Bonjour, bonjour !
Voici un nouveau chapitre excessivement long parce que j'ai décidé de diviser en deux les épisodes réécris ^^
Je remercie ma sœur Zelena Rose Carter d'avoir corrigé ce chapitre cette fois donc ça ne devrait pas être aussi éprouvant à lire que le précédent ;)
DISCLAMER : Cet univers et ses personnages ne m'appartiennent pas... malheureusement ^^
Bonne lecture ! ^^
– Chapitre 12 – « Le Monument Fantôme », Partie 2
Ils étaient sortis du bateau. Et maintenant, ils se dirigeaient vers des ruines.
« Quelle merveilleuse planète… » soupira intérieurement Missy.
– Non, mais tu t'es vu, Epzo ? se moqua Angstrom. Tu aimes ce cigare bien plus que tu n'as jamais aimé qui que ce soit, lui reprocha-t-elle.
– Tu sais à quel point ces cigares sont rares et donc hors de prix ? lui répondit-il. Un Altusien met la moitié de sa vie à en faire un seul. Assemblage des feuilles. Roulage. Puis stockage pendant des années. Puis ensuite, et c'est le meilleur, l'auto-allumage du cigare. Un petit claquement de doigts… et il s'allume tout seul, sourit-il. Tu veux le sentir ? demanda-t-il en le tendant à sa concurrente. Il a l'odeur de la victoire.
– C'est mauvais pour la santé, lui répondit-elle.
– Ah bon ? les interrompit Missy, curieuse.
Après tout, elle n'avait jamais mis ces choses dans sa bouche, même lorsqu'elle avait été un Humain. Elle n'avait jamais eu confiance en toute cette fumée. Elle qui passait tellement de temps à incendier des planètes entières pour admirer les volutes de fumée, savait justement à quel point c'était mauvais signe. Alors elle l'avait assimilé à la fumée des cigares, cigarettes ou encore les pipes. Mais elle n'avait jamais vraiment prêté attention aux risques réels.
– Sans blague ? Vous savez pas que fumer tue ? Mais vous vivez où ? Sur une autre planète ? demanda Graham avant de réaliser qu'il s'était montré vraiment idiot. Oui, vous êtes des extraterrestres, vous vivez forcément sur une autre planète, marmonna-t-il.
La Dame du Temps rousse hésita entre l'idée de rire de la maladresse du vieil homme ou bien se vexer qu'il se moque d'elle et de ses connaissances alors elle se contenta de froncer les sourcils. Heureusement, le Docteur répondit à sa place.
– En fait, on voyage. On vit pas vraiment sur une planète en particulier. On vit dans mon vaisseau spatial et on fait régulièrement des séjours sur Terre.
– Oui, c'est sa planète préférée, soupira Missy.
– Ah oui ? Pourquoi ? demanda Yaz, intriguée, un grand sourire aux lèvres.
La blonde haussa les épaules et sourit.
– Je sais pas trop. C'est une merveilleuse planète et j'admire beaucoup les Humains. Vous êtes des créatures brillantes, courageuses et vraiment fascinantes, répondit-elle en regardant les Humains.
– Si vous le dîtes, murmura la rousse en levant les yeux au ciel devant tant de compliments.
« Vous avez surtout une mère humaine, Docteur, » ajouta-t-elle en stoppant sa marche avec le reste du groupe alors qu'ils arrivaient devant des ruines.
– Impressionnantes ces ruines, sourit Dottie en ignorant la remarque de Missy. Je me demande à quoi ça servait.
– On s'en fiche, lança Epzo.
– Où sont passés les habitants ? Pourquoi est-ce qu'il n'y a pas le moindre signe de vie ? Qu'est-ce qui leur est arrivé ?
– Adieu ! répondit simplement Epzo en courant vers le chemin à la droite du groupe.
– Bonne chance ! sourit Angstrom en partant du côté opposé.
– T'as déjà perdu, Angstrom !
– On les laisse partir ? s'enquit Graham.
Le Docteur scanna les ruines.
– Ils doivent bien gagner cette course, lui répondit Missy avec indifférence.
– Mais on sait pas quoi faire ni où aller.
– Les relevés sont discordants et j'arrive pas à comprendre pourquoi. Bon, tout d'abord, on doit traverser ces ruines.
– Non ? Moi qui croyais qu'on devait refaire tout le chemin en sens inverse.
– Missy, vous ne voulez pas profiter au lieu de vous plaindre ?
– Profiter de quoi ? Nous sommes sur une planète hostile dans des ruines, perdus, et nous devons encore retrouver le TARDIS. Et le plus important, j'ai toujours du sable dans les cheveux et ça gratte, le sable dans les cheveux.
– Mais on voyage, on est sur une planète inconnue. Il y a des ruines donc il y a eu une vie. S'il y a eu une vie, cela soulève toutes sortes de questions. Comme qu'est-ce qu'il s'est passé ? Faîtes un peu appel à votre curiosité, Missy, s'il vous plaît. Je sais que vous en avez une très développée. Quand on était jeunes, on voulait voyager, et c'est ce qu'on est en train de faire.
– Oui, mais je voyais ça de manière un peu plus contrôlée et surtout, j'espérais pouvoir me reposer un peu avec ce bébé qui gigote beaucoup à l'intérieur de moi. D'ailleurs, je commence à me demander si c'est pas à cause de vous.
– À cause de moi ?
– Oui, à cause de vous. Vous passez votre temps à bouger dans tous les sens et je crois bien que notre fille a hérité ça de vous. La prochaine année sera un calvaire.
– La prochaine année ? les interrompit Yaz.
– Vu le stade où vous en êtes, il doit vous rester que cinq mois, non ? demanda Graham en désignant le ventre arrondi caché sous la robe.
– Vous prenez un référentiel humain, mon cher. Et je ne suis pas humaine. J'en suis à un peu plus de six mois de grossesse et il me reste un an à subir ces désagréments, car les grossesses des Dames du Temps durent dix-huit mois.
– C'est pas long ? interrogea Ryan.
– Si. Et c'est bien pour ça que lorsque je pourrai tenir ma fille dans mes bras, je me régénèrerai et Dottie portera le prochain, fit Missy avec un sourire carnassier.
La blonde en question laissa tomber son tournevis sonique, surprise par la déclaration de son amie. Elle ouvrit la bouche, cherchant à protester vivement.
– Comment ça un deuxième enfant ? Et pourquoi vous régénérer aussi vite ? Et…
– Le deuxième enfant sera ma vengeance pour le premier. Et la régénération c'est parce que c'est votre seule version féminine, alors je provoquerai moi-même une régénération pour être sûre que vous soyez encore une femme, ma chère amie. Et arrêtez de poser des questions.
– Mais… Mais… Vous avez entendu ce qu'elle veut faire ? Aidez-moi, par Rassilon !
L'ancienne maîtresse du chaos grimaça en entendant le nom de ce Seigneur du Temps maudit. Elle-même jurait par lui, de temps à autre, mais elle détestait l'entendre dans la bouche de quelqu'un d'autre, en particulier celle du Docteur.
– J'trouve que c'est une bonne idée, moi, se moqua Yaz. C'est vrai, c'est pas si souvent que les deux parents peuvent porter les enfants. Un peu d'équité dans ce monde, Docteur.
– Oh, Yaz ! Je vous aime, sourit Missy.
Pendant un instant, elle songea à la prendre dans ses bras, mais laissa vite tomber cette idée. Non, ce n'était pas son genre.
– Quoi ?! Alors personne me défend ?
– Vous pourriez faire ça ? Devenir un homme sur commande ? demanda Ryan intrigué.
– Bien sûr, assura Missy.
– C'est vraiment pas mal comme mécanisme, je trouve, Doc.
– …
– Vous avez perdu votre voix ? demanda la rousse, railleuse.
La blonde ouvrit grand la bouche comme pour crier alors que tous les regards se tournaient vers elle. Mais aucun son ne sortit. Elle leva aussi les bras, les bougea de façon frénétique, toujours sans piper mot. Elle se sentait tellement désemparée. D'abord Missy qui voulait la mettre enceinte, maintenant ses compagnons d'infortune qui prenaient le parti de Missy. Mais dans quelle dimension était-elle tombée ?
– Vous ne vouliez pas que je sois plus gentille, Doc ? enchérit la mère de son enfant en appuyant sur le dernier mot d'une façon très moqueuse.
Et que pouvait bien répondre le Docteur à ça ? C'était effectivement ce qu'elle lui avait demandé, après tout…
En haut des ruines, regardant les soleils se coucher sur l'horizon, Missy avait un effroyable pressentiment. Elle sentait que quelque chose n'allait pas, ou plutôt que quelque chose n'irait pas.
– Les soleils se couchent. C'est curieux, ça va plus vite que j'pensais.
– Je m'souviens qu'Ilin, le type dans la tente, a dit de ne pas nous déplacer de nuit.
– Il faut qu'on avance. Et vite.
Ils se retournèrent tous d'un même mouvement et se retrouvèrent nez-à-nez avec des silhouettes noires, encapuchonnées tenant des armes.
– C'était ça… soupira la rousse.
Mais il y avait quelque chose de différent. Elle sentait quelque chose. Ou plutôt, elle ne sentait pas quelque chose. Elle ne sentait pas de vie à l'intérieur, pas de conscience. Ces choses n'étaient ni plus ni moins que des robots. Pas des intelligences artificielles, juste des robots vides.
– Ils étaient pas là quand on est entrés ! paniqua Graham.
– D'où ils sortent ? demanda Ryan.
– Aucune idée, murmura la blonde en s'approchant pour scanner les nouveaux venus.
– Attention, Docteur ! la pria Yaz.
– Qui a dit qu'il y avait pas de vie sur cette planète ?
– Il n'y en a pas.
– Missy a raison. Des robots vigiles. Qui a besoin de robots pour garder un désert ? Et comment vous le saviez, Missy ?
– Je suis plus attentive que vous.
La rousse fit un pas, prudemment, pour se placer à côté du Docteur sans éveiller l'attention des robots, si l'on pouvait parler d'attention les concernant.
– J'ai une bonne nouvelle. Ils sont pas complètement actifs. Alors voilà ce qu'on va faire : très, très lentement, sans aucun signe d'agressivité, on va reculer et sortir d'ici.
Mais alors que le petit groupe se dirigeait vers les escaliers, les robots se mirent à bouger et à tirer.
– Je crois que quelqu'un les a activés, fit Missy en se mettant en tête du groupe, sa main agrippant instinctivement celle du Docteur pour la tirer loin de la menace.
– Oui, merci, j'ai vu ! Courez !
Une fois un mur dépassé, Missy remarqua avec horreur qu'il y avait encore des robots prêts à leur tirer dessus.
– C'est pas vrai ! Y en a partout !
– Des zig-zag ! Courez en zig-zag ! Ils prédisent notre trajectoire !
Écoutant les conseils du Docteur, Missy se mit à zigzaguer, sentant quelques tirs la frôler au passage. C'était quelque chose de chaud. Sans doute des lasers.
– C'est pas un voyage, ça ! C'est une tentative de meurtre à mon encontre ! lui lança Missy avec colère.
– Seulement… à votre… encontre ?! cria Yaz.
La rousse manqua de glisser en évitant de justesse les lasers. Était-ce juste une impression ou maintenant que son ventre gonflait, elle était moins agile ? Oh, le bébé ! Elle posa une main protectrice sur son ventre comme si cela pouvait tout changer. Mais elle savait que c'était vain. Elle savait que peu importait sa main sur son ventre, si un projectile la touchait, il toucherait également leur fille.
