Bonjour, bonjour !
Je sais, vous ne m'attendez sans doute plus. Mais je tiens à vous dire que je tiens vraiment à finir cette fanfiction et je vais le faire. Tout l'été, vous aurez un nouveau chapitre chaque dimanche. C'est déjà programmé ^^
DISCLAMER : L'univers et les personnages ne m'appartiennent, malheureusement, pas.
Bonne leçon ^^
– Chapitre 17 – « Arachnides au Royaume-Uni », Partie 1
– Ne me dîtes pas que vous avez à nouveau éteint les stabilisateurs ?! s'écria Missy en revenant dans la salle de commandes.
Elle s'accrocha aux sculptures hexagonales qui décoraient la pièce pour se hisser au niveau du Docteur.
– Non, j'ai rien fait cette fois… AAAH !
Il y eut une nouvelle secousse plus violente. Missy Glissa au sol dans l'espoir de minimiser les risques. Mais le sol tremblait tellement, vibrait tellement. Cela minimisait certes les risques pour le bébé, mais cela augmentait également les risques pour qu'elle rende son petit-déjeuner.
– Vous avez touché à quelque chose ?! demanda-t-elle à nouveau, cette fois aux Humains.
Ils répondent tous un grand « Non ! » en chœur.
Elle leva alors la tête vers un écran et constata avec horreur la vitesse de trajectoire du Docteur.
– Vous vous approchez trop près du Londres victorien ! se précipita-t-elle. Si vous ne rectifiez pas les choses, vous risquez de détruire Big Ben en tombant par accident dans cette époque. Ce serait dommage, ils viennent à peine de finir de la construire.
– C'est déjà ce que j'essaye de faire, merci !
– Docteur, commentez remet les stabilisateurs ?! interrogea une Yaz qui avait manqué de peu de se faire projeter contre un mur.
– C'est un peu compliqué, là ! J'essaye déjà de ne pas faire exploser l'époque victorienne ! Désolée ! s'excuse la blonde. Ça y est ! En approche ! OUH !
– Vous êtes sûre que vous maîtrisez l'engin ?! S'inquiéta Graham qui doutait chaque jour un peu plus.
– Je gère ! assure-t-elle en branchant quelques prises. C'est un nouveau système, en rodage. Faut que je l'approuve !
– Et que vous lui rappeliez de remettre les stabilisateurs en marche ! s'agaça Missy.
– Vous auriez dû rester dans votre chambre, c'était moins dangereux !
– Non, ce que j'aurais dû faire, c'est me mettre dans mon TARDIS !
– Ça y est ! Sur atterrit ! sourit le Docteur alors que toutes les secousses s'arrêtaient brutalement.
– Wow… murmura la rousse en se laissant se reposer contre un mur.
Elle devait juste se comprendre sur autre chose que son envie de vomir. Elle vit Yaz courir vers les portes d'entrées et les ouvrir vivement.
– On est à la maison ! On est bien à la maison ! se réjouit-elle en sortant entièrement, les deux autres à sa suite.
– Ça va ? questionna Dottie en s'approchant d'elle.
– Je vais détruire votre TARDIS morceau par morceau, menaça l'ancienne maîtresse du chaos.
– Je suis sûr qu'il y a dû y avoir un problème qui a supprimé les stabilisateurs, pas besoin de s'en prendre à elle.
– Je vais quand-même lui faire regretter si elle continue d'enlever ces fichus stabilisateurs.
Le Docteur lui tendit les deux mains pour l'aider à se relever. Missy accepta, toujours secouée. Puis elles se dirigèrent vers l'extérieur.
– Un peu d'air frais vous fera du bien, assure la blonde.
– J'aurais plutôt besoin d'une bassine…
Elles sortirent et Missy s'assit directement sur les marches à côté de la boîte bleue.
– Oui ! J'ai assuré ! Vous voyez, c'était pas des mots dans l'air, sourit Dottie, profondément satisfaite.
– On est à Park Hill, lança Ryan.
– C'est chez moi, là-haut ! informa la jeune femme en désignant quelque chose choisi tout en haut de l'immeuble.
– C'est haut… se borna à constater la Dame du Temps enceinte.
– Quoi ? T'habites à Park Hill ? Nous, on est là-bas, a répondu Ryan en jetant son bras quelque part au loin.
– Cool, j'ai enfin du réseau ! s'enthousiasme l'agent de police. Mais ya pas de messages, dit-elle, un peu déçue.
– C'est normal, ça fait que trente minutes qu'on est partis, l'informa Dottie.
– Y a une demi-heure, on était avec vous dans le hangar ?
Elle hocha la tête à question de l'ancien chauffeur de bus.
– Ça alors… souffla-t-il.
« Vous ne leur avez pas donné l'occasion de correspondre avec leurs amis et leur famille ? Pourquoi ? Nous savons toutes les deux que vous possédiez les moyens de leur donner du réseau une fois dans le TARDIS… » fit une voix dans sa tête.
« J'y ai pas pensé. Et d'ailleurs vous non plus, vous n'y avez pas fait attention avant maintenant. »
« Oui, mais moi, je ne me vante pas de faire attention à tout le monde. Pourquoi vous ne leur avez pas donné de quoi communiquer ? Vous l'avez toujours fait avec vos autres compagnons. »
« Je sais pas, ok ?! J'y ai sur Désolation et je suis pensé laissée entraîner par d'autres pensées. Je voulais les ramener, alors ça n'avait aucune importance pour moi qu'ils parlent ou non avec leurs proches. Vous êtes content ? »
" Contenu ? Non. Je me pose simplement des questions sur votre nouvelle manière de fonctionner… »
« Pas encore… On doit se concentrer sur le bébé, pas se disputer une nouvelle fois… »
« Je sais, mais je trouve quand-même ça un peu curieux. »
– Bon… ! fit le Docteur à voix haute et mal à l'aise. C'est là qu'on se quitte.
Les trois Humains échangèrent un regard.
– Ben… Faut croire que oui, répondit Ryan avec désinvolture pour dissimuler sa gêne.
– J'vous ai ramenés, on se sépare. C'était chouette de vous avoir.
Missy n'avait pas besoin de télépathie pour voir que l'atmosphère était tendue et que personne n'avait réellement envie de se quitter.
– Merci, docteur. Pour cette expérience fantastique, reprit Graham avec sincérité.
– Oui… approuvé Ryan dans un souffle.
– C'était un plaisir.
Un nouveau silence gênant s'installe et Yaz demande :
– Vous allez faire quoi maintenant ?
– Oh, je crois que… j'vais retourner dans ma cabine. Y a tant de choses à voir.
– Vous voyagez seules ?
– Et moi, je suis quoi ? Un courant d'air ? Missy s'exaspère.
– Non, j'voulais dire, toutes les deux. Vous voyagerez seules toutes les deux, se reprit Yaz.
– Joli rattrapage, la complimenta la rousse.
– C'est vrai ? Merci, sourit la jeune femme.
– J'imagine qu'on reste seules, juste toutes les deux, pendant un certain temps. C'est peut-être mieux avec le bébé qui va arriver, a répondu le Docteur avec une certaine tristesse.
« Je vois que ça vous fait plaisir de rester seule avec moi… »
« C'est pas ça ! C'est juste que… »
« Que vous avez commencé à vous attacher à eux, peut-être ? »
« Peut-être… »
– Venez boire le thé chez moi ! les invite Yaz.
– Volontiers ! sourit la blonde en refermant la porte de son vaisseau. Excellente idée ! Merci ! J'adore le thé ! Un thé chez Yaz, la classe ! se réjouit-elle en faisant se relever Missy qui la fixait sans comprendre. Vous venez ? On va boire le thé chez Yaz ! demanda-t-elle en se tournant vers Ryan et son grand-père.
Missy la trouva beaucoup trop ravie, beaucoup trop empressée.
« Vous y tenez vraiment à cette fille ? » interrogea-t-elle.
« Ça n'a rien avoir. »
– On n'a pas été invités, lui rappela le jeune homme.
– Soyez pas stupides, bien sûr que vous êtes invités, le rassura Yaz.
– Ok, on vient, répond-il avec un grand sourire.
– Graham !
– J'vais d'abord passer chez moi, Yaz. J'vous rejoint un peu plus tard, d'accord ?
Ryan se rapprocha de lui et lui demanda :
– J'accompagne pas ?
– J'préfère être seul, sourit faiblement le vieil homme. Partez pas sans me dire au revoir ! lança-t-il au Docteur.
Missy sentit ses cœurs se serrer. Elle savait que maintenant qu'il était de retour chez lui, dans la vie réelle, il incluait encore plus fortement l'absence de Grace. Même si elle n'était pas morte, elle n'était toujours pas auprès de lui. Et cette simple souffrance, cette simple incertitude pouvait déjà rendre fou, elle en était sûre, même si elle ne savait pas précisément ce que cela faisait. Parce qu'elle avait vu mourir définitivement ses proches, elle. Il n'y avait jamais eu une telle incertitude.
– Un thé chez Yaz. J'ai jamais pris le thé chez Yaz, la coupa une voix atrocement familière.
– Oh, c'est pas vrai, vous êtes vraiment en manque… soupira Missy. Continuez de dire que vous prenez le thé chez Yasmin, et je vous jure que je procède à un écartement en règle.
– C'est assez dur, l'écartèlement, se moqua la brune.
– Oui, vous avez raison ma chère. Docteur, si vous continuez de dire ça, je vous étrangle.
