûtante, maugréa Missy en posant une main sur son ventre, sentant ses nausées s'accentuer.

L'extraterrestre leva mécaniquement sa main vers son casque et commença à en ôter la visière, dévoilant un visage bleu incrusté de dents.

– Un guerrier Stenza porte ses trophées. Vous direz à vos enfants que vous avez eu le privilège de rencontrer Tzim-Sha, un Stenza.

– Tim-Show ?

– Tzim-Sha.

– Tim-Show ?

– Tzim-Sha ! Bientôt, chef du peuple des guerriers stenzas, conquérant des Neuf Systèmes.

Bientôt chef d'un peuple ? Parce que là, vous êtes quoi ? Stagiaire ?

– Hé, ne l'énervez pas.

– Vous inquiétez pas, Graham. Les Stenzas sont colériques, mais profondément stupides, lança Missy avec amusement.

Tzim-Sha poussa un grondement de mécontentement.

– Vous êtes peut-être allée un peu trop loin, Missy. Hé ! Vous ! Qu'est-ce que vous venez faire là ?

– C'est le soir de mon épreuve. Retrouver et obtenir le trophée humain désigné.

– C'est une chasse, réalisa le Docteur. Vous êtes chasseur !

– Bravo. Votre cerveau minuscule doit énormément chauffer sous un tel… effort.

– Est-ce qu'il vient de dire que j'avais un petit cerveau ? se vexa immédiatement la nouvelle Dame du Temps.

– Vous avez toujours un certain ego.

– Et s'il vous disait que vous étiez stupide, vous réagiriez comment ?

– Je lui arracherais la tête. Parce que c'est amusant de voir les petits malins se faire tuer et leur visage se décomposer, se moqua la rousse.

– Une solution peut-être un peu moins radicale ?

– Je sais ce que font les Stenzas et croyez-moi, ce sont des guerriers sans cœur.

– Ce n'est pas pour autant que je cautionne le meurtre !

– L'un des sujets sur lesquels nous ne serons jamais d'accord. J'ai changé, mais je continue de considérer que Tzim-Sha mérite de voir sa tête lui être arrachée.

– Et en quoi cela vous rend meilleure que lui ?

– Vous voulez dire en dehors du fait que je préfère tuer des criminels sans cœur qui assassinent des innocents ou des enfants, alors que lui considère le massacre de ces innocents comme son rite de passage ? Vous avez raison ! Je suis un monstre !

– J'ai pas dit ça ! se défendit le Docteur.

– Vous m'avez longtemps considéré comme un monstre ayant sombré dans la folie ! C'est même comme ça que vous avez expliqué qui j'étais à Bill !

– Vous-même vous définissiez comme ça !

– Assez ! fit Tzim-Sha avec colère et impatience.

– Ça vous dérange pas de nous laisser régler nos problèmes tranquillement, Tim-Show ?! s'agaça Dottie.

– Tzim-Sha !

– Oui, on a compris, répondit Missy, exaspérée, levant les yeux au ciel. Et maintenant, vous me considérez toujours comme un monstre parce que je n'ai pas peur de tuer cet alien ?

– Bien sûr que non ! Ce que je veux dire, c'est qu'on a une autre solution !

– Quelle solution ?! Lui parler ?! C'est ça votre plan ?

– Pourquoi pas ? Il se trouve que ça marche souvent, assura la blonde.

– Parfois, les mots ne sont pas des armes suffisantes, vous le savez très bien !

– Et vous voulez passer tout de suite à la manière forte avant qu'on ait essayé autre chose ?!

– Je n'ai pas dit qu'il fallait lui arracher la tête tout de suite, il me semble !

Puis le calme revint. Les deux Dames du Temps se regardèrent dans les yeux en silence. Le meurtre était encore un point qu'elles devraient traiter plus tard. Il fallait vraiment qu'elles en reparlent car le Docteur n'appréciait pas la vision de Missy, même si elle était déjà parvenue à lui faire changer de beaucoup sa mentalité. Mais la blonde avait peur que, si son amie venait à tuer à nouveau – même des monstres –, elle ne s'en retourne vers ses anciens travers et à ne plus considérer la vie, une fois de plus.

– Hum… ça va ? On dérange pas trop ? les interrompit Graham.