Un énième projectile passa près d'elle, cette fois touchant une colonne juste à côté. Elle sentit juste une douleur s'abattre sur son crâne et…
« Missy ! »
– On a débarqué en plein milieu de leur champ de tir.
– Le champ de tir de qui ? maugréa Missy, les yeux toujours fermés.
Elle examina le sol sous son corps grâce à ses mains. Du sable. Juste du sable. Et un tas de sable surélevait son buste. Oh, elle était toujours sur cette maudite planète !
Elle sentit une douce main prendre la sienne et prendre ses pouls.
– Vous pouvez ouvrir les yeux ? demanda la douce voix du Docteur.
– Vous pouvez me dire pourquoi je suis toujours sur cette planète et pourquoi vous n'avez pas eu le temps de me ramener au TARDIS pendant que je dormais ?
– Parce que vous êtes restée inconsciente seulement quelques minutes.
À contrecœur, Missy ouvrit les yeux. Elle avait encore plus mal à la tête, maintenant. Sa vision était légèrement floue avant de redevenir plus nette. La première chose qu'elle vit fut le visage soulagé de son amie d'enfance.
– Comment ça s'est fini avec les robots ?
– On s'est cachés.
– Quelle stratégie…
– Hé ! Vous n'avez pas le droit de critiquer alors que c'est vous qui n'avez pas su esquiver une pierre. En parlant de ça, vous allez bien, au cas où ça vous intéresserait.
– Non, ça ne m'intéresse pas. Le bébé ? Il va bien, il n'a pas été trop secoué par la course poursuite ?
– Calandra va bien. Elle s'accroche.
– Calandra ?
– C'est pas vous qui aviez proposé le prénom ?
– Si, mais on pourrait peut-être en discuter avant de la nommer déjà comme ça, non ?
Dottie sourit et étreignit longuement la mère de son enfant. Elle avait paniqué en la voyant tomber à terre. Et cela la renvoyait à sa culpabilité. Elle culpabilisait de la mettre en danger ainsi. Elle culpabilisait de mettre leur enfant en danger. Cette fois, ce n'était pourtant pas sa faute s'ils se retrouvaient en danger. Mais elle devait faire plus attention à Missy et à la vie qui grandissait en elle.
– Vous n'êtes pas en train de détourner mon attention pour ne pas avoir à justifier le choix d'un prénom terrien, par hasard ?
– Quoi ? Moi ? Pourquoi je ferais ça ? C'est vous qui aviez proposé un prénom terrien.
– Oui, mais j'espérais secrètement qu'on garde un prénom gallifreyen traditionnel. Chacun de nos enfants et de vos petits-enfants avaient des prénoms gallifreyens traditionnels.
– Mais ils avaient aussi des prénoms terriens traditionnels. Rappelez-vous de Susan, de John et de Gillian. Et même nous, nous avons des prénoms terriens si besoin est.
– Très bien, nous l'appellerons « Diannitherivollo » et sur Terre elle sera surnommée « Diane », comme la déesse romaine de la chasse et de la lune.
– Même si j'aime bien la référence à la lune, je n'aime pas celle de la chasse. Vous savez que j'ai toujours été contre la chasse et le port d'armes.
Elles s'affrontèrent du regard. Missy portait toujours une arme sur elle. Et le Docteur était au courant. Alors pourquoi la laissait-elle porter une arme, elle qui s'acharnait à la faire changer ? Et comment ferait leur fille pour se protéger si elle ne connaissait aucune technique de combat, si elle ne portait pas d'armes ? Le Docteur elle-même utilisait des prises de combat au besoin, notamment de l'aïkido vénusien.
– Au moins une petite arme blanche pour que notre fille puisse se défendre, répondit Missy en songeant à celle qu'elle portait sur elle.
Un fin poignard qu'elle avait acquis lors d'un voyage dans le temps où elle avait été mariée à Henry VIII. Très mauvaise journée. Elle avait « accidentellement » essayé de le tuer et immédiatement, son mari l'avait condamnée à mort. Décapitation. Et elle appréciait avoir sa tête sur ses épaules. Ou bien ne pas avoir eu de tête du tout dès le départ.
– À ma prochaine régénération, je pourrais peut-être essayer sans tête, murmura-t-elle plus pour elle-même que pour les autres personnes présentes qui la dévisageaient comme si une deuxième tête venait justement de lui pousser.
– Qu…
Mais l'ancienne maîtresse du chaos empoigna Dottie par le col et déposa un baiser sur ses lèvres.
– On rediscutera plus tard de la question du port d'armes, assura-t-elle en s'appuyant sur son amie d'enfance pour se relever, la laissant sonnée, toujours accroupie par terre.
– Mais y a rien à discuter ! Je m'oppose à ce que vous appreniez à notre fille à se servir d'une arme quelle qu'elle soit !
– On en discutera après, je vous dis. Pour l'instant, on doit trouver un moyen de se sortir de là.
– Vous vous fichez de moi ?
– Non, et vous ?
– Pas d'armes ! répéta le Docteur avec autorité. Ni pour notre fille… poursuivit-elle en se levant, ayant remarqué que Ryan était en train de ramasser l'arme d'un robot sniper. Ni pour vous, Ryan ! ajouta-t-elle en se plaçant devant lui.
– Ça commence à bien faire ! Il faut que ça cesse !
– Vous faîtes quoi, là ?
– Je riposte !
– J'avais bien compris. Mais c'est hors de question. Vous m'avez entendue ? Pas d'armes.
– Ils nous tirent dessus ! protesta l'étudiant.
– Je sais ! assura le Docteur.
– Ils vont tous nous tuer !
– Il a pas tort, Doc, soutint Graham.
– Vous avez l'air très zen pour quelqu'un qui sait qu'on risque de tous mourir, fit remarquer Missy à la mère de son enfant, les bras croisés.
Comme d'habitude, le Docteur l'ignora.
– Posez cette arme, Ryan !
– Vous avez une meilleure idée ? la défia-t-il.
– Utiliser son cerveau.
– Pour se battre contre une machine ? interrogea l'ancien chauffeur de bus, sceptique.
– J'ai fait ça toute ma vie, répondit le Docteur.
– Han, han… Désolé… Call Of Duty, m'dame, sourit Ryan, sûr de lui. J'me suis entraîné.
Il sortit en courant.
– Call Of Duty ? C'est quoi ce truc ? demanda Missy, les sourcils froncés.
– Un jeu vidéo de guerre ou un truc comme ça, lui apprit Yaz en haussant les épaules. On va le laisser seul contre autant de robots ?
– J'vais voir où il en est, soupira l'ancienne maîtresse du chaos en sortant brièvement.
Elle rentra presque immédiatement après avoir entendu un Ryan hurlant : « On bute tous les extraterrestres ! »
– Vous n'allez plus le voir ? s'inquiéta l'agent de police.
– Noooon ! Il saura se débrouiller seul, lui assura la Dame du Temps sous le regard perçant de son ancienne ennemie.
Moins d'une seconde plus tard, Ryan rentra en trombe par le trou duquel il était sorti, glissant sur le sol, continuant de crier.
– Alors, c'est pire ? demanda le Docteur avec colère, comme si elle connaissait déjà la réponse.
– Un petit peu, oui, avoua le jeune homme.
– Voilà pourquoi je hais les armes !
– N'en rajoutez pas !
– J'ai pas fini d'en parler, Ryan Sinclair !
Et ils étaient maintenant tous entourés par les robots qu'ils avaient essayé de fuir.
– Ils sont là ! Cachez-vous derrière les piliers ! ordonna Dottie.
– Vous leur avez signalé notre position ! Ils ont vu vers où vous couriez, espèce d'idiot ! s'agaça Missy.
– Vous aussi, vous utilisez des armes, non ? lui reprocha Ryan.
– Mais moi, je réfléchis avant d'agir. Chaque geste, chaque technique, chaque mort… Tout est pensé avant d'être exécuté !
– On est encerclés, Docteur ! cria Yaz en se mettant derrière un pilier avec Ryan, tandis que Graham et Missy se mettaient chacun derrière une cible.
– Merci, j'ai vu ! répondit-elle.
– Vous ne savez répondre que ça ? s'agaça la rousse. AAAH !
Elle se baissa dans le but de limiter les dégâts dus aux attaques.
– Faut en tirer une leçon ! La réponse était là, devant vous, sur le sol, et vous avez ramassé le mauvais truc ! L'atout principal des robots, c'est… leur puissance ! Ils sont littéralement bourrés d'une énergie… AAAAAAH !
– Mettez l'appareil en route au lieu de parler, Docteur ! Vous passez votre temps à parler, ça a toujours été votre plus gros défaut ! s'énerva Missy. Ils n'ont pas besoin de comprendre, juste de rester en vie suffisamment longtemps pour pouvoir rentrer chez eux et soulager votre conscience tourmentée !
– Ce n'est pas un défaut. Les mots sont parfois bien plus puissants que tout le reste ! Donc je disais… Ah oui ! Bourrés d'une énergie super puissante !
La blonde appuya sur le bouton, libérant une vague d'énergie assommant les robots.
– Oh… Je r'connais que c'était impressionnant, lâcha Graham, bouche bée, en s'éloignant de la cible derrière laquelle il se cachait.
– Merci ! J'aime faire plaisir ! affirma le Docteur avec un grand sourire mais quelque peu essoufflée.
– Ah bon ? Alors c'est quand mon tour ? Quand est-ce que vous me faîtes plaisir à moi ?
– Vous portez mon enfant, c'est pas déjà un cadeau en soi ?
– Votre enfant est en train de faire une java d'enfer, il appuie sur un point très sensible, lui reprocha son amour de jeunesse. Je vois pas où est le cadeau alors que j'ai besoin d'aller faire quelque chose et que je ne vois aucun endroit susceptible de m'accueillir.
– Faîtes dans la nature.
– Vous avez déjà tenté de faire ça sous une incarnation féminine ? Vous êtes une femme depuis seulement quelques jours, moi depuis quelques siècles, alors je peux vous assurer que les hommes ont un sacré avantage dans ce domaine !
– Vous pourrez vous retenir jusqu'au TARDIS ?
– Vous pouvez arrêter de me secouer dans tous les sens ?
– Mais c'est pas ma faute si notre fille appuie à cet endroit-là !
– 1) C'est vous qui m'avez mise dans cet état ! De fait, ce bébé est à proximité de cette zone à cause de vous ! 2) Vu que vous êtes sa génitrice, elle tient de vous, c'est-à-dire que bouger, manquer de se faire tuer toutes les cinq minutes, ça l'amuse beaucoup et, comme vous, elle exprime sa joie en sautant dans tous les sens ! Donc elle donne des coups dans tout ce qui se trouve à sa portée !
La blonde se mordit les lèvres. Elle se souvenait qu'Arkytior lui avait fait ces mêmes reproches lors de sa première grossesse. Elle se sentit à la fois nostalgique et coupable. Missy subissait son état. Elle n'était pas agressive sans raison, elle voulait profiter de cette grossesse, mais elle était coincée sur cette planète hostile, ce qui ne pouvait en aucun cas lui faciliter les choses. Pire, elles ne s'étaient toujours pas réellement reposées, et Missy en avait besoin. Le Docteur avait bien remarqué sa lenteur alors qu'ils cherchaient à rattraper Epzo et Angstrom qui avaient déjà atteint l'embarcation. Elle aurait dû garder la mère de son enfant en sécurité, la laisser sur Terre pour retrouver le TARDIS puis revenir la chercher.
