Bonjour, Bonsoir, j'aimerai ouvrir un nouveau chapitre, un nouvel épisode !
Je sais que je suis pas très assidue, mais j'abandonne pas cette fic, si ça peut vous rassurer !
Merci pour les deux reviews que j'ai eu récemment, ça m'a fait plaisir de voir que vous attendiez une suite, alors je me suis dit que j'allais vous poster ce chapitre un peu long ^^
Par contre, ma sœur n'a pas pu corriger ce que vous vous apprêtez à lire donc s'il y a des fautes, ne m'en tenez pas trop rigueur, s'il vous plaît ^^
DISCLAMER : Cet univers et ses personnages ne m'appartiennent pas... malheureusement :(
Bonne Lecture ! ^^
– Chapitre 11 – « Le Monument Fantôme », Partie 1
Missy plaqua violemment la jeune femme contre l'un des murs du vaisseau spatial, appuyant son bras contre sa trachée. Elle était en colère, très en colère. Furieuse, même. Et bien que cette inconnue n'y soit pas pour grand-chose, elle lui ferait payer de l'avoir sauvé, mais pas le Docteur.
– Missy, vous devriez peut-être vous calmer, tenta Graham, se préparant à poser une main sur son épaule.
– Je vous interdis de me toucher, misérable, cracha-t-elle en appuyant encore plus sur la trachée de la jeune femme.
– Je… vous… jure… qu'il n'y… avait… que… vous… haleta cette dernière.
– Missy, s'il vous plaît, lâchez-la !
– Même pas en rêve, dit-elle d'une voix étrangement calme.
– Que vous dirait le Docteur ? plaida-t-il.
La rousse inspira profondément. Le Docteur. Bien sûr qu'elle lui dirait de laisser cette Angstrom – car c'était son nom – tranquille. Le Docteur lui dirait qu'il existait d'autres moyens, moins violents. Mais elle se sentait tellement furieuse de ne pas être près du Docteur, de s'imaginer son amie suffoquer dans le vide qu'elle était prête à courir le risque. C'était si angoissant.
D'autant plus que lorsqu'Angstrom lui avait dit qu'elle ne comptait pas faire demi-tour, Missy avait décidé de l'assommer pour faire elle-même demi-tour et n'avait trouvé personne non plus. Ce n'était peut-être pas de sa faute, après tout. Missy la sentit commencer à faiblir sous la pression et se retira violemment. Le Docteur n'approuverait certainement pas qu'elle la tue.
La pilote du vaisseau respira à nouveau, bruyamment, glissant au sol. Missy prit sur elle de lui offrir sa main pour se relever et prononcer ce simple mot :
– Désolée.
Méfiante, la jeune femme acquiesça et accepta la main tendue.
La Dame du Temps la scanna via son stylo sonique pour vérifier qu'elle n'avait rien endommagé. Fort heureusement, la pilote s'en sortait bien. Missy n'avait pas fait trop de dégâts hormis une trachée endolorie. Elle n'était pas broyée ou obstruée, ce qui compte tenu de son état actuel était un miracle.
– Bon, ça aurait pu être pire. J'aurais pu vous tuer, assura-t-elle.
Une partie d'elle était fière d'avoir résisté à cette envie qui l'avait démangée dès qu'elle s'était réveillée sans le Docteur. Mais une autre partie d'elle s'en voulait de ne pas avoir réagi avec plus de calme, comme aurait pu le faire le Docteur.
– Oui, quelle chance, maugréa Angstrom en s'asseyant à nouveau devant ses commandes.
– Honnêtement, je crois que vous avez vraiment eu de la chance. Elle peut être très agressive, lui murmura Graham dans le but de ne pas se faire entendre de la Dame du Temps aux cheveux roux.
Peine perdue. Elle lui lança un regard noir, alors qu'elle s'asseyait également devant les commandes.
– Je vous entends, cassa-t-elle.
– Désolé, c'est juste que… Ben, le Docteur nous a dit que vous pouviez être dangereuse, alors…
– Et elle a raison. Alors laissez-moi réfléchir un instant et allez voir votre petit-fils qui va bientôt se réveiller. Je dois trouver le moyen de retrouver le Docteur…
– Et Yaz, ajouta Graham en se dirigeant vers l'infirmerie sans quitter Missy des yeux.
Il devait avouer craindre une nouvelle attaque venant d'elle si elle venait à ne pas être satisfaite par la situation de la mère de son enfant.
– Yaz aussi, bien sûr, approuva-t-elle distraitement en posant ses doigts sur chacune de ses tempes.
Peut-être pouvait-elle établir un contact télépathique avec le Docteur ? Mais sur une grande distance, cela demandait une certaine concentration.
Et du temps… Beaucoup de temps…
Le Docteur dut mettre en œuvre toute la bonne volonté dont elle était capable pour ne pas se jeter sur cet ignoble personnage. Elle se souvenait pourtant, et ce, avec précision, de la main de Missy dans la sienne. Alors comment ce « Epzo » osait dire que Yaz et elle étaient seules dans le vide spatial ? Comment ?!
La blonde voulait lui arracher les commandes des mains pour faire demi-tour, pour vérifier par elle-même la localisation de Missy. C'était tout ce qu'elle désirait. Retrouver son amie et leur enfant à naître.
Elle sentit ses cœurs se serrer violemment à l'idée de ne jamais les retrouver. Et ce serait sa faute. C'était elle qui les avait téléportés là. Elle aurait dû protéger son amie. Elle ne pouvait pas s'imaginer les perdre maintenant, alors qu'elle avait tant espéré.
Une violente secousse la ramena au présent.
– Plus assez de carburant, maugréa le pilote.
– Je suppose que vous n'en avez pas de secours dans cette épave ? lança la blonde avec plus d'agressivité qu'elle ne l'avait pensé.
Bon, elle était peut-être très en colère contre cet homme.
– J'en aurais eu assez si j'étais pas allé vous chercher ! lui reprocha-t-il.
– Oh, oui ! On était cinq à la base, et maintenant ? On est seulement deux ! Vous parlez d'un sauvetage ! lança-t-elle furieuse à la perspective de ne plus revoir Missy.
Une sorte d'alarme d'urgence s'activa. Dottie s'approcha en constatant que deux des systèmes du vaisseau venaient de lâcher en même temps.
– Y a rien qui fonctionne sur ce vaisseau ! ragea-t-elle.
– Arrêtez de critiquer mon vaisseau ! C'est l'un des meilleurs ! s'écria Epzo.
– Je ne préfère pas voir les autres ! Votre vaisseau tout entier est sur le point de s'arrêter !
– Mais comment une planète peut changer de place ? Elle devrait être là où je vous ai récupérées. On devrait sentir son champ gravitationnel ! s'agaça le pilote.
– Ben, c'est pas le cas !
– Merci, j'avais remarqué !
– Salut, les interrompit une Yaz un peu confuse, qui venait à peine de reprendre connaissance. J'crois que ça sent le brûlé.
– Vous aviez raison. Elle est toujours vivante, lança Epzo en se levant de son fauteuil.
– Yaz ! Retournez vite à l'infirmerie, lui conseilla le Docteur en lui désignant celle-ci et en la prenant par le bras.
– Ils sont où, Ryan et Graham ? Et Missy ?
La Dame du Temps sentit ses cœurs se serrer au nom de Missy et l'angoisse la reprit violemment à la gorge. Puis quelque chose sur l'écran attira son regard.
– Elle est là ! s'écria la blonde en pointant une planète du doigt. La planète est là !
« Docteur ? »
– Une minute, répondit-elle machinalement en entendant son nom, sans réaliser qui essayait de lui parler.
– Mais comment ça se fait ? interrogea Epzo.
– Elle a un nom, cette planète ?
– Seulement un symbole. Un avertissement. Le sens le plus proche serait… Désolation.
Le Docteur sentit sa colère redoubler. Désolation ?! Il les avait traînées sur une planète qui, de toute évidence, était hostile. C'était très inquiétant. Et ce qui rendait les choses encore plus inquiétantes, c'était qu'elle ne savait pas si elle espérait que Missy y soit aussi ou non. Si elle y était, alors elle devait être en vie. Mais vivre sur Désolation ne devait pas être une bonne nouvelle. Non, ça n'en était pas une. Qu'est-ce qui leur garantissait qu'ils pourraient trouver un moyen de rentrer chez eux sur une terre si hostile ?
Bon, une chose à la fois. Déjà, ils devaient survivre à la descente dans l'atmosphère ce qui lui semblait légèrement compromis, vu l'état du vaisseau spatial.
– J'vais y arriver. J'refuse de perdre ! Poussez-vous ! dit-il en écartant Yaz. J'ai plus d'un tour dans mon sac, ajouta-t-il en déplaçant une grille sur le sol pour activer un levier.
– Activation manuelle des boucliers ?! Cette antiquité devrait être dans un vide-greniers ! fit le Docteur, outrée.
– Boucliers de protection activés. Mais je sais pas s'ils vont tenir.
– Bravo ! railla la blonde. On va s'écraser sur Désolation ! Y a vraiment pas de quoi être optimiste !
– Mais vous ne comprenez donc rien à rien ! On n'arrivera pas à atterrir sur cette maudite planète à cause de… – Epzo reçut un coup de jus et gémit de douleur – … à cause du carburant que j'ai gaspillé pour vous récupérer !
– Ok… Je suis sur un vaisseau spatial… Ok… souffla Yaz en réalisant la vérité, sans que personne ne fasse attention à elle.
Elle toucha un des murs et une autre secousse violente lui assura qu'elle était bel et bien dans un vaisseau spatial.
– J'peux nous faire rentrer dans l'atmosphère si on se déleste de tout l'arrière ! expliqua Dottie.
Le pilote se posta face à elle avec une expression visiblement très agacée collée sur le visage.
– Alors, écoutez-moi bien ! On se déleste de rien du tout ! Ce vaisseau c'est le Cerebus ! Il fait l'envie de millions de personnes !
– Sans blague ? s'étonna la Dame du Temps.
– Oui ! On a même composé des chansons sur lui ! assura l'homme avec véhémence.
– Et on composera sur le fait qu'on soit morts en vain si on passe pas à l'action tout de suite ! hurla-t-elle.