– Missy, reste calme pour le bébé, tente Dottie.
– Ah ! Ne mêlez pas le bébé à cette histoire !
– Mais vous avez besoin de calme. Et un thé, c'est calme comme aventure.
– Oui, jusqu'à ce que vous ouvriez un trou noir dans son salon.
Yaz panique immédiatement.
– Vous pouvez faire ça ?
– Oui, mais là, il n'y a aucun risque pour que je le fasse accidentellement, rassurez-vous, Yaz, assure la blonde. Bon, vous venez, Missy ?
– Je dois monter tous ces étages à pied ?
– Y a pas d'ascenseur, désolée, s'excuse Yaz.
– Bien, vous montez sans moi.
– Vous ne voulez pas venir prendre le thé chez moi ?
– Non, pas spécialement, mais puisque je dois attendre le bon vouloir du Docteur pour partir, je vais vous rejoindre par mes propres moyens, c'est-à-dire, mon TARDIS.
Puis Missy revient dans le vaisseau de son amie et les planta tous là.
– Je pense qu'on devrait monter parce que Missy arrivera bien avant nous, lança le Docteur en sautant presque sur place.
– Votre amie est un modèle de gentillesse, ironise Ryan.
– Anne ?!
Ce fut la première à choisir que Missy entendit en atterrissant à l'étage espéré. Plutôt que de perdre son temps à parler avec Yaz pour lui demander la localisation précise de son appartement, elle avait laissé son sens du temps décider seul. Mais maintenant, elle se demandait s'il ne l'avait pas conduit tout droit vers des problèmes.
– Anne ? interrogea-t-elle en regardant la jeune femme qui frappait frénétiquement à une porte d'entrée.
La jeune femme sursaute.
– Je vous n'avais pas entendu arriver, dit-elle.
– Un problème ?
– Non, je…
– Vous mentez.
– Vous dîtes ça parce que j'ai l'air ennuyé et que je cherche visiblement quelqu'un ?
– Entre autres, répondu Missy en croisant ses bras sur sa poitrine. Alors qu'est-ce qui vous préoccupe ?
– Je cherche ma collègue de travail. Elle ne répond pas à mes appels. Et ça fait plusieurs jours que je ne l'ai pas vue.
– Plusieurs jours ? Il me semble que sur Terre, lorsque des adultes disparaissent pendant 48 heures, vous pouvez contacter la police.
– Oui, sur Terre, murmura la jeune inconnue sans comprendre le sens du début de la phrase. Mais dans ce cas, je dois prouver que je ne la trouve pas à son domicile et je n'y suis pas entrée.
La Dame du Temps s'approche de la porte d'entrée et l'effleure de sa main. Elle sentit immédiatement quelque chose d'étrange émaner de cet appartement. Un mauvais pressentiment ? Une odeur étrange ? Une présence familière ? Un peu les trois… Oui quelque chose qu'elle connaissait… quelque chose qu'elle pouvait sentir se cacher n'importe où.
C'était la mort.
Elle sentait toujours la mort, et ce, peu importe où elle pouvait se cacher. Peu importait ce qui s'était passé, mais cette « Anna » était assuréement morte. Elle le sentait. Encore un petit cadeau de la mort. Mais elle ne décelait rien d'étrange en dehors de ça. Après tout, cela arrivait souvent que quelqu'un meure de manière naturelle, ou en tous cas non extraterrestre.
– Dans ce cas, appelez les secours ou les pompiers ?
– Vous la connaissez ? Vous avez des raisons de penser qu'elle a eu un problème ?
– Non, je ne connais pas. Et ce n'est pas à moi de régler votre problème. Alors soit, vous appelez les secours, soit, vous appelez la police, soit, vous entrez chez elle par effraction.
– Mademoiselle ? appela une voix derrière elle. Y a un problème ?
Cette dernière se revient pour voir arriver le Docteur et ses deux nouveaux amis.
– Je ne sais pas. Peut-être, a répondu la rousse en lançant un bref regard à l'inconnue.
– Non, ça va aller, je vais me débrouiller. Ce n'est pas vous que ça concerne, de toute manière, assure cette dernière en se détournant d'eux pour regarder son téléphone.
« Qu'est-ce qui se passe ? » s'inquiéta le Docteur.
« Je ne sais pas. Elle cherche sa collègue. Mais je ne pense pas que ça puisse représenter un réel intérêt. »
« Vous me cachez quelque chose ? »
« Non, pourquoi ? »
« Parce que j'ai l'impression que vous me cachez quelque chose à propos de cette histoire. »
« Quelle histoire ? Cette inconnue ? Non, ça va, je vous assure. »
« Vraiment ? Elle a généré votre attention et éveillé votre curiosité comme ça ? Juste pour rien ? »
« Qui vous dit qu'elle a éveillé ma curiosité ? »
« Je le sens. Et je sens aussi qu'il y a quelque chose que vous ne me dîtes pas. »
Évidemment qu'il y avait quelque chose qu'elle dissimulait à son amie. Comment pourrait-elle lui expliquer qu'elle sentait des relents de mort s'échapper de cet appartement alors qu'elle ne devrait pas ? Elle se sentait si mal lorsqu'elle ressentait cela. Et elle ne voulait pas aborder ce sujet maintenant. Pour l'instant, elles allaient profiter d'un thé chez… Oh non ! Le Docteur était en train de contaminer avec cette phrase stupide !
– Attendez, vous vivez dans ces trucs minuscules ? Mais il n'y a même pas un mètre entre les portes d'entrées.
– C'est un peu petit, mais c'est pas trop mal une fois à l'intérieur, lui assure l'agent de police en se dirigeant vers sa propre porte.
« Vous essayez pas de changer de sujet, au moins ? »
« Non, je m'inquiète vraiment pour l'étroitesse de cette chose… »
« Et le pire, c'est que je vous crois. »
Yaz ouvrit la porte de chez elle et y pénétra avec ses trois invités à sa suite.
- C'est moi ! J'amène des amis ! lança-t-elle dans le vide. Personne. Ils sont sortis, déduisit-elle après un silence.
Mais un homme d'âge mûr sortit de ce que Missy supposait être une pièce. Yaz devrait vraiment attendre plus longtemps avant de leur donner de fausses joies…
– Tu es venu avec des amis ? sourit Hakim Khan. Sonya ! Yaz nous amène des amis ! J'vous apporte à manger.
« Le père et la mère ? »
– T'as réussi à te faire des amis ? se moqua une jeune fille en apparaissant dans le vestibule définitivement bien trop étroit pour Missy. Elle vous paye, c'est ça ?
– Non, je serais bien trop chère pour votre famille et votre… boîte à sardines, lança Missy avec froideur.
Elle n'aimait pas cette fille. Commentaire Yasmin pouvait bien regretter cet endroit et sa famille avec tout ce que le Docteur lui pouvait proposer ?
– Elle est sympa, ta nouvelle amie, lance Sonya.
– Elle est sympa, votre sœur, ajoute Missy sur le même ton sarcastique.
– Je crois qu'on devrait se calmer, là. Mademoiselle, vous…
– Ah non ! Ce n'est pas moi qui ai commencé. C'est cette jeune fille mal élevée.
– On peut-être devrait-être passer dans le salon, proposa Yaz.
– Bonne idée, nous sommes un peu trop à l'étroit dans ce couloir.
– Oh, quelle vue magnifique, s'extasia le Docteur en faisant le tour de toutes les fenêtres de la pièce. J'ai jamais eu d'appart à moi. Un petit chez moi. Ça me plairait bien. Oh quel beau canapé ! Vous m'imaginez assis dans mon canapé à moi ? Je m'achèterais un canapé violet, je crois. Et je m'affalerais dedans. C'est bizarre ce que je dis ?
– Un peu, oui, répondit Ryan, assis à la table de la salle à manger, alors que Yaz souriait en regardant le Docteur déblatérer.
Missy aurait donné sa main au feu que cette fille finirait par les rejoindre dans le TARDIS et par tomber amoureuse du Docteur. Mais pour l'instant, la seule a choisi qui la préoccupait était le tas d'ordures dans la cuisine. Elle ne pouvait pas se résoudre à le quitter des yeux pendant une minute, comme si les ordures pouvaient agir comme des anges pleureurs et se jeter sur elle à la moindre occasion qu'elle leur laisserait.
– Seulement un peu ? soupira-t-elle.
– Missy, ça n'en est pas, lui rappela le Docteur.
– Et vous, vous avez déjà une maison et je ne vous rappelle pas à quel point votre petit monologue sur les canapés violets est stupide.
– Un canapé violet, ça n'a rien de stupide ! Et je parle d'un vrai chez moi dans une vraie ville.
– Sur Gallifrey, vous avez votre domaine et vos terres.
– Oui, mais c'est immense. Alors que là, on dirait un joli petit cocon.
– Ce n'est pas vraiment le mot que j'aurais choisi, mais soit…
– C'est quoi Gallifrey ? les interrompit le père de Yaz, toujours aux fourneaux. J'ai jamais entendu parler.
– Un petit village d'Irlande. C'est vraiment magnifique. Avec de grandes et belles architectures, répondu la blonde avec un grand sourire. Je papote. Je me débrouille pas trop mal ? murmura Dottie.
– C'est pas encore ça, sourit Yaz.
– C'est normal, j'ai le trac. J'suis pas à l'aise en société. Je tâtonne. Je me cherche encore un peu.