« Vous ne croyez tout de même pas que je vous aurais laissée m'abandonner sur Terre ? »
« Ç'aurait été plus prudent… »
« Pas pour les Humains autour de moi. »
« Nous aurions au moins protégé le bébé. »
« Le bébé va bien, c'est à ma vessie que je pense… »
« Je sais que vous vous êtes inquiétée quand on courait pour fuir les robots, tout à l'heure. »
« Et nous ne pouvons pas revenir en arrière, alors nous devons nous accommoder de cette situation – provisoire, je l'espère. »
« Et votre vessie ? »
« Trouvez-moi un endroit isolé. Peu importe, mais je ne tiendrai jamais jusqu'au TARDIS. Et faîtes en sorte qu'aucun de vos petits copains ne se rince l'œil. »
– Euh… Même si j'ai l'impression d'interrompre quelque chose… Vous avez fait quoi au juste ? demanda Yaz, ébahie en regardant autour d'elle les robots au sol.
– Impulsion électromagnétique. En fait, j'ai grillé leur système, expliqua le Docteur. Il nous reste cinq minutes avant qu'ils redémarrent et passent à l'attaque.
Le Docteur se tourna vers Ryan :
– Vous voyez ? Le cerveau, pas les balles.
Son ton était toujours somptueusement irrité, agacé. Elle se détourna pour reprendre la marche.
– Vous venez ? Missy, on va trouver quelque chose, ajouta-t-elle avec détermination en prenant la main de son amie.
Ils quittèrent leur refuge éphémère sans que Ryan n'ajoutât quoi que ce soit.
– Ça va mieux ? interrogea le Docteur alors que Missy sortait de derrière un mur, le visage fermé.
– Dès qu'on retrouve le TARDIS, je crée un algorithme dans son système de navigation. Il ne prendra plus en compte que les destinations qui comportent des toilettes, assura la rousse en levant un doigt menaçant vers celle qui l'avait forcée à faire ce qu'elle avait à faire dans de telles conditions.
– Vous voulez trafiquer mon TARDIS ?
La blonde sortit un petit flacon de ses poches et versa un peu de son contenu dans les mains de son amie pour lui permettre de se désinfecter avant de l'attraper par le bras pour rejoindre le petit groupe d'Humains.
– Non, je veux l'améliorer. Ne vous inquiétez pas, Dottie, ce sera aussi sûr que quand je m'occupe de réparer vos moteurs.
– Les moteurs ! réalisa la nouvelle Dame du Temps avec un grand sourire.
– Quoi ? Vous avez eu une idée brillante pour nous sortir de là ?
– Non, mais je me disais que si le TARDIS avait mal réagi quand j'ai appuyé sur le bouton, c'était peut-être parce qu'il y avait un problème avec les moteurs.
– Ah, non ! N'essayez même pas de me mettre ça sur le dos. Vous êtes simplement mauvaise pilote quand vous êtes en phase de régénération. Les moteurs étaient parfaits. C'est juste vous qui avez appuyé là où il ne fallait pas.
– Vous vous amusez bien ? sourit Graham en retirant ses lunettes de soleil, alors qu'ils se dirigeaient à nouveau vers l'intérieur du bâtiment.
– Je ne crois pas que ce terme soit très bien choisi, maugréa Missy.
Elle posa sa main gauche sur son ventre – Dottie tenant fermement sa main droite dans la sienne. Elle comprit immédiatement que c'était une volonté de sa part que de ralentir la cadence. La rousse sourit.
– Vous trouvez vraiment que je suis mauvais pilote ? demanda le Docteur, un peu préoccupée.
– Disons que pour quelqu'un qui a tout appris sur le tas et qui ne savait même pas rentrer des coordonnées au début, vous vous en sortez très bien, c'est juste… Oui, en plus, vous êtes très négligente avec votre vaisseau.
L'ancienne maîtresse du chaos tourna la tête et tendit le cou. Elle entendait des voix. Celles d'un homme et d'une femme. Peut-être étaient-ce les deux finalistes de la course ? Mais une partie d'elle la priait de se montrer prudente. Peut-être que ce n'étaient pas les pilotes. Peut-être étaient-ce d'autres formes de menace. Peu probable. Il n'y avait pas d'autres êtres vivants en dehors d'eux sur cette planète. Alors pourquoi s'inquiétait-elle autant ? Probablement parce qu'elle ne savait pas ce qui se trouvait derrière ce mur.
– Euh… On passe par où, là ? s'inquiéta Graham en voyant une intersection.
– Essayons par-là.
La Dame du Temps aux cheveux blonds lâcha la main de Missy et désigna le couloir à sa droite.
– Vous êtes sûre ? J'entends des voix, remarqua la rousse.
– Justement.
– Qu'est-ce qui s'est passé ?! s'écria Epzo en brandissant son arme sur eux.
– Depuis quand ça vous intéresse ? Vous vous fichez de tout, répondit froidement le Docteur sans même s'inquiéter de sa blessure.
– Baissez votre jouet, vous pourriez blesser quelqu'un… ou même pire, s'agaça Missy.
Le pilote baissa son arme plus par douleur que par réelle motivation.
Était-ce juste une impression ou elle n'appréciait pas que ces personnes portent des armes ? Non, ce devait être une erreur. Elle n'aimait pas qu'on pointe une arme sur elle ou sur le Docteur, et elle n'aimait qu'on les mette en danger inutilement. Oui, c'était juste de l'agacement parce que Ryan et Epzo n'étaient que des enfants stupides qui ne réfléchissaient pas avant d'agir. Oui, c'était un problème de réflexion, pas d'armes. Elle n'était pas aussi ennuyeuse que le Docteur après tout.
D'ailleurs, son amie d'enfance lui jetait un regard étrange. Elle semblait à la fois en colère, amusée et étonnée. Mais la colère n'était pas vraiment dirigée contre elle, heureusement.
La jeune femme blonde aperçut soudain l'appareil triangulaire que tenait la plus sympathique des deux finalistes.
– Oh, un navigateur, merci ! sourit Dottie en le lui prenant immédiatement des mains.
– Comment vous avez réussi à faire ça ? la questionna Angstrom.
– J'vous l'avais pas dit ? Je suis d'une intelligence stupéfiante.
Bon, le Docteur avait définitivement des problèmes d'égo surpassant même sa nature féminine. Missy en était sûre, maintenant qu'elle la voyait s'affairer sur le navigateur sans réellement prêter attention aux gens qui la suivaient à travers les couloirs.
– Merci, fit la finaliste.
– J'vous en prie, assura le Docteur, les yeux toujours fixés sur l'appareil. Ne me remerciez pas. Tous ces robots snipers sont truffés d'infos. Localisation de leur centre de contrôle et de commande. Et aussi… des plans et des cartes. Ce qui nous amène tout droit… Jusqu'ici.
Le Docteur pointa son tournevis sonique sur une trappe dont la porte ressemblait à celle d'un sas. Le mécanisme d'ouverture s'enclencha et la roue tourna sous l'effet du sonique. Elle s'approcha avec Angstrom pour finaliser l'ouverture du couvercle. Celui-ci était très sale et Missy réalisa que c'était probablement l'entrée d'un souterrain… Elle ne pouvait pas se résoudre à parler d'égouts… Cela la faisait frissonner à l'avance.
– Non. Hors de question. Je sais qu'une fois, j'ai dû me cacher dans une décharge publique, mais je n'allais vraiment pas bien. J'étais fou. Ma résurrection avait échoué. J'étais encore à moitié mort. Mais ça…
– Je veux comprendre ce qui se passe sur cette planète et les réponses sont en bas, Missy.
– Vous en êtes sûre ? demanda Graham, peu convaincu.
– Non. Vous venez ? s'enjoua Dottie en se hissant sur l'ouverture, s'apprêtant à descendre dans ce trou.
– Non, je passe en premier, la rattrapa Missy. Les femmes et les enfants d'abord, n'est-ce pas ce qu'on dit sur Terre ?
– Pourquoi ?
– Parce que je regroupe les deux catégories.
– Non, j'veux dire : pourquoi vous en premier ? demanda le Docteur.
– Parce que comme ça, si quelqu'un a la bonne idée de relever la tête en descendant, il ne sera pas juste en-dessous de moi.
– Je ne veux pas que vous descendiez en premier. Si vous glissez, personne ne pourra vous rattraper. Si vous voulez, je serais seule en-dessous de vous.
– Est-ce que j'ai vraiment le choix… ? soupira la rousse en se hissant à son tour et attrapant l'échelle.
– Vous tenez le coup, Missy ? interrogea Dottie.
L'ancienne maîtresse du chaos baissa la tête, agacée. Elle détestait cette échelle. Elle était si rugueuse. Et plus elle descendait, plus elle sentait une odeur de renfermé qui ne lui plaisait pas. Ajoutons à cela qu'il était assez difficile de se tenir fermement à cette échelle avec son ventre.
– Vous ne voulez pas me répondre ?
– Je vous déteste, vous et vos idées.
– Je ne vois pas pourquoi. Personne en dehors de moi ne peut voir sous votre robe et je peux vous assurer que c'est une vue bien plus plaisante que ce que vous pensiez, assura la blonde.
– Je n'avais pas peur de l'opinion de vos nouveaux meilleurs amis sur mon corps, je sais que j'ai toujours été très séduisant ou séduisante. Je ne voulais juste pas qu'ils se rincent l'œil. Et… Je rêve ou vous continuez de regarder sous ma robe alors même que vous êtes déjà en bas ?
– Je vérifie que vous ne faîtes aucun faux mouvement et que vous ne glissez pas.
« Glisser ? Au contraire, cette chose aurait bien besoin d'huile et d'une peinture neuve, » songea l'autre Dame du Temps en grimaçant à la sensation désagréable des barreaux sous ses mains.
– Vous êtes sûres d'être uniquement amies, toutes les deux ? interrogea Graham, suivant de près Missy.
– Je la surveille, c'est tout, lui assura Dottie avec un petit sourire en coin.
– Oui, c'est ça… maugréa la rousse en arrivant au dernier barreau de l'échelle.
Il était temps de sauter. Elle sentit deux mains se poser sur sa taille.
– Allez-y, je vous tiens.
– Alors, c'est ça ? Vous avez fini de regarder et maintenant, vous ne pouvez pas vous empêcher de me toucher ? se moqua l'ancienne maîtresse du chaos.
– Pas… pas du tout. J'essaie juste de vous aider.
Missy descendit et se retourna pour faire face à son amie d'enfance dont les joues s'étaient empourprées.
– Calmez-vous, Dottie, je n'ai pas dit que ça me déplaisait.
Elle ponctua sa déclaration par un clin d'œil amusé.
– Ces tunnels traversent la moitié de la planète. Pensez aux technologies, aux cerveaux et aux bras qu'il a fallu pour construire tout ça, s'extasia le Docteur en observant chaque paroi devant laquelle ils passaient. Puis demandez-vous : mais où sont tous ces gens ?