– On va mourir en vain ?! s'inquiéta la jeune femme brune en se plaçant entre le Docteur et Epzo.
– Désolée, j'ai oublié que vous étiez là. Tout va bien se passer, tenta maladroitement le Docteur. Cinq systèmes à sec ! Il reste cinq petites minutes d'autonomie ! Alors vous vous décidez, oui ou non ?! s'emporta-t-elle en se rapprochant d'Epzo.
– Merde ! répondit-il après une intense réflexion. On largue ! On n'a pas d'autre solution. Tenez !
Il lui lança quelque chose que Yaz ne put identifier.
– Quelqu'un peut me dire ce qui se passe ?! s'enquit-elle, paniquée.
– Pas de panique, Yaz, assura le Docteur.
« Docteur ? »
– J'ai dit… Pas de panique ! répéta-t-elle à la brune avec frustration. On va juste atomiser l'arrière du vaisseau.
– Quoi ?!
– Largage ! fit le Docteur.
– Allez-y ! approuva Epzo.
– Vous avez réussi à la joindre ? s'enquit Ryan, alors qu'ils descendaient tous du vaisseau.
Missy grimaça. Elle n'était plus autant en colère. Elle était simplement contrariée. Contrariée parce qu'elle sentait le Docteur, mais que celle-ci ne lui répondait pas. Elle la sentait vivante, mais… Elle entendait des cris résonner dans sa tête. C'était assez douloureux. D'autant plus que sa chère amie n'avait pas confirmé la liaison et qu'elle ne comprenait pas tout de ce qu'il se passait de son côté.
– J'en conclus, par votre silence, que c'est non, soupira Graham en regardant Angstrom faire un relevé de l'atmosphère.
– On est sur une autre planète, Graham, se réjouit alors Ryan en regardant attentivement le ciel.
– C'est le fait qu'y ait trois soleils dans le ciel qui t'a mis sur la voie ? répondit-il en les observant à son tour.
Le jeune homme à la peau sombre se tourna vers la Dame du Temps qui les fixait mi-amusée, mi-ennuyée. Les voir interagir avec leur nouvel environnement était assez plaisant, mais elle était toujours trop préoccupée par la mère de son enfant. Leur réaction aurait sans doute était plus drôle dans d'autres circonstances.
– Qu'est-ce qu'on fait ? demanda-t-il.
– On la suit, répondit-elle en haussant les épaules. Au point, où on en est, maintenant…
– Elles sont peut-être déjà, là. Yaz et le Docteur, la réconforta-t-il.
– Non, le Docteur n'est pas là, sinon je l'aurais sentie. Bien sûr, il y a possibilité pour qu'elle me cache sa présence, mais ce serait stupide en de telles circonstances, répondit-elle en replaçant ses doigts sur ses tempes.
« Allez ! Docteur ! »
« Docteur ! »
– Oui, Yaz ? répondit la blonde alors que la jeune pakistanaise suivait les instructions du Docteur quant à l'utilisation des leviers pour stabiliser le vaisseau.
– J'ai rien dit… commença cette dernière.
– Si vous avez dit… Si vous avez rien dit, ça veut dire… Missy ! se réjouit-elle.
« Enfin ! Mais qu'est-ce que vous faisiez ?! J'étais si inquiète ! » l'invectiva son amie.
« Longue histoire… Je suis peut-être en train de me crasher, c'est pour ça… »
« Vous crasher ?! » s'inquiéta la rousse.
« Oh rien de bien grave. Je suis en train de régler le problème, » lui assura la blonde.
– Docteur ! Les stabilisateurs me semblent pas très stables ! cria Yaz en se redressant.
– Avant que j'oublie : avarie du bouclier du niveau trois, les informa la blonde.
– Quoi ?! s'enquit Epzo. Vous êtes sérieuse ?! Panne générale ! On fonce tout droit dans le champ gravitationnel !
« Docteur ! Vous êtes où ? »
« Je vais pas tarder à me cracher sur une planète qui s'appelle plus ou moins Désolation, et vous ? »
« Je suis déjà sur la planète. »
« Bon ! La bonne nouvelle, c'est qu'on va se retrouver ! » assura Dottie.
« Et la mauvaise, c'est que je vais vous retrouver en bouilli ! »
« J'dois vous laisser ! La descente est un peu raide ! »
« Quoi ? Non ! Docteur ?! »
– Docteur ! Je vais vous tuer ! assura Missy en guettant le ciel dans l'espoir de voir un vaisseau s'approcher.
Par miracle ou malédiction, selon le point de vu, un vaisseau arrivait… Droit sur eux.
– Quoi ? fit Graham inquiet en suivant le regard de la Dame du Temps.
– Finskad ! Mais comment il a fait ?
– Un autre vaisseau spatial ! s'enquit Ryan.
– Un autre vaisseau… qui est sur le point de s'écraser, s'inquiéta Graham.
Ni une, ni deux ! Il n'en fallut pas plus au jeune homme pour se mettre à courir dans la direction opposée du vaisseau. Missy attrapa le bras de Graham, toujours immobile, comme ne réalisant pas ce qui était en train de se passer. Elle le tira en arrière dans le but de le protéger. Après tout, le Docteur n'apprécierait pas si elle laissait des innocents en danger et Grace n'apprécierait pas si elle laissait son mari en danger… enfin si elle se réveillait un jour. Quoi qu'il en soit, Missy essayait de tirer le vieil homme en arrière sans grand succès. Elle ouvrit la bouche, mais n'entendit pas sa voix.
– Restez pas là à le regarder se crasher ! Courez ! leur cria Angstrom.
En tout cas, cela eut le mérite d'aider Graham à se débloquer. Et une course poursuite s'engagea avec le petit groupe de quatre dans le premier rôle.
– Docteur… maudit la Dame du Temps, agacée d'être obligée de courir à nouveau avec un ventre qui ne cessait plus de grossir.
– On traîne pas ! Plus vite ! Plus vite ! Courez ! Courez !
Derrière eux, Missy entendit le vaisseau tomber sur le sol, le racler, mais continuer sa course. Ryan tomba.
Panique !
Il fallait le redresser au plus vite. Angstrom et Graham stoppèrent leur course. Missy également. Elle les regarda un instant. Que devait-elle faire ? Les aider ? Les laisser et sauver sa vie ? Bien sûr la seconde option lui paraissait être la plus séduisante. Elle voulait continuer de courir. Elle voulait sauver sa vie et sauver celle de son enfant à naître. Ses jambes bougèrent dans le but de la porter loin d'eux. Mais une fraction de seconde plus tard, elle retournait en arrière pour aider Graham et Angstrom à remettre le jeune homme sur ses jambes sans qu'elle-même n'eut réussi à comprendre comment elle était parvenue à faire ce choix.
– Ryan ! Debout ! Debout ! Vite ! Vite ! cria celui qui était son grand-père par alliance.
Le vaisseau n'était plus qu'à quelques mètres de poussière devant eux. Il s'enterra un peu plus dans le sol et Missy les tira violemment en arrière, les faisant tous glisser sur la pente derrière.
– Docteur !
Ce fut la première chose que Missy entendit avant d'ouvrir à nouveau les yeux. La voix de Graham.
– Désolée pour la pagaille ! assura-t-elle en traversant le nuage de poussière.
Elle chercha Missy des yeux, parmi toutes les personnes étalées sur le sol. Elle sourit soulagée lorsqu'elle vit une masse de cheveux roux et de vêtements blancs et noirs. Elle se précipita vers son amie, en train d'essayer de se relever et se jeta dans ses bras, la faisant à nouveau tomber en arrière dans le sable dans un petit cri de surprise.
– Yaz ! T'es vivante ! se réjouit Ryan.
– On vous croyait mortes, annonça Graham.
– On vous croyait morts, répéta Yaz en écho.
– Docteur, vous serez morte dans pas longtemps si vous ne me lâchez pas ! s'agaça une Missy allongée sur un sable brûlant, collant, grattant et qui s'immisçait dans ses cheveux.
Mais le Docteur n'en avait rien à faire. Elle souriait, ravie de revoir la mauvaise humeur de la mère de son enfant. Elle avait cru l'avoir définitivement perdue pendant quelques instants, alors elle ne comptait pas la lâcher de sitôt. Elle déposa un rapide baiser – toujours infiniment reconnaissante à l'Univers pour lui avoir laissé son amie d'enfance – sur les lèvres de cette dernière.
– Bon, d'accord, vous pouvez continuer, sourit la rousse en prenant la main de son premier amour.
Bien sûr, elle aussi était aux anges, en un certain sens. Elle aussi était ravie de la revoir. Mais elle aurait préféré lui manifester sa joie debout, pour une fois. En tenant sa main, elle en profita pour vérifier chacun de ses pouls pour plus de sécurité. Après tout, elles avaient été dans le vide spatial. Et cela restait très dangereux, même pour des Seigneurs du Temps. La dernière fois que le Docteur y était resté trop longtemps, il était devenu aveugle et avait, de ce fait, provoqué une invasion aliène. Bon, c'était Bill Potts qui l'avait demandé aux Moines, mais dans le seul et unique but de lui sauver la vie.
– Vous avez toujours la vue ? se moqua Missy.
– Très drôle, grimaça la blonde.
– Vous avez fini, les filles ? lança Epzo. Non parce que c'est pas que j'apprécie pas le spectacle mais…
– Je déteste ce type, maugréa Dottie.
– Je sens que je vais l'adorer, sourit la rousse.
– Oh non, croyez-moi…
– Désolée, Docteur ! Mais Epzo a raison. Il faudrait qu'on trouve le moyen de partir d'ici, approuva Yaz.
– Oui, c'est bon ! répondit le Docteur en commençant à se redresser.
– Hé ! Pas si vite, blondinette !
Missy l'attrapa par les deux pans de son manteau gris et força l'entrée de sa bouche avec sa langue, caressant son palais. Elle sourit – amusée – contre la bouche de son amie. Et alors que cette dernière commençait également à s'agiter, Missy rompit le baiser.
– Mais ! protesta la blonde.
La rousse éclata de rire et se releva prestement.
– Vous nous avez emmenés ici, alors c'est fermé jusqu'à ce qu'on parte, assura-t-elle en croisant les bras.
