Pour bien commencer la semaine et l'été, je pense me remettre à poster ici ^^

J'ai corrigé toute seule mon chapitre, je crois que je commence à faire des progrès, mais soyez indulgents si vous trouvez des problèmes dans la narration ;)

DISCLAMER : Malheureusement, cet univers et ces personnages ne m'appartiennent pas :(

Bonne Lecture ! ^^


– Chapitre 14 – « Rosa », Partie 1


– Oh… gémit le Docteur en sentant l'air hors du TARDIS. Presque ! cria-t-elle à ceux qu'elle tentait de ramener chez eux.

– Affligeant ! entendit-elle alors qu'elle se retournait.

La tête baissée, elle fonça jusqu'à la console au centre de la pièce sur laquelle Missy était avachie, à demi allongée, parfaitement immobile, les yeux fermés, mais toujours indéfiniment moralisatrice. Elle ne lui jeta pas un regard, trop concentrée sur les informations que lui fournissaient le TARDIS.

– Sheffield ? demanda Yaz.

– Oui, presque. À quelques détails près.

– Donc pas Sheffield, terminé Graham.

– Vous avez deviné ça tout seul ? ironise Missy.

Bien qu'elle sache que cela n'était pas de la faute de Graham, elle considérait également que toute occasion était bonne pour enfoncer le Docteur. Après tout, elle avait refusé son aide, alors elle le méritait.

– Tu l'as fait exprès, hein ? s'agaça cette dernière, ignorant soigneusement, comme tous les autres, la mère de son enfant.

– À qui est-ce que vous parlez ? s'inquiéta l'agent de police.

– Si c'est à moi, j'ai touché à rien, je me défends Ryan.

– Je parle au TARDIS. Parce que c'est notre neuvième tentative.

– Notre quatorzième, rectifia le vieil homme.

– Affligeant ! répéta Missy.

– C'est pas vrai ! Vous ne savez pas dire que ça ? s'impatiente la blonde. C'est votre nouveau registre ?

– Oui.

– Oui ? Et c'est tout ?

– Oui.

– C'est un nouveau genre de répondre par monosyllabe ?

– Oui.

– Quelle est la grande Théorie du Tout ? s'enquit le Docteur, presque désespérée à l'idée de lui faire dire plus d'un mot.

– Affligeant !

– Bon, allez, Doc, les interrompit Graham. Vous ne contrôlez pas cette chose.

– Excusez-moi ?! Si, je la contrôle… la plupart du temps. Mais parfois, comme maintenant, elle fait des siennes, s'énerva la blonde.

– Et donc on se trouve où, exactement ? s'intéressa Yaz.

– Sur Terre, répondit Dottie de plus en plus mal à l'aise. États-Unis. 1955, Montgomery, Alabama, si je décode bien ces informations. Nouvel affichage. Je le découvre. Oui, Missy, j'ai compris ! Affligeant, c'est ça ? ajouta-t-elle en remarquant sa bouche s'ouvrir.

La rousse ne répondit pas. Elle ne bougeait toujours pas d'un cil. Si le Docteur ne l'entendait pas lui rappeler toutes les cinq minutes que tout était « affligeant », elle commencerait à s'inquiéter du manque d'activité de son amie. Avait-elle toujours été ainsi ? Était-ce simplement l'âge ou la grossesse ? Comment diable pouvait-elle rester sans bouger aussi longtemps alors qu'elle-même courait partout ?

– 1955 ? Elvis ! On peut aller voir Elvis ? s'enquit Graham, soudainement intéressé, lui aussi.

– Je crois qu'il est à New York, cette semaine. J'peux lui passer un coup de fil.

– Vous n'avez pas le numéro d'Elvis, nia le vieil homme, sans y croire.

– Ne dîtes jamais à personne que je lui ai prêté un portable, ordonna le Docteur.

Soudain, une alarme les tira de leur conversation. La Dame du Temps jeta un bref regard à Missy. C'était vraiment énervant, la manière dont elle pouvait être si imperturbable ! Puis elle regarda l'écran.

– Wow… C'est quoi ça ?

– Affligeant !

Missy se retint de justesse à ne pas ajouter une belle remarque acerbe lui faisant remarquer qu'elle ne savait même plus lire les données que lui fournissait son propre TARDIS.

– Des traces d'énergie artron ?

– On est censé savoir ce que c'est de l'énergie artron ? demanda Yaz en fronçant les sourcils.

– Non, répondit simplement la rousse.

Le Docteur leva ses yeux bruns – sans doute hérités du Dixième Docteur – au ciel avant de répondre :

– C'est le même type d'énergie que celui que le TARDIS émet. Il ne devrait vraiment pas y avoir des traces d'énergie artron ici. À moins que ce soit les nôtres, mais c'est pas le cas.

– Et vous voulez aller vérifier ça ?

– Oui, j'devrais. On va aller jeter un œil rapidement, mais discrètement. L'Histoire est très délicate. On reste ensemble.

La jeune femme brune sentit un sourire étirer ses lèvres. Une excursion dans le passé ! Elle croyait rêver. Mais ce n'était pas le cas. Ce n'était pas un rêve. Elle allait vraiment se balader dans le passé. Elle s'était rarement sentie aussi excitée par une idée qu'en cet instant.

Le Docteur sortit du TARDIS à la tête du petit groupe. Mais elle réalisa alors quelque chose.

– Attendez-moi là, ordonna-t-elle en entrant à nouveau dans son vaisseau.

Elle croisa alors les bras en comprenant que la mère de son enfant n'avait toujours pas bougé d'un pouce. Mais comment faisait-elle, par Rassilon ?!

– Vous ne venez pas avec nous ?

– Non.

– Pourquoi ?

– Non.

– C'est pas vraiment une question par laquelle on peut répondre par oui ou par non.

– Vraiment ?

– D'accord ! Je suis désolée d'avoir négligé votre avis… soupira le Docteur, vraiment très mal à l'aise.

Missy se redressa et ouvrit les yeux comme une poupée à qui on aurait remis des piles. Son regard vert transperça son amie d'enfance.

– Et ? demanda-t-elle.

– Je vous laisserai essayer de les ramener puisque j'enchaine les échecs depuis… pfff… depuis le début. J'aime pas devoir faire ça, mais… vous pensez que vous pourriez m'aider ? Vous pensez qu'il y a un problème avec le circuit de dématérialisation ou le traitement des coordonnées ou son simple caprice ?

La femme enceinte sourit et acheva de se relever.

– Ce n'est pas un problème avec le circuit de dématérialisation, sinon on ne pourrait pas apparaître ici. J'ai fait des vérifications dès que j'ai vu que vous enchainiez les échecs, justement, et je n'ai trouvé aucun défaut. Donc ce n'est pas non plus les coordonnées.

– C'est bien ce que je pensais… Tu es vraiment agaçante ! Juste parce que tu veux voyager ? Mais tu peux pas attendre que je les ai ramenés chez eux ? s'énerva Dottie.

– Oui, mais d'après ce que je sais, elle vous a toujours emmené là où vous deviez aller, lui rappela la rousse en se rapprochant d'elle.

– Et les autres planètes ? Et la lune ? Je n'avais personne à aider, là.

– Elle a son caractère, la petite boîte bleue. Pourquoi pensez-vous que je vous avais proposé mon TARDIS ?

Dottie sentit à nouveau l'inquiétude la saisir à la gorge. Missy voulait partir. Elle voulait utiliser son vaisseau, donc l'abandonner. Non, elle lui avait promis. Alors pourquoi lui avait-elle dit pendant leur dispute qu'elle souhaitait utiliser son vaisseau si elle ne voulait pas un peu de liberté, de voyage, seule ? Non, elle commençait simplement à être paranoïaque. Pourquoi était-elle si paranoïaque, si inquiète tout d'un coup ? Missy était restée ici, quand bien même, elle avait repoussé ses initiatives. Alors pourquoi le Docteur se sentait aussi peu sûre d'elle ?

– Missy… commença-t-elle avant d'être coupée par cette dernière.

– Pour l'énergie artron, c'est peut-être un autre Seigneur du Temps ? Vous n'êtes pas la seule à aimer voyager. D'ailleurs, il me semble que la Rani court toujours dehors quelque part dans le temps et l'espace à la recherche d'un nouvel amusement. Ou simplement n'importe qui avec un manipulateur de vortex. Peut-être le Capitaine ou encore votre femme ?

Remarquant seulement maintenant que la mère de son enfant l'avait dépassée et avait commencé à ouvrir la porte, le Docteur réalisa que ce n'était pas une mauvaise idée. Après tout, ce ne serait pas la première fois que la Rani s'en serait prise à la Terre. Mais autre chose la dérangeait.

– La Rani est morte, lui rappela-t-elle.

Missy éclata de rire.

– Oh, vous êtes adorable.

– Quoi ? Vous l'avez revue ?

– Je la côtoie plus régulièrement que vous, ça c'est certain.

La blonde se tendit et sentit ses joues chauffer. Pourquoi se sentait-elle comme ça ? Oh, si, elle savait. Elle n'aimait pas l'idée que le Maître et la Rani puissent être proches. Depuis qu'ils étaient enfants, elle n'aimait pas cette idée. Elle avait toujours détesté la manière dont Koschei, puis le Maître, regardait Ushas, puis la Rani. Le Maître avait toujours trouvé la Rani attrayante, autant physiquement que mentalement, même quand Théta et lui formaient un couple.

– Vous voulez dire que vous, vous la voyez plus souvent que vous ne me voyez moi ou que moi je la vois moins souvent que vous ? interrogea-t-elle.

– Vous la voyez moins que moi. Docteur, ça va ? Vous ne semblez pas très bien.

– Je vais bien, coupa-t-elle froidement sous le regard surpris de Missy.

– Est-ce que vous êtes… ?

– Inquiète. Oui, je suis inquiète. Si vous venez avec nous dehors et qu'il y a besoin de courir, comment ferez-vous ? Je ne veux pas qu'il y ait un problème.