– Vous avez pas d'accent irlandais, réfléchit le père de famille. Enfin, à part vous peut-être, ajoutez-t-il en regardant Missy.
– Vraiment ? Ah oui ! Je n'y faisais plus attention. Pourquoi je n'y ai pas fait attention ?
– On était concentrées sur plein d'autres choses, et après vous refusez de me parler, maugréa Dottie. Alors, vous aimez les déchets ? sourit-elle en s'approchant un peu plus, passant d'un sujet à un autre comme l'hyperactif qu'elle était dans sa jeunesse et comme le Onzième Docteur avec son nœud papillon stupide.
– Je vous préviens ! l'invectiva Missy. Si vous touchez, vous ne vous approchez plus de moi !
– Ça vous dérangerait pas à la décharge.
– C'était différent. C'était il ya longtemps et j'étais vraiment en mauvais état.
– Oui, c'est ça… Et donc les déchets, vous les collectionnez comme des timbres ? Vous les triez aussi par genre de déchets ? Genre plastique, verre… ?
– Laissez-moi vous expliquer ce qui se passe, fit Mr Khan avec sérieux.
– Et c'est reparti… au secours, grimaça Sonya.
– Papa, faut que t'arrête d'accumuler des résiduels. Maman va hurler quand elle verra ce que t'as encore ramené à la maison. Et cette odeur…
– Merci, Yasmine ! Je ne voulais pas être impolie, sourit Missy en mettant un mouchoir brodé devant sa bouche et son nez.
Elle déteste vraiment cet appartement. Enfin, il n'avait bien de l'appartement que le nom. Ils étaient entassés à quatre dans une boîte à sardines avec des déchets. Cela lui faisait bien penser à une décharge publique, mais au moins, les décharges étaient grandes et à l'air libre. Cet endroit se contentait d'essayer de l'étouffer, lui.
– Elle aime pas trop être appelée par son prénom complet, se contenta de répondre à la petite sœur, toujours sur son portable.
– Et moi, je n'aime pas son diminutif, mais on n'a pas toujours ce qu'on veut dans la vie…
« Docteur sortez-moi de là tout de suite ! Ces choses toxiques empestent et je ne suis pas persuadée que ce soit bon pour le bébé ! »
« Yaz nous a invités. »
« Je m'en fiche ! Elle non plus n'aime pas ce qui se passe chez elle. »
« Je ne pense pas qu'il mettrait ses enfants en danger. »
« Cet homme ne sait même pas ce qu'il ramasse ! Imaginez que des restes de produits chimiques qui n'ont rien à faire ensemble se mélangent ! »
Le Treizième Docteur se mordit la lèvre. Elle connaissait suffisamment les Humains pour savoir que ce genre d'accident pouvait se produire.
Missy attrapa immédiatement son stylo sonique et scanna les déchets.
– C'est quoi ça ? demanda Sonya.
– Un stylo.
– Pourquoi il joue la Lettre à Élise ?
– Parce que c'est un stylo qui a plusieurs fonctions, comme vous faire parler, malheureusement.
– Hum… Missy, vous risqueriez d'éviter des réflexions désobligeantes ? Tente Yaz.
– Désolée, ma chère. Je ne voulais pas vous bénir.
– C'est à ma sœur que vous devriez présenter vos excuses.
– Pourquoi ? Je ne trouve pas vraiment agréable à votre satisfaction. Je m'excuserai lorsqu'elle s'excusera auprès de vous.
Même si Yaz était touchée par le premier geste gentil de la Dame du Temps à son futur, elle devait expliquer les choses à Missy.
– C'est un truc entre sœurs. On se lance souvent des piques, c'est notre façon de communiquer. Ça ne vous est jamais arrivé de vous chamailler comme ça avec un frère ou une sœur ?
Le Docteur se frappa silencieusement le front avant de faire un signe de tête négatif à leur hôte qui réalisa à contretemps son erreur.
– Je suis enfant unique, a répondu Missy d'un ton neutre. Posez plutôt cette question à Dottie.
– Je comprends mieux certaines choses… marmonna Ryan.
– Vous dîtes, Ryan ?
Le « bip » du stylo sonique de Missy le dispensa de répondre et il accueillit cette distraction avec ralentissement : la rousse regardait les résultats de son scan sans plus se préoccuper de lui.
– Vous attraperez le virus de la grippe… Bon, c'est vital pour nous, mais vous, ça vous rendra bien malades. Et à votre place, M. Khan, je jetterais tout cela au plus vite. À moins que vous ne soyez déjà stérile, schizophrène, avec un cancer du poumon sévère ?
- Pardon ? s'exclama Hakim.
Le Docteur Grimaça. Même elle savait que les propos de Missy étaient bizarres.
– Je suis plus bizarre qu'elle ? demanda-t-elle alors, intriguée.
– Disons que c'est pas le même style. Elle, elle est plus méchante et à l'aise, et vous très mal à l'aise, a répondu la jeune policière en fixant les déchets de son père avec davantage d'inquiétude. Papa, tu devrais vraiment aller jeter tout ça…
– N'utilise pas le terme « méchante » à tort et à travers, lui conseilla le désordre Missy. Vous n'avez aucune idée de ce qu'il signifie vraiment… Dottie, regarde.
Elle glissa son stylo à la blonde.
« Une forme de vie d'arachnide modifiée au plutonium ? »
« Je vous avais dit que cet homme ne savait pas ce qu'il ramassait. »
« Vous pensez que cette espèce d'araignée est venimeuse ? Parce que dans ce cas, une araignée mutante venimeuse sera très dangereuse dans la seconde. »
« Je dois affiner les recherches pour toutes les différentes espèces… »
Mais à ce moment-là, un seau glissa et roula de lui-même sur le sol jusqu'aux pieds du Docteur. Missy sauta sur ses pieds et se mit en position de défense.
– Bon, vous savez quoi ? Moi, je vous laisse vous débrouiller avec ça. Je suis arachnophobe, lança-t-elle.
– Depuis quand ? interrogea le Docteur, surprise.
– Depuis.
– De quoi vous parlez ? Ryan s'inquiète.
– D'une araignée mutante et possiblement dangereuse.
– Non, on n'en sait rien. Pour l'instant, il se pourrait qu'elle soit juste mutante et pas dangereuse du tout, tenta la blonde.
– Je comprends pas tes amis, Yaz, lança Sonya avec une légère inquiétude dans la voix.
– Tout va bien, assure le Docteur. J'ai la situation sous contrôle.
– Mais quelle situation ? demanda le père de famille.
Une araignée plus grosse que la normale sorte de derrière une pile de seaux.
– Cette situation !
- Ouah ! fit Yaz en sautant près de ses nouvelles amies extraterrestres. Elle… Elle fait la taille d'une encyclopédie, c'est normal ?
– Mutation à cause du mélange des produits chimiques, expliquée à la rousse. Les Humains ont des idées tordues, parfois.
– Ah ! Je savais qu'il y avait un complot autour des déchets, mais vous vouliez pas m'écouter.
– Vous seriez gentil de ne pas trop vous réjouir, M Khan. Parce que vous n'auriez pas invité cette charmante créature à huit pattes si vous n'aviez pas ramené toutes ces horreurs chez vous. C'est vous qui l'avez apportée !
– Mademoiselle ! Ne soyez pas désobligeante. Vous devez vérifier son espèce.
L'araignée claqua ses petits-gros ? – crochets, interpellant Missy.
– Oh, elle n'est pas venimeuse.
– Et vous avez compris ça parce qu'elle est en train d'aiguiser ses crocs ? Ryan s'inquiète.
– Non, je parle l'araignée. Et quand elle claque ses crochets – et pas ses crocs –, ça veut dire qu'elle parle.
– Depuis quand vous parlez l'araignée ? l'interrogea Dottie.
– Depuis que j'ai choisi d'apprendre cette langue, pourquoi ? Vous avez appris quoi à la place, vous ?
– Moi ? Le dinosaure.
– Pourquoi ? Pour essayer de convaincre les alligators de ne pas vous manger ?
– Non, je voulais parler du dinosaure. J'aime bien cette langue.
– Vous savez, il y avait aussi des araignées à la Préhistoire.
– Vous êtes arachnophobe et vous apprenez le langage des araignées, et c'est moi qui suis étrange ?
– Ça m'a permis de négocier du venin mortel avec une veuve noire, un jour.
– Ah d'accord, je comprends mieux maintenant…
Missy s'approcha lentement de l'araignée et se mit à genoux devant elle. Elle claqua à nouveau.
– Qu'est-ce qu'elle dit ?
– Elle ne comprend pas pourquoi le monde a rapetissé. Ce n'est pas le monde qui a un problème, c'est toi. Tu es plus grande que la normale. Tu ne te sens pas plus grosse ?
Un nouveau claquement et l'araignée recula.
– Non, je ne voulais pas te vexer, tu es superbe. C'est juste que tu devrais sentir que quelque chose ne va pas.
– Je sais pas si elle, elle le sent, mais moi, je le vois, se contente de répondre à une Sonya, paniquée.
– T'inquiète pas, la rassura Yaz. Le Docteur et Missy sont des spécialistes des trucs bizarres.
– Oui, enfin ça, c'est votre erreur, pas une invasion extraterrestre.
– Une quoi ?!
– J'vous expliquerai tout plus tard, leur promit Yaz, dévançant le reste des interrogations qu'elle verra se dessiner sur leur visage.