Le Docteur soupira, frustrée. Elle se releva.
– Bon ! Petite mise à jour ! J'ai commis une énorme erreur ! On devrait pas être là. Ne vous en faîtes pas, je vais tout arranger et vous ramener chez vous. J'vous le promets, assura le Docteur aux humains avant de se détourner d'eux et j'ajouter dans un murmure : Enfin, quand je saurais où on est.
– Et comment vous allez faire ? interrogea Graham.
– Aucune idée. Et c'est l'occasion de me surprendre moi-même, sourit-elle. Au fait ! Bienvenue sur votre première planète aliène, je présume ! dit-elle d'un ton enjoué. Surtout ne touchez à rien ! ordonna-t-elle. Venez ! On part dans une direction !
– Et dans quelle direction, au juste, Docteur ? Parce que je ne vois pas vraiment de panneau indicateur, ironisa Missy, les bras toujours croisés sur sa poitrine.
– Ne gâchez pas cette merveilleuse expérience par votre mauvaise humeur, Missy.
– Quelle merveilleuse expérience ?! Vous avez failli nous tuer en nous téléportant dans le vide et ensuite, vous avez failli nous tuer en nous écrasant ! Et le plus important, c'est que le sable me gratte atrocement ! s'agaça la femme enceinte en grattant ses cheveux auburn.
– J'trouve ça assez cool d'être sur une autre planète, sourit Ryan.
– Merci, Ryan, fit le Docteur avec joie et fierté.
– Vous trouviez aussi cela amusant lorsqu'ils ont failli vous écraser ?
– Bon, en dehors de ça… Ça reste cool, assura-t-il.
Graham leva les yeux au ciel. Pour l'instant, il était plutôt de l'avis de Missy que de celui du Docteur qu'il trouvait bien trop enthousiaste pour un environnement totalement inconnu.
– Comment ça s'est passé le voyage pour vous ? demanda Dottie en plissant les yeux pour regarder Ryan, Graham et la mère de son enfant qui venait de prendre un air contrit.
Le vieil homme grimaça en se rappelant son réveil brutal. Des cris, de colère pour Missy et inquiets pour leur pilote. Puis cela avait vite dérapé et la Dame du Temps avait décidé d'essayer d'étrangler la jeune femme.
– Qu'est-ce qui s'est passé ? demanda Yaz à son ami d'enfance.
– Je sais pas trop. J'étais pas encore réveillé. Mais apparemment, Missy a pété un câble, expliqua l'étudiant.
– Qu'est-ce que vous avez fait ? s'enquit le Docteur.
L'ancien Maître soupira, envoya un regard noir à ses compagnons de voyage, et répondit d'un air qui se voulait le plus innocent possible.
– Presque rien, en fait… (Graham toussa et se prit un nouveau regard incendiaire.) J'étais juste inquiète pour vous et… J'ai juste failli tuer notre pilote… Mais elle va bien ! La preuve ! Je ne lui ai rien fait ! assura-t-elle en désignant la jeune femme qui discutait avec le pilote qui avait sauvé Yaz et le Docteur. Et je me suis excusée ! Et elle a accepté mes excuses !
La blonde soupira. Il y avait encore un peu de travail à faire, même si elle devait avouer que dans son for intérieur, elle avait aussi eu envie d'étrangler son propre pilote lorsqu'elle avait compris qu'il aurait éventuellement pu sauver Missy s'il l'avait vue. Elle était forcée d'admettre cette vérité. Mais elle était aussi très heureuse que Missy ait surmonté cette pulsion. Elle en était très fière. Et elle se disait qu'elle avait définitivement bien fait de n'avoir jamais cessé d'espérer retrouver son amie.
– Je suis fière que vous n'ayez rien fait, assura-t-elle en prenant la main de la mère de son enfant qui lui répondit avec un faible sourire.
– Ce n'est pas faute d'en avoir eu envie, pourtant.
– On va rester sur le fait que vous ne l'ayez pas tuée. D'accord ?
Missy hocha la tête.
Il y eut soudain un bruit. Comme une sirène d'alarme.
– C'était quoi ? s'enquit la blonde.
– C'est bon. C'est parti.
– Comment ça « c'est parti » ? Qu'est-ce qui est parti ? s'inquiéta Dottie en regardant Epzo et Angstrom se diriger vers la source du bruit.
– Qu'est-ce que vous attendez pour les suivre ? s'exaspéra Missy.
– Est-ce que je vous ai demandé votre avis ? lui répondit son amie. Où on va ?!
– C'est vrai, ça. Où on va ? s'inquiéta Ryan en partant à la poursuite des pilotes et de son groupe de voyageurs.
– Allez ! Venez ! lança le Docteur. Oh, j'avais oublié que j'avais fourré des trucs dans mes poches ! se réjouit-elle.
– Je croyais que vos poches étaient vides, soupira Missy.
– Moi aussi. Mais j'ai retrouvé deux, trois trucs qui trainaient dans mon ancien manteau.
– J'ai du sable dans les yeux et je suis tout irrité, murmura Graham.
– Tenez ! J'vous les prête, sourit le Docteur en lui tendant une paire de lunettes assez féminine.
– Oh, merci, répondit-il en les mettant sur ses yeux.
– Une de mes vieilles paires. J'dis les miennes, mais… J'sais plus à qui je les ai empruntées. C'était soit… à Audrey Hepburn, soit à Pythagore, assura-t-elle.
– Pythagore portait pas de lunettes de soleil, opposa Graham.
– Vous l'avez jamais vu avec la gueule de bois.
– Docteur ?
– Oui, Missy-Chérie ?
Cette dernière haussa un sourcil interrogateur. Le Docteur venait de l'affubler d'un étrange surnom. C'était très inquiétant.
– Vous êtes sûre de ne pas avoir manqué un peu trop d'oxygène ? s'inquiéta-t-elle.
Elle entendit des petits rires derrière elle. Ryan et Yaz, alors que le Docteur lui envoyait un regard faussement courroucé.
– Et en vrai ? Vous vouliez me demander quoi ?
– C'était plutôt une remarque, en fait. Vous savez que ces lunettes n'ont pas été produites avant le XXe siècle ?
– Et alors ?
– Alors elles ne peuvent pas appartenir à Pythagore…
– Bien sûr que si. Je l'ai aussi emmené en voyage, sourit Dottie. Et je l'ai laissé prendre un souvenir pour son retour à l'Antiquité. Mais après, j'ai dû lui emprunter quand je suis retournée le voir…
– Je comprends mieux d'où viennent les anachronismes tout au long de l'histoire de… de n'importe quelle planète, en fait, soupira la rousse.
Ils finirent leur marche devant une grande tente d'un blanc immaculé.
– Vous deux, vous savez ce que c'est ? interrogea le Docteur.
– C'est une tente, répondit platement Epzo en se dirigeant vers ladite tente.
– Merci… ça, je… Arg ! Peu importe.
– S'il y a des sièges, j'y reste et vous revenez me chercher avec le TARDIS, lança Missy en regardant Angstrom partir à la suite du pilote masculin. Enfin… Si on le retrouve…
– Merci, Missy… Vous m'aidez beaucoup, ironisa la blonde. Venez ! On lambine pas, ajouta-t-elle à l'adresse des trois humains derrière elles.
Petite course pour se mettre au niveau des deux pilotes déjà devant la tente. Cette petite aventure sur Désolation s'annonçait non seulement mouvementée, mais également très frustrante. Les deux pilotes entrèrent, mais la Dame du Temps aux cheveux blonds fit une halte et se retourna pour s'adresser à nouveau aux humains, les couvrant sans cesse d'avertissements au plus grand agacement de Missy.
– Soyez prudents. J'sais pas ce qui nous attend. Ça peut être dangereux. Mais… C'est sûrement dangereux.
– Petite question. Si on est vraiment sur une autre planète avec des extraterrestres… Comment se fait-il qu'on comprenne leur langue ? interrogea Graham.
– Faîtes voir.
Le Docteur fit se retourner le vieil homme et baissa son col pour découvrir sa nuque. Une petite étoile rose y brillait.
– À l'infirmerie on vous a posé un implant à tous les trois. C'est la procédure normale. On vous implante un traducteur universel… si vous n'en avez pas déjà un, bien sûr.
Graham se remit face au Docteur. Ryan et Yaz palpèrent leur nuque à la recherche de l'implant en question.
– Super ! Est-ce qu'on pourrait arrêter de me poser des implants sous la peau sans me demander la permission ?!
– Si j'avais mon TARDIS, on n'en aurait pas besoin, leur assura Dottie.
– Et vous ? Vous en avez pas ? demanda l'agent de police.
– Nous ? Nous sommes des Dames du Temps. Nous parlons presque toutes les langues de l'Univers, alors non, nous n'avons pas besoin de traducteur, assura Missy. Oh mince… Je crois que j'ai un peu plus d'égo que ma version précédente. Non, j'aimais bien me sentir plus légère, s'attrista-t-elle.
– Et puis, on parle pas toutes les langues de l'Univers, non plus, sourit le Docteur devant les expressions stupéfaites de ses nouveaux compagnons.
– C'est pour ça que j'ai dit « presque toutes ».
– Quel rapport avec la légèreté ?
– Pardon ? demanda Missy en fronçant les sourcils. Oh ! Oui, les femmes ont moins d'égo que les hommes et je dois avouer que je me sens beaucoup mieux quand je ne suis pas écrasée par tout cet égo. Vous ne vous sentez pas plus légère ?
Dottie réfléchit un instant et sautilla pour voir la façon dont elle allait atterrir sur le sol. Elle vit Missy se masser les tempes et soupirer :
– Je ne voulais pas parler au sens littéral !
Oui, évidemment qu'elle était plus légère en tant que femme qu'en tant qu'homme. Les muscles féminins étaient toujours plus légers… Mais le Docteur n'avait pas encore suffisamment d'expérience en tant que femme pour affirmer une chose pareille d'un point de vue psychique. À peine quelques jours, en fait. Elle sentait bien sûr qu'il y avait quelque chose de profondément différent, mais elle n'était pas parvenue à mettre le doigt dessus. Certes, il y avait son changement de sexe et une étrange sensation physique, mais elle sentait aussi quelque chose d'un point de vue psychique. Quelque chose d'encore plus marqué que pour ses autres régénérations. Était-ce – comme le disait Missy – à cause d'un égo plus faible ? C'était vrai qu'elle ressentait moins l'envie de se vanter contrairement à une bonne partie de ses incarnations masculines, si ce n'est toutes.