Missy sourit. Elle aimait voir la mère de son enfant ainsi. Elle aimait la voir l'esprit en effervescence, pensant à mille et une choses en même temps. Elle aimait la voir se questionner et élaborer des théories en tout genre. Et elle devait avouer qu'elle-même, malgré les circonstances déplaisantes, était intriguée au plus haut point par l'histoire de cette planète. Comme qui l'avait rendue si hostile et pourquoi ? Était-ce à cause de cette course ? Était-ce un phénomène antérieur ? Ilin avait affirmé que quelqu'un avait créé ces dangers intentionnellement sur cette planète. Et même s'il était intelligent, Missy le jugeait incapable d'infliger cela à une planète entière. Mais dans sa tirade, qu'avait-il fait des habitants ? Il ne les avait pas mentionnés. Étaient-ils morts dans le processus ? Étaient-ils morts avant ? Avaient-ils fui ?
Epzo gémit, l'arrachant à ses pensées, et roula des épaules dans une tentative de soulager un peu de sa douleur.
– Ça va la blessure ? continua la blonde, un peu plus inquiète que lorsqu'elle l'avait revu tout à l'heure.
C'était impressionnant comme une arme pouvait tout changer dans son comportement.
– C'est douloureux, répondit le pilote.
– J'espère que ça vous a fait changer de philosophie, répliqua la Dame du Temps, toujours froidement.
– Non.
– Vous ne voulez même pas qu'elle vous examine ? Pourtant, elle est docteur, sourit Missy.
Le Docteur en question lança un regard noir à la mère de son enfant. Elle voulait bien l'aider à rester en vie tant qu'elle était là, mais il ne fallait pas trop lui en demander non plus. Cet homme était odieux et refusait toute aide. Alors pourquoi gaspillerait-elle davantage de son énergie pour lui ? L'inquiétude s'empara alors d'elle. Depuis quand raisonnait-elle comme ça ? Depuis quand acceptait-elle ce genre de protestations ? Depuis quand était-elle dure au point de préférer laisser quelqu'un souffrir plutôt que de s'en approcher ? Non, elle ne devait pas penser à ça. Elle était le Docteur. Elle aidait des gens partout où elle passait. Mais alors d'où lui venait cette attitude distante et insensible ?
« C'est un phénomène qui est probablement dû à vos nouveaux cerveaux féminins, » entendit la blonde.
« Vous voulez dire que les femmes sont plus insensibles que les hommes ? Et moi qui avais toujours cru le contraire… »
« Je l'avais bien remarqué avec votre première incarnation qui voyaient toutes les femmes aussi fragiles que du verre, » se moqua Missy.
Le Docteur ressentit quelque chose d'effroyable. Elle se sentait indignée, honteuse. Mais ce n'était pas la faute de la mère de son enfant. Non, c'était à cause d'elle. Elle se sentait horrible. Elle se souvenait de ses paroles. Elle se souvenait de sa manière de traiter ses premières compagnes. En fait, elle les avait toutes vues comme de petites choses fragiles jusqu'à Sarah Jane qui avait pu lui prouver qu'elle était forte, courageuse et vraiment brillante. Mais elle se sentait vraiment indignée et en colère. Elle était en colère contre son propre passé parce que maintenant elle se sentait aussi visée.
C'était étrange. Elle n'avait jamais ressenti cela avant. Peut-être parce qu'elle avait toujours été un homme. Oui, c'était vraiment étrange de ressentir cela parce qu'elle ne se sentait pas vraiment… pas du tout inférieure à ses précédentes incarnations. Pour elle, rien de nouveau en dehors des désagréments habituels de la régénération et du changement surprenant. Ce n'était pas moins bien, au contraire. C'était juste différent… Et encore, elle se sentait toujours homme… Donc il ne devait pas vraiment pas y avoir de hiérarchisation. Oui, les femmes étaient bien les égales des hommes !
« Mais même si les femmes sont fortes, pourquoi suis-je plus cassante, plus insensible face à la blessure d'Epzo ? »
« Selon une étude terrienne, les femmes meurtrières sont plus froides et méticuleuses que les hommes, et ce, même s'il s'agit d'un crime passionnel. »
« Vous êtes en train de me comparer à des meurtrières ?! »
« Non, je veux dire qu'elles expriment le sentiment de colère par une froideur de façade… »
– Docteur ? l'appela Graham.
Les deux Dames du Temps, arrachées à leur conversation télépathique, stoppèrent leur marche en même temps que le reste du groupe.
– On reprendra la conversation après, la prévint Dottie avant de se diriger vers le vieil homme.
– Des traces de brûlures le long des murs, remarqua ce dernier, ignorant la remarque du Docteur quant à la conversation, contrairement aux autres personnes présentes qui fronçaient les sourcils.
– C'est pas très encourageant, n'est-ce pas ? Bon ! On continue.
Le groupe reprit brièvement sa route. Ils tombèrent presque immédiatement sur une porte sur le côté.
– Une porte verrouillée. J'adore les portes verrouillées.
Le Docteur pointa à nouveau son sonique et l'actionna pour ouvrir la porte, sans même être sûre qu'elle était réellement verrouillée. Elle utilisait vraiment son sonique tout le temps, maintenant… Pourtant, Missy se souvenait que quelques siècles auparavant, le Docteur se serait jeté sur la porte pour tenter de l'ouvrir avant d'utiliser le sonique.
– Je m'en souviens, se rappela Missy.
Elle pensait notamment à toutes les portes que le Docteur et elle forçaient lorsqu'elles étaient enfants sur Gallifrey.
– Inquiétant, n'est-ce pas ? souffla la blonde avant d'entrer dans la pièce sombre.
– « Inquiétant » et vous entrez ? Sans avoir pris la moindre précaution ? Vous êtes folle ? l'interpella Missy en la tirant en arrière.
– Le meilleur moyen de voir, c'est bien d'entrer, non ? se vexa Dottie.
– On ne voit pas l'intérieur de la pièce, vous ne saviez même pas ce qu'il y avait à l'intérieur avant de l'ouvrir. Vous ne vous demandez pas qui l'a verrouillé et pourquoi ? Non, parce que si vous entrez et qu'un monstre vient vous arracher un bras, vous faîtes comment ?
– Ne soyez pas si pessimiste, Missy.
– Euh… Je suis radicalement d'accord avec Missy, moi, lança Graham. Elle a raison, on voit même pas à l'intérieur… Comment on peut être sûr qu'on fonce pas tout droit dans la gueule du loup ?
– Voilà enfin un être humain sensé !
– Alors c'est comme ça que ça va se passer à l'avenir ? Vous vous liguerez tous les deux contre moi ? protesta vivement Dottie.
Missy ne répondit pas. Quel avenir ? Ces gens voulaient rentrer chez eux…
– Absolument, affirma l'ancien conducteur de bus sans réfléchir.
La Dame du Temps haussa un sourcil, interrogateur. Alors maintenant, il était question de rester avec elle et le Docteur ?
– Tant pis, répliqua cette dernière en entrant dans la pièce.
– Docteur ! Vous êtes inconsciente, par Ras… Vous êtes inconsciente !
Missy partit à la poursuite de la mère de son enfant, vite suivie par leurs nouveaux compagnons.
– C'est seulement maintenant que vous vous en rendez compte ? questionna la blonde en observant une table sale et des tabourets recouvert de films plastiques. Qu'est-ce qui s'est passé ici ?
De l'autre côté, Missy remarqua alors une myriade de tubes à essais vides, mais très sales. Un laboratoire. Ils étaient nécessairement dans un laboratoire. Cela n'augurait rien de bon. Parce que si un laboratoire avait été verrouillé, cela signifiait que quelque chose de dangereux y avait été créé. Et ça, elle en avait fait personnellement l'expérience avec la Rani qui était une grande fan d'expériences génétiques.
– On est dans un laboratoire…
– Y a une autre pièce plus loin, leur fit remarquer Yaz. On va voir ? ajouta-t-elle à l'adresse de Ryan.
– Ouais, répondit-il en la suivant.
– Faîtes attention, leur intima la Dame du Temps aux cheveux roux.
Pourquoi avait-elle dit cela ? Était-elle inquiète pour eux ?
« Vous êtes inquiète pour eux ? » demanda son amie d'enfance.
« Non, je préfère juste prendre des précautions pour vous éviter de culpabiliser s'il leur arrivait quelque chose, et éviter de m'attirer les foudres de Grace s'il arrivait quelque chose à son petit-fils. »
« Vous êtes inquiète, » sourit Dottie.
« Oh, la ferme ! »
La rousse envoya un regard noir à la mère de son enfant. Cette conversation était ridicule. Elle n'était pas inquiète, elle était prudente, voilà tout.
– J'veux pas rester là, intervint une Angstrom inquiète. On s'écarte du parcours. Faut se remettre en marche.
– Vous êtes entrée ici, ignorant ce qui vous attendait. Vous voulez continuer sans savoir pourquoi il faut éviter de voyager de nuit ?
– Le passé, c'est le passé… Quelle importance ? lança Epzo avec désinvolture.
– Vous n'êtes clairement pas un fan d'histoire, soupira l'ancienne maîtresse du chaos.
– C'était une planète pleine de vie, jadis, s'emporta le Docteur. Avec un écosystème, une vie organique et une population ! À un moment donné, il s'est produit une catastrophe… Vous avez beau être convaincu du contraire, vous n'êtes pas seul dans l'Univers ! Nous sommes quelques-uns à vouloir aider ceux qui ont peut-être des ennuis ! Alors soignez votre blessure, faîtes une sieste héroïque pour récupérer, et on vous réveillera quand on partira… peut-être !
Elle se sentait vraiment en colère. Elle avait rarement été aussi en colère contre une personne qu'elle essayait pourtant d'aider…
– D'accord, répondit le finaliste de la course avant de partir vers une petite pièce isolée.
Dottie sortit son tournevis sonique et tourna sur elle-même dans le but de trouver des réponses à ses questions.
– Maintenant, tu vas me faire plaisir, trouve un élément qui me permette de comprendre cette planète, murmura-t-elle à son tournevis sonique.
– Vous ne savez plus chercher manuellement ? s'agaça Missy en s'approchant des tubes à essais pour mieux observer s'il ne restait aucune substance à l'intérieur. Oui, je sais, je suis assez vieux jeux, ajouta-t-elle en voyant le regard noir de son premier amour.
Très vite, une sorte d'écran s'alluma sur le côté.
– Oui, voilà qui est mieux… Angstrom ! Passez-moi le navigateur ! ordonna-t-elle en se dirigeant vers l'écran. On synchronise et on peut visualiser tout le réseau des tunnels. Votre ami Ilin nous a déconseillé de voyager de nuit. On pourrait utiliser les tunnels pour continuer d'avancer et on éviterait le danger qu'i la surface.
– Encore mieux que ça, remarqua la finaliste du rallye en pointant le doigt sur la carte. Regardez ce qui s'affiche. C'est le site du Monument Fantôme. Grâce à ce réseau, on peut prendre un raccourci en traversant en diagonale pour éviter ces montagnes. On couvrira la distance deux fois plus vite.
Missy sentit immédiatement le soulagement l'envahir. Elle pourrait bientôt se reposer. Le TARDIS n'était plus très loin.
– Si vous partez maintenant, vous arriverez avant la Belle au Bois Dormant. Vous pourriez gagner.
Angstrom échangea un regard avec le Docteur. Puis l'image vacilla. Elle passa quelques secondes à une série d'écriture avant de revenir sur la carte des tunnels.
– C'était quoi ? s'inquiéta Graham.
– Y a quelque chose par-là ! fit le Docteur en courant vers une pièce séparée par des bâches en plastique.