– Si, mais passons, répondit Missy en se tournant à nouveau vers l'extraterrestre bleu. Bon, vous, le Schtroumpf, expliquez-lui ce qui va se passer, reprit-elle en désignant le Docteur, tout se félicitant intérieurement que Tzim-Sha ne comprenne aucunement sa référence aux nains bleus de la bande-dessinée.

– L'épreuve est simple. Le chef désigne un Humain au hasard. J'ai été envoyé ici, seul, sans arme et… sans assistance. Je dois retrouver et obtenir le trophée et rentrer chez moi, victorieux. Si j'y parviens, je serai élevé au rang… de chef. C'est le rituel des Stenzas.

– C'est déjà arrivé avant, réalisa Yaz. La sœur de Raoul.

– La planète Terre n'est pas votre terrain de chasse !

– C'est illégal selon la Proclamation de l'Ombre. C'est une civilisation de niveau 5. La planète Terre ne peut donc pas devenir une planète couveuse ou…

– Les Adiposes ! lança Dottie, un grand sourire aux lèvres.

– Vous cassez mes effets, ma chère, s'énerva Missy.

– Désolée, je me suis juste souvenue pour le stylo sonique et quand vous avez parlé de planète couveuse, je m'en suis souvenue !

– Merveilleux, ironisa-t-elle. Quoi qu'il en soit, Tzim-Sha, il est illégal d'utiliser la planète Terre comme terrain de chasse. Et il est aussi illégal d'utiliser des bombes ADN. Vous devriez partir avant que nous n'en informions la Proclamation de l'Ombre.

– L'accès a été accordé, se contenta de répondre le Stenza.

– Non, pas du tout, l'informa Ryan d'une voix hachée. C'est un malentendu. L'autorisation d'accès est annulée. Et elle est annulée par moi.

– Les Humains ne comprennent même pas votre demande d'accès. Vous savez que vous ne pouvez pas vous cacher derrière cet argument.

– J'ai une petite remarque, si ça ne vous ennuie pas. Vous avez dit que les règles étaient aucune arme et aucune assistance ?

– Exact.

– Comment l'avez-vous tué ? D'où viennent les engelures ?

– Les Stenzas ont une température corporelle bien inférieure à la vôtre. Ma peau glaciale peut tuer instantanément un Humain en le touchant.

– Je confirme. La dernière fois que j'ai vu les Stenzas, je me suis retrouvée avec une jolie brûlure sur la jambe. J'ai eu du mal à retrouver mon TARDIS. Ne vous en approchez pas trop, Dottie.

– Donc cette énorme bobine qui collecte des tas d'informations, là, vous n'êtes pas censé l'avoir ?

– Je n'ai rien avoir avec cette créature.

– Je crois que si. Je crois que vous l'avez fait passer en douce avant vous ! Je crois qu'elle a localisé l'Humain désigné au hasard pour vous ! Et je crois… Je crois surtout que vous avez enfreint les règles ! En voilà, un beau chef. Tim-Show n'est qu'une espèce de tricheur tout bleu, voilà tout !

Tzim-Sha leva sa main et un éclair blanc s'en échappa. Cette fois, Dottie l'avait vraiment mis en colère. Cette dernière tira Missy plus près d'elle par peur.

– Ok, j'vous la laisse, lança le Docteur en s'éloignant de la créature à tentacules en signifiant à tous les autres de la suivre.

Missy caressa instinctivement la main de son amie d'enfance pour la rassurer, bien qu'elle ne le soit pas particulièrement elle-même. Elle fixa Tzim-Sha, restant à l'affût de chacun de ses mouvements. Ce dernier s'agenouilla sur le sol et posa une main sur le collecteur. Des milliers de minuscules lumières bleues passèrent de l'objet à l'alien, comme dans un circuit électrique.

– Il fait quoi, là ? s'inquiéta Ryan.

– Il est en train de transférer les informations, murmura la blonde.

L'alien bleu se releva et se plaça devant le groupe.

– Si vous avez fini, mettons les choses au clair. Vous n'emmènerez aucun Humain avec vous ce soir ! Allez-vous-en tout de suite, sinon on vous neutralise ! menaça le Docteur.

– Bonne chance, répondit-il moqueur en se baissant.