– Je me sens différent… te. Il faut vraiment que je m'habitue, s'agaça-t-elle.
– Vous vous habituerez, lui assura Missy.
– Mais j'ai l'impression qu'il me manque quelque chose, se plaignit-elle.
La rousse sourit, amusée. Bien sûr qu'il lui manquait quelque chose maintenant.
– Vous avez autre chose pour compenser.
– Bon ! On y va, oui ou non ? répondit vivement le Docteur, sans aucun signe avant-coureur, avant d'entrer dans la tente.
Les trois humains échangèrent des regards surpris et haussèrent les épaules. Puis ils entrèrent à sa suite, laissant la femme enceinte derrière eux.
– Je rêve… soupira-t-elle.
– C'est luxueux pour une tente, lança le Docteur.
– Vous pouvez m'y laisser, approuva Missy avec un grand sourire en admirant les coussins moelleux.
– Missy, vous restez avec moi, fit la blonde, alors que son amie levait les yeux au ciel. Bon, je suis le Docteur. Voici mon amie d'enfance : Missy. Et voici mes nouveaux meilleurs amis : Ryan, Graham et Yaz.
Elle passa son bras à travers l'homme au teint mat assis confortablement devant eux. L'image vacilla, lui confirmant que sa théorie était bonne.
– Un hologramme. J'avais quand-même espéré pouvoir me délasser dans ces fauteuils, grimaça Missy.
– Ça me surprend pas. Et plutôt réussi. J'adore les hologrammes. J'ai été un hologramme pendant trois semaines. Les ragots que j'ai pu récolter, s'amusa le Docteur. Vous êtes quoi ? Une projection immersive ou alors une interface ? Si vous êtes une interface, vos poils de nez sont plus vrais que nature.
Elle se baissa pour observer l'intérieur du nez de l'inconnu comme pour donner plus de poids à ses paroles.
– Qui sont ces personnes ? demanda l'homme avec dureté.
– Des bonus, répondit Angstrom.
– Non.
– Quoi ? demanda Epzo, stupéfait.
– Je vous l'ai dit, fini les pièges à serpent et les bonus.
– J'ai sauté et ils étaient dans le champ stellaire ! Dois-je comprendre que je les ai repêchés pour rien ?! s'énerva-t-il.
– Oui.
– Eh ben ! Je vois que ça vous fait plaisir d'aider des inconnus en détresse, se moqua Missy.
– Eh bien quand aider ces inconnus me coûte mon vaisseau spatial, je me sens l'âme moins charitable, lui répondit-il amèrement.
La Dame du Temps sourit, amusée. Il fut un temps où elle tenait le même discours. Alors, elle comprenait cette tendance égoïste. Mais bien qu'elle se soit mise en colère contre le Docteur pour avoir failli tous les tuer, elle devait avouer avoir trouvé l'atterrissage rocambolesque très amusant. Mais son amie d'enfance ne devait être au courant à aucun prix.
– Oui, désolée. C'était en partie ma faute, s'excusa Dottie. Salut, ajouta-t-elle en se tournant vers l'homme assis. On était à des milliers de systèmes solaires d'ici, je cherchais mon vaisseau spatial et il a été localisé ici. Ensuite, tout a dérapé et j'ai perdu le signal. Heureusement, ils sont sympas, ils m'ont fait aucuns reproches, expliqua-t-elle. Ravie de vous avoir comme compagnons, vraiment, assura-t-elle.
– Si eux ne vous ont pas fait de reproches, moi, je vous en ai fait et je vais continuer de vous en faire jusqu'à ce que vous arrêtiez de mettre en marche n'importe quel moyen de transport, enchaîna la rousse, visiblement toujours pleine de rancœur. Parce qu'à chaque fois, vous trouvez le moyen de nous causer des problèmes. Perte du TARDIS. Atterrissage dans le vide spatial. Et manquer de nous écraser avec Graham et Ryan. Et cette charmante pilote qui nous a fait atterrir sans encombre, contrairement à vous, bien entendu.
– Missy, on est une équipe, vous voulez bien me soutenir de temps en temps ? s'exaspéra la blonde.
– Vous rêvez éveillée, là, ma chère. Quand vous faîtes des erreurs, j'en profite pour vous les rappeler jusqu'à ce que vous vouliez m'étrangler afin que je sois sûre de vous avoir poussée à bout.
– Charmant, ironisa le Docteur.
– Ne le suis-je pas toujours ? fit-elle avec un clin d'œil.
Son amie d'enfance leva les yeux au ciel. Quelle question… Le Maître avait toujours été un grand charmeur… un monstre, certes, mais un grand charmeur. Il avait toujours eu ce pouvoir, même sur lui… Non, elle ! Sur elle. Cependant, elle avait fini par apprendre à résister au charme sans faille de son amie d'enfance. Mais là n'était pas la question. Elle se tourna à nouveau vers l'inconnu confortablement installé.
– Dîtes ? Vous pourriez me dire ce qui se passe ici ? Je comprends pas. Je suis perdue. Et vous vous êtes perdus ? demanda-t-elle en se tournant vers ses nouveaux compagnons.
– Complètement perdue, assura Yaz.
– Carrément perdu, continua Ryan.
Graham enleva ses lunettes et répondit :
– Je crois que perdu est un faible mot.
Dottie jeta un regard à Missy qui lui répondit par un air sévère.
– Je vous interdis de m'inclure dans votre petit cercle bizarre.
– Vous faîtes vraiment rien pour aller dans mon sens, en fait ?
– Si, je veux bien admettre que je suis aussi perdue… avoua-t-elle. Mais à cause de vous, ajouta-t-elle en appuyant sur le dernier mot.
– Oh merci, quel soutien, répliqua la blonde, sarcastique.
– Votre arrivée désorganise la dernière étape de l'ultime rallye des douze galaxies.
– Oh, c'est comme une course, genre le… Genre le Paris-Dakar dans l'espace ? Vous êtes les concurrents de l'espace ?
– On est les finalistes, s'enjoua Angstrom.
– Quatre mille concurrents, il en reste deux. Un seul remportera le trophée, les informa l'homme.
– Et c'est quoi ? s'enquit Ryan.
– Pour l'ultime course, 3,2 milliards de krines.
– 3,2 milliards de quoi ? demanda le Docteur.
– De krines, répondit Angstrom.
– Combien vaut un krine ?
– Ça vaut 200 cavlons.
– 90 forvalas, ajouta Epzo.
– Attendez, fit le Docteur, de plus en plus perdue.
– 4000 trentis, continua Angstrom.
– C'est une vieille devise, poursuivit le pilote masculin.
– J'suis pas très au courant des taux de change, murmura Dottie, mal à l'aise.
Elle n'avait pas besoin d'être au courant. Il lui suffisait d'utiliser son tournevis sonique pour avoir de l'argent facilement. Elle avait toujours fait cela. Ainsi, elle avait rarement besoin de se renseigner sur les monnaies locales. Et puis si elle devait toutes les retenir, elle n'aurait plus de place dans son cerveau pour les choses importantes.
Elle entendit le rire de Missy retentir à ses oreilles. Visiblement, sa chère amie se tenait au courant de ce genre de choses lorsqu'elle voyageait.
– Ça suffit, les coupa l'homme. Le montant de la récompense assurera une vie confortable dans un monde sûr pour le gagnant et tout son clan.
– Est-ce qu'on a le droit de participer ? interrogea Ryan.
– Non ! protesta vivement Angstrom.
– Non, vous comptez pas, rétorqua sèchement Epzo. On pourrait savoir ce qu'on doit faire ?
– L'épreuve finale consistera à traverser ses étendues, à survivre en milieu hostile, et à trouver le meilleur chemin pour franchir ces montagnes. Le premier qui arrivera sur le site du Monument Fantôme sera couronné vainqueur et téléporté hors de la planète. Quant au perdant… il restera.
– Nous laisser ici ? Mais vous pouvez pas faire ça ? On a plus de carburant, s'inquiéta Angstrom.
L'inconnu se leva vivement et se plaça devant la femme pilote.
– Ne me dîtes pas ce que j'ai à faire ! J'édicte les règles de ma propre course. Vous connaissiez les risques depuis le début. Plus la récompense est grande, plus les risques sont élevés.
– Et là ! Une seconde ! Et nous dans tout ça ? s'enquit Graham.
– Vous, la ferme. Vous mêlez pas de ça.
– Excusez-moi ! On est tous humains ! Vous pourriez faire preuve d'un peu de solidarité.
– Tous humains ? Veuillez arrêter de m'insulter, Graham, se vexa Missy.
– C'est insultant d'être humain, maintenant ? se vexa aussitôt Yaz.
– Quand on est des Seigneurs du Temps, c'est insultant, oui.
– Missy, s'il vous plaît, tenta son amie d'enfance.
– Bon… Désolée, je suis sûre que vous devez avoir plein de qualités… si on réduit à votre échelle planétaire.
Yaz croisa les bras, agacée. L'arrogance de Missy était difficilement supportable. Elle tenta de se concentrer sur autre chose. Autre chose comme les risques qu'ils encouraient en étant sur cette planète inconnue. Pour l'instant, l'inquiétude prenait le pas sur la colère. Comment allaient-ils pouvoir rentrer chez eux ?
– Je suis Luxtérien, répondit Epzo. Elle est Albarienne.
– Omains ? J'ai jamais entendu parler d'Omains, approuva Angstrom.
– Non. Humains. Des êtres humains. Des terriens, tenta Ryan.
– Connais pas.
– Cette course est très cruelle. Vous abandonnez le perdant, lança le Docteur en tenant tête à l'inconnu devant elle qui contrôlait les règles de sa course.
Elle se sentait en colère. Non, en fait, elle était hors d'elle. Ce genre de choses… juste pour s'amuser… C'était incompréhensible pour elle. Comment pouvait-il laisser les perdants mourir sans rien faire ? Pourtant, elle devinait à l'aspect de l'homme et de la tente qu'ils avaient largement les moyens de ramener le perdant chez lui. Elle était outrée.
