Bonjour !
J'ai eu de nombreux problèmes au cours de ces derniers mois et ma correctrice également. C'est pour cette raison que personne n'a eu de suite :(
Mais j'espère bien pouvoir reposter des chapitres toutes les semaines ! Du moins, si vous voulez toujours de ma fic. Pour ceux dont c'est le cas, petit spoil : j'en suis à la réécriture de l'épisode 9 avec le Solitract.
Oh ! Et… Missy a accouché ! Mais je ne vous dirais pas dans quel épisode ;)
En tous cas, j'ai de nombreux chapitres d'avance, mais pas corrigé, donc désolée :/
Remercions néanmoins ma sœur pour prendre le temps de l'avoir fait sur les chapitres précédents et de continuer de le faire pour tout ceux qui suivront ! ;)
DISCLAMER : Cet univers et ses personnages ne m'appartiennent pas… malheureusement ^^
Bonne Lecture à tous ! ^^
– Chapitre 10 – Et maintenant ?
La chaleur. Elle était allongée sur quelque chose de moelleux. Elle était emmitouflée dans des couvertures chaudes. En faisant abstraction de son infâme mal de tête, elle se sentait bien. Mais que s'était-il passé ? L'image du corps sans vie de Grace lui revint. Deux hommes en pleurs. Elle-même en pleurs. Et rien. L'avait-elle sauvée ? Grace était-elle toujours morte ? Elle aurait risqué sa vie pour rien ? Les yeux toujours fermés, Missy chercha un appui pour se redresser. Sa main tomba sur un bras. Sur un manteau en velours. Le Docteur.
– Missy ?
Elle dut se résoudre à ouvrir les yeux. La lumière accentua la douleur dans sa tête. La première chose qu'elle vit fut le nouveau visage de son amie d'enfance. Ses yeux noisette. Ses cheveux d'or. La nuit d'hier lui revint violemment en mémoire. Elle avait usé d'énergie régénératrice pour essayer de sauver Grace. Un mot clignota dans sa tête. L'inquiétude. Son bébé. Elle posa une main sur son ventre toujours rond.
– Il va bien, la rassura son amie. Vous aussi. Vous avez eu de la chance, ajouta-t-elle plus durement.
Missy se redressa difficilement avec l'aide de la blonde. Elle resta assise sur le canapé. Elle se sentait toujours faible et nauséeuse. Elle détestait se sentir ainsi. Dottie s'assit près d'elle sur le canapé et la força à se laisser aller contre le dossier moelleux.
– Grace… Est-elle toujours… ?
La rousse ne finit pas sa phrase. Elle n'était pas sûre de vouloir connaître la réponse. Si elle se sentait aussi bien, c'était peut-être qu'elle avait échoué…
Le Docteur resta silencieuse un moment avant de répondre :
– Elle est dans le coma.
La blonde caressa le bras de la mère de son enfant dans un geste réconfortant lorsqu'elle vit son expression horrifiée.
– Je pensais l'avoir sauvée, murmura-t-elle abattue.
– Vous l'avez sauvée. Elle était morte.
– Oui, mais quelles sont les chances qu'elle se réveille à son âge ?
– Très minces. Mais il y a encore une chance. Vous avez réparé les principaux dommages que comportait son corps. Elle respire et son cœur bat. C'est déjà mieux que rien étant donné votre état : vous étiez mal-en-point. J'ai même cru… pendant un instant… J'avais peur de vous avoir à nouveau perdue.
Missy baissa les yeux et entrelaça ses doigts aux siens. Elle s'en voulait de lui avoir fait aussi peur. Elle s'était montrée assez égoïste, encore. Elle n'avait pas voulu faire face à la mort de Grace et elle avait mis sa vie en danger ainsi que celle de leur enfant. Avec tout ce qu'elle lui avait fait subir ces derniers temps, elle ne pouvait qu'espérer qu'il n'ait pas de séquelles permanentes. Cet enfant était visiblement très fort. Il tenait cela de son père… qui était maintenant sa mère.
– Je ne voulais pas vous inquiéter. Je suis vraiment désolée.
– Je sais. Mais ne refaîtes plus ça, surtout pendant votre grossesse. C'était risqué non seulement pour vous, mais pour le bébé.
L'ancienne maîtresse du chaos hocha distraitement la tête, songeant à la vie qui grandissait à l'intérieur d'elle.
– On est toujours chez Grace ?
– Oui, Graham, Ryan et Yaz ont passé la nuit à l'hôpital. Graham m'a laissé les clés pour que je vous ramène ici.
– J'ai faim, murmura la rousse en se passant une main sur le visage.
– Euh… J'suis sûre que je peux vous préparer quelque chose, assura le Docteur en se précipitant vers la cuisine.
Missy se redressa vivement. Maintenant, ce n'était plus la peur de perdre quelqu'un qui l'animait. Maintenant, c'était la perspective que le Docteur l'empoisonne. Elle savait d'expérience qu'il… qu'elle n'était pas habituée à cuisiner. Que ce soit sur Terre ou sur Gallifrey où les Seigneurs du Temps ne cuisinaient pas vraiment. Il n'y avait que des cubes rassemblant tous les aliments et parfois des soupes. Et depuis qu'il avait commencé à voyager, elle savait qu'il allait prendre des repas à emporter dans des restaurants, ou que le TARDIS lui fournissait les repas tout prêts. Elle se souvenait de ce que lui avait confié le TARDIS une fois alors qu'elle s'ennuyait en attendant le Docteur dans la boîte bleue. Elle lui avait dit que la première fois que le Docteur avait utilisé la cuisine du vaisseau pour nourrir Susan, il avait failli l'incendier. Depuis, il n'avait plus jamais retenté d'entrer dans une cuisine. Et Missy était sûre que cela n'avait rien à voir avec le fait d'être un homme ou une femme.