Mais Missy se contenta de sourire et caressa la joue de son premier amour.

– Je me suis reposée. Et j'ai plutôt l'impression que ce sera une aventure très amusante, assura-t-elle en la tirant vers l'extérieur de la cabine de police. Oh, faîtes quand-même attention à Ryan et Yaz.


Un petit coup de sonique par-ci. Un petit coup de sonique par-là. Missy devait bien avouer apprécier ce petit jeu de piste. Pour l'instant c'était une belle promenade de santé. L'air autour d'elle était agréable, ni trop chaud, ni trop froid. Le soleil brillant était rafraîchi par une légère brise. Et elle adorait l'odeur de cette décennie. Tout semblait vraiment parfait, pour l'instant.

– On est dans la vraie vie des années cinquante, se réjouit Yaz. C'est génial les voyages dans le temps.

– Et ce n'est que le début, lui assura Missy en lisant ce que son stylo sonique avait analysé.

Elle remarqua qu'un arbre en particulier dégageait plus d'énergie. Elle s'approcha, mais vit rapidement qu'il ne s'agissait pas d'un camouflage de TARDIS. C'était un simple arbre.

– Euh… excusez-moi, entendit-elle.

Elle se retourna et vit Ryan ramasser un gant et taper sur l'épaule d'une femme blanche. Mauvaise idée.

– Excusez-moi, répéta-t-il. Vous avez laissé tomber ça.

Directement, comme en réaction immédiate, l'homme à côté de la femme se retourna et lui donna une gifle magistrale. Ils se précipitèrent vers lui, Graham le retenant en arrière par les bras.

– Tu poses tes sales pattes de noir sur ma femme et t'es mort, menaça violemment l'homme.

– Monsieur, je vous demande de reculer, ordonna Yaz en se mettant entre l'homme et Ryan, ses instincts de policière reprenant le dessus. Ça va, Ryan ?

– J'voulais lui rendre son gant, répondit-il avec colère en jetant ledit gant par terre.

– C'est votre boy ? demanda l'inconnu.

– En fait, c'est mon petit-fils.

– Votre quoi ?

– Mon petit-fils.

– Vous avez des problèmes d'audition en plus d'avoir des problèmes de gestion de la colère ? lança Missy.

S'il y avait bien une chose qu'elle avait toujours haï dans toutes ses incarnations, c'était bien le racisme. Après tout, elle était extraterrestre. Pourquoi les Humains avaient-ils un tel problème avec la différence ? Pour les Seigneurs du Temps, une telle différence de sexe, de couleur de peau n'était que futilité.

– Vous n'êtes pas du coin, c'est ça ?

– On ne veut aucun problème, assura le Docteur en se plaçant en position de défense devant Missy et les autres membres du groupe.

– Je sais pas comment ça se passe de là où vous venez, mais à Montgomery, votre ami peut se retrouver à se balancer au bout d'une corde s'il pose une main sur une femme blanche, cracha l'homme en regardant Ryan avec mépris.

– Qu'est-ce que vous dîtes ? s'offusqua ce dernier en se rapprochant, vite retenu par Graham et Missy.

– Il y a un problème, M. Steel ? s'interposa une femme d'âge mur à la peau sombre. Reculez. Reculez, s'il vous plaît, demanda-t-elle en se retournant vers eux.

Missy eut directement un sentiment de familiarité avec ce visage. Elle était sûre de l'avoir déjà vu quelque part, mais où ?

– Ce sont des amis à vous ?

– Non, Monsieur. Je suis en pause déjeuner et je me suis peut-être dit que je pourrais vous aider à éclaircir ce malentendu. Oh, je crois que votre costume sera prêt pour demain. Avec les retouches que j'ai faites, il sera magnifique, Monsieur.

Il hocha légèrement la tête, puis lança un dernier regard à Ryan avant de dire :

– On y va, Daisy.

La femme qui les avait aidés se retourna vivement et regarda Ryan avec colère dès que le couple se fut suffisamment éloigné.

– Est-ce que vous êtes fou ? demanda-t-elle.

– Il m'a giflé ! se défendit le jeune homme avec véhémence.

– Vous ne lisez donc pas les journaux ?! Vous ne savez pas ce qu'ils ont fait au jeune Emmett Till ?!

« Les journaux des années cinquante ? Non, c'est pas dans ma bibliothèque privée, » songea Missy alors que le Docteur essayait de ne pas sourire, partagée entre le trait d'humour de son amie et le malheur qui était arrivé au jeune homme dont la femme, visiblement bouleversée, leur parlait.

– Désolée, nous ne sommes pas du coin, dit-elle à cette dernière.

– Emmett Till non plus n'était pas du coin. Il venait du nord, en vacances ici. Il a adressé la parole à… à une femme blanche dans le Mississipi et très peu de temps après, on a… on a retrouvé sa dépouille… flottant sur la rivière. Vous voulez finir comme lui ? ajouta l'inconnue, un regard appuyé vers Ryan.

– Non.

– Votre mère ne vous a donc pas appris les bonnes manières ? On dit : « non, Madame », le corrigea la femme.

– Non, Madame, répéta le jeune homme.

– Vous êtes ensemble ?

– Oui et nous vous sommes très reconnaissants, Mademoiselle… ? demanda le Docteur.

– Madame… Parks. Rosa Parks.

– C'est pas vrai ?! s'enjoua Yaz.

– Vous rigolez ? interrogea Graham sans y croire.

– C'était ça, alors ! sourit la rousse alors que les souvenirs de quelques photos de cette femme lui revenaient en mémoire.

Elle les avait vues dans un des livres d'histoire du frère de Lucy. C'était hallucinant comme elle avait pu apprendre des choses sur cette planète et ces gens grâce à son épouse. Ce n'était que maintenant qu'elle se rendait compte à quel point Lucy lui avait appris en deux ans et demi de relation. C'était agréable dans un certain sens. C'était agréable de se dire qu'elle lui avait apporté bien plus que ce qu'elle n'avait escompté au départ. C'était vraiment une étrange sensation. C'était bien la première fois qu'elle ressentait cela, surtout pour un Humain.

– Génial ! Rosa Parks ?! Trop contente de vous rencontrer, Rosa Parks ! Je suis fan ! se réjouit le Docteur avec un grand sourire.

– Je vous demande pardon ? demanda Rosa.

– Vous mettez toujours les pieds dans le plat avec vos idoles humains ? chuchota l'ancienne maîtresse du chaos.

« Vous n'êtes pas drôle ! »

– Je suis fan… de Montgomery. Je suis… Enfin, on visite la région. Qu'est-ce que vous recommanderiez à des touristes comme nous ? se rattrapa Dottie.

Rosa Parks les regarda avec méfiance.

– Je vous recommanderais de quitter le plus rapidement possible l'État d'Alabama avant de vous retrouver dans une situation dont vous ne pourriez pas vous dépêtrer, répondit-elle en se détournant d'eux pour poursuivre son chemin.

Le Docteur ressortit immédiatement son tournevis sonique pour scanner la célèbre femme noire.

– Oh mon Dieu… Vous y croyez, vous ? La vraie Rosa Parks ! sourit l'agent de police.

– Incroyable, murmura la blonde en lisant les résultats. Et aussi problématique. J'ai détecté des traces d'énergie artron tout autour d'elle. Pourquoi ça ?

– Si c'est quelqu'un qui voyage dans le temps que ce soit pour de mauvaises raisons ou juste pour faire un tour, autant aller voir la grande Rosa Parks, non ? proposa Missy.

– Vous connaissez Rosa Parks, vous ?

– Arrêtez donc d'être si étonnée par mes connaissances terriennes, Docteur. Je suis une extraterrestre, je n'aime pas le racisme humain.

– Donc vous pensez que tout ça a un rapport avec elle ?

– Si ça n'en a pas, je ne vois pas pourquoi venir s'enterrer ici, répondit la rousse en haussant les épaules.


– On était dans la classe Rosa Parks en primaire. Tu te souviens ? Les classes de CE2, CM1, CM2 portaient des noms de personnages illustres, expliqua Yaz, alors que le petit groupe avait trouvé refuge dans un café.

Le mot « ennuyeux » clignotait dans la tête de Missy. Quelle importance cela pouvait bien avoir pour elle de savoir le nom des classes dans lesquels des enfants qu'elle ne connaissait pas pouvaient aller ? Quelle importance ? Et quelle importance cela pouvait avoir pour elle de savoir dans quelle classe ils étaient allés, eux ? Est-ce qu'elle, elle leur expliquait comment fonctionnaient les classes – si on pouvait les appeler ainsi – sur Gallifrey ? Partager ce genre de banalités était d'un ennui sans nom pour elle. Mais ce qui l'étonnait, c'était que le Docteur les écoutait sans problème, lui qui avait toujours détesté ce genre de choses. Elle leva les yeux au ciel et se leva.

– Vous allez où ? s'enquit Dottie.

– Commander au bar. Quelqu'un veut quelque chose ?

– Oui, moi, sourit Graham en levant la main.

La rousse se dirigea alors vers le bar où elle fut accueillie par un homme aux cheveux argentés et à la voix rocailleuse.

– Bonjour, dit-elle avec un sourire charmant.

– Vous êtes avec eux ? demanda-t-il.

– J'espère bien que non, soupira-t-elle. Vous avez vu la compagnie ?

L'homme retrouva son sourire et lui demanda :

– Qu'est-ce que je vous sers ?

Bon, elle n'aimait pas le racisme, mais elle savait qu'elle devait se montrer charmante et coopérative en cas de besoin. Et elle avait faim. Et au vu des regards de mépris qu'elle voyait être lancés à la table qu'elle venait de quitter, elle avait bien fait.

– Deux frites et une bouteille d'eau, je vous prie.

– Ce sera fait.

– Merveilleux.

Elle s'accouda au bar, attendant sa commande. Elle remarqua vite qu'en arrière-boutique, deux hommes noirs, travaillant en cuisine, regardaient la même table que les autres, mais avec plus d'incompréhension que de dégoût.