– Vous savez vous déplacer sans courir ? soupira la rousse.
– Des inscriptions sur le sol.
– Vous vous fichez de moi ?
Missy se posta devant le Docteur pour l'empêcher de continuer à faire le tour des inscriptions. Elle plaça ses mains sur ses hanches. Elle était vraiment furieuse. Enfin, le Docteur reporta son attention sur elle.
– Y a un problème ? s'inquiéta la blonde.
– Vous vous souvenez que je suis enceinte ?
– Eh bien… Je l'avais gardé dans un coin de ma tête… Mais quel est le rapport avec la situation ?
– Vous agissez comme si je ne l'étais pas. Vous vous attendez à ce que je puisse être aussi rapide et agile que vous alors que ce ne sera pas le cas tant que je serais dans cet état.
– Non, c'est pas vrai !
– Alors pourquoi vous ne ralentissez pas ?
Le Docteur ouvrit la bouche mais ne dit rien. C'était vrai, elle s'était laissée emporter. Elle s'était trop concentrée sur la situation et pas assez sur Missy. Elle s'en voulait de ne pas avoir pris plus soin d'elle.
– Je suis désolée, je voulais…
– Comprendre, oui, je sais. J'aimerais bien comprendre aussi, mais il y a une chose un peu plus importante qui me motive, comme protéger notre enfant.
– Vous savez très bien que je ne ferais rien qui puisse vous mettre en danger, vous et notre fille, protesta Dottie.
– Dois-je vous faire l'affront de vous rappeler que c'est la période la plus dangereuse dans la vie d'une Dame du Temps ? Vous savez pourquoi ma famille était partisane de cette politique d'enfant unique. Et vous savez, même si vous refusez visiblement de vous en souvenir, que rien ne nous garantit que l'accouchement soit sans risque. Vous savez que c'est le seul moment où ne pouvons pas nous régénérer car cela tuerait l'enfant ! Et vous savez que le seul moyen d'éviter des complications ce jour-là est d'avoir une grossesse la plus paisible possible. Pourtant, vous me faîtes courir partout, Docteur ! Je secoue le bébé, je suis plus lente, je suis essoufflée… Je ne me suis pas encore remise de ma régénération, Docteur. La contrôler demande bien plus d'énergie que ce que vous pensez ! Croyez-moi, si je dois limiter votre insatiable curiosité pour que notre fille aille bien, je le ferai, même si je dois vous enfermer dans votre TARDIS pour ça ! Ou peut-être devrais-je regagner le mien pour plus de sérénité ?
– Vous voulez m'abandonner ? murmura Dottie, la voix rauque.
Elle sentit ses poumons se bloquer. Il n'y avait plus d'air qui passait. Missy voulait partir. Missy voulait la laisser seule, encore. Elle avait peur. Elle avait peur que Missy parte dans son TARDIS sans plus revenir. Elle avait peur que Missy n'y laisse sa vie lorsqu'elle mettrait au monde leur fille. Elle avait peur que même leur fille n'y survive pas. Et tout cela serait à cause d'elle. Elle remuait trop pour le bébé, pour la grossesse de son amie. Missy lui avait promis de rester avec elle. Elle ne pouvait pas la perdre maintenant.
– Quoi ? Non, je ne veux pas vous abandonner, Docteur. Mais je le ferai si c'est nécessaire, pour protéger notre fille. Je suis désolée…
– Non, c'est moi… Je suis vraiment désolée… Je… Je ne pensais plus à tout ça. Il y avait tellement de choses à comprendre ici et…
– Et vous aurez encore tout le loisir de les comprendre quand on sera en sécurité dans le TARDIS.
– Oui, mais je vous ai malmenée. Je cours beaucoup, tout le temps en fait, et je n'ai pas pensé à…
La voix du Docteur resta en suspens alors qu'elle réalisait qu'elle avait déjà vécu une situation similaire avec sa fille adoptive, Miranda, sur Gallifrey. Pendant la Guerre du Temps, sa fille avait accouché en pleine attaque dalek et elle n'avait pas survécu. Mais les Daleks n'avaient même pas eu le temps de l'approcher, elle était morte avant, en mettant sa petite-fille, Zezanne, au monde. C'était peu avant qu'elle vole le TARDIS et s'enfuit de Gallifrey. Zezanne n'avait survécu que quelques minutes de plus que sa mère. Et cette fois, c'était bien à cause des Daleks.
Elle se sentait terrifiée, maintenant. Elle ne pouvait pas perdre Missy. Elle ne pouvait pas perdre leur fille. Elle ne pouvait pas perdre cette seconde chance. Elle devait protéger Missy quoi qu'il en coûte.
– Docteur, je suis désolée d'avoir dû vous faire repenser à elles, murmura Missy en prenant les mains de la mère de son enfant dans les siennes.
– C'est ma faute… Je vous promets que je vais faire bien plus attention à l'avenir.
La rousse sourit alors que Dottie portait les mains de son amie d'enfance à sa bouche pour y déposer un baiser.
– Missy, dîtes-moi la vérité. Vous avez senti que quelque chose n'allait pas ?
– Je fatigue et le bébé s'agite beaucoup, admit la Dame du Temps. Je sais que je suis de mauvaise humeur et que je ne vous ai pas facilité la tâche… Mais nous n'avons aucune obligation de nous presser – sauf si nos charmants amis robotiques nous rejoignent. Nous sommes sur la bonne planète, le TARDIS ne va pas disparaître maintenant que nous sommes là. Nous avons le temps.
– Pas moi, lui rappela Angstrom.
– Je m'occuperai personnellement de mettre toute votre famille en sécurité si nous n'arrivons pas à temps, lui promit le Docteur. Vous n'aurez qu'à m'indiquer où je dois me rendre.
La finaliste réfléchit. Elle avait fait une promesse à sa famille. Et qu'est-ce qui lui garantissait que cette femme tiendrait parole ? Mais pouvait-elle infliger à celle qui l'avait aidée de choisir entre assurer sa sécurité et protéger la femme qui portait son enfant ? L'image de sa propre épouse lui revint à l'esprit.
– D'accord.
– Merci, sourit l'ancienne maîtresse du chaos. Vraiment.
Angstrom tenta un léger sourire, mais l'angoisse l'étranglait trop pour pouvoir produire un effet convaincant.
– Désolée, ajouta Missy.
– On devrait peut-être en revenir aux inscriptions sur le sol, non ?
– Oui ! approuva le Docteur, lâchant les mains de son amie avant de revenir la voir, comme pour lui demander la permission. C'est bon, n'est-ce pas ?
– Allez vous amuser, Dottie.
– On dirait des peintures rupestres, réalisa Graham après un court silence.
– Un peu, oui. Faites par ceux qui travaillaient ici, déduisit le Docteur.
– Et qu'est-ce que ça dit, au juste ?
– « Nous sommes des scientifiques… enlevés, torturés, condamnés aux travaux forcés. Nos familles sont retenues en otage. On nous oblige à trouver de nouveaux moyens de destructions : des poisons, des armes, des créatures. Nous avons mis notre génie à leur service. Et ils ont fait de nous des créateurs de mort. Cette planète est devenue aride et stérile à cause de nos travaux. L'atmosphère et l'eau sont toxiques. Robots tueurs et créatures vous guettent à tous les tournants. Nous n'avons pas d'autre choix que d'obéir… aux Stenzas… Nous tentons de détruire toute notre production pour les empêcher d'asservir les autres. » Ça se termine par deux mots… « Ils arrivent » …
Missy se sentit frissonner. Les Stenzas étaient cruels et ne faisaient pas dans la dentelle. Qu'est-ce que ces scientifiques avaient pu créer ? Une arme capable de faire exploser la planète sur laquelle ils se trouvaient ? Ils avaient déjà rencontré les robots tueurs. Relativement faciles à maîtriser avec le matériel adéquat. Mais les créatures ? Il y avait les bactéries mangeuses de chair dans l'eau. Quelque chose qui, à n'en pas douter, était dégoûtant. Elle avait déjà vu de la peau fondre et elle n'avait pas envie de retenter l'expérience avec le bébé qui l'aidait à sensibiliser son estomac. Les Stenzas n'étaient pas de grands penseurs, il était naturel qu'ils enlèvent des scientifiques pour créer de nouvelles armes. Mais si les scientifiques avaient accès aux armes et étaient si malins, alors pourquoi ne pas en profiter pour renverser les Stenzas, pour s'échapper d'ici et sauver leurs familles ? Et pourquoi tout avait été abandonné par les Stenzas ? Les robots tueurs étaient toujours dehors et visiblement les créatures devaient l'être aussi. Pourquoi être partis sans les armes ? À moins que les scientifiques aient fini par se libérer. Mais les derniers mots la dérangeaient. Ils lui inspiraient un funeste destin pour les prisonniers.
– Les Stenzas ? Comme… la créature que vous avez neutralisée à Sheffield ? questionna Graham presque avec l'espoir qu'il n'y ait aucun lien.
– Vous connaissez les Stenzas ? murmura Angstrom, la voix grave, pleine de douleur et de tristesse.
– Ma femme Grace a été mortellement blessée à cause d'eux. Elle est toujours dans un lit d'hôpital, sans qu'on puisse être sûr qu'elle pourra un jour se réveiller. Son cœur ne bat encore que grâce à Missy.
– Ils ont tué la mienne, dit-elle, essayant d'empêcher les larmes de couler. Ils ont envahi notre planète. Ils nous ont poussés à la clandestinité, ont tué des millions d'entre nous.
Missy laissa couler une larme sur sa joue. Elle ressentait avec violence la douleur et la tristesse d'Angstrom. Non seulement elle la comprenait pour l'avoir vécu, mais elle sentait autre chose en plus. Elle ne faisait pas que comprendre. Non, elle partageait toute la souffrance. Cela ne lui était plus arrivé depuis longtemps, de se laisser emporter par les pensées et les émotions des autres. En fait, elle n'avait jamais connu ça qu'avec les Seigneurs du Temps. Bien sûr, elle faisait partie d'une race télépathique et elle sentait naturellement ce que les gens pensaient et ressentaient, mais cela n'avait jamais été aussi fort.
« C'est l'empathie, Missy. Vous ressentez la même chose, toutes les deux, et votre capacité télépathique exacerbe cela, » l'informa le Docteur.
La rousse baissa la tête. Elle ne voulait pas de la douleur d'Angstrom. Elle avait suffisamment à faire avec la sienne. Elle avait suffisamment à faire avec son propre deuil pour devoir se préoccuper de celui d'une femme qu'elle ne reverrait sans doute jamais une fois qu'elle aurait franchi la ligne d'arrivée. Alors pourquoi avait-elle l'impression de tant s'accrocher à cette jeune femme ? Parce qu'Angstrom pouvait comprendre ce qu'elle ressentait ? Parce que comme elle, elle avait vu sa famille se faire tuer par des monstres ? Oh, pourquoi n'avait-elle pas tué Tzim-Sha lorsqu'elle en avait eu l'occasion ?
« Vous ne devez pas songer à vous venger. En plus, ce n'est pas à vous qu'ils ont fait du mal, mais à elle, » lui rappela son amie d'enfance.
« Oui, mais ça m'agace ! »
« Je comprends, » lui assura la blonde.
Un cri étouffé finit par rompre le silence pesant. Ils se retournèrent tous et le Docteur se dirigea au pas de course vers l'ouverture.