Puis son téléphone portable sonna, faiblement. La bestiole face à elle sembla s'agiter.
– Répondez à ce fichu téléphone, elle ne supporte pas ce bruit, c'est trop aigu.
L'agent de police obéit à Missy et s'éloigna dans le couloir, peu après avoir entendu un claquement de l'araignée et la traduction – slash remerciement – de la rousse.
– Elle est perdue, elle cherche sa sœur, continue-t-elle.
– Oh oui, bien sûr. On va l'aider à retrouver sa sœur, répondit Ryan précipitamment.
– Où est sa sœur ? interrogea la blonde.
– Elle a envoyé son odeur pas très loin. Probablement dans l'une des petites boîtes.
– Petites boîtes ?
– Appartements, corrigea distraitement Missy. Elle est peut-être dans celui d'à côté. La voisine n'a pas donné signe de vie depuis plusieurs jours et je sens des relents de mort émaner de cet endroit.
– Pourquoi vous ne m'avez pas dit plus tôt ? s'enquitter Dottie.
– Moi, j'ai une autre question, les interrompent Ryan. Elle n'est pas censée être inoffensive ?
– Elle l'est, c'est une araignée domestique, mais si sa sœur est plus grosse, elle a pu paniquer.
– C'était maman, elle a oublié un truc, les interrompit Yaz, son regard se posant sur son père et sa sœur. Je dois lui apporter. J'vais le lui déposer en vitesse. Enfin, si vous n'avez pas besoin de moi pour… pour… la bestiole ? ajouta-t-elle en lança un regard dégoûté vers l'araignée.
– Ne l'appelez pas comme ça. Elle est sensée. En plus, elle a passé une très mauvaise journée.
– Ok, ma mère s'est fait embaucher dans un hôtel de luxe. J'vous laisse que quelques minutes, je serai vite revenu.
– Un hôtel de luxe ? Je viens avec vous. Je ne supporte plus cet endroit, fit Missy en se redressant.
– Et on fait comment pour l'araignée ?
– Oh, c'est vrai. Je vais te laisser à mon amie. Elle a un besoin maladif d'aider les autres, elle t'aidera à retrouver ta sœur.
– Mais c'est vous qui savez parler aux araignées, pas moi ! s'alarme le Docteur.
– Je sais que vous parlez quelques mots. Vous savez vous faire comprendre. Allez juste dans l'appartement d'à côté.
Missy se dirige vers la porte d'entrée et l'ouverture, laissant le passage à sa nouvelle amie arachnide avant de laisser place à un cri provenant des couloirs extérieurs.
– Mmmh… Je croise que la collègue d'Anna est toujours là.
– J'ai l'impression que vous maîtrisez la situation bien mieux que moi, là, réalisant le Docteur en se précipitant dans le couloir pour essayer de calmer cette fameuse collègue.
La maison était vide et sombre. Étrangement vide et sombre. Pourtant, les fenêtres laissaient filtrer la lumière et les meubles et objets d'appartement au couple étaient toujours là, en attente d'être utilisés. Mais Graham a trouvé la maison vide et sombre.
– Tu vas devoir apprendre à changer le sac de l'aspirateur. Et trouver le placard où je les range.
Il se retourne, les larmes aux yeux et il vit sa femme le regarder à plusieurs mètres de là.
– Le ramassage des ordures, c'est tous les vendredis, ajouta-t-elle. Le tri sélectif, une semaine sur deux.
– Oui, je sais. Je sais… souffla-t-il. J'ai plein de choses à te raconter, alors réveille-toi vite.
Mais Grace avait déjà disparu. Il se sentait à nouveau seul et vide. Avant de rencontrer Grace, il avait passé le plus clair de sa vie seul. Il avait quelques fois rencontré l'amour, mais jamais le grand amour, jamais une personne avec qui il voulait passer le reste de sa vie et fonder une famille. Avec Grace, il avait trouvé tout ça. Même si c'était trop tard et qu'il ne pourrait jamais avoir d'enfants, le simple fait de l'avoir avec son petit-fils, encore récalcitrant, était une bénédiction. Et maintenant…
– C'est quoi cette chose a choisi ! hurla la collègue d'Anna, alors que Missy et Yaz disparaissaient à l'angle d'un couloir.
– Ça, c'est ma Miss Araigna, a répondu le Docteur avec un grand sourire, alors que l'araignée claquait ses crochets. Et selon mon amie, elle cherche sa sœur et sa sœur pourrait se trouver dans l'appartement de votre collègue.
Le Docteur n'en était pas sûr, mais il lui semblait que l'arachnide aimait bien ce nom.
– Anna ne répond pas ? interrogea Mr Khan, se souvenant de quelques fois où il avait parlé à la jeune femme.
– Elle est absente depuis quelques jours. Elle ne s'est pas portée malade, elle ne répond pas aux messages. Je passais voir si ça allait. Je m'appelle Jade, se présente la jeune femme alors que le Docteur était déjà collé à la porte en ouvrant le petit truc pour faire passer le courrier.
– Moi, c'est Ryan et elle, c'est le Docteur. Et je sais pas si vous vous connaissez déjà, mais c'est Mr Khan et Sonya.
Jade échangea un regard avec les trois personnes face à elle.
– Allô ? Anna ? Cria le Docteur. C'est les voisins ! Vous avez sans doute un truc pour nous. Une bestiole. (Nouveau claquement). Enfin, j'veux dire, une gentille araignée domestique. On aimerait bien la retrouver et on pense l'avoir vu entrer chez vous, rectifier-t-elle en se levant pour regarder Jade. À vrai dire… J'pourrais ouvrir la porte.
– Quoi ? La… la forcer, c'est ça ?
Le Docteur hocha négativement la tête avec une grimace.
– Non, plutôt… bidouiller la serrure. J'adore ce mot. Bidouiller. Vous ne trouvez pas qu'il sonne bien à l'oreille ? Alors, vous vous inquiétez assez pour elle pour que je bidouille la serrure ?
– J'm'inquiète, j'approuve Jade.
Le Docteur sourit et utilise son tournevis sonique. La porte s'ouvre en quelques instants.
– Wow, souffla Sonya. C'est de la magie ?
– De la magie ? Non, c'est de la science. Mon tournevis sonique connait tous les atomes, toutes les molécules et si un programme adapté est intégré dedans, alors je peux agir sur certaines choses. Bon ! Allons à la recherche d'Anna et de la sœur de Miss Araigna !
Elle entra la première dans l'appartement et les paroles de Missy sur les relents de mort lui revinrent. Elle effleura les toiles d'araignée au fur et à mesure qu'elle avançait, sans se soucier des autres. Elle visualise une autre araignée, un peu plus grosse que Miss Araigna et une sorte de cocon. Elle devait trouver le vrai cocon. Elle était sûre qu'Anna était dedans.
– Y a quelques jours, Jade a répondu à une question que quelqu'un avait dû lui poser.
Le Docteur ne faisait pas attention à qui parler, mais elle était sûre d'avoir entendu plusieurs voix venant de derrière elle. L'araignée génétiquement modifiée la suivait à la même hauteur, toujours proche d'elle.
– Il fait sacrément sombre ici, on pourrait ne pas allumer la lumière ? soupira Sonya.
– Y a plus d'électricité, répondu Ryan en actionnant un interrupteur. Et il y a déjà plein de toiles d'araignée.
– Ouais, c'est la preuve que la sœur de Miss Araigna est bien passée par-là. Avec un peu de chance, elle y est toujours, marmonna Dottie en continuant d'avancer, voyant un salon se dessiner devant elle.
Le salon était la pire pièce. Presque tous les meubles étaient empaquetés dans des toiles d'araignée. L'araignée qui les accompagne claqua ses crochets.
– Qu'est-ce… qu'elle dit ? interrogea M. Khan.
– Je crois qu'elle pense reconnaître le travail de sa sœur dans les toiles. C'est soit ça, soit, elle veut un charriot rempli de haricots rouges pour noël. J'suis pas tout à fait sûre de la traduction. Missy aurait vraiment été plus indiquée que moi sur ce coup-là. Bon, on va dans la chambre pour retrouver Anna.
Le Docteur ne dit pas qu'elle savait déjà comment ils allaient la retrouver. Elle continue d'avancer, toujours en premier avec Miss Araigna et les autres sur les serres. De temps en temps, Jade et Mr Khan appelaient Anna. Lorsque le Docteur ouvrit la porte de la chambre, elle fut frappée par la noirceur, mais surtout son regard fut créé par le cocon sur le lit, sur lequel Miss Araigna se dirigeait. La question de Ryan lui fit comprendre qu'ils n'avaient encore rien remarqué dans l'obscurité :
– Elle est là ?
Finalement, Ryan ouvrit les rideaux pour faire plus de lumière et tout le monde sursauta en voyant le cocon sur le lit.
– Oh mon Dieu !
- Oh ! La vache !
Le Docteur resta stoïque et avança pour analyseur les toiles du cocon.
– C'est la sœur de Miss Araigna qui a fait ça ? Ryan s'inquiète. Elle pourrait nous le faire à nous aussi.
– Posez-vous la bonne question, Ryan, le corrigea le Docteur.
– Est-ce qu'elle est encore là ? dit-il, son angoisse augmente avec chaque nouvelle seconde qui passe.
– C'est un complot, j'en étais sûr, murmura Mr Khan.