– Faîtes-les sortir d'ici, Mademoiselle, ils incommodent mes clients, entendit-elle.

La serveuse blonde se dirigea vers eux et déclara :

– La maison ne sert pas les nègres.

Ils regardèrent tous autour d'eux, remarquant enfin les regards qu'on leur portait.

– Cool… Parce que j'en mange pas, répondit Ryan, mordant.

Missy baissa la tête, laissant ses cheveux cacher son visage et son sourire amusé. À défaut d'avoir de la culture et du bon sens, il avait au moins du répondant. Oh, sa grand-mère lui aurait tapé dessus avec un gros dictionnaire si elle avait été avec eux. Une minute ! Comment savait-elle cela, elle ? Elle connaissait à peine Grace. Elle ne pouvait pas avoir la même certitude que son mari qui la connaissait depuis des années. Elle fronça les sourcils. Elle sentait quelque chose, mais elle ne parvenait pas bien à définir quoi.

– Et on ne sert pas les Mexicains, ajouta la serveuse à l'attention de Yaz.

– C'est à moi qu'elle parle, là ? demanda cette dernière.

– Vous allez tous devoir aller déjeuner ailleurs.

Un nouveau coup d'œil autour d'eux.

– Venez, lança le Docteur en se levant entraînant ses trois nouveaux meilleurs amis avec elle. Missy ?

– N'y comptez pas, sourit cette dernière.

La blonde hocha la tête, comprenant que Missy cherchait simplement à obtenir son repas. Mais elle n'était pas rassurée à l'idée de la laisser seule dans cet endroit rempli de personnes intolérantes. Non, Missy saurait se débrouiller. Elle savait être charmante quand elle le voulait et elle avait l'air d'une femme blanche, tout se passerait bien.

– Bon, écoutez, j'peux me débrouiller toute seule, assura-t-elle à ses compagnons d'infortune, une fois sortie du restaurant. Vous, retournez au TARDIS vous mettre en sécurité.

– Attendez. Et Missy ? se préoccupa Graham.

– Elle aussi peut se débrouiller toute seule pendant quelques minutes.

– D'accord. Et mon repas ?

– On n'a pas le temps pour ça, Graham.

– Vous allez faire quoi ?

– Localiser la source de ces anomalies énergétiques, répondit-elle comme s'il s'agissait de l'évidence même. On est à un jour d'un tournant décisif de l'histoire. J'n'ai pas envie que quoi que ce soit vienne interférer. Moi, je crains rien ici mais pour vous, c'est dangereux. Vous pouvez fuir cet enfer.

– Rosa peut pas, elle.

– Rosa le fait pas, elle.

– Rosa sait comment se comporter dans cette société, elle, les coupa une voix derrière les deux jeunes de couleur.

Missy était adossée contre la porte fermée du restaurant, tenant deux cornets remplis de frites dans une main et une bouteille d'eau dans l'autre.

– Oh, vous en avez deux ? se réjouit Graham – dont l'estomac commençait vraiment à se rebeller – alors que la rousse lui tendait volontiers le second cornet.

– Vous insinuez quoi ? demanda Ryan sur la défensive.

– Je n'insinue rien. Je vous explique simplement que vous ne connaissez rien de cette époque et que cela pourrait vous être fatal, surtout avec de si maigres connaissances pour lesquelles votre grand-mère vous aurez certainement étranglé.

– Ah ! Qu'est-ce que je te disais ? lança son grand-père par alliance avant de mettre une frite dans sa bouche.

– Comment vous pouvez savoir ça, vous ?

– Juste une intuition, répondit-elle avec un sourire.

– Ben, justement si elle a pu vivre toute sa vie ici, c'est pas deux ou trois heures qui vont me tuer. Ça va pas me tuer, hein ?

– Non, le rassura Graham qui déchanta bien vite en voyant l'air douteux de Missy.

– Pas si on veille les uns sur les autres, lui assura le Docteur en se retournant pour scanner les alentours.

– J'suis partant, sourit Ryan. Qu'est-ce que t'en penses, la petite Mexicaine ?

– Continue comme ça et je me sers de toi comme piñata, le menaça Yaz.

– L'épicentre de l'émission de l'énergie artron se trouve à deux kilomètres par-là ! leur indiqua la blonde en tendant le bras devant elle. Suivez-moi.

– Oh ! Attendez ! la coupa Missy, dans son élan. C'est tout ? Vous vous laissez convaincre par « ça va pas me tuer » ? Vous êtes en train de délirer ou bien… ? Bien sûr que quelques heures passées ici peuvent le tuer avec ces gens racistes et cette présence d'énergie artron qui vient d'on ne sait où.

– Missy, je pourrai le protéger s'il y a un problème, lui assura Dottie. Il suffit qu'il reste avec Graham, vous ou moi, et tout se passera bien. Bon, on y va. Enfin, à moins que vous n'ayez un problème avec le bébé ? se préoccupa-t-elle en se rapprochant de Missy.

– Non, le bébé va bien…

– Génial ! On peut retourner faire notre jeu de piste, sourit-elle en se précipitant vers l'endroit qu'elle avait indiqué plus tôt.

– Quoi ? Vous vous fichez de moi ? Docteur ?!

La rousse partit à sa poursuite, laissant les nouveaux compagnons dans un état second. Finalement, ils décidèrent d'un simple regard de poursuivre les deux Dames du Temps.


– Vous êtes inconsciente ?!

– Pourquoi on n'arrête pas de se disputer, en ce moment ? D'habitude, on s'entend mieux que ça, non ? murmura le Docteur, toujours plongée dans sa localisation.

– On n'a jamais été d'accord sur rien et on a essayé de s'entretuer, avec pour conséquence la disparition d'une planète entière à cause d'un combat, et vous osez dire que, d'habitude, on s'entend bien ?

– Non, je veux dire, depuis que je vous gardais enfermée dans le Coffre, on ne s'est pas réellement disputés. Je sais qu'il y a eu ce qu'il s'est passé avec Bill et nos conflits sur ma régénération, mais en dehors de ça, on se disputait moins, non ?

– Oui, possible, mais ne changez pas de sujet.

– Je change pas de sujet. Vous pensez qu'on est moins compatibles que nos précédentes incarnations ?

– N'importe quoi… maugréa Missy en levant les yeux au ciel.

Le Docteur s'arrêta alors, forçant la mère de son enfant à faire de même ainsi que les trois Humains qui les suivaient à la trace.

– Qu'est-ce qui se passe ? Pourquoi on s'arrête ? s'inquiéta Yaz.

– Y a un problème, Doc ? interrogea Graham.

– Allez jouer, les enfants, il faut qu'on parle, maman et moi, leur rétorqua Missy en croisant les bras.

– Ne les traitez pas comme ça.

– Comme quoi ?

– Comme s'ils étaient inférieurs et qu'ils ne comprenaient rien.

– Et vous, ne les traitez pas comme s'ils étaient capables de tout comprendre alors qu'ils ne connaissent absolument rien aux lois du Temps et à cette époque. Et surtout, ne leur faîtes pas croire qu'ils seront en parfaite sécurité alors que c'est faux, que ce soit à cause de cette époque ou de ce qui rôde autour de Rosa Parks.

– S'ils restent…

– Oui, oui, je sais ça, la coupa Missy. Mais pourquoi les laissez-vous vous convaincre comme ça, alors que vous vouliez les envoyer dans le TARDIS ?

– C'est leur choix.

– Depuis quand ça vous arrête ?

– Depuis quand on n'existe plus ? les interrompit Yaz, agacée. On n'est pas des enfants à protéger de tout, non plus. On peut se débrouiller pendant quelques heures ici, il suffit de faire attention. Et on fera attention.

L'ancienne maîtresse du chaos reporta son attention sur l'agent de police, curieuse.

– Si Ryan fait encore un faux pas comme celui de tout à l'heure avec la gifle, il se fera tuer, lui répondit-elle avec froideur.

– Je serai plus prudent que tout à l'heure. J'ai bien compris que si je gardais ce comportement, j'aurais des problèmes, assura le jeune homme.

– Ah, vraiment ? Et si je vous disais que vous n'étiez qu'un rebu de la société, mal élevé et que vous devriez aller laver la crasse qui recouvre votre peau ? Non, attendez, vous ne pouvez pas, vous êtes né sous cette forme ignoble. Alors ? Toujours certain de pouvoir garder votre calme ?

Ryan grimaça et serra les poings. Il savait que Missy n'en pensait pas un mot, que c'était juste pour le tester, mais il se sentait quand-même en colère. Il ne dit rien, néanmoins, cherchant trop à lui prouver qu'elle avait tort et qu'il pouvait gérer.

– Satisfaite ? sourit fièrement le Docteur.

– Non. Vous vous êtes montrée imprudente, Docteur.

Missy la regardait sévèrement sans comprendre. Son amie était toujours angoissée à l'idée de perdre ceux qu'elle emmenait en voyage et là, tout d'un coup, elle les laissait tranquilles sans la moindre précaution, sans rien leur expliquer. Elle avait juste assuré qu'être entouré protégeait de tout. Ça ne ressemblait pas à son ami. Son ami avait expliqué à Bill que si elle choisissait d'aider Missy à passer son test, il ne pourrait pas assurer sa protection. Son ami avait expliqué à Clara à quel point il était catastrophique d'annihiler les émotions de son petit-ami transformé en Cyberman. Son ami avait expliqué à Amy qu'elle était en train de se transformer en Ange Pleureur et qu'elle allait mourir. Son ami avait expliqué à Donna à quel point il était important de détruire Pompéi, même s'ils devaient mourir au passage. Son ami avait expliqué à Martha qu'elle n'avait aucune chance d'être réduite en esclavage, alors qu'ils se trouvaient à l'époque de Shakespeare, donnant une vraie raison d'être rassurée. Son ami avait expliqué à Rose à quel point il était important de se fondre dans l'époque et le décor dans lequel ils se trouvaient pour empêcher une « émeute », lors de leur rencontre avec Dickens.