Une forte lumière les aveugla pendant quelques instants.

– NON ! Téléporteur à courte portée ! Double tricheur ! s'énerva la nouvelle Dame du Temps.

– Où est-ce qu'il est parti ? interrogea Yaz.

– Il est parti chasser.

– Chasser qui ? s'enquit Ryan.

– C'est pas évident ?!

– Et vous comptez l'arrêter comment, Dottie ? Parce qu'il ne veut clairement pas nous entendre. Il se fiche pas mal de la loi, que ce soit les siennes ou celles de la Proclamation de l'Ombre, intervint vivement Missy.

– Qu'est-ce que c'est la Proclamation de l'Ombre ? demanda Grace en se rapprochant de la rousse.

Grosso modo, c'est la police de l'espace, répondit-elle.

Grosso modo ? C'est pas dans votre registre habituel, remarqua Dottie.

– Maintenant, ça en fait partie, affirma la rousse.

– Dans ce cas, vous devriez aller les chercher comme vous l'avez dit à ce Tim-Show, s'enquit Graham.

– C'était du bluff, s'agaça Missy en se grattant le front. On ne peut pas aller les chercher, on a aucun moyen de les contacter, même avec un nouveau tournevis sonique. Il nous faudrait des jours rien que pour rassembler assez de la technologie de votre planète. Et encore des jours pour l'adapter à nos intentions. Karl l'ennuyeux sera transformé en trophée depuis longtemps.

– Du coup, on fait quoi ? s'inquiéta Ryan.

– On protège Karl jusqu'à ce qu'on arrive à… commença la blonde.

– À quoi ?! À convaincre Tzim-Sha de rentrer chez lui ? cassa la rousse.

– Pourquoi pas ?

– Vous rêvez. Vous êtes beaucoup trop naïve, ma chère amie. Tout le monde ne vous écoute pas. Et ne comptez même pas lui faire peur parce que je ne suis pas sûre qu'il connaisse vos exploits.

– Vous proposez quoi ? Le tuer ?

– Si c'est nécessaire.

– Je ne vous laisserai pas faire. Missy, si vous voulez changer, vous devrez essayer de penser à autre chose que le meurtre.

L'ancienne maîtresse du chaos leva les yeux au ciel. Elle n'était toujours pas d'accord avec le Docteur et sa vision sentimentale des choses. Peut-être même ne le serait-elle jamais. C'était douloureux pour elle de constater cela, pour la simple et bonne raison qu'elle avait toujours souhaité retrouver son ami et que maintenant, elles ne cessaient de se disputer.

– J'étais sérieuse lorsque je vous ai dit que je ne voyais pas les choses comme vous et que ce ne serait peut-être jamais le cas.

– J'avais au moins espéré que vous comprendriez, avoua le Docteur.

– Je comprends, mais cela ne veut pas dire que je pense que votre vision des choses est la meilleure.

– Ah oui ? Pourtant, à chaque fois, c'est moi qui gagne. Contre les Daleks, les Cybermen, les Anges Pleureurs, les Sontariens ou encore les Moines ! Et il y a aussi la Rani, et même vous ! Alors ne me dîtes pas que vous êtes mieux placée que moi pour résoudre la situation !

– Si je ne vous avais pas dit qu'il fallait tuer Bill pour vaincre les Moines, vous n'auriez jamais trouvé d'alternative, je vous signale ! Je vous suis utile en pensant ainsi !

Yaz inspira profondément pour se donner du courage. Les deux Dames du Temps se jaugeaient du regard, en colère. Et même si aucun d'entre eux n'avait compris ce qu'elles avaient dit, l'agent de police était sûre d'une chose : ils devaient vite retrouver Karl.

– Bon, écoutez, pour l'instant, c'est pas vos divergences d'opinion qui sont le plus important. Il faut protéger Karl. C'est un innocent et il pourrait y laisser sa vie.

Missy croisa les bras et répondit :

– Il ne le tuera pas. Enfin pas complètement.

– C'est ce qu'il a fait pour les autres qu'il a rencontrés, remarqua le Docteur.

– Oui, mais là, c'est un rite de passage. Les Stenzas vont congeler ce Karl alors qu'il est sur le point de mourir, puis l'exposer dans une vitrine.