– Et qui aurait intérêt à créer des araignées mutantes ? s'emporta Sonya, totalement paniquée en se rapprochant inconsciemment de Ryan. Un Spiderman démoniaque ?
– Ouvrez la porte du placard ! ordonna le Docteur en se précipitant vers le placard. Elle est peut-être là-dedans ! Les araignées aiment les endroits frais, sombres et humides.
– Raison de plus pour ne pas ouvrir, vous croyez pas ? Et si cette choisie nous saute dessus direct pour nous mettre dans un cocon, comme Anna ?
– Ryan, où est passé ton sens de l'aventure ? C'est pas vous qui avez foncé sur des robots snipeurs de l'espace ?
– Il a disparu dès qu'on a prononcé le mot « araignée ». C'est ma plus grande phobie. Mais pourquoi je ne suis pas resté tranquillement chez Yaz ?
– Allez, on ouvre, l'encouragea Dottie.
Ils se mirent en position, chacun une main sur la poignée du placard et ils l'ouvrent d'un mouvement rapide et plus ou moins assuré. Mais rien ne se révélant à eux en dehors d'une masse de vêtements. Le Docteur referma les portes, alors que Mr Khan, prenant son courage à deux mains, se pencha pour regarder sous le lit. À peine coupé-il le temps qu'il se mit à crier et à reculer violemment. L'araignée sort de sous le lit et claqua ses crochets dans sa direction.
– Pas de geste brusque, interdit le Docteur. Elle vous demande de ne pas approcher. Enfin, d'après ce que j'ai pu comprendre.
– C'est une araignée domestique, comme l'autre, indiquée Jade.
L'autre en question claqua ses crochets pour montrer son mécontentement.
– Super, voilà, on a retrouvé ta sœur, Miss Araigna ! fit le Docteur en avançant prudemment. Va la voir qu'elle comprend qu'elle n'a rien à craindre de nous.
Miss Araigna s'est approchée de sa sœur et les deux araignées se firent face en claquant des crochets.
– J'aime les retrouvailles dans les films, mais est-ce que maintenant, on peut partir ? questionna Sonya.
– Oui, allez-y lentement.
Ils s'exécutèrent le plus calmement possible, ce qui était une véritable épreuve pour Ryan qui n'avait qu'une envie : se précipiter n'importe où ailleurs. Finalement, le Docteur fut la dernière dans la pièce. Elle se mit accroupie et parle d'une voix douce.
– Je vais trouver ce qui vous a fait grandir et je vous rendrais votre taille normale, je vous le promets. En attendant, promettez-moi de rester ici pour ne pas provoquer la panique en ville.
Les deux araignées la regardèrent et claquèrent ensemble des crochets.
– Je vais prendre ça pour un oui, murmura-t-elle.
Elle rejoignit tous les autres dehors et verrouilla la porte.
– Elles sont bien enfermées à l'intérieur ? Ryan s'inquiète.
– Oui, c'est bon, le rassura la blonde.
– Jade McIntyre ! Vous êtes qui, au juste ? Vous avez touché les toiles d'araignée et vous n'aviez pas l'air plus étonnée qu'ça.
– Comment vous connaissez mon nom de famille ? Je vous l'ai pas dit.
– Je suis un génie. Maintenant, répondez à ma question.
Ils furent à nouveau interrompus par Graham qui courrait vers eux en criant :
– Vous devinerez jamais ce que j'ai trouvé dans le grenier.
– S'il te plait, pas une grosse araignée, le supplia Ryan.
– Si, elle était énorme. Et c'est comme si elle avait mué.
– Une femme est morte, reprend le Docteur en se tournant vers Jade. Il est clair que vous cachez quelque chose.
Les yeux brillants, Jade a répondu :
– C'est… C'n'est pas le premier incident. Je n'sais pas ce qui se passe avec les araignées de cette ville. Elles sont devenues incontrôlables.
– C'est pas rassurant du tout, ça, maugréa Sonya.
– C'est à cause des déchets ? interrogea M. Khan.
– Je sais pas, peut-être. Je peux vous emmener à mon laboratoire, si vous voulez.
– Bonne idée, se réjouit le Docteur. Mr Khan, Sonya, vous pouvez retourner chez vous, si vous voulez, je m'occupe de toute cette histoire avec Ryan et Graham. Sur l'habitude de ce genre de choses.
Elle vit Graham et Ryan Grimacer.
– Enfin… Je veux dire, si vous voulez venir. Sinon, vous pouvez rentrer chez vous, vous aussi. Je vous oblige pas, c'est juste que… j'ai pris l'habitude après ce dernier mois, mais oubliez, vous voulez peut-être pas… Surtout avec votre phobie des araignées, Ryan.
– Si, on va venir, la rassura ce dernier. Pas vrai, Graham ?
– Ouais, sourit le grand-père.
– Moi aussi, je veux avoir le fin mot de cette histoire, lança Mr Khan. Je savais qu'il se passait des choses bizarres, mais j'étais pas sûr, jusqu'à maintenant. Sonya, rentre à la maison. Je sais pas comment ça va se passer avec des araignées mutantes.
Sonya hésita. Ces choses la dégustaient. Elle ne voulait plus avoir affaire à des toiles d'araignées et des arachnides mutantes plus grosses qu'une encyclopédie. Elle voulait retourner sur son téléphone et discuter avec ses copines. Mais d'un autre côté, elle ne voulait pas avoir l'air si peureuse et si triviale. Alors elle inspire et dit :
– Non, je veux voir aussi. Après tout l'araignée que cette Missy a trouvé, nous n'avons pas attaqué.
– L'institut où Anna travaillait avec moi est juste de l'autre côté du pont. Je suis chargé de recherches en zoologie. Mon domaine, c'est les arachnides et les arthropodes. Mais l'étude des araignées est ma priorité. On a constaté dernièrement que leur comportement devenait préoccupant, expliqué à Jade au Docteur et à Mr Khan.
– Jusqu'à aujourd'hui, j'avais pas remarqué un comportement bizarre. Et j'appellerai même pas ça un comportement, à ce stade, murmura-t-il.
Sonya soupira et ralentit la cadence pour écouter ce qui se disait derrière.
– Alors la maison ? demanda Ryan d'une voix neutre.
– Tout va bien, a répondu Graham sur le même ton. T'es content d'être rentré, hein ?
– Ouais.
– Au fait, euh, j'ai trouvé ça sur le paillasson.
Graham lui donna une enveloppe.
– C'est l'écriture de ton père, non ?
– Ça en a tout l'air, oui, soupira Ryan en rangeant la lettre dans sa poche arrière.
– Tu l'ouvres pas ?
- Non.
Si pendant un instant, Sonya avait pensé s'ennuyer encore plus en écoutant parler, elle devait maintenant avouer que le comportement de Ryan avait piqué sa curiosité, même plus que ces trucs d'araignées mutantes. Enfin, presque.
– Entre vite avant qu'on te voie.
Yaz se précipita dans les bras de sa mère, à peine le hall franchi.
– Salut.
– Oh, pourquoi ce câlin ? sourit sa mère. Je suis partie que depuis ce matin.
– Oui, ça m'a semblé une éternité.
« Un peu plus d'un mois. »
– Et qui est ton amie ?
- Bonjour. Je suis Missy.
– Je m'appelle Nadja. Vous êtes vraiment une amie de ma fille ?
– Je suppose qu'on peut le qualifier de cette manière.
– Je suis très heureuse de vous rencontrer. Je m'inquiétais beaucoup pour ma fille. Elle se consacre tellement à son travail et néglige sa vie sociale, expliqua la femme d'une voix douce.
– Oui, je comprends ça. J'ai souvent négligé mes proches lorsque j'avais un mais en tête, approuvé la rousse avec un sourire qui se voulait chaleureux.
Sa mère n'était pas désagréable et était contre les déchets du père, elles ne pouvaient que bien s'entendre. Enfin, elle l'espère. Pourquoi l'espère-t-elle ? Elle n'en avait rien à faire de ces Humains sans importance, n'est-ce pas ?
– La classe ! C'est vachement chic, reprit Yaz.
– T'attache pas à ce détail, on doit y aller, intervint Nadja.
Missy pouvait dire qu'elle était nerveuse et qu'elle voulait partir d'ici le plus vite possible. Pourquoi ?
– Quoi ? Je peux pas jeter un œil ?
– Non, Yaz. On m'a renvoyée.
– Quoi ? Maman, mais… mais tu viens d'être engagé.
« Curieux, en effet. »
– Je sais… souffla Nadja.
– Mais ils ont pas le droit ! protesta la jeune femme. Qu'est-ce qui s'est passé ? Qui t'a renvoyée ?
– Moi ! coupa une voix. Les mains en l'air toutes les trois.
Un homme d'une cinquantaine d'années apparut, devancé par un homme de 25-30 ans qui pointait sur elles son arme de service.
– N'importe quoi… maugréa Missy.
Alors que Yaz et sa mère levaient les mains en l'air, elle sortait son sonique et le pointa sur l'arme à feu qui s'enrayait immédiatement.
– Vous êtes entrées sans autorisation dans un hôtel qui m'appartient.
– Posez cette arme, s'il vous plaît.
– Mon hôtel, mes règles. Et j'ai dit les mains en l'air, ajouta l'homme plus âgé en réalisant que Missy s'était contentée de croiser les bras et de lever les yeux au ciel.
– Vous pensez vraiment avoir le dernier mot ?