– Vous savez, des céréales et une tasse de thé, c'est amplement suffisant, dit-elle précipitamment en remarquant qu'il était neuf heures du matin. Vous savez faire bouillir de l'eau ? Non, en fait, laissez tomber le thé, assura-t-elle.
– Vous n'avez pas confiance en mes talents culinaires ? se vexa la blonde.
– Si vos talents culinaires se définissent par la réduction en cendres de tout aliment passant entre vos mains, alors oui, j'ai confiance, Docteur.
La blonde lui envoya un regard noir. Elle ouvrit plusieurs placards, à la recherche d'un bol et d'une tasse. Elle était bien décidée à faire bouillir de l'eau sans faire brûler la cuisine. Elle sourit fièrement en versant de l'eau dans une tasse qu'elle enfourna dans ce qu'elle pensait être le micro-ondes.
– C'est un four. Après je dis ça, je dis rien, se moqua Missy.
Nouveau regard incendiaire. Puis le Docteur sortit la tasse et la mit dans la seule autre possibilité qu'elle avait, à savoir un vrai micro-ondes. Elle le lança avec son tournevis sonique.
– Je rêve, soupira la rousse en attrapant le bol de céréales que son amie lui tendait.
– Quoi ?
– Le régler seule, c'était trop dur ?
– Je sais pas régler ce truc, alors oui, affirma la blonde en cherchant un sachet de thé.
Malheureusement, dans sa recherche, elle fit tomber des casseroles dans un grand fracas.
– Maladroite, se moqua la rousse en mettant une cuillère dans sa bouche.
– J'ai du mal à évaluer les choses encore avec ce nouveau corps. J'suis pas habituée. Comment vous avez fait pour vous habituer à une apparence féminine après tant de temps passé en homme ? interrogea-t-elle en posant la tasse fumante sur la table basse.
Elle s'assit à nouveau sur le canapé, près de la mère de son enfant.
– C'est comme s'habituer à un nouveau corps. Et puis, vous savez bien que j'avais toujours eu envie de tester une telle apparence, sourit Missy.
– C'est vrai. Donc vous aimez être une femme ?
– J'adore ! Je suis tellement plus souple, plus maline, et il y a une gamme de vêtements beaucoup plus large. Vous allez voir quand on ira faire les magasins. Bon, par contre, il y a quelque chose qui me dérange. Je trouve que les soutiens-gorge ne sont pas très agréables. Vous verrez.
– Les quoi ?
Missy rit. Le Docteur ne faisait vraiment attention à rien.
– Vous verrez quand je vous en ferai essayer un.
Le sourire diabolique de son amie d'enfance ne rassura pas Dottie le moins du monde. Elle fronça les sourcils et baissa la tête. Puis elle la releva. Elle devait parler avec Missy, mais pas de ses compétences culinaires ou de vêtements. Elles devaient avoir une conversation sérieuse.
– On doit parler toutes les deux.
– C'est pas déjà ce qu'on est en train de faire ?
– Non, sérieusement, affirma le Docteur en se tournant vers son amie qui la frappa dans le bras. Mais pourquoi ?! se plaignit-elle en se frottant l'endroit endolori.
– Si on doit parler, ça veut dire que c'est le moment de vous rappeler que vous avez failli vous tuer hier soir.
– Vous aussi en sauvant Grace.
– Je prenais un risque mesuré. Vous, vous avez été inconsciente en sautant du haut de cette grue. Vous avez évalué la distance avec vos anciennes jambes et c'est ce qui a failli vous tuer.
Le Docteur soupira, exaspérée. La discussion allait être plus difficile que prévue.
– Vous vous rendez compte que vous allez continuer de perdre des gens que vous rencontrez, Missy ?
Cette dernière fronça les sourcils sans comprendre. Que sous-entendait-elle ? Cela n'avait aucun rapport avec ce dont elles devaient parler.
– Ce que je veux dire, c'est que vous allez continuer à perdre, mais que vous ne pourrez pas sauver tout le monde comme vous avez sauvé Grace. Vous n'êtes plus à moins de quinze heures de votre dernière régénération, vous ne pourrez plus libérer autant d'énergie régénératrice pour ressusciter les morts.
– Je sais, soupira Missy en mettant ses jambes sous le reste de son corps.
– J'en ai pas l'impression. Vous vous êtes laissée envahir par vos sentiments, cette nuit… commença le Docteur.
– Comme si vous ne l'aviez jamais fait ! Dois-je vous rappeler Bill ou Clara ? Et ça, juste dernièrement, Docteur.
– Si, bien sûr que je l'ai déjà fait. Mais vous m'aviez aussi dit que je ne devais pas me laisser gouverner pas mes sentiments et que l'espoir n'était pas logique.
– Et depuis quand vous m'écoutez ?
– Je vous écoute toujours, même si je ne suis pas toujours d'accord avec vous.
– On n'est jamais d'accord sur rien, vous le savez très bien.
– Je sais qu'à certains moments, je peux me montrer très émotif… émotive ! s'agaça-t-elle en réalisant qu'elle était devenue une femme. Mais je sais qu'à certains moments, je n'ai pas le choix et je dois être fort… te… forte.
En disant cela, le Docteur songeait principalement à River et à Rose. La mort de River était un point fixe et le Douzième Docteur s'était fait violence pour laisser sa femme aller se faire tuer pour le sauver. Et même si cela avait été douloureux, même s'il avait voulu la prendre dans ses bras et ne plus jamais la lâcher, la garder enfermée dans son TARDIS pour la protéger… Il avait dû se résoudre à la laisser partir à la Bibliothèque. Certes, il avait failli précipiter un vaisseau spatial extraterrestre sur New York, alors qu'il était dedans tant il se sentait mal, juste après Darilium. Mais il n'avait pas pu sauver River.