– Génial ! Il sera juste coincé entre son avant-dernier et son dernier battement de cœur ! Ça change tout ! ironisa la blonde.

– Vous me fatiguez, aujourd'hui, Dottie.

– Hé ho ! C'est pas le moment ! les interrompit à nouveau Yaz.

Les deux Dames du Temps échangèrent un regard. Elles devaient bien se rendre à l'évidence. Cette Humaine avait raison. Elles devaient se calmer pour avancer. Elles grimacèrent, mais se prirent la main dans un geste de réconciliation partielle. Elle avait encore beaucoup à traiter, toutes les deux. Mais ce serait pour plus tard. Pour l'instant, ils devaient tous regagner la voiture de Grace.


– Denis, j'ai besoin d'aide ! Il y a quelqu'un sur ma grue ! appela une voix dans le talkie-walkie.

Bon, si Missy s'était plainte du toit d'une centrale électrique, elle ne pouvait qu'avouer que ce n'était rien comparé à la grue qu'elle voyait se dessiner devant eux depuis qu'ils étaient sortis de la voiture.

– Ah, génial ! Le métier de Karl est grutier ! soupira le Docteur, accroupie près d'un corps inanimé. Il fallait s'en douter…

– Il est là-bas ! les prévint Ryan en désignant une masse sombre et humanoïde escalader une grue.

– Et l'autre créature garde le bas de la grue, continua Graham, inquiet.

– Graham, Grace ! Prenez cet équipement et faîtes évacuer le chantier ! Je sais pas comment, vous trouvez un moyen. Et surtout, ne revenez pas ici ! C'est compris ?!

Le couple hocha la tête face aux ordres du Docteur.

– Ryan, Yaz ! Est-ce que vous êtes à l'aise avec les machines ? Et avec l'altitude ?

Les deux amis d'enfance hochèrent également la tête face à ces ordres.

– Et moi, je fais quoi ? Un pique-nique en regardant le spectacle ? s'agaça Missy.

– Vous, vous venez par-là.

Le Docteur tira Missy un peu à part. Elle voulait lui parler seule à seule.

– Vous restez avec Grace et Graham.

– Pourquoi ? Vous avez peur que je tue le Schtroumpf ? fit la rousse, toujours agacée.

– Bon, pour être honnête, j'suis pas fan de l'idée, mais c'est pas pour ça que je veux pas que vous veniez. En fait, dès que j'ai vu la grue, il m'a paru impossible que vous m'accompagniez là-haut. Mais j'ai pas peur pour Tzim-Sha.

– Vous savez le prononcer, maintenant ? ironisa l'ancienne maîtresse du chaos.

La blonde fronça les sourcils. Était-ce vraiment le moment de se montrer si piquante ? Alors même qu'elle s'efforçait de lui expliquer quelque chose de vraiment important ?

– Missy ! Le temps presse ! J'ai pas peur pour ce chasseur. J'ai peur pour vous et pour notre enfant. Imaginez ! Si vous montiez sur la grue et que vous tombiez ? Qu'arriverait-il à notre enfant ? Et si je ne peux pas retenir Tzim-Sha et qu'il vous blesse ? Bien sûr, j'ai peur que vous ne reveniez à vos anciennes méthodes, mais ce que je crains par-dessus tout, c'est de vous perdre, tous les deux, assura le Docteur.

Cette dernière voulait absolument que son amie comprenne cela. Elle voulait qu'elle comprenne que si Tzim-Sha et Karl ne se trouvaient pas si haut, elle l'aurait peut-être laissée être à ses côtés pendant l'affrontement final. Mais ce n'était pas le cas. Ici, le danger était double. Et elle avait peur. Elle avait peur parce qu'une grue n'était pas très stable et qu'elle refusait d'imaginer la perte de son amie. Et il était indispensable que la mère de son enfant comprenne cela. Elle plongea son regard chocolat dans celui de son amie d'enfance, cherchant à lui faire comprendre.

– Et si je ne suis pas à l'aise avec l'idée que vous y montiez seule ?

La nouvelle Dame du Temps se rapprocha de son amie d'enfance et remit une mèche de cheveux derrière son oreille dans un geste qu'elle voulait doux et rassurant.