– Eh bien le rallye est une épreuve de survie, sourit-il. Pour tester nos limites. Nos réactions face à l'adversité. Le test ultime, en quelque sorte.
Missy s'avança et tira le Docteur en arrière, souhaitant regarder cet inconnu dans les yeux. Elle aussi était furieuse. Mais pas vraiment pour le côté cruel de la chose. Non, sur le principe, elle se fichait bien que les participants meurent, s'ils savaient qu'ils s'engageaient dans une course dangereuse. C'était leur choix, après tout. Même si, visiblement, aucun des deux finalistes ne savaient que le perdant resterait coincé ici, face à une mort certaine. Mais ce n'était pas cela le plus important à ses yeux. Pour elle, le plus important, c'était l'enfant qu'elle mettrait bientôt au monde et la mort certaine qui les attendait s'ils restaient ici.
– Je vous préviens que si je survis à cette planète, je trouverai un moyen de vous retrouver, et là je…
– Missy, on ne menace pas les gens, soupira le Docteur.
– Je vous arracherai la tête, misérable, continua-t-elle, ignorant superbement son amie. Et croyez-moi, j'en suis capable. Ma première motivation pour survivre sera l'image de votre tête, détachée de votre corps, volant à travers la pièce.
Dottie se massa les tempes. Elle avait encore du travail à faire avec Missy. Elle fut surprise lorsqu'elle entendit l'homme rire.
– Je vous aime bien, vous, lança-t-il.
– Vous ne me croyez pas ? coupa la rousse avec froideur.
– Oh, si. C'est justement pour ça que je vous aime bien, dit-il, amusé.
– On devrait même pas être là. On devrait pas faire partie de votre course, les interrompit le Docteur en prenant la main de Missy dans la sienne dans le but de la calmer.
– Il n'y a rien dans le règlement qui parle d'intrus potentiels.
– Et du coup, vous comptez faire quoi ? Faire comme si on n'était pas là ?
Il ne répondit pas et s'éloigna des deux Dames du Temps fulminantes. Toujours main dans la main, elles sortirent leur tournevis et stylo soniques afin de scanner leur cher inconnu.
– Projection holographique à très longue distance, murmura la blonde.
– Je parie que je peux retracer le signal pour en trouver l'origine… et le tuer après, se réjouit Missy.
Elle sentit une pression supplémentaire sur sa main et sans même regarder le visage de son amie d'enfance, elle savait déjà que le regard qu'elle lui lançait était désapprobateur. Elle choisit donc volontairement de ne pas la regarder. Elle savait déjà ce qu'elle voulait dire. Elle connaissait déjà ses sermons. Et elle ne se sentait pas de suffisamment bonne humeur pour cela, maintenant.
– J'ai créé ce rallye, reprit l'homme. J'ai participé et j'ai gagné. Et j'y mets fin maintenant. Pas de sabotage ! Pas de violence physique. Et pas de meurtres.
– Ça, c'est dommage, maugréa Epzo.
– Disqualification immédiate en cas de non-respect des règles. Prenez vos cachets. Ne voyagez pas de nuit. Ne buvez surtout pas l'eau. Évitez même de la toucher. Cet endroit a été rendu invivable et hostile.
– Invivable et hostile ? Comment ça ? Et par qui ?
– Cette étape devra être bouclée impérativement en une seule rotation solaire. Vous aurez droit à un petit coup de pouce. Vous disposerez… d'un moyen de transport sur l'eau. Traversez la mer, puis les ruines. Le site du Monument Fantôme se trouve au-delà des marais brumeux.
– Les marais quoi ? interrogea Yaz.
– Vos navigateurs sont sur cette table. Bonne chance.
– Vous avez choisi de m'ignorer ! Mais c'est quoi au juste, le Monument Fantôme ?! s'emporta le Docteur.
– Docteur, calmez-vous, voyons, ironisa la rousse.
– Vous vous trouvez drôle, Missy ?
– Oui. Je croyais que vous craquiez pour mon merveilleux sens de l'humour.
Dottie leva les yeux au ciel et se concentra à nouveau sur l'homme face à elle.
– C'est quoi le Monument Fantôme ? répéta-t-elle.
– Ce nom lui a été donné par les anciens colons. Il apparait toujours au même endroit, toutes les mille rotations.
– J'ai mon navigateur. J'vais me mettre en route, sourit Angstrom.
– On s'revoit à la remise du prix. J'pourrais enfin allumer mon cigare altusien. C'est le cigare de la victoire, fit Epzo en sortant de la tente.
– À quoi il ressemble… ce monument ?
– Quelle importance ? demanda l'organisateur de la course en traversant le Docteur.
Cette dernière se retourna et déclara vivement :
– Regardez-nous ! Cinq personnes qui se connaissent à peine se retrouvent coincées sur la planète Désolation. Pas de carte ! Pas de traceurs ! Pas de véhicules ! Et d'après ce que vous venez de dire, peu de chances de survies ! J'ai besoin d'un maximum d'informations ! Spécifiquement, mais pas seulement ! Je veux une description précise et très détaillée du Monument Fantôme !
L'homme leva un peu les bras, actionnant un hologramme. Missy sourit. Là, sur des rochers, trônait fièrement une cabine de police bleue. Elle sentit le trouble, la joie et le soulagement s'emparer de son amie d'enfance. Elle prit sa main. Les choses semblaient enfin s'améliorer. Ils avaient une chance de rentrer chez eux. Ils avaient une chance de retrouver le TARDIS du Docteur. Elle sentait sa bonne humeur revenir petit à petit.
– C'est une cabine de police, dit s'étonna Graham, ne comprenant pas l'engouement des deux Dames du Temps.
– Oui, comme celle de Surrey Street. Sauf que la nôtre, elle est verte, fit Yaz, les sourcils froncés. Ça n'a aucun sens.
– Pour moi, ça en a beaucoup, murmura le Docteur, les yeux brillants. Oh, merci. J'vous remercierai jamais assez. Ça nous convient.
Missy se pressa contre la mère de son enfant. Oui, cela leur convenait. Enfin une bonne nouvelle.
– Je suis désolé de ne pas pouvoir vous aider davantage.
– Je doute de votre sincérité, lança Dottie.
– Vous avez raison, approuva l'organisateur.
Et violemment, l'image disparut. La tente, l'organisateur. Ils se trouvaient à nouveau dans ce fichu désert. Missy soupira. Elle n'aimait pas quand on lui faisait ce genre de choses. Et visiblement, Dottie n'appréciait pas davantage qu'on coupe la conversation.
– Oh… Oh, c'est ça ! Adieu ! Un peu imbu de lui-même !
La blonde était vexée.
– Euh… J'ai quelques questions, commença l'agent de police.
– Quelques ? Moi, j'en ai un paquet, lança Graham. Mais on devrait peut-être les rattraper avant qu'on les perde de vue, ajouta-t-il en désignant les deux pilotes extraterrestres.
– Ouais. La situation est un peu déroutante, soupira le Docteur.
– Un peu déroutante ?! C'est le moins qu'on puisse dire ! On a été envoyés dans l'espace ! Des vaisseaux spatiaux s'écrasent autour de nous ! On est prisonniers d'une planète dont tout le monde tente de s'échapper ! rétorqua Graham avec véhémence.
– C'est vrai, mais pourquoi toujours voir le côté négatif ?
– Y a du positif ?
– Le Monument Fantôme dont il parlait, c'est mon vaisseau spatial. Il est ici !
– La vieille cabine de police ?
– Elle fait pas rêver, remarqua Ryan.
– Et moi, je vous dis qu'elle fait faire des rêves merveilleux ! protesta Dottie.
Missy sourit. C'était amusant de voir les Humains dénigrer un TARDIS. D'autant plus que le principe du circuit caméléon existait justement pour cette raison. Mais ce qui était encore plus drôle, c'était lorsqu'ils entraient dans le vaisseau. Plus grand à l'intérieur. Elle avait hâte de les entendre dire cette phrase iconique.
– Mais oui, Dottie. Le TARDIS est merveilleux et un peu capricieux vu où il s'est enfui. Je ne comprends pas, je ne lui ai rien fait, moi, elle n'aurait pas dû m'éjecter. Surtout avec le bébé.
Elle lança un regard au désert de sable devant elle. Vraiment très bizarre la cabine de police. Elle qui pensait avoir tissé un lien avec elle…
– On l'a endommagée, lui rappela distraitement son amie avant de reprendre le fil de ses pensées. Avouez que je me suis pas plantée à ce point-là ! J'avais localisé mon TARDIS, mais la planète avait changé d'orbite. On a atterri là où elle était censée se trouver. De toute évidence, le TARDIS est bloqué dans une boucle. Il clignote dans le temps et l'espace par intervalle. Si on le capte quand il se matérialise, je devrais pouvoir le stabiliser et vous ramener à la maison !
– Vous en êtes sûre ? Si on trouve le site, vous pourrez nous ramener chez nous sains et saufs ? demanda Yaz avec espoir.
– Déjà pressée de rentrer ? Vous voulez nous abandonner si vite ? fit Missy, faussement vexée.
L'agent de police ouvrit la bouche pour se défendre.
– Non, c'est pas ça… C'est que… J'ai une famille et…
– Vous emballez pas. Ça m'est totalement égal que vous ne vouliez pas rester avec nous, la coupa la rousse.
– Est-ce que ça vous arrive d'être sympa avec des gens de temps en temps, ou bien… ?
– Pourquoi être charmante quand je peux être méchante ? Mais pour votre information, je peux être adorable quand je le veux.
– Donc… vous le voulez jamais ? déduisit Graham.
– Qu'est-ce que ça va me rapporter d'être charmante dans l'instant ? Est-ce que vous comptez rester voyager avec nous ? Non. Est-ce qu'on va retrouver le TARDIS ? Probable, mais pas sûr. Allez-vous me porter en tant que dirigeante de l'Univers ? Non. Allez-vous me servir d'une quelconque façon au cours de votre vie ? Là encore, probable, mais pas sûr. Ça ne m'est pas utile d'être charmante avec vous pour l'instant, alors pourquoi le serais-je ?
– Merci, ironisa Ryan.
– Missy, c'est pas comme ça qu'on raisonne. Les gens ne se limitent pas à une simple fonction utilitaire. Ce n'est pas parce qu'ils ne vous servent à rien, selon vous, que vous devez les maltraiter. Ça ne vous est donc jamais arrivé d'être gentille sans arrière-pensée ? lui reprocha la blonde.
Missy réfléchit. Elle songea pendant un instant à Lucy. Au début, elle s'était montrée gentille avec elle naturellement. Puis, elle avait vu sa fortune et s'était forcée à rester charmante face à sa famille. Puis, elle songea à Grace. Elle ne s'était jamais montrée désagréable face à elle, sans en comprendre la raison. Et elle avait voulu la sauver. Mais en dehors de ses deux épouses et du Docteur, ainsi que sa famille, elle ne s'était jamais montrée gentille sans une bonne raison. Devait-elle en être triste ? Non. Elle était gentille avec les gens qui comptaient. Et eux ne comptaient pas encore. Et eux voulaient rentrer chez eux. Alors pourquoi se casserait-elle la tête à essayer de nouer une relation sans conflits avec eux ?
– Non, répondit-elle simplement, ne souhaitant pas trop se laisser aller face à de vagues connaissances.
Dottie haussa un sourcil, peu convaincue. Mais les problèmes relationnels de Missy n'étaient pas le plus important. Elle ne devait pas perdre de vue les deux finalistes de la course. Elle devait retrouver le TARDIS. Et elle devait protéger ces trois Humains de cette planète rendue invivable et hostile.
– Je vous le promets, reprit le Docteur. Je vous protégerai. Et je vous ramènerai chez vous, sains et saufs. Je suis réactive dans l'adversité. Enfin historiquement, c'était le cas. Je suis sûre que je l'suis encore. Si on se serre les coudes, si vous me faîtes confiance, on s'en sortira, leur assura-t-elle. Bon ! Allons-y, on s'active.
Elle se retourna et commença sa marche.
L'ancienne maîtresse du chaos soupira. Encore de la marche. Pourquoi le Docteur ne pouvait-elle jamais atterrir dans des cures thermales, faites pour se détendre ? Pourquoi fallait-il toujours courir ou s'agiter avec son amie ?
– Elle dit la vérité, vous croyez ? Vous pensez qu'elle peut nous ramener chez nous ?
Missy, qui marchait quatre mètres devant les nouveaux meilleurs amis humains du Docteur, fit mine de ne pas avoir entendu le questionnement de Ryan. Ils ne se doutaient manifestement pas que des êtres capables de survivre à une chute de quelques kilomètres jusqu'à traverser le toit d'un train pour se relever sans la moindre égratignure pouvaient avoir des sens plus aiguisés que les leurs, notamment l'ouïe. Franchement, réfléchissaient-ils parfois ? La Dame du Temps savait que le Docteur pouvait aussi les entendre et elle était pourtant à une vingtaine de mètres d'eux. Si Missy se laissait ainsi distancer, c'était à cause de son ventre. Elle devrait sans doute en parler celle qui l'avait mise dans cet état, lui dire d'aller moins vite…
– Elle a sauvé Carl, elle a vaincu Tim Show, et on l'a vue sauter d'une grue : sans elle, on serait mal-en-point, répondit Yaz avec logique.
– Tzim-Sha, corrigea Missy. Et sans elle, vous seriez sur Terre, morts tués par les bombes ADN.
– Yaz et Missy ont raison, acquiesça Graham. En fait, c'est notre meilleur espoir. Ou notre seule option, selon le point de vue.
Au moins, il est pragmatique.
– Ouais, sans doute. On va pas polémiquer avec le grand sage Graham.
Ryan ne semblait pas convaincu, ce qui agaça Missy.
– Donc c'est toujours « Graham » et pas « papi » ?
Il y avait de la peine dans le ton de l'époux de Grace.
– Ouais, Graham.
Missy se stoppa et se retourna.
– Pourquoi ? demanda-t-elle.
– Quoi ? sursauta Yaz.
– Vous nous avez écoutés ? l'accusa Ryan.
– Je vous ai entendus, rectifia la rousse. Et elle aussi. Les Seigneurs du Temps ont une biologie supérieure à la vôtre. J'ai ressuscité votre grand-mère, pensez-vous que je suis incapable d'entendre à quatre mètres de moi ?
Le jeune homme se maudit de ne pas avoir pensé à cela. Et encore, Missy n'avait pas rappelé leur capacité télépathique… Quel idiot…
– Alors ? Pourquoi ? reprit-elle en marchant à leur rythme, les incitant à poursuivre leur chemin pour rejoindre le Docteur.
– Pourquoi quoi ?
– Pourquoi vous ne l'appelez pas « papi » ?
– Parce que c'est pas mon grand-père.
– C'est votre grand-père par alliance.
– C'est pas mon grand-père. C'est le mari de ma grand-mère.
– C'est ce que je viens de dire. Vous le blessez. Il souffre suffisamment comme ça, vous ne trouvez pas ?
– Et moi non ?
– Si vous ne vous attendiez pas à la mort de votre grand-mère, vous m'inquiétez. D'abord en raison du fait qu'elle est justement votre grand-mère – c'est donc dans l'ordre des choses que vous affrontiez un tel moment, même pour moi –, ensuite parce que vous aviez tous une bombe dans le corps.
Ryan serra les poings.
– Ça vous regarde pas.
– Votre grand-mère serait morte s'il n'y avait eu que vous. Dîtes-vous que Graham l'a aussi sauvée. Et pour répondre à votre question… Le Docteur est capable de mourir pour vous renvoyer chez vous. C'est dans sa nature. Mais ce n'est pas dans la mienne. À votre place, je me réjouirais de ne pas être tombé sur l'un des autres extraterrestres qui vous considèrent comme des primitifs bons à être réduits en esclavage… ou en poussière, c'est selon. Ils sont bien plus nombreux que ceux qui ressemblent au Docteur. Je dirai même qu'aucun ne ressemble au Docteur. Elle est probablement la seule dont vous pouvez être sûr qu'elle vous ramènera chez vous. Vous avez bien vu l'organisateur de cette course. Vous avez vu les concurrents. Ils se fichent de ce que vous deviendrez. Pour un tas de raisons. Le Docteur vous ramènera parce que c'est ce qu'il y a de mieux à faire. Ce sont ses principes. Et elle est la seule de l'Univers à les avoir. C'est pour cela qu'on la connaît, qu'il y a des légendes sur elle. Vous avez la chance d'être tombé sur le seule extraterrestre fiable de cet Univers, mais aussi la seule qui comprenne exactement pourquoi vous voulez rentrez chez vous. Les autres connaissent les risques de l'espace, ils savent qu'ils ne sont pas seuls dans l'Univers et se résignent lorsqu'une catastrophe les exile sur une planète aride. Voilà pourquoi personne n'a fait attention à nous dans cette tente. Parce que c'est tellement commun… Comme vous quand vous passez devant des SDF. Vous arrêtez-vous pour les aider ? Non, bien sûr, il y en a deux autres dans la rue suivante. Et une bonne centaine dans vos plus petites villes. C'est ce que vous êtes aux yeux des autres. À leurs yeux, à eux. Et aux miens. Pas aux yeux du Docteur. C'est comme ça. Alors ne posez plus de questions stupides.
– … C'est pas comme si vous étiez censée entendre, au départ, maugréa Ryan.
Missy ricana. Au moins, Graham et Yaz avaient eu la décence de réfléchir à ses propos.
– Cessez d'aggraver votre cas. Je n'aimerais pas avoir votre sang sur les mains lorsque votre grand-mère se réveillera.
Ryan s'éloigna vivement, dépassant les trois autres en courant pour bénéficier d'un peu de solitude. Ni Graham ni Yaz ne tentèrent de le rattraper.
– Elle est si spéciale ? murmura Yaz.
– Des mondes entiers dépendent d'elle pour leur survie. Le vôtre, notamment. Si souvent… soupira la Dame du Temps.
– Et vous ?
– Moi ?
– Vous êtes spéciale, aussi ?
– … Si on veut. Mais pour des choses bien moins belles.
Lorsqu'elle disait cela, elle pensait à la Mort, à tous ces gens tués de sa main ou bien par l'un des cruels procédés qu'elle avait mis au point…
– Vous êtes spéciale pour elle.
– Oui. Mais c'est compliqué.
– Vous pourriez faire comme elle.
– J'essaie.
Il y avait une telle tristesse dans les paroles de la jeune femme extraterrestre que Graham faillit ne pas poser la question qui tenait à cœur depuis plusieurs minutes, déjà.
– Pourquoi vous avez pris ma défense ?
– Parce que je ne comprenais pas.
– Vous auriez pu vous contenter d'une simple question sans vous lancer dans un plaidoyer, insista l'ancien chauffeur de bus.
– C'est vrai. Mais Grace n'aurait pas apprécié, ni qu'il vous parle ainsi, ni qu'il doute du Docteur.
Graham devait bien admettre que Missy avait raison. Mais comment le savait-elle ?
– J'te le répète. T'approche pas du bateau, menaça Epzo en pointant une arme sur Angstrom.
– D'où tu sors qu'il est à toi ? répliqua cette dernière.
– C'est cette arme qui le dit.
Missy, Graham, Yaz et Ryan avaient rejoint le Docteur sur le ponton, et par conséquent, les deux finalistes de cette course impossible et cruelle. Tous étaient bien décidés à faire comme si les quelques minutes précédentes n'avaient jamais eu lieu.
– Posez votre arme ! Vous n'appuierez pas sur la détente, de toute façon, lança Dottie en s'approchant du duo. Pas de violences physiques. Pas de meurtres. Pas de sabotages. Ce sont les règles établies… par machin-chose.
L'ancienne maîtresse du chaos fronça les sourcils. Machin-chose ?
– C'est pas dans ma nature de suivre les règles.
– Vous vous êtes exercé devant la glace ?
– Et vous pensez vraiment que machin-chose aurait établi ces règles sans pouvoir s'assurer que personne ne pouvait les enfreindre ? fit Missy en croisant les bras.
– Regardez.
La blonde leva le petit doigt et l'enfonça dans le cou d'Epzo. Ce dernier cessa tout mouvement, les yeux écarquillés.
– Y a que vous qui avez le droit d'attaquer les gens ? se moqua la rousse.
– Vous savez très bien que c'est inoffensif, protesta Dottie. Aïkido vénusien, j'vous rappelle. Paralysie instantanée. Ça ne fait aucun mal et ça ne laisse aucune trace. Ces nonnes vénusiennes étaient futées.
– Jolie feinte, la complimenta Angstrom.
– Merci, sourit Dottie. Je vous libère, ajouta-t-elle à l'adresse d'Epzo.
Elle retira son doigt sous le regard déçu de Missy.
– Mais pourquoi le libérer ? soupira-t-elle. Il était bien mieux en statue.
– Le bateau est en panne.
– Oh, Ryan et moi, on va jeter un œil, tenta Graham.
– Ah bon ? fit son petit-fils par alliance.
– Ben, tu suis pas des cours pour rien. Et puis un moteur reste un moteur.
– Que vous dîtes, chuchota Missy en songeant qu'ils n'auraient jamais aucune chance de réparer les moteurs du TARDIS.
– Celui-là est extraterrestre, opposa vivement Ryan, encore plus inquiet depuis la remarque de la rousse.
– Hé ! C'est notre problème, pas le vôtre. Elle et moi, on est là pour gagner.
– Vous râlez parce qu'on cherche à vous aider ? s'étonna Missy. C'est pour ça que j'aide jamais les gens de base. Ils sont si bizarres.
– Oh, non. Lui, c'est un cas exceptionnel, lança Angstrom.
– On va au même endroit. Et ce bateau peut tous nous accueillir, poursuivit Yaz.
– Yaz a raison. Si on arrive à le faire démarrer, on monte tous à bord. Et Missy, tout le monde ne se comporte pas comme un rustre quand on essaye d'aider.
– Si vous le dîtes…
– Vous bossez pour Ilin ! Votre boulot, c'est de nous espionner ! Vous êtes des saboteurs envoyés pour nous torpiller !
– Tu crois toujours que tout l'Univers est contre toi.
– Ah ouais ? Comment va ta famille, Angstrom ?
Cette dernière baissa les yeux, triste. Visiblement, il était arrivé quelque chose à sa famille. Missy sentit ses cœurs se serrer en réalisant que ce regard était le même que le sien. Cette tristesse. Elle comprenait cette tristesse bien mieux que ce qu'elle aurait voulu.
Trop absorbée par cette pilote, elle fit à peine attention au Docteur qui s'était accroupie pour analyser l'eau sous le ponton et à Yaz qui avait suivi le mouvement.
– J'comprends pourquoi il faut pas toucher l'eau. Des millions de microbes mangeurs de chair y pullulent. Atmosphère hautement toxique. Eau tueuse. Cette planète est pas très accueillante.
– La planète est pas très accueillante ? C'est maintenant que vous avez la révélation ?
– Votre bonne humeur n'est pas encore revenue, à ce que je vois, constata la blonde en se relevant.
– Et en quel honneur je devrais être de bonne humeur ?
– Bon, nous, on va aller voir le moteur, fit Graham en entraînant Ryan à sa suite.
– Attendez, je viens avec vous, vous n'y arriverez pas tous seuls.
– Qu'est-ce qui vous fait croire ça ? se vexa Graham.
– Le fait que je sois plus intelligente que vous tous réunis.
– Missy, laissez-les. Ils sont tout à fait capables.
– Merci, Doc, sourit Graham en entraînant une fois pour toute son petit-fils par alliance dans le bateau.
– Et depuis quand les Humains sont aussi capables que moi ? Et depuis quand vous acceptez qu'on vous appelle « Doc » ? fit Missy vexée.
– Depuis que vous devez apprendre à ne pas rabaisser les autres.
– Ce sont des Humains.
– Et les Humains, comme toute autre espèce intelligente, sont capables tout autant que nous de…
– Vous en faîtes un peu trop, là… Je vous rappelle qu'un être humain ne peut pas supporter une conscience de Seigneur du Temps, mémoire et intelligence étant trop développées pour leur cerveau.
– C'est vrai. Un esprit de Seigneur du Temps est plus…
Dottie plissa les yeux, cherchant le mot exact.
– Vous êtes en train de réfléchir à un mot qui n'insulte pas les Humains ?
– Bon, là n'est pas la question, affirma la blonde. Les Humains pourraient bien vous surprendre, Missy. Il faut juste les laisser faire. Laissez-les vous émerveiller.
La rousse haussa les épaules, dubitative. Ils avaient intérêt à lui prouver qu'ils étaient capables.
– Mmmh… Oui, si vous voulez. Que pensez-vous d'Ahneadvorminmirhinses ou de Cholyofumurodingrest ?
– Pour notre enfant ?
– Non, un nouveau nom pour vous, je me disais que ce serait sympa de changer à nouveau de nom parce que « Docteur » ça fait un peu trop, ironisa Missy.
– Ah parce que « Maître » c'est mieux ?
– Au moins on ne me demandait pas toutes les cinq minutes « Maître qui ? », contrairement à vous.
– J'adore « Docteur qui » !
– Je l'avais bien constaté… Et pour notre enfant ?
– Des prénoms typiquement gallifreyens ?
– Vous avez deviné ça toute seule ou vous vous êtes fait aider ? Sinon, on peut donner un nom plus original comme Calandra ?
– C'est plus original, ça ?
– Mais depuis quand vous n'êtes pas allée sur Gallifrey, ma parole ? Calandra est un prénom grec, donc terrien, donc peu utilisé sur Gallifrey, donc o-ri-gi-nal.
– Vous êtes drôle, aujourd'hui, Missy. Quand est-ce que j'aurais eu le temps de faire un voyage d'agrément sur Gallifrey, moi ?
Son ancienne ennemie roula des yeux.
– Vous ne répondez à aucune de mes questions sur les prénoms possibles du bébé, se plaignit-elle en glissant son bras sous le sien.
Elles se dirigèrent vers le bateau, et alors, le Docteur répondit :
– Concentrez-vous sur les prénoms de fille.
– Pourquoi les prénoms de fille, principalement ?
– Juste une intuition, sourit Dottie.
– C'est pas un moteur, ça ressemble plutôt à une batterie ! Une batterie solaire, réalisa Ryan.
– Vous voyez, Missy ? murmura Dottie, alors que les deux Dames du Temps se tenaient un peu en retrait. Ils sont brillants. Il faut juste les laisser faire.
La rousse se mordit la lèvre inférieure. Pour l'instant, ils s'en sortaient. Pour l'instant ils montraient qu'ils pouvaient faire preuve d'intelligence, mais comment s'en sortiraient-ils pour le reste ? Comment feraient-ils pour se protéger des autres dangers de la planète ? Pour l'instant, ce n'était qu'une simple déduction. Mais elle devait bien reconnaître quelque chose.
– Je veux bien reconnaître que ce ne sont pas de simples idiots.
– Vous progressez, sourit la blonde, s'avançant pour être vue des deux Humains.
– Hé, Yaz. Couvres-toi. On se balade sur une autre planète, sourit Ryan.
– Oui, j'crois, répondit-elle avec le même sourire.
Missy les fixa un instant puis leva les yeux au ciel.
– C'est carrément incompréhensible. Seules formes de vie : nous et les microbes dans l'eau. Aucun habitant. Aucun animal. Aucun insecte. Rien. Rien de rien. Et pourtant il a bien parlé d'anciens colons. Qu'est-ce qui s'est passé ici ?
– On s'en fiche, râla Epzo.
– Et moi, je me fiche de vos réflexions, lui rétorqua Missy agacée.
– Le prenez pas mal. Il est désagréable avec tout le monde.
– Ouais, j'ai besoin de personne.
– On a tous besoin des autres, mon pote, lança Graham.
– Même les monstres ont besoin de quelqu'un. Même les monstres ont besoin d'aimer et de pouvoir faire confiance, murmura Missy songeant à Lucy.
Sa douce Lucy. Elle avait eu besoin d'elle. Elle s'était sentie si seule. Elle avait besoin de sentir cette confiance et cette affection. Mais elle songeait également au Docteur. Le Docteur dont elle avait toujours eu besoin.
Elle remarqua alors que les regards s'étaient portés sur elle.
– Je suis démoniaque, alors arrêtez de me fixer comme ça, sinon il va vous arriver des bricoles, menaça-t-elle.
– Missy ! Qu'est-ce que je vous ai dit ?
– Que vous aviez l'intuition qu'on aurait une fille.
– Non. Enfin oui. Mais avant ça ?
– Vous en dîtes tellement, des choses…
– Je vous ai dit de ne pas menacer les gens.
– Oh, c'est vrai. Désolée.
Mais les trois terriens regardaient seulement le Docteur inquiet par la démoniaque révélation.
– Elle est plus démoniaque, maintenant. Elle a juste de vieux réflexes, assura-t-elle.
Angstrom porta la main à son cou en repensant aux « vieux réflexes » de la Dame du Temps rousse. Et elle se dit qu'elle avait effectivement eu de la chance si elle se qualifiait elle-même de monstre.
– Vraiment désolée pour ça, fit cette dernière, ayant suivi les pensées de la pilote.
Celle-ci sourit et regarda à nouveau vers l'horizon, vérifiant qu'ils ne se dirigeaient pas vers le mauvais endroit.
– On est toujours seul, reprit Epzo. On vient au monde seul. On meurt seul. Et entre les deux, on vit et on se débrouille seul.
Missy sentit le froid se répandre dans tout son être. Elle avait presque toujours été seule. Mais elle ne l'était plus, n'est-ce pas ? Maintenant, elle avait le Docteur et leur enfant – fille ? – à naître. Elle sourit en sentant la main de Dottie glisser dans la sienne.
– Vous êtes comme ça depuis que vous êtes né ou vous l'êtes devenu ? demanda Graham, impassible.
– Quand j'avais quatre ans, ma mère m'a fait grimper à un arbre. Elle m'a poussé à grimper le plus haut possible. Elle m'a dit : « J'suis là, n'ai pas peur. Saute dans mes bras. Allez, vas-y, je suis ta maman, j'vais te rattraper, fiston. » Alors j'ai obéi. Et ma mère s'est écartée.
– Quoi ? demanda Graham, dans l'espoir d'avoir mal entendu.
– Finalement, on a eu une assez bonne enfance, murmura Missy à la mère de son enfant.
Bien sûr, cette dernière ne pouvait qu'hocher vigoureusement la tête.
– Oh, mon Dieu. Votre propre mère ? fit Yaz, horrifiée.
– J'me suis fracassé au sol. J'me suis pété ce bras, cassé cette cheville. Elle s'est penchée sur moi et elle m'a dit : « Retiens la leçon. Dans la vie, faut jamais se fier aux autres, mon grand. »
– C'est tordu comme idée.
– Elle m'a rendu un fier service. J'adorais ma mère.
– Une femme géniale, apparemment, lança Graham, sarcastique.
– Mmmh… C'est exactement ce que j'allais dire, sourit Missy.
– Votre mère avait tort. On est plus fort ensemble, lui assura le Docteur avec fermeté.
Sa main caressa celle de Missy.
– Votre pote s'est assoupi, lança l'ancien conducteur de bus à la pilote, alors que les regards se portaient sur un Epzo endormi. Il est enfin plus détendu.
– Oh oui… Il peut dormir n'importe où. Il est connu pour ça.
– Combien est-ce qu'il y a d'étapes dans ce rallye ?
– Cette fois, deux cent neuf terrains différents et quatre-vingt-quatorze planètes. On commence avec rien et pour progresser, on fait du troc.
Le Docteur sentit sa mâchoire se serrer fortement.
– Et ça vaut le coup ? demanda-t-elle.
– Pour assurer la sécurité de toute ma famille ? Oui, sourit Angstrom. Sur Albar, on procède à des épurations sanglantes. La moitié de ma famille vit dans la clandestinité… les autres sont en fuite. C'est mon unique chance… de pouvoir nous réunir.
– Vous les avez quittés pour ce rallye ? demanda l'agent de police.
– J'ai quitté ma famille pour essayer de sauver ma famille, répondit Angstrom, les larmes aux yeux, la voix tremblante. C'est eux qui me l'ont demandé. Et si je gagne… je les retrouverai. Je les sauverai.
– Je comprends, murmura Missy.
– Vraiment ? s'enquit Dottie.
– Oui, c'était il y a longtemps, bien sûr, au tout début de la Guerre du Temps, vous vous souvenez ?
La blonde ouvrit la bouche. Oui, elle se souvenait. Cela datait de l'époque où Koschei n'avait pas encore perdu sa femme et sa fille. Il lui avait confié vouloir s'engager dans la Guerre du Temps. Il voulait protéger sa famille. Il s'était dit que peut-être c'était la meilleure chose à faire : aller se battre contre les Daleks. Et le Docteur l'avait supplié, avait essayé de lui faire entendre raison. C'était trop risqué, trop dangereux. Il lui avait rappelé Iryia qui n'aurait jamais pu se remettre de la mort de son époux. Il lui avait rappelé que sa fille avait besoin de lui. Et finalement, Koschei n'y était pas allé… Pas cette fois, en tous cas.
Dottie déglutit. Elle n'aimait pas se souvenir. Elle se colla un peu plus contre son amie d'enfance, rassurée de se dire qu'elle était toujours auprès d'elle, malgré tous les siècles qui étaient passés.
– Qu'est-ce que c'est la Guerre du Temps ? demanda Ryan avec ce qu'il espérait être de la douceur.
Le Docteur ne répondit pas. Elle ne voulait pas répondre, c'était trop dur. Alors Missy répondit :
– C'est… la guerre la plus terrible de toutes. Une guerre qui transcende les galaxies et les époques. Une guerre qui a pour champ de bataille l'Univers entier et qui se déroule de tout temps. Les deux espèces qui étaient engagées dans cette guerre maîtrisaient le voyage dans le temps, alors…
– Alors je suppose qu'ils se sont tous bien amusés à aller partout et tout le temps ? comprit Graham, mal à l'aise.
– C'est à peu près ça. C'était une guerre entre les Seigneurs du Temps, notre peuple, et les Daleks.
– Les Daleks ?
Angstrom releva la tête à la mention des Daleks. Elle connaissait les Daleks… Elle connaissait la légende.
– Sans doute la créature la plus ignoble de tout l'Univers, commença la pilote. D'après nos mythes, ces créatures cherchaient à anéantir toute forme de vie dans l'Univers. Ils voulaient anéantir tout ce qui n'était pas comme eux parce que les autres étaient faibles, sales, impurs. Ils ont fini par disparaître du jour au lendemain de l'Univers, si bien que par chez nous, on en vient à se demander s'ils ont un jour réellement existé, si ce n'était pas une histoire pour effrayer les enfants.
– Ce n'est pas une légende, rétorqua Missy avec froideur. Les Daleks ont disparu lorsque la Guerre du Temps a cessé. Enfin, disparu… Ils sont toujours là, quelque part. Ils trouvent toujours le moyen de revenir… soupira-t-elle.
– C'est donc une sorte d'alien psychopathe ? demanda Ryan.
– Non, un Dalek c'est bien plus que ça. Un Dalek, c'est l'ultime purificateur racial… C'est le mal à l'état le plus pur qui soit. Des guerriers qu'on a programmé dans un seul but : exterminer. Tout ce qui n'est pas Dalek est dangereux parce qu'ils peuvent se retourner contre eux. Tout ce qui n'est pas Dalek est le mal. Et le mal doit être éradiqué.
Les nouveaux compagnons baissèrent la tête. Ils s'en voulaient de les ramener à de tels souvenirs.
– Donc votre espèce a gagné cette guerre puisqu'elle est finie et qu'il n'y a presque plus de Daleks ?
– Ce n'est pas exactement comme ça que ça s'est passé… grimaça Missy.
– Et vous avez quitté votre famille pour aller combattre dans cette guerre ? demanda Angstrom.
– J'ai voulu le faire, mais… tout le monde m'en a dissuadé. Apparemment, ils avaient tous besoin de moi. Mais je me dis, parfois, que je n'ai peut-être pas pris la bonne décision. Parce que ma femme et ma fille sont mortes pendant cette guerre. Et il m'arrive de me dire… que peut-être… si j'étais allé au combat à l'époque… J'aurais pu détruire ceux qui leur ont fait ça…
Elle sentit sa main s'humidifier. Les larmes coulaient sur son visage et venaient s'écraser sur ses mains, enlacées dans celles de son amie d'enfance. Combien de fois avait-elle eu la possibilité de les sauver ? Combien ? En partant au front ce jour-là et en restant près d'elles le jour de leur mort. Elle aurait dû être avec elles… Elle aurait dû pouvoir faire quelque chose…
Le silence était total dans le bateau. Personne ne semblait vouloir briser le silence. Jusqu'à ce que Yaz pose une question :
– Et vous, Docteur ? Votre famille est aussi morte pendant la Guerre du Temps ?
Elle hocha positivement la tête, la gorge nouée, incapable de parler. Elle ne voulait pas parler. Elle voulait juste oublier. Pourquoi ne pouvait-elle pas oublier ? Pourquoi personne ne lui en laissait le droit ? Tout était déjà suffisamment douloureux. Même si elle avait pu faire son deuil avec le temps, elle détestait devoir parler de la Guerre du Temps.
– Vous m'faîtes regretter ma famille, toutes les trois. C'est un véritable exploit. Mon père me rend carrément dingue et ma sœur me pousse à déménager pour récupérer ma chambre. Et j'les ai vus hier, murmura Yaz, les yeux brillants.
– Ne tenez pas les gens que vous aimez pour acquis, lui conseilla Angstrom.
Missy leva la tête et regarda le Docteur. Elle était toujours tendue, les yeux toujours dans le vague. Elle pressait fortement sa main. Mais elle s'était comme emmurée dans un silence, dans ses souvenirs. C'était assez étrange. La Guerre du Temps avait toujours été un évènement terrible pour elles deux, mais c'était la première fois que le Docteur refusait d'en parler. Et pourtant tous ses compagnons avaient su. La rousse se sentait un peu déçue de sentir cette incarnation plus renfermée. Même l'Écossais grisonnant qui supportait à peine d'être touché et qui intériorisait tout était plus ouvert pour parler de ses émotions, pour parler de la Guerre du Temps et des Daleks. Cela lui semblait d'autant plus étrange que Dottie leur avait parlé de sa famille disparue.
« Docteur ? Ça va ? »
La Dame du Temps blonde resta sourde à l'appel de son amie d'enfance. Elle ne releva pas la tête, elle ne répondit pas. Elle restait le regard fixe, peut-être même cherchant à ignorer Missy.
– Vous avez tous l'air… épuisés, remarqua la pilote.
– Vous devez vous reposer. J'vous réveillerai à l'arrivée, leur assura le Docteur.
Les trois Humains bâillèrent et fermèrent les yeux dans le but de se reposer un peu avant la reprise de la marche.
– Vous reparlez ? ironisa Missy.
Elle regretta immédiatement de se montrer si sarcastique alors que le Docteur se sentait si mal.
– Vous savez ? Je crois qu'un prénom terrien pour notre fille serait très original, répondit la blonde, ignorant la remarque de son amie, elle-même détectant sa culpabilité. Après tout, j'ai toujours été considéré comme un original sur Gallifrey.
– Comment pouvez-vous être si sûre que ce sera une fille ?
Le Docteur prit un air et un sourire mystérieux, alors que la mère de son enfant plissait les yeux, cherchant à percer ses secrets.
Alors, alors ? Comment avez-vous trouvé ce nouveau chapitre ?
Personnellement, je trouve que cet épisode n'est pas le meilleur que j'ai écrit, mais dans le chapitre suivant, j'ammène d'autres modifications et plus j'avance dans les épisodes, plus je modifie par rapport à l'intrigue originale, donc ne lâchez pas ;)
Laissez-moi une review si vous voulez la suite ^^
Si vous voulez savoir où j'en suis, je peux vous répondre que je suis sur le point de commencer le dernier épisode de cette saison (mais c'est si difficile parce que je le trouve si ennuyeux). Mais ça fait déjà trente chapitres à lire avant de vous retrouver à cet épisode (oui parce que je rajoute des scènes inter-épisode du coup en plus de les couper en deux).
Bonne soirée ! ^^