Alors pourquoi, là, elle se contentait de leur dire : « tout va bien se passer », sans rien derrière ? Sans réelle raison de la croire ? Ou bien sans honnêteté ? Et pourquoi les laissait-elle prendre un tel risque ? Était-ce parce qu'elle était encore trop troublée par sa régénération en femme ? Était-ce parce que sa première incarnation féminine l'avait beaucoup changé, comme elle-même lors de sa première fois ? Le Docteur était-elle devenue si insensible qu'elle l'avait laissé entrevoir avec Epzo ? C'était encore l'une des choses dont elles devaient parler. Du nouveau comportement du Docteur et d'autre chose.

Missy grimaça alors que le nom « Enfant Intemporel » se mettait à nouveau à clignoter dans sa tête. Plus tard ! s'obligea-t-elle.

– Depuis quand vous vous préoccupez plus que moi de mes compagnons ? D'habitude, vous cherchez à les torturer et, dans l'idéal, à les tuer.

– Vous êtes vraiment de mauvaise foi, en ce moment, ma parole…

– Je suis pas de mauvaise foi, je peux seulement…

– Tout gérer toute seule ?

– Non, c'est juste que…

– Lâchez un peu de lest, voyons.

– Je vais bien, lui assura le Docteur.

– J'en suis pas si sûre. Vous ne l'avez jamais autant dit qu'en ce moment.

– Peut-être qu'on devrait en parler plus tard.

– On a déjà un tas de sujets en à reparler plus tard.

– Comme quoi ?

– Arrêtez de jouer à l'idiote.

– Je joue pas. Je…

– Ah bon ? Vous êtes vraiment idiote, alors ?

– Quand allez-vous arrêter de me réprimander comme si j'étais une enfant ?!

– Quand vous arrêterez de faire n'importe quoi, Théta !

La tension retomba immédiatement. Le silence était revenu et personne ne semblait vouloir le briser. Les deux Dames du Temps se regardaient dans les yeux. Le Docteur avait raison. Elles se disputaient bien plus depuis quelques jours. Mais ce n'était pas forcément inquiétant, si ? Elles étaient encore en train de prendre leurs marques. Elles venaient de se régénérer, alors elles devaient apprendre et comprendre. C'était uniquement pour cela qu'elles étaient à fleur de peau. Ça, et possiblement en raison des hormones de Missy. Elles avaient toujours eu des divergences d'opinion, mais c'était comme ça que ça marchait. Quand l'un faisait des erreurs, c'était toujours à l'autre de lui en faire prendre conscience et de réparer. Et en ce moment, Missy avait beaucoup de mal à comprendre son amie. Bien sûr, c'était toujours le Docteur. Ça avait toujours été lui et ce serait toujours lui. Il serait toujours le même à ses yeux. Pour elle, il n'y avait jamais de problème. Mais alors pourquoi en sentait-elle, maintenant ? Pas un problème au sein de leur amitié. Non, un problème dans le comportement du Docteur. Oui, il y avait un problème.

– On devrait se remettre à la recherche de cette énergie artron, non ? tenta Yaz, un peu inquiète à l'idée d'interrompre quelque chose et de se reprendre une remarque du genre : « laissez les adultes parler entre elles, ma chère… ».

– Vous m'imitez bien, se contenta de répondre Missy sans pour autant détacher son regard clair de celui de la future mère.

– Pardon ?

– Missy, limitez votre télépathie, par respect pour leur vie privée.

– Oui, Missy ! Limitez votre télépathie par respect pour notre vie privée ! se précipita Ryan, peu à l'aise avec l'idée que la femme enceinte puisse être au courant de tous ses secrets et toutes ses pensées.

– Comme si c'était facile, maugréa la rousse.

Puis le tournevis sonique du Docteur reçut une sorte de signal. Elle le regarda, tourna la tête vers sa gauche et leva un bras pour indiquer cette direction aux autres.

– C'est par-là ! Enfin si ça ne pose de problème à personne ?

Elle attendit. Personne ne dit rien, mais Missy lui envoya un regard agacé. Était-ce juste une impression ou le Docteur fuyait tous les sujets qui pouvaient être importants, comme lorsqu'elle avait essayé de lui parler de ce que leur avait dit les draps tueurs ? Oui, c'était clairement ce qu'elle faisait. Et ça n'augurait rien de bon. Un Docteur fuyant était une habitude, mais un Docteur fuyant était aussi peu rassurant qu'une armée de Cybermen envahissant la Terre.


– Vous voulez une glace, Missy ? demanda le Docteur, curieuse, alors qu'ils passaient près d'un vendeur ambulant.

– Non, pourquoi ?

– Oh… Je croyais… murmura-t-elle en fronçant les sourcils avant que ses lèvres ne s'étirent en un grand sourire. Prenez-en une. De préférence au chocolat. Elle veut du chocolat.

– Quoi ? Qui veut du chocolat ? interrogea Graham sans comprendre.

Mais Missy s'arrêta et força une seconde fois son amie à faire de même.

– Pitié, pas encore une dispute, se plaignit Ryan.

Mais il fut superbement ignoré.

– Quand vous dîtes « elle », vous n'êtes pas en train de me parler de… commença l'ancienne maîtresse du chaos.

– Si, pourquoi ?

– Vous n'avez pas le droit de parler avec elle !

– Pourquoi ? Vous, vous la portez, pourquoi je ne pourrais pas communiquer avec elle ?

La porter ? Yaz laissa son regard dériver vers le ventre rond de Missy. Elles ne parlaient quand-même pas de leur fille à naître, n'est-ce pas ? Non, elle devait rêver.

– Vous voulez qu'on échange ? Vous, vous la portez, et moi, je communique avec elle.

– Vous parlez vraiment de… votre… fille ? demanda la jeune femme, un peu perdue.

– Oui. Les mères portent l'enfant, ce qui crée un lien très fort, donc comme pour compenser, les pères peuvent communiquer avec le bébé avant l'accouchement, alors que les mères ne le peuvent pas, expliqua le Docteur.

– Oui, mais maintenant vous êtes une femme, chérie, rétorqua Missy avec une pointe d'agressivité.

– Oui, mais j'étais un homme pour la conception…

– Encore heureux…

– Je disais donc que j'étais un homme, donc pour notre fille, je tiens toujours ce rôle de futur père.

– Je rêve. Oui, c'est ça. Je rêve. Elle aussi, c'est ta mère, alors pourquoi je suis la seule à avoir ce genre de désagréments ? se plaignit Missy en regardant son ventre rond sous sa robe.

– Ne lui dîtes pas ça ! Elle va finir par penser que vous ne l'aimez pas, la réprimanda Dottie.

Missy posa ses mains sur son ventre dans un geste possessif et fusilla le Docteur du regard.

– Bon, allez chercher votre glace, on n'a pas que ça à faire.

– Là, vous rêvez…

– Éveillée, oui, je sais. Vous dîtes souvent ça…

– Déjà, vous qui servez de décodeur au bébé, ce n'est pas ma glace mais la sienne. Donc vous savez ce que vous allez faire ? Vous allez aussi jouer le rôle de son coursier et aller me chercher la glace, parce que mon rôle à moi, c'est seulement de lui servir d'incubateur, visiblement. Et comme ça, je peux oublier pendant quelques secondes votre existence et le fait que vous m'ayez fait un enfant avec lequel je ne peux même pas communiquer !


Donc Missy avait opté pour une belle glace au chocolat. Mais n'ayant pas fini ses frites, elle avait décidé d'essayer quelque chose de vraiment délicieux qui lui valait quelques regards dégoûtés. Elle avait décidé de planter ses frites dans sa glace au chocolat. C'était vraiment délicieux. Mais même le Docteur n'appréciait pas cette vision.

– Je vous trouve assez mal placée pour vous permettre un avis, avec votre poisson crème anglaise.

– J'ai pas remangé de poisson crème anglaise depuis que je me suis régénéré en Écossais grisonnant. Et ça fait un peu plus de trois siècles.

– C'est un truc de Seigneurs du Temps d'avoir des goûts bizarres ? Vous mangez aussi de l'herbe ? interrogea Graham.

– Non, on mange pas d'herbe ! Et c'est juste que le Docteur est bizarre, même pour notre espèce.

– Oui, et c'est juste que, comme toutes femmes enceintes, Missy a des envies bizarres.

Cette dernière haussa les épaules et leva les yeux au ciel avant d'enfourner une frite recouverte de glace dans sa bouche. Du saucisson avec de la mousse au chocolat ! Une fois rentrée au TARDIS, elle mangerait du saucisson avec de la mousse au chocolat. Elle sentit à nouveau le regard dégoûté du Docteur sur elle. Elle entendit alors un nouveau signal du tournevis sonique de son amie.

– Toutes les ondes d'énergie artron convergent vers cet endroit.

– La compagnie de bus. Tout mène à Rosa Parks, dit l'agent de police.

– Oui, un peu inquiétant. Allons jeter un œil.

– Pas sûr que ce soit une bonne idée, marmonna Graham, peu enclin à entrer dans le hangar.

Le Docteur actionna son tournevis sonique et le fit descendre le long de la porte cadenassée. Les cinq cadenas s'ouvrirent dans un même cliquetis.


– Y a rien ici.

– Pourquoi cadenasser un entrepôt vide ?

– À moins qu'il ne soit pas vide.

Dottie fit apparaître une boîte juste devant eux grâce à son tournevis sonique. Enfin, à quelques mètres d'eux.

– C'était pas là y a une seconde, lança Graham sans comprendre.

– Sans déconner ? lui rétorqua son petit-fils.

– Pas de grossièretés ! Je n'aime pas les grossièretés ! le prévint Missy en finissant de manger sa glace et ses frites.

– Désolé, Madame, marmonna le jeune homme.

– C'était là, mais on ne pouvait pas le voir. Filtre de perception.

– Pourquoi mettre un filtre de perception sur une valise ? demanda Yaz.