– Je serais avec Ryan et Yaz.

– Ce sont des Humains… grimaça Missy, toujours peu rassurée.

Elle savait pertinemment que c'était plutôt le Docteur qui allait les protéger et peut-être même sacrifier sa vie pour eux. Et Missy était catégoriquement opposée à ce dernier point. Elle avait fait beaucoup d'efforts pour faire le bien. Elle avait même commencé à apprécier ces Humains. Mais ils n'étaient rien en comparaison du Docteur à ses yeux. Et pour elle, le calcul serait simple entre la mort de ces gens et celui de son amour de jeunesse. Elle ne pourrait pas supporter de perdre le Docteur. Elle n'avait même jamais envisagé l'idée, pas une seule fois. Enfin si, une fois, mais c'était différent.

– Alors, ayez confiance en moi, pria Dottie.

– Vous avez confiance en moi, vous ? répondit-elle, amère.

– Oui. Oui, j'ai confiance.

– Et comment je peux en être sûre ?

– Je compte vous laisser seule avec deux Humains. Vous serez seule avec eux et vous les aiderez à sauver d'autres gens. Vous veillerez à ce qu'eux-mêmes ne reviennent pas et à ce qu'ils se mettent en sécurité. Et je vous laisse le choix. Vous pouvez partir sans les aider, sans veiller sur eux, sans sauver Karl. Vous pouvez vous mettre en sécurité, je ne vous le reprocherai pas. J'ai confiance en vous. Je remets la vie d'innocents entre vos mains.

– Vous n'avez pas le choix.

– Je pourrais laisser Grace et Graham le faire seuls et vous prendre avec moi pour vous surveiller. Mais je ne le fais pas parce que j'ai confiance en vous. Je sais que vous ferez tout pour m'aider et que vous veillerez à ce qu'il n'arrive rien à qui que ce soit.

Missy sourit à travers ses larmes. Elle entrelaça ses doigts avec ceux du Docteur. Oui, c'était une réelle preuve de confiance. Et elle en était ravie.

– Merci.

La rousse effleura les lèvres de son premier amour, puis elles se séparèrent pour retourner vers les quatre Humains présents.

– Vous avez fini ? On peut y aller ? s'enquit Ryan.

– Juste une petite chose, reprit le Docteur. Grace, veillez sur Missy, s'il vous plaît.

– Je croyais que vous aviez confiance en moi ? se vexa Missy.

– Je ne lui ai pas demandé de vous surveiller. Je lui ai demandé de veiller à ce que vous ne mettiez pas inconsidérément votre vie en danger.

– Comme vous ?

– Exactement ! Vous voyez, vous comprenez, se réjouit Dottie.

– Je m'occuperai d'elle, assura Grace avec un sourire chaleureux.

– Attention, je ne suis pas une enfant. Je suis bien plus âgée que vous tous réunis, l'avertit Missy.

– Bon, nous, on y va, lança le Docteur en s'élançant vers la grue.

L'ancienne maîtresse du chaos attrapa vivement les deux amis d'enfance par le bras avant qu'ils ne puissent rejoindre la blonde.

– Hé !

– Qu'est-ce que vous faîtes ?

– S'il arrive quoi que ce soit à Dottie par votre faute, vous aurez à en répondre devant moi. Vous entendez ? Si vous n'avez pas été fichus de répondre favorablement à ses instructions ou si elle meurt en vous protégeant, vous regretterez de ne pas être morts à sa place, menaça Missy avec sérieux.

Ryan et Yaz échangèrent un regard inquiet – pour ne pas dire terrifié –, alors que la rousse leur offrait un sourire satisfait. Elle lâcha leur bras et épousseta leurs épaules.

– Missy ! la réprimanda le Docteur qui avait entendu ses menaces grâce à l'ouïe particulièrement fine de leur espèce.

Mais la rousse l'ignora royalement, se concentrant exclusivement sur Yaz et Ryan.

– Bien, vous avez compris. Maintenant, dépêchez-vous. Hop, hop, hop !

Elle claqua dans ses mains et se retourna vers le vieux couple qui lui tendait un gilet jaune fluo. Son sourire se dissipa.

– Je vous préviens, vous ne me ferez jamais porter cette horreur, affirma-t-elle.