– C'est moi qui contrôle l'arme, non ?
– Non, c'est moi.
– Vraiment ?
– Tirez-moi dessus et vous voyez. J'ai enrayé ton arme, mon pauvre chou.
– Impossible, rit-il.
– Si vous voulez…
Le propriétaire autodéclaré de l'hôtel se concentre à nouveau sur son ex-employée.
– Je vous ai virée. Et au lieu de partir sur le champ, vous faîtes entrer quelqu'un.
– C'est ma fille. Elle est venue me chercher pour me ramener à la maison.
– Oh, mais comme c'est touchant. Et elle ?
– Elle, comme vous dîtes, elle est là pour vous arracher les cordes vocales.
– C'est une amie, on était ensemble quand ma mère a téléphoné après que vous l'avez virée. Alors je l'ai entraînée avec moi, j'ai répondu Yaz sur un ton de défi. Ça pose un problème ?
– Vous êtes chez moi et votre amie me menace.
– Je ne vous menace pas. J'espère juste que des araignées pondent des œufs dans la petite cervelle que vous avez puis que les petits vous dévorent de l'intérieur.
– Charmant… ironisa le propriétaire.
– Ton amie est assez inquiétante, remarque Nadja.
– Et tu viens seulement de la rencontrer, murmura sa fille.
– Je peux me montrer bien plus charmante… Si on ne me menace pas avec une arme ridicule, rétorqua Missy en croisant les bras sur sa poitrine. À l'avenir, si vous vous avisez de me menacer à nouveau de la sorte, ayez au moins la décence de me tuer directement.
– Vous êtes entrées chez moi par effraction.
– Je ne me trompe pas, Nadja a bien la clé de cet endroit ?
– Oui mais…
– Et que vous ne lui avez pas fait rendre malgré son renvoi. Vous deviez avoir tout autre choisi en tête… Alors cessez de me faire des reproches et de nous menacer stupidement. Cette arme que votre garde du corps pointe sur nous a été rendue aussi inutile que votre existence.
– … Je l'ai renvoyée ! s'offusqua l'homme après un bref silence et un regard inquiet sur le pistolet tenu par celui qui devait assurer sa sécurité.
– Pourquoi vous l'avez virée ? reprit Yaz avec colère.
– Je n'ai pas à me justifier. Quel âge avez-vous ? Quinze ans ? Vous ne devriez pas être au lycée ? Votre mère n'a rien à faire ici. J'avais donné deux jours de congé au personnel.
– Je faisais quelques vérifications avant l'inauguration, se défendait la mère de Yaz alors que sa fille lançait un regard noir à l'homme qui les avait toujours dans son viseur.
– Je m'en fiche.
– Vous l'avez renvoyée parce qu'elle est consciencieuse ? Les Humains…
Missy sentit Yaz lever les yeux au ciel à côté d'elle. Mais l'ex-patron de Nadja ignore l'interruption de la Dame du Temps et se reconcentre sur la première.
– Et pour votre gouverne, sachez que je vous aurais virée aussi sec il y a dix minutes en voyant l'état des chambres. C'est un vrai scandale.
– Quelles chambres ? Je comprends pas.
– Le contraire m'aurait étonné. Je vous montre le non professionnalisme de votre mère.
Le propriétaire de l'hôtel fit signe à son garde du corps d'abaisser son arme avant de lancer un regard à Yaz et Nadja, leur signifiant de le suivre.
Délibérément ignorée, Missy a préféré se joindre à la compagnie. Elle avait un mauvais pressentiment. Un homme qui virait son employée sans prendre la peine de lui demander de rendre la clé de l'établissement qu'elle devait gérer n'était pas normal. Le patron de Nadja ne s'était pas déplacé pour rien. La mère de Yasmin avait dû se trouver au mauvais endroit au mauvais moment. Et quelque chose lui disait que ça devait nécessairement avoir un lien avec l'araignée mutante dans le salon des Khan.
– Sur quoi portent exactement vos recherches ? interrogea le Docteur en regardant les vivariums avec Mr Khan sous les regards dégoûtés et effrayés de Graham, Ryan et Sonya.
– On cherche à développer l'exploitation de leur potentiel génétique, expliqué à Jade. La soie des araignées domestiques est aussi solide que l'acier ou le kevlar.
– J'les trouve pas sympas pour autant, maugréa Graham.
- Oh ! Une info marrante ! s'exclame le Docteur. Il a été démontré qu'un fil de soie épais comme un crayon pouvait arrêter un avion en plein vol.
Ryan un coupé une expression impressionnée.
– Vous plaisantez ? fit le vieil homme.
– Pas du tout, j'ai été confrontée à cette situation. Enfin, moi et Amelia Earhart. C'est une aviatrice tordante.
Plusieurs sourcils se froncèrent dans la pièce.
– Bon, à part ça, quoi d'autre ? poursuivit la Dame du Temps.
– En ce moment, je travaille sur une enzyme qui prolonge leur vie, répond la scientifique en haussant les épaules. Les araignées peuvent grossir tout au long de leur existence.
– Celles qu'on a vu étaient bien plus grosses que la normale, indiqua Ryan.
- Exact.
– Est-ce qu'Anna avait accès à vos expériences ? interrogea Dottie.
– Non, elle était à l'administration. Tous nos travaux sont sécurisés. Les carcasses d'araignées sont éliminées par une société spécialisée. Elle aurait pu récupérer des choses à notre insu, mais j'en doute, c'était pas son genre. J'devrais apprendre la police.
– Si elle n'avait rien rapporté d'ici, elle ne serait pas dans un cocon à l'heure qu'il est, raisonna Sonya.
– Sans doute, mais… c'est peut-être juste une coïncidence.
– J'en doute, murmura le Docteur. Vous vouliez nous montrer quoi, au juste ?
– Les signalements d'activités inhabituelles des araignées depuis les trois derniers mois. Rapport que la police et les exterminateurs nous ont communiqué. Peu d'observation, mais leur nombre est en hausse. Des araignées qu'on ne devrait pas voir à cette époque de l'année.
– Y a quelque chose de pourri au royaume des araignées du Yorkshire, souffla la blonde.
- Exact. Mais on ne sait pas quel est le problème. Elles n'ont rien en commun. Différentes espèces, différentes quantités. Il peut s'agir d'un enchevêtrement de gros amas ou d'une profusion de toiles. J'arrive pas à savoir si elles sont perturbées ou en colère ou effrayées.
– Perturbées et effrayées, d'après ce que j'ai pu voir de Miss Araigna et de sa sœur. Mais elles peuvent aussi envoyer un message.
Le Docteur prit un feutre et relia tous les points et un vide central apparu sur la carte.
– Qu'est-ce que vous faîtes ?
– C'est où, ça ? demanda l'étranger en désignant l'espace vide.
– Puisque vous êtes si consciencieuse, comme le dit l'amie de votre fille, expliquez-moi ceci.
Alors que le garde du corps, un certain Kevin, refermait la porte de la chambre, son employeur – « M. Robertson » – désigna d'immenses toiles d'araignées recouvrant les meubles, la décoration, une partie des murs et de la pièce de manière générale. Pas le genre de chose que l'on s'attend à voir dans un hôtel de luxe. Missy était descendue dans de nombreux hôtels de ce genre et était sûre de n'avoir jamais vu une telle pagaille.
Elle s'approche alors des toiles et les effleura. Le fil était très épais. Cela n'avait pas été tissé par des araignées normales. Cela était nécessairement l'œuvre d'une araignée bien plus imposante. Comme celle qui se trouve chez Yaz ? Peut-être même plus grosse. Mais cela signifiait-il que des araignées de ce genre se baladaient partout dans la ville ? Pourquoi ? Et commentateur ?
Une mutation due au mélange de toxines, mais requise en particulier ? D'où sortaient ces émanations ? Jusqu'à quel point les dommages s'étendaient-ils ? Et le plus important : cela se limitait-il à la ville ou bien était-ce un phénomène mondial dû à la pollution des êtres humains ?
Elle échangea un regard avec Yaz. Elles pensaient toutes les deux à cette araignée mutante. Cela ne pouvait pas être une coïncidence.
– J'ai… Je sais pas quoi dire. C'est pas possible… balbutia Nadja, dépassée par ce qu'elle a vue.
– Vous êtes virée… pour la seconde fois.
– Je ne serais pas si prompt à l'accusateur si j'étais vous, murmura la rousse, pensive.
Elle sort son stylo sonique et analyse les toiles. Il y avait dû un indice dans la consistance des fils. Elle devait nécessairement pouvoir trouver quelque chose et extrapoler des informations.
– C'est quoi ça ?
– Je serais tentée de répéter ce que j'ai dit à la fille cadette de votre ex-employée, mais je n'ai pas vraiment envie de gâcher mon temps pour vous. Oh, non, finalement, je crois que la réponse que je vous ai donnée était plus longue que celle que j'ai donnée à cette Sonya. Vous voyez ce que vous me faites faire ? Vous me forcez à vous parler.
– Si seulement vous pouviez travailler pour moi pour que j'aie l'immense joie de vous renvoyer.
– Vous rêvez. Je suis noble, alors la seule raison qui me pousserait à travailler, ce serait pour mettre en place un plan de domination de la Terre.
– Vraiment ?
– Vraiment. Et je me servirais de vous comme serpillière.
– Quel rapport avec ta sœur ? Ton amie est venue chez nous ? murmura Nadja.