Et lorsque Rose avait atterri dans cet univers parallèle, il s'était contenté d'incendier un soleil pour lui dire au revoir, pour avoir la chance de lui faire ses adieux et pour éventuellement avoir la chance de lui parler de ses sentiments. Mais il n'avait pas eu le temps. La connexion avait été rompue avant qu'il ne puisse dire ces mots.
La douleur lui étreignit la gorge. Elle se souvenait de ce jour-là. Ce jour où le Dixième Docteur avait fini de prononcer ces mots, seul, dans son TARDIS. Rose ne les avait jamais entendus, mais il les avait prononcés. Il aurait pu retourner dans cet univers pour retrouver Rose. Il aurait pu détruire les murs qui séparent les dimensions, mais cela aurait détruit tous les univers existants. Alors, il n'avait rien fait.
Bien sûr, il lui arrivait de ne pas se laisser envahir par ses sentiments. Parce que parfois, il le fallait. Et puis, le Douzième Docteur avait fini par comprendre qu'il avait fait une erreur avec Clara…
Dottie sentit Missy lui prendre la main. Elle sentit également que ses yeux la piquaient énormément. Elle avait envie de pleurer.
– Je crois que je comprends, articula difficilement la rousse.
Oui, elle comprenait. Mais elle ne voulait pas devoir vivre de cette manière. Elle ne voulait pas revoir des personnes qu'elle aimait mourir. Et puis pourquoi le ferait-elle ? Pour préserver un Univers qui serait capable de la détruire pour se préserver lui-même ? À quoi cela lui servirait-il de sacrifier des gens qu'elle aimait pour satisfaire l'Univers ? Pourquoi les gens bien ne pouvaient-ils donc pas être un peu égoïstes ? Et pourquoi ne pourrait-elle pas risquer sa vie pour en protéger d'autres ? C'était pourtant ce que le Docteur faisait à longueur de journées.
– Vous comprenez, mais vous n'appréciez pas cette manière de fonctionner, comprit la blonde.
– Je n'apprécie pas l'entièreté de votre manière de fonctionner. Vous avez une vision des choses beaucoup trop sentimentale, mais si vous n'avez vraiment pas le choix, vous êtes capable de sacrifier ceux que vous aimez… C'est bien trop compliqué pour moi, cette forme de raisonnement.
– Si vous aviez la certitude que Grace devait mourir pour préserver l'Univers, l'auriez-vous sauvée ? interrogea le Docteur.
Missy grimaça. D'un point de vue purement rationnel, elle l'aurait laissée mourir. Elle avait déjà fait ce calcul pour sauver un monde des Moines. Tuer une fillette. Une fillette avec de belles boucles blondes et de grands yeux bleus qui suppliaient de l'épargner. Une nouvelle larme coula sur sa joue. La vision de cette enfant lui était atrocement douloureuse. Elle sentit une pression sur sa main.
– Il aurait fallu la laisser mourir, assura Missy.
– Oui, mais l'auriez-vous fait ?
En revanche, d'un point de vue sentimental, la rousse devait avouer qu'elle n'aurait pas voulu voir Grace mourir même pour l'Univers.
– Ce que je veux dire, c'est que vous devrez apprendre à gérer un deuil, parce que vous ne pourrez pas toujours sauver tout le monde, annonça tristement Dottie.
Missy hocha la tête avec raideur. Elle haïssait cette idée. Elle était une Dame du Temps. Les Maîtres, les Princes du Temps… C'était ainsi que certaines espèces les appelaient. Alors pourquoi ne pouvaient-ils pas maîtriser chacun des aspects de l'Univers pour sauver ceux qui le méritaient ?
– Et vous ? Maintenant, on peut parler de votre inconscience ?
– Vous voulez dire quand je sauve des gens ?
– Vos petits animaux de compagnie vont finir par vous tuer, s'énerva Missy en croisant les bras.
– Vous êtes mal placée pour me dire ça. C'est vous qui avez passé le reste de la nuit à dormir, épuisée après avoir sauvé Grace, se défendit le Docteur. Et j'ai un autre sujet à aborder avec vous.
Missy poussa un soupir plaintif.
– Oui ? demanda-t-elle.
– Essayez d'éviter de menacer les gens, même si c'est pour me protéger, sourit Dottie, presque amusée.
Le Docteur voulait simplement lui faire comprendre, lui rappeler. Elle savait bien que Missy ne pouvait pas abandonner toute sa personnalité, changer totalement de manière de fonctionner comme ça, du jour au lendemain. Il lui avait déjà fallu soixante années, enfermée dans le Coffre, pour l'aider à ressentir de la culpabilité, pour la voir pleurer au souvenir de ceux à qui elle avait fait du mal. De ce fait, la blonde savait que ses agissements étaient normaux. Mais cela ne voulait pas dire qu'elle devait tout cautionner. Elle devait continuer de lui apprendre certaines choses. Elle devait continuer d'aider son amie.
– Je devais bien faire quelque chose, vu que votre vie reposait entièrement sur eux, protesta la rousse.
– Je sais, mais une simple demande aurait pu suffire, je pense, sourit doucement le Docteur.
– Leur demander ? C'est si…
– C'est normal. Je suis contente que vous ayez voulu me protéger. Je suis contente que vous ayez voulu sauver Grace. Et j'espère que vous comprenez ce que je vous dis lorsque je vous demande d'éviter les menaces à l'avenir. Je sais que ce ne sera pas facile, mais je suis là pour vous y aider, assura la blonde en embrassant la main de la mère de son enfant.
– Les menaces ont plus d'impact, opposa malgré tout Missy. Elles leur font donner le meilleur d'eux-mêmes.
– Parfois, on peut obtenir le même résultat sans menace. Par la confiance.