– Allez, messieurs, on évacue les lieux aussi vite que possible ! fit Graham en désignant la sortie aux ouvriers.

– Allez !

– Merci ! On a un grave problème électrique ! Les services d'urgence ne vont pas tarder ! affirma le vieil homme.

– Veuillez évacuer immédiatement ! C'est une urgence ! continua l'ancienne infirmière.

– Mais qu'est-ce qui se passe au juste ? s'inquiéta un homme avec un gilet orange fluo en s'approchant d'une Missy qui supervisait les sorties.

Elle haussa un sourcil, surprise.

– Problème électrique, c'est pas suffisant pour vous ? Vous avez besoin que j'appuie en vous disant que vous pouvez mourir si vous choisissez de rester ici ? cassa-t-elle en croisant les bras sur sa poitrine.

L'homme écarquilla les yeux, s'éloigna d'elle et courut vers la sortie avec le dernier groupe d'ouvriers.

– Je crois qu'ils sont tous partis, l'informa Graham en regardant aux alentours pour vérifier qu'il ne manquait personne à l'appel.

– Bien. Maintenant, vous allez partir aussi, répondit la Dame du Temps en les dirigeant vers la sortie.

– Hors de question ! Ryan est là-haut, il pourrait être en danger ! opposa Grace.

– Il est déjà en danger. C'est pas la peine de risquer la vie de deux personnes supplémentaires.

– Grace, écoute-la, s'il te plaît. Viens te mettre en sécurité, pria Graham.

– Je ne laisserai pas Ryan, répéta-t-elle.

Missy leva les yeux au ciel, agacée. Certes, elle aimait le courage et la passion de cette femme, mais là, c'était bien trop dangereux. Et puis que comptait-elle faire au juste ? Non, elle ne pouvait pas la laisser prendre un tel risque. Elle devait veiller à ce qu'il ne leur arrive rien. Et par-dessus tout, elle ne voulait pas qu'il leur arrive quoi que ce soit. Elle ne voulait pas les voir mourir, même si elle ne les connaissait que depuis quelques heures. C'était un sentiment étrange.

– Vous ne pouvez rien faire d'ici, Grace. Vous devez le laisser et vous mettre en sécurité, tenta Missy.

– Et vous ? Vous allez vous mettre en sécurité, alors que votre amie est là-haut et en danger ?

– Ce n'est pas pareil.

– Ah bon ? Et pourquoi ?

– Je suis beaucoup plus résistante. Vous, vous êtes humaine.

– Et ça me rend moins capable de faire les choses ?

– Je serais bien tentée de répondre oui, mais vu que je ne suis plus censée faire preuve d'autant d'arrogance, je vous répondrais seulement que je suis une Dame du Temps et que mon corps peut se régénérer et se réparer seul contrairement au vôtre qui se brisera sous un choc. Vous n'êtes pas moins capable mais plus… vulnérable.

– Votre amie m'a demandé de veiller sur vous.

– Et elle m'a aussi demandé de prendre soin de vous. Vous voyez ? On doit chacune faire ce qui est dans nos cordes. Moi, je veille à ce que vous ne fassiez pas quelque chose d'inconsidéré et vous, vous faîtes la même chose.

– La seule chose que je retiens, moi, c'est qu'on doit tous se mettre à l'abri, les coupa Graham en les tirant toutes les deux en arrière.

– Hé ! firent-elles d'une même voix.

Mais leur attention fut ramenée au bas de la grue sur laquelle était montée Ryan, Yaz et le Docteur. La créature tentaculaire s'y était accrochée et lançait des éclairs comme pour faire céder la grue. Grace courut vers l'engin gigantesque, suivie de près par une Missy déjà fort lasse.

– D'accord. Génial. Maintenant, on retourne dans le danger ! lança Graham en partant à leur poursuite. Grace ! Elle nous a explicitement dit de ne pas revenir ici ! C'est trop dangereux !

Le collecteur laissa échapper une nouvelle décharge sur les piliers du bas de la grue.

– Écoute ! La créature fait tout pour faire tomber la grue, on doit l'en empêcher ! affirma-t-elle en retirant son gilet jaune pour le placer dans les bras de son mari.