– Oh, vous ne vouliez plus… commença-t-elle, réalisant que Missy ne se contentait que de suivre à une allure normale, contrairement à Angstrom ou Graham.
– Courez, Docteur !
Cette dernière accéléra sa course pour se diriger vers l'endroit où Epzo était parti faire sa sieste réparatrice.
– Merci ! Epzo ?! Oh…
– Oh mon Dieu… murmura l'ancien conducteur de bus en regardant le pilote se débattre pour enlever un morceau de tissu enroulé autour de sa bouche et de son nez, probablement dans le but de l'empêcher de respirer.
La Dame du Temps scanna le morceau de tissu.
– Rien ne l'arrête, paniqua-t-elle. Missy, ne vous approchez pas.
La rousse stoppa son avancée, regardant le pilote gigoter de loin.
– Le sonique n'agit pas sur le tissu, lui rappela-t-elle.
– C'est vrai…
Angstrom se munit de son couteau et trancha dans le tissu qui lâcha instantanément Epzo.
– Docteur ! On les a déjà vus, un peu partout comme s'ils étaient en sommeil, paniqua Graham.
– Ils se réveillent la nuit… sur toute la planète. Et ils éliminent les blessés, comprit Dottie en faisant le rapprochement avec la blessure du pilote.
– C'est bizarre, murmura Missy en s'approchant de la mère de son enfant.
– Docteur, vous êtes là ! l'appela Yaz en arrivant en trombe dans la pièce. Les robots snipers nous ont retrouvés ! Ils arrivent ! la prévint-elle.
Les morceaux de tissus autour d'eux commencèrent à s'agiter. Instinctivement, le Docteur prit la main de Missy et la serra fort. Elle se posta devant elle, désireuse de la protéger. Elle ne pouvait pas la mettre plus en danger.
– Il faut qu'on sorte d'ici ! On se dépêche ! Vite, vite !
Elle tira son amie d'enfance près d'elle, le plus près possible. Elle ne voulait pas la perdre de vue ne serait-ce que pendant une seule seconde pendant la course.
– J'espère que cette fois, ça vous dérange pas de courir ?!
– On va dire que cette fois, c'est un cas d'extrême urgence !
– Je sais que c'est un peu dur, mais essayez d'aller un peu plus vite, Missy !
– Vous avez raison ! C'est un peu dur ! répondit cette dernière alors que le Docteur verrouillait une dernière porte les séparant des robots.
Missy n'aimait vraiment pas courir dans cet état-là. Et encore moins alors qu'elle sentait le sol mouillé sous ses pieds et qu'elle pouvait glisser à tout moment. Elle remonta le couloir qu'ils avaient traversé pour arriver jusqu'au laboratoire, sa main toujours dans celle du Docteur.
– Pourquoi on s'arrête ? demanda Yaz alors que tout le groupe s'arrêtait devant l'échelle qu'ils avaient descendue.
– Chut ! Écoutez ! Ils ont coupé le système de survie. Ils nous privent d'oxygène.
– Donc on a le choix entre suffoquer en bas ou remonter à la surface et se faire tuer par les draps ambulants ? soupira Missy.
– Tout compte fait, je crois que je déteste les robots, lança un Graham, cherchant toujours à reprendre son souffle.
– Il faut qu'on sorte de ces tunnels et vite, ordonna Dottie.
– Il fait nuit, lui rappela l'ancien chauffeur de bus. Missy a raison, si on remonte, on risque de se faire avoir par les draps tueurs.
– Normalement, cette échelle de secours devrait nous mener à la surface, leur apprit Angstrom, ignorant les protestations.
– Bon, Graham, on va essayer d'être pragmatique. Si on reste ici, on ne pourra pas échapper au manque d'air… commença Missy, s'appuyant sur lui.
Elle commençait déjà à manquer d'air entre la course et le plan des robots.
– Et si on remonte, on va se faire tuer, compléta le vieil homme.
– Oui, mais on devra se battre donc on aura quelques secondes, voire quelques minutes de vie supplémentaire, contredit la rousse.
– Oh, génial, ça change tout…
– Vous n'avez pas idée, sourit Dottie.
– Y a quoi dehors ? demanda Yaz.
– Les champs d'acétylène.
– Acétylène, comme le gaz ?
– Non, comme une nouvelle marque de fauteuil… À votre avis, Ryan ? s'agaça Missy.
Elle commençait vraiment à se sentir mal. Le couloir et les gens commençaient à tourner autour d'elle. Elle vacilla et Graham la rattrapa tant bien que mal alors que le Docteur s'approchait d'elle.
– On est mal barrés…
– On manque d'air et de choix, alors on grimpe, ordonna la blonde. Missy, vous en premier. Vous ne vous sentez pas bien, vous avez besoin d'air et vite.
– Non, j'veux pas que tout le monde soit en-dessous d'moi…
– Vous n'avez pas le choix. Angstrom, Yaz, aidez-la ! Moi, je dois fermer la marche.
Grimaçante, Missy attrapa un barreau et posa un pied sur un autre. Elle devait bien sortir d'ici, après tout…
– Qu'est-ce que vous trouviez bizarre, Missy ?
Cette dernière tourna la tête vers son amie d'enfance qui était en train de verrouiller les portes.
– Je trouve que les draps tueurs ne correspondent pas au style des Stenzas. Ils sont brutaux. Ces draps sont discrets, malins, sournois…
Le Docteur reprit la main de la mère de son enfant et la força à courir à nouveau pour distancer les possibles draps dehors.
– C'est vrai que vu sous cet angle…
– Ça me paraît trop sophistiqué pour les Stenzas.
– Oui, mais c'est l'œuvre des scientifiques qu'ils ont capturés.
– C'est vrai, mais les Stenzas n'auraient pas vu l'intérêt de draps tueurs. Et puis pourquoi auraient-ils abandonné toutes ces armes si précieuses ?
– Vous pensez que les scientifiques…
– Oui, ils ont peut-être réussi à se libérer seuls ?
– J'espère, sinon les Stenzas ont dû les tuer au vu des derniers mots.
– C'est quoi cette odeur ? les interrompit Yaz.
– Ça sent l'ail, non ? renifla Graham.
– Que tout le monde s'arrête ! Regardez, c'est comme si le sol bougeait, remarqua Ryan.
Missy força la mère de son enfant à s'arrêter. Elle aussi voyait le sol bouger et elle était sûre que ça n'avait aucun rapport avec le manque d'air. Non, c'était quelque chose de bien pire. Les draps tueurs glissaient le long du sol, se rapprochant d'eux, les encerclant.
– Finalement, vous n'êtes peut-être pas si inutile.
– Merci, mais je suis sérieux, Missy.
– Oui, moi aussi. Je commençais vraiment à douter de votre utilité.
« Enfin un grand festin de vie, » s'enjoua un drap volant.
– Que personne ne bouge, ordonna le Docteur.
– Évitez tout contact ! S'ils vous touchent, ils vous videront de toute vie ! les prévint Epzo.
« Oui, nous vous viderons de toute vie, » se réjouit un morceau de tissu.
– Oh, dans ce cas, ça me donne envie de venir vous faire un gros câlin, se moqua Missy.
– Vous êtes sûre de ce que vous faîtes ? s'inquiéta le Docteur.
– Non, mais il faut bien commencer quelque part…
– Ils parlent pour vous distraire. Ils ont été conçus dans le laboratoire dans ce but, les prévint la blonde.
– Oui, vraiment très subtil. En plus de la télépathie. Je suppose que vous ne savez ce qui est arrivé à vos créateurs ?
– Missy !
– Quoi ? Vous êtes la seule à avoir le droit d'assouvir votre curiosité ?
« Vous ne les sauverez pas. Vous transpirez la peur bien que vous soyez la plus forte de tous… Nous le sentons. »
– Hé ! Et moi, je suis quoi ? se vexa Missy en remarquant que « la plus forte de tous » désignait le Docteur.
– Enceinte ? proposa Yaz.
– … Certes.
– Vous voulez de la peur ? De la peur, j'en ai accumulé pendant douze vies.
« Douze vies ? Alors vous serez notre première victime. »
– Non, certainement pas. Elle n'est pas la seule à avoir accumulé les années, s'interposa Missy, paniquée.
– Mais qu'est-ce que vous faîtes ?
– Moi ? Je panique. Et vous ?
Missy sentit un morceau de tissu s'approcher d'elle.
« Mmmmh… Quel bel âge, vous avez. »
– Je vous interdis de le dire aux autres. Je suis une femme, je ne veux pas que ma vie privée soit ainsi dévoilée.
« Vous ferez un excellent repas, à n'en pas douter, avec votre… amie. »
– Oui, j'ai toujours été d'une compagnie délicieuse, paraît-il.
– Propriétés de l'acétylène ? les interrompit Dottie. Vous vous en souvenez, Ryan ?
« La vie que vous portez sera aussi très appréciée. »
– Oh… Non, vous savez, finalement, vous pouvez commencer par ces Humains. Ils sont bien plus juteux. Croyez-moi, j'en ai personnellement fait l'expérience.
– Il est plus léger que l'air ? proposa-t-il. Euh… Vous avez déjà mangé de la chair humaine ?!
– Oui. En plus de sentir l'ail, il est plus léger que l'air, exact. Autre caractéristique, réfléchissez. Il faut creuser un petit peu, allez tout le monde s'y met.
Le Docteur commença à creuser autour d'elle avec ses pieds, tout comme Missy.
– Missy, vous avez vraiment déjà mangé des vrais êtres humains ? s'inquiéta Graham.
– Je sais pas s'ils étaient vrais, mais en tout cas, ils en avaient l'air.
– À quoi vous jouez ? Vous faîtes quoi, là ?
– La ferme ! Creuse, Epzo !
« Vous dirigez votre petit groupe, mais vous avez peur pour vous et pour les autres. Vous avez toutes les deux, peur. Vous êtes celles qui ont le plus peur. »
– Oui, bien sûr… c'est normal, répondit le Docteur avec agacement.
« Peur de votre toute nouvelle enveloppe physique. Peur de votre avenir. »
Pas besoin d'un regard pour comprendre à laquelle des deux Dames du Temps s'adressait chaque phrase. Ces draps maîtrisaient la télépathie, mais elles aussi.
– Tout le monde a toujours peur. Ce qui compte, c'est ce qu'on en fait, lança Missy.
« Nous voyons au plus profond de vous, Enfant Intemporel. Nous pouvons voir ce que vous cachez, Champion, l'enfant trahi par celui qui comptait le plus au monde pour lui… et qui compte encore. »
Le Docteur releva vivement la tête, surprise. Pourquoi lui parlaient-ils de l'Enfant Intemporel ? Quelle était donc la place de ce mythe dans cette histoire ? Il n'en avait pas. Ce n'était pas logique. Et de quel champion parlaient-ils ? Comment ce dernier avait-il fait l'objet d'une trahison ? Et qui était-ce ? Missy ou bien elle ? Tout semblait si embrouillé dans sa tête.
Missy tenta de ne pas s'attarder sur la partie du Champion qui, elle le savait, la concernait. Malheureusement, elle entendait les questionnements de son amie comme s'il s'agissait des siens… Elle voulait réfléchir à cette mention de leur mythe fondateur… Oh Docteur, taisez-vous !
– Qu'est-ce que vous avez dit, là ? chercha à s'assurer cette dernière en s'adressant à ce qui n'était que des morceaux de tissus.