– Soit parce qu'elle contient quelque chose de dangereux, soit parce qu'elle contient quelque chose de personnel. Mais laisser quelque chose de personnel au beau milieu d'un entrepôt, c'est un peu illogique, donc je suis plutôt partisane de la théorie de la bombe qui détruirait le Système Solaire.

– J'préfère quand vous vous contentez de nous faire des remarques sarcastiques, lança Ryan. C'est toujours plus sympa que les explications que vous fournissez.

– Il faut bien que quelqu'un vous fasse prendre conscience du monde dans lequel vous vivez et ses dangers.

– Je vous remercie, je suis flic, je sais comment fonctionne ce monde, lui rétorqua la brune.

– Oui, un jour peut-être.

– Mais…

– Chut ! J'essaye de me concentrer, les interrompit le Docteur maintenant accroupie devant la valise.

– De vous concentrer sur quoi ?

– Sur ce qu'il peut y avoir à l'intérieur, voyons.

– On peut pas l'ouvrir ? demanda le jeune homme.

– Voilà la bonne question ! s'enjoua la blonde en posant ses mains sur les attaches de la valise. Alors excités ? Parce que moi, oui.

– Vous le serez moins si Missy a raison et que c'est une bombe, lui rappela l'ancien conducteur de bus.

– Cassez pas l'ambiance, Graham, s'agaça le Docteur.

Missy attrapa le bras du vieil homme et le tira en arrière. S'il était le seul à être un minimum censé, c'était lui qu'elle sauverait. Et si le Docteur était suffisamment folle pour utiliser son tournevis sonique pour tout et n'importe quoi et pour oublier de s'en servir pour vérifier ce qu'il y avait dans cette valise, dans ce cas, ce n'était que justice si elle mettait en route une bombe, non ? Du coin de l'œil, elle vit Yaz se reculer et se rapprocher d'elle, inquiète. Bon, elle sauverait la jeune policière et le mari de Grace.

Le Docteur ouvrit alors la valise dans un petit « clip ».

– Wow… ça fait pas très années cinquante, remarqua Ryan en regardant les objets présents.

– Je l'savais. Alors ça, c'est un problème. On n'est pas les seuls à Montgomery à venir d'une autre époque.

– Non, sans blague ? ironisa Missy. C'est pas déjà une théorie qu'on avait émise avant de sortir du TARDIS ?

– Vous savez ce que c'est, tout ça ?

– Brique d'informations. Appareil multi-intercepteur de surveillance. C'est pas en bon état, tout ça.

– Alors pourquoi ça a été gardé dans une valise ?

Le Docteur sortit un objet long et fin, ressemblant assez à un tournevis sonique.

– Oh… Ça, ça explique les traces d'artron que j'ai repérées. J'ai une très mauvaise nouvelle. Chargeur secondaire pour…

– Docteur ! appela Missy en se retournant alors qu'un homme les visait et lançait une décharge d'énergie vers eux.

– Courez ! ordonna la blonde en se relevant le plus vite possible.

L'escalier à côté d'eux disparut dans le néant.

L'ancienne maîtresse du chaos attrapa la main de son amie et la força à courir plus vite, ce qui était assez étrange quand on pensait que lors de leur dernière course-poursuite, Missy était la plus lente des deux. Peut-être le repos et l'instinct de protection et de préservation ?

– Je ne crois pas que ce soit la Rani, lança Missy.

– Sauf si elle a changé de genre en se régénérant ?

– Non, ce n'est pas la Rani, je le sens.

– Oh, vous êtes si proches ? s'agaça Dottie en prenant maintenant la tête de la course.

Elle sentit sa main se crisper autour de celle de la mère de son enfant. Ils arrivèrent dans une rangée de silos.

– Là, leur conseilla le Docteur en se cachant derrière un silo. Restez ici, leur ordonna-t-elle dans un murmure.

– Certainement pas. Je ne vous attendrai pas ici sans rien faire ! l'invectiva Missy.

– Vous êtes enceinte. Vous venez de courir pour échapper à un type qui veut probablement nous tuer. Il est hors de question que je vous laisse vous mettre encore plus en danger.

– Et vous pensez à ce qu'il pourrait vous faire ?

– Je pourrai m'en sortir. Vous, vous devez protéger notre enfant et nos nouveaux amis.

Le Docteur se détacha d'elle.

– Attendez.

– Oui ?

– C'est un Humain. Et les Humains sont stupides. Vous devriez facilement gagner.

– Hé ! se vexa Yaz.

Mais elle fut ignorée.

– Ça va aller, la rassura le Docteur en s'éloignant.

– Les Humains sont stupides ? répéta Graham, tout aussi vexé que Yaz.

– La plupart, oui. Mais si ça peut vous rassurer, vous êtes un peu mieux que la moyenne, pour l'instant.

– Trop gentil, railla Ryan, alors que la Dame du Temps se rapprochait de l'extrémité pour appréhender la localisation du Docteur.


Missy se précipita vers le Docteur alors qu'elle descendait de son perchoir, accompagnée de celui qui leur avait tiré dessus.

– Vous vous êtes bien amusés, là-haut ? demanda-t-elle alors qu'elle voyait la mine sombre de son amie.

Quelque chose clochait. Bien sûr, elle avait tout entendu. Cette conversation n'avait pas été très probante en dehors de la mise en garde, ou plutôt de la menace.

– Allez, hop ! Plus vite que ça ! lança l'homme.

Missy sentit la colère s'emparer de son amie. Elle n'aimait pas être traitée comme ça. Elle n'aimait pas qu'on lui parle comme ça.

La blonde sortit son tournevis sonique, se retourna et fit quelques pas en arrière pour scanner l'inconnu.

– Qu'est-ce que vous faîtes ? se moqua-t-il.

– Pour quelqu'un qui se comporte comme un petit malin ayant tout sous contrôle, vous ne l'êtes pas vraiment, railla la rousse. Ce sera un plaisir de voir votre visage se décomposer sous la terreur quand je vous tuerai.

– On ne tuera personne, Missy.

– C'est un petit malin ! J'ai toujours adoré tuer les petits malins !

– Je m'en fiche. C'était une autre époque. Maintenant, vous ne tuez plus personne.

– Vous pouvez faire ce que vous voulez… Un meurtrier reste un meurtrier, lança l'inconnu.

– Vous parlez par expérience, peut-être ? lui rétorqua le Docteur.

– Peut-être bien. Et dans ce cas, vous devriez prendre garde si vous voulez m'affronter.

L'ancienne maîtresse du chaos rit. Ce jeune homme était d'une arrogance.

– Vous ne pourrez jamais vous mesurer à nous en termes de morts, mon cher. C'est plutôt à vous de prendre garde, menaça-t-elle en lui tournant le dos, glissant son bras sous celui de son amie.

– Allez ! Venez, vous tous ! ordonna Dottie en marchant d'un air confiant.

– On va vraiment s'en aller ? s'inquiéta Yaz.

– Même pas en rêve, répondit le Docteur, toujours en colère.


– On aurait pu aller dans le TARDIS, fit remarquer Graham alors que Yaz et Ryan sortaient de la salle de bain par laquelle ils étaient entrés.

Missy, elle, avait décidé de prendre place – enfin de s'allonger – sur l'un des deux lits de la chambre d'hôtel.

– Pas très confortable, maugréa-t-elle.

– On n'est pas là pour faire une sieste, Missy.

– Excusez-moi, Docteur, mais qui de nous deux porte la vie ? Dîtes-moi si notre fille aime être secouée dans tous les sens ?

– Elle aime bouger, mais effectivement, elle n'aime pas les tremblements de mère, comme elle les appelle.

La Dame du Temps en rédemption haussa un sourcil.

– Et dans quelle langue s'exprime-t-elle pour faire un tel jeu de mots ?

– Quelle importance ?

– J'aimerais bien savoir dans quelle langue lui parler quand elle…

– Quand elle ne barbotera plus dans votre jacuzzi intérieur ?

– Vous êtes dégoûtante !

– Mais quoi ? C'est notre fille qui vous considère comme un jacuzzi ambulant !

– Oui, j'ai pas trop envie d'entendre parler du liquide amniotique de Missy, merci, les coupa Yaz. Enfin… si c'est un liquide amniotique que vous avez ou son équivalent.

– C'est du liquide amniotique. Et je suis d'accord avec vous. Je n'ai pas trop envie de vous entendre en parler, approuva la rousse en fusillant du regard son amie d'enfance.

– Et donc, avant qu'on ne passe par les tremblements de mère et le jacuzzi d'intérieur, on parlait d'autre chose, leur rappela Graham, particulièrement désireux de revenir au sujet précédent.

– En effet. Pour le TARDIS, il y a de fortes chances pour que notre bel inconnu le surveille, expliqua l'ancienne maîtresse du chaos. C'est pour ne pas le croiser que nous sommes ici.

– Il est pas si beau que ça, bouda la blonde en croisant les bras.

Missy sourit et croisa ses bras derrière sa tête.

– Je le trouve assez mignon, moi.

– Je croyais que vous vouliez le tuer.

– L'un n'empêche pas l'autre.

– Dans l'idéal, si.

– Dans votre idéal, Docteur, alors je confirme : l'un n'empêche pas l'autre.

– Donc c'est mieux de se planquer dans une chambre d'hôtel minable ? demanda Ryan en s'asseyant.

– Je viens de vous dire que c'était pour ne pas recroiser notre ennemi et lui fournir un accès au TARDIS, donc c'est mieux, oui, s'irrita Missy.

– Attendez ! Il me faut juste un moment pour réfléchir, exigea le Docteur.

– Et qu'est-ce qu'on sait, exactement ? interrogea l'agent de police, désireuse de remettre les choses en ordre dans sa tête.

– On est en 1955, à Montgomery, un jour avant que Rosa Parks refuse de céder sa place à un blanc dans un bus, récapitula Graham.

– Et on a un imposteur spatio-temporel qui se cache dans un entrepôt de bus et qui a une arme dangereuse : un expulseur temporel.

– Je sais ce que c'est une arme mais… Je sais pas trop ce que c'est un expulseur temporel.

– Cette arme nous déplace à une autre époque. Son rayon vous touche et vous êtes envoyé à travers le temps, à l'époque qui a été préalablement réglée. Et il l'avait réglée pour un futur très lointain.

– Mais c'est horrible.

– On va devoir revoir votre définition des armes, Docteur. Et Ryan, il y a bien pire qu'être envoyé à une autre époque. La plupart des victimes des Anges Pleureurs vivent leur vie tranquillement, fondent une famille et sont heureux malgré l'époque, s'agaça Missy.

– Bon, déjà, on sait pas ce que sont vos Anges Pleureurs, donc votre référence nous passe un peu au-dessus, rétorqua le jeune homme.

– Vous voyez les statues un peu partout en ville qui ont une apparence humaine et que vous croisez ? Eh bien, ces statues quand vous ne les regardez pas, elles bougent et elles font pas de jolies choses. Elles se nourrissent de l'énergie émise par un voyage dans le temps.

– Pourquoi on peut pas les voir bouger ? On dirait un truc de film d'horreur.

– Verrou quantique. Aucun être vivant dans tout l'Univers ne peut les voir sous leur véritable apparence, l'informa le Docteur, toujours pensive.

– Et il vient d'où ce verrou quantique ?

– Excellente question. Malheureusement, il s'agit de l'une des espèces les plus anciennes et dangereuses de l'Univers, alors toute expérience sur eux est impossible. Ils sont vraiment très meurtriers. Certains pensent qu'ils ont toujours été comme ça et qu'il s'agit d'un moyen de défense qui s'est mis en place naturellement, pendant que d'autres pensent qu'ils vivaient une vie normale jusqu'à ce qu'on fasse des expériences sur eux, leur astreignant un verrou temporel puisque d'ordinaire, les verrous temporels ne se mettent pas en place d'eux-mêmes et résultent d'une technologie, expliqua Missy. Ce sont des créatures vraiment fascinantes.

– Moi, j'aurais plutôt dit cruelles et solitaires, mais si vous voulez, murmura Dottie en faisant les cent pas. Pourquoi on parlait des Anges, déjà ?

– Je disais qu'il y avait pire que l'expulsion temporelle et que vous aviez une définition étrange des armes.

– Cette technologie peut nuire à autrui, non ?

– Un peu et alors ?

– Donc c'est une arme.

– Je peux utiliser une fourchette ou même des feuilles de papier pour tuer vos nouveaux meilleurs amis. Est-ce que la fourchette et les feuilles de papier sont des armes pour autant ?

– C'est pas la même chose.

– En quoi ?

– Je sais pas. Mais quand j'aurais trouvé, je vous ferai signe.

– À d'autres. Vous considérez ça comme une arme uniquement parce que celui qui s'en sert n'est pas très recommandable, c'est tout.

– C'est un expulseur temporel, pas un manipulateur de vortex ou une machine à voyager dans le temps. Donc ça sous-tend que ça va à l'encontre de ce que veut la personne.

– Si vous voulez… Docteur ?

– Quoi encore ?

– Votre tournevis sonique a réimplanté les bombes ADN de vos amis dans le corps de ce cher Tzim-Sha ?

– Et alors ?

– Dans le but de lui montrer des arcs-en-ciel ?

– Ne soyez pas stupide.

– Vous saviez qu'il les activerait s'il se sentait menacé. Et ce, parce qu'il ignorait que vous les lui aviez réimplantées en lui.

– Il lui fallait faire le bon choix.

– Sans le prévenir qu'il mourrait s'il faisait le mauvais ?

– La préservation de sa propre vie ne doit pas faire partie de l'équation pour faire le bon choix.

– Pourquoi ? Je vous rappelle que j'ai fait le mien alors qu'on allait m'exécuter.

– C'est différent.

– C'est ce que je vois. Votre tournevis sonique vous a servi d'arme, Docteur. Il lui a implanté les bombes et les a activées. Vous l'avez piégé, sournoisement. Je préfèrerais être frappée par l'expulseur temporel de tout à l'heure.

Le Treizième Docteur fusilla Missy II du regard. Et pourtant, quelque chose la dérangeait, la tracassait… Missy avait raison. Elle avait fait une utilisation bien plus violente de son sonique qu'à l'ordinaire, bien plus violente que cet expulseur temporel… La nouvelle Dame du Temps lança un regard mitigé à la mère de son enfant. Un mélange de confusion, de colère, et une certitude : elles avaient besoin de parler. En attendant, Missy acquiesça d'un signe de tête, l'autorisant à continuer ses explications à Ryan.

– Donc cette arme – l'expulseur temporel – fonctionne avec des molécules d'artron. Ça, plus son manipulateur de vortex, c'est sûrement pour ces raisons que le TARDIS nous a amenés ici.

– Non, vous croyez ? Vous ne vous souvenez plus que les molécules d'artron s'attirent mutuellement comme ça avait été le cas quand vous avez rencontré l'Aberration ?

– Quoi ? Quelle aberration ?

– La petite-fille du vieil homme qui était avec vous et qui ne s'est pas transformé en moi. Wilf et Donna Noble ! C'est comme ça que vous les appelez.

– Hé ! Laissez Donna en dehors de tout ça ! Ce n'est pas une aberration, c'est ma meilleure amie !

– Je croyais que c'était Amy ? Ou encore Clara ? Oh, vous avez tellement de meilleures amies, c'est dur de faire les comptes.

– Laissez-les tranquilles ! s'énerva le Docteur.

Son regard empli de colère se planta dans celui clair de la mère de son enfant. Oui, elle avait trois meilleures amies, et alors ? Missy n'avait pas le droit de les critiquer. C'était étrange. Depuis quand s'énervait-elle autant devant les critiques de Missy sur ses compagnons ? Elle n'avait jamais cessé de les critiquer, pourtant. Mais elle sentait que quelque chose s'était réveillé en entendant le nom de Donna. Donna aurait pu passer le reste de sa vie à ses côtés, dans le TARDIS. Et Amy et Rory avaient finalement choisi de faire de même avant d'être éloignés de force de lui. Et Clara… Clara avait voulu arrêter à plusieurs reprises, mais n'avait jamais pu. Elle aussi serait restée plus longtemps, si elle n'était pas morte. Mais c'était si étrange de réagir aussi violemment. Elle n'avait jamais autant ressenti le besoin de les protéger, de protéger le souvenir qu'elle avait d'elles.

– D'accord… Vous êtes sûre que ça va, en ce moment ?

– Oui, bien sûr. Je veux juste que vous arrêtiez de maltraiter mes anciennes compagnes.

– Je vais essayer, répondit Missy, pensive.

Il y avait vraiment quelque chose qui n'allait pas avec le Docteur depuis… depuis le Coffre, en fait. Au cours de leurs nombreuses conversations, Missy avait bien senti que quelque chose perturbait son ami. Qu'il y avait une profonde tristesse et une profonde peur. Et même s'il avait accepté de se régénérer, il y avait quelque chose de profondément ancré en elle qui n'avait pas disparu après la dernière régénération.

– Hum… Vous voulez qu'on vous laisse seules ? interrogea Ryan, peu à l'aise.

– Non, il faut qu'on avance sur l'affaire Rosa Parks, affirma le Docteur.

– Donc vous croyez qu'il veut tuer Rosa Parks ? Ou se servir de son arme contre elle ?

– Ça fait longtemps qu'il est là et il a établi sa base à la compagnie de bus. S'il veut se débarrasser d'elle, pourquoi il ne l'a pas déjà fait ? De plus, le tournevis sonique a détecté quelque chose d'autre sur lui, mais il faut que je vérifie l'info.

– Je me disais que vous ne l'aviez pas scanné pour rien.

– Non, en effet. Et je crois savoir ce qu'il a. Allez ! Vous vous souvenez de ce qu'on vous a appris pendant vos études sur Rosa Parks ? demanda le Docteur en sautant sur le lit à côté de celui de Missy.

Elle sépara les deux côtés de son tournevis sonique pour laisser apparaître un feutre avec lequel elle écrivit le nom de « Rosa Parks » sur le mur.

– Oh, oh, oh ! Qu'est-ce que vous faîtes ? C'est du vandalisme, on va devoir payer pour les dégâts, tenta Graham.

– Pas de panique ! Feutre magique, le rassura le Docteur.

– Non, arrêtez ! Vous êtes pas Banksy ! protesta le vieil homme.

– Qui sait ? Peut-être, lança le Docteur avec un air mystérieux.

Missy sourit en observant l'air qu'arborait le mari de Grace. Il était désemparé, confus. C'était très drôle.

– Rosa prend le bus le 1er décembre 1955. Mais à quelle heure ?

– C'était le soir, répondit aussitôt Yaz. Elle rentrait chez elle après le travail. Je m'en souviens parce qu'elle a dit que les gens croyaient qu'elle était fatiguée, mais c'était pas le cas.

– Elle travaillait où ?

– Je crois que c'était dans un commerce ou grand magasin.

– Non. Tout à l'heure, elle a dit à ce sale type – celui qui a giflé Ryan – que son costume serait prêt demain, remarqua Graham.

– C'est ça ! Elle… elle faisait des retouches. Elle était couturière. Euh… j'veux dire, elle est couturière. J'arrive pas à m'y faire.

Alors que le Docteur continuait de noter les informations communiquées uniquement par Graham et Yaz, un coup sec retentit contre la porte.

– Salle de bain, ordonna cette dernière en regardant Ryan.

– T'es sérieuse ? demanda-t-il.

– Super sérieuse, assura-t-elle en se précipitant vers la petite salle d'eau avec son ami d'enfance.

Ils refermèrent la porte derrière eux.

Le Docteur se rapprocha de la porte dans le but de l'ouvrir.

– Non, Doc ! Le mur, lui rappela Graham.

Il s'assit juste à côté de Missy sur le lit. Elle fronça les sourcils en le regardant.

– Vous savez qu'il y a deux lits ?

La blonde effaça les inscriptions sur le mur.

– Banksy n'en a pas, lui. Ou peut-être que si…

– Arrêtez de le traumatiser, Dottie.

Cette dernière haussa les épaules en ouvrant la porte à un officier de police.

– Oh… Monsieur l'agent ? Que puis-je faire pour vous ? demanda-t-elle.

– Je peux entrer, madame ?

– Madame… J'arrive toujours pas à m'y faire, soupira-t-elle en laissant le champ libre au policier.

– Pourrais-je savoir ce qui motive votre interruption dans notre vie privée ? interrogea Missy.

– Oui, ma femme est enceinte et a besoin de se reposer, assura Graham.

Le policier observa un instant la femme enceinte qui prit immédiatement la main du faux père de son enfant dans la sienne. Puis son regard parvint à la Dame du Temps à la chevelure blonde.

– Et vous, vous êtes qui, là-dedans ? demanda-t-il.

– Ma belle-sœur. La sœur de mon époux, répondit aussitôt la rousse.

Il les regarda tous les trois un instant, un peu suspicieux, mais se laissa vaguement convaincre.

– Je vous offrirais bien un thé, mais il n'y a pas de bouilloire dans la chambre. Je m'en plaindrai à l'accueil, assura Dottie.

– Britanniques ?

Graham rit légèrement.

– Comment vous pouvez dire ça ? questionna-t-il.

– Vous mettez mal à l'aise les gens d'ici.

– Ah oui ? Qu'est-ce qu'on a fait ?

– Est-ce que par hasard, vous ne connaitriez pas deux mal blanchis ? Un nègre et une jeune fille mexicaine.

– Je ne connais personne répondant à cette description.

– Vous voyez, le… nègre se balade un peu partout et cherche la bagarre… avec d'honnêtes citoyens. Maintenant, vous devez savoir que c'est une infraction d'accueillir les gens de couleur dans un hôtel comme celui-ci.

– Si ce nègre cherche réellement les ennuis, alors pourquoi est-ce que nous choisirions de mettre en danger notre enfant à naître ? demanda Missy, les sourcils froncés.

– Dans ce cas, je peux aller vérifier votre salle de bain ? demanda le policier.

– Oh, mais je vous en prie, répondit la rousse.

Le Docteur dut s'éloigner de la porte fermée pour le laisser passer.

– Qu'est-ce que vous êtes venus faire à Montgomery ? interrogea-t-il.

– On est venu promouvoir un produit, expliqua précipitamment Graham. Une invention. Un… C'est… un… téléphone… qui joue de la musique… et… euh… il a un objectif. Il peut prendre des photos. Et c'est aussi un calendrier. Et il peut envoyer des messages.

– C'est complètement idiot. Quel est votre nom, Monsieur ?

– Steve… Jobs. Steve Jobs.

– J'espère que vous ne vous moquez pas de moi, M. Jobs ?

– Steve Jobs ne se moquerait jamais d'un officier de la police de Montgomery, Monsieur.

Le policier ouvrit alors la porte d'un grand coup sec. Il entra un peu plus en réalisant qu'il n'y avait personne. Puis il écarta le rideau de douche. Mais il n'y avait toujours rien ni personne. Il remarqua alors que la fenêtre était ouverte. Il s'y précipita, mais ne vit rien dehors. Il dut se résoudre à accepter l'idée qu'il ne trouverait personne ici. Ainsi, il repartit tranquillement vers la porte d'entrée.

– J'vous conseille de quitter la ville quand vous aurez terminé de faire affaire ici.

– Nous tenterons de suivre vos conseils, assura Missy en se redressant.

– Non, chérie, ne te lève pas. Tu es trop épuisée.

– Oui, tu as raison… chéri, répondit la rousse, la mâchoire serrée.

L'agent de police referma la porte derrière lui.

– Je passerais pas mes vacances avec lui, lança Dottie. Euh… Vous savez, il est parti, alors vous pouvez arrêter de vous tenir la main.

Graham et Missy échangèrent un regard surpris. Ils avaient presque oublié qu'ils se tenaient toujours la main. Ils se lâchèrent alors et le vieil homme passa sur le lit d'à côté pour s'éloigner de la femme enceinte.

– J'ai pas la peste, non plus !

– Laissez-le s'éloigner, soupira le Docteur.

Mais l'ancienne maîtresse du chaos se contenta de les fusiller du regard. Elle avait eu une sensation étrange en tenant la main de Graham. Une sensation de familiarité qu'elle ne pouvait expliquer. Pourquoi sentait-elle quelque chose la tourmenter dans un coin de sa tête ?

– Euh… ça va ? interrogea la blonde en s'approchant.

– Oui, bien sûr. Vous n'avez pas le monopole du « tout va bien ».

Mais le Docteur se contenta de noter que quelque chose n'allait donc assurément pas. Elle n'était pas la seule à avoir des explications à fournir.


De retour sur le lit, Dottie fit réapparaître les écritures.

– Ok ! Où en étions-nous ? Nous avons besoin du maximum d'infos possible. Pour protéger Rosa, il nous faut tous les détails de sa vie. Son adresse. Ses habitudes. Son lieu de travail. Ses trajets quotidiens et même l'église qu'elle fréquente. Et aussi le nom du conducteur auquel elle n'a pas voulu obéir.

– Ça, je sais. C'est James Blake.

– Comment tu sais ça ?

– J'me souviens, ta grand-mère, quand elle a su que j'étais conducteur de bus, elle m'a tout de suite dit : « J'espère que t'es pas comme James Blake, la tronche de cake. » C'est comme ça qu'elle l'a appelé. Je lui ai demandé qui c'était et elle m'a dit que c'était la honte des conducteurs de bus.

– Elle a dit ça à votre premier rencard ? Woah ! C'est plutôt hard.

– C'est ma grand-mère.

– Elle avait un tee-shirt avec écrit dessus… « l'esprit de Rosa ». J'aimerais tant qu'elle soit là.

Missy baissa la tête. Elle était toujours inconsciente sur Terre… dans le futur. Si seulement, elle avait pu la sauver totalement. Elle aurait dû être ici avec eux. Elle aurait dû pouvoir rencontrer Rosa Parks. Et elle s'en voulait de ne pas avoir pu aider Graham. Elle s'en voulait parce qu'elle voyait toujours cette profonde tristesse dans ses yeux. Le reflet de ses propres émotions. Et c'était à la fois tellement douloureux de se retrouver confrontée directement à elle-même à chaque fois qu'elle le regardait et à la fois tellement apaisant de sentir que quelqu'un d'autre que le Docteur pouvait la comprendre.

– Pas moi. Elle déclencherait une émeute, tenta Ryan dans un trait d'humour.

« Si elle se réveille un jour, je l'emmènerai voir Rosa Parks. »

– Merci. Ce sera probablement le plus beau jour de sa vie, sourit Graham.

– Quoi ?

– Quoi « quoi » ?

– Le plus beau jour de la vie de qui ?

– Ben de ta grand-mère. Tu n'as pas écouté Missy ?

– Missy n'a rien dit, tenta Yaz, déconcertée.

– Vous m'avez entendue ? s'inquiéta la rousse.

– Ben oui, pourquoi ? Vous commencez à me faire peur.

– Je crois que vous projetez un peu trop, Missy, rétorqua le Docteur.

– D'accord, je vais canaliser.

– Mais pourquoi seulement Graham l'a entendue ?

– Peut-être parce qu'il a un lien avec Grace ?

– C'est ma grand-mère.

– Bon, dans ce cas vous m'obligez à dire que c'est parce que Missy est plus proche de Graham que de vous deux.

– Oh… Vous avez dit quoi, du coup ? interrogea la jeune femme.

– Rien qui ne vous concerne visiblement.

– Vous étiez pas censée devenir plus gentille ?

– Qui a dit ça ?

– Le Docteur.

Missy lança un regard noir à la mère de son enfant qui répondit seulement par :

– Bon ! Opération Rosa Parks. Euh… Missy, vous voulez faire quoi ?

– Dormir.

– Y a un problème ?

Le Docteur se précipita vers son amie, toujours allongée. Elle s'assit et sortit son stéthoscope pour vérifier les battements de cœurs de la rousse et de leur enfant à naître, sous le regard stupéfait de Missy.

– Mais qu'est-ce que vous faîtes ?

– Chut, j'essaye d'écouter.

L'ancienne maîtresse du chaos pinça le tuyau pour couper tout son.

– Mais qu'est-ce que vous faîtes ? répéta-t-elle.

Son ancienne ennemie enleva le stéthoscope de ses oreilles et fronça les sourcils sans comprendre.

– Je m'inquiète, et vous ?

– Je suis juste un peu fatiguée et vous êtes déjà quatre à faire des recherches, vous n'avez pas besoin de moi.

– Mais pourquoi êtes-vous aussi fatiguée alors que nous avons passé une journée assez calme dans l'ensemble ?

« Au cas où vous ne l'auriez pas remarqué, mon ventre grossit un peu plus vite que prévu… »

« Un problème avec le bébé ? C'est à cause de la régénération ? Ou de la chute libre du TARDIS ? Ou du vide spatial ? Ou de la course sur Désolation ? Oh mon Dieu, je vous ai vraiment négligée ! »

Le Docteur sentit ses cœurs s'emballer. Et si toutes ces actions qu'elle avait effectuées depuis leur régénération n'avaient été que des erreurs ? Et s'il arrivait quelque chose à Missy ou leur enfant ? Elle remit le stéthoscope en place. Cette fois Missy ne l'en empêcha pas. Pourquoi ? Avait-elle des doutes, des craintes, elle aussi ? Elle se concentra sur les battements des cœurs de son amie. Un peu plus rapides que d'habitude, mais rien de vraiment significatif pour l'instant. Puis elle se concentra sur leur fille. Des battements bien réguliers, plein de vitalité.