Lui-même retira son propre gilet, à contrecœur. Il soupira. Dieu seul savait à quel point il aimait sa femme, mais ce côté passionné était un peu trop épuisant pour lui, ce soir.

– Vous inquiétez pas. Moi aussi je voudrais être au calme, mais avec le… avec Dottie, c'est mission impossible, visiblement.

– Et on fait comment pour la créature ?

– J'vais m'en charger, approuva Missy.

– C'est pas trop dangereux ?

– Si, mais bon…

– Hé ! Regardez ! Là-haut ! les interpella Graham en désignant les deux bras des deux grues.

Missy releva vivement la tête, la panique lui broyant les cœurs. Ce qu'elle vit accentua cette terrible sensation et elle sentit une nouvelle vague de nausées et de vertiges la saisir. Là-haut, le Docteur se préparait à sauter dans le vide pour rejoindre l'autre bras de grue où se trouvaient Karl et Tzim-Sha.

– Oh mon Dieu… souffla le couple à côté d'elle.

– Docteur… Ne faîtes pas ça… murmura Missy, les dents serrées.

Elle entendit son amie d'enfance pousser un cri et la vit se raccrocher de justesse à une barre en fer de l'autre côté. La rousse laissa échapper un faible soupir de soulagement. Ce n'était pas encore fini. La blonde était toujours suspendue dans le vide.

– Je vous jure que si elle y reste, je la ressuscite pour la tuer à nouveau ! s'énerva-t-elle alors en serrant les pans de sa veste autour d'elle.

– Je suis sûre que ces jambes étaient bien plus longues avant ! entendit-elle s'exclamer son amie.

« Non, vous croyez ?! » s'exclama mentalement Missy en regardant fixement le corps de son amie se balancer.

« Missy, s'il vous plaît, je suis occupée… » tenta le Docteur.

« Occupée à vous balancer à une grue ?! »

« C'est pas le moment. On en reparlera plus tard. »

« Si vous survivez, c'est certain. Mais ne vous attendez pas à survivre à la conversation qui suivra ! »

« J'en prends bonne note ! » affirma la blonde en se hissant sur le bras de la grue de Karl.

« Ces Humains… Ils vont vraiment finir par vous tuer… » se désespéra son amie intérieurement.

Lorsque Missy se retourna, elle réalisa que Grace et Graham s'étaient déjà munis de câbles électriques dans le but d'étourdir la créature. Elle fit un pas vers la grand-mère de Ryan et sentit ses jambes se dérober sous elle. Elle sentit alors des bras la retenir difficilement et le reste de ses vêtements être mouillés par le béton trempé. Sa vision se brouilla plus encore, puis plus rien.


– Maintenant, Graham !

Ce fut la première chose qu'entendit Missy en revenant à elle. Elle gémit. Elle était allongée sur un sol dur, mais pas mouillé. Et l'air autour d'elle n'était pas aussi mordant et humide que celui de dehors. Il ne lui fallut pas longtemps pour comprendre qu'elle avait été transportée en intérieur. Elle ouvrit difficilement les yeux. Ils la brûlaient. Mais heureusement, il n'y avait pas suffisamment de lumière pour accentuer la douleur. Elle remarqua alors que Graham était dans la pièce avec elle, actionnant un levier. La panique la prit à nouveau à la gorge.

– Qu'est-ce que vous faîtes ? s'enquit-elle, le faisant sursauter.

– Vous êtes réveillée ?

– Qu'est-ce que vous faîtes ? répéta-t-elle en se levant rapidement, peut-être même un peu trop rapidement pour son corps.

Mais cela n'avait aucune importance car elle connaissait déjà la réponse.

– On voulait assommer cette créature… commença Graham.

– Ça marche ! entendirent-ils.

Missy se précipita à l'extérieur. Mais elle n'avait pas pu aller suffisamment vite. À peine sortie, elle vit le corps de Grace tomber inerte aux côtés de la créature qui ne dégageait plus d'énergie non plus. La Dame du Temps stoppa sa course, sous le choc, alors que Graham courait de plus en plus vite pour atteindre la femme qu'il aimait. Elle reprit sa marche, difficilement comme si chaque pas lui coûtait. L'environnement autour d'elle recommençait à tourner.

– M'en veux pas, murmura Grace en posant une main sur l'épaule de son mari.

– J't'en veux pas, assura-t-il, la voix pleine de sanglots. J't'en veux pas.

– Promets-moi… que t'auras pas peur.

– Quoi ? Quoi ? Comment ça ?

– Sans moi…

Ses yeux se fermèrent. Sa tête roula sur le côté. Elle ne respirait plus.

– Grace ? appela Graham, presque désespéré. Grace ?

Missy se laissa tomber à genoux, les larmes aux yeux. Elle empoigna ses cheveux. Que pouvait-elle faire ? Elle devait forcément pouvoir faire quelque chose. Elle était une Dame du Temps. L'Univers devait se plier sous sa volonté. Elle maîtrisait le temps et les dimensions. La vie et la mort. Elle devait pouvoir trouver un moyen.

Elle sentit des bras fins l'enlacer. C'était le Docteur. Elle ressentait sa présence rassurante. Puis elle vit d'autres visages. Celui de Yaz, triste et en retrait. Et celui de Ryan, en larmes, cherchant le moindre signe de vie chez sa grand-mère.

Des souvenirs entiers défilèrent devant ses yeux. Des souvenirs d'elle sous sa première incarnation, alors qu'elle cherchait un signe de vie quelconque chez sa femme et sa fille. Quelque chose. Un espoir. N'importe quoi qui aurait pu lui assurer qu'il n'avait pas perdu les deux personnes les plus importantes de sa vie. Le plus petit signe qui aurait pu lui indiquer qu'il n'était pas seul… qui aurait pu lui indiquer que la petite fille dans ses bras grandirait, atteindrait l'âge adulte et aurait ses propres enfants. Un signe qui aurait pu indiquer qu'il n'avait pas perdu l'amour de sa vie… qui pourrait lui indiquer qu'un jour il reverrait son sourire. Mais ça n'avait jamais été le cas. Il n'avait jamais vu sa fille grandir. Il n'avait plus jamais revu le sourire de sa femme. Un nouveau sentiment de désespoir s'abattit sur elle.

Les larmes de Ryan et de Graham, elle les avait déjà versées, des siècles plus tôt.

Elle devait forcément pouvoir faire quelque chose.

Puis elle regarda ses mains. Elle savait quoi faire. Elle se dégagea de l'emprise du Docteur pour se rapprocher de Grace. Ses mains se mirent à briller et elle les posa sur les tempes de Grace.

– Qu'est-ce que vous faîtes ? s'inquiéta Graham.

– Non, Missy ! C'est dangereux et il n'y a presque aucune chance pour que ça marche ! Vous risquez de vous tuer toutes les deux dans le processus ! intervint le Docteur.

– Qu'est-ce qui pourrait marcher ? Qu'est-ce que vous faîtes ? s'enquit Ryan, les joues inondées de larmes.

– Je crois… J'espère… que je vais lui sauver la vie, murmura Missy dont la vue se brouillait de plus en plus. Docteur, j'ai besoin de vous… je crois, ajouta-t-elle en tombant en arrière dans les bras de sa chère amie.

Panique.

– Missy ? Missy ! Restez avec moi, s'il vous plaît !

Des larmes commencèrent à perler au coin de ses yeux. Les cœurs de Missy battaient de manière très irrégulière. Sa respiration était difficile. Un cœur en moins. Le Docteur allongea Missy sur le sol et commença à lui faire un massage cardiaque pour faire repartir son deuxième cœur. Pourquoi l'énergie régénératrice ne l'aidait-elle pas ? Pourquoi ne l'avait-elle pas empêchée de faire cela ? Pourquoi ne l'avait-elle pas mieux protégée ?


Suis-je sadique ? Peut-être un peu ^^

Est-ce que je vous ai menti en vous disant que ce chapitre était la fin de l'épisode ? Peut-être un peu. Mais le prochain sera bien plus libre et les scènes largement modifiée par rapport à l'épisode original ^^

Dans combien de temps posterais-je le prochain ? Nul ne le sait ^^

Enfin, si, moi, je le sais ! Ce sera la semaine prochaine, je vous le promets ^^

Bien ! Comment se passe mon retour triomphal ? :D

Le prochain chapitre s'appellera : "Et maintenant ?" ^^