À contrecœur, Missy hocha la tête. Les menaces. Elle avait toujours fonctionné ainsi. C'était dur de devoir renoncer à tout ce qui faisait d'elle ce qu'elle était. Heureusement, son amie d'enfance comprenait. Elle comprendrait toujours et elle lui pardonnerait toujours. De cela, Missy en était sûre. Elle sentit le Docteur l'enlacer avec force. Oui, c'était dur, mais c'était pour une bonne cause. C'était pour retrouver son amie, pour rester auprès d'elle et pour qu'elles puissent élever leur enfant ensemble. C'était bien sa seule motivation pour changer. C'était la seule chose qui l'avait poussée à faire le bien. Certes, sa première incarnation féminine n'avait pas beaucoup tué au cours de son existence par rapport à toutes ses autres incarnations. Elle avait bien senti qu'elle avait moins goût au meurtre, mais c'était bien la perspective de retrouver son amie qui l'avait motivée.
Deux jours s'étaient écoulés. Deux jours et Grace ne s'était toujours pas réveillée. Deux jours qu'ils passaient à l'hôpital, attendant. Deux jours que le Docteur réfléchissait également à un moyen de retrouver le TARDIS. Mais là, ce n'était pas son vaisseau qui la préoccupait. Là, c'était Ryan qui attendait à l'entrée de l'hôpital, les yeux dans le vide. Elle s'approcha de lui, inquiète. Elle n'aimait pas le voir comme ça. D'autant plus qu'elle pensait savoir pourquoi sa mine s'assombrissait de minute en minute.
– Votre père vous a dit qu'il arriverait à quelle heure ? demanda le Docteur avec prudence.
– Il a deux heures de retard, répondit-il durement.
– S'il vous a dit qu'il allait venir… commença-t-elle avec douceur.
– Il dit tout et n'importe quoi, la coupa-t-il amèrement. C'est pas vraiment la personne la plus fiable au monde.
Ils échangèrent un regard. Celui du jeune homme était brillant. Le Docteur hocha la tête sans dire un mot. Puis Ryan regarda à nouveau face à lui. Il était en colère. Il ne s'était jamais senti aussi en colère de toute sa vie. Même sa colère contre l'alien bleu n'était pas aussi forte que celle qu'il ressentait vis-à-vis de son père. Parce qu'il s'était attendu à prendre ce genre de risque en suivant le Docteur, mais il avait au moins espéré que son père viendrait voir sa grand-mère. Même s'il n'avait pas confiance en lui, il avait eu une lueur d'espoir en l'entendant au téléphone lui affirmer qu'il serait là aujourd'hui. Mais la mince lueur était en train de perdre son éclat. Comment son père pouvait-il le trahir de la sorte ? Trahir sa grand-mère ? Pour lui, c'était inimaginable.
– Comment il peut se défiler ?! C'est sa mère, bon sang ! Elle aurait voulu qu'il soit là. Et moi, j'veux qu'il soit là.
Sa voix se brisa et il baissa la tête, plus triste qu'en colère, maintenant. Il ne pensait qu'à cet espoir qu'il avait eu. Il repensait à cette pensée fugace qui s'était fait une petite place dans son esprit lorsqu'il lui avait parlé. Il avait pensé que son père aurait pu le soutenir. Il avait pensé que lui-même aurait pu soutenir son père. Mais non. Il n'était pas là. Peut-être même ne reviendrait-il jamais. Peut-être qu'il ne reverrait jamais son père.
Le Docteur voulut le réconforter. D'autant plus qu'en tant que père, il n'aurait jamais abandonné son enfant comme ça. Ni elle, ni ses précédentes incarnations, n'aurait jamais abandonné sa mère et elle n'aurait jamais abandonné aucun de ses enfants.
Pendant quelques secondes, l'image d'une vieille femme flasha dans son esprit. Cette femme cachée derrière Rassilon lorsqu'elle l'avait renvoyé vers la Guerre du Temps. Ses cœurs se serrèrent. Elle l'avait renvoyée vers la Guerre du Temps avec Rassilon. Rassilon avait forcé le Dixième Docteur à renvoyer sa propre mère vers la Guerre du Temps.
Et elle n'avait plus revu sa mère. Elle ne cessait de se demander ce que Rassilon avait bien pu lui faire pour se venger d'elle. Elle savait parfaitement de quoi il était capable et elle craignait vraiment d'avoir condamné sa mère à une mort certaine. Peut-être devrait-elle retourner sur Gallifrey pour essayer de la retrouver, juste pour savoir ce qu'il était advenu d'elle.
Puis soudain, l'image de Jenny s'imposa à la nouvelle Dame du Temps. Le Dixième Docteur avait quitté Messaline avant l'inhumation de sa dernière-née. Certes, Martha était pressée de rentrer, mais ça n'était pas une raison… Elle devrait retourner sur Messaline… Sa fille s'était sacrifiée pour elle, elle se devait de prendre sur elle pour visiter sa tombe au moins une fois.
– Vous auriez fait ça, vous ? interrogea Ryan. Si votre mère…
– Ma mère est morte il y a très longtemps. Mais j'étais présent lorsqu'on a brûlé son corps. J'y étais, avec mes frères. En fait, mes deux parents sont morts en même temps. C'était très difficile, mais je ne me le serais jamais pardonné si je n'y étais pas allé, avoua-t-elle alors qu'une boule s'était à nouveau formée dans sa gorge.
Sa mère avait manifestement survécu à cette mort pour se retrouver face au Dixième Docteur…
– Je comprends, dit-il simplement. J'étais là, aux funérailles de ma mère. Je n'aurais jamais raté l'occasion de lui dire au revoir.
Le Docteur ne répondit pas. Elle ne voyait pas vraiment comment poursuivre. Toute cette situation l'avait ramenée à ses anciens souvenirs. Des souvenirs douloureux.
Alors ils restèrent là, silencieux, attendant encore. Parce que, peut-être… Peut-être que le père de Ryan pourrait arriver. Peut-être y avait-il encore un mince espoir.