« Je vous ferai passer des tests plus poussés quand on sera rentrées. »

« Vous avez décelé quelque chose ? »

« Non, je ne pense pas, mais si vous trouvez que votre ventre est plus gros qu'il ne devrait l'être, je dois vérifier. »

« J'ai déjà fait des tests ces derniers jours… »

« Quelque chose de complet et en profondeur ? »

« Oui, à peu près… »

« Je vais tout reprendre. »

« Docteur… »

« S'il vous plaît. Pour ma tranquillité d'esprit. »

« Si vous voulez, » sourit Missy.

– Donc je vais faire une petite sieste pendant que vous vous tuez à la tâche, ajouta-t-elle plus haut pour que tout le monde l'entende.


– Super. Si on arrive à déterminer la ligne qu'elle prend et à quels horaires, on pourra la surveiller de près demain. Qui veut prendre le bus ?

Missy ouvrit les yeux juste au bon moment pour voir que seul Graham levait la main.

– Vous comptiez me réveiller à un moment donné ? Il est quelle heure ?

– Après-midi. Vous voulez venir faire un tour en bus ?

– Après-midi ? C'est pas très précis, ça… Vous voulez dire un bus, comme ces gros monstres de fer miteux où les gens pauvres s'agglutinent tous parce qu'ils ne savent pas comment se déplacer ?

– Hé ! Les bus, c'est merveilleux ! se vexa Graham.

– Si vous le dîtes…

– Donc vous ne voulez pas venir ? demanda le Docteur.

– J'ai pas dis ça. Mais c'est vrai que j'ai jamais pris le bus de ma vie.

– Vraiment ?

– Pourquoi j'en aurais eu besoin ? Et en plus, c'est… J'ai toujours eu des goûts de luxe avec des jets privés, moi !

– Et c'est moi qui ai besoin d'être ramenée à la dure réalité ? Vous voulez venir ou vous êtes encore fatiguée ?

– J'vais m'en sortir pour une balade en… bus.


– C'est totalement injuste, soupira Graham en regardant son petit-fils obligé de s'asseoir loin d'eux, à l'arrière du bus.

– La vie est injuste, au cas où vous vous poseriez des questions.

– J'suis désolée, Ryan, s'excusa le Docteur en se tournant.

– Il ne va pas mourir dans la seconde parce qu'il est assis à l'arrière.

– C'est un symbole, Missy. On bride leur liberté, leurs droits et leur statut en les traitant comme ça.

– Oui, mais ça ne va pas tuer Ryan de s'asseoir à l'arrière de ce bus puisqu'il va repartir dans son époque.

– Le conducteur m'a laissée monter à l'avant, mais où est-ce que je vais m'asseoir ? Y a pas beaucoup de gens de couleur d'origine pakistanaise par ici. « Gens de couleur », c'est uniquement pour les noirs en 55 ? s'inquiéta Yaz. Oh… J'vais poser mes fesses de Pakistanaise, mexicaine sur ce siège réservé aux blancs et on verra bien. Prendre le bus à Montgomery. Ah, ouais, c'est le pied, ajouta-t-elle en levant les pousses en l'air, maintenant assise à côté de Graham.

– Et si on profitait d'un peu de solitude pour… commença Missy en chuchotant.

– On n'est pas seules, alors ne songez pas à quoi que ce soit de… de… enfin, vous voyez.

– Je ne pensais pas à ça. Je voulais savoir ce que vous aviez trouvé sur notre cher inconnu.

– C'est pas très important, il faut surtout l'empêcher de nuire.

– Vous me prenez pour qui ? Je n'entreprends rien si je n'ai aucune information et vous le savez. Pourquoi vous essayez de me cacher ça ? C'est pas comme s'il pouvait être pire que moi.

– D'après le tournevis sonique, il a été enfermé à Stormcage.

– La prison de haute sécurité dans laquelle votre épouse était enfermée ?

– Laquelle ?

– Stormcage, vous l'avez dit vous-même.

– Non, laquelle de mes épouses ?

– Le Professeur River Song. Pourquoi vous en avez d'autres dont vous m'avez caché l'existence et qui ont séjourné à Stormcage ?

– Non, j'en ai qu'une, pourquoi ?

Missy inspira profondément, agacée.

– Je vais vous tuer un jour. Non, c'est juste… juste pour que vous sachiez et que vous ne m'accusiez pas de vous trahir. Je vous préviens à l'avance, c'est tout.

Le Docteur fronça les sourcils sans comprendre. Pourquoi une telle menace ? Elle n'avait pourtant rien fait.

– Vous devriez vous calmer, c'est pas bon pour le bébé.

– Mais je suis parfaitement calme.

– Bon d'accord, ce que je voulais dire c'est que c'est pas bon pour le bébé de voir l'un de ses parents se faire tuer par l'autre.

– Elle n'aura pas besoin de le voir.

– Mais je vous ai rien fait ! protesta vivement le Docteur attirant quelques regards vers elles.

– Moins fort, lui intima la rousse, la voix toujours basse.

– Comme si c'était facile avec vous qui me menacez de me tuer…

– Donc, nous en étions où ? À quel point ce criminel est-il dangereux ?

– Je crois pas que ça va vous plaire…

– Dîtes toujours…

– On lui a mis un implant dans sa tête qui modifie sa structure chimique afin de supprimer les pulsions violentes.

– Donc il est très dangereux.

– Oui, mais l'important c'est qu'il ne puisse plus faire de mal grâce à son implant. C'est pour ça qu'il n'a pas tué Rosa Parks. C'est pour ça qu'il ne pourra pas nous faire de mal, non plus.

– Ce n'est pas parce qu'il ne peut plus faire de mal directement qu'il n'a pas d'autres tours dans son sac, Docteur. Il existe bien d'autres moyens indirects pour faire du mal.

– Je sais pas quels sont ses moyens, justement. Pour l'instant, on a juste vu une valise avec des objets en mauvais état, un simple manipulateur de vortex et un expulseur temporel. Tous ses appareils sont dans un mauvais état ou bien presque déchargés. Il n'a pas l'air d'avoir beaucoup de moyens.

– C'est pas parce qu'il n'a pas de technologies vraiment efficaces qu'il ne peut pas nous faire du mal via d'autres personnes. On ne sait pas depuis combien de temps il est ici à observer et peut-être même à tisser un réseau prêt à lui servir en cas de problème.

– C'est vrai. C'est pour ça qu'il faut que j'aille le voir, enquêter.

– Vous n'êtes pas sérieuse ?

– Il ne peut pas me faire de mal, Missy.

– Et si vous étiez touchée par un rayon de son expulseur temporel ?

– Je croyais que ce n'était pas une vraie arme ?

– Oui, mais vous vous retrouveriez coincée à une autre époque, ma chère. Et il pourrait tout aussi bien vous avoir tendu d'autres pièges pour vous mettre hors-jeu.

– On n'a pas le choix, je dois aller estimer à quel point il peut nous poser problème.

– Dans ce cas je peux venir avec vous, s'il est si inoffensif que vous le dîtes.

– Non, nos nouveaux amis ont besoin plus que moi de votre protection.

– Vu le nombre de fois où j'ai dû vous sauver la vie, je n'en serais pas si sûre à votre place.

– Pourquoi vous compliquez toujours les choses ? Vous êtes enceinte, alors laissez-moi m'occuper du plus grand danger.

– D'accord, si vous vous retrouvez coincée au 79e siècle, vous m'enverrez une lettre ?

– C'est vrai, ça. Pourquoi il n'a pas utilisé l'expulseur temporel sur Rosa ?

– C'était pas exactement de ça dont on parlait, mais soit… soupira Missy, alors que son amie s'était mise à penser à tout autre chose.

– Missy, pourquoi ?

– Pas assez d'énergie ?

– Non, il l'a utilisée sur un peu tout et n'importe quoi.

– Je n'ai jamais utilisé ce genre de technologie. Mais on pourrait supposer que déplacer un être vivant, l'arracher à sa propre temporalité donc à sa ligne temporelle originelle, demande plus de puissance que celle nécessaire pour de simples objets. Peut-être qu'il a déjà essayé de l'utiliser sur elle, mais que ça n'a pas marché. Ou peut-être simplement que Rosa est si importante pour cette planète que ça créerait une déchirure dans l'enveloppe de la réalité de l'envoyer autre part, si bien que maintenant, la meilleure solution semble être de faire…

– De faire capoter l'Histoire…

Missy haussa les épaules. Si tel était le plan de cet homme, c'était plutôt ingénieux. Il était si facile de faire dérailler l'histoire. Elle baissa la tête sur son ventre arrondi, mais capta une tache de sang juste à ses pieds. Ses cœurs s'emballèrent alors que ses mains se crispaient sur son ventre. Elle bougea les pieds, releva la tête dans le but de chercher le regard réconfortant du Docteur, mais elle comprit immédiatement d'où venait le sang lorsqu'elle remonta ses yeux verts et se détendit aussitôt, empêchant difficilement un rire de s'emparer d'elle.

– Qu'est-ce qui vous prend ? C'est pas drôle. L'Histoire est… commença le Docteur.

Missy força le Docteur à baisser la tête et elle apprécia de voir le regard chocolat s'écarquiller sous la stupeur de la tache carmin qui se faisait une place sur son pantacourt clair et la blonde releva vivement la tête en quête d'un corps invisible qui aurait laissé des traces sur elle.

« Mademoiselle ! Quelqu'un est blessé ! »

« Non, Docteur. C'est votre sang. »

« Mon… Je suis blessée ? Je n'ai rien senti. Pourquoi autant de sang ? Qu'est-ce que ça veut dire ? Je ne me suis pas blessée. Je suis peut-être malade. »

« Non, vous êtes juste devenu devenue une femme et nous devons passer au TARDIS pour vous permettre de changer de pantalon. »


À la semaine prochaine pour le chapitre 15 et seconde partie de l'épisode "Rosa"

J'espère que ça vous aura plû, n'hésitez pas à le dire en review, si c'est le cas ou non ^^