– L'Enfant Intemporel, murmura Missy plus pour elle-même que pour les autres mais étrangement en réponse à la blonde. Le Champion… Comment vous savez tout ça ?
« Elles ne savent pas. »
Missy fronça les sourcils. Elle se posait les mêmes questions que le Docteur sur l'Enfant Intemporel. Mais il y avait bien une chose qu'elle avait relevée et pas son amie. Oui, il y avait quelque chose que le Docteur n'avait pas su voir, n'avait pas su entendre. Pourquoi ces draps avaient-ils parlé de l'Enfant Intemporel ? Et pourquoi l'avaient-ils mentionné comme s'ils interpellaient le Docteur ?
Ils l'ont appelée « Enfant Intemporel » …
Elle se sentait mal. Elle avait un mauvais pressentiment. Elle sentait quelque chose de mauvais. Elle sentait que cela ne s'arrêterait pas là. Qu'est-ce qu'ils pouvaient bien savoir de leur histoire, de ce mythe, qu'elles-mêmes ne savaient pas ?
Ils l'ont appelée « Enfant Intemporel » …
Cette évidence était si grande qu'elle ne cessait de revenir à chaque interrogation sur le mythe fondateur des Seigneurs du Temps. Mais l'ancienne maîtresse du chaos ne voulait pas y faire face. Quelque chose venait de changer en elle sans qu'elle n'en comprenne la raison. Elle se lança alors sur une autre piste de réflexion, prenant bien soin de les dissimuler au Docteur…
Comment pouvaient-ils savoir qu'elle était le Champion de la Mort ? Non, mauvaise question : ils pouvaient lire dans leurs esprits. Plus important : le Docteur avait-elle relevé cette désignation ? À quel point devait-elle s'inquiéter ? Ses fichues serpillères comptaient-elles aller plus loin et tout révéler au Docteur ? Pitié, non. Elle ne devait jamais savoir, jamais. Ou en tous cas, pas comme ça.
– De quoi vous parlez ? Qu'est-ce que vous voyez ? s'inquiéta Dottie.
Toute l'attention de son amie était focalisée sur leurs futurs assassins. Peut-être était-ce aussi bien…
« Nous voyons ce qui est dissimulé, ce qu'on vous cache, à vous, la paria abandonnée et inconnue, et à vous, la damnée, trahie par son peuple, par celui qu'elle croyait être son Créateur. »
– Sortez de ma tête !
Cette fois le Docteur était en colère. Elle n'était plus inquiète, elle ne se posait plus de questions. Elle était furieuse.
Mais Missy ne réagissait plus. Elle savait qu'elle cachait quelque chose au Docteur, mais que lui cachait-on à elle ? Et pourquoi ? Et quel était le lien avec l'Enfant Intemporel, avec la Mort ? Tout cela n'avait aucun sens. Ils l'avaient appelée, la « damnée » … Le serait-elle à jamais ? Et trahie ? Oui, elle l'avait été, par deux fois, mais son Créateur était Rassilon, elle ne le croyait pas, c'était simplement la réalité… Ou non. D'une certaine façon, ça ne devait pas l'être… Ou leur mentaient-ils pour les distraire ? Pourtant, ils avaient su voir la vérité en elle… Pourquoi sortiraient-ils des mensonges sur leur espèce, sur le Docteur ?
– Ils ne sont pas que dans votre tête, Docteur… siffla Missy, les dents serrées. Que savez-vous ?
« Elle porte en elle la vie sans mort et elle ne le sait pas… » se moquèrent à nouveau ces maudits torchons.
– Qu'est-ce que vous voulez dire ?
« Vous nous rassasierez pour des milliers d'années à seulement vous trois… »
Ils exultaient. Ils avaient toute l'attention des deux seules personnes qui savaient quoi faire pour leur échapper.
« Des vies infinies, un repas de choix… »
Un coup de pied de son bébé détourna Missy de ses questionnements, des propos qui lui étaient tenus.
– Aucune vie n'est infinie ! cria le Docteur. Et certainement pas les vôtres !
« Elles ne savent pas… » gloussèrent-ils à nouveau. « Nous bénéficierons avant elle de ce qui attend l'âme vendue, nous pourrons enfin quitter cette planète… »
Le Docteur saisit le bras de Missy.
– Missy, ils veulent seulement nous distraire !
– Je savais qu'il y avait quelque chose de différent…
– Missy ! Propriétés de l'acétylène ?
– Infl…
– Exactement, la coupa la blonde. Et maintenant… Qu'est-ce qu'on prend après un bon repas, Graham ?
– Euh…
– Pas moi… Un membre du groupe…
Missy revint à l'instant présent. Plus tard les réflexions, pour une fois. Elle suivit le plan de son amie.
– Oui, bien sûr…réalisa Graham en attrapant le cigare attaché à la ceinture d'Epzo. Un bon gros cigare, ajouta-t-il en le lançant le plus haut possible dans les airs.
– À terre ! ordonna le Docteur alors que tous se laissaient tomber de manière parfaitement synchronisée dans le trou qu'ils avaient creusé.
Elle leva la main et claqua des doigts. L'entièreté de l'air au-dessus d'eux s'enflamma. Un vrai brasier…
Missy retint son souffle quelques secondes. La chaleur l'enveloppait toute entière. Les flammes au-dessus d'elle. Cela lui rappela désagréablement lorsque le Docteur avait fait tout exploser autour d'eux pour détruire son armée de Cybermen. Elle entendit vaguement les cris des draps tueurs alors qu'ils brûlaient en même temps que l'air.
– Troisième propriété : il est facilement inflammable… ce bon vieil acétylène, sourit Dottie. Vous voyez ? Travail d'équipe. On se bouge. Allez ! On y va !
Missy roula sur le côté et vit le Docteur se retourner et se mettre à ramper. Comment était-elle supposée sortir d'ici sans écraser son bébé dans la manœuvre ? Elle sentit alors une main s'emparer de son avant-bras pour la tirer.
– Je me souviens que vous êtes enceinte, oui, ne vous inquiétez plus pour ça. Je vais m'occuper de vous.
– Je sens que ça va être encore plus difficile que de gouverner une planète et réduire tous ses habitants en esclavage, murmura la rousse en poussant sur ses pieds pour tenter d'aller plus vite.
Les soleils se levaient, enfin. Ils ne risquaient plus d'être menacés par des morceaux de tissu dévoreurs de vie. Une menace en moins sur leur chemin. Enfin, ce qui leur restait de leur chemin, parce que la traversée pour parvenir jusqu'au site du Monument Fantôme s'achevait là. Le site était juste face à eux. Mais ce qui dérangeait le plus Missy, c'était qu'elle ne voyait qu'une tente blanche et pas de boîte bleue.
– Où est votre vaisseau ? s'inquiéta Yaz. Où est le Monument Fantôme ?
Le Docteur s'approcha de la tente, l'air désespérée.
– Il est pas là ?! J'comprends pas ! Il devrait être là ! On a fait tout ça pour rien ?!
Où était son vaisseau ? Où était sa précieuse cabine de police ? Pourquoi le TARDIS avait-il disparu ? Ils l'avaient pourtant tous vu. Alors pourquoi n'y avait-il rien ?! Elle sentit son regard s'embuer et une main glisser dans la sienne, un corps se coller contre le sien, une présence rassurante s'imposer dans son esprit.
Mais il lui manquait toujours quelque chose. Il lui manquait son TARDIS, l'une des seules constantes dans sa vie. Elle voulait pleurer. Elle sentait qu'elle allait pleurer. Elle allait devoir rompre la promesse qu'elle avait fait à ses compagnons. Elle allait devoir regarder Missy mourir sur cette planète.
« On va trouver une solution, Docteur. On va trouver un moyen de s'en sortir. »
« Je vois pas comment sans le TARDIS… »
« On va trouver. Et on va la retrouver. »
Missy caressa le dos de la mère de son enfant dans un geste de réconfort.
Le Docteur devait se raccrocher à elle. Elle en avait besoin. Elle avait besoin de la tendresse de son amie.
Angstrom dépassa alors les deux Dames du Temps, figées sur place.
– Vous êtes arrivés, déclara tristement la blonde. Juste à temps.
– Je touche au but et je vais aller chercher mon prix, se réjouit Angstrom.
Une lueur de reconnaissance brillait dans ses yeux clairs.
– Quoi ? Chercher ton prix ? répéta Epzo sans comprendre.
– Je t'ai sauvé la vie, Epzo. Tu serais mort sans moi. Et si on faisait la course jusqu'à la tente, je te coifferais au poteau. T'es une loque, mon petit pote.
– Qui avait le cigare ? Hein ? Moi. C'était le mien. Le cigare nous a tous sauvés.
– Tu sais que t'es tordant ? se moqua la pilote. Rêve pas, je perdrai pas. J'vais pas te laisser gagner à ce stade.
– Euh… J'peux faire une suggestion ? demanda le Docteur en levant la main.
– Égalité, annonça Epzo en se postant devant Ilin.
– Ex-aequo. Un duel, deux vainqueurs, fit Angstrom en posant ma main sur celle d'Epzo.
– Devant témoins, ajouta le Docteur.
– Quoi ? Non. Il n'y a jamais eu de gagnants ex-aequo dans ce rallye, protesta Ilin.
– Si, à compter d'aujourd'hui, assura la pilote.
– Non ! Étant donné que je déclarerai la course nulle et non avenue.
– Ilin, vous avez fait de nos vies un enfer. J'peux vous assurer que quoi qu'il arrive, je quitterai cette fichue planète. Si on n'obtient pas le prix pour lequel on s'est battus, j'peux vous garantir que les jours qu'il vous reste à vivre seront très douloureux, menaça le finaliste. Le message est passé ?
Ilin paraissait soudainement inquiet. Missy lui adressa un petit sourire moqueur.
– Et maintenant, vous allez couronner les vainqueurs, reprit Epzo, sans appel.
– Payez le prix, ou vous en paierez le prix, ajouta Angstrom.
– J'ai l'honneur d'annoncer une victoire à égalité. Partage à part égale, assura Ilin.
Missy haussa un sourcil, amusée.
– Vous voyez que les menaces marchent plus efficacement, murmura-t-elle au Docteur qui lui donna un regard sévère qui n'effaça en rien son sourire fier.
– Bon, sortez-nous de cet endroit, ordonna Epzo.
– Entendu.
– Eux aussi, reprit Angstrom.
– Non.
Ilin claqua des doigts et tout disparut autour d'eux, y compris les deux vainqueurs.
– Non !
Le Docteur et Missy regardèrent partout, mais il n'y avait plus rien. Ils étaient tous les cinq seuls sur la planète Désolation sans la moindre chance de s'en sortir.
– Ils sont partis, réalisa Ryan.
– On est coincés ici, c'est ça ? comprit Graham.
Le Docteur ne pouvait plus parler. Elle se contenta d'hocher positivement la tête. Elle les avait tous trahis. Elle n'avait pas su les protéger.
– Désolée, j'ai pas été à la hauteur. J'vous ai fait une promesse que j'ai pas tenue.
– Ce n'est pas de votre faute, Docteur, intervint Missy.
– Je vous ai tous emmenés ici.
– C'était un accident. La planète a changé de place. Il y avait trop de puissance avec la technologie stenza. Et le TARDIS devrait être là. Le site du Monument Fantôme est justement reconnaissable à la cabine de police bleue.
Mais cela ne rassurait pas le Docteur. Elle se sentait toujours horriblement coupable. Même si tout cela n'était qu'une suite d'accidents, elle savait au fond d'elle que tout était de sa faute et rien de ce que pourrait dire Missy ne pourrait l'aider et la rassurer.
– Vous m'avez pourtant reproché d'être sur cette planète, Missy.
– J'étais agacée parce que j'avais besoin de repos.
– Comme si vous n'en aviez plus besoin.
– Bien sûr que j'en ai besoin. Mais c'est comme ça que ça marche, Docteur. À chaque fois que vous baissez les bras, à chaque fois que vous vous laissez emporter par vos émotions, je vous aide à maintenir le cap. C'est mon rôle. Comme c'est le vôtre de réparer mes bêtises et de m'aider à comprendre.
– Missy a raison, approuva Graham. C'est pas votre faute. Vous avez passé ces derniers jours à nous sauver la vie d'absolument tout.
– Oui, et peut-être que votre vaisseau est quelque part par-là, mais caché, tenta Yaz.
– On va attendre, pas vrai ? s'enquit l'étudiant.
– Oui, on peut tant qu'on est ensemble.
– Sauf qu'on sera morts d'ici vingt-quatre heures, les coupa le Docteur faisant perdre à l'agent de police son sourire.
– Ah oui ? Selon qui ? interrogea l'ancien conducteur de bus. On est arrivés jusque-là. Qui veut baisser les bras ? Personne. Et vous non plus, Doc. Pas question, c'est pas notre genre, n'est-ce pas ?
– Non.
– Non, c'est pas que Missy qui va vous aider, assura l'agent de police.
Mais Dottie ne réagissait toujours pas. Elle se contentait d'éviter de les regarder, toujours trop mal à l'idée de perdre son TARDIS, de rompre sa promesse et de mettre la mère de son enfant en danger. Elle sentit deux mains saisir les siennes.
Puis…
Un bruit.
Un peu trop familier.
Non, elle avait dû rêver. Oui, c'était forcément son imagination. Mais le bruit se fit encore plus fort. Elle releva la tête vivement pour chercher l'origine du son.
Pitié, que ce soit son TARDIS. Ça devait l'être.
Elle se souvint des mots du Moment sous les traits de Rose, avec la merveilleuse voix de Rose… « Il apporte de l'espoir à tous ceux qui l'entendent… »
Elle se souvenait de ce que le Docteur de la Guerre lui avait alors répondu… « Oui… J'aime à penser que c'est le cas… »
De l'espoir. Oui, juste un peu d'espoir.
– Vous entendez ça ? demanda Yaz.
– Oh oui ! sourit Missy en tournant sur elle-même, cherchant le TARDIS des yeux.
– Oh pitié, pitié, faîtes que ce soit lui, murmura Dottie en sortant son tournevis sonique pour le pointer vers un point face à elle. Tout va bien ! C'est moi ! Stabilise-toi !
Elle sentait que son TARDIS avait besoin d'aide et elle pria pour que son tournevis sonique soit suffisamment puissant. Et puis le TARDIS serait rassuré, de cette façon.
La boîte de police commença à apparaître, transparente, clignotante elle était là sans l'être, à une dizaine de mètres.
– Viens voir papa… l'encouragea le Docteur avant de se corriger, les sourcils froncés : j'veux dire maman.
Elle s'avança plus près de son TARDIS.
– Approche ! J'ai vraiment besoin de toi, là, tout de suite !
Comme si le TARDIS avait entendu sa voix tremblante, il commença à devenir plus visible et finit par se stabiliser. Le Docteur avait toujours envie de pleurer, mais plus pour la même raison. Elle se sentait si soulagée à la vue de son cher TARDIS… Elle avait l'impression qu'un énorme poids venait de lui être enlevé et qu'un fil se reconnectait à son esprit.
– Oh… Mon magnifique Monument Fantôme…
Mais elle avait besoin de le sentir. De sentir ses portes en bois. De sentir sa console entre ses mains. Oui, elle en avait désespérément besoin pour être sûre qu'elle ne rêvait pas. Elle voulait être sûre de ne pas rêver. Elle se précipita pour parcourir la distance qui la séparait de son vaisseau, suivie de près par Missy.
– Salut, toi ! s'enjoua-t-elle en se plaçant devant les portes. Tu m'as manqué, chuchota-t-elle en caressant l'extérieur de la cabine pour tomber sur la plaque de métal accrochée sur le second battant de la porte.
Elle avait changé. L'écriteau n'était plus de noir sur fond blanc comme depuis plus de mille ans… Non, il était revenu à un style plus ancien qui lui rappelait de vieux souvenirs… Des lettres blanches sur fond noir…
– Oh… Tu t'es refait une beauté ?
Le Docteur leva les yeux vers le haut de la cabine de police.
– Très, très jolie, la complimenta-t-elle en souriant.
Missy admirait elle aussi la nouvelle couleur du TARDIS de son amie. C'était une magnifique teinte bleu-vert qui brillait au soleil. Mais elle vit soudain les épaules du Docteur s'affaisser.
– J'ai perdu ma clé… soupira-t-elle, contrite. Désolée…
À ce même instant, la porte s'ouvrit pour laisser la nouvelle Dame du Temps entrer. Elle sourit à nouveau. Elle allait pouvoir revoir l'intérieur de sa maison…
Non, quelque chose n'allait pas. Enfin pas pour elle, pas pour le TARDIS. C'était autre chose qui n'allait pas. C'était quelqu'un d'autre. Elle jeta un regard en arrière et vit le regard triste de Missy. Pourquoi était-elle si triste ? Pourtant, maintenant, elles étaient en sécurité maintenant, elle pourrait se reposer et récupérer sans problème. Alors pourquoi sentait-elle cette tristesse et cette douleur ?
« Je veux… J'ai aussi besoin de mon TARDIS… Je la veux auprès de moi, elle me manque… »
« Nous irons la chercher, je vous le promets ! »
– C'est une vieille cabine de police, leur fit remarquer Graham alors que le Docteur prenait la main de Missy dans le but de l'entraîner à l'intérieur.
– Vous pensez qu'on va tous tenir dedans ? demanda Ryan avec scepticisme.
– Oui !
– Tous en même temps ? s'inquiéta Yaz.
– On essaye ?
– Ok.
– Sérieux ? Vous la croyez comme ça ?
– Ben… avec les derniers jours, plus rien ne peut nous étonner, Missy.
– Vous êtes très ouverts d'esprit.
Les trois Humains offrirent chacun un grand sourire en guise de réponse et se rapprochèrent de la cabine de police.
– Oh ! Pour info, je suis partie en vitesse, c'est un peu le bazar, s'excusa la blonde.
Cette fois, elle poussa définitivement la porte et entra dans sa précieuse petite… petite ? Grande boîte. Elle sourit, s'extasiant devant la nouvelle décoration de son vaisseau.
– Tu as refait la décoration ?
La salle de contrôle était bien plus grande que la précédente. Il n'y avait plus ses rambardes remplies de bibliothèques. Où le TARDIS lui avait-elle rangé ses livres, maintenant ? Dans la bibliothèque ? Dans sa chambre ? Elle verrait bien, à un autre moment.
Elle poursuivit sa marche vers le centre de la salle, vers les commandes entourées de six piliers en cristal jaunes, orangés. Elle caressa la nouvelle console en passant et regarda un peu plus précisément les murs. Des cercles se croisant tous entre eux formaient les murs autour d'elle. L'orange, le jaune, le marron et le cuivre se battaient tous en duel… non, pas duel. Les couleurs étaient chaudes. Cela lui fit repenser à la salle de contrôle du Neuvième et Dixième Docteur. Dans un sens, elle était assez similaire, mais peut-être un peu plus sombre. Mais quelques lumières bleues et jaunes se battaient en duel sur les murs. Oui, cette fois, le duel marchait.
– J'aime beaucoup, sourit-elle en se retournant vers Missy et ses nouveaux compagnons de voyage. Ceci est mon TARDIS !
– Wow… sourit Yaz.
– Cool… murmura Ryan.
– Vous n'êtes vraiment pas contrariants, se moqua Missy. Où sont les sièges ? Votre vaisseau a oublié de se munir de sièges pour pouvoir se reposer dans la salle de commande.
Une vitre en forme hexagonale sortit alors du sol et se posa à la hauteur des hanches de Missy, comme pour l'inviter à s'y asseoir.
– Vous disiez ?
– Oh… des fauteuils incorporés, murmura la rousse en réalisant que le siège venait d'une des formes hexagonales au sol. Vous êtes très maline, ma chère, ajouta-t-elle en caressant la console du TARDIS.
– C'était une cabine de police… commença Graham.
– Ça l'est toujours, à l'extérieur, affirma Dottie.
– Je me demande comment tout ça peut tenir… dans une cabine de police.
– Ingénierie transdimensionnelle.
– C'est irréalisable, techniquement parlant, fit remarquer Yaz.
– Pour vos ingénieurs, répondit le Docteur avec un grand sourire.
Oui, uniquement pour eux. Pour les Seigneurs du Temps, c'était un jeu d'enfant.
– J'peux presser ce b…
– Non ! ordonnèrent les deux Dames du Temps d'une même voix autoritaire.
Expulsées une fois du TARDIS à cause d'un mauvais bouton, c'était déjà trop pour Missy. Elle n'avait pas besoin de recommencer le processus à cause de l'inconscience de Ryan.
– Ce vaisseau voyage dans l'espace ? questionna l'ancien chauffeur de bus.
– Dans l'espace et dans le temps.
– Sans déconner ? sourit Ryan.
– Si je vous le dis.
– C'est… complètement… incroyable.
– Vous m'aviez pas crue quand je vous ai dit que je vous ramènerais, leur rappela la blonde.
– Vous-même, vous ne pensiez pas pouvoir y arriver, lui rappela à son tour l'agent de police.
– Qui ? Moi ? Non, j'en ai jamais douté. Vous avez rêvé.
– Quelle mauvaise foi, se moqua la rousse.
Un grand sourire aux lèvres, la blonde passa à côté de Missy et déposa un baiser sur sa joue, trop excitée par tout ça. Elle était aux anges.
– À la maison ? demanda-t-elle aux trois humains.
– Vous pouvez nous ramener ? C'est vrai ?
– Non, maintenant que vous avez vu l'intérieur du vaisseau, vous repartez dehors et mourrez cette nuit sur la planète Désolation, ironisa Missy.
– Vous êtes drôle, vous, rétorqua Yaz sur le même ton.
– Ayez foi en moi, leur demanda Dottie.
Le Docteur se précipita vers les commandes. Elle retourna un sablier de sable blanc, abaissa un levier qui fit tourner un mini TARDIS en cristal et abaissa un dernier levier qui laissa tomber un petit gâteau.
– Oh… s'émerveilla-t-elle en prenant le petit gâteau.
Un second tomba immédiatement et Missy s'en empara et le croqua en s'asseyant.
– Docteur ?
– Oui ?
– On va faire un petit détour. Je veux mon TARDIS.
– Et eux ?
– Ne vous inquiétez pas, ça ne prendra que quelques minutes supplémentaires.
Alors ? Comment avez-vous trouvé ce chapitre un peu... beaucoup... long ?! ^^
Je vais essayer de poster plus régulièrement, mais je doute de pouvoir faire un chapitre par semaine, peut-être plutôt toutes les deux semaines ^^
N'hésitez pas à me laisser une review, ça me fait très plaisir ;)
Le prochain chapitre s'appelle : "Poupée russe" ^^