– Oui, Missy ne s'entend pas très bien avec Sonya.
Il y a coupé un petit « ding » qui les interrompt.
– Bon, c'est l'heure de ma pause toilettes programmées, déclaration Robertson. Kevin, vous venez à côté avec moi.
– Oh, vous avez besoin qu'il vous tienne la main ? se moqua Missy.
La mère de Yaz laissa éviter un léger rire. Après tout, elle n'avait plus rien à perdre à se moquer de son ancien patron. Il l'avait virée, non pas une fois, mais deux. D'ailleurs, il semblerait lui envoyer un regard noir à elle plutôt qu'à la nouvelle amie de sa fille.
– Après ma pause, Kevin vous accompagnera et vous viderez les lieux… pour toujours, dit-il en sortant de la chambre.
– Des pauses toilettes programmées ? répéta Yaz avec un froncement de sourcils – elle avait appris à être attentive aux détails entre sa formation d'agent de police et ses voyages avec le Docteur et Missy.
– Les gens sont étranges, parfois, lâcha cette dernière. Mais dans son cas, je préférerais…
Yaz toussa pour l'interrompre. La Dame du Temps leva les yeux au ciel.
– J'ai inspecté cette chambre hier et il n'y avait rien, assura Nadja, toujours sous le choc de l'état de la pièce.
– Vous êtes en sécurité ? Vous avez inspecté exactement cette chambre dans les moindres détails et pas une autre ?
– Je les ai toutes inspectées.
– Vous n'en avez pas oublié ? Pas même une ?
– Non, je vous assure. Pourquoi ?
– Donc vous affirmez que tout ceci est apparu en une nuit ?
– Je sais que ce n'est pas possible, mais ce n'était pas comme ça hier.
– D'accord, merci.
– Pourquoi « merci » ?
– Parce que je crois savoir ce qu'il se passe et que, malheureusement, je commence à m'inquiéter.
– Vous pensez que ces toiles sont le signe d'un réel danger ? s'inquiéta l'agent de police.
– Vous souvenez-vous de l'araignée de votre appartement ?
– Oui.
– Et vous vous souvenez que votre voisine est introuvable depuis plusieurs jours ?
– Quoi ? Mais qui ? s'alarme Nadja.
– Une certaine Anna, mais je n'en sais pas plus…
– Quel lien y at-il entre les toiles d'araignée ici et Anna ?
– Maman, il y a eu un léger problème à la maison…
– Comment ça ? s'inquiète de sa mère.
– Je ne dirais pas qu'il s'agit d'un problème. Je pense surtout que votre espèce commence à faire n'importe quoi avec la science. Et je pense que votre mari a une raison et qu'il y a une sorte de complot au sujet de certains déchets. Enfin, pas obligatoirement un complot, mais un manque d'attention.
– Vous êtes d'accord avec l'idée que mon mari ramasse tout et n'importe quoi à cause de théories fantasques ?
– Certainement pas. Ce qu'il fait est dangereux et dégoûtant. D'ailleurs, cela pourrait finir par tous vous tuer, de tels déchets en permanence dans votre appartement… Mais votre mari a raison de se méfier des déchets que je crois bien que c'est ça, la source du problème.
– D'accord. Est-ce que je peux vous demander une faveur ?
– Euh… Oui, si vous voulez. Mais faites attention, j'ai une quantité limitée de gentillesse en moi.
– Ne dîtes jamais à mon mari qu'il a raison de croire aux théories du complot.
Missy sourit, amusée.
– Je ne lui dirai rien, je vous le promets.
Il y a coupé un bruit soudain autour d'elles. C'était comme une sorte de tapotement.
– Vous avez entendu ? demanda la mère de Yaz.
– Oui… murmura sa fille en s'approchant d'une cloison.
L'ancienne maîtresse du chaos analyse précisément chaque fibre des murs autour d'elles. Si elle n'avait rien détecté d'anormal pour les fils, elle était sûre qu'elle savait exactement ce qu'était la source du bruit. Elle se doutait déjà de la réponse, mais elle avait besoin d'être sûre.
Elle fut interrompue par une nouvelle sonnerie : celle du téléphone portable de Nadja.
– Allô ? … Oui. Yaz, c'est pour toi.
Cette dernière se retourne, interrogatif.
– C'est un docteur, ajoute la mère de famille.
Elle tendit le téléphone à sa fille, mais Missy la prit de vitesse.
- Il !
L'extraterrestre fit un geste de la main comme pour balayer les protestations des deux femmes.
– Docteur ?
« Mademoiselle ? Je voulais parler à Yaz. »
– Merci, moi aussi, je suis contente d'entendre ta douce voix.
– C'est pas le problème. Je suis devant l'hôtel où travaille la mère de Yaz et on doit entrer.
Missy couvrit le téléphone de sa main et ordonna :
– Allez ouvrir au Docteur, elle attend en bas.
- Pardon ? demanda Nadja, interloquée.
– Un problème d'araignées domestiques mutantes… Allez ouvrir cette porte.
« Mademoiselle ! Soyez plus gentille ! » la réprimanda la mère de son enfant.
– Vous savez bien que je suis toujours charmante.
« Je vous ai entendue… » lui rappela le Treizième Docteur.
– Oui, mais il y a quelque chose qui m'inquiète davantage que ma délicatesse envers les gens.
« Quoi donc ? »
– J'ai lancé un scan dans toute la résidence. Nous avons un problème.
– Il y a des araignées mutantes partout dans cet hôtel ? répéta le Docteur, une fois isolée dans une partie du hall avec son amie d'enfance.
Elle vit du coin de l'œil Yaz essayer de se dépêtrer avec toute sa famille. Car oui, après l'intervention de l'araignée dans l'appartement, Hakim et Sonya Khan n'avaient pas voulu lâcher le Docteur et Ryan. Mais elle devait se reconcentrer sur la mère de son enfant qui venait de faire sursauter en claquant des doigts, juste à quelques centimètres de son visage.
– Désolée… Vous disiez ?
– Je disais qu'il y a des centaines de vies arachnides dans cet hôtel. Dangereuses ?
– Ce sont des araignées domestiques : normalement elles ne sont pas agressives, et certainement pas vis-à-vis des Humains.
– Qu'avez-vous découvert de votre côté ?
– Que la grande sœur de votre nouvelle amie araignée avait tué la voisine de Yaz.
– Prévisible, se contenta de répondre Missy. Elles vont bien ? Où sont-elles maintenant ?
– Vous êtes arachnophobe et vous vous préoccupez de l'état de ces deux araignées, mais pas du fait que l'une d'elles ait tué un être humain ?
Missy haussa un sourcil impatient.
– Je suppose que c'est déjà mieux que rien, soupira le Docteur. Je les ai enfermées toutes les deux chez la voisine en leur demandant d'attendre votre retour.
– Le mien ?
– C'est vous qui savez les gérer.
– Bon, et en dehors de ça ? Qu'est-ce qui vous a poussé à venir ici ?
– Jade un…
– Qui ?
– La femme avec qui vous parlez avant qu'on entre chez Yaz, le confrère d'Anna.
- Oh…
– Donc Jade est une spécialiste scientifique en arachnides. Elle a fait des expériences avec son laboratoire pour rendre plus résistant les fils de soie des araignées domestiques. Mais aucune expérience ne semble être la raison d'une telle mutation. Donc peut être…
– Ce sont les déchets, fini Missy.
– Apparemment, les carcasses des araignées sont gérées par une entreprise spécialisée.
– Laquelle ?
– Je sais pas, soupira le Docteur.
– Si la cause de tout, ce sont les déchets, cela veut dire que l'entreprise ne fait pas bien son travail et que les araignées ne sont pas vraiment mortes lorsqu'elles sont prises en charge.
– Exact, il ne nous reste plus qu'à comprendre pourquoi c'est ici qu'elles ont choisi d'implanter leur nid.
– C'est grand et luxueux…
– Je ne suis pas sûr que ce soit comme ça que fonctionne les araignées. Vous ne voulez pas leur demander ?
– Vous voulez que je convoque toutes les araignées pour leur poser des questions ?
- Pourquoi pas ?
– Parce qu'il y en a des centaines… Non, il y a un autre moyen, une autre solution. Peut-être qu'il y a une décharge non loin d'ici ?
– Pas sur les cartes et pas selon Jade. Non, l'épicentre du phénomène araignée est ici, mais pourquoi ? murmura le Docteur en regardant partout autour d'elle pour mieux observer l'hôtel.
C'était encore assez sombre. Mais assez pour des araignées ? Les décharges étaient à l'air libre, alors maintenant qu'elles étaient trop grosses, elles ne voudraient pas être exposées à la lumière du jour. S'étaient-elles concertées pour trouver un meilleur endroit tout aussi grand ?
– Tu pourrais-être nous expliquer, maintenant ? demanda Mr Khan à Yaz.
– Y a rien à dire, ce sont mes amis, dit-elle.
– Des amis qui ont l'air d'en connaître un rayon sur le paranormal, lança Sonya.
– C'est pas du paranormal, là. Là, c'est juste une bourde humaine. Les araignées se sont mises à muer à cause de mélanges toxiques, selon Missy et le Docteur.
– Ces femmes sont assez étranges, lui fit remarquer Hakim.
– C'est normal, elles sont pas du coin.
– Elles parlent des Humains comme si elles n'en feront pas partie, fit remarquer Nadja.
– C'est compliqué.