Missy trouva enfin le courage d'entrer dans la chambre de Grace. Seul Graham s'y trouvait. Elle referma la porte derrière elle, mal à l'aise. Le silence était pesant. Graham ne s'était pas retourné vers elle.
La Dame du Temps observa Grace. Elle respirait seule. Elle n'avait pas besoin de machine, c'était déjà une bonne nouvelle. Mais ses traits étaient si tirés. Missy ne comprenait toujours pas pourquoi elle n'avait pas pu faire mieux. Elle était parvenue à réparer les principaux dégâts, mais ça n'avait pas été suffisant pour qu'elle continue à vivre normalement.
– Merci, fit la voix de Graham, dont les yeux étaient toujours posés sur son épouse.
– Merci ? Pourquoi ? demanda-t-elle, les sourcils froncés.
Graham se tourna vers elle et la regarda dans les yeux, surpris. Ne voyait-elle vraiment pas pourquoi il était si reconnaissant ?
– Vous lui avez sauvé la vie, dit-il.
– Elle est toujours inconsciente, opposa Missy en s'adossant contre le mur opposé au lit.
– J'étais là quand elle a poussé son dernier souffle. Elle était morte et vous l'avez ramenée. Même si elle n'est pas consciente, j'ai une chance de la revoir, maintenant.
Il sourit faiblement. Bien sûr, ce n'était pas gagné. Mais maintenant, il avait un espoir auquel il pouvait se raccrocher. Faible, certes, mais cela restait un espoir qui n'existerait pas s'il avait dû l'enterrer.
– J'aurais dû m'occuper de la créature moi-même, assura la rousse.
– Vous étiez inconsciente. C'est moi qui aurais dû l'empêcher de prendre ce risque. C'est moi qui aurais dû monter sur la grue.
Graham passa une main sur son visage. Il se sentait tellement coupable, tellement stupide de ne pas avoir insisté pour protéger Grace. Pourtant, ça avait été sa toute première pensée. La protéger. Alors pourquoi n'avait-il pas insisté ? Elle lui avait juste dit qu'ils n'avaient pas le temps et il s'était souvenu que c'était elle qui l'avait assommé la première fois. Alors, il n'était pas allé chercher plus loin. Mais il culpabilisait de ne pas être allé plus loin. Il culpabilisait et il était en colère. Il en voulait à ce Tzim-Sha. C'était de sa faute si Grace ne pouvait plus ouvrir les yeux. C'était de sa faute s'il se retrouvait seul pendant une période indéterminée.
– Vous n'avez pas à vous en vouloir non plus, assura Missy en s'approchant de lui.
– Oui, c'est à cet extraterrestre que je devrais en vouloir, répondit-il avec colère.
La Dame du Temps haussa un sourcil. Cette colère, elle la connaissait bien. Elle avait ressenti la même lorsqu'elle avait retrouvé les corps des deux membres de sa famille. Cette colère vis-à-vis des Daleks qui les avaient tuées. Cette colère, elle l'avait longtemps ressentie. Et pour être honnête, elle la ressentait toujours. Elle savait à quel point une telle colère pouvait être dévastatrice. Elle en avait fait l'expérience. Cette colère qui lui dévorait les entrailles alors qu'elle regardait des gens heureux avec leur famille. L'une des raisons pour lesquelles elle se sentait légitime d'infliger autant de malheurs à des innocents.
– Si elle ne se réveille pas et que je le revois, je le tuerai, affirma-t-il durement.
– Vous ne devriez pas… faire ça… tenta Missy.
Ces mots avaient été plus durs à prononcer que ce qu'elle pensait. Elle aurait préféré ne pas avoir à dire cela, ne pas avoir à le convaincre de ne pas tuer Tzim-Sha parce qu'elle-même serait capable d'une telle chose. Elle ne pouvait pas lui faire une leçon de morale, alors qu'elle-même en recevait de la part du Docteur.
– Je pensais que vous comprendriez, avoua Graham.
– Je comprends. J'ai perdu ma femme et ma fille. Elles se sont fait tuer pendant une guerre… Une guerre si horrible… commença-t-elle avant que sa voix ne se brise sous l'émotion, sous le poids du souvenir. Et cette colère m'a animé pendant très longtemps. Et j'ai fait des choses vraiment horribles.
– Je suis désolé, murmura le vieil homme, les yeux brillants.
– C'est justement pour cela que je vous déconseille de vous venger. Parce que vous êtes quelqu'un de bien et qu'un jour vous regretterez. Lorsque vous tuez, il n'y a pas de retour en arrière possible. Vous pensez savoir à quoi cela vous engage, mais c'est faux, assura-t-elle, les larmes aux yeux.
Chaque visage lui revint en mémoire. Chaque nom frappa son esprit avec violence. Chaque lueur de peur, de désespoir. Tout lui revenait. Les cris, les hurlements qui transperçaient l'air. Les supplications. Les pleurs. Toute cette douleur. Cette douleur que ces gens avaient ressentie au moment où elle avait détruit leur vie… Cette douleur était devenue la sienne.
Graham la regarda et se mordit la lèvre inférieure. Il s'en voulait de lui faire repenser à une telle douleur.
– C'est pour ça que je l'ai sauvée. Quand je vous ai vu la pleurer, cela m'a immédiatement ramené à la perte de ma propre famille.
– Honnêtement, Missy… Est-ce qu'elle a vraiment une chance de se réveiller ? s'inquiéta-t-il.
La Dame du Temps réfléchit rapidement.
– Honnêtement, elle a une chance. Elle est faible, mais réelle, assura-t-elle.
– Bien. Dans ce cas, je réfléchirais à ce que vous venez de me dire, murmura le vieil homme.
Missy réalisa alors qu'il semblait épuisé. Depuis combien de temps n'avait-il pas dormi ? Combien de temps était-il resté là, à la veiller ? Il commençait même à somnoler. Missy ressentit plus fortement la culpabilité de ne pas être parvenue à la sauver définitivement.
– Vous devriez rentrer vous reposer, proposa-t-elle en entendant la porte derrière elle s'ouvrir et la présence du Docteur emplir son esprit.
– Ce n'est pas Grace qui devrait être dans ce lit d'hôpital, soupira Graham en s'asseyant sur l'un des murets qui séparaient sa maison de celle des voisins. Ça devrait être moi.
– Pourquoi ? s'enquit le Docteur.
– Oh et ben, je… J'avais un cancer. D'ailleurs, je… j'en suis encore au stade de rémission. Ça fait trois ans. Et… Grace était infirmière en oncologie. C'est comme ça qu'on s'est rencontrés et on est tombés amoureux. Donc normalement, je ne devrais pas être là, expliqua-t-il.
Le Docteur hocha la tête, la mine contrite. Elle attrapa distraitement la main de Missy qui s'était assise également sur l'un des murets.
– Vous avez de la famille ? Toutes les deux ? interrogea Yaz en regardant les deux Dames du Temps.
– Non. J'en ai plus depuis très longtemps, répondit Dottie, la mine sombre.
– Et vous ? continua Yaz.
– Plus non plus, leur apprit Missy, de nouvelles larmes menaçant de couler.
Elle devait vraiment arrêter de côtoyer des Humains, s'ils ne cessaient de la ramener à ce genre de souvenirs. Elle sentit le Docteur se coller un peu plus contre elle. C'était la seule chose qui parvenait à la réconforter en cet instant. Même si elle lui en voulait de parvenir si bien à gérer ces émotions si négatives.
– Et comment vous gérez ça ? demanda Ryan.
– Je les porte en moi. Ce qu'ils auraient pensé. Ce qu'ils auraient dit ou fait. Ils font irrémédiablement partie de moi. Alors même s'ils ont quitté ce monde, ils restent profondément ancrés en moi, assura la blonde en respirant profondément.
Elle avait envie de pleurer. Repenser à sa famille était si douloureux. Mais c'était vrai, elle y pensait à chaque seconde et elle se demandait ce qu'ils auraient fait, s'ils avaient pu rester près d'elle. Mais elle se sentait mentir un peu aussi, lorsqu'elle leur assurait qu'elle n'avait plus de famille. Il lui restait encore une petite-fille qu'elle avait pu protéger de la Guerre du Temps. Une petite-fille qui s'était mariée, qui vivait sa vie tranquillement, loin d'elle et qui lui avait probablement donné des arrières petits-enfants, vu à quel point elle était amoureuse de son mari. Ils avaient eu le temps… avant la mort de ce mari par sa faute.
– C'est le genre de chose que Grace aurait pu dire, sourit Graham.
Puis, les regards se portèrent sur la femme enceinte.
– Moi ? Je sais pas le gérer. J'ai pas vraiment encore fait mon deuil. Être diabolique pendant des siècles… Ça laisse beaucoup de choses en suspens, avoua-t-elle, la voix rauque. Disons que je trouvais injuste que d'autres puissent profiter de ce que j'avais dû perdre.
– Au moins, maintenant, vous allez avoir une nouvelle famille, sourit Yaz en désignant le ventre arrondi de Missy.
Le visage de cette dernière s'éclaira. Bien sûr. Elles avaient une seconde chance. Cet enfant représentait la plus belle seconde chance qu'elle aurait jamais. Cette seconde chance, c'était le Docteur qui la lui avait donnée. Au début, en cherchant à l'aider à devenir quelqu'un de bien, puis en lui faisant cet enfant… ce miracle. Cet enfant dont elle n'aurait jamais imaginé l'existence si on le lui avait dit il y a quelques décennies. C'était leur dernière chance de retrouver une famille.
– Oui, c'est notre nouvelle famille, assura le Docteur.
– Tout ce qu'on a vu… Tous ces trucs d'alien qu'on a dû cacher aux gens… C'est votre quotidien, ça ? interrogea Yaz, après un court silence.
– Je voyage, rien de plus, répondit le Docteur avec un petit sourire gêné. Parfois, je vois des choses qui ne vont pas… et j'fais c'que j'peux. Sauf que pour l'instant… je suis une voyageuse sans vaisseau. J'ai perdu trop de temps ! Je dois absolument retrouver mon TARDIS ! assura-t-elle en se détournant d'eux.
– Docteur ! la retint Yaz. Une petite chose… Il faut vraiment que vous changiez de vêtements.
Ryan éclata de rire alors que Graham avait un sourire moqueur.
– Ah oui… Ça fait un bail que j'ai pas acheté de vêtements féminins, leur apprit-elle en se regardant de haut en bas.
– Génial ! Je vais pouvoir vous aider et vous faire connaître de nouvelles choses ! se réjouit Missy en sautant sur ses pieds.
– Arrêtez la voiture ! cria le Docteur.
– Quoi ? Qu'est-ce qu'il y a ? s'inquiéta Missy en faisant un créneau.
La blonde attendit à peine que la voiture s'arrête pour sauter en dehors, se collant à la vitrine d'un magasin. Ryan et Yaz se précipitèrent à sa suite. Missy écarquilla les yeux sous le choc lorsqu'elle réalisa que le Docteur s'était arrêtée devant une bijouterie.
– Vous n'êtes pas sérieuse ?
– Vous avez vu ça ? s'enjoua-t-elle en désignant une boucle d'oreille.
– Vous n'êtes pas sérieuse ?! répéta-t-elle plus fort alors qu'elle regardait son amie entrer dans le magasin pour faire une nouvelle acquisition. Ah ben si, en fait…
– Dottie, je vous apporte quelque chose d'inédit, sourit Missy en entrant dans la cabine d'essayage.
Elle tendit une pile de soutiens-gorges à son amie qui la regarda étrangement alors qu'elle était en train de retirer un pull vert à col roulé.
– C'est quoi ? Un lance-pierre ? demanda-t-elle en attrapant l'un des sous-vêtements exclusivement féminins pour le regarder attentivement.
La rousse haussa un sourcil. C'était vraiment désespérant.
– Un lance-pierre ? Vous en avez vu beaucoup des lance-pierres comme ça ?
– Ben… je… tenta la blonde, un peu déconcertée.
– Ce truc sert à maintenir votre poitrine, Docteur. Vous savez cette nouvelle chose que vous avez eue avec la dernière régénération ?
Dottie écarquilla les yeux en se souvenant du nouveau poids qu'elle ressentait à un nouvel endroit.
– Ok, bon. Je vois que vous vous adaptez très bien à votre nouvelle forme, soupira Missy. Je vous ai pris différentes tailles puisqu'on ne sait vraiment pas ce que vous pourriez porter, même si en vous regardant, là, j'ai une petite idée de la question. Donc, vous allez m'enfiler ça, ce sera plus pratique pour les essayages.
– Et comment je mets ça ? demanda le Docteur en tendant à bout de bras un soutien-gorge blanc.
Missy leva les yeux au ciel.
« Ça promet… »
– Vous ne vous changez pas, Missy ? cria le Docteur depuis l'intérieur de la cabine d'essayage.
– Avec ces vêtements ? Vous êtes folle ? Ce n'est définitivement pas mon genre. Je préfère de loin, les matières nobles et…
– Et coûteuses, termina Yaz en apportant une nouvelle pile de vêtements à la blonde.
– Je suis une Dame du Temps issue de la plus haute noblesse de Gallifrey. Ma famille est très ancienne, plus ancienne même que celle du Docteur. Alors je ne mettrai pas de vêtements bon marché, qu'ils viennent de la Terre, de Mars ou même de ma propre planète.
– Alors y a vraiment des extraterrestres sur Mars ? s'enquit Ryan en délaissant quelques minutes l'écran de son portable.
Il n'avait pas voulu venir. Il aurait largement préféré rester chez lui, mais le Docteur lui avait demandé un avis masculin et Yaz lui avait assuré qu'ils s'amuseraient. Mais en fait, ils ne s'amusaient pas du tout.
– Bien sûr. Des Guerriers de Glace, répondit la rousse avec un grand sourire. Mais il vaut mieux éviter d'en rencontrer, assura-t-elle plus sérieuse.
Puis elle lança un bref regard à sa montre. Déjà midi et pas un seul signe de Dottie.
– Vous pensez en avoir encore pour longtemps ? cria-t-elle.
– Je sais pas ! Je sais pas ce que je cherche ! Y a plein de nouveaux trucs et je sais qu'il y a des choses que j'aime pas, mais y a des choses qui sont pas trop mal et…
– Ok, ça va durer encore un petit moment, soupira Missy en déposant une pile de vêtements dans les bras de Yaz.
– Hé ! Qu'est-ce que vous faîtes ? s'enquit-elle.
– Je vais faire un tour pour trouver mes vêtements. Je pense déjà savoir ce que je veux, moi, ce ne sera pas très long.
– Vu le genre que vous voulez, y a pas ce genre de magasin à Sheffield, la prévint l'agent de police alors que la Dame du Temps passait les portes du magasin, laissant derrière elle deux Humains totalement désespérés.
Lorsque Missy passa à nouveau les portes du magasin, elle avait déjà entièrement changé de look. Elle portait, en robe plutôt courte, une chemise de soie assez large – suffisamment pour cacher son ventre arrondi. De longues et fines rayures à la verticale noires et blanches la décoraient ainsi qu'une belle rose brodée en fil d'or vers le bas. La broche offerte par le Docteur à la naissance de sa fille trônait fièrement juste en dessous de son col. Elle portait également des collants gris très clairs et assez fins et les mêmes bottines – venant tout droit de l'époque victorienne – qu'elle portait déjà avant. Ses cheveux roux étaient lâchés, mais beaucoup plus ordonnés.
– Jolie, sourit Ryan en voyant Missy le dépasser.
Cette dernière lui fit un clin d'œil lorsqu'elle remarqua qu'il regardait ses longues jambes. Elle devait avouer être assez fière de l'effet qu'elle produisait, d'autant plus qu'elle adorait ses nouvelles jambes. Et c'était bien pour cela qu'elle s'était mise une robe si courte, pour pouvoir les montrer, mais aussi parce qu'elle appréciait voir les gens se retourner sur son passage.
– C'est vrai, avoua Yaz un peu gênée. Ça vous va très bien.
– Merci, sourit-elle. Et le Docteur ? Elle en est où ? ajouta-t-elle en regardant les bras tendus de la jeune femme sur lesquels reposaient beaucoup de vêtements et son air las, désespéré.
Elle sentit également des vêtements l'atteindre. Elle se retourna et vit le sol recouvert de vêtements en tout genre et Dottie maugréer sans cesse :
– Non, pas ça…
– Vous êtes pas sérieuse, là ? J'ai eu le temps de prendre l'avion pour aller à Londres, me trouver une tenue et reprendre l'avion pour revenir ici et vous n'avez toujours pas fini ?! dit-elle horrifiée. Vous faîtes pas ça à chaque nouvelle régénération, rassurez-moi ?
– Oh oui ! Voilà c'que j'veux ! s'exclama la blonde avec joie.
– C'est un miracle, soupira la rousse.
Le Docteur écarta vivement les rideaux de la cabine d'essayage pour dévoiler sa nouvelle tenue. Un tee-shirt en fond bleu avec des rayures aux couleurs de l'arc-en-ciel à l'horizontal. Un pantacourt bleu retenu par des bretelles jaunes. Puis un manteau gris clair recouvrait plus ou moins le tout.
Ryan hocha la tête avant même d'avoir vu la tenue, trop heureux de pouvoir dire adieu à ce magasin dans lequel il avait assurément passé trop de temps.
– Ou pas… lâcha Missy.
– Vous comptez vraiment porter ça ? interrogea Yaz, étonnée.
– Ouais ! Vous avez du liquide ? Mes poches sont vides.
Ryan et Yaz échangèrent un regard. Un regard qui signifiait à l'agent de police qu'elle devrait régler pour le Docteur car c'était de sa faute si le jeune homme avait passé autant d'heures debout sans rien faire dans un magasin de vêtements féminins.
Missy grimaça, mi-amusée mi-consternée en inspectant le nouveau look de son amie. Elle ne faisait assurément pas dans la dentelle. C'était très original, tout comme elle.
– Missy ! Votre nouvelle robe ! C'est… très court, commenta Dottie, un peu mal à l'aise en réalisant qu'elle admirerait bien ce qu'il y avait dessous.
– Je crois que j'aime beaucoup provoquer cet effet chez les gens, s'amusa-t-elle en se collant un peu plus à son amie. Et en plus, comme ça reste large, ça peut s'adapter à la grossesse, se réjouit-elle.
Le Docteur ne put qu'approuver l'esprit pratique de son amie quant à son futur ventre rond. Elle lui sourit avant de reporter son attention sur Ryan et Yaz.
– Autre chose ! Pour mon petit problème de TARDIS… Est-ce que vous pourriez m'aider à remettre la main dessus ?
– Hé, combien de temps on va rester là, debout ? interrogea Graham. Je commence à avoir des crampes.
Missy sourit en regardant les trois Humains, debout, face à elle, tandis qu'elle branchait une nouvelle prise du téléporteur improvisé.
– Taisez-vous, Graham, coupa sévèrement le Docteur. J'essaye de me concentrer.
– Et c'est moi qui dois faire des progrès pour parler aux gens ? soupira la rousse en réalisant que son amie pouvait être assez cassante envers les Humains.
La blonde lui envoya un regard ennuyé. Visiblement, elle jugeait ne pas avoir le temps de parler de cela.
– Vous savez ce qu'elles fabriquent ? interrogea un Ryan, complètement perdu.
– Non… répondit Graham en changeant de position dans l'espoir d'être plus confortable.
– Mon vaisseau utilise une énergie spéciale. J'ai suivi son siège énergétique depuis le moment où il a disparu, jusqu'à sa localisation actuelle. Bien ! Étant donné que ceci est une capsule spatiale, je vais la configurer pour m'envoyer sur la planète où mon vaisseau a atterri et ce sera bon, ajouta-t-elle, très vite, en s'approchant du circuit de rappel pour le scanner.
– Vous allez sur une autre planète ? demanda Yaz avec curiosité.
– Oui, j'vais essayer, approuva la blonde. Sauf que la technologie stenza me prend la tête, elle est hyper difficile à décrypter… Cent trente-neuf couches ! Dont sept n'ont aucun sens ! s'agaça-t-elle.
– C'est parce que vous ne vous concentrez pas assez, Docteur, lança Missy en s'approchant de l'ordinateur.
– Si vous pensez pouvoir mieux faire, pourquoi vous m'avez laissée faire le plus gros du boulot ? s'emporta Dottie.
– J'suis enceinte, répondit la rousse avec un grand sourire.
– Et ça vous empêche d'utiliser votre cerveau ?
– Non, mais ça me donne le privilège d'admirer le spectacle.
– Quel spectacle ?
– Vous essayant de comprendre la technologie stenza, se moqua Missy.
Le Docteur leva les yeux au ciel et prit de grosses pinces pour les tendre à Graham.
– Bien. Graham !
– Oui ? demanda ce dernier.
– Accrochez les pinces, dit-elle en lui mettant dans les mains lesdites pinces.
– D'accord, répondit-il.
– Yaz, fixez ce câble là-haut ! Ryan, vous actionnerez l'interrupteur.
Le Docteur se plaça au centre de la pièce avec Missy.
– Vous savez tous les trois… vous allez presque me manquer.
Yaz sourit alors que Missy levait les yeux au ciel.
– Et bien, moi, vous allez me manquer, dit-elle en appuyant sur chaque mot.
Le micro-ondes bipa pour leur signaler que le moment était venu.
– Ça y est ! C'est connecté, c'est bon. Ça devrait marcher. Oh ! fit-elle en se retournant pour remettre en marche le micro-ondes. C'est le moment de vérité. Souhaitez-nous bonne chance. Au revoir.
Le Docteur sortit son tournevis sonique, prit la main de Missy dans la sienne et regarda les trois Humains devant elle lui faire signe.
– Oh, on respire à fond, souffla-t-elle.
Ryan et Yaz prirent une grande inspiration.
– Non, pas vous, moi… nous, rectifia-t-elle.
Elle actionna l'interrupteur grâce à son nouveau tournevis sonique et…
Le froid. Missy ouvrit les yeux. Le froid mordant de l'espace. Elle resserra instinctivement sa prise sur la main de son amie, même si elle lui en voulait beaucoup. Elle regarda un peu autour d'elle et vit avec horreur Graham, Ryan et Yaz flotter à côté d'elle.
« Docteur ! » hurla-t-elle mentalement.
C'était bien la dernière fois qu'elle laissait cette incarnation de son ami fabriquer quoi que ce soit seule.
J'espère que vous aurez passé un bon moment en ma compagnie ! En la compagnie de ces personnages tant aimés !
Le prochain chapitre ne devrait pas trop tarder. J'ai bon espoir de le poster le week-end prochain ! ^^
Laissez une review pour me dire si mon retour a été apprécié après tant de mois d'absence ;)