– Je veux juste savoir qui sont ces femmes. Comment tu les connais ? tente la mère de famille.
C'était normal pour une mère de s'inquiéter quand sa fille sans amis se disait tout d'un coup quatre nouveaux amis dont deux étaient si étranges.
– Pendant une enquête. Écoutez, tout ce que je peux vous dire, c'est qu'elles sont de bonnes personnes qui aident toujours là où il y a besoin. Enfin… pour le Docteur, c'est ça. Pour Missy, c'est un peu plus récent. Mais elle n'a jamais essayé de me faire de mal.
– Encore heureux !
– Pourquoi tu veux pas nous dire qui elles sont ? Personne ne s'appelle « Docteur », rappela Sonya.
– Eh ben, elle, si. Et elles m'ont sauvé la vie à plusieurs reprises. Je leur fais confiance.
– Pourquoi elles semblent si à l'aise avec les événements étranges ? réitére Nadja.
– Parce que c'est leur spécialité, répondit Yaz, inflexible.
– Pourquoi tu continues de nous cacher des choses alors qu'on a vu des araignées dont la taille était largement supérieure à la normale ? s'agaça fils père.
– Laissez-la respirer un peu, les interrompent Missy.
– Ne vous en mêlez pas.
– Vous avez voulu me suivre, et maintenant on n'a pas le droit de s'en mêler ? s'agaça le Treizième Docteur.
– Je veux juste savoir d'où vous sortez. Je ne vous ai jamais vues avec ma fille et vous agissez bizarrement, se défendit Nadja.
– C'est une longue histoire.
– J'ai tout mon temps.
– Oui mais pas moi, rétorqua la blonde avec autorité.
Soudain un cri étouffé se fit entendre.
– Suivez-moi, ordonna-t-elle en courant vers l'étage.
– C'est une blague, murmura Graham, alors qu'il a vu l'ancien patron de Nadja sortir d'une pièce, visiblement terrifié.
– J'y crois pas, ajouta Ryan.
– Oh, non, maugréa Yaz.
« Il l'a cherché… » songea Missy.
« Quoi ? »
« Rien. »
Le Docteur sort immédiatement son papier psychique et le montre à l'homme.
– Intervenants en situation de crise. Vous sortez d'une pièce et vous avez l'air terrifié. Dîtes-moi ce qui se passe en n'omettant aucun détail, même étrange ou sordide.
– Une araignée monstrueuse a explosé ma baignoire et a tué mon garde du corps Kevin, expliqua-t-il avec horreur.
– D'accord. Très bien résumé, bravo, la félicita Dottie, un peu surprise par cette réponse rapide. Vous attendez ici avec mon… mon équipe, a commencé-t-elle en désignant le groupe composé de Yaz et sa famille, de la zoologiste, et de Ryan et son grand-père par alliance.
« Assez hétéroclite, l'équipe… »
– Elle a explosé la baignoire ? murmura la blonde à l'adresse de l'homme.
Elle prit la direction de la chambre, Missy et Yaz sur ses serres.
– Vous ne devriez pas être là, ça pourrait être dangereux, tenta-t-elle faiblement alors qu'elles traversaient la chambre pour se retrouver devant la porte de la salle de bain.
– Je peux communiquer avec les araignées, je serai utile, affirme la rousse.
– Et le bébé ?
– Pour l'instant ça va. Nous allons nous cantonner à la conversation, nous n'allons pas provoquer l'araignée en duel.
– J'espère pas.
– Et vous, Yasmine ? Pourquoi nous suivez-vous ? sourit Missy.
– Je serai plus efficace ici s'il y a un problème.
– Pourquoi vous ne voulez pas expliquer ce qui s'est passé à votre famille ?
– C'est tellement étrange…
– Et alors ?
– Quelle importance qu'ils le sachent ? s'exaspéra le Docteur en essuyant un regard noir de Missy. Maintenant, chut. Je m'apprête à ouvrir la porte alors qu'il y a peut-être une araignée qui fait la taille d'une baignoire à l'intérieur.
« Je vous trouve très autoritaire en ce moment. »
« Vous ne m'aimez pas ainsi ? »
« Si, c'est très sexy, mais je me demande ce qui vous poussait à l'être à ce point. Y at-il quelque chose que vous avez omis de me dire tout à l'heure à propos des araignées ? »
« Non, je crois pas. »
« À propos d'autre chose ? »
« Non, je veux juste régler la situation. »
– Vous ne deviez pas ouvrir ? lui rappela Yaz.
– Si, murmura la Dame du Temps aux cheveux blonds.
La porte s'ouvrit, apparaît une salle de bain presque totalement en ruine. Mais il n'y avait aucune araignée. Missy toussa pour essayer de faire passer la poussière que l'explosion avait créé. Tout était si sombre, si humide, maintenant que de l'eau giclait de l'endroit où la baignoire était sans doute, autrefois, d'un beau confort.
– Il y a plein de toiles d'araignées dans toute la chambre, remarque le Docteur. Du sol au plafond.
– Comme chez votre voisine.
– Sérieux ? À ce point ? s'étonna l'agent de police.
– Sheffield est envahie par les araignées géantes. Ravie d'être rentrée ?
C'était une bonne question. Était-elle vraiment ravie d'être de retour chez elle ? Elle n'y avait pas vraiment prêté attention jusqu'à cette remarque du Docteur. Pourquoi le Docteur avait-elle dit cela ? Yaz était presque sûre d'avoir senti une pointe de raillerie dans la voix de la blonde. Cette dernière se retourne d'ailleurs et mit un doigt sur ses lèvres pour leur intimer le silence.
Missy se tendit. L'araignée était toujours là, sous la baignoire. Avec horreur, elle vit son amie s'allonger de tout son long sur le ventre pour se laisser glisser à l'intérieure de la baignoire brisée, collant tout le mélange de poussière et d'eau sur ses vêtements. Certes, Missy les trouva pondus, mais elle aurait préféré qu'ils restent intacts.
« Vous êtes folle ?! » fulmina-t-elle.
« Non, j'essaye juste de voir. »
« Si c'est moi qui dois parler, c'est à moi d'aller la voir. »
« Oui, mais avec la grossesse, c'est pas comme si vous pouviez vous permettre les acrobaties… »
– Salut. Je cherche un certain Kevin, reprit le Docteur à voix haute en tournant un peu plus sur elle-même pour mieux observer.
Puis elle se redressa vivement et empoigna Missy et Yaz pour les faire sortir.
– Lâchez-moi ! s'offusqua Missy.
– Vous l'avez vue ? Yaz s'inquiéta.
– Oui et de très près !
Elle les força à courir et referma chacune des portes derrière elles.
– Vous l'avez vue ? Et mon garde du corps ? Où est Kevin ? demanda le propriétaire de l'hôtel dès qu'elles furent à nouveau dans le couloir.
– Il ne faut pas rester dans cette zone ! C'est trop sombre ! Trop désert ! L'idéal pour les araignées, mais elles détestent la lumière, le bruit, l'agitation ! répondu le Docteur avec précipitation sans répondre directement aux questions de l'homme.
Parce qu'elle devait savoir que ce garde du corps, Kevin devait être mis dans un cocon.
– Non, non, non ! Il faut partir de cet hôtel au plus vite et le plus loin possible ! contre l'homme d'affaires.
– Je suis d'accord avec lui, affirme Ryan.
– Je sais par où aller, affirme Nadja.
– Tout le monde suit la maman de Yaz !
– C'est Nadja, la rectifia la mère de famille.
Tout était perdu. Ils allaient tous mourir ici…
Enfin, c'était la conviction de Missy alors qu'elle fixait les toiles d'araignées qui recouvraient tout l'hôtel. Ils ne pourraient pas sortir. Non, c'était impensable. Les araignées les prenaient pour des mouches, leur repas. Elles ne les laisseraient pas partir d'ici en vie.
Tout allait bien se passer, n'est-ce pas ? Ce n'étaient que des araignées. Ils allaient pouvoir s'en sortir. Même avec des centaines d'araignées.
Elle posa ses mains sur son ventre anormalement rond pour les mois dépensés. Elle sentait à nouveau son arachnophobie ressurgir. La sienne ? Non… Elle s'inquiétait pour les deux sœurs à huit pattes restées coincées dans l'appartement de la voisine des Khan. Alors… ?
– Docteur, j'ai une bonne nouvelle, murmura la Dame du Temps rousse en tremblant légèrement.
– Laquelle ? demande le Docteur avec espoir.
– Je ne suis pas arachnophobe. C'est notre fille qui l'est.
La femme enceinte ne voulait pas rester ici. Elle ne voulait pas servir de repas à des araignées. Elle ne voulait pas que sa fille tienne lieu de repas à ces araignées.
Non, elle ne devait pas songer à cela. Elle ne devait pas se laisser emporter par la panique. Elle n'avait pas le droit. Elle n'avait pas le droit de faire ça au Docteur et à leur enfant. Mais elle ne pouvait pas s'en empêcher. Elle sentait ses cœurs se serrer. Elle sentait tout son être se contracter. Elle se sentait trembler. Et elle avait à nouveau mal au ventre.
Elle devait se calmer. Elle ne devait plus penser à tout cela. Pour le bien-être de son bébé. Elle devait rester calme. Elle devait…
– AAAAH ! Docteur, j'ai mal ! s'écria-t-elle.
J'espère que cela vous aura plu ! À dimanche prochain !